Le GIEC vient de rendre un nouveau rapport alarmant sur le réchauffement climatique. Il apparaît qu’aucune des mesures envisagées par les Etats n’a porté ses fruits et que l’objectif de rester sous la barre des 2 degrés d’augmentation devient improbable.

Pourtant, nos militants écologistes sont tous très actifs. Quand leur enfants leur demanderont dans vingt ou trente ans « mais qu’as tu fait pour lutter contre le changement climatique ? », il pourront répondre, la main sur le cœur, « Mais j’étais à Sivens et à Notre-Dame-des-Landes ». Oui, ils pourront répondre qu’ils se sont battus pour défendre les ZAD (zones à défendre) avec acharnement. Qu’ils ont empêché la construction d’une petite retenue d’eau de quelques hectares qui avait vocation à réguler les variations de l’eau disponible dans une petite zone agricole.

Mais avez-vous rencontré des militants EELV qui aient quelque chose à dire sur les grands enjeux auxquels l’homme sera confronté au vingt-et-unième siècle ?

Demandez-leur ce qu’ils ont à proposer pour trouver des sources d’énergie durables et fiables, outre les centrales au lignite qu’ils remettent en route en Allemagne ? Fondent-ils des espoirs dans la fusion froide ou dans la fusion chaude pour apporter à l’homme l’énergie dont il a besoin. Quelle technique de captation du CO2 privilégient-ils ? Ils pourront vous répondre « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… ».

Demandez-leur quel projet ils ont pour la santé face aux défis lancés par les ruptures sans précédent des NBIC (technologies nano, bio, intelligence et connaissance). Quelle réponse ils envisagent face aux questions du transhumanisme ? Quelle société ils souhaitent à un homme « condamné à vivre » 120 ans… Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Demandez-leur comment ils envisagent les nouvelles mobilités urbaines, interrégionales et transnationales quand tous les projets d’emprise sur des zones naturelles font désormais l’objet de recours sans fin, même quand il s’agit de tunnels (cf. le Somport). Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Oui nos écologistes étaient à Sivens. Ou ceux qui n’y étaient pas encourageaient ceux qui y étaient. Et c’est bien cela notre problème. Nous avons la classe écologiste que nous méritons. Ils sont tous prêts à défiler pour empêcher la construction de la moindre retenue d’eau, à défendre n’importe quelle zone qu’ils ont auto-déclaré « à défendre ». Mais ils sont totalement incapables de proposer, ni même d’envisager un modèle de société qui fait une place honorable à l’homme dans la nature.

Les changements climatiques qui sont face à nous ne se résoudront pas dans une autorégulation de la nature. Il faudra creuser des canaux ou construire des barrages pour irriguer des zones nouvellement asséchées. Ailleurs, il faudra lever des digues pour protéger des zones menacées par l’invasion des eaux. Partout, les changements monumentaux auxquels nous serons confrontés, dans l’accès à l’énergie et aux ressources naturelles, dans la maîtrise des ressources hydriques, dans l’aménagement du territoire pour le rendre accessible, cultivable, habitable à une population de 10 à 12 milliards d’hommes, ne se feront pas en bloquant tous les projets si insignifiants soient-ils. Sivens était un projet insignifiant. Nos écologistes en ont fait un symbole de leur combat. C’est avant tout un symbole de leur propre insignifiance, de leur ignorance et de leur dévoiement à un naturalisme où l’homme n’a pas sa place.

L’écologie est une chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos écologistes.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00697071_000001. 

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Xavier Théry
travaille dans un grand groupe de communication.
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