Accueil Économie Les Tontons taxeurs

Les Tontons taxeurs

Entretien avec Jonas Haddad, qui publie « C’est Nicolas qui paie » (L’Observatoire, 2026)


Les Tontons taxeurs
Jonas Haddad © Franck Derouda/SIPA

Nicolas: c’est le nom du bon fils de la République, du bon travailleur que l’État ponctionne autant qu’il peut. C’est celui qui finance les retraites, les aides et la dette; celui qui paie tout et n’a droit à rien. Jonas Haddad, porte-parole de Bruno Retailleau, brosse son portrait.


Causeur. Pouvez-vous dresser le portrait-robot de « Nicolas » ?

Jonas Haddad. « Nicolas » a 30, 40 ans. C’est votre collègue, votre fils ou vous-même. Un actif qui travaille, paie ses impôts et son loyer, mais qui vit moins bien que ses parents. Il n’a le droit à aucune allocation, car il est trop « aisé » pour être aidé, et trop « pauvre » pour vivre comme il l’espérait. Sa colère n’est pas idéologique. Il demande juste un système social et fiscal présentant un meilleur « rapport qualité-prix ».

S’il fallait retenir un chiffre, lequel serait le plus édifiant pour décrire sa situation ?

47 %. C’est le taux moyen de prélèvement obligatoire sur les revenus du travail dans notre pays. Quand un employeur décaisse 100 euros, le salarié touche seulement 53 euros. Or, la moyenne de tous les pays développés s’élève à seulement 35 %. En France, nous célébrons le travail comme une vertu, mais nous le taxons comme un vice. Quand on taxe le tabac, le tabagisme recule. Pareillement, quand on taxe autant le travail, l’appétence pour le travail recule.

Lors des violences urbaines récentes, on a vu beaucoup de « Nicolas », tellement frustrés socialement et formatés idéologiquement par la gauche, qu’ils ont applaudi les casseurs et les pillards. Que leur dites-vous ?

Je leur pose une question simple : qui va payer ? Ce sont eux ou leur famille. Quand il faudra reconstruire les bâtiments ayant brûlé, tels qu’un lycée à Nantes, une mairie à Limoges ou un office du tourisme à Lyon, la seule option sera d’augmenter les impôts. Et c’est « Nicolas », l’actif, qui sera encore plus taxé. Une partie de la gauche radicale a basculé : elle présente la casse comme un acte de résistance tout simplement parce qu’elle ne défend plus ceux qui bossent. Or, une société, c’est une chaîne. Si un jeune gauchiste ou une racaille s’en prend aux petits commerces ou aux bâtiments publics, il détruit le travail potentiel de son cousin ou de ses parents.

Parmi les catégories qui profitent exagérément du travail de « Nicolas », il y a les retraités et les bénéficiaires des aides non contributives. Reconnaissez-vous que votre propre famille politique a une responsabilité dans ce déséquilibre ?

Oui, même si elle n’a plus présidé la France depuis 2012. Collectivement, depuis des années, les politiques de tous bords ont entretenu un mythe : la pyramide des âges. Comme si nous étions encore en 1945 et comme s’il y avait encore beaucoup d’actifs et peu de retraités. Mais je ne blâme pas les retraités, ils n’ont pas inventé les règles du jeu. Pourquoi Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ont-ils abandonné la seule réforme majeure du macronisme, celle des retraites ? Pourquoi aucun gouvernement n’a adopté la capitalisation plutôt que la répartition pour soulager les actifs ?

Quel effort demander aux retraités ?

On ne peut pas demander le même effort à une veuve touchant 1 100 euros et à un retraité très aisé. Je propose d’abord de supprimer le privilège incompréhensible et injuste des régimes spéciaux, puis de garantir une retraite minimum et de plafonner à 6 000 euros mensuels les pensions des régimes obligatoires, la capitalisation prenant le relais au-delà. Encourageons aussi le cumul emploi-retraite, je connais de nombreux retraités qui veulent continuer à bosser et sont furieux qu’on le leur interdise.

A lire aussi, Stéphane Germain: Irresponsables mais pas coupables

Quelles mesures pour endiguer le « cancer de l’assistanat », pour parler comme Laurent Wauquiez ?

Le problème n’est pas d’aider celui qui tombe. C’est de créer un système où il n’a pas intérêt à se relever. Avec Bruno Retailleau, nous proposons de fusionner toutes les allocations existantes – le RSA, la prime d’activité et l’allocation de solidarité – en une seule : le RIA, le revenu d’incitation à l’activité. Surtout, nous créerons un plafond. Les aides ne pourront pas dépasser 70 % du SMIC. Ce plafond garantira que le travail paie toujours plus que l’assistanat.

L’une des préoccupations de « Nicolas », c’est le logement. Que faire dans ce domaine ?

Aujourd’hui, « Nicolas » ne peut plus acheter le logement dans lequel il va élever ses enfants. Même louer est devenu compliqué. C’est une bombe sociale. Dans les années 1970, 30 % des jeunes étaient propriétaires, aujourd’hui ils sont seulement 10 %. Nous devons donc créer un choc de l’offre de logements. On construit à l’heure actuelle seulement 200 000 logements neufs par an en France, contre 500 000 il y a cinquante ans. Simplifions les normes et accélérons les permis de construire. Sans logement accessible, il n’y a ni natalité ni transmission.

Sur un plan plus macroéconomique, un problème majeur obère votre capacité d’action en cas de victoire en 2027 : la crise de la dette publique. N’oblige-t-elle pas à une purge qui pénalisera tout le monde, y compris Nicolas ? Et d’ailleurs, cette crise ne risque-t-elle pas de se durcir avant même la présidentielle ?

Il n’y a pas un « risque de crise », la crise est déjà là. Avec notre dépense publique et nos impôts records, nous avons plombé la croissance, notre pays est l’homme malade de l’Europe. Nous sommes au pied du mur et nous ne devons surtout pas refaire les erreurs qui nous ont emmenés dans ce mur. La seule « purge » qu’il faut faire immédiatement, c’est celle de l’état tracassier. Il faut supprimer les dépenses inefficaces, réduire l’assistanat, recentrer l’État et libérer l’activité. « Nicolas » sera très heureux dans une France libérée de tous ses boulets fiscaux et administratifs.

Vous êtes porte-parole de Bruno Retailleau. Pourquoi pas de David Lisnard ?

Je soutiens Bruno Retailleau car, dans la période actuelle de grand désordre, il porte une ligne claire d’autorité et a une expérience d’homme d’État assez rare. David Lisnard a raison de combattre la bureaucratie. Leurs programmes sont très proches. En les opposant, on favorise leurs adversaires.

Pourquoi ne pas organiser une primaire à droite ?

Je n’y suis pas opposé par principe, mais avec qui ? Bruno Retailleau a dit qu’il ne craignait aucune compétition, même si 75 % des adhérents des Républicains ont voté pour dire qu’ils ne voulaient pas de primaire. Édouard Philippe n’en veut pas non plus. Une primaire n’a de sens que si les candidats acceptent de soutenir le gagnant de la primaire.

300 pages

Novembre 2026 - #150

Retrouvez cet article dans le Magazine Causeur N°150 de Novembre 2026

> Lire le magazine



Article précédent L’antiracisme plus dévoyé que jamais
est journaliste.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération