Accueil Site Page 2465

Najat à Sciences Po : des contradictions au sein du peuple (de gauche)

Dimanche dernier, 300 000 (ou disons, le chiffre que vous voulez) Manifestants Pour Tous, barbons et marmots, scouts et cathos, ont défilé pour dire non à la PMA, la GPA et autres chambardements dans la filiation. À la vue de ce chapelet de familles bourgeoises bon teint venues de province et de l’Ouest parisien, grandes pourvoyeuses de cadres du secteur privé, on croirait le « catholicisme zombie » enrégimenté malgré lui dans la lutte contre l’exploitation. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent », glissait Bernanos à l’âme des gens de droite ; puissent-ils continuer de l’entendre !

Aussi inoffensives soient-elles, ces armées de poussettes n’ont pas manqué de susciter l’indignation pavlovienne des stipendiaires du Progrès, qui invoquent inlassablement les heures les plus sombres de notre histoire. Il faut dire qu’un agenda de ministre n’aide pas à faire dans la subtilité langagière ! Prenez Najat Vallaud-Belkacem. Entre deux allocutions officielles, le ministre des droits des femmes prépare son « échange » avec Janet Halley, professeur de droit spécialiste de la famille et du genre, ce vendredi, à Sciences Po. Thème de la conférence : « comment lutter contre le trafic humain ? ». Il y sera sûrement question de traite prostitutionnelle, puisque le gouvernement voudrait pénaliser le tapin, à défaut de pouvoir l’éradiquer.

Que le ministre d’une « GPA non marchande » (sic) disserte sur le trafic humain, tout en défendant mordicus la Reproduction artificielle de l’humain, aussi appelée PMA, vaut son pesant d’embryons. Quant à la marchandisation des utérus impliquée par la GPA — dont on nous dit que jamais au grand jamais elle ne sera autorisée en France — elle ne semble pas gêner cette gauche moralisante qui, après l’abandon du projet de loi Famille, ne rêve que de reculer pour mieux sauter.

Dommage, on aurait rêvé d’une cohérence pour tous !

Touche pas à mon avenue Foch!

avenue foch hidalgo

Il existe dans Paris un lieu béni des Dieux, préservé de tout ce qui enlaidit le paysage urbain : sanisettes, Mcdo, stations Vélib, arrêts de bus, kiosques de la Française de jeux et autres horreurs attirant la chalandise interlope. Pas un épicier arabe à moins de cinq cent mètres, pas de Franprix ni de Cash-Casher Naouri. Même Hermès, Prada ou Armani ont eu, en dépit de leurs gros moyens, la délicatesse de s’abstenir d’ouvrir ici des succursales alors qu’une clientèle de proximité sensible à leurs produits leur tendait les bras.  Ici tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Entre l’Etoile et la Porte Dauphine, une avenue longue de 1,3 km, large de 140 mètres (autant que le Seine à la hauteur du Louvre), conduit doucement le flâneur de l’Arc de Triomphe au bois de Boulogne. Le baron Haussmann, s’étant trompé dans ses calculs visant à percer douze avenues similaires partant de l’Etoile, fut contraint de lui accorder une largeur double de celles de ses sœurs. Depuis, on lui ôta, à la maison, le droit de couper la galette des Rois pourtant réservé au pater familias.

Pour faire oublier cet impair, il fut décidé qu’elle serait rabaissée par une dénomination d’une banalité affligeante, avenue du Bois, alors que les autres artères partant de l’Etoile furent baptisées de noms glorieux de la saga napoléonienne : avenue de la Grande Armée, avenue de Friedland, avenue Hoche…

Mais le peuple, qui ne se laisse pas mener par le bout du nez, fit en sorte que cette Cendrillon des avenues devint celle qui allait attirer vers elle le plus de princes charmants tombés amoureux de sa beauté négligée… En 1929, l’avenue du Bois se vit  enfin reconnaître ses mérites : on la rebaptisa du nom du grand vainqueur de la Grande guerre, le généralissime Ferdinand Foch, décédé cette année-là.

Sa réputation franchit bientôt les frontières, les mers et les océans : des sables du désert arabique à la jungle africaine, de Moscou à Shanghaï, elle s’impose comme la seule adresse parisienne possible pour ceux à qui dame Fortune à fait la grâce de reconnaître leurs mérites en les comblant de ses bienfaits.

Quelle artère parisienne illustre mieux cette fameuse « diversité » dont on nous rebat aujourd’hui les oreilles ? Ici, l’ambassadeur d’Israël en France, logé là par son administration, croise un prince royal saoudien en allant promener son chien le dimanche matin,  et échange avec lui des salutations cordiales et même quelques considérations météorologiques. Les appartements qui la bordent sont agencés de telle sorte que des Africains notables comme Denis Sassou Nguesso et Théodore Obiang peuvent y loger leur nombreuse et bruyante famille sans gêner les voisins. Le Géorgien cohabite avec le Russe, et l’armateur grec devise avec le champion turc du BTP…

Il fallait bien, qu’un jour, quelque esprit chafouin se mette en tête de détruire cette charmante  et discrète harmonie. Saisissant l’occasion des prochaines élections municipales, un obscur cabinet parisien d’architecture et d’urbanisme, Hamonic et Masson, à crû malin de lancer dans l’arène du duel Hidalgo-NKM un projet d’aménagement de l’avenue Foch dont on trouvera le détail ici.

Il s’agit, ni plus ni moins, que de transformer l’avenue Foch, pour moitié en « végétalisant » la partie nord, faisant ainsi entrer le Bois de Boulogne (et les activités nocturnes afférentes) dans Paris, et de convertir la partie sud en zone piétonnière et commerciale pourvue de toutes le commodités modernes : fast foods (hamburgers et gyros), pistes de skateboard, bistrots branchés, station de métro souterraine, cinémas et boites de nuits (ce n’est pas dit comme cela dans le projet, mais les concepteurs du bientôt défunt forum de Halles ne nous avaient pas prévenus, non plus, de ce qui allait advenir de leur merveille urbanistique !).

On sent percer, sous l’architecte, le vengeur social qui veut pourrir la vie des riches plutôt que d’améliorer celle des pauvres ! On ne sera pas  étonné de voir, derrière ce projet, la main d’un vieux militant trotskiste, ancien président de l’UNEF des années quatre-vingts, Marc Rozenblat. Il se lança dans la promotion immobilière après avoir sévi, es qualités, dans le business du logement étudiant,  croisant au passage Jean-Marie Le Guen, candidat évincé de l’investiture socialiste pour la mairie de Paris, et Dominique Strauss-Kahn, dont  les apparatchiks étudiants étanchèrent la soif pendant sa traversée du désert… Anne Hidalgo, prise de court par la diffusion publique de ce plan révolutionnaire, se voit contrainte de lui donner son aval, sauf à passer pour une vendue au grand capital.

Bien entendu, cela ne se fera jamais, et l’avenue Foch restera, pour longtemps encore, la vitrine de l’opulence mondialisée où habitent tous ces gens que l’on aime haïr, parfois à juste titre. Il ne manquerait plus qu’ils se délocalisent !

*Photo : LCHAM/SIPA. 00673908_000033.

Au nom du Père Paolo, otage en Syrie

93

pere paolo syrie

Voici six mois que le père Paolo Dall’Oglio, jésuite italien installé en Syrie depuis plus de trente ans,  a été kidnappé à Raqqa, sur les bords de l’Euphrate, à 160 km à l’est d’Alep. Six mois qu’aucun indice, aucun élément, ne permet d’en savoir plus sur cet enlèvement. Six mois que le religieux est otage de ceux qu’il soutenait avec rage, aux mains d’une rébellion syrienne à plusieurs têtes.

« Nous n’avons aucune information sur son enlèvement, personne ne l’a revendiqué et nous ne savons pas s’il est en vie ou non. », explique Francesca Dall’Oglio, l’une des deux sœurs du prêtre. Certains disent pourtant tout bas qu’il « serait toujours détenu aux environs de Raqqa ». Le conditionnel interdit toute certitude.

Le père Dall’Oglio a ressuscité le monastère byzantin de Mar Moussa au nord de Damas. « Il s’était totalement fondu dans la réalité syrienne, dans la langue syrienne, et dans la vie de son peuple le plus pauvre. Il n’était plus un étranger en Syrie. » explique Jean-François Colosimo. Le jésuite a fait sienne cette grande tradition chrétienne  de l’inculturation et choisi de se donner entièrement au peuple syrien. Le monastère était un lieu de rencontre, où chrétiens et musulmans, hommes et femmes,  venaient converser en toute liberté, en toute confiance, autour du père Paolo pour qui le dialogue avec les musulmans était fondamental.  Pour ce fin connaisseur de l’Islam, les deux religions sœurs sont faites pour cohabiter dans le respect. «La société syrienne a toujours été pluraliste, ce n’est pas un cul de sac continental, mais un lieu de passage. La Syrie a dans son ADN une harmonie plurielle entre ses communautés qui est unique au monde » avait-il l’habitude de dire.

Dès le début de la guerre en Syrie, le père Dall’Oglio s’engage aux côtés de la rébellion contre le régime de Bachar Al Assad.  « Ce que le régime fait subir à la population est devenu indécent. » dit- il aux journalistes qui l’interrogent. Les conséquences de sa prise de position sont immédiates. Au printemps 2012, son permis de résidence est révoqué par les autorités syriennes et il est expulsé du pays. Il quitte Mar Moussa et s’installe en Irak. Il publie alors un livre sur le conflit syrien en France au printemps 2013 La rage et la lumière, aux éditions de l’Atelier. Il retournera plusieurs fois en secret sur le sol syrien.  En juillet 2013, il se rend à Raqqa. Cette ville du centre de la Syrie, à l’origine aux mains de l’armée syrienne libre, a subi de profonds changements en avril 2013 lorsqu’un  groupe dissident,  l’Etat islamique en Irak et au levant (EIIL), combattants ultra-radicaux liés a Al-Qaïda , jette l’ASL dehors. Le père décide d’y tenter une médiation entre les deux groupes. « Je suis venu pour rencontrer les chefs de groupes armés. Je voudrais qu’a Raqqa se fassent les premiers pas d’une réconciliation entre opposants. » déclare-t-il alors .

Il disparaîtra quelques heures plus tard.

« Cet homme est hors-série, il voit grand. À propos de cette guerre en Syrie, il propose la voie de l’espoir et du pluralisme religieux. » explique la journaliste Guyonne de Montjou, une proche du père Paolo. Car le jésuite est un habitué de la France où il nourrit de grandes amitiés, avec par exemple Régis Debray, qui préfaça La rage et la Lumière. Les deux hommes d’esprit se rencontrent souvent et parlent de l’avenir de la Syrie, de sa partition, mais n’abordent pas les questions spirituelles. Leur amitié n’empêche pas les désaccords, notamment sur la question d’une ingérence occidentale en Syrie. Le religieux considère en effet que la communauté internationale aurait dû intervenir et soutenir la révolution, qui n’a trouvé aucun appui, ce qui a permis l’irruption de djihadistes totalement étrangers à la cause syrienne. Ses engagements fiévreux envers et contre tous lui ont même valu une rupture totale avec les autorités religieuses chrétiennes en Syrie, qu’il accuse d’être à la botte du régime d’Assad.

Pour Jean-François Colosimo, « son engagement aux côté de l’Islam qu’il aime est emprunt d’une sincérité radicale et sans retour. On voit bien qu’à travers son enlèvement, c’est la Syrie et l’Islam traditionnel qui sont  prises en otage. » Conscient des risques démesurés qu’il prenait, le père s’est jeté dans la gueule du loup syrien en connaissance de cause.

Solidaire du peuple syrien jusqu’au sacrifice, convaincu viscéralement de la possibilité d’une démocratie tolérante en Syrie, l’histoire du père Paolo rappelle celle des moines de Tibhirine, et la lettre testament qu’il a laissé fait écho à celle du Père Christian de Chergé. De ceux qui l’enlèveront sans doute, le jésuite italien dit : « Ce sont mes frères en humanité », quand le moine français s’adresse à celui qui lui tranchera la tête quelques jours plus tard : « à toi aussi, l’ami de la dernière minute qui n’aura pas su ce que tu faisais, je dis merci ».

*Photo : Bilal Hussein/AP/SIPA. AP21515365_000003.

Trafic de cupcakes en Illinois

Au lieu de passer ses journées devant la télé, la jeune Chloe Stirling, de Troy, dans l’Illinois, a lancé son propre business. Agée d’à peine 11 ans, elle fait des cupcakes dans sa cuisine avec sa maman. Ceux-ci sont vendus, dix dollars la douzaine, afin notamment de soutenir un de ses camarades de classe, atteint d’un cancer.

Ému de son initiative, un journaliste a publié un article sur un site internet d’info locale, louant le dynamisme d’une si jeune personne et son esprit d’entreprise.

Dès le lendemain, le département de la santé publique d’Illinois a téléphoné à la maman de Chloe, pour l’enjoindre d’arrêter tout de suite la préparation et la vente des fameux cupcakes. Ces derniers ne satisfaisant tout simplement pas aux exigences de santé publique de l’Etat. L’officier de police a ajouté que la petite fille ne pourrait poursuivre la vente de ses petits gâteaux « qu’à condition que ses parents ouvrent une boulangerie, ou du moins construisent une cuisine séparée.».

Déçue, la maman de Chloe, Heather Stirling s’épanche : « Avec son père, nous lui avions acheté un petit frigo. Puis ses grands-parents lui ont offert un mixer. » Mais de là à être en mesure de satisfaire aux exigences du département de Santé publique, il y a une marge. Et Heather s’avoue vaincue: « Une cuisine séparée ! Qui pourrait faire cela ? ».

Le Département de Santé publique réagit aux déclarations de la maman de Chloe avec une clarté confinant à la tautologie : « Les règles sont les règles. Notre objectif est de protéger la santé publique. » Au même instant, les policiers, eux, insistent sur  leur souci d’égalité : « Le règlement est le même pour tout le monde. ».

Cette histoire insolite serait drôle si elle ne venait s’ajouter à la longue liste des cas où, aux Etats-Unis, la puissance publique sanctionne des activités aussi banales qu’inoffensives. Pour n’en citer que quelques-uns : en 2010, en Pennsylvanie, la police fédérale a perquisitionné une ferme amish, à cinq heures du matin, pour y saisir du « lait cru non autorisé » qui venait d’être trait. Dans le même Etat, à Philadelphie, une femme avait dû s’acquitter d’une licence de bloggeur à 300 dollars pour avoir créé un blog avec lequel elle n’avait gagné que 11 malheureux dollars. Enfin, on se souvient du cas très cocasse des 30 personnes âgées, arrêtées par la police dans le Winsconsin, alors qu’elles étaient venues manifester devant Capitole de cet Etat pour la défense de la liberté d’expression. Motif inscrit sur les mandats d’arrestation : « chante sans autorisation ».

Théorie du genre : il n’y a pas de nature humaine

theorie genre nature

Je suis, à quelques nuances près d’accord avec Philippe Bilger et sa vision d’un gouvernement socialiste décidé à imposer une certaine vision de l’homme, purement idéologique, notamment sur les questions du mariage pour tous et des études de genre. Le problème est que Philippe Bilger s’insurge contre cette politique au nom de quelque chose qui n’existe pas et qu’il appelle la nature humaine. Et que son opposition, en partant d’une prémisse erronée, risque bien de rester dans l’imprécation ou le vœu pieu.

On peut être d’accord ou pas avec les études de genre, à la limite, le problème n’est pas là. Le problème est que les études de genre, appliquées à l’être humain, pourraient très bien faire une politique qui amène à un homme nouveau, un homme neutre, en une ou deux générations. Cette humanité ne me plairait pas, je ne m’y sentirais pas forcément bien,  surtout si j’avais encore le souvenir de l’ancienne. Mais pour les autres, ceux qui auraient toujours vécu dans un monde « dégenré », qu’est-ce qui me dit qu’ils ne seraient pas heureux, qu’ils ne trouveraient pas cela normal ? Après tout, moi qui ai le souvenir d’un monde où ni Facebook ni les téléphones portables n’existaient, j’ai souvent l’impression, avec la génération Y, d’avoir affaire à des mutants qui pour leur immense majorité, trouvent très supportable le monde qu’on leur fait, un monde précaire, un monde où tout le monde est célibataire et plus ou moins nomade, vivant dans une insécurité économique et écologique de plus en plus effrayante pour qui se souvient de la France telle qu’elle existait encore dans les années 80 et 90.

La seule chose qui pourrait mettre en échec cette humanité de l’indifférenciation sexuelle, ce n’est pas le « naturel » des citoyens qui se révulseraient devant la fin programmée de la sexualité du monde d’avant, ce serait une autre vision concurrente, une autre politique, plus forte, plus habile, plus convaincante, une politique par exemple fondée à nouveau sur une forte différence des sexes et sur la hiérarchie entre l’homme et la femme. Après tout, ce serait régler un peu trop vite le problème des études de genre que d’estimer qu’elles sont les lubies quelques universitaires américaines. Lubies reprises par des socialistes français qui se sentent obligés de donner l’illusion de faire quelque chose, puisque désormais ils sont convertis en masse au libéralisme qui est, entre nous soit dit, une autre idéologie présentée par ses tenants comme « naturelle » comme s’il était naturel de continuer sur un chemin qui conduit si manifestement au désastre.

Plus généralement, il faut accepter que toutes les politiques aient pour but de changer l’homme, même celles qui prétendent le contraire. Je ne vois pas en quoi une humanité qui vit aujourd’hui sous le signe de la concurrence et de la compétition généralisée serait plus « naturelle » qu’une humanité s’épanouissant dans la coopération.

On pourra objecter que vouloir changer l’homme a souvent conduit à des catastrophes monstrueuses. On a derrière nous un siècle de totalitarismes où, de l’embrigadement de la jeunesse en passant par les éliminations de masse, Mussolini, Hitler ou Staline nous ont rendus très prudents, c’est le moins qu’on puisse dire, avec cette idée. Mais il ne faudrait pas oublier non plus que le christianisme lui aussi a violé, et pour le meilleur, la « nature humaine » : en condamnant l’esclavage, en prônant l’égalité des personnes, en affirmant la nécessité de protéger et aimer les plus faibles, les exclus, les métèques et même… les femmes adultères.

Changer l’homme, ou plutôt en construire un autre, n’est pas forcément une mauvaise idée. J’ai le souvenir, dans une autre vie, d’un stage en école maternelle. Il y avait un seul Noir parmi de jolies petites têtes blondes. L’institutrice m’avait expliqué alors qu’il avait fallu, au début de l’année, un vrai discours pour que le groupe ne rejette pas celui qui était différent. Racisme « naturel » ? On a du mal à le croire puisque ce genre de choses, tous les enseignants vous le diront, peuvent arriver si on n’y prend pas garde à un trisomique, un rouquin ou un môme à l’hygiène aléatoire. Qui, dans ces cas-là, s’opposerait à une intervention pour redresser le « naturel » ?

Le meilleur moyen d’éviter les aberrations idéologiques dans la transformation de l’homme, c’est d’oublier cette idée d’un « éternel féminin », d’un « éternel masculin » que l’on oppose, par exemple, à la théorie du genre qui vous répondra sur le même terrain en dénonçant des siècles de domination masculine que rien ne venait justifier. Le meilleur moyen, ce n’est pas de jouer les vierges effarouchées quand des homosexuels acquièrent le droit de se marier et d’avoir recours à la PMA ou la GPA. On ne reviendra pas en arrière, aussi réactionnaire soit-on. Au mieux, et ce sera l’éminente et modeste dignité de la politique, pourra-t-on encadrer les dérives les plus manifestes.

Et ce n’est pas tout, car en vérité, je vous le dis, j’ai une mauvaise nouvelle : ce qui est concevable dans les innovations sociétales ou sur le plan de l’ingénierie humaine (je sais, l’expression est glaçante) sera réalisé. Je ne vois pas qui empêchera quelqu’un de suffisamment riche, voire un pays qui l’aura décidé, de se livrer au clonage humain. En revanche, je vois très bien ce que pourrait être une politique qui, « en changeant l’homme », en changeant ses représentations, viendrait montrer l’horreur de l’eugénisme ou du posthumanisme et se révéler préférable, comme s’est révélé préférable le christianisme.

Parce que, comme le disait ce cher vieux Sartre à qui la terre entière préfère Camus, on se demande bien pourquoi, s’il n’y a pas de nature humaine, il existe néanmoins, et c’est bien plus fort : « une universalité de l’homme ; mais elle n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite”

À nous, donc, de la construire ensemble. Sinon d’autres la construiront sans nous.

*Photo : Saint Huck.

Manif pour tous : le jour des gentils

manif pour tous pma

C’est le printemps ! Pas le printemps français, mais l’autre, celui qui réchauffe l’air et les cœurs et raccourcit les robes, comme disait Desproges. On a beau être un 2 février, la quatrième Manif pour tous sent le muguet et l’école buissonnière. Dans le cortège dense qui inonde le boulevard Raspail, retraités, étudiants, familles, poussettes, pères de familles et militants marchent d’un pas tranquille mais décidé vers la place Denfert-Rochereau. L’ambiance n’est assurément pas la même qu’il y a une semaine et la météo n’est pas la seule responsable. Avec les naïfs sweat-shirts LMPT qui sont ressortis,  les bonnets roses et les petits drapeaux – bleu, blanc, rouge ou bleu et rose – l’atmosphère est plutôt celle de Jour de fête que « Jour de colère ». Pour un peu on fredonnerait l’air de La Belle Equipe, « quand on s’promène au bord de l’eau, comme tout est beau, quel renouveau… »

Munis de grands sacs, des jeunes filles et des jeunes gens, portant les couleurs de la Manif pour tous, avancent à contre-courant de la manifestation et recueillent les oboles des généreux donateurs. « Donnez, donnez quelques euros pour nous aider à continuer le combat. » Des stands ont été installés le long du cortège, sur lesquels se vendent sweats, t-shirts, badges ou drapeaux. Sur le bord de la chaussée, un clochard réclame lui aussi un soutien financier en laissant pendre au milieu de la foule des manifestants un gobelet en plastique suspendu à l’extrémité d’une canne à pêche.

–          Alors la pêche est bonne ? lui demande une participante.

–          Pas terrible, ça mord pas beaucoup aujourd’hui, répond-t-il en agitant son gobelet toujours vide au bout du fil.

Les organisateurs de cette quatrième édition de la Manif pour tous avaient annoncé, face aux mises en garde du ministère de l’Intérieur, qu’ils mettraient tout en œuvre pour limiter au maximum les débordements et il semble avoir tenu leurs promesses. Alors que nous poursuivons notre tournée à l’américaine le long du boulevard, les forces de police sont très discrètement positionnées à certains croisements stratégiques tandis qu’une armada de, souvent très jeunes, bénévoles s’activent pour contenir le flux très placide et très discipliné des manifestants. Sur le podium qui accueille le cortège place Denfert-Rochereau, les animateurs s’éreintent à le répéter : « Ne tombez-pas dans le piège de la violence tendu par le gouvernement, nous ne sommes pas des hooligans, NOUS SOMMES DES GEN-TILS !!! ». Le souvenir laissé par le précédent « Jour de la colère » et le souci de ne surtout pas se laisser enfermer dans le clivage « réaction-contre-progressisme » pousse à en rajouter quelque peu dans la mièvrerie. Entre la rancœur agressive et les dérapages du « Jour de colère » et les slogans Barbapapa de la « manif des gentils », il n’y a plus de juste milieu possible, semble-t-il, en termes de débat national. Les interventions qui se succèdent à la tribune adoptent néanmoins un ton assez radical à l’encontre des groupes de pressions réclamant l’inclusion de la PMA et de la GPA dans le nouveau projet de loi famille. La nébuleuse des associations LGBT et les tenants de la théorie du genre sont particulièrement dans le collimateur. L’universitaire américain Robert Oscar Lopez, qui se présente lui-même comme un homosexuel opposé à la théorie du genre, n’a pas de mots assez durs pour ce qu’il présente « non pas comme une philosophie, mais comme une idéologie qui engendre la peur », rapportant avoir été taxé de misogynie et d’homophobie, dans son université californienne, après avoir osé avancer lors d’un cours de littérature qu’Hélène de Troie avait pu « tromper » Ménélas, terme sacrilège et sexiste entre tous. A sa suite, Jean-Pierre Delaume, auteur d’Un homosexuel contre le mariage pour tous se lance dans une charge virulente à l’encontre de la « violence pernicieuse » des associations LGBT auxquelles il dénie le droit de se prétendre représenter toute la communauté homosexuelle : « Nous voulons être reconnus en droit pour ce que nous sommes, des hommes et des femmes, et non pour une identité sexuelle qui relève de notre vie privée. » Une oratrice dénonce quant à elle l’influence du lobby LGBT auprès des institutions européennes et les rapports Estrella ou Lunacek instituant à l’échelle européenne un agenda politique et financier en faveur de ses groupes de pression. Joseph Thouvenel, représentant de la CFTC confie que, parce qu’il se considère toujours et plus que jamais de gauche, il refuse d’accepter une conception de la société qui mettrait la procréation au service de l’ultra-individualisme et du consumérisme et n’envisage que des relations et rapports marchands et utilitaristes entre les personnes.

Deux choses semblent jouer en faveur de cette manifestation. Il s’agit d’une part, même si cela peut paraître paradoxal, de l’adoption de la loi Taubira. Même si les animateurs de LMPT invitent avec force les sympathisants du mouvement à rester mobilisés pour réclamer l’abrogation de la loi, ce combat appartient désormais au passé et laisse le champ libre au combat essentiel, celui qui s’est trouvé depuis le début au cœur des débats, à savoir l’opposition à la marchandisation des corps en faveur des exigences d’une minorité de militants et de groupes de pression qui font soudain figure, en dépit de l’audience disproportionnée dont ils bénéficient toujours, d’extrémistes et d’ultra-radicaux. La question du mariage civil des homosexuels pouvait susciter le débat, mais si celui-ci avait pu facilement être refusé il y a quelques mois au nom de la lutte contre l’homophobie, aujourd’hui, en face des dangers de marchandisation de traitements tels que la PMA ou de pratiques illégales comme la GPA, l’argument « d’homophobie » tombe en quelques secondes. Il devient beaucoup plus difficile de traiter d’ignobles fascistes homophobes les opposants, de gauche ou de droite, aux délires prométhéens qui apparaissent en arrière-plan de la PMA, de la GPA ou aux dérives idéologisantes de la théorie du genre. Réclamer un sérieux contrôle éthique de ces pratiques et d’un pouvoir politique un peu plus responsable, une opposition plus ferme aux exigences de groupes de pression aussi dogmatiques qu’agressifs devient véritablement une simple question de bon sens. La violence verbale et l’hystérie semblent soudain avoir changé de camp.

L’autre événement qui joue grandement en faveur de cette nouvelle manif pour tous est le « Jour de colère » qui, dimanche dernier, a marqué les esprits par les outrances auxquelles il a laissé libre cours. Aujourd’hui, cette réunion de tranquilles partisans du bon sens, avec ses familles, catholiques ou non d’ailleurs, ses Français musulmans qui brandissent avec ostentation leur bannière, contraste avec la caricature de France « Black-Blanc-Beur » qui avait rapidement volé la vedette à des coléreux quelque peu dépassés. La réunion de ce dimanche 2 février paraît en retirer une crédibilité politique qui a fait défaut jusqu’alors aux manifestations géantes qui avaient jeté précédemment jusqu’à un million de personnes dans la rue. La stratégie des gentils ne paraît soudain pas si mauvaise, qui renvoie dos à dos les excités du complot sioniste et ceux du lobbying associationniste. Les cent à cent cinquante mille personnes présentes ici peuvent aujourd’hui se prévaloir de représenter l’alliance de la raison et du compromis. Le résultat obtenu a d’ailleurs peut-être dépassé les espérances des organisateurs de la manifestation. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur, confirmant une tendance à outrepasser ses prérogatives qui devient une sorte d’habitude, puis le chef du gouvernement lui-même, Jean-Marc Ayrault, sortant pour l’occasion de son splendide isolement, annonçaient que le gouvernement s’opposerait systématiquement à toute adoption d’un amendement visant à inclure PMA et GPA dans le nouveau texte de loi Famille, avant de reporter tout simplement l’examen du nouveau texte de loi à plus tard, réclamant plus de temps pour peaufiner le projet.

Alors que le rassemblement place Denfert-Rochereau touche à sa fin, des groupes de manifestants prennent le chemin du retour, sur l’avenue Quinet où sont stationnés une quinzaine de cars de CRS, cette fois particulièrement désœuvrés. Une dame d’un certain âge se plaint à ces deux petites filles : « on a bien marché hein ? Arrivée à la maison, moi j’étends mes pieds sur le canapé et je-ne-bouge-plus ! » Dans une rue adjacente, un type à une terrasse de café s’amuse à taquiner ceux qui rentrent de la manifestation, avec leurs bonnets et leurs petits drapeaux roses vifs : « Aaaah j’adooore cette couleur ! Ça vous va à ra-vir mademoiselle. » On lui répond avec quelques rires. C’est agréable cette impression soudaine, et très certainement éphémère, d’habiter à nouveau dans un pays où l’on peut se permettre de ne pas être d’accord sans se traiter, ou se faire traiter, de sale homophobe, de sale facho, de sale sioniste, de sale juif, de sale je ne sais quoi encore…C’est reposant. Ça ne durera pas sans doute pas mais le dimanche, après tout, c’est bien fait pour se reposer non ?

 

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00674864_000068.

Jo Privat, le dernier des parigots

jo privat accordeon

Le « Parigot-tête-de-veau » est une espèce en voie de disparition. Si l’on exposait l’un des derniers représentants de l’espèce au Muséum d’histoire naturelle, les gosses lui offriraient du pinard et du sauciflard et le gardien les mettrait en garde : « Attention, il peut dire des gros mots ! » C’est la réflexion, amère mais aussi joyeuse, que m’a inspirée la lecture de Jo Privat, le frisson de Paname[1. Éditions de Paris / Max Chaleil.]  de Claude Dubois, éloge de l’accordéon tout autant que du musicien. [access capability= »lire_inedits »]

Amère parce qu’il est bien évident que les bals musettes, les guinches, l’accent traînant, l’esprit goguenard « à la Audiard », relèvent désormais du folklore. Joyeuse parce que l’étude et la pratique de l’accordéon se développent. Il n’y a plus de Jo Privat (1919-1996) mais de petits Privat grandissent. Ils ne viennent plus de chez les Ritals, ni de chez les Auverpins, mais après tout, comme on disait chez moi : « La lisière ne vaut pas mieux que le drap. » La dernière coquetterie de Paris, c’est de ne pas changer le nom des rues. Privat a joué un bon moment rue des Vertus (!), au 25. Les musiciens se produisaient sur des planches mal jointes au-dessus des « cabinces ». Certains se mettaient du coton dans les narines. L’essentiel était que les danseurs dansassent. « Les filles de joie bandochaient dur pour les laborieux du dépliant, ces hommes de peine qui ferraillaient sur leur soufflet à douleur. » Vous reconnaissez le style inimitable de Jo

Privat ? Pas du tout ! C’est du Claude Dubois qui a chaussé les charentaises de Privat et écrit ce livre « comme s’il était Jo ». Il y a, comme ça, des filiations évidentes. Un auteur se sent littéralement investi, par tradition comme par révélation, de l’obligation de témoigner de ce que furent sa ville, son peuple, avant la catastrophe de l’ère moderne.

Qu’a donc fait le peuple parisien pour que l’on gomme sa mémoire ? Des bêtises en 1871 ? Après tout, l’hymne national ne s’intitule pas La Parisienne, mais La Marseillaise, du nom de ces voyous montés à Paris, le 10 août 1792, pour découper vivants en rondelles les Suisses fidèles. Loin des préoccupations historiques, Dubois se réserve le droit de saluer les seuls 10e, 11e, 19e et 20e arrondissements, là où « battait le cœur de Paris sur un rythme d’accordéon ». Je ne lui en veux pas d’ignorer la rue de la Gaîté (14e) ou le Bal de la Marine (15e). Quand on est de la rive droite, on n’est pas de la rive gauche. Au contraire, Paucard de Paris félicite le Titi de maintenir la flamme.

Dubois conclut : « Signé, un diplodocus failli, un dinosaure abattu, découragé, de Paris, à l’orée de cet horizon 2050 dont on nous bassine. » Le pessimisme est parfois le meilleur moyen de croire en l’avenir.

Jo Privat, le frisson de Paname, Claude Dubois, Les éditions de Paris-Max Chaleill[/access]

*Photo: Flickr

 

Le genre, entre concept et théorie

theorie du genre

Pourquoi un tel vacarme ? Ne s’agirait-il que d’un énorme malentendu ? D’une paranoïa ? Bref, d’une invention sans plus de fondement que le protocole des sages de Sion ?

C’est ce qui se dit du côté des défenseurs des études de genre. Tout ce monde jure que la théorie du genre n’existe pas, et qu’il n’existe que des « études de genre ».

Selon Anne-Emmanuelle Berger, directrice de l’Institut du genre, créé par le CNRS, qui fédère la recherche dans ce domaine, le genre est seulement un concept utilisé dans les sciences sociales et qui désigne  « tout ce qui, dans la construction de l’identité dite sexuelle et dans la formation de la division entre les sexes, relève de mécanismes d’ordre social et culturel ».

Tous ces gens sont honorables, mais il faut tout de même rappeler qu’un concept n’existe qu’à l’intérieur d’une théorie. Le concept de genre ne fait pas exception. Il appartient à une théorie qui s’oppose – à juste titre- à la théorie d’Aristote selon laquelle le rôle social des femmes était entièrement fixé par la nature, c’est-à-dire par leur corps.

Tant que cette théorie non naturaliste du genre se contente d’affirmer le rôle de la causalité sociale et culturelle, elle est une théorie scientifiquement exacte et politiquement utile.

Et ceux qui la défendent sont des gens honorables.

En revanche, une théorie du genre qui serait purement culturaliste, qui réduirait la différence entre les identités sexuelles des femmes et des hommes à une construction sociale et culturelle, celle-là serait une théorie réductionniste, et donc erronée. Si elle existait,  elle serait gravement fautive, et dangereuse, en ce qu’elle nierait la causalité des corps, la causalité de la différence biologique entre les corps des femmes et des femmes dans leurs identités respectives.

Mais on nous assure que cette théorie n’existe pas, et ceux qui disent cela sont des gens honorables.

Je peux donc la charger, sans craindre de froisser des gens honorables.

Si cette théorie purement culturaliste et sociale ne voyait dans cette construction des identités sexuelles sans fondement biologique qu’un moyen de justifier la domination masculine, elle serait une théorie idéologique au service de l’égalité par l’indifférenciation. 

Si elle existait, cette théorie du genre serait déconstructionniste jusqu’au bout. Elle n’hésiterait pas à affirmer, par exemple, que la différence entre une mère et un père n’est qu’une construction sans base biologique, qu’ils sont interchangeables, puisque « l’instinct maternel n’existe pas », et donc qu’un enfant ne perd rien à être élevé par deux pères et sans mère.

On est content d’apprendre que cette théorie-là du genre n’existe pas, que personne ne la défend, et qu’elle n’influence en rien et jamais certaines études de genre.

 

*Photo : mrjorgen.

La SNCF réinvente le train fantôme

La France est mondialement réputée pour ses fromages légendaires, pour le donjuanisme de ses Présidents de la République, pour le charme mutin de ses actrices et pour ses trains à grande vitesse – qui fendent les paysages à la vitesse de l’éclair, et fonctionnent à l’énergie nucléaire. La Société Nationale des Chemins de Fer, à qui nous devons les aventures anarcho-ferroviaires de Julien Coupat (mais si, souvenez-vous, l’épicier anti-système de Tarnac) et La Bête humaine d’Émile Zola, se distingue pourtant par l’énergie considérable qu’elle déploie pour promouvoir tout un fatras d’activités qui n’ont qu’un rapport très lointain avec la circulation des trains…

Ouest-France nous apprenait il y a quelques semaines que la SNCF avait placé un piano en libre service dans le hall de la gare de Nantes. Dans quel but ferroviaire caché ? Avec quelle ambition secrètement connectée au projet général de faire partir les trains à l’heure ? Mystère. Le but affiché était de « destresser » les voyageurs. Maria-Dolores Castaigne, directrice des gares à la SNCF, se félicite: « Le ‘piano gare’ est un succès depuis la première expérience, à Montparnasse à Paris, pendant l’été 2012 : 150 à 200 personnes y jouent chaque jour. Le piano humanise, apaise… » Pour défouler les voyageurs les jours de grève, on aurait plutôt attendu une batterie… Encore que le piano soit techniquement un instrument à cordes frappées… Parallèlement est lancée l’opération « bookcrossing » à destination des voyageurs franciliens. «Sur 241 rames et 11 lignes de trains et RER – écrivait il y a peu Le Parisien – 60000 polars ont été déposés sur les banquettes par les agents SNCF. Dès 6 heures, les usagers ont pu découvrir des nouvelles d’auteurs (…) vainqueurs du prix SNCF du polar. » Mais attention, la surprise ne s’est pas arrêtée là précise le quotidien… « Dans les pages de cent livres étaient, en plus, insérés de petits cadeaux »… Lassés de conduire des trains, de veiller à la sécurité des voyageurs, d’améliorer la ponctualité des liaisons… les cheminots du futur visent le bonheur de leur prochain… Sybille Beaupied, chef de projet à la SNCF déclare « Nous voulions offrir un moment de partage, de générosité à nos usagers ». Amen.

La RATP n’est pas en reste. Nos confrères de Stratégies nous apprennent le déploiement prochain d’une opération évènementielle de grande ampleur autour de l’ouverture du Tournoi des 6 Nations de rugby… avec notamment l’ouverture d’un «Rugby Park» à la station Auber du RER A… Dans le même temps le partenaire de l’opération, la GMF, organisera des ateliers faisant connaître les gestes à adopter pour une « pratique du rugby en toute sécurité ». En cas de danger tirez le signal d’alarme…

Pourtant, les professionnels du rail français savent encore faire rêver les voyageurs, les faire frissonner et les surprendre autrement que par ces opérations évènementielles fatiguées qui n’enthousiasment en réalité plus personne… et ce grâce au train fantôme ! Brrrr… La Nouvelle République décrivait il y a quelques jours les mésaventures de passagers à qui la SNCF a vendu des billets pour un train qui… n’existait pas. « Montparnasse, dimanche soir. La gare se vide de ses derniers passagers pendant que l’accueil se remplit de clients incrédules. L’employée, pourtant visiblement rompue aux situations ubuesques, tombe des nues : ‘Non Madame ce TGV n’existe pas’ lâche-t-elle confuse à une voyageuse » Le TGV de 22h01 qui devait relier la capitale à Poitiers, et pour lequel des billets avaient été vendus, n’a tout simplement aucune existence réelle. Ce n’est qu’une pensée. Pour l’heure personne n’explique ce mystère. Les naufragés du rail ont été pris en charge par la compagnie, et logés à grands frais dans un hôtel 4 étoiles voisin de la gare. Il était inscrit sur leurs billets « ni échangeables, ni remboursables et uniquement valables sur ce train ». Mais rien, c’est vrai, ne précisait qu’il s’agissait de billets pour un trajet véritable, ou imaginaire.

L’histoire ne dit pas si le petit groupe est reparti le lendemain dans un train réel ou chimérique, ni si leur nouveau convoi kafkaïen était prévu pour le 32 du mois à 23h65… mais avec la SNCF – comme le disait l’ancien slogan – tout est possible…

Manif pour presque tous

manif pour tous genre

En 2014, toute la France est au bord de la crise de nerfs. Toute ? Non, une petite manif pour tous – probablement entre 100 000 et 150 000 personnes à Paris et à Lyon, ce qui n’est pas rien – résiste encore et toujours à la violence. La joie venait toujours après la peine, disait le trépané. Et la quiétude après la colère, parfois. Manuel Valls, qui a dû être nommé Premier Ministre dans la nuit sans qu’on nous en avertisse, a apparemment pris acte du rapport de force puisqu’il a déclaré lundi matin, aux aurores, que « le gouvernement s’opposerait à des amendements parlementaires sur la gestation pour autrui et la procréation médicale assistée » lors de l’examen de la loi sur la famille en avril prochain.

En ce sens, la Manif pour tous, après un an et demi de mobilisation, a remporté sa première victoire. Le projet d’expérimentation du genre sur les enfants a lui aussi pris du plomb dans l’aile, après l’étrange organisation par textos du Jour de retrait des enfants de l’école. Pour l’instant, ce ne sont que des mots, et rien n’a été voté dans un sens ni dans l’autre. Cependant, le ministre de l’Intérieur et des cultes, qui est sans doute le plus politique de nos dirigeants , a dû sentir passer le vent du boulet. Après les dieudonneries, où il a manié le bâton avec dextérité, il ne peut prendre le risque de laisser une France entièrement divisée contre elle-même.

Ses déclarations alarmistes dans le JDD de la semaine dernière trahissaient la nervosité certaine de la majorité socialiste qui ayant échoué jusqu’ici partout se retrouve seule, sans peuple sinon la grande famille LGBTI[1. Le I pour « intersexe », désignant les enfants nés sans sexe déterminé, est l’occasion pour le lobby de continuer sa récitation de l’alphabet.]. Alors que l’UMP se déchire sur la question – on notait ainsi l’absence de Jean-François Copé à la Manif pour tous – et qu’au Front national, seule la fine Marion Le Pen a eu l’esprit de défiler, Valls reprend l’initiative et occupe le terrain. Jour de colère ayant eu la bonne idée de fédérer les excités, les fous et les paranos la semaine précédente, les ligne sont désormais plus claires : la Manif pour tous redevient ce qu’elle était, un rassemblement noble, paisible et déterminé de citoyens opposés à la reconstruction idéologique de l’être humain contemporain.

Les fauteurs de troubles se voient ainsi renvoyés chacun à leur camp respectif par ces familles paisibles mues par la recherche du bien commun : d’un côté, les excités de la quéquette et du genre, ces Femen toujours intouchables qui agressent maintenant un archevêque espagnol dans l’indifférence générale, les antifas jamais inquiétés par la police ; de l’autre, les anciens gudards maqués avec les nouveaux négationnistes venus des banlieues, qui font un Goldstein tout à fait acceptable. Et, pendant que les partis politiques ne pensent plus rien et règlent les affaires courantes, au milieu se tient cette coalition de la Manif pour tous dont l’histoire retiendra qu’elle eut l’honneur d’incarner à un moment fatidique cette France lumineuse, réfléchie et humaniste qu’on aime.

Najat à Sciences Po : des contradictions au sein du peuple (de gauche)

39

Dimanche dernier, 300 000 (ou disons, le chiffre que vous voulez) Manifestants Pour Tous, barbons et marmots, scouts et cathos, ont défilé pour dire non à la PMA, la GPA et autres chambardements dans la filiation. À la vue de ce chapelet de familles bourgeoises bon teint venues de province et de l’Ouest parisien, grandes pourvoyeuses de cadres du secteur privé, on croirait le « catholicisme zombie » enrégimenté malgré lui dans la lutte contre l’exploitation. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent », glissait Bernanos à l’âme des gens de droite ; puissent-ils continuer de l’entendre !

Aussi inoffensives soient-elles, ces armées de poussettes n’ont pas manqué de susciter l’indignation pavlovienne des stipendiaires du Progrès, qui invoquent inlassablement les heures les plus sombres de notre histoire. Il faut dire qu’un agenda de ministre n’aide pas à faire dans la subtilité langagière ! Prenez Najat Vallaud-Belkacem. Entre deux allocutions officielles, le ministre des droits des femmes prépare son « échange » avec Janet Halley, professeur de droit spécialiste de la famille et du genre, ce vendredi, à Sciences Po. Thème de la conférence : « comment lutter contre le trafic humain ? ». Il y sera sûrement question de traite prostitutionnelle, puisque le gouvernement voudrait pénaliser le tapin, à défaut de pouvoir l’éradiquer.

Que le ministre d’une « GPA non marchande » (sic) disserte sur le trafic humain, tout en défendant mordicus la Reproduction artificielle de l’humain, aussi appelée PMA, vaut son pesant d’embryons. Quant à la marchandisation des utérus impliquée par la GPA — dont on nous dit que jamais au grand jamais elle ne sera autorisée en France — elle ne semble pas gêner cette gauche moralisante qui, après l’abandon du projet de loi Famille, ne rêve que de reculer pour mieux sauter.

Dommage, on aurait rêvé d’une cohérence pour tous !

Touche pas à mon avenue Foch!

24
avenue foch hidalgo

avenue foch hidalgo

Il existe dans Paris un lieu béni des Dieux, préservé de tout ce qui enlaidit le paysage urbain : sanisettes, Mcdo, stations Vélib, arrêts de bus, kiosques de la Française de jeux et autres horreurs attirant la chalandise interlope. Pas un épicier arabe à moins de cinq cent mètres, pas de Franprix ni de Cash-Casher Naouri. Même Hermès, Prada ou Armani ont eu, en dépit de leurs gros moyens, la délicatesse de s’abstenir d’ouvrir ici des succursales alors qu’une clientèle de proximité sensible à leurs produits leur tendait les bras.  Ici tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Entre l’Etoile et la Porte Dauphine, une avenue longue de 1,3 km, large de 140 mètres (autant que le Seine à la hauteur du Louvre), conduit doucement le flâneur de l’Arc de Triomphe au bois de Boulogne. Le baron Haussmann, s’étant trompé dans ses calculs visant à percer douze avenues similaires partant de l’Etoile, fut contraint de lui accorder une largeur double de celles de ses sœurs. Depuis, on lui ôta, à la maison, le droit de couper la galette des Rois pourtant réservé au pater familias.

Pour faire oublier cet impair, il fut décidé qu’elle serait rabaissée par une dénomination d’une banalité affligeante, avenue du Bois, alors que les autres artères partant de l’Etoile furent baptisées de noms glorieux de la saga napoléonienne : avenue de la Grande Armée, avenue de Friedland, avenue Hoche…

Mais le peuple, qui ne se laisse pas mener par le bout du nez, fit en sorte que cette Cendrillon des avenues devint celle qui allait attirer vers elle le plus de princes charmants tombés amoureux de sa beauté négligée… En 1929, l’avenue du Bois se vit  enfin reconnaître ses mérites : on la rebaptisa du nom du grand vainqueur de la Grande guerre, le généralissime Ferdinand Foch, décédé cette année-là.

Sa réputation franchit bientôt les frontières, les mers et les océans : des sables du désert arabique à la jungle africaine, de Moscou à Shanghaï, elle s’impose comme la seule adresse parisienne possible pour ceux à qui dame Fortune à fait la grâce de reconnaître leurs mérites en les comblant de ses bienfaits.

Quelle artère parisienne illustre mieux cette fameuse « diversité » dont on nous rebat aujourd’hui les oreilles ? Ici, l’ambassadeur d’Israël en France, logé là par son administration, croise un prince royal saoudien en allant promener son chien le dimanche matin,  et échange avec lui des salutations cordiales et même quelques considérations météorologiques. Les appartements qui la bordent sont agencés de telle sorte que des Africains notables comme Denis Sassou Nguesso et Théodore Obiang peuvent y loger leur nombreuse et bruyante famille sans gêner les voisins. Le Géorgien cohabite avec le Russe, et l’armateur grec devise avec le champion turc du BTP…

Il fallait bien, qu’un jour, quelque esprit chafouin se mette en tête de détruire cette charmante  et discrète harmonie. Saisissant l’occasion des prochaines élections municipales, un obscur cabinet parisien d’architecture et d’urbanisme, Hamonic et Masson, à crû malin de lancer dans l’arène du duel Hidalgo-NKM un projet d’aménagement de l’avenue Foch dont on trouvera le détail ici.

Il s’agit, ni plus ni moins, que de transformer l’avenue Foch, pour moitié en « végétalisant » la partie nord, faisant ainsi entrer le Bois de Boulogne (et les activités nocturnes afférentes) dans Paris, et de convertir la partie sud en zone piétonnière et commerciale pourvue de toutes le commodités modernes : fast foods (hamburgers et gyros), pistes de skateboard, bistrots branchés, station de métro souterraine, cinémas et boites de nuits (ce n’est pas dit comme cela dans le projet, mais les concepteurs du bientôt défunt forum de Halles ne nous avaient pas prévenus, non plus, de ce qui allait advenir de leur merveille urbanistique !).

On sent percer, sous l’architecte, le vengeur social qui veut pourrir la vie des riches plutôt que d’améliorer celle des pauvres ! On ne sera pas  étonné de voir, derrière ce projet, la main d’un vieux militant trotskiste, ancien président de l’UNEF des années quatre-vingts, Marc Rozenblat. Il se lança dans la promotion immobilière après avoir sévi, es qualités, dans le business du logement étudiant,  croisant au passage Jean-Marie Le Guen, candidat évincé de l’investiture socialiste pour la mairie de Paris, et Dominique Strauss-Kahn, dont  les apparatchiks étudiants étanchèrent la soif pendant sa traversée du désert… Anne Hidalgo, prise de court par la diffusion publique de ce plan révolutionnaire, se voit contrainte de lui donner son aval, sauf à passer pour une vendue au grand capital.

Bien entendu, cela ne se fera jamais, et l’avenue Foch restera, pour longtemps encore, la vitrine de l’opulence mondialisée où habitent tous ces gens que l’on aime haïr, parfois à juste titre. Il ne manquerait plus qu’ils se délocalisent !

*Photo : LCHAM/SIPA. 00673908_000033.

Au nom du Père Paolo, otage en Syrie

93
pere paolo syrie

pere paolo syrie

Voici six mois que le père Paolo Dall’Oglio, jésuite italien installé en Syrie depuis plus de trente ans,  a été kidnappé à Raqqa, sur les bords de l’Euphrate, à 160 km à l’est d’Alep. Six mois qu’aucun indice, aucun élément, ne permet d’en savoir plus sur cet enlèvement. Six mois que le religieux est otage de ceux qu’il soutenait avec rage, aux mains d’une rébellion syrienne à plusieurs têtes.

« Nous n’avons aucune information sur son enlèvement, personne ne l’a revendiqué et nous ne savons pas s’il est en vie ou non. », explique Francesca Dall’Oglio, l’une des deux sœurs du prêtre. Certains disent pourtant tout bas qu’il « serait toujours détenu aux environs de Raqqa ». Le conditionnel interdit toute certitude.

Le père Dall’Oglio a ressuscité le monastère byzantin de Mar Moussa au nord de Damas. « Il s’était totalement fondu dans la réalité syrienne, dans la langue syrienne, et dans la vie de son peuple le plus pauvre. Il n’était plus un étranger en Syrie. » explique Jean-François Colosimo. Le jésuite a fait sienne cette grande tradition chrétienne  de l’inculturation et choisi de se donner entièrement au peuple syrien. Le monastère était un lieu de rencontre, où chrétiens et musulmans, hommes et femmes,  venaient converser en toute liberté, en toute confiance, autour du père Paolo pour qui le dialogue avec les musulmans était fondamental.  Pour ce fin connaisseur de l’Islam, les deux religions sœurs sont faites pour cohabiter dans le respect. «La société syrienne a toujours été pluraliste, ce n’est pas un cul de sac continental, mais un lieu de passage. La Syrie a dans son ADN une harmonie plurielle entre ses communautés qui est unique au monde » avait-il l’habitude de dire.

Dès le début de la guerre en Syrie, le père Dall’Oglio s’engage aux côtés de la rébellion contre le régime de Bachar Al Assad.  « Ce que le régime fait subir à la population est devenu indécent. » dit- il aux journalistes qui l’interrogent. Les conséquences de sa prise de position sont immédiates. Au printemps 2012, son permis de résidence est révoqué par les autorités syriennes et il est expulsé du pays. Il quitte Mar Moussa et s’installe en Irak. Il publie alors un livre sur le conflit syrien en France au printemps 2013 La rage et la lumière, aux éditions de l’Atelier. Il retournera plusieurs fois en secret sur le sol syrien.  En juillet 2013, il se rend à Raqqa. Cette ville du centre de la Syrie, à l’origine aux mains de l’armée syrienne libre, a subi de profonds changements en avril 2013 lorsqu’un  groupe dissident,  l’Etat islamique en Irak et au levant (EIIL), combattants ultra-radicaux liés a Al-Qaïda , jette l’ASL dehors. Le père décide d’y tenter une médiation entre les deux groupes. « Je suis venu pour rencontrer les chefs de groupes armés. Je voudrais qu’a Raqqa se fassent les premiers pas d’une réconciliation entre opposants. » déclare-t-il alors .

Il disparaîtra quelques heures plus tard.

« Cet homme est hors-série, il voit grand. À propos de cette guerre en Syrie, il propose la voie de l’espoir et du pluralisme religieux. » explique la journaliste Guyonne de Montjou, une proche du père Paolo. Car le jésuite est un habitué de la France où il nourrit de grandes amitiés, avec par exemple Régis Debray, qui préfaça La rage et la Lumière. Les deux hommes d’esprit se rencontrent souvent et parlent de l’avenir de la Syrie, de sa partition, mais n’abordent pas les questions spirituelles. Leur amitié n’empêche pas les désaccords, notamment sur la question d’une ingérence occidentale en Syrie. Le religieux considère en effet que la communauté internationale aurait dû intervenir et soutenir la révolution, qui n’a trouvé aucun appui, ce qui a permis l’irruption de djihadistes totalement étrangers à la cause syrienne. Ses engagements fiévreux envers et contre tous lui ont même valu une rupture totale avec les autorités religieuses chrétiennes en Syrie, qu’il accuse d’être à la botte du régime d’Assad.

Pour Jean-François Colosimo, « son engagement aux côté de l’Islam qu’il aime est emprunt d’une sincérité radicale et sans retour. On voit bien qu’à travers son enlèvement, c’est la Syrie et l’Islam traditionnel qui sont  prises en otage. » Conscient des risques démesurés qu’il prenait, le père s’est jeté dans la gueule du loup syrien en connaissance de cause.

Solidaire du peuple syrien jusqu’au sacrifice, convaincu viscéralement de la possibilité d’une démocratie tolérante en Syrie, l’histoire du père Paolo rappelle celle des moines de Tibhirine, et la lettre testament qu’il a laissé fait écho à celle du Père Christian de Chergé. De ceux qui l’enlèveront sans doute, le jésuite italien dit : « Ce sont mes frères en humanité », quand le moine français s’adresse à celui qui lui tranchera la tête quelques jours plus tard : « à toi aussi, l’ami de la dernière minute qui n’aura pas su ce que tu faisais, je dis merci ».

*Photo : Bilal Hussein/AP/SIPA. AP21515365_000003.

Trafic de cupcakes en Illinois

9

Au lieu de passer ses journées devant la télé, la jeune Chloe Stirling, de Troy, dans l’Illinois, a lancé son propre business. Agée d’à peine 11 ans, elle fait des cupcakes dans sa cuisine avec sa maman. Ceux-ci sont vendus, dix dollars la douzaine, afin notamment de soutenir un de ses camarades de classe, atteint d’un cancer.

Ému de son initiative, un journaliste a publié un article sur un site internet d’info locale, louant le dynamisme d’une si jeune personne et son esprit d’entreprise.

Dès le lendemain, le département de la santé publique d’Illinois a téléphoné à la maman de Chloe, pour l’enjoindre d’arrêter tout de suite la préparation et la vente des fameux cupcakes. Ces derniers ne satisfaisant tout simplement pas aux exigences de santé publique de l’Etat. L’officier de police a ajouté que la petite fille ne pourrait poursuivre la vente de ses petits gâteaux « qu’à condition que ses parents ouvrent une boulangerie, ou du moins construisent une cuisine séparée.».

Déçue, la maman de Chloe, Heather Stirling s’épanche : « Avec son père, nous lui avions acheté un petit frigo. Puis ses grands-parents lui ont offert un mixer. » Mais de là à être en mesure de satisfaire aux exigences du département de Santé publique, il y a une marge. Et Heather s’avoue vaincue: « Une cuisine séparée ! Qui pourrait faire cela ? ».

Le Département de Santé publique réagit aux déclarations de la maman de Chloe avec une clarté confinant à la tautologie : « Les règles sont les règles. Notre objectif est de protéger la santé publique. » Au même instant, les policiers, eux, insistent sur  leur souci d’égalité : « Le règlement est le même pour tout le monde. ».

Cette histoire insolite serait drôle si elle ne venait s’ajouter à la longue liste des cas où, aux Etats-Unis, la puissance publique sanctionne des activités aussi banales qu’inoffensives. Pour n’en citer que quelques-uns : en 2010, en Pennsylvanie, la police fédérale a perquisitionné une ferme amish, à cinq heures du matin, pour y saisir du « lait cru non autorisé » qui venait d’être trait. Dans le même Etat, à Philadelphie, une femme avait dû s’acquitter d’une licence de bloggeur à 300 dollars pour avoir créé un blog avec lequel elle n’avait gagné que 11 malheureux dollars. Enfin, on se souvient du cas très cocasse des 30 personnes âgées, arrêtées par la police dans le Winsconsin, alors qu’elles étaient venues manifester devant Capitole de cet Etat pour la défense de la liberté d’expression. Motif inscrit sur les mandats d’arrestation : « chante sans autorisation ».

Théorie du genre : il n’y a pas de nature humaine

104
theorie genre nature

theorie genre nature

Je suis, à quelques nuances près d’accord avec Philippe Bilger et sa vision d’un gouvernement socialiste décidé à imposer une certaine vision de l’homme, purement idéologique, notamment sur les questions du mariage pour tous et des études de genre. Le problème est que Philippe Bilger s’insurge contre cette politique au nom de quelque chose qui n’existe pas et qu’il appelle la nature humaine. Et que son opposition, en partant d’une prémisse erronée, risque bien de rester dans l’imprécation ou le vœu pieu.

On peut être d’accord ou pas avec les études de genre, à la limite, le problème n’est pas là. Le problème est que les études de genre, appliquées à l’être humain, pourraient très bien faire une politique qui amène à un homme nouveau, un homme neutre, en une ou deux générations. Cette humanité ne me plairait pas, je ne m’y sentirais pas forcément bien,  surtout si j’avais encore le souvenir de l’ancienne. Mais pour les autres, ceux qui auraient toujours vécu dans un monde « dégenré », qu’est-ce qui me dit qu’ils ne seraient pas heureux, qu’ils ne trouveraient pas cela normal ? Après tout, moi qui ai le souvenir d’un monde où ni Facebook ni les téléphones portables n’existaient, j’ai souvent l’impression, avec la génération Y, d’avoir affaire à des mutants qui pour leur immense majorité, trouvent très supportable le monde qu’on leur fait, un monde précaire, un monde où tout le monde est célibataire et plus ou moins nomade, vivant dans une insécurité économique et écologique de plus en plus effrayante pour qui se souvient de la France telle qu’elle existait encore dans les années 80 et 90.

La seule chose qui pourrait mettre en échec cette humanité de l’indifférenciation sexuelle, ce n’est pas le « naturel » des citoyens qui se révulseraient devant la fin programmée de la sexualité du monde d’avant, ce serait une autre vision concurrente, une autre politique, plus forte, plus habile, plus convaincante, une politique par exemple fondée à nouveau sur une forte différence des sexes et sur la hiérarchie entre l’homme et la femme. Après tout, ce serait régler un peu trop vite le problème des études de genre que d’estimer qu’elles sont les lubies quelques universitaires américaines. Lubies reprises par des socialistes français qui se sentent obligés de donner l’illusion de faire quelque chose, puisque désormais ils sont convertis en masse au libéralisme qui est, entre nous soit dit, une autre idéologie présentée par ses tenants comme « naturelle » comme s’il était naturel de continuer sur un chemin qui conduit si manifestement au désastre.

Plus généralement, il faut accepter que toutes les politiques aient pour but de changer l’homme, même celles qui prétendent le contraire. Je ne vois pas en quoi une humanité qui vit aujourd’hui sous le signe de la concurrence et de la compétition généralisée serait plus « naturelle » qu’une humanité s’épanouissant dans la coopération.

On pourra objecter que vouloir changer l’homme a souvent conduit à des catastrophes monstrueuses. On a derrière nous un siècle de totalitarismes où, de l’embrigadement de la jeunesse en passant par les éliminations de masse, Mussolini, Hitler ou Staline nous ont rendus très prudents, c’est le moins qu’on puisse dire, avec cette idée. Mais il ne faudrait pas oublier non plus que le christianisme lui aussi a violé, et pour le meilleur, la « nature humaine » : en condamnant l’esclavage, en prônant l’égalité des personnes, en affirmant la nécessité de protéger et aimer les plus faibles, les exclus, les métèques et même… les femmes adultères.

Changer l’homme, ou plutôt en construire un autre, n’est pas forcément une mauvaise idée. J’ai le souvenir, dans une autre vie, d’un stage en école maternelle. Il y avait un seul Noir parmi de jolies petites têtes blondes. L’institutrice m’avait expliqué alors qu’il avait fallu, au début de l’année, un vrai discours pour que le groupe ne rejette pas celui qui était différent. Racisme « naturel » ? On a du mal à le croire puisque ce genre de choses, tous les enseignants vous le diront, peuvent arriver si on n’y prend pas garde à un trisomique, un rouquin ou un môme à l’hygiène aléatoire. Qui, dans ces cas-là, s’opposerait à une intervention pour redresser le « naturel » ?

Le meilleur moyen d’éviter les aberrations idéologiques dans la transformation de l’homme, c’est d’oublier cette idée d’un « éternel féminin », d’un « éternel masculin » que l’on oppose, par exemple, à la théorie du genre qui vous répondra sur le même terrain en dénonçant des siècles de domination masculine que rien ne venait justifier. Le meilleur moyen, ce n’est pas de jouer les vierges effarouchées quand des homosexuels acquièrent le droit de se marier et d’avoir recours à la PMA ou la GPA. On ne reviendra pas en arrière, aussi réactionnaire soit-on. Au mieux, et ce sera l’éminente et modeste dignité de la politique, pourra-t-on encadrer les dérives les plus manifestes.

Et ce n’est pas tout, car en vérité, je vous le dis, j’ai une mauvaise nouvelle : ce qui est concevable dans les innovations sociétales ou sur le plan de l’ingénierie humaine (je sais, l’expression est glaçante) sera réalisé. Je ne vois pas qui empêchera quelqu’un de suffisamment riche, voire un pays qui l’aura décidé, de se livrer au clonage humain. En revanche, je vois très bien ce que pourrait être une politique qui, « en changeant l’homme », en changeant ses représentations, viendrait montrer l’horreur de l’eugénisme ou du posthumanisme et se révéler préférable, comme s’est révélé préférable le christianisme.

Parce que, comme le disait ce cher vieux Sartre à qui la terre entière préfère Camus, on se demande bien pourquoi, s’il n’y a pas de nature humaine, il existe néanmoins, et c’est bien plus fort : « une universalité de l’homme ; mais elle n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite”

À nous, donc, de la construire ensemble. Sinon d’autres la construiront sans nous.

*Photo : Saint Huck.

Manif pour tous : le jour des gentils

135
manif pour tous pma

manif pour tous pma

C’est le printemps ! Pas le printemps français, mais l’autre, celui qui réchauffe l’air et les cœurs et raccourcit les robes, comme disait Desproges. On a beau être un 2 février, la quatrième Manif pour tous sent le muguet et l’école buissonnière. Dans le cortège dense qui inonde le boulevard Raspail, retraités, étudiants, familles, poussettes, pères de familles et militants marchent d’un pas tranquille mais décidé vers la place Denfert-Rochereau. L’ambiance n’est assurément pas la même qu’il y a une semaine et la météo n’est pas la seule responsable. Avec les naïfs sweat-shirts LMPT qui sont ressortis,  les bonnets roses et les petits drapeaux – bleu, blanc, rouge ou bleu et rose – l’atmosphère est plutôt celle de Jour de fête que « Jour de colère ». Pour un peu on fredonnerait l’air de La Belle Equipe, « quand on s’promène au bord de l’eau, comme tout est beau, quel renouveau… »

Munis de grands sacs, des jeunes filles et des jeunes gens, portant les couleurs de la Manif pour tous, avancent à contre-courant de la manifestation et recueillent les oboles des généreux donateurs. « Donnez, donnez quelques euros pour nous aider à continuer le combat. » Des stands ont été installés le long du cortège, sur lesquels se vendent sweats, t-shirts, badges ou drapeaux. Sur le bord de la chaussée, un clochard réclame lui aussi un soutien financier en laissant pendre au milieu de la foule des manifestants un gobelet en plastique suspendu à l’extrémité d’une canne à pêche.

–          Alors la pêche est bonne ? lui demande une participante.

–          Pas terrible, ça mord pas beaucoup aujourd’hui, répond-t-il en agitant son gobelet toujours vide au bout du fil.

Les organisateurs de cette quatrième édition de la Manif pour tous avaient annoncé, face aux mises en garde du ministère de l’Intérieur, qu’ils mettraient tout en œuvre pour limiter au maximum les débordements et il semble avoir tenu leurs promesses. Alors que nous poursuivons notre tournée à l’américaine le long du boulevard, les forces de police sont très discrètement positionnées à certains croisements stratégiques tandis qu’une armada de, souvent très jeunes, bénévoles s’activent pour contenir le flux très placide et très discipliné des manifestants. Sur le podium qui accueille le cortège place Denfert-Rochereau, les animateurs s’éreintent à le répéter : « Ne tombez-pas dans le piège de la violence tendu par le gouvernement, nous ne sommes pas des hooligans, NOUS SOMMES DES GEN-TILS !!! ». Le souvenir laissé par le précédent « Jour de la colère » et le souci de ne surtout pas se laisser enfermer dans le clivage « réaction-contre-progressisme » pousse à en rajouter quelque peu dans la mièvrerie. Entre la rancœur agressive et les dérapages du « Jour de colère » et les slogans Barbapapa de la « manif des gentils », il n’y a plus de juste milieu possible, semble-t-il, en termes de débat national. Les interventions qui se succèdent à la tribune adoptent néanmoins un ton assez radical à l’encontre des groupes de pressions réclamant l’inclusion de la PMA et de la GPA dans le nouveau projet de loi famille. La nébuleuse des associations LGBT et les tenants de la théorie du genre sont particulièrement dans le collimateur. L’universitaire américain Robert Oscar Lopez, qui se présente lui-même comme un homosexuel opposé à la théorie du genre, n’a pas de mots assez durs pour ce qu’il présente « non pas comme une philosophie, mais comme une idéologie qui engendre la peur », rapportant avoir été taxé de misogynie et d’homophobie, dans son université californienne, après avoir osé avancer lors d’un cours de littérature qu’Hélène de Troie avait pu « tromper » Ménélas, terme sacrilège et sexiste entre tous. A sa suite, Jean-Pierre Delaume, auteur d’Un homosexuel contre le mariage pour tous se lance dans une charge virulente à l’encontre de la « violence pernicieuse » des associations LGBT auxquelles il dénie le droit de se prétendre représenter toute la communauté homosexuelle : « Nous voulons être reconnus en droit pour ce que nous sommes, des hommes et des femmes, et non pour une identité sexuelle qui relève de notre vie privée. » Une oratrice dénonce quant à elle l’influence du lobby LGBT auprès des institutions européennes et les rapports Estrella ou Lunacek instituant à l’échelle européenne un agenda politique et financier en faveur de ses groupes de pression. Joseph Thouvenel, représentant de la CFTC confie que, parce qu’il se considère toujours et plus que jamais de gauche, il refuse d’accepter une conception de la société qui mettrait la procréation au service de l’ultra-individualisme et du consumérisme et n’envisage que des relations et rapports marchands et utilitaristes entre les personnes.

Deux choses semblent jouer en faveur de cette manifestation. Il s’agit d’une part, même si cela peut paraître paradoxal, de l’adoption de la loi Taubira. Même si les animateurs de LMPT invitent avec force les sympathisants du mouvement à rester mobilisés pour réclamer l’abrogation de la loi, ce combat appartient désormais au passé et laisse le champ libre au combat essentiel, celui qui s’est trouvé depuis le début au cœur des débats, à savoir l’opposition à la marchandisation des corps en faveur des exigences d’une minorité de militants et de groupes de pression qui font soudain figure, en dépit de l’audience disproportionnée dont ils bénéficient toujours, d’extrémistes et d’ultra-radicaux. La question du mariage civil des homosexuels pouvait susciter le débat, mais si celui-ci avait pu facilement être refusé il y a quelques mois au nom de la lutte contre l’homophobie, aujourd’hui, en face des dangers de marchandisation de traitements tels que la PMA ou de pratiques illégales comme la GPA, l’argument « d’homophobie » tombe en quelques secondes. Il devient beaucoup plus difficile de traiter d’ignobles fascistes homophobes les opposants, de gauche ou de droite, aux délires prométhéens qui apparaissent en arrière-plan de la PMA, de la GPA ou aux dérives idéologisantes de la théorie du genre. Réclamer un sérieux contrôle éthique de ces pratiques et d’un pouvoir politique un peu plus responsable, une opposition plus ferme aux exigences de groupes de pression aussi dogmatiques qu’agressifs devient véritablement une simple question de bon sens. La violence verbale et l’hystérie semblent soudain avoir changé de camp.

L’autre événement qui joue grandement en faveur de cette nouvelle manif pour tous est le « Jour de colère » qui, dimanche dernier, a marqué les esprits par les outrances auxquelles il a laissé libre cours. Aujourd’hui, cette réunion de tranquilles partisans du bon sens, avec ses familles, catholiques ou non d’ailleurs, ses Français musulmans qui brandissent avec ostentation leur bannière, contraste avec la caricature de France « Black-Blanc-Beur » qui avait rapidement volé la vedette à des coléreux quelque peu dépassés. La réunion de ce dimanche 2 février paraît en retirer une crédibilité politique qui a fait défaut jusqu’alors aux manifestations géantes qui avaient jeté précédemment jusqu’à un million de personnes dans la rue. La stratégie des gentils ne paraît soudain pas si mauvaise, qui renvoie dos à dos les excités du complot sioniste et ceux du lobbying associationniste. Les cent à cent cinquante mille personnes présentes ici peuvent aujourd’hui se prévaloir de représenter l’alliance de la raison et du compromis. Le résultat obtenu a d’ailleurs peut-être dépassé les espérances des organisateurs de la manifestation. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur, confirmant une tendance à outrepasser ses prérogatives qui devient une sorte d’habitude, puis le chef du gouvernement lui-même, Jean-Marc Ayrault, sortant pour l’occasion de son splendide isolement, annonçaient que le gouvernement s’opposerait systématiquement à toute adoption d’un amendement visant à inclure PMA et GPA dans le nouveau texte de loi Famille, avant de reporter tout simplement l’examen du nouveau texte de loi à plus tard, réclamant plus de temps pour peaufiner le projet.

Alors que le rassemblement place Denfert-Rochereau touche à sa fin, des groupes de manifestants prennent le chemin du retour, sur l’avenue Quinet où sont stationnés une quinzaine de cars de CRS, cette fois particulièrement désœuvrés. Une dame d’un certain âge se plaint à ces deux petites filles : « on a bien marché hein ? Arrivée à la maison, moi j’étends mes pieds sur le canapé et je-ne-bouge-plus ! » Dans une rue adjacente, un type à une terrasse de café s’amuse à taquiner ceux qui rentrent de la manifestation, avec leurs bonnets et leurs petits drapeaux roses vifs : « Aaaah j’adooore cette couleur ! Ça vous va à ra-vir mademoiselle. » On lui répond avec quelques rires. C’est agréable cette impression soudaine, et très certainement éphémère, d’habiter à nouveau dans un pays où l’on peut se permettre de ne pas être d’accord sans se traiter, ou se faire traiter, de sale homophobe, de sale facho, de sale sioniste, de sale juif, de sale je ne sais quoi encore…C’est reposant. Ça ne durera pas sans doute pas mais le dimanche, après tout, c’est bien fait pour se reposer non ?

 

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00674864_000068.

Jo Privat, le dernier des parigots

14
jo privat accordeon

jo privat accordeon

Le « Parigot-tête-de-veau » est une espèce en voie de disparition. Si l’on exposait l’un des derniers représentants de l’espèce au Muséum d’histoire naturelle, les gosses lui offriraient du pinard et du sauciflard et le gardien les mettrait en garde : « Attention, il peut dire des gros mots ! » C’est la réflexion, amère mais aussi joyeuse, que m’a inspirée la lecture de Jo Privat, le frisson de Paname[1. Éditions de Paris / Max Chaleil.]  de Claude Dubois, éloge de l’accordéon tout autant que du musicien. [access capability= »lire_inedits »]

Amère parce qu’il est bien évident que les bals musettes, les guinches, l’accent traînant, l’esprit goguenard « à la Audiard », relèvent désormais du folklore. Joyeuse parce que l’étude et la pratique de l’accordéon se développent. Il n’y a plus de Jo Privat (1919-1996) mais de petits Privat grandissent. Ils ne viennent plus de chez les Ritals, ni de chez les Auverpins, mais après tout, comme on disait chez moi : « La lisière ne vaut pas mieux que le drap. » La dernière coquetterie de Paris, c’est de ne pas changer le nom des rues. Privat a joué un bon moment rue des Vertus (!), au 25. Les musiciens se produisaient sur des planches mal jointes au-dessus des « cabinces ». Certains se mettaient du coton dans les narines. L’essentiel était que les danseurs dansassent. « Les filles de joie bandochaient dur pour les laborieux du dépliant, ces hommes de peine qui ferraillaient sur leur soufflet à douleur. » Vous reconnaissez le style inimitable de Jo

Privat ? Pas du tout ! C’est du Claude Dubois qui a chaussé les charentaises de Privat et écrit ce livre « comme s’il était Jo ». Il y a, comme ça, des filiations évidentes. Un auteur se sent littéralement investi, par tradition comme par révélation, de l’obligation de témoigner de ce que furent sa ville, son peuple, avant la catastrophe de l’ère moderne.

Qu’a donc fait le peuple parisien pour que l’on gomme sa mémoire ? Des bêtises en 1871 ? Après tout, l’hymne national ne s’intitule pas La Parisienne, mais La Marseillaise, du nom de ces voyous montés à Paris, le 10 août 1792, pour découper vivants en rondelles les Suisses fidèles. Loin des préoccupations historiques, Dubois se réserve le droit de saluer les seuls 10e, 11e, 19e et 20e arrondissements, là où « battait le cœur de Paris sur un rythme d’accordéon ». Je ne lui en veux pas d’ignorer la rue de la Gaîté (14e) ou le Bal de la Marine (15e). Quand on est de la rive droite, on n’est pas de la rive gauche. Au contraire, Paucard de Paris félicite le Titi de maintenir la flamme.

Dubois conclut : « Signé, un diplodocus failli, un dinosaure abattu, découragé, de Paris, à l’orée de cet horizon 2050 dont on nous bassine. » Le pessimisme est parfois le meilleur moyen de croire en l’avenir.

Jo Privat, le frisson de Paname, Claude Dubois, Les éditions de Paris-Max Chaleill[/access]

*Photo: Flickr

 

Le genre, entre concept et théorie

205
theorie du genre

theorie du genre

Pourquoi un tel vacarme ? Ne s’agirait-il que d’un énorme malentendu ? D’une paranoïa ? Bref, d’une invention sans plus de fondement que le protocole des sages de Sion ?

C’est ce qui se dit du côté des défenseurs des études de genre. Tout ce monde jure que la théorie du genre n’existe pas, et qu’il n’existe que des « études de genre ».

Selon Anne-Emmanuelle Berger, directrice de l’Institut du genre, créé par le CNRS, qui fédère la recherche dans ce domaine, le genre est seulement un concept utilisé dans les sciences sociales et qui désigne  « tout ce qui, dans la construction de l’identité dite sexuelle et dans la formation de la division entre les sexes, relève de mécanismes d’ordre social et culturel ».

Tous ces gens sont honorables, mais il faut tout de même rappeler qu’un concept n’existe qu’à l’intérieur d’une théorie. Le concept de genre ne fait pas exception. Il appartient à une théorie qui s’oppose – à juste titre- à la théorie d’Aristote selon laquelle le rôle social des femmes était entièrement fixé par la nature, c’est-à-dire par leur corps.

Tant que cette théorie non naturaliste du genre se contente d’affirmer le rôle de la causalité sociale et culturelle, elle est une théorie scientifiquement exacte et politiquement utile.

Et ceux qui la défendent sont des gens honorables.

En revanche, une théorie du genre qui serait purement culturaliste, qui réduirait la différence entre les identités sexuelles des femmes et des hommes à une construction sociale et culturelle, celle-là serait une théorie réductionniste, et donc erronée. Si elle existait,  elle serait gravement fautive, et dangereuse, en ce qu’elle nierait la causalité des corps, la causalité de la différence biologique entre les corps des femmes et des femmes dans leurs identités respectives.

Mais on nous assure que cette théorie n’existe pas, et ceux qui disent cela sont des gens honorables.

Je peux donc la charger, sans craindre de froisser des gens honorables.

Si cette théorie purement culturaliste et sociale ne voyait dans cette construction des identités sexuelles sans fondement biologique qu’un moyen de justifier la domination masculine, elle serait une théorie idéologique au service de l’égalité par l’indifférenciation. 

Si elle existait, cette théorie du genre serait déconstructionniste jusqu’au bout. Elle n’hésiterait pas à affirmer, par exemple, que la différence entre une mère et un père n’est qu’une construction sans base biologique, qu’ils sont interchangeables, puisque « l’instinct maternel n’existe pas », et donc qu’un enfant ne perd rien à être élevé par deux pères et sans mère.

On est content d’apprendre que cette théorie-là du genre n’existe pas, que personne ne la défend, et qu’elle n’influence en rien et jamais certaines études de genre.

 

*Photo : mrjorgen.

La SNCF réinvente le train fantôme

9

La France est mondialement réputée pour ses fromages légendaires, pour le donjuanisme de ses Présidents de la République, pour le charme mutin de ses actrices et pour ses trains à grande vitesse – qui fendent les paysages à la vitesse de l’éclair, et fonctionnent à l’énergie nucléaire. La Société Nationale des Chemins de Fer, à qui nous devons les aventures anarcho-ferroviaires de Julien Coupat (mais si, souvenez-vous, l’épicier anti-système de Tarnac) et La Bête humaine d’Émile Zola, se distingue pourtant par l’énergie considérable qu’elle déploie pour promouvoir tout un fatras d’activités qui n’ont qu’un rapport très lointain avec la circulation des trains…

Ouest-France nous apprenait il y a quelques semaines que la SNCF avait placé un piano en libre service dans le hall de la gare de Nantes. Dans quel but ferroviaire caché ? Avec quelle ambition secrètement connectée au projet général de faire partir les trains à l’heure ? Mystère. Le but affiché était de « destresser » les voyageurs. Maria-Dolores Castaigne, directrice des gares à la SNCF, se félicite: « Le ‘piano gare’ est un succès depuis la première expérience, à Montparnasse à Paris, pendant l’été 2012 : 150 à 200 personnes y jouent chaque jour. Le piano humanise, apaise… » Pour défouler les voyageurs les jours de grève, on aurait plutôt attendu une batterie… Encore que le piano soit techniquement un instrument à cordes frappées… Parallèlement est lancée l’opération « bookcrossing » à destination des voyageurs franciliens. «Sur 241 rames et 11 lignes de trains et RER – écrivait il y a peu Le Parisien – 60000 polars ont été déposés sur les banquettes par les agents SNCF. Dès 6 heures, les usagers ont pu découvrir des nouvelles d’auteurs (…) vainqueurs du prix SNCF du polar. » Mais attention, la surprise ne s’est pas arrêtée là précise le quotidien… « Dans les pages de cent livres étaient, en plus, insérés de petits cadeaux »… Lassés de conduire des trains, de veiller à la sécurité des voyageurs, d’améliorer la ponctualité des liaisons… les cheminots du futur visent le bonheur de leur prochain… Sybille Beaupied, chef de projet à la SNCF déclare « Nous voulions offrir un moment de partage, de générosité à nos usagers ». Amen.

La RATP n’est pas en reste. Nos confrères de Stratégies nous apprennent le déploiement prochain d’une opération évènementielle de grande ampleur autour de l’ouverture du Tournoi des 6 Nations de rugby… avec notamment l’ouverture d’un «Rugby Park» à la station Auber du RER A… Dans le même temps le partenaire de l’opération, la GMF, organisera des ateliers faisant connaître les gestes à adopter pour une « pratique du rugby en toute sécurité ». En cas de danger tirez le signal d’alarme…

Pourtant, les professionnels du rail français savent encore faire rêver les voyageurs, les faire frissonner et les surprendre autrement que par ces opérations évènementielles fatiguées qui n’enthousiasment en réalité plus personne… et ce grâce au train fantôme ! Brrrr… La Nouvelle République décrivait il y a quelques jours les mésaventures de passagers à qui la SNCF a vendu des billets pour un train qui… n’existait pas. « Montparnasse, dimanche soir. La gare se vide de ses derniers passagers pendant que l’accueil se remplit de clients incrédules. L’employée, pourtant visiblement rompue aux situations ubuesques, tombe des nues : ‘Non Madame ce TGV n’existe pas’ lâche-t-elle confuse à une voyageuse » Le TGV de 22h01 qui devait relier la capitale à Poitiers, et pour lequel des billets avaient été vendus, n’a tout simplement aucune existence réelle. Ce n’est qu’une pensée. Pour l’heure personne n’explique ce mystère. Les naufragés du rail ont été pris en charge par la compagnie, et logés à grands frais dans un hôtel 4 étoiles voisin de la gare. Il était inscrit sur leurs billets « ni échangeables, ni remboursables et uniquement valables sur ce train ». Mais rien, c’est vrai, ne précisait qu’il s’agissait de billets pour un trajet véritable, ou imaginaire.

L’histoire ne dit pas si le petit groupe est reparti le lendemain dans un train réel ou chimérique, ni si leur nouveau convoi kafkaïen était prévu pour le 32 du mois à 23h65… mais avec la SNCF – comme le disait l’ancien slogan – tout est possible…

Manif pour presque tous

55
manif pour tous genre

manif pour tous genre

En 2014, toute la France est au bord de la crise de nerfs. Toute ? Non, une petite manif pour tous – probablement entre 100 000 et 150 000 personnes à Paris et à Lyon, ce qui n’est pas rien – résiste encore et toujours à la violence. La joie venait toujours après la peine, disait le trépané. Et la quiétude après la colère, parfois. Manuel Valls, qui a dû être nommé Premier Ministre dans la nuit sans qu’on nous en avertisse, a apparemment pris acte du rapport de force puisqu’il a déclaré lundi matin, aux aurores, que « le gouvernement s’opposerait à des amendements parlementaires sur la gestation pour autrui et la procréation médicale assistée » lors de l’examen de la loi sur la famille en avril prochain.

En ce sens, la Manif pour tous, après un an et demi de mobilisation, a remporté sa première victoire. Le projet d’expérimentation du genre sur les enfants a lui aussi pris du plomb dans l’aile, après l’étrange organisation par textos du Jour de retrait des enfants de l’école. Pour l’instant, ce ne sont que des mots, et rien n’a été voté dans un sens ni dans l’autre. Cependant, le ministre de l’Intérieur et des cultes, qui est sans doute le plus politique de nos dirigeants , a dû sentir passer le vent du boulet. Après les dieudonneries, où il a manié le bâton avec dextérité, il ne peut prendre le risque de laisser une France entièrement divisée contre elle-même.

Ses déclarations alarmistes dans le JDD de la semaine dernière trahissaient la nervosité certaine de la majorité socialiste qui ayant échoué jusqu’ici partout se retrouve seule, sans peuple sinon la grande famille LGBTI[1. Le I pour « intersexe », désignant les enfants nés sans sexe déterminé, est l’occasion pour le lobby de continuer sa récitation de l’alphabet.]. Alors que l’UMP se déchire sur la question – on notait ainsi l’absence de Jean-François Copé à la Manif pour tous – et qu’au Front national, seule la fine Marion Le Pen a eu l’esprit de défiler, Valls reprend l’initiative et occupe le terrain. Jour de colère ayant eu la bonne idée de fédérer les excités, les fous et les paranos la semaine précédente, les ligne sont désormais plus claires : la Manif pour tous redevient ce qu’elle était, un rassemblement noble, paisible et déterminé de citoyens opposés à la reconstruction idéologique de l’être humain contemporain.

Les fauteurs de troubles se voient ainsi renvoyés chacun à leur camp respectif par ces familles paisibles mues par la recherche du bien commun : d’un côté, les excités de la quéquette et du genre, ces Femen toujours intouchables qui agressent maintenant un archevêque espagnol dans l’indifférence générale, les antifas jamais inquiétés par la police ; de l’autre, les anciens gudards maqués avec les nouveaux négationnistes venus des banlieues, qui font un Goldstein tout à fait acceptable. Et, pendant que les partis politiques ne pensent plus rien et règlent les affaires courantes, au milieu se tient cette coalition de la Manif pour tous dont l’histoire retiendra qu’elle eut l’honneur d’incarner à un moment fatidique cette France lumineuse, réfléchie et humaniste qu’on aime.