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Auschwitz, 80 ans après

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C’était il y a quatre-vingt ans, fin avril 1940. Lorsqu’Auschwitz vit le jour, ma grand-mère avait un mois tout juste. La beauté de ses traits et la jeunesse conservée de son visage nous transmettent un rappel simple : Auschwitz vit le jour hier.

Pour s’y rendre depuis Varsovie, il faut prendre le temps de la route. Cinq heures durant, traverser la campagne polonaise. Si l’été les champs y sont d’or, de puissants conifères suggèrent une terre chroniquement mordue par le froid.

A l’arrivée le silence, habillé du chant des oiseaux. Puis, solennelle, la traversée de la nuit. Cette nuit d’Elie Wiesel où le pain vaut plus que l’ami, nuit sidérante où les yeux sont secs de ne pouvoir croire ce qu’ils ont vu.

Les ongles des suppliciés ont marqué les murs d’Auschwitz, qui abritent encore les cheveux des femmes et les chaussures de leurs enfants. Ces enfants privés de grandir en Terre des hommes.

Découvrir Auschwitz, c’est comprendre que la Shoah n’est pas un crime froid : l’humiliation, l’ironie et l’absurdité mises en scène ont partie liée avec le génocide. A Auschwitz, on trompe avant de détruire, quand on ne force pas la victime à associer son travail à la destruction.

Découvrir Auschwitz, c’est effleurer la fragilité de son souvenir. Le visiteur attentif l’a compris : il suffirait de regards détournés pour qu’on y fasse place nette. Seul le balai des cars témoigne de la proximité du camp dans la petite ville d’Oświęcim. Aux alentours, nulle mention, pas la moindre indication routière. La Pologne voudrait ne plus savoir. Ainsi à Varsovie, les ultimes stigmates du ghetto sont lentement remplacés par des commerces ou des terrains de sport. Des pierres abattues comme autant d’avertissements giflés, jetés au vent tels de la moraline vieillie.

Enfin, découvrir Auschwitz c’est toucher du doigt l’invraisemblable accessibilité du Mal, sa disponibilité pour quiconque veut s’y laisser tenter. Il en a fallu des hommes pour élire le lieu du charnier, construire le camp et le rendre accessible, le garder, y transporter les suppliciés et les en faire disparaitre. Tous ne sont pas nés salauds. Mais tous, par paresse ou par vacuité, ont embrassé le destin de criminels. Comment une civilisation millénaire se transforme-t-elle en somme de barbares à la conscience tranquille ? Le Mal guette chacun de nous, prêt à bondir sitôt tombés la pensée autonome, le goût du vrai et la culture du doute.

Quatre-vingt ans après, en dépit des témoignages et des œuvres, avons-nous vraiment tiré leçon d’Auschwitz ? Si la concordance des temps n’est pas claire, certaines questions méritent d’être posées. Avons-nous tiré leçon d’Auschwitz quand une partie du monde occidental replace l’essentialisation – c’est-à-dire la définition de l’individu par sa couleur, son origine, sa religion, son sexe ou la nature de ses amours – au cœur de son projet politique ? Avons-nous vraiment appris d’Auschwitz lorsque s’est substitué à l’eugénisme totalitaire l’eugénisme libéral justement décrit par Habermas, présentement incarné par les coups de boutoir de la majorité parlementaire au sujet du projet de loi bioéthique ? Avons-nous véritablement intégré les enseignements d’Auschwitz au moment où nos élites donnent à voir le spectacle d’une démocratie décadente, minée par la médiocrité, la lâcheté et le calcul ?

La mémoire est une braise prise entre deux destins : être soufflée ou s’éteindre. Puisque la lumière s’éloigne de notre temps, soufflons. Pour ne pas « tuer deux fois » les sacrifiés d’Auschwitz – venu l’instant de reprendre la route, ils ralentissent votre pas d’une force étrange. Pour garder à l’esprit ce que peut une société amnésique des principes qui l’ont fondée.

Manifeste pour la jeunesse d'ici et d'ailleurs

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Où en est la droite en Espagne?

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De l’autre côté des Pyrénées, après deux ans loin du pouvoir, la droite a des difficultés à se reconstruire alors que le Parti populaire a perdu de sa superbe. Toute ressemblance…


Reléguée dans l’opposition depuis le début du mois de juin 2018, la droite espagnole dans ses différentes composantes a connu une année 2019 en demi-teinte. Les élections régionales et municipales du mois de mai lui ont en effet permis de consolider son ancrage dans certaines communautés autonomes et plusieurs municipalités importantes. Dans le même temps, les formations de droite d’ampleur nationale (principalement le Parti populaire, Citoyens et Vox)[tooltips content= »Nous n’aborderons pas ici le cas des formations régionalistes ou séparatistes relevant de la droite au sens où on l’entend usuellement (Parti nationaliste basque ou Parti démocrate européen de Catalogne). Quoi qu’en disent leurs défenseurs, elles appartiennent bel et bien à ce camp idéologique (et s’avèrent souvent plus réactionnaires que leurs équivalents nationaux, notamment dans leur conception de la chose publique) mais leurs alliances et leur parcours ne sont pas comparables. »](1)[/tooltips] n’ont pas été en mesure de renverser la vapeur face à un Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol) qui n’a pourtant jamais obtenu la majorité absolue à la chambre basse du Parlement à lui seul.

Jusqu’à présent, la conjonction d’intérêts qui a porté les sociaux-démocrates au pouvoir après quasiment sept ans de domination de Mariano Rajoy se montre plus solide que prévue.

Notons néanmoins qu’elle se maintient à un prix très élevé à la fois pour l’exécutif en particulier et la nation espagnole en général. Quels phénomènes permettent d’expliquer une telle situation ?

La fin de l’hégémonie du Parti populaire

La fragmentation du panorama politique et électoral espagnol n’est pas à proprement parler une nouveauté. Dès 2014, le bipartisme classique PSOE-PP est remis en cause par l’arrivée en force de la gauche « radicale » de Podemos, qui fait un très bon score aux européennes du mois de mai avant de transformer l’essai un an plus tard, aux municipales, aux régionales et aux générales.

Les années 2015-2018 permettent par la suite l’émergence des centristes libéraux de Citoyens (Cs), dont l’évolution est très favorable jusqu’au scrutin parlementaire de novembre 2019. À cet instant, c’est la droite « radicale » de Vox qui profite de la lassitude de l’électorat et des problèmes structurels du pays (taux de chômage encore élevé, précarité subie par une partie de la population, soubresauts séparatistes en Catalogne) pour devenir la troisième force au Congrès des députés.

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Les derniers mois nous ont montré, avec l’essoufflement palpable de la coalition Unidas Podemos (qui n’a de cesse de reculer depuis 2015-2016, et ce à tous les niveaux), que l’alternance entre sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens n’était pas morte. Seules ces deux tendances traditionnelles sont encore à même de fédérer autour d’elles des majorités au moins relatives pour gouverner.

Toutefois, là où les socialistes s’appuient désormais sur le déclin incessant de la gauche « radicale » pour reprendre des couleurs, le Parti populaire subit la concurrence directe de Vox. La formation de Santiago Abascal navigue en effet sur des courants favorables et son succès repose sur la déception de franges conservatrices ou libérales de l’électorat à l’égard du PP. Les anciennes ouailles de ce dernier le jugent trop tiède, trop étatiste ou encore trop conciliant avec les forces centrifuges venues de Catalogne ou du Pays basque. Vox aspire ainsi une partie non négligeable des voix dans des zones normalement acquises aux démocrates-chrétiens, comme la Région de Murcie ou la province d’Almería (Andalousie).

En raison de l’organisation des circonscriptions et du système électoral espagnol, la division du bloc de droite le pénalise en lui faisant perdre de nombreux sièges de députés. Seules certaines communautés autonomes (comme la Galice) restent encore dans le giron des populares de Pablo Casado en raison de leur aversion pour le centralisme (relatif) prôné par Vox.

L’incertitude du positionnement

Face à ce défi, le Parti populaire ne sait pas véritablement quelle ligne défendre. Même si l’élection de Casado à sa tête, en juillet 2018, a entraîné le départ des modérés de l’aile Rajoy et le retour en grâce des préceptes de José María Aznar, président du gouvernement de 1996 à 2004, l’on voit encore cohabiter plusieurs courants. D’un côté, la porte-parole du PP à la chambre basse du Parlement, Cayetana Álvarez de Toledo, est la tenante d’une attitude intraitable face au gouvernement et aux séparatistes de tout poil. De l’autre, le président régional galicien, Alberto Núñez Feijóo (qui a été facilement réélu à son poste le 12 juillet dernier), n’a de cesse de critiquer la « crispation » du débat public due, à son sens, à la présence de Vox au sein des institutions.

Ce sont pourtant les bons résultats de cette formation qui ont permis aux démocrates-chrétiens de s’accrocher au pouvoir en 2019 dans plusieurs régions, comme la Communauté de Madrid, et de conserver ou de reconquérir des mairies capitales, à l’instar de Madrid, Cordoue et Saragosse.

Dans ce cadre, les tergiversations de Pablo Casado (qui hésite entre l’intransigeance et la négociation avec le gouvernement Sánchez) ne favorisent pas une réelle cohésion de son électorat.

La crise suffira-t-elle?

C’est davantage cette faiblesse interne que le dynamisme concret de la coalition de gouvernement qui handicape la droite espagnole aujourd’hui. L’alliance entre Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, définitivement scellée le 7 janvier dernier, n’a jamais obtenu à elle seule la majorité absolue au Congrès des députés. Il ne serait même pas osé de dire que ses soutiens sociologiques sont minoritaires. Ces derniers sont le plus souvent motivés par la peur d’un « retour du fascisme » au cas où Vox parviendrait au pouvoir, de façon directe ou pas.

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Par ailleurs, la gestion catastrophique de la crise du coronavirus par l’exécutif socialo-« communiste » à la tête de l’État central a servi de repoussoir à un certain nombre d’électeurs modérés ou tout simplement scandalisés. L’économie espagnole souffrira grandement de l’arrêt provisoire des activités décrété entre mars et juin 2020 et sans doute plus encore de la réponse déficiente qu’apportera Pedro Sánchez à l’inévitable crise économique.

Les remous ne commenceront véritablement qu’au moins de septembre, cependant, et l’on est en droit de se demander si, comme en décembre 2011, la droite pourra se contenter d’apparaître comme l’opposition « naturelle » à la gauche pour l’emporter. À l’époque, Mariano Rajoy n’avait pas fait campagne en vue des élections générales car il savait que l’impopularité du PSOE de José Luis Rodríguez Zapatero, empêtré dans la débâcle économique, lui assurerait un excellent résultat.

Mais la situation est-elle encore comparable ? Si la droite espagnole dans son ensemble n’est pas capable de formuler un projet clair et véritablement en rupture avec les tendances en vogue (qu’elles concernent l’économie, l’unité nationale ou la vision générale de la nation), elle risque de commettre une erreur en misant tout sur un simple retour de balancier. Nous avons connu la même chose en France en 2017…

La prison honteuse


La question carcérale est toujours évacuée par nos gouvernements, à cause d’une impasse idéologique


Par une décision en date du 8 juillet 2020, la Cour de Cassation tire les conséquences de la condamnation prononcée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la France le 30 janvier 2020. La France s’était vue condamnée pour les conditions indignes de détention dans plusieurs centres pénitentiaires et maisons d’arrêt.

Cette décision rend donc immédiatement effective la possibilité pour tout juge national d’appliquer la décision européenne, en libérant tout prisonnier qui serait considéré comme subissant des conditions de détention indignes.

D’après l’Observatoire International des Prisons, au 30 janvier 2020, 39 établissements pénitentiaires français étaient considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ces traitements dégradants ou inhumains tiennent essentiellement à une surpopulation carcérale qui a pu monter jusqu’à 140% avec parfois 3 ou 4 détenus dans neuf mètres carrés et des matelas à même le sol…

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Si les conditions exceptionnelles liées à la crise du Covid ont entraîné une chute importante du nombre de détenus (environ 13 000 en moins début mai sur un total de 72500 le 16 mars), il reste que la décision de la Cour de Cassation constitue une rupture tout à fait spectaculaire dans le laisser-aller qui semblait devoir s’éterniser sur ce problème.

La France obligée de se pencher sur son problème

Certes, la possibilité de libérer immédiatement un prisonnier sur cette base peut susciter des craintes. Malgré tout on ne peut que s’en féliciter. D’abord parce que tout condamné a le droit d’être traité humainement, c’est l’honneur de notre civilisation. Ensuite, parce que cette décision éclaire de façon crue la grande lâcheté de nos gouvernants.

Si la France a des prisons indignes, cela peut s’expliquer d’un point de vue idéologique : la France a honte de ses prisons. Non parce qu’elles imposent des conditions dégradantes aux détenus. Après tout, c’est un problème tout à fait soluble si l’on s’en donne les moyens. Non, ce dont elle a honte, c’est de l’existence même de ces prisons.

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Depuis des décennies, depuis la mainmise de la gauche bien pensante sur les esprits, on pense chez nous que la prison ne sert à rien, voire qu’elle est injuste, parce qu’elle punit des gens qui sont victimes de leur situation sociale, de leur milieu, de leur origine… Victor Hugo l’a dit : ouvrez des écoles vous fermerez des prisons… La prison, un peu comme la police, c’est mal ! Et si l’on n’a pas encore réussi à s’en défaire, comme on a pu le faire de la peine de mort, c’est à contre cœur qu’on y enferme encore les condamnés.

La prison, c’est tabou, on en viendra tous à bout

Et c’est bien la raison qui explique leur délabrement et leur surpopulation. Un président ou un garde des Sceaux ne peuvent proclamer vouloir créer de nombreuses et vastes prisons, ne serait-ce que pour qu’elles soient plus vivables, ce qui somme toute serait un prétexte acceptable pour nos belles âmes, ils auraient bien trop peur de passer pour des fachos, des répressifs. Quant à le faire pour accueillir en plus grand nombre tous ceux qui méritent d’y faire un séjour, ça n’est même pas envisageable pour un politique qui tient tant soit peu à conserver l’estime de l’intelligentsia humaniste. Alors on dit, oui on va construire des places, et puis on se dépêche de ne plus en parler et de ne rien faire. Nous sommes un pays très fort dans l’art de glisser ces problèmes sous le tapis.

La prison c’est tabou, on ne doit pas en parler trop, ne pas lui attribuer trop de budget, ne pas valoriser le travail extrêmement difficile de son personnel. C’est pourquoi depuis des décennies elles posent problème et que pourtant jamais rien ne se passe. Il existe une justification toute trouvée, répétée ad nauseam pour que la France n’alloue pas de vaste budget à la construction de places supplémentaires : la prison fabriquerait des récidivistes. CQFD.

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Nous sommes un pays très spécial : nous mettons des radars sur les routes mais nous prévenons de leur présence, nous prenons des mesures d’expulsion mais nous subventionnons des associations qui organisent défense, appel et contre appels, voire qui mobilisent l’opinion si l’on ose reconduire un clandestin à la frontière de façon un peu trop visible. Nous déplorons le niveau très faible des collèges et lycées dans les quartiers « défavorisés », mais chacun sait que le problème vient de la chienlit qui règne dans de nombreuses classes et à laquelle personne n’ose s’attaquer réellement.

Récidivistes de la couardise

Dans notre pays très spécial, il existe même un « défenseur des droits », noble et utile mission certes, mais dont on peut se demander s’il est bien dans son rôle en expliquant, comme il vient de le faire, les bonnes méthodes (on pourrait presque dire les bonnes manières) pour l’exercice du maintien de l’ordre et l’usage de la force publique.

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Justice, police, éducation devraient inspirer le respect, et la crainte si nécessaire. Cela suppose un exécutif fort qui ose assumer ces missions régaliennes.

Depuis longtemps, nos gouvernants sont d’une grande lâcheté : ils ont peur des voyous comme des intellectuels de gauche, des bien-pensants, des banlieues, de la rue et du spectre de la guerre civile.

Observant constamment l’opinion, les réseaux sociaux et les journaux qui déversent tous la même eau tiède, ils naviguent à vue, au jour le jour, évitant soigneusement tous les écueils que leur imagination entrevoit. Ce faisant ils ne font qu’attiser encore plus ce feu qu’ils voudraient éviter.

Remettre la honte à sa juste place

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A propos des manifestations contre le supposé racisme des Français qui ont suivi l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, le pédopsychiatre Maurice Berger[tooltips content= »Auteur du best-seller Sur la violence gratuite en France: Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse, l’Artilleur »](1)[/tooltips] appelle à remettre la honte à sa juste place.


Depuis plusieurs mois, le thème de la honte tourne dans les médias à propos des événements concernant le supposé racisme de notre société. Yannick Noah regrette le silence des sportifs blancs après la mort de George Floyd. Les policiers devraient avoir honte, et de manière générale les Français, les blancs.

A l’inverse de la phrase d’Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d’heure de célébrité », tout le monde-blanc doit avoir son quart d’heure de honte. Honte aux policiers, honte à notre société raciste, honte à la France. Les « quartiers » et diverses organisations militantes s’engouffrent dans cette culpabilité que nous devrions éprouver collectivement.

Mais les choses ne sont pas si univoques. Je n’ai pas honte de ne pas avoir honte, voilà pourquoi.

Cultures de la honte et cultures de l’honneur

Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé, différence fondamentale pour ce qui suit.

Disponible chez votre marchand de journaux: Causeur: justice pour la police!

Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’ahchouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable.

De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué.

Inflation interminable

Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien.

Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société.

A lire aussi, Paul Godefrood : La précarité et l’injustice, faux prétextes de la sécession des banlieues

Il faut préciser ici que toutes les personnes issues de ces deux modèles de culture ne se sentent pas forcément prises dans ces enjeux d’honneur ou de culpabilité, mais celles qui crient le plus fort le sont.

Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette.

Rapport à la loi décomplexé

Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. L’obéissance n’est pas inculquée en référence à la future place de l’enfant dans la société, et l’enfant comprend vite comment apitoyer sa mère pour contourner ses frêles interdits. Des professionnelles en difficulté dans l’aide à la parentalité m’expliquent ainsi leur désarroi face à des mères d’origine immigrée qui ne comprennent pas pourquoi, comme l’indique le règlement, les portes de l’école maternelle ferment à 8h30, et leur enfant ne peut pas comprendre pourquoi l’enseignante dit « non » à certains moments. Du côté paternel ou fraternel, l’obéissance est souvent la conséquence d’une soumission à un arbitraire qui repose sur les coups, et c’est le modèle de faire peur/avoir peur qui prime. Parfois aussi certains pères sont absents ou lâchent prise. Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ?

Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Ingratitude

La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres.

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Un exemple : Karim, l’éducateur de Rayan[tooltips content= »Prénoms d’emprunt »][2][/tooltips], 15 ans, se plaint devant lui que l’équipe en a assez de devoir passer la serpillière à de multiples reprises chaque jour, pour nettoyer ses crachats qu’il refuse de laver lui-même. Quand je demande à Rayan s’il fait comme cela chez lui, sa réponse est : « Ah non ! Ça serait trop crade ». Il vit dans un milieu familial tellement violent que c’est lui-même qui a demandé à être placé afin d’avoir un endroit où se sentir protégé. Mais le foyer ne lui sert qu’à cela, il n’utilise pas l’aide relationnelle que lui propose son éducateur, et il retourne tous les jours un moment dans sa famille à laquelle il prouve sa fidélité en humiliant ceux qui l’accueillent, et qui par la qualité même de leur attitude, soulignent involontairement les défaillances de son milieu d’origine. Il a réalisé une sorte d’immigration dans le foyer mais crache littéralement sur ce l’on lui y offre.

Remettre l’achouma à sa place

Quels tiers possibles entre ces deux sociétés ? Ce devrait être le contrôleur du train, absent, ou un juge qui représente la loi. Mais il arrive que la justice ne fasse pas tiers. Lorsque policiers et délinquants sont face à face, voire dans un corps à corps, les sujets violents des quartiers frappent en ne pensant à la justice qu’en termes de position de victime potentielle s’ils présentent un hématome, et de plus ils ont quelques chances de quitter libres le tribunal, encore plus s’ils sont mineurs. De leur côté, les policiers n’ont aucune certitude leur permettant de s’appuyer sur la justice, au moins en pensée. Ceci ne concerne pas seulement une éventuelle sanction, il s’agit de donner aux deux protagonistes le message qu’un tiers viendra introduire la loi entre eux dans cet affrontement physique. Que se passe-t-il sinon ? Un policier est frappé très violemment et gratuitement en dehors de son service et laissé comateux au sol, sans que rien ne l’ait motivé et laissé prévoir. A la surprise générale, et en particulier celle des policiers venus soutenir leur collègue au tribunal, l’agresseur originaire d’un « quartier » n’est condamné qu’à six mois de prison avec sursis. Certes le parquet fait immédiatement appel. Mais cela n’efface pas le fait qu’un autre magistrat considère qu’agresser aussi fortement un policier en civil ne mérite pas un jour de prison, et ne pense pas nécessaire que la loi soit alors matérialisée et soit ainsi un tiers incontournable. De ce sursis, l’agresseur appartenant à une société de la honte ne fait que déduire que ce qu’il a fait n’est pas grave et qu’il n’y a pas de déshonneur.

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Il est donc nécessaire de remettre l’ahchouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect.

Patrice Quarteron met K.O les professionnels de l’indignation sélective

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Le sportif s’étonne que des indignés professionnels comme Yannick Noah ou Camélia Jordana ne disent rien pour la gendarme Mélanie ou le chauffeur de Bayonne…


Patrice Quarteron n’a décidément pas la langue dans sa poche !

L’ancien champion du monde de boxe thaï et de kick-boxing s’est exprimé lundi 13 juillet dans une interview sur la police, les banlieues, le racisme anti-blanc, la gendarme Mélanie ou Camélia Jordana… Habitué à s’exprimer sans prendre de gants sur les réseaux sociaux – où il publie régulièrement des commentaires acerbes sur l’actualité – cet ancien du quartier de la Grande-Borne à Grigny (« en reconquête républicaine ») n’a pas dérogé à ses habitudes dans cette interview au Parisien.

S’il a troqué les gants et le short pour un costume de circonstance, le « Rônin sombre » est plus combatif que jamais, écœuré par le silence assourdissant des professionnels de l’indignation après le décès de la gendarme Mélanie Lemée. Pas grand monde non plus pour s’indigner de la mort de Philippe, fait-il remarquer, ce chauffeur de Bayonne, tué pour avoir fait son travail, de façon totalement gratuite. Ni Yannick Noah, ni Omar Sy, ni Camélia Jordana, cette « petite-bourgeoise inscrite à des cours de piano dans un grand lycée parisien » qui instrumentaliserait une misère qu’elle ne connaît pas, selon le sportif.

Les banlieues et… les blancs

Le guerrier frappe là où ça fait mal, les points névralgiques, tabous, comme la mentalité anti-française, anti-Charlie et le racisme que l’on trouve en banlieue et qui n’ont pas l’heur d’être reconnus par la doctrine officielle des médias. « Le racisme anti-Blancs existe. Je connais cette mentalité qui veut qu’un blanc dans la tête de certains n’a le droit de rien dire sous peine de se faire massacrer. J’ai été formaté avec cette haine par certains dans ma jeunesse, je sais de quoi je parle ».

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Le militant intersectionnel le plus convaincu aura en effet du mal à contredire Patrice Quarteron. Étant lui-même noir, ayant lui-même grandi dans l’une des villes les plus pauvres de France, on ne peut l’accuser d’exercer quelque privilège que ce soit… « L’indignation ne doit pas être une question de couleur de peau » rappelle-t-il. Son dernier crochet est pour le mouvement Black Lives Matter : « ça n’a aucun intérêt. Le problème ce n’est pas le racisme dans les forces de l’ordre, c’est l’éducation, le taux d’échec scolaire. »

Il dit ce que d’autres banlieusards n’osent pas dire

Ces prises de position courageuses lui valent insultes et menaces (ses échanges peu amènes avec le rappeur Booba avaient déjà attiré l’attention médiatique par le passé). Le colosse gouailleur les balaye d’un revers de main : « c’est une minorité dans les cités qui n’est pas d’accord avec moi et je sais que de nombreuses personnes me remercient de dire ce qu’elles n’osent pas dire ».

Alors que le ministère de l’intérieur a choisi de ne pas divulguer les chiffres des violences urbaines du 14 juillet (tirs de mortier, incendies, policiers blessés…), la France aurait besoin de beaucoup plus de voix comme celles de Patrice Quarteron.

Fermer les frontières? Plutôt mourir…


Interrogé hier lors de l’interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a semblé plutôt satisfait des résultats de la France face au Covid-19. Dans la lutte contre le virus, la France a pourtant perdu un temps précieux avant de rétablir des contrôles aux frontières, comme le préconisait l’OMS dès le 16 février. Quand la désinvolture rejoint l’idéologie, les citoyens trinquent.


Il faudrait « éviter la circulation des gens qui viennent des endroits qui sont des foyers d’épidémie ». Le 26 février 2020, Marine Le Pen émet ce qu’il faut bien appeler un truisme lors de la matinale de France Inter. Elle propose ce que la France fera trois semaines plus tard : restaurer des contrôles aux frontières.

« L’OMS n’a jamais recommandé de fermer les frontières », rétorque le jour même l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, dans Ouest France. Le faire reviendrait à « enfreindre les recommandations internationales ». Restreindre la libre circulation des personnes pour freiner le Covid est « une fausse bonne idée », tranche LCI le 13 mars 2020, trois jours avant que la mesure entre en œuvre. C’est un « faux remède », « nationaliste et xénophobe », persiste à penser Le Monde du 10 avril. Le 29 avril, c’est l’apothéose. Le quotidien Les Échos tient la preuve scientifique que les contrôles aux frontières sont inutiles, pour ne pas dire stupides. Selon une étude française, « l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Le virus circulait déjà chez nous à bas bruit quand il est apparu au grand jour.

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Le problème est que, selon les auteurs de l’étude, Les Échos l’ont interprétée de travers (voir encadré). Quant à Flahault, il joue sur les mots. Fin février, au moment où il s’exprime, l’OMS n’a certes pas préconisé la fermeture totale, qui n’existe nulle part, même en Corée du Nord, mais elle a demandé aux États d’instaurer des contrôles sanitaires stricts à tous les points d’entrée sur leur territoire, avec détection et mise à l’isolement des malades potentiels ! Ces recommandations datent du 16 février. Elles sont toujours disponibles sur le site de l’OMS[tooltips content= »« Prise en charge des voyageurs malades aux points d’entrée dans le contexte de la flambée de Covid-19 : lignes directrices provisoires », OMS, 16 février 2020. »][1][/tooltips]. Pendant un mois, la France n’a donc tenu absolument aucun compte de ces neuf pages de conseils de bon sens. Par désinvolture, sous-estimation du problème et manque de moyens, le tout pimenté d’une bonne dose d’idéologie – Donald Trump et Marine Le Pen étaient pour, il fallait donc être contre –, la restauration temporaire des contrôles aux frontières est devenue la décision à ne surtout pas prendre face au Covid. Jusqu’à ce que l’Allemagne la prenne le 16 mars, suivie par la France le lendemain, ainsi que par l’UE pour ses frontières extérieures. Cela ne posait aucun problème juridique, les traités européens prévoyant depuis les origines des exceptions à la libre circulation pour raisons sanitaires.

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À cette date, près de 70 pays, dont la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, avaient déjà renforcé sans états d’âme les barrières à l’entrée sur leur territoire. Les deux premiers pays ont enregistré proportionnellement trente à quarante fois moins de morts du Covid que le troisième, ce qui suggère que contrôler les arrivées ne suffisait pas. Il fallait aussi le faire tôt.

Trois à quatre semaines de perdues

En France, non seulement les autorités ont perdu du temps, mais elles le savaient. Pendant la dernière semaine de février et les deux premières semaines de mars, il y a eu une valse-hésitation consternante. Audrey (prénom changé) travaille dans une école de commerce de Bretagne. Une étudiante devait arriver d’Italie du Nord début mars, raconte-t-elle. « L’agence régionale de santé nous a demandé de la placer en quarantaine, au motif qu’elle venait d’une zone à risque. Cette jeune fille avait voyagé de Milan à Paris en avion, avec des dizaines d’autres passagers, puis en train. À aucun moment elle n’avait été contrôlée. L’ARS nous demandait en définitive d’assurer le travail qui n’avait pas été fait aux frontières. » 15 000 voyageurs en provenance d’Italie arrivaient alors chaque jour en France.

Au même moment, la situation était encore plus extravagante en Haute-Savoie. Un premier cas de Covid est repéré à La Balme-de-Sillingy (5 000 habitants) le 24 février. Un résident de la commune âgé d’une soixantaine d’années, qui se rendait souvent en Lombardie pour son travail, est testé positif au Covid. L’ARS se lance à la recherche des cas contacts, c’est-à-dire les personnes ayant croisé ce premier patient. On ne peut donc pas l’accuser de prendre le Covid à la légère. Le village est confiné le 2 mars, deux semaines avant le reste du pays. Pourtant, la frontière va rester ouverte, alors que les autorités tiennent la preuve que le Covid vient d’Italie. Dès le 27 février, lors d’une conférence en ligne, le docteur Pierre Poles, responsable du centre 15 de Haute-Savoie, l’explique clairement : « Il y a un vrai foyer lié au coronavirus en Italie et on est tout près de l’Italie. Il y a énormément de Haut-Savoyards qui vont en Italie. » Le 15 reçoit des appels de gens « qui sont malades et qui reviennent d’une zone à risque, en Lombardie ou Vénétie ».

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Le 2 mars, toujours, le préfet de Haute-Savoie et le directeur de l’ARS tiennent une conférence de presse déconcertante. Le préfet martèle que la fermeture du tunnel du Mont-Blanc serait une mesure « inopérante, inefficace ». Il annonce pourtant des équipements de protection (masque, gants, etc.) pour les équipes de la police aux frontières qui auraient à contrôler des cars transportant des passagers en provenance des zones touchées par le virus en Italie ! S’il faut protéger les policiers de ces cars, pourquoi les laisser entrer ? Il va de soi que les policiers n’ont pas les moyens de procéder à des tests et qu’ils ne pourront pas trier les entrants. Par ailleurs, ils ne sont pas assez nombreux. Ils vont donc recevoir des renforts. « Des porteurs sains potentiels qui sont repartis ensuite dans la région » au risque de diffuser le virus, relève avec bon sens David Albert, membre de la brigade de nuit, du syndicat Alternatives Police CFDT. Les équipements de sécurité annoncés par le préfet sont arrivés tard et en faible quantité, accompagnés en prime de « la consigne de ne pas les utiliser, sans qu’on sache pourquoi », pointe le policier. Le comble, c’est que, fin janvier, la France avait affirmé à la Commission européenne qu’elle ne manquait de rien dans ce domaine ! « Les États n’ont pas indiqué de besoin ou souhaité de renfort pour leur stock d’équipement de protection individuelle. La Commission a demandé aux États de l’indiquer, si cela changeait », écrit le comité de sécurité sanitaire de la Commission le 27 janvier.

Les guerres éclatent quand les diplomates mentent aux journalistes, puis se mettent à croire ce que racontent les journaux, disait le satiriste Karl Kraus. Dans la crise du Covid, les politiques ont alimenté les éditorialistes en éléments de langage sur l’absurdité des contrôles aux frontières, tout simplement parce que la France n’avait pas les moyens de les restaurer. Puis, pendant trois ou quatre semaines absolument cruciales pour la propagation du virus, ils ont fini par croire que ces contrôles étaient réellement superflus. Jusqu’à ce que s’impose l’évidence, rappelée le 25 mai sur Euronews : « Faire de l’abolition des contrôles fixes aux frontières une espèce de tabou totalement intouchable n’a aucun sens, ça ne résiste pas à la réalité. » Ces propos de bon sens n’émanaient pas de Marine Le Pen, mais de Jean Quatremer, pilier des correspondants de presse à Bruxelles, fort peu suspect de penchant souverainiste.

L’étude scientifique qui démontrait l’inutilité de fermer les frontières

Le 29 avril, Les Échos présente une étude scientifique sous un titre troublant : « Coronavirus : en France, l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Une équipe de l’Institut Pasteur emmenée par Étienne Simon-Lorière a mis en évidence que « le Covid circulant en France n’est pas de même nature (clade) que le Covid italien ou chinois ». Il circulait à bas bruit depuis janvier. « Fermer les frontières n’aurait donc servi à rien », conclut Les Échos. Et le très sérieux quotidien économique d’insister : le patient zéro du Covid en France serait « un cas sans historique de voyage et n’ayant été en contact avec aucune personne revenant de l’étranger ». Le Covid est-il tombé du ciel ou sorti de la mine ? Les Échos ne le précise pas, mais insiste sur une autre conclusion des chercheurs. Les mesures de confinement « ont été particulièrement efficaces. […] Les analyses phylogénétiques montrent qu’il y a eu peu de transmission locale, ce qui veut dire que les restrictions de circulation ont empêché la propagation localement. » Fermer les frontières, non. Interdire les sorties, oui.

Hélas, dès le lendemain, 30 avril, dans Marianne, le Pr Simon-Lorière se dit « très étonné qu’un quotidien ait titré que la principale souche du virus présente en France était liée à un groupe génétique qui n’avait aucun lien avec la Chine et l’Italie. Aujourd’hui, on ne peut pas l’affirmer. » Dans Le Parisien, deux jours plus tard, il va plus loin : « Ces deux pays ne sont pas exclus. Ils sont même très très en haut dans la liste » dans la provenance des cas de Covid de France.

L’étude sur laquelle le quotidien économique s’est emballé est une publication en pré-print (sans comité de lecture) parue dans BioRxiv. Elle porte sur 97 cas seulement, à partir de prélèvements faits entre le 24 janvier et le 24 mars dans la partie nord-est de la France, donc sans la Haute-Savoie. L’équipe qui l’a réalisée est très prudente dans ses conclusions. Elle a publié ses résultats provisoires compte tenu de l’urgence. Le premier média à avoir repéré ces travaux a été le South China Morning Post. Ce quotidien chinois en a fait un compte rendu enthousiaste, ce qui se comprend. Lue avec un peu de chauvinisme, l’étude tendait à dédouaner la Chine, comme source de contamination. Repris par les agences, le papier allait tout à fait dans le sens de ce qu’un quotidien de cadres supérieurs souvent en déplacement avait envie d’écrire. À l’heure actuelle, le processus de diffusion du Covid n’est pas encore parfaitement décrit, mais plus personne ne doute sérieusement qu’il soit arrivé en France par la Chine et l’Italie.

Trissotin visionnaire

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Eric Piolle: « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! » C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède…


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) fut un remarquable agitateur. Il vitupéra la beauté antique, la beauté classique, romantique, pathétique, ecclésiastique. Il exécrait les femmes alanguies, les hommes éperdus, les genoux à terre, les serments délétères, les fleurs dans les vases, les pleurs et l’extase, Venise en hiver, les doigts qui se croisent, la Victoire de Samothrace, les bras qui s’enlacent, le thé dans les tasses, les traces du passé.

Il aimait la vitesse, les formes aérodynamiques qui ont un coefficient élevé de pénétration dans l’air et sont bien propres à engrosser la vieille humanité assoupie dans des effluves de tisane. Ainsi assaillie par les objets oblongs de la science et de la technique, elle accoucherait d’un monde amnésique, étourdi de nouveauté.

Le danger de l’intelligence

Il voulait que la modernité passât sur notre univers comme un énorme nuage d’insectes ravageurs, qui nous libérerait du poids de la mémoire. Il désignait le passé comme l’ennemi principal de notre civilisation ; il lui substituait un avenir industriel, profilé comme la carrosserie d’une « automobile rugissante »[tooltips content= »Voici un choix de volontés qu’expriment le « Manifeste du futurisme », conçu et rédigé par Filippo Tommaso Marinetti. Attention, c’est viril !
1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing..
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
9. Nous voulons glorifier la guerre —seule hygiène du monde—, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
« ](1)[/tooltips].

Il avait pour alliés l’outrage, le vocabulaire de l’insurrection intellectuelle, les perspectives affolantes d’un paysage mental inexploré. Il évoquait une avant-garde mêlée d’exploits et de stupeur.

Un frisson parcourait l’Europe. L’avenir était en acier ; il appartenait au jeune peuple de la vapeur et du moteur à explosion, à ses hommes nerveux et toujours affairés, ainsi qu’à ses « femmes atroces dans les quartiers énormes » [tooltips content= »Guillaume Apollinaire, 1909, poème extrait de Alcools. On peut tenir pour deux magnifiques pionniers « futuristes » Blaise Cendrars, d’abord, puis le grand Guillaume, en particulier dans ses poèmes graphiques. »](2)[/tooltips]. Dans ce décor renouvelé, surgirait peut-être une nouvelle énigme humaine : l’une de ses plus parfaites incarnations se nommerait Louise Brooks [tooltips content= »Pour Louise Brooks, voyez Roland Jaccard : ce diable d’homme a rencontré la grande Louise, qu’il vénérait. Nous sommes nombreux à la vénérer, il est le seul à l’avoir vue, approchée, interrogée ! Respect ! On lira, toute affaire cessante, Louise Brooks, portrait d’une flapper (PUF), délicieuse ballade sur la silhouette comme découpée de la Brooks, et Louise Brooks portrait d’une anti star, (Phébus), ouvrage de référence, objet du culte qu’on ne manie qu’avec dévotion, dirigé par Roland J. »](3)[/tooltips]…

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Les futuristes voyaient précisément une Beauté neuve dans les métropoles électrifiées et bruyantes. Après avoir « tué le clair de lune », ils considéreraient avec mépris les monuments effondrés.

Ce projet anti-naturel, baudelairien sous bien des aspects, était excitant et, pris au pied de la lettre… redoutable. Il fut à l’origine d’un remarquable mouvement artistique, réveilla en sursaut la peinture, inspira de passionnantes créations architecturales.

Et puis l’ordre fasciste vint, et sa tragédie… L’intelligence est parfois dangereuse. La bêtise, tout au moins son « application » contemporaine le conformisme, valent-ils mieux ?

M. Piolle a des idées !

Depuis quelque temps, à l’instar des avant-gardistes italiens, mais sur un mode dénué du moindre attrait, les élus EELV haussent le ton. Eux-aussi se disent « las du monde ancien » [tooltips content= »À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine
Guillaume Apollinaire, Zone« ](4)[/tooltips] et appellent de leurs vœux ce qu’ils baptisent « le monde d’après », ce masque de la dernière bouffonnerie idéologique. Ce qu’ils suggèrent, avant de l’imposer, n’a malheureusement pas la séduction de la vitrine futuriste. Prenons l’une des plus récentes manifestations de leur égarement commun :

De M. Piolle, maire Europe-Écologie-les-Verts de Grenoble, bien élu d’ailleurs, on dit que ses espérances politiques, servies par un tempérament fort, ne se limiteraient pas à l’horizon, pourtant vaste, de la capitale du Dauphiné et des Alpes. Son ambition sera-t-elle portée par les militants de la chlorophyllie ? Nous ne sommes pas pressés de connaître la réponse.
Piolle a des projets, il les fait connaître. On sent que nul doute ne l’assaille. Il possède cette arrogance sans éclat, banale chez les membres de sa formation politique [tooltips content= »Ils étaient omniprésents et péremptoires : Mme Duflot a quitté la scène, le duo en chemise de pilou Bové-Cohn-Bendit ne se produit plus, Eva Joly a disparu, Mme Voynet a été nommée directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte. »](5)[/tooltips], augmentée d’une conviction quelque peu effrayante : M. Piolle et les siens avancent dans la vie du pas de ces gens assurés d’incarner le Vrai et le Bien. Ils pensent s’abriter du ridicule en puisant dans le vocabulaire extensible de ce qu’on pourrait appeler la noolangue, également chérie des macroniens et des néo-féministes.

Avec la langue

On observe une tentative, autrement plus élaborée et beaucoup mieux argumentée, de la part de Marinetti. Saisi par « l’obsession lyrique de la matière », et par l’irruption brutale du bruit industriel dans la vie de la cité, il veut appliquer à l’italien, à sa grammaire, à sa syntaxe, à sa ponctuation, à tout son système de communication, le même  principe de bouleversement radicale qui gouverne sa pensée sur l’apparence du monde et sa restitution par les artistes [tooltips content= »Article L’immaginazione senza fili e le parole in libertà. Manifesto futurista (L’imagination sans attaches et les mots en liberté, Manifeste futuriste) publié le 11 mai 1913. »](6)[/tooltips]. Sur ce sujet aussi, notre bouillant Marinetti laisse loin derrière lui nos amusants révoltés du « genre ». Autre grande différence avec la mouvance Verte : le souci esthétique, principal chez Filippo Tomasso, définitivement absent de toute réflexion des écologistes, qui n’ont qu’un rapport myope avec le paysage des villes et des campagnes.

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Destinée à détourner la signification des mots et des choses, la noolangue du bourgeois gentilhomme « postmoderne» est une manière de paravent linguistique : on devine vaguement qu’elle cherche à signifier quelque chose de simple, mais qu’elle s’y refuse au dernier moment, non par timidité mais par prétention. Elle impose le sens, elle en dispose à sa guise en attendant que son caprice s’en lasse et le délaisse. Ses saillies sont un moment de la représentation sociale, que s’octroie la nouvelle bourgeoisie dominante. Honteuse non d’elle-même mais de celle qui l’a précédée, considérant le passé comme un héritage « globalement pétainiste », elle affronte courageusement l’hydre réactionnaire. C’est ainsi que M. Piolle s’avance, précédé de son langage :

« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! Et en plus nos enfants aident à faire les plans. Oui, on grandit aussi pendant la récré ».
C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède : plus certainement un terrain vague où l’on s’embourberait qu’un « jardin extraordinaire » [tooltips content= »Trenet, l’autre grand Charles… »](7)[/tooltips] où s’égayeraient des écoliers convertis en jardiniers rêveurs…

Les chlorophylliens osent tout ! C’est même à cela qu’on les reconnaît !

Les femmes savantes

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Avec Emmanuel Macron, une économie sans solution

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Une analyse économique de Jean Messiha, Délégué National du Rassemblement National et Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française


La crise sera grave. Très grave. Le président de la République l’a admis lui-même le 2 juillet devant la presse quotidienne régionale. Les dizaines de milliards déversés sur les entreprises et les ménages (chômage partiel, plans sectoriels, abandons ou reports de charges selon les cas) ne sont pas durables. Car ils ne sont pas tenables. Il va bien falloir que cela s’arrête un jour. Non seulement nos déficits atteignent déjà des niveaux invraisemblables, mais de nombreuses mesures de revalorisation sectorielles sont en cours – personnels soignants, enseignants – et on ne voit pas pourquoi d’autres catégories sociales s’estimant lésées ne viendraient pas bientôt se joindre au cortège.

Une rentrée apocalyptique?

Les entreprises l’ont bien compris. Constatant une reprise molle de la consommation et de l’investissement, des altérations pérennes de modèle économique induites par des changements de comportement des consommateurs, elles alignent plans sociaux sur plans sociaux. Le secteur de la distribution a été le premier à tirer (La Halle, Célio, Camaieu, Orchestra-Prémaman, etc.). Mais le transport (Air France), l’industrie (Airbus et Renault et toute leurs chaines de sous-traitance, de même que Nokia et tant d’autres) ne sont pas en reste. Une cascade, un Niagara d’emplois supprimés qui touchera des grands groupes mais aussi une myriade de TPE-PME qui meurent, elles, sans faire de bruits. Un désastre à venir. « Une rentrée apocalyptique » écrivait le 3 juillet Marc Landré patron du service économique du Figaro, quotidien qui n’est pas en opposition frontale à Jupiter.

L’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples

Le nouveau gouvernement prépare un plan de relance, parait-il fortement axé sur la transition écologique, et devrait conditionner un modeste effort en faveur de l’industrie à une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour un secteur qui en émet 22% du total. Le chômage explose, des millions de familles vont se retrouver dans une souffrance sociale inouïe, nos déficits atteignent des sommets himalayens ; mais sous la pression des « Verts », la priorité ce sont les gaz à effets de serre dont nous sommes à l’échelle européenne un assez modeste contributeur par tête d’habitant.

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La priorité est ailleurs. Nous avons un problème immédiat : celui de la fonte des fonds propres de nos entreprises, et en particulier de nos TPE-PME, due aux pertes considérables subies pendant la crise. Nous l’avons traité dans une tribune intitulée « Recapitalisons l’entreprise France », parue le 6 juin dans Causeur. La réponse du gouvernement à cette menace est parcellaire et incomplète, avec certes des plans sectoriels, mais aucune stratégie globale.

CICE: un bilan mitigé

Mais nous savons aussi que notre pays souffre d’un problème structurel non-résolu (outre sa lancinante trilogie malheureuse et coûteuse  « immigration, identité, insécurité ») : le manque de compétitivité de son économie, due en particulier à un coût du travail qui n’est pas grevé par le niveau – du reste modéré – des salaires, mais par des charges sociales très élevées dès que l’on dépasse le SMIC. SMIC qui n’est pas le salaire de référence dans l’industrie, secteur clé pour notre redressement global.

Les 20 milliards du CICE avaient été un effort substantiel pour réduire ce fardeau. Mais avec une erreur fondamentale : n’y attacher aucune conditionnalité en termes de créations d’emplois, en particulier sur les moyennes et grandes entreprises dont la « contribution » à la délocalisation et la désindustrialisation du pays a été forte. Le bilan s’en est trouvé plus que mitigé. Hausse des dividendes, hausse de salaires pour les plus qualifiés, investissements à l’étranger, renforcement des marges et de la trésorerie et certes, concédons-le, des recrutements ici ou là. Mais les experts ont eu le plus grand mal à trouver un lien entre ces milliards payés par la collectivité et la forte création nette d’emplois attendue. Et pour cause…

Ayant compris que les Français ne se feraient plus avoir avec des baisses de cotisations sociales sans contreparties solides, le patronat, MEDEF en tête, s’attaque désormais aux « impôts de production » qui représenteraient 72 milliards d’euros et constitueraient un grave désavantage concurrentiel par rapport à nos grands rivaux économiques dont l’Allemagne. De quoi parle-t-on ?

  • D’environ 4 milliards d’euros de Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés basée sur le chiffre d’affaires et pesant plutôt sur les moyennes et grandes boites que les petites qui financent les régimes d’assurance vieillesse des travailleurs non-salariés des professions artisanales, industrielles et commerciales (les « indépendants » pour faire simple) ;
  • D’environ 40 milliards de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), de Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), de Taxe sur le Foncier Bâti et de taxes foncières diverses que doivent acquitter la plupart des entreprises qui constituent ensemble une des sources majeures de financement de nos collectivités locales ;
  • Une myriade de petites taxes pour 4,5 milliards d’euros ;
  • Et enfin 26 milliards d’euros de charges liées la masse salariale dont le « versement transport » pour plus de 7 milliards qui contribue à financer nos transports publics.

Il est indiscutable que les entreprises françaises sont, au titre de ces divers impôts, sensiblement plus taxées que leurs concurrentes européennes (ne parlons même pas de l’Asie) et que cette surcharge explique une bonne part de nos problèmes économiques, surtout depuis l’abandon du Franc, monnaie ajustable, pour l’euro, monnaie fixe.

Le mouvement national doit écouter et demander des comptes aux gros industriels

Le patronat réclame 30 milliards d’euros de baisse de ces fameux impôts de production, affirmant la main sur le cœur qu’avec ce nouvel effort de la nation, colossal vous en conviendrez, la France redeviendra compétitive et que nous pourrons enfin entrer dans un cycle vertueux de créations d’emplois, de croissance et, in fine, de nouvelles recettes fiscales pour la collectivité.

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Ce chiffre n’est pas une hérésie en soi. Mais ces 30 milliards, il faudra les trouver sous forme de baisse de dépenses publiques un peu partout, de hausses d’impôts sur les ménages (toujours les mêmes) ou en creusant la dette devenue la solution « magique ». Problème : aucune de ces sources de financement n’est, à juste titre, acceptable pour une majorité de Français. Au-delà de la problématique financière, il n’est plus tolérable pour l’opinion de s’engager comme avec le CICE dans un processus de « donnant-reçu » et non de « donnant-donnant ». Où partiraient ces milliards ? Nous n’en savons rien. Il y aura sans doute des entreprises vertueuses qui, avec ces économies, investiront et recruteront dans notre pays. Mais combien d’autres, souvent les plus grandes, engagées depuis des années dans une logique d’arbitrage des coûts salariaux et des avantages fiscaux en Europe et dans le monde, empocheront le « cadeau » et en feront ce qu’elles voudront ?

Le mouvement national doit entendre la demande du monde économique français pour un allègement du poids fiscal qui pèse sur lui et aisément justifiée par les comparaisons faites par les instituts statistiques les plus sérieux. Mais il doit aussi expliquer à ce patronat et tout particulièrement aux grandes entreprises, aux ETI ainsi qu’aux « grosses PME » (plus de 50 salariés) que le temps n’est plus à la naïve confiance dans la vertu des mécanismes de marché, dans la croyance aux théories du « ruissellement » et autres sornettes.

La main invisible, qui peut encore y croire?

Le temps de l’État stratège est revenu, avec ses moyens qui peuvent être considérables, mais aussi ses exigences. Car l’État œuvre pour le bien public.  Nous vivons encore dans la théorie, certes modernisée et rhabillée, de la « main invisible d’Adam Smith » pour qui l’intérêt général se confond avec les sommes des intérêts individuels. Or l’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples. De sorte que la stratégie de redressement de la France doit être pilotée et l’argent public consacré à cette grande mission doit être fléché vers ce qui sert le plus au pays : l’emploi. Pas d’emplois nets créés par l’entreprise, pas d’aides publiques. C’est clair, net et précis. Et c’est à prendre ou à laisser !

On nous répondra « complexité, bureaucratie, contraintes, lourdeur, ingérence, etc. ». L’éternelle antienne du laisser-faire, laisser-passer des libéraux, rajeunie dans un « donnez-nous l’argent, on saura quoi en faire ! ». L’hypothèse libérale de base d’un antagonisme viscéral entre le public et le privé doit être battue en brèche. La vérité est qu’il y aura bien assez d’entreprises et de patrons pour comprendre l’enjeu enthousiasmant de ce nouveau pacte productif et social et créer une dynamique vertueuse et autoentretenue.

Les élections cruciales de 2022 seront l’occasion pour les Français de faire un choix entre deux modèles. L’un toujours mondialiste, euro-fédéraliste, libre-échangiste, immigrationniste et insouciant aux immenses déséquilibres financiers du pays. L’autre tenant de l’échange juste et équilibré, favorable au retour de souverainetés nationales trop facilement abandonnées à la souveraineté européenne, rempart contre certaines immigrations au bilan très contestable et attaché au retour de nos équilibres financiers gages de l’indépendance de la France.

Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

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L’Occident se désole de voir l’ancienne basilique transformée en mosquée par Erdogan. En s’emparant de Constantinople en 1453, Mehmed II avait déjà fait recouvrir l’image du Christ qui ornait la coupole par une calligraphie arabe, et caché les visages des anges qui la soutiennent.


Après une procédure judiciaire dont nul n’ignorait que son résultat était joué d’avance, il n’aura donc fallu qu’un simple décret au président Erdogan pour redonner à Sainte-Sophie le statut qu’elle avait avant 1934, à savoir celui d’une mosquée.

La décision du sultan est cohérente

Ce geste pourrait sembler normal à un observateur détaché de considération symboliques : la société turque est actuellement musulmane dans une proportion très largement majoritaire, et elle s’est engagée depuis une vingtaine d’années dans une politique de ré-islamisation qui la conduit à remettre en cause peu à peu tout l’héritage laïc issu de l’époque kémaliste. D’un point de vue strictement utilitariste, il est donc totalement cohérent que le pouvoir affecte à la religion professée par sa population un édifice religieux aussi vaste.

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Mais le fait est que ni le geste d’Erdogan, ni sa réception en Occident, ne se cantonnent au registre strictement utilitaire. Car faire de Sainte-Sophie une mosquée n’est pas simplement changer l’affectation d’un musée : c’est poser un acte symbolique dont la portée conflictuelle ne peut être ignorée.

Une décision qui s’inscrit dans une Histoire longue

La basilique fut en effet construite au VIe siècle au cœur de Constantinople, précisément à l’époque où Justinien s’employait à reconquérir les terres de l’ancien empire d’occident en assumant la prétention à la domination universelle qui lui venait de Rome, bien qu’elle fût désormais placée sous le signe de la foi chrétienne. L’architecture même de la basilique fut donc conçue pour refléter cette ambition : elle fut dotée d’une gigantesque coupole, figure du cosmos, dominée par  l’image triomphante d’un « Christ pantokrator ». Pendant plus de neuf cents ans Sainte-Sophie fut ainsi le « saint des saints » de l’empire byzantin, le lieu du couronnement de ses souverains et le siège de ses Patriarches. Jusqu’à ce que le conquérant turc Mehmed II finisse par prendre la ville en 1453 pour en faire aussitôt sa capitale, transformant au passage la basilique en mosquée. Car les Ottomans reprirent à leur tour la prétention impériale de la seconde Rome, cette fois-ci sous le drapeau vert de l’islam : ils poursuivirent en son nom une vigoureuse politique d’expansion qui fit de la Sublime Porte le centre d’un empire étendu sur trois continents, de l’Afrique du Nord à la Mésopotamie et de la Hongrie au Yémen. A l’heure où la Turquie intervient politiquement face à l’Union Européenne, et militairement à la fois en Syrie et en Libye le symbole est donc on ne peut plus clair : l’empire est de retour, à la fois dans sa dimension politique (influence directe dans l’ancienne aire ottomane) et religieuse (promotion de l’islam face christianisme).

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Tous les partisans d’une entente paisible entre les religions ne peuvent que le déplorer, et ceux qui pensent que le « choc des civilisations » est un concept exclusivement occidental feraient bien d’y réfléchir…

Derrière les calligraphies

Une chose cependant semble échapper au président Erdogan, comme elle échappera certainement à la majorité des fidèles qui, le 24 juillet prochain, se presseront certainement pour la première prière musulmane célébrée dans la basilique depuis 1934 : le changement d’affectation d’un bâtiment, quel qu’il soit, ne sera jamais capable d’effacer sa destination première, pour laquelle il fut à la fois pensé et construit.

Lorsqu’on déambule à Cordoue sous les arcades rouges et blanches de la cathédrale, on ne peut ignorer que l’on est au sein d’un édifice conçu pour être une mosquée, dont le mihrab indiquera pour toujours la qibla. Et sous les calligraphies ottomanes, au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, c’est à jamais l’image du Christ en gloire qui trônera sur l’univers…

Les Verts entendent «dégenrer» les cours d’écoles

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Les cours de récréation sont accusées par les élus EELV d’être conçues pour favoriser les activités des garçons, au détriment des filles. Avec leur sens des priorités bien connu, les mairies vertes entendent y remédier.


Alors que les dernières élections municipales ont montré à quel point notre démocratie était malade et à quel point le président qui devait la renouveler était rejeté, les commentateurs ont essayé de faire croire à un phénomène politique émergent : l’existence d’une vague verte, alors que les chiffres montrent à peine un clapotis. Du coup, puisqu’en politique, ce qui est cru peut fort opportunément occulter ce qui est réel, Europe-Ecologie-Les-Verts entend bien occuper le terrain qui lui est ainsi cédé et mettre en avant ses solutions pour l’avenir. Histoire de prendre date, comme on dit. Le parti veut donc mettre en avant ses expériences innovantes.

L’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est: une escroquerie intellectuelle

La dernière en date : les cours d’école « dégenrées ». Selon Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble : « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser! ». On ne sait pas trop si cela signifie que les femmes appartenant plutôt à la nature et les hommes à la culture – selon d’anciennes distinctions genrées – créer un potager au centre de la cour devrait les amener à réoccuper l’espace le plus visible. Et puis le potager, c’est l’étape avant la cuisine. Cela permet aux filles de s’adapter en douceur à leur futur biotope. À moins que la fille relevant de l’espace domestique, elle ne puisse trouver son bonheur qu’en faisant de la décoration végétale d’extérieur. En tout cas il est manifestement impensable qu’elle puisse aimer les jeux de ballon.

La stupidité le dispute à l’inefficacité

Autre problème, d’après la lecture « genrée » de la cour d’école, les garçons en occuperaient le centre et les filles, la périphérie. Or cette vision qui voit ceux qui sont en périphérie comme écarté du pouvoir ne serait-elle pas affreusement masculino-genrée ? la position de l’observateur est souvent décentrée, décalée pour être plus pertinente et recueillir le maximum d’informations. Le pouvoir ne s’exhibe pas toujours, et se décentrer peut être plein d’avantages. Mais surtout cette vision est marquée par un manque de nuance et de finesse qui amène à des positions politiques dont la stupidité le dispute à l’inefficacité. Il suffit de lire la présentation de cette question dans un organisme de formation pour élus à visée progressiste, monmandatlocal.fr. Au moins la présentation assume-t-elle sans complexe généralisation hâtive et simplification abusive : « La ville est faite par les hommes, ce qui a pour conséquence d’en faire un espace dédié aux pratiques masculines. Cela n’est pas surprenant dès lors que l’on considère que l’urbanisme reflète notre société et consiste en fait en la prescription inconsciente des rôles genrés. »

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Or pour qui est femme, le problème n’est pas tant l’urbanisme que l’éducation des hommes et leur environnement mental. Selon que ceux-ci ont été élevés et ont grandi dans un milieu pour qui l’égalité en dignité humaine et en droit des êtres humains est la base, ou selon qu’ils se sont construits en estimant qu’un sexe doit dominer l’autre, les réalités que les femmes auront à affronter seront différentes. Refuser l’égalité aux femmes, c’est en faire d’éternelles mineures, à jamais propriété de leurs pères, frères ou époux. C’est cette infériorité qui explique que dans certains quartiers seuls les hommes occupent l’espace public. Etant vouées à l’intime, les femmes n’ont rien à faire dehors. En revanche ce constat ne se vérifie pas partout, il suffit de se promener au cœur de Paris. Face à cette réalité, l’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est : une escroquerie intellectuelle qui permet aux politiques de se laver les mains des droits des femmes tout en revendiquant un investissement féministe. Ils élèvent la tartufferie au rang d’art.

À Paris, les mêmes voulaient élargir les trottoirs

C’est ainsi que la recommandation de certaines féministes françaises, confrontées au harcèlement de rue que subissaient les femmes aux alentours de la Porte de la Chapelle – harcèlement lié à la présence de migrants et d’hommes éduqués dans un milieu où la femme n’est pas l’égale de l’homme mais sa servante ou sa proie – fut de proposer que l’on élargisse les trottoirs… Or le problème venait de mentalités archaïques, inadaptées à nos libertés civiles et réactivées par la montée d’un islam politique qui a fait du refus de l’égalité de la femme, le cheval de Troie de son attaque contre la démocratie et la laïcité. On voit donc que pour défendre l’égalité femme/homme, il ne suffit pas d’arracher le bitume des cours d’école. La dégradation de la condition de la femme dans certains territoires est d’abord liée à la réalité de sa condition d’inférieure dans la plupart des pays d’Afrique ou du Maghreb et est encore accentuée par l’emprise croissante d’une idéologie politico-religieuse qui la considère comme impure, fait du refus de l’égalité une prescription divine et lui demande d’exhiber son acceptation de sa condition inférieure par le port du voile.

Or ces exigences qui pèsent sur certaines catégories de femmes ne cessent de se renforcer. C’est cela qui devrait poser question aux politiques. Mais justement, sur ce dossier faire preuve de courage est coûteux, surtout en matière de clientélisme.

De la poudre aux yeux

Voilà pourquoi Eric Piolle « dégenre » à tout va à coups de pelleteuse, mais confronté à une offensive liée à l’islam politique et s’attaquant directement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans sa ville, il s’est révélé parfaitement veule. En effet, Grenoble a été la cible de ces activistes d’Alliance citoyenne qui, de d’Aubervilliers à Lyon, essaient d’imposer le port du voile partout et jusque dans les bassins. Leur combat visant à installer par la force et le refus du règlement le burkini dans les piscines publiques a été très médiatisé et, là, le maire n’a rien eu à dire sur le sexisme revendiqué par ce signe qui fait de la femme un être sale et inférieur.

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Tout comme les écologistes politiques trichent en faisant du nucléaire, le mal absolu alors que les trajectoires identifiées par le GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique s’appuient sur une part de nucléaire dans la stratégie énergétique, l’écologie politique se fourvoie en croyant qu’elle fera progresser la cause des femmes en réaménageant les espaces urbains et en faisant la promotion de l’écriture inclusive. Le pire c’est qu’elle le sait parfaitement et c’est justement parce qu’elle a renoncé à mener la lutte pour l’égalité qu’elle s’achète une conscience en tenant un discours sur le genre. Et si pour EELV la volonté de « dégenrer », loin d’être une étape dans la lutte pour l’égalité, n’en symbolisait que l’hypocrite abandon ?

Silence coupable

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Auschwitz, 80 ans après

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Jan Graczynski / ENPOL / SIPA Numéro de reportage: 00945918_000002

C’était il y a quatre-vingt ans, fin avril 1940. Lorsqu’Auschwitz vit le jour, ma grand-mère avait un mois tout juste. La beauté de ses traits et la jeunesse conservée de son visage nous transmettent un rappel simple : Auschwitz vit le jour hier.

Pour s’y rendre depuis Varsovie, il faut prendre le temps de la route. Cinq heures durant, traverser la campagne polonaise. Si l’été les champs y sont d’or, de puissants conifères suggèrent une terre chroniquement mordue par le froid.

A l’arrivée le silence, habillé du chant des oiseaux. Puis, solennelle, la traversée de la nuit. Cette nuit d’Elie Wiesel où le pain vaut plus que l’ami, nuit sidérante où les yeux sont secs de ne pouvoir croire ce qu’ils ont vu.

Les ongles des suppliciés ont marqué les murs d’Auschwitz, qui abritent encore les cheveux des femmes et les chaussures de leurs enfants. Ces enfants privés de grandir en Terre des hommes.

Découvrir Auschwitz, c’est comprendre que la Shoah n’est pas un crime froid : l’humiliation, l’ironie et l’absurdité mises en scène ont partie liée avec le génocide. A Auschwitz, on trompe avant de détruire, quand on ne force pas la victime à associer son travail à la destruction.

Découvrir Auschwitz, c’est effleurer la fragilité de son souvenir. Le visiteur attentif l’a compris : il suffirait de regards détournés pour qu’on y fasse place nette. Seul le balai des cars témoigne de la proximité du camp dans la petite ville d’Oświęcim. Aux alentours, nulle mention, pas la moindre indication routière. La Pologne voudrait ne plus savoir. Ainsi à Varsovie, les ultimes stigmates du ghetto sont lentement remplacés par des commerces ou des terrains de sport. Des pierres abattues comme autant d’avertissements giflés, jetés au vent tels de la moraline vieillie.

Enfin, découvrir Auschwitz c’est toucher du doigt l’invraisemblable accessibilité du Mal, sa disponibilité pour quiconque veut s’y laisser tenter. Il en a fallu des hommes pour élire le lieu du charnier, construire le camp et le rendre accessible, le garder, y transporter les suppliciés et les en faire disparaitre. Tous ne sont pas nés salauds. Mais tous, par paresse ou par vacuité, ont embrassé le destin de criminels. Comment une civilisation millénaire se transforme-t-elle en somme de barbares à la conscience tranquille ? Le Mal guette chacun de nous, prêt à bondir sitôt tombés la pensée autonome, le goût du vrai et la culture du doute.

Quatre-vingt ans après, en dépit des témoignages et des œuvres, avons-nous vraiment tiré leçon d’Auschwitz ? Si la concordance des temps n’est pas claire, certaines questions méritent d’être posées. Avons-nous tiré leçon d’Auschwitz quand une partie du monde occidental replace l’essentialisation – c’est-à-dire la définition de l’individu par sa couleur, son origine, sa religion, son sexe ou la nature de ses amours – au cœur de son projet politique ? Avons-nous vraiment appris d’Auschwitz lorsque s’est substitué à l’eugénisme totalitaire l’eugénisme libéral justement décrit par Habermas, présentement incarné par les coups de boutoir de la majorité parlementaire au sujet du projet de loi bioéthique ? Avons-nous véritablement intégré les enseignements d’Auschwitz au moment où nos élites donnent à voir le spectacle d’une démocratie décadente, minée par la médiocrité, la lâcheté et le calcul ?

La mémoire est une braise prise entre deux destins : être soufflée ou s’éteindre. Puisque la lumière s’éloigne de notre temps, soufflons. Pour ne pas « tuer deux fois » les sacrifiés d’Auschwitz – venu l’instant de reprendre la route, ils ralentissent votre pas d’une force étrange. Pour garder à l’esprit ce que peut une société amnésique des principes qui l’ont fondée.

Manifeste pour la jeunesse d'ici et d'ailleurs

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Où en est la droite en Espagne?

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Pablo Casado, président du Parti populaire espagnol depuis 2018, le 25 mai 2020 © Mariscal / EFE / SIPA Numéro de reportage: 00963838_000002

De l’autre côté des Pyrénées, après deux ans loin du pouvoir, la droite a des difficultés à se reconstruire alors que le Parti populaire a perdu de sa superbe. Toute ressemblance…


Reléguée dans l’opposition depuis le début du mois de juin 2018, la droite espagnole dans ses différentes composantes a connu une année 2019 en demi-teinte. Les élections régionales et municipales du mois de mai lui ont en effet permis de consolider son ancrage dans certaines communautés autonomes et plusieurs municipalités importantes. Dans le même temps, les formations de droite d’ampleur nationale (principalement le Parti populaire, Citoyens et Vox)[tooltips content= »Nous n’aborderons pas ici le cas des formations régionalistes ou séparatistes relevant de la droite au sens où on l’entend usuellement (Parti nationaliste basque ou Parti démocrate européen de Catalogne). Quoi qu’en disent leurs défenseurs, elles appartiennent bel et bien à ce camp idéologique (et s’avèrent souvent plus réactionnaires que leurs équivalents nationaux, notamment dans leur conception de la chose publique) mais leurs alliances et leur parcours ne sont pas comparables. »](1)[/tooltips] n’ont pas été en mesure de renverser la vapeur face à un Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol) qui n’a pourtant jamais obtenu la majorité absolue à la chambre basse du Parlement à lui seul.

Jusqu’à présent, la conjonction d’intérêts qui a porté les sociaux-démocrates au pouvoir après quasiment sept ans de domination de Mariano Rajoy se montre plus solide que prévue.

Notons néanmoins qu’elle se maintient à un prix très élevé à la fois pour l’exécutif en particulier et la nation espagnole en général. Quels phénomènes permettent d’expliquer une telle situation ?

La fin de l’hégémonie du Parti populaire

La fragmentation du panorama politique et électoral espagnol n’est pas à proprement parler une nouveauté. Dès 2014, le bipartisme classique PSOE-PP est remis en cause par l’arrivée en force de la gauche « radicale » de Podemos, qui fait un très bon score aux européennes du mois de mai avant de transformer l’essai un an plus tard, aux municipales, aux régionales et aux générales.

Les années 2015-2018 permettent par la suite l’émergence des centristes libéraux de Citoyens (Cs), dont l’évolution est très favorable jusqu’au scrutin parlementaire de novembre 2019. À cet instant, c’est la droite « radicale » de Vox qui profite de la lassitude de l’électorat et des problèmes structurels du pays (taux de chômage encore élevé, précarité subie par une partie de la population, soubresauts séparatistes en Catalogne) pour devenir la troisième force au Congrès des députés.

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Les derniers mois nous ont montré, avec l’essoufflement palpable de la coalition Unidas Podemos (qui n’a de cesse de reculer depuis 2015-2016, et ce à tous les niveaux), que l’alternance entre sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens n’était pas morte. Seules ces deux tendances traditionnelles sont encore à même de fédérer autour d’elles des majorités au moins relatives pour gouverner.

Toutefois, là où les socialistes s’appuient désormais sur le déclin incessant de la gauche « radicale » pour reprendre des couleurs, le Parti populaire subit la concurrence directe de Vox. La formation de Santiago Abascal navigue en effet sur des courants favorables et son succès repose sur la déception de franges conservatrices ou libérales de l’électorat à l’égard du PP. Les anciennes ouailles de ce dernier le jugent trop tiède, trop étatiste ou encore trop conciliant avec les forces centrifuges venues de Catalogne ou du Pays basque. Vox aspire ainsi une partie non négligeable des voix dans des zones normalement acquises aux démocrates-chrétiens, comme la Région de Murcie ou la province d’Almería (Andalousie).

En raison de l’organisation des circonscriptions et du système électoral espagnol, la division du bloc de droite le pénalise en lui faisant perdre de nombreux sièges de députés. Seules certaines communautés autonomes (comme la Galice) restent encore dans le giron des populares de Pablo Casado en raison de leur aversion pour le centralisme (relatif) prôné par Vox.

L’incertitude du positionnement

Face à ce défi, le Parti populaire ne sait pas véritablement quelle ligne défendre. Même si l’élection de Casado à sa tête, en juillet 2018, a entraîné le départ des modérés de l’aile Rajoy et le retour en grâce des préceptes de José María Aznar, président du gouvernement de 1996 à 2004, l’on voit encore cohabiter plusieurs courants. D’un côté, la porte-parole du PP à la chambre basse du Parlement, Cayetana Álvarez de Toledo, est la tenante d’une attitude intraitable face au gouvernement et aux séparatistes de tout poil. De l’autre, le président régional galicien, Alberto Núñez Feijóo (qui a été facilement réélu à son poste le 12 juillet dernier), n’a de cesse de critiquer la « crispation » du débat public due, à son sens, à la présence de Vox au sein des institutions.

Ce sont pourtant les bons résultats de cette formation qui ont permis aux démocrates-chrétiens de s’accrocher au pouvoir en 2019 dans plusieurs régions, comme la Communauté de Madrid, et de conserver ou de reconquérir des mairies capitales, à l’instar de Madrid, Cordoue et Saragosse.

Dans ce cadre, les tergiversations de Pablo Casado (qui hésite entre l’intransigeance et la négociation avec le gouvernement Sánchez) ne favorisent pas une réelle cohésion de son électorat.

La crise suffira-t-elle?

C’est davantage cette faiblesse interne que le dynamisme concret de la coalition de gouvernement qui handicape la droite espagnole aujourd’hui. L’alliance entre Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, définitivement scellée le 7 janvier dernier, n’a jamais obtenu à elle seule la majorité absolue au Congrès des députés. Il ne serait même pas osé de dire que ses soutiens sociologiques sont minoritaires. Ces derniers sont le plus souvent motivés par la peur d’un « retour du fascisme » au cas où Vox parviendrait au pouvoir, de façon directe ou pas.

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Par ailleurs, la gestion catastrophique de la crise du coronavirus par l’exécutif socialo-« communiste » à la tête de l’État central a servi de repoussoir à un certain nombre d’électeurs modérés ou tout simplement scandalisés. L’économie espagnole souffrira grandement de l’arrêt provisoire des activités décrété entre mars et juin 2020 et sans doute plus encore de la réponse déficiente qu’apportera Pedro Sánchez à l’inévitable crise économique.

Les remous ne commenceront véritablement qu’au moins de septembre, cependant, et l’on est en droit de se demander si, comme en décembre 2011, la droite pourra se contenter d’apparaître comme l’opposition « naturelle » à la gauche pour l’emporter. À l’époque, Mariano Rajoy n’avait pas fait campagne en vue des élections générales car il savait que l’impopularité du PSOE de José Luis Rodríguez Zapatero, empêtré dans la débâcle économique, lui assurerait un excellent résultat.

Mais la situation est-elle encore comparable ? Si la droite espagnole dans son ensemble n’est pas capable de formuler un projet clair et véritablement en rupture avec les tendances en vogue (qu’elles concernent l’économie, l’unité nationale ou la vision générale de la nation), elle risque de commettre une erreur en misant tout sur un simple retour de balancier. Nous avons connu la même chose en France en 2017…

La prison honteuse

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Déplacement d'Eric Dupont-Moretti, Ministre de la Justice, dans un centre éducatif fermé à Epinay sur Seine, juillet 2020 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00972346_000006

La question carcérale est toujours évacuée par nos gouvernements, à cause d’une impasse idéologique


Par une décision en date du 8 juillet 2020, la Cour de Cassation tire les conséquences de la condamnation prononcée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la France le 30 janvier 2020. La France s’était vue condamnée pour les conditions indignes de détention dans plusieurs centres pénitentiaires et maisons d’arrêt.

Cette décision rend donc immédiatement effective la possibilité pour tout juge national d’appliquer la décision européenne, en libérant tout prisonnier qui serait considéré comme subissant des conditions de détention indignes.

D’après l’Observatoire International des Prisons, au 30 janvier 2020, 39 établissements pénitentiaires français étaient considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ces traitements dégradants ou inhumains tiennent essentiellement à une surpopulation carcérale qui a pu monter jusqu’à 140% avec parfois 3 ou 4 détenus dans neuf mètres carrés et des matelas à même le sol…

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Si les conditions exceptionnelles liées à la crise du Covid ont entraîné une chute importante du nombre de détenus (environ 13 000 en moins début mai sur un total de 72500 le 16 mars), il reste que la décision de la Cour de Cassation constitue une rupture tout à fait spectaculaire dans le laisser-aller qui semblait devoir s’éterniser sur ce problème.

La France obligée de se pencher sur son problème

Certes, la possibilité de libérer immédiatement un prisonnier sur cette base peut susciter des craintes. Malgré tout on ne peut que s’en féliciter. D’abord parce que tout condamné a le droit d’être traité humainement, c’est l’honneur de notre civilisation. Ensuite, parce que cette décision éclaire de façon crue la grande lâcheté de nos gouvernants.

Si la France a des prisons indignes, cela peut s’expliquer d’un point de vue idéologique : la France a honte de ses prisons. Non parce qu’elles imposent des conditions dégradantes aux détenus. Après tout, c’est un problème tout à fait soluble si l’on s’en donne les moyens. Non, ce dont elle a honte, c’est de l’existence même de ces prisons.

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Depuis des décennies, depuis la mainmise de la gauche bien pensante sur les esprits, on pense chez nous que la prison ne sert à rien, voire qu’elle est injuste, parce qu’elle punit des gens qui sont victimes de leur situation sociale, de leur milieu, de leur origine… Victor Hugo l’a dit : ouvrez des écoles vous fermerez des prisons… La prison, un peu comme la police, c’est mal ! Et si l’on n’a pas encore réussi à s’en défaire, comme on a pu le faire de la peine de mort, c’est à contre cœur qu’on y enferme encore les condamnés.

La prison, c’est tabou, on en viendra tous à bout

Et c’est bien la raison qui explique leur délabrement et leur surpopulation. Un président ou un garde des Sceaux ne peuvent proclamer vouloir créer de nombreuses et vastes prisons, ne serait-ce que pour qu’elles soient plus vivables, ce qui somme toute serait un prétexte acceptable pour nos belles âmes, ils auraient bien trop peur de passer pour des fachos, des répressifs. Quant à le faire pour accueillir en plus grand nombre tous ceux qui méritent d’y faire un séjour, ça n’est même pas envisageable pour un politique qui tient tant soit peu à conserver l’estime de l’intelligentsia humaniste. Alors on dit, oui on va construire des places, et puis on se dépêche de ne plus en parler et de ne rien faire. Nous sommes un pays très fort dans l’art de glisser ces problèmes sous le tapis.

La prison c’est tabou, on ne doit pas en parler trop, ne pas lui attribuer trop de budget, ne pas valoriser le travail extrêmement difficile de son personnel. C’est pourquoi depuis des décennies elles posent problème et que pourtant jamais rien ne se passe. Il existe une justification toute trouvée, répétée ad nauseam pour que la France n’alloue pas de vaste budget à la construction de places supplémentaires : la prison fabriquerait des récidivistes. CQFD.

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Nous sommes un pays très spécial : nous mettons des radars sur les routes mais nous prévenons de leur présence, nous prenons des mesures d’expulsion mais nous subventionnons des associations qui organisent défense, appel et contre appels, voire qui mobilisent l’opinion si l’on ose reconduire un clandestin à la frontière de façon un peu trop visible. Nous déplorons le niveau très faible des collèges et lycées dans les quartiers « défavorisés », mais chacun sait que le problème vient de la chienlit qui règne dans de nombreuses classes et à laquelle personne n’ose s’attaquer réellement.

Récidivistes de la couardise

Dans notre pays très spécial, il existe même un « défenseur des droits », noble et utile mission certes, mais dont on peut se demander s’il est bien dans son rôle en expliquant, comme il vient de le faire, les bonnes méthodes (on pourrait presque dire les bonnes manières) pour l’exercice du maintien de l’ordre et l’usage de la force publique.

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Justice, police, éducation devraient inspirer le respect, et la crainte si nécessaire. Cela suppose un exécutif fort qui ose assumer ces missions régaliennes.

Depuis longtemps, nos gouvernants sont d’une grande lâcheté : ils ont peur des voyous comme des intellectuels de gauche, des bien-pensants, des banlieues, de la rue et du spectre de la guerre civile.

Observant constamment l’opinion, les réseaux sociaux et les journaux qui déversent tous la même eau tiède, ils naviguent à vue, au jour le jour, évitant soigneusement tous les écueils que leur imagination entrevoit. Ce faisant ils ne font qu’attiser encore plus ce feu qu’ils voudraient éviter.

Remettre la honte à sa juste place

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A Paris, place de la Concorde, le 6 juin pendant la manifestation contre le racisme et les violences policières interdite par la préfecture. ©SA HARSIN/SIPA/00966017_000005

A propos des manifestations contre le supposé racisme des Français qui ont suivi l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, le pédopsychiatre Maurice Berger[tooltips content= »Auteur du best-seller Sur la violence gratuite en France: Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse, l’Artilleur »](1)[/tooltips] appelle à remettre la honte à sa juste place.


Depuis plusieurs mois, le thème de la honte tourne dans les médias à propos des événements concernant le supposé racisme de notre société. Yannick Noah regrette le silence des sportifs blancs après la mort de George Floyd. Les policiers devraient avoir honte, et de manière générale les Français, les blancs.

A l’inverse de la phrase d’Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d’heure de célébrité », tout le monde-blanc doit avoir son quart d’heure de honte. Honte aux policiers, honte à notre société raciste, honte à la France. Les « quartiers » et diverses organisations militantes s’engouffrent dans cette culpabilité que nous devrions éprouver collectivement.

Mais les choses ne sont pas si univoques. Je n’ai pas honte de ne pas avoir honte, voilà pourquoi.

Cultures de la honte et cultures de l’honneur

Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé, différence fondamentale pour ce qui suit.

Disponible chez votre marchand de journaux: Causeur: justice pour la police!

Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’ahchouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable.

De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué.

Inflation interminable

Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien.

Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société.

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Il faut préciser ici que toutes les personnes issues de ces deux modèles de culture ne se sentent pas forcément prises dans ces enjeux d’honneur ou de culpabilité, mais celles qui crient le plus fort le sont.

Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette.

Rapport à la loi décomplexé

Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. L’obéissance n’est pas inculquée en référence à la future place de l’enfant dans la société, et l’enfant comprend vite comment apitoyer sa mère pour contourner ses frêles interdits. Des professionnelles en difficulté dans l’aide à la parentalité m’expliquent ainsi leur désarroi face à des mères d’origine immigrée qui ne comprennent pas pourquoi, comme l’indique le règlement, les portes de l’école maternelle ferment à 8h30, et leur enfant ne peut pas comprendre pourquoi l’enseignante dit « non » à certains moments. Du côté paternel ou fraternel, l’obéissance est souvent la conséquence d’une soumission à un arbitraire qui repose sur les coups, et c’est le modèle de faire peur/avoir peur qui prime. Parfois aussi certains pères sont absents ou lâchent prise. Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ?

Résultat de cette absence d’intégration de la loi, un jeune délinquant violent de 16 ans m’explique sa conception de la vie : « Je veux, je prends ». Imparable.

Ingratitude

La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres.

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Un exemple : Karim, l’éducateur de Rayan[tooltips content= »Prénoms d’emprunt »][2][/tooltips], 15 ans, se plaint devant lui que l’équipe en a assez de devoir passer la serpillière à de multiples reprises chaque jour, pour nettoyer ses crachats qu’il refuse de laver lui-même. Quand je demande à Rayan s’il fait comme cela chez lui, sa réponse est : « Ah non ! Ça serait trop crade ». Il vit dans un milieu familial tellement violent que c’est lui-même qui a demandé à être placé afin d’avoir un endroit où se sentir protégé. Mais le foyer ne lui sert qu’à cela, il n’utilise pas l’aide relationnelle que lui propose son éducateur, et il retourne tous les jours un moment dans sa famille à laquelle il prouve sa fidélité en humiliant ceux qui l’accueillent, et qui par la qualité même de leur attitude, soulignent involontairement les défaillances de son milieu d’origine. Il a réalisé une sorte d’immigration dans le foyer mais crache littéralement sur ce l’on lui y offre.

Remettre l’achouma à sa place

Quels tiers possibles entre ces deux sociétés ? Ce devrait être le contrôleur du train, absent, ou un juge qui représente la loi. Mais il arrive que la justice ne fasse pas tiers. Lorsque policiers et délinquants sont face à face, voire dans un corps à corps, les sujets violents des quartiers frappent en ne pensant à la justice qu’en termes de position de victime potentielle s’ils présentent un hématome, et de plus ils ont quelques chances de quitter libres le tribunal, encore plus s’ils sont mineurs. De leur côté, les policiers n’ont aucune certitude leur permettant de s’appuyer sur la justice, au moins en pensée. Ceci ne concerne pas seulement une éventuelle sanction, il s’agit de donner aux deux protagonistes le message qu’un tiers viendra introduire la loi entre eux dans cet affrontement physique. Que se passe-t-il sinon ? Un policier est frappé très violemment et gratuitement en dehors de son service et laissé comateux au sol, sans que rien ne l’ait motivé et laissé prévoir. A la surprise générale, et en particulier celle des policiers venus soutenir leur collègue au tribunal, l’agresseur originaire d’un « quartier » n’est condamné qu’à six mois de prison avec sursis. Certes le parquet fait immédiatement appel. Mais cela n’efface pas le fait qu’un autre magistrat considère qu’agresser aussi fortement un policier en civil ne mérite pas un jour de prison, et ne pense pas nécessaire que la loi soit alors matérialisée et soit ainsi un tiers incontournable. De ce sursis, l’agresseur appartenant à une société de la honte ne fait que déduire que ce qu’il a fait n’est pas grave et qu’il n’y a pas de déshonneur.

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Il est donc nécessaire de remettre l’ahchouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect.

Patrice Quarteron met K.O les professionnels de l’indignation sélective

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Patrice Quarteron © Pierre Charlier / DPPI via AFP


Le sportif s’étonne que des indignés professionnels comme Yannick Noah ou Camélia Jordana ne disent rien pour la gendarme Mélanie ou le chauffeur de Bayonne…


Patrice Quarteron n’a décidément pas la langue dans sa poche !

L’ancien champion du monde de boxe thaï et de kick-boxing s’est exprimé lundi 13 juillet dans une interview sur la police, les banlieues, le racisme anti-blanc, la gendarme Mélanie ou Camélia Jordana… Habitué à s’exprimer sans prendre de gants sur les réseaux sociaux – où il publie régulièrement des commentaires acerbes sur l’actualité – cet ancien du quartier de la Grande-Borne à Grigny (« en reconquête républicaine ») n’a pas dérogé à ses habitudes dans cette interview au Parisien.

S’il a troqué les gants et le short pour un costume de circonstance, le « Rônin sombre » est plus combatif que jamais, écœuré par le silence assourdissant des professionnels de l’indignation après le décès de la gendarme Mélanie Lemée. Pas grand monde non plus pour s’indigner de la mort de Philippe, fait-il remarquer, ce chauffeur de Bayonne, tué pour avoir fait son travail, de façon totalement gratuite. Ni Yannick Noah, ni Omar Sy, ni Camélia Jordana, cette « petite-bourgeoise inscrite à des cours de piano dans un grand lycée parisien » qui instrumentaliserait une misère qu’elle ne connaît pas, selon le sportif.

Les banlieues et… les blancs

Le guerrier frappe là où ça fait mal, les points névralgiques, tabous, comme la mentalité anti-française, anti-Charlie et le racisme que l’on trouve en banlieue et qui n’ont pas l’heur d’être reconnus par la doctrine officielle des médias. « Le racisme anti-Blancs existe. Je connais cette mentalité qui veut qu’un blanc dans la tête de certains n’a le droit de rien dire sous peine de se faire massacrer. J’ai été formaté avec cette haine par certains dans ma jeunesse, je sais de quoi je parle ».

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Le militant intersectionnel le plus convaincu aura en effet du mal à contredire Patrice Quarteron. Étant lui-même noir, ayant lui-même grandi dans l’une des villes les plus pauvres de France, on ne peut l’accuser d’exercer quelque privilège que ce soit… « L’indignation ne doit pas être une question de couleur de peau » rappelle-t-il. Son dernier crochet est pour le mouvement Black Lives Matter : « ça n’a aucun intérêt. Le problème ce n’est pas le racisme dans les forces de l’ordre, c’est l’éducation, le taux d’échec scolaire. »

Il dit ce que d’autres banlieusards n’osent pas dire

Ces prises de position courageuses lui valent insultes et menaces (ses échanges peu amènes avec le rappeur Booba avaient déjà attiré l’attention médiatique par le passé). Le colosse gouailleur les balaye d’un revers de main : « c’est une minorité dans les cités qui n’est pas d’accord avec moi et je sais que de nombreuses personnes me remercient de dire ce qu’elles n’osent pas dire ».

Alors que le ministère de l’intérieur a choisi de ne pas divulguer les chiffres des violences urbaines du 14 juillet (tirs de mortier, incendies, policiers blessés…), la France aurait besoin de beaucoup plus de voix comme celles de Patrice Quarteron.

Fermer les frontières? Plutôt mourir…

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Un policier français surveille les chemins pédestres sur les hauteurs de Mentonn près de la frontière italienne, 27 avril 2020. © Syspeo / SIPA

Interrogé hier lors de l’interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a semblé plutôt satisfait des résultats de la France face au Covid-19. Dans la lutte contre le virus, la France a pourtant perdu un temps précieux avant de rétablir des contrôles aux frontières, comme le préconisait l’OMS dès le 16 février. Quand la désinvolture rejoint l’idéologie, les citoyens trinquent.


Il faudrait « éviter la circulation des gens qui viennent des endroits qui sont des foyers d’épidémie ». Le 26 février 2020, Marine Le Pen émet ce qu’il faut bien appeler un truisme lors de la matinale de France Inter. Elle propose ce que la France fera trois semaines plus tard : restaurer des contrôles aux frontières.

« L’OMS n’a jamais recommandé de fermer les frontières », rétorque le jour même l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, dans Ouest France. Le faire reviendrait à « enfreindre les recommandations internationales ». Restreindre la libre circulation des personnes pour freiner le Covid est « une fausse bonne idée », tranche LCI le 13 mars 2020, trois jours avant que la mesure entre en œuvre. C’est un « faux remède », « nationaliste et xénophobe », persiste à penser Le Monde du 10 avril. Le 29 avril, c’est l’apothéose. Le quotidien Les Échos tient la preuve scientifique que les contrôles aux frontières sont inutiles, pour ne pas dire stupides. Selon une étude française, « l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Le virus circulait déjà chez nous à bas bruit quand il est apparu au grand jour.

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Le problème est que, selon les auteurs de l’étude, Les Échos l’ont interprétée de travers (voir encadré). Quant à Flahault, il joue sur les mots. Fin février, au moment où il s’exprime, l’OMS n’a certes pas préconisé la fermeture totale, qui n’existe nulle part, même en Corée du Nord, mais elle a demandé aux États d’instaurer des contrôles sanitaires stricts à tous les points d’entrée sur leur territoire, avec détection et mise à l’isolement des malades potentiels ! Ces recommandations datent du 16 février. Elles sont toujours disponibles sur le site de l’OMS[tooltips content= »« Prise en charge des voyageurs malades aux points d’entrée dans le contexte de la flambée de Covid-19 : lignes directrices provisoires », OMS, 16 février 2020. »][1][/tooltips]. Pendant un mois, la France n’a donc tenu absolument aucun compte de ces neuf pages de conseils de bon sens. Par désinvolture, sous-estimation du problème et manque de moyens, le tout pimenté d’une bonne dose d’idéologie – Donald Trump et Marine Le Pen étaient pour, il fallait donc être contre –, la restauration temporaire des contrôles aux frontières est devenue la décision à ne surtout pas prendre face au Covid. Jusqu’à ce que l’Allemagne la prenne le 16 mars, suivie par la France le lendemain, ainsi que par l’UE pour ses frontières extérieures. Cela ne posait aucun problème juridique, les traités européens prévoyant depuis les origines des exceptions à la libre circulation pour raisons sanitaires.

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À cette date, près de 70 pays, dont la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, avaient déjà renforcé sans états d’âme les barrières à l’entrée sur leur territoire. Les deux premiers pays ont enregistré proportionnellement trente à quarante fois moins de morts du Covid que le troisième, ce qui suggère que contrôler les arrivées ne suffisait pas. Il fallait aussi le faire tôt.

Trois à quatre semaines de perdues

En France, non seulement les autorités ont perdu du temps, mais elles le savaient. Pendant la dernière semaine de février et les deux premières semaines de mars, il y a eu une valse-hésitation consternante. Audrey (prénom changé) travaille dans une école de commerce de Bretagne. Une étudiante devait arriver d’Italie du Nord début mars, raconte-t-elle. « L’agence régionale de santé nous a demandé de la placer en quarantaine, au motif qu’elle venait d’une zone à risque. Cette jeune fille avait voyagé de Milan à Paris en avion, avec des dizaines d’autres passagers, puis en train. À aucun moment elle n’avait été contrôlée. L’ARS nous demandait en définitive d’assurer le travail qui n’avait pas été fait aux frontières. » 15 000 voyageurs en provenance d’Italie arrivaient alors chaque jour en France.

Au même moment, la situation était encore plus extravagante en Haute-Savoie. Un premier cas de Covid est repéré à La Balme-de-Sillingy (5 000 habitants) le 24 février. Un résident de la commune âgé d’une soixantaine d’années, qui se rendait souvent en Lombardie pour son travail, est testé positif au Covid. L’ARS se lance à la recherche des cas contacts, c’est-à-dire les personnes ayant croisé ce premier patient. On ne peut donc pas l’accuser de prendre le Covid à la légère. Le village est confiné le 2 mars, deux semaines avant le reste du pays. Pourtant, la frontière va rester ouverte, alors que les autorités tiennent la preuve que le Covid vient d’Italie. Dès le 27 février, lors d’une conférence en ligne, le docteur Pierre Poles, responsable du centre 15 de Haute-Savoie, l’explique clairement : « Il y a un vrai foyer lié au coronavirus en Italie et on est tout près de l’Italie. Il y a énormément de Haut-Savoyards qui vont en Italie. » Le 15 reçoit des appels de gens « qui sont malades et qui reviennent d’une zone à risque, en Lombardie ou Vénétie ».

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Le 2 mars, toujours, le préfet de Haute-Savoie et le directeur de l’ARS tiennent une conférence de presse déconcertante. Le préfet martèle que la fermeture du tunnel du Mont-Blanc serait une mesure « inopérante, inefficace ». Il annonce pourtant des équipements de protection (masque, gants, etc.) pour les équipes de la police aux frontières qui auraient à contrôler des cars transportant des passagers en provenance des zones touchées par le virus en Italie ! S’il faut protéger les policiers de ces cars, pourquoi les laisser entrer ? Il va de soi que les policiers n’ont pas les moyens de procéder à des tests et qu’ils ne pourront pas trier les entrants. Par ailleurs, ils ne sont pas assez nombreux. Ils vont donc recevoir des renforts. « Des porteurs sains potentiels qui sont repartis ensuite dans la région » au risque de diffuser le virus, relève avec bon sens David Albert, membre de la brigade de nuit, du syndicat Alternatives Police CFDT. Les équipements de sécurité annoncés par le préfet sont arrivés tard et en faible quantité, accompagnés en prime de « la consigne de ne pas les utiliser, sans qu’on sache pourquoi », pointe le policier. Le comble, c’est que, fin janvier, la France avait affirmé à la Commission européenne qu’elle ne manquait de rien dans ce domaine ! « Les États n’ont pas indiqué de besoin ou souhaité de renfort pour leur stock d’équipement de protection individuelle. La Commission a demandé aux États de l’indiquer, si cela changeait », écrit le comité de sécurité sanitaire de la Commission le 27 janvier.

Les guerres éclatent quand les diplomates mentent aux journalistes, puis se mettent à croire ce que racontent les journaux, disait le satiriste Karl Kraus. Dans la crise du Covid, les politiques ont alimenté les éditorialistes en éléments de langage sur l’absurdité des contrôles aux frontières, tout simplement parce que la France n’avait pas les moyens de les restaurer. Puis, pendant trois ou quatre semaines absolument cruciales pour la propagation du virus, ils ont fini par croire que ces contrôles étaient réellement superflus. Jusqu’à ce que s’impose l’évidence, rappelée le 25 mai sur Euronews : « Faire de l’abolition des contrôles fixes aux frontières une espèce de tabou totalement intouchable n’a aucun sens, ça ne résiste pas à la réalité. » Ces propos de bon sens n’émanaient pas de Marine Le Pen, mais de Jean Quatremer, pilier des correspondants de presse à Bruxelles, fort peu suspect de penchant souverainiste.

L’étude scientifique qui démontrait l’inutilité de fermer les frontières

Le 29 avril, Les Échos présente une étude scientifique sous un titre troublant : « Coronavirus : en France, l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Une équipe de l’Institut Pasteur emmenée par Étienne Simon-Lorière a mis en évidence que « le Covid circulant en France n’est pas de même nature (clade) que le Covid italien ou chinois ». Il circulait à bas bruit depuis janvier. « Fermer les frontières n’aurait donc servi à rien », conclut Les Échos. Et le très sérieux quotidien économique d’insister : le patient zéro du Covid en France serait « un cas sans historique de voyage et n’ayant été en contact avec aucune personne revenant de l’étranger ». Le Covid est-il tombé du ciel ou sorti de la mine ? Les Échos ne le précise pas, mais insiste sur une autre conclusion des chercheurs. Les mesures de confinement « ont été particulièrement efficaces. […] Les analyses phylogénétiques montrent qu’il y a eu peu de transmission locale, ce qui veut dire que les restrictions de circulation ont empêché la propagation localement. » Fermer les frontières, non. Interdire les sorties, oui.

Hélas, dès le lendemain, 30 avril, dans Marianne, le Pr Simon-Lorière se dit « très étonné qu’un quotidien ait titré que la principale souche du virus présente en France était liée à un groupe génétique qui n’avait aucun lien avec la Chine et l’Italie. Aujourd’hui, on ne peut pas l’affirmer. » Dans Le Parisien, deux jours plus tard, il va plus loin : « Ces deux pays ne sont pas exclus. Ils sont même très très en haut dans la liste » dans la provenance des cas de Covid de France.

L’étude sur laquelle le quotidien économique s’est emballé est une publication en pré-print (sans comité de lecture) parue dans BioRxiv. Elle porte sur 97 cas seulement, à partir de prélèvements faits entre le 24 janvier et le 24 mars dans la partie nord-est de la France, donc sans la Haute-Savoie. L’équipe qui l’a réalisée est très prudente dans ses conclusions. Elle a publié ses résultats provisoires compte tenu de l’urgence. Le premier média à avoir repéré ces travaux a été le South China Morning Post. Ce quotidien chinois en a fait un compte rendu enthousiaste, ce qui se comprend. Lue avec un peu de chauvinisme, l’étude tendait à dédouaner la Chine, comme source de contamination. Repris par les agences, le papier allait tout à fait dans le sens de ce qu’un quotidien de cadres supérieurs souvent en déplacement avait envie d’écrire. À l’heure actuelle, le processus de diffusion du Covid n’est pas encore parfaitement décrit, mais plus personne ne doute sérieusement qu’il soit arrivé en France par la Chine et l’Italie.

Trissotin visionnaire

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Opération de communication de Najat Vallaud-Belkacem avec Eric Piolle, à Grenoble, mars 2016 © XAVIER VILA/SIPA Numéro de reportage: 00748563_000022

Eric Piolle: « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! » C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède…


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) fut un remarquable agitateur. Il vitupéra la beauté antique, la beauté classique, romantique, pathétique, ecclésiastique. Il exécrait les femmes alanguies, les hommes éperdus, les genoux à terre, les serments délétères, les fleurs dans les vases, les pleurs et l’extase, Venise en hiver, les doigts qui se croisent, la Victoire de Samothrace, les bras qui s’enlacent, le thé dans les tasses, les traces du passé.

Il aimait la vitesse, les formes aérodynamiques qui ont un coefficient élevé de pénétration dans l’air et sont bien propres à engrosser la vieille humanité assoupie dans des effluves de tisane. Ainsi assaillie par les objets oblongs de la science et de la technique, elle accoucherait d’un monde amnésique, étourdi de nouveauté.

Le danger de l’intelligence

Il voulait que la modernité passât sur notre univers comme un énorme nuage d’insectes ravageurs, qui nous libérerait du poids de la mémoire. Il désignait le passé comme l’ennemi principal de notre civilisation ; il lui substituait un avenir industriel, profilé comme la carrosserie d’une « automobile rugissante »[tooltips content= »Voici un choix de volontés qu’expriment le « Manifeste du futurisme », conçu et rédigé par Filippo Tommaso Marinetti. Attention, c’est viril !
1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing..
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
9. Nous voulons glorifier la guerre —seule hygiène du monde—, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
« ](1)[/tooltips].

Il avait pour alliés l’outrage, le vocabulaire de l’insurrection intellectuelle, les perspectives affolantes d’un paysage mental inexploré. Il évoquait une avant-garde mêlée d’exploits et de stupeur.

Un frisson parcourait l’Europe. L’avenir était en acier ; il appartenait au jeune peuple de la vapeur et du moteur à explosion, à ses hommes nerveux et toujours affairés, ainsi qu’à ses « femmes atroces dans les quartiers énormes » [tooltips content= »Guillaume Apollinaire, 1909, poème extrait de Alcools. On peut tenir pour deux magnifiques pionniers « futuristes » Blaise Cendrars, d’abord, puis le grand Guillaume, en particulier dans ses poèmes graphiques. »](2)[/tooltips]. Dans ce décor renouvelé, surgirait peut-être une nouvelle énigme humaine : l’une de ses plus parfaites incarnations se nommerait Louise Brooks [tooltips content= »Pour Louise Brooks, voyez Roland Jaccard : ce diable d’homme a rencontré la grande Louise, qu’il vénérait. Nous sommes nombreux à la vénérer, il est le seul à l’avoir vue, approchée, interrogée ! Respect ! On lira, toute affaire cessante, Louise Brooks, portrait d’une flapper (PUF), délicieuse ballade sur la silhouette comme découpée de la Brooks, et Louise Brooks portrait d’une anti star, (Phébus), ouvrage de référence, objet du culte qu’on ne manie qu’avec dévotion, dirigé par Roland J. »](3)[/tooltips]…

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Les futuristes voyaient précisément une Beauté neuve dans les métropoles électrifiées et bruyantes. Après avoir « tué le clair de lune », ils considéreraient avec mépris les monuments effondrés.

Ce projet anti-naturel, baudelairien sous bien des aspects, était excitant et, pris au pied de la lettre… redoutable. Il fut à l’origine d’un remarquable mouvement artistique, réveilla en sursaut la peinture, inspira de passionnantes créations architecturales.

Et puis l’ordre fasciste vint, et sa tragédie… L’intelligence est parfois dangereuse. La bêtise, tout au moins son « application » contemporaine le conformisme, valent-ils mieux ?

M. Piolle a des idées !

Depuis quelque temps, à l’instar des avant-gardistes italiens, mais sur un mode dénué du moindre attrait, les élus EELV haussent le ton. Eux-aussi se disent « las du monde ancien » [tooltips content= »À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine
Guillaume Apollinaire, Zone« ](4)[/tooltips] et appellent de leurs vœux ce qu’ils baptisent « le monde d’après », ce masque de la dernière bouffonnerie idéologique. Ce qu’ils suggèrent, avant de l’imposer, n’a malheureusement pas la séduction de la vitrine futuriste. Prenons l’une des plus récentes manifestations de leur égarement commun :

De M. Piolle, maire Europe-Écologie-les-Verts de Grenoble, bien élu d’ailleurs, on dit que ses espérances politiques, servies par un tempérament fort, ne se limiteraient pas à l’horizon, pourtant vaste, de la capitale du Dauphiné et des Alpes. Son ambition sera-t-elle portée par les militants de la chlorophyllie ? Nous ne sommes pas pressés de connaître la réponse.
Piolle a des projets, il les fait connaître. On sent que nul doute ne l’assaille. Il possède cette arrogance sans éclat, banale chez les membres de sa formation politique [tooltips content= »Ils étaient omniprésents et péremptoires : Mme Duflot a quitté la scène, le duo en chemise de pilou Bové-Cohn-Bendit ne se produit plus, Eva Joly a disparu, Mme Voynet a été nommée directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte. »](5)[/tooltips], augmentée d’une conviction quelque peu effrayante : M. Piolle et les siens avancent dans la vie du pas de ces gens assurés d’incarner le Vrai et le Bien. Ils pensent s’abriter du ridicule en puisant dans le vocabulaire extensible de ce qu’on pourrait appeler la noolangue, également chérie des macroniens et des néo-féministes.

Avec la langue

On observe une tentative, autrement plus élaborée et beaucoup mieux argumentée, de la part de Marinetti. Saisi par « l’obsession lyrique de la matière », et par l’irruption brutale du bruit industriel dans la vie de la cité, il veut appliquer à l’italien, à sa grammaire, à sa syntaxe, à sa ponctuation, à tout son système de communication, le même  principe de bouleversement radicale qui gouverne sa pensée sur l’apparence du monde et sa restitution par les artistes [tooltips content= »Article L’immaginazione senza fili e le parole in libertà. Manifesto futurista (L’imagination sans attaches et les mots en liberté, Manifeste futuriste) publié le 11 mai 1913. »](6)[/tooltips]. Sur ce sujet aussi, notre bouillant Marinetti laisse loin derrière lui nos amusants révoltés du « genre ». Autre grande différence avec la mouvance Verte : le souci esthétique, principal chez Filippo Tomasso, définitivement absent de toute réflexion des écologistes, qui n’ont qu’un rapport myope avec le paysage des villes et des campagnes.

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Destinée à détourner la signification des mots et des choses, la noolangue du bourgeois gentilhomme « postmoderne» est une manière de paravent linguistique : on devine vaguement qu’elle cherche à signifier quelque chose de simple, mais qu’elle s’y refuse au dernier moment, non par timidité mais par prétention. Elle impose le sens, elle en dispose à sa guise en attendant que son caprice s’en lasse et le délaisse. Ses saillies sont un moment de la représentation sociale, que s’octroie la nouvelle bourgeoisie dominante. Honteuse non d’elle-même mais de celle qui l’a précédée, considérant le passé comme un héritage « globalement pétainiste », elle affronte courageusement l’hydre réactionnaire. C’est ainsi que M. Piolle s’avance, précédé de son langage :

« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution: débitumiser, dégenrer, végaliser et potagiser ! Et en plus nos enfants aident à faire les plans. Oui, on grandit aussi pendant la récré ».
C’est infantile, gonflé de barbarismes, frotté de démagogie. Et l’on s’interroge sur le résultat que produirait un tel remède : plus certainement un terrain vague où l’on s’embourberait qu’un « jardin extraordinaire » [tooltips content= »Trenet, l’autre grand Charles… »](7)[/tooltips] où s’égayeraient des écoliers convertis en jardiniers rêveurs…

Les chlorophylliens osent tout ! C’est même à cela qu’on les reconnaît !

Les femmes savantes

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Avec Emmanuel Macron, une économie sans solution

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Emmanuel Macron et son nouveau Premier ministre Jean Castex, le 14 juillet 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22472991_000051

Une analyse économique de Jean Messiha, Délégué National du Rassemblement National et Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française


La crise sera grave. Très grave. Le président de la République l’a admis lui-même le 2 juillet devant la presse quotidienne régionale. Les dizaines de milliards déversés sur les entreprises et les ménages (chômage partiel, plans sectoriels, abandons ou reports de charges selon les cas) ne sont pas durables. Car ils ne sont pas tenables. Il va bien falloir que cela s’arrête un jour. Non seulement nos déficits atteignent déjà des niveaux invraisemblables, mais de nombreuses mesures de revalorisation sectorielles sont en cours – personnels soignants, enseignants – et on ne voit pas pourquoi d’autres catégories sociales s’estimant lésées ne viendraient pas bientôt se joindre au cortège.

Une rentrée apocalyptique?

Les entreprises l’ont bien compris. Constatant une reprise molle de la consommation et de l’investissement, des altérations pérennes de modèle économique induites par des changements de comportement des consommateurs, elles alignent plans sociaux sur plans sociaux. Le secteur de la distribution a été le premier à tirer (La Halle, Célio, Camaieu, Orchestra-Prémaman, etc.). Mais le transport (Air France), l’industrie (Airbus et Renault et toute leurs chaines de sous-traitance, de même que Nokia et tant d’autres) ne sont pas en reste. Une cascade, un Niagara d’emplois supprimés qui touchera des grands groupes mais aussi une myriade de TPE-PME qui meurent, elles, sans faire de bruits. Un désastre à venir. « Une rentrée apocalyptique » écrivait le 3 juillet Marc Landré patron du service économique du Figaro, quotidien qui n’est pas en opposition frontale à Jupiter.

L’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples

Le nouveau gouvernement prépare un plan de relance, parait-il fortement axé sur la transition écologique, et devrait conditionner un modeste effort en faveur de l’industrie à une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour un secteur qui en émet 22% du total. Le chômage explose, des millions de familles vont se retrouver dans une souffrance sociale inouïe, nos déficits atteignent des sommets himalayens ; mais sous la pression des « Verts », la priorité ce sont les gaz à effets de serre dont nous sommes à l’échelle européenne un assez modeste contributeur par tête d’habitant.

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La priorité est ailleurs. Nous avons un problème immédiat : celui de la fonte des fonds propres de nos entreprises, et en particulier de nos TPE-PME, due aux pertes considérables subies pendant la crise. Nous l’avons traité dans une tribune intitulée « Recapitalisons l’entreprise France », parue le 6 juin dans Causeur. La réponse du gouvernement à cette menace est parcellaire et incomplète, avec certes des plans sectoriels, mais aucune stratégie globale.

CICE: un bilan mitigé

Mais nous savons aussi que notre pays souffre d’un problème structurel non-résolu (outre sa lancinante trilogie malheureuse et coûteuse  « immigration, identité, insécurité ») : le manque de compétitivité de son économie, due en particulier à un coût du travail qui n’est pas grevé par le niveau – du reste modéré – des salaires, mais par des charges sociales très élevées dès que l’on dépasse le SMIC. SMIC qui n’est pas le salaire de référence dans l’industrie, secteur clé pour notre redressement global.

Les 20 milliards du CICE avaient été un effort substantiel pour réduire ce fardeau. Mais avec une erreur fondamentale : n’y attacher aucune conditionnalité en termes de créations d’emplois, en particulier sur les moyennes et grandes entreprises dont la « contribution » à la délocalisation et la désindustrialisation du pays a été forte. Le bilan s’en est trouvé plus que mitigé. Hausse des dividendes, hausse de salaires pour les plus qualifiés, investissements à l’étranger, renforcement des marges et de la trésorerie et certes, concédons-le, des recrutements ici ou là. Mais les experts ont eu le plus grand mal à trouver un lien entre ces milliards payés par la collectivité et la forte création nette d’emplois attendue. Et pour cause…

Ayant compris que les Français ne se feraient plus avoir avec des baisses de cotisations sociales sans contreparties solides, le patronat, MEDEF en tête, s’attaque désormais aux « impôts de production » qui représenteraient 72 milliards d’euros et constitueraient un grave désavantage concurrentiel par rapport à nos grands rivaux économiques dont l’Allemagne. De quoi parle-t-on ?

  • D’environ 4 milliards d’euros de Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés basée sur le chiffre d’affaires et pesant plutôt sur les moyennes et grandes boites que les petites qui financent les régimes d’assurance vieillesse des travailleurs non-salariés des professions artisanales, industrielles et commerciales (les « indépendants » pour faire simple) ;
  • D’environ 40 milliards de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), de Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), de Taxe sur le Foncier Bâti et de taxes foncières diverses que doivent acquitter la plupart des entreprises qui constituent ensemble une des sources majeures de financement de nos collectivités locales ;
  • Une myriade de petites taxes pour 4,5 milliards d’euros ;
  • Et enfin 26 milliards d’euros de charges liées la masse salariale dont le « versement transport » pour plus de 7 milliards qui contribue à financer nos transports publics.

Il est indiscutable que les entreprises françaises sont, au titre de ces divers impôts, sensiblement plus taxées que leurs concurrentes européennes (ne parlons même pas de l’Asie) et que cette surcharge explique une bonne part de nos problèmes économiques, surtout depuis l’abandon du Franc, monnaie ajustable, pour l’euro, monnaie fixe.

Le mouvement national doit écouter et demander des comptes aux gros industriels

Le patronat réclame 30 milliards d’euros de baisse de ces fameux impôts de production, affirmant la main sur le cœur qu’avec ce nouvel effort de la nation, colossal vous en conviendrez, la France redeviendra compétitive et que nous pourrons enfin entrer dans un cycle vertueux de créations d’emplois, de croissance et, in fine, de nouvelles recettes fiscales pour la collectivité.

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Ce chiffre n’est pas une hérésie en soi. Mais ces 30 milliards, il faudra les trouver sous forme de baisse de dépenses publiques un peu partout, de hausses d’impôts sur les ménages (toujours les mêmes) ou en creusant la dette devenue la solution « magique ». Problème : aucune de ces sources de financement n’est, à juste titre, acceptable pour une majorité de Français. Au-delà de la problématique financière, il n’est plus tolérable pour l’opinion de s’engager comme avec le CICE dans un processus de « donnant-reçu » et non de « donnant-donnant ». Où partiraient ces milliards ? Nous n’en savons rien. Il y aura sans doute des entreprises vertueuses qui, avec ces économies, investiront et recruteront dans notre pays. Mais combien d’autres, souvent les plus grandes, engagées depuis des années dans une logique d’arbitrage des coûts salariaux et des avantages fiscaux en Europe et dans le monde, empocheront le « cadeau » et en feront ce qu’elles voudront ?

Le mouvement national doit entendre la demande du monde économique français pour un allègement du poids fiscal qui pèse sur lui et aisément justifiée par les comparaisons faites par les instituts statistiques les plus sérieux. Mais il doit aussi expliquer à ce patronat et tout particulièrement aux grandes entreprises, aux ETI ainsi qu’aux « grosses PME » (plus de 50 salariés) que le temps n’est plus à la naïve confiance dans la vertu des mécanismes de marché, dans la croyance aux théories du « ruissellement » et autres sornettes.

La main invisible, qui peut encore y croire?

Le temps de l’État stratège est revenu, avec ses moyens qui peuvent être considérables, mais aussi ses exigences. Car l’État œuvre pour le bien public.  Nous vivons encore dans la théorie, certes modernisée et rhabillée, de la « main invisible d’Adam Smith » pour qui l’intérêt général se confond avec les sommes des intérêts individuels. Or l’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples. De sorte que la stratégie de redressement de la France doit être pilotée et l’argent public consacré à cette grande mission doit être fléché vers ce qui sert le plus au pays : l’emploi. Pas d’emplois nets créés par l’entreprise, pas d’aides publiques. C’est clair, net et précis. Et c’est à prendre ou à laisser !

On nous répondra « complexité, bureaucratie, contraintes, lourdeur, ingérence, etc. ». L’éternelle antienne du laisser-faire, laisser-passer des libéraux, rajeunie dans un « donnez-nous l’argent, on saura quoi en faire ! ». L’hypothèse libérale de base d’un antagonisme viscéral entre le public et le privé doit être battue en brèche. La vérité est qu’il y aura bien assez d’entreprises et de patrons pour comprendre l’enjeu enthousiasmant de ce nouveau pacte productif et social et créer une dynamique vertueuse et autoentretenue.

Les élections cruciales de 2022 seront l’occasion pour les Français de faire un choix entre deux modèles. L’un toujours mondialiste, euro-fédéraliste, libre-échangiste, immigrationniste et insouciant aux immenses déséquilibres financiers du pays. L’autre tenant de l’échange juste et équilibré, favorable au retour de souverainetés nationales trop facilement abandonnées à la souveraineté européenne, rempart contre certaines immigrations au bilan très contestable et attaché au retour de nos équilibres financiers gages de l’indépendance de la France.

Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

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Sainte Sophie à Istanbul. En haut à droite, la coupole © FRED SCHEIBER/SIPA/SIPA Numéro de reportage: 00972561_000002

L’Occident se désole de voir l’ancienne basilique transformée en mosquée par Erdogan. En s’emparant de Constantinople en 1453, Mehmed II avait déjà fait recouvrir l’image du Christ qui ornait la coupole par une calligraphie arabe, et caché les visages des anges qui la soutiennent.


Après une procédure judiciaire dont nul n’ignorait que son résultat était joué d’avance, il n’aura donc fallu qu’un simple décret au président Erdogan pour redonner à Sainte-Sophie le statut qu’elle avait avant 1934, à savoir celui d’une mosquée.

La décision du sultan est cohérente

Ce geste pourrait sembler normal à un observateur détaché de considération symboliques : la société turque est actuellement musulmane dans une proportion très largement majoritaire, et elle s’est engagée depuis une vingtaine d’années dans une politique de ré-islamisation qui la conduit à remettre en cause peu à peu tout l’héritage laïc issu de l’époque kémaliste. D’un point de vue strictement utilitariste, il est donc totalement cohérent que le pouvoir affecte à la religion professée par sa population un édifice religieux aussi vaste.

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Mais le fait est que ni le geste d’Erdogan, ni sa réception en Occident, ne se cantonnent au registre strictement utilitaire. Car faire de Sainte-Sophie une mosquée n’est pas simplement changer l’affectation d’un musée : c’est poser un acte symbolique dont la portée conflictuelle ne peut être ignorée.

Une décision qui s’inscrit dans une Histoire longue

La basilique fut en effet construite au VIe siècle au cœur de Constantinople, précisément à l’époque où Justinien s’employait à reconquérir les terres de l’ancien empire d’occident en assumant la prétention à la domination universelle qui lui venait de Rome, bien qu’elle fût désormais placée sous le signe de la foi chrétienne. L’architecture même de la basilique fut donc conçue pour refléter cette ambition : elle fut dotée d’une gigantesque coupole, figure du cosmos, dominée par  l’image triomphante d’un « Christ pantokrator ». Pendant plus de neuf cents ans Sainte-Sophie fut ainsi le « saint des saints » de l’empire byzantin, le lieu du couronnement de ses souverains et le siège de ses Patriarches. Jusqu’à ce que le conquérant turc Mehmed II finisse par prendre la ville en 1453 pour en faire aussitôt sa capitale, transformant au passage la basilique en mosquée. Car les Ottomans reprirent à leur tour la prétention impériale de la seconde Rome, cette fois-ci sous le drapeau vert de l’islam : ils poursuivirent en son nom une vigoureuse politique d’expansion qui fit de la Sublime Porte le centre d’un empire étendu sur trois continents, de l’Afrique du Nord à la Mésopotamie et de la Hongrie au Yémen. A l’heure où la Turquie intervient politiquement face à l’Union Européenne, et militairement à la fois en Syrie et en Libye le symbole est donc on ne peut plus clair : l’empire est de retour, à la fois dans sa dimension politique (influence directe dans l’ancienne aire ottomane) et religieuse (promotion de l’islam face christianisme).

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Tous les partisans d’une entente paisible entre les religions ne peuvent que le déplorer, et ceux qui pensent que le « choc des civilisations » est un concept exclusivement occidental feraient bien d’y réfléchir…

Derrière les calligraphies

Une chose cependant semble échapper au président Erdogan, comme elle échappera certainement à la majorité des fidèles qui, le 24 juillet prochain, se presseront certainement pour la première prière musulmane célébrée dans la basilique depuis 1934 : le changement d’affectation d’un bâtiment, quel qu’il soit, ne sera jamais capable d’effacer sa destination première, pour laquelle il fut à la fois pensé et construit.

Lorsqu’on déambule à Cordoue sous les arcades rouges et blanches de la cathédrale, on ne peut ignorer que l’on est au sein d’un édifice conçu pour être une mosquée, dont le mihrab indiquera pour toujours la qibla. Et sous les calligraphies ottomanes, au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, c’est à jamais l’image du Christ en gloire qui trônera sur l’univers…

Les Verts entendent «dégenrer» les cours d’écoles

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Eric Piolle © ALLILI MOURAD/SIPA Numéro de reportage: 00970154_000036

Les cours de récréation sont accusées par les élus EELV d’être conçues pour favoriser les activités des garçons, au détriment des filles. Avec leur sens des priorités bien connu, les mairies vertes entendent y remédier.


Alors que les dernières élections municipales ont montré à quel point notre démocratie était malade et à quel point le président qui devait la renouveler était rejeté, les commentateurs ont essayé de faire croire à un phénomène politique émergent : l’existence d’une vague verte, alors que les chiffres montrent à peine un clapotis. Du coup, puisqu’en politique, ce qui est cru peut fort opportunément occulter ce qui est réel, Europe-Ecologie-Les-Verts entend bien occuper le terrain qui lui est ainsi cédé et mettre en avant ses solutions pour l’avenir. Histoire de prendre date, comme on dit. Le parti veut donc mettre en avant ses expériences innovantes.

L’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est: une escroquerie intellectuelle

La dernière en date : les cours d’école « dégenrées ». Selon Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble : « Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser! ». On ne sait pas trop si cela signifie que les femmes appartenant plutôt à la nature et les hommes à la culture – selon d’anciennes distinctions genrées – créer un potager au centre de la cour devrait les amener à réoccuper l’espace le plus visible. Et puis le potager, c’est l’étape avant la cuisine. Cela permet aux filles de s’adapter en douceur à leur futur biotope. À moins que la fille relevant de l’espace domestique, elle ne puisse trouver son bonheur qu’en faisant de la décoration végétale d’extérieur. En tout cas il est manifestement impensable qu’elle puisse aimer les jeux de ballon.

La stupidité le dispute à l’inefficacité

Autre problème, d’après la lecture « genrée » de la cour d’école, les garçons en occuperaient le centre et les filles, la périphérie. Or cette vision qui voit ceux qui sont en périphérie comme écarté du pouvoir ne serait-elle pas affreusement masculino-genrée ? la position de l’observateur est souvent décentrée, décalée pour être plus pertinente et recueillir le maximum d’informations. Le pouvoir ne s’exhibe pas toujours, et se décentrer peut être plein d’avantages. Mais surtout cette vision est marquée par un manque de nuance et de finesse qui amène à des positions politiques dont la stupidité le dispute à l’inefficacité. Il suffit de lire la présentation de cette question dans un organisme de formation pour élus à visée progressiste, monmandatlocal.fr. Au moins la présentation assume-t-elle sans complexe généralisation hâtive et simplification abusive : « La ville est faite par les hommes, ce qui a pour conséquence d’en faire un espace dédié aux pratiques masculines. Cela n’est pas surprenant dès lors que l’on considère que l’urbanisme reflète notre société et consiste en fait en la prescription inconsciente des rôles genrés. »

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Or pour qui est femme, le problème n’est pas tant l’urbanisme que l’éducation des hommes et leur environnement mental. Selon que ceux-ci ont été élevés et ont grandi dans un milieu pour qui l’égalité en dignité humaine et en droit des êtres humains est la base, ou selon qu’ils se sont construits en estimant qu’un sexe doit dominer l’autre, les réalités que les femmes auront à affronter seront différentes. Refuser l’égalité aux femmes, c’est en faire d’éternelles mineures, à jamais propriété de leurs pères, frères ou époux. C’est cette infériorité qui explique que dans certains quartiers seuls les hommes occupent l’espace public. Etant vouées à l’intime, les femmes n’ont rien à faire dehors. En revanche ce constat ne se vérifie pas partout, il suffit de se promener au cœur de Paris. Face à cette réalité, l’aménagement urbain comme moyen de rétablir l’égalité femmes/hommes apparait pour ce qu’il est : une escroquerie intellectuelle qui permet aux politiques de se laver les mains des droits des femmes tout en revendiquant un investissement féministe. Ils élèvent la tartufferie au rang d’art.

À Paris, les mêmes voulaient élargir les trottoirs

C’est ainsi que la recommandation de certaines féministes françaises, confrontées au harcèlement de rue que subissaient les femmes aux alentours de la Porte de la Chapelle – harcèlement lié à la présence de migrants et d’hommes éduqués dans un milieu où la femme n’est pas l’égale de l’homme mais sa servante ou sa proie – fut de proposer que l’on élargisse les trottoirs… Or le problème venait de mentalités archaïques, inadaptées à nos libertés civiles et réactivées par la montée d’un islam politique qui a fait du refus de l’égalité de la femme, le cheval de Troie de son attaque contre la démocratie et la laïcité. On voit donc que pour défendre l’égalité femme/homme, il ne suffit pas d’arracher le bitume des cours d’école. La dégradation de la condition de la femme dans certains territoires est d’abord liée à la réalité de sa condition d’inférieure dans la plupart des pays d’Afrique ou du Maghreb et est encore accentuée par l’emprise croissante d’une idéologie politico-religieuse qui la considère comme impure, fait du refus de l’égalité une prescription divine et lui demande d’exhiber son acceptation de sa condition inférieure par le port du voile.

Or ces exigences qui pèsent sur certaines catégories de femmes ne cessent de se renforcer. C’est cela qui devrait poser question aux politiques. Mais justement, sur ce dossier faire preuve de courage est coûteux, surtout en matière de clientélisme.

De la poudre aux yeux

Voilà pourquoi Eric Piolle « dégenre » à tout va à coups de pelleteuse, mais confronté à une offensive liée à l’islam politique et s’attaquant directement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans sa ville, il s’est révélé parfaitement veule. En effet, Grenoble a été la cible de ces activistes d’Alliance citoyenne qui, de d’Aubervilliers à Lyon, essaient d’imposer le port du voile partout et jusque dans les bassins. Leur combat visant à installer par la force et le refus du règlement le burkini dans les piscines publiques a été très médiatisé et, là, le maire n’a rien eu à dire sur le sexisme revendiqué par ce signe qui fait de la femme un être sale et inférieur.

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Tout comme les écologistes politiques trichent en faisant du nucléaire, le mal absolu alors que les trajectoires identifiées par le GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique s’appuient sur une part de nucléaire dans la stratégie énergétique, l’écologie politique se fourvoie en croyant qu’elle fera progresser la cause des femmes en réaménageant les espaces urbains et en faisant la promotion de l’écriture inclusive. Le pire c’est qu’elle le sait parfaitement et c’est justement parce qu’elle a renoncé à mener la lutte pour l’égalité qu’elle s’achète une conscience en tenant un discours sur le genre. Et si pour EELV la volonté de « dégenrer », loin d’être une étape dans la lutte pour l’égalité, n’en symbolisait que l’hypocrite abandon ?

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