Interrogé hier lors de l’interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a semblé plutôt satisfait des résultats de la France face au Covid-19. Dans la lutte contre le virus, la France a pourtant perdu un temps précieux avant de rétablir des contrôles aux frontières, comme le préconisait l’OMS dès le 16 février. Quand la désinvolture rejoint l’idéologie, les citoyens trinquent.


Il faudrait « éviter la circulation des gens qui viennent des endroits qui sont des foyers d’épidémie ». Le 26 février 2020, Marine Le Pen émet ce qu’il faut bien appeler un truisme lors de la matinale de France Inter. Elle propose ce que la France fera trois semaines plus tard : restaurer des contrôles aux frontières.

« L’OMS n’a jamais recommandé de fermer les frontières », rétorque le jour même l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, dans Ouest France. Le faire reviendrait à « enfreindre les recommandations internationales ». Restreindre la libre circulation des personnes pour freiner le Covid est « une fausse bonne idée », tranche LCI le 13 mars 2020, trois jours avant que la mesure entre en œuvre. C’est un « faux remède », « nationaliste et xénophobe », persiste à penser Le Monde du 10 avril. Le 29 avril, c’est l’apothéose. Le quotidien Les Échos tient la preuve scientifique que les contrôles aux frontières sont inutiles, pour ne pas dire stupides. Selon une étude française, « l’épidémie ne serait pas venue directement de Chine ou d’Italie ». Le virus circulait déjà chez nous à bas bruit quand il est apparu au grand jour.

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Le problème est que, selon les auteurs de l’étude, Les Échos l’ont interprétée de travers (voir encadré). Quant à Flahault, il joue sur les mots. Fin février, au moment où il s’exprime, l’OMS n’a certes pas préconisé la fermeture totale, qui n’existe nulle part, même en Corée du Nord, mais elle a demandé aux États d’instaurer des contrôles sanitaires stricts à tous les points d’entrée sur leur territoire, avec détection et mise à l’isolement des malades potentiels ! Ces recommandations datent du 16 février. Elles sont toujours disponibles sur le site de l’OMS[1]. Pendant un mois, la France n’a donc tenu absolument aucun compte de ces neuf pages de conseils de bon sens. Par désinvolture, sous-estimation du problème et manque de moyens, le tout pimenté d’une bonne dose d’idéologie – Donald Trump et Marine Le Pen étaient pour, il fallait donc être contre –, la restauration temporaire des contrôles aux frontières est devenue la décision à ne surtout pas prendre face au Covid. Jusqu’à ce que l’Allemagne la prenne le 16 mars, suivie par la France le lendemain, ainsi que par l’UE pour ses frontières extérieures. Cela ne posait aucun problème juridique, les traités européens prévoyant depuis les origines des exceptions à la libre circulation pour raisons sanitaires.

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À cette date, près de 70 pays, dont la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, avaient déjà renforcé sans états d’âme les barrières à l’entrée sur leur territoire. Les deux premiers pays ont enregistré proportionnellement trente à quarante fois moins de morts du Covid que le troisième, ce qui suggère que contrôler les arrivées ne suffisait pas. Il fallait aussi le faire tôt.

Trois à quatre semaines de perdues

En France, non seulement les autorités ont perdu du temps, mais elles le savaient. Pendant la dernière semaine de février et les deux premières semaines de mars, il y a eu une valse-hésitation consternante. Audrey (prénom changé) travaille dans une école de commerce de Bretagne. Une étudiante devait arriver d’Italie du Nord début mars, raconte-t-elle. « L’agence régionale de santé nous a demandé de la placer en quarantaine, au motif qu’elle venait d’une zone à risque. Cette jeune fille avait voyagé de Milan à Paris en avion, avec des dizaines d’autres passagers, puis en train. À aucun moment elle n’avait été contrôlée. L’ARS nous demandait en définitive d’assurer le travail qui n’avait pas été fait aux frontières. » 15 000 voyageurs en provenance d’I

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