Une analyse économique de Jean Messiha, Délégué National du Rassemblement National et Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française


La crise sera grave. Très grave. Le président de la République l’a admis lui-même le 2 juillet devant la presse quotidienne régionale. Les dizaines de milliards déversés sur les entreprises et les ménages (chômage partiel, plans sectoriels, abandons ou reports de charges selon les cas) ne sont pas durables. Car ils ne sont pas tenables. Il va bien falloir que cela s’arrête un jour. Non seulement nos déficits atteignent déjà des niveaux invraisemblables, mais de nombreuses mesures de revalorisation sectorielles sont en cours – personnels soignants, enseignants – et on ne voit pas pourquoi d’autres catégories sociales s’estimant lésées ne viendraient pas bientôt se joindre au cortège.

Une rentrée apocalyptique?

Les entreprises l’ont bien compris. Constatant une reprise molle de la consommation et de l’investissement, des altérations pérennes de modèle économique induites par des changements de comportement des consommateurs, elles alignent plans sociaux sur plans sociaux. Le secteur de la distribution a été le premier à tirer (La Halle, Célio, Camaieu, Orchestra-Prémaman, etc.). Mais le transport (Air France), l’industrie (Airbus et Renault et toute leurs chaines de sous-traitance, de même que Nokia et tant d’autres) ne sont pas en reste. Une cascade, un Niagara d’emplois supprimés qui touchera des grands groupes mais aussi une myriade de TPE-PME qui meurent, elles, sans faire de bruits. Un désastre à venir. « Une rentrée apocalyptique » écrivait le 3 juillet Marc Landré patron du service économique du Figaro, quotidien qui n’est pas en opposition frontale à Jupiter.

L’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples

Le nouveau gouvernement prépare un plan de relance, parait-il fortement axé sur la transition écologique, et devrait conditionner un modeste effort en faveur de l’industrie à une forte baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour un secteur qui en émet 22% du total. Le chômage explose, des millions de familles vont se retrouver dans une souffrance sociale inouïe, nos déficits atteignent des sommets himalayens ; mais sous la pression des « Verts », la priorité ce sont les gaz à effets de serre dont nous sommes à l’échelle européenne un assez modeste contributeur par tête d’habitant.

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La priorité est ailleurs. Nous avons un problème immédiat : celui de la fonte des fonds propres de nos entreprises, et en particulier de nos TPE-PME, due aux pertes considérables subies pendant la crise. Nous l’avons traité dans une tribune intitulée « Recapitalisons l’entreprise France », parue le 6 juin dans Causeur. La réponse du gouvernement à cette menace est parcellaire et incomplète, avec certes des plans sectoriels, mais aucune stratégie globale.

CICE: un bilan mitigé

Mais nous savons aussi que notre pays souffre d’un problème structurel non-résolu (outre sa lancinante trilogie malheureuse et coûteuse  « immigration, identité, insécurité ») : le manque de compétitivité de son économie, due en particulier à un coût du travail qui n’est pas grevé par le niveau – du reste modéré – des salaires, mais par des charges sociales très élevées dès que l’on dépasse le SMIC. SMIC qui n’est pas le salaire de référence dans l’industrie, secteur clé pour notre redressement global.

Les 20 milliards du CICE avaient été un effort substantiel pour réduire ce fardeau. Mais avec une erreur fondamentale : n’y attacher aucune conditionnalité en termes de créations d’emplois, en particulier sur les moyennes et grandes entreprises dont la « contribution » à la délocalisation et la désindustrialisation du pays a été forte. Le bilan s’en est trouvé plus que mitigé. Hausse des dividendes, hausse de salaires pour les plus qualifiés, investissements à l’étranger, renforcement des marges et de la trésorerie et certes, concédons-le, des recrutements ici ou là. Mais les experts ont eu le plus grand mal à trouver un lien entre ces milliards payés par la collectivité et la forte création nette d’emplois attendue. Et pour cause…

Ayant compris que les Français ne se feraient plus avoir avec des baisses de cotisations sociales sans contreparties solides, le patronat, MEDEF en tête, s’attaque désormais aux « impôts de production » qui représenteraient 72 milliards d’euros et constitueraient un grave désavantage concurrentiel par rapport à nos grands rivaux économiques dont l’Allemagne. De quoi parle-t-on ?

  • D’environ 4 milliards d’euros de Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés basée sur le chiffre d’affaires et pesant plutôt sur les moyennes et grandes boites que les petites qui financent les régimes d’assurance vieillesse des travailleurs non-salariés des professions artisanales, industrielles et commerciales (les « indépendants » pour faire simple) ;
  • D’environ 40 milliards de Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), de Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), de Taxe sur le Foncier Bâti et de taxes foncières diverses que doivent acquitter la plupart des entreprises qui constituent ensemble une des sources majeures de financement de nos collectivités locales ;
  • Une myriade de petites taxes pour 4,5 milliards d’euros ;
  • Et enfin 26 milliards d’euros de charges liées la masse salariale dont le « versement transport » pour plus de 7 milliards qui contribue à financer nos transports publics.

Il est indiscutable que les entreprises françaises sont, au titre de ces divers impôts, sensiblement plus taxées que leurs concurrentes européennes (ne parlons même pas de l’Asie) et que cette surcharge explique une bonne part de nos problèmes économiques, surtout depuis l’abandon du Franc, monnaie ajustable, pour l’euro, monnaie fixe.

Le mouvement national doit écouter et demander des comptes aux gros industriels

Le patronat réclame 30 milliards d’euros de baisse de ces fameux impôts de production, affirmant la main sur le cœur qu’avec ce nouvel effort de la nation, colossal vous en conviendrez, la France redeviendra compétitive et que nous pourrons enfin entrer dans un cycle vertueux de créations d’emplois, de croissance et, in fine, de nouvelles recettes fiscales pour la collectivité.

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Ce chiffre n’est pas une hérésie en soi. Mais ces 30 milliards, il faudra les trouver sous forme de baisse de dépenses publiques un peu partout, de hausses d’impôts sur les ménages (toujours les mêmes) ou en creusant la dette devenue la solution « magique ». Problème : aucune de ces sources de financement n’est, à juste titre, acceptable pour une majorité de Français. Au-delà de la problématique financière, il n’est plus tolérable pour l’opinion de s’engager comme avec le CICE dans un processus de « donnant-reçu » et non de « donnant-donnant ». Où partiraient ces milliards ? Nous n’en savons rien. Il y aura sans doute des entreprises vertueuses qui, avec ces économies, investiront et recruteront dans notre pays. Mais combien d’autres, souvent les plus grandes, engagées depuis des années dans une logique d’arbitrage des coûts salariaux et des avantages fiscaux en Europe et dans le monde, empocheront le « cadeau » et en feront ce qu’elles voudront ?

Le mouvement national doit entendre la demande du monde économique français pour un allègement du poids fiscal qui pèse sur lui et aisément justifiée par les comparaisons faites par les instituts statistiques les plus sérieux. Mais il doit aussi expliquer à ce patronat et tout particulièrement aux grandes entreprises, aux ETI ainsi qu’aux « grosses PME » (plus de 50 salariés) que le temps n’est plus à la naïve confiance dans la vertu des mécanismes de marché, dans la croyance aux théories du « ruissellement » et autres sornettes.

La main invisible, qui peut encore y croire?

Le temps de l’État stratège est revenu, avec ses moyens qui peuvent être considérables, mais aussi ses exigences. Car l’État œuvre pour le bien public.  Nous vivons encore dans la théorie, certes modernisée et rhabillée, de la « main invisible d’Adam Smith » pour qui l’intérêt général se confond avec les sommes des intérêts individuels. Or l’histoire économique et sociale de ces dernières décennies a clairement montré que la concentration des richesses et du pouvoir aux mains d’une petite oligarchie mondialiste et mondialisée, servie par des classes politiques complices ou aveugles, pouvait largement nuire aux intérêts des nations et des peuples. De sorte que la stratégie de redressement de la France doit être pilotée et l’argent public consacré à cette grande mission doit être fléché vers ce qui sert le plus au pays : l’emploi. Pas d’emplois nets créés par l’entreprise, pas d’aides publiques. C’est clair, net et précis. Et c’est à prendre ou à laisser !

On nous répondra « complexité, bureaucratie, contraintes, lourdeur, ingérence, etc. ». L’éternelle antienne du laisser-faire, laisser-passer des libéraux, rajeunie dans un « donnez-nous l’argent, on saura quoi en faire ! ». L’hypothèse libérale de base d’un antagonisme viscéral entre le public et le privé doit être battue en brèche. La vérité est qu’il y aura bien assez d’entreprises et de patrons pour comprendre l’enjeu enthousiasmant de ce nouveau pacte productif et social et créer une dynamique vertueuse et autoentretenue.

Les élections cruciales de 2022 seront l’occasion pour les Français de faire un choix entre deux modèles. L’un toujours mondialiste, euro-fédéraliste, libre-échangiste, immigrationniste et insouciant aux immenses déséquilibres financiers du pays. L’autre tenant de l’échange juste et équilibré, favorable au retour de souverainetés nationales trop facilement abandonnées à la souveraineté européenne, rempart contre certaines immigrations au bilan très contestable et attaché au retour de nos équilibres financiers gages de l’indépendance de la France.

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