La question carcérale est toujours évacuée par nos gouvernements, à cause d’une impasse idéologique


Par une décision en date du 8 juillet 2020, la Cour de Cassation tire les conséquences de la condamnation prononcée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre la France le 30 janvier 2020. La France s’était vue condamnée pour les conditions indignes de détention dans plusieurs centres pénitentiaires et maisons d’arrêt.

Cette décision rend donc immédiatement effective la possibilité pour tout juge national d’appliquer la décision européenne, en libérant tout prisonnier qui serait considéré comme subissant des conditions de détention indignes.

D’après l’Observatoire International des Prisons, au 30 janvier 2020, 39 établissements pénitentiaires français étaient considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des Droits de l’Homme. Ces traitements dégradants ou inhumains tiennent essentiellement à une surpopulation carcérale qui a pu monter jusqu’à 140% avec parfois 3 ou 4 détenus dans neuf mètres carrés et des matelas à même le sol…

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Si les conditions exceptionnelles liées à la crise du Covid ont entraîné une chute importante du nombre de détenus (environ 13 000 en moins début mai sur un total de 72500 le 16 mars), il reste que la décision de la Cour de Cassation constitue une rupture tout à fait spectaculaire dans le laisser-aller qui semblait devoir s’éterniser sur ce problème.

La France obligée de se pencher sur son problème

Certes, la possibilité de libérer immédiatement un prisonnier sur cette base peut susciter des craintes. Malgré tout on ne peut que s’en féliciter. D’abord parce que tout condamné a le droit d’être traité humainement, c’est l’honneur de notre civilisation. Ensuite, parce que cette décision éclaire de façon crue la grande lâcheté de nos gouvernants.

Si la France a des prisons indignes, cela peut s’expliquer d’un point de vue idéologique : la France a honte de ses prisons. Non parce qu’elles imposent des conditions dégradantes aux détenus. Après tout, c’est un problème tout à fait soluble si l’on s’en donne les moyens. Non, ce dont elle a honte, c’est de l’existence même de ces prisons.

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