S’il est lucide et s’il a bien en tête les immenses dégâts occasionnés depuis 40 ans par la haute fonction publique dans la conduite du pays, et encore dernièrement dans la gestion désastreuse du Covid-19, le président dispose aujourd’hui d’une occasion unique de réformer la France de fond en comble et de la faire entrer enfin dans le XXIe siècle. 


Personne n’a encore expliqué aux Français ce qui risque de leur arriver en cas de faillite effective de leur pays, comme en Argentine ou en Grèce. Chez nous, les milliards continuent de couler à gros bouillons au point qu’on peut voir un jeune ministre socialiste inconséquent faire le beau devant les médias en annonçant la distribution de six milliards d’euros pour augmenter les salaires dans la fonction publique hospitalière. Ou un ministre expérimenté, le plus jacobin de tous, façon archéo-gaulliste époque Pierre Guillaumat, en charge de l’Économie distribuer à tout-va des dizaines de milliards sous condition de ne plus licencier ou de ne pas payer sur le sol français, même temporairement, des ouvriers polonais appartenant pourtant à une seule et même grande entreprise française

L’énorme machine à perdre, qui a encore étalé les trous béants de son système de gestion dans la crise sanitaire, est repartie vers des profondeurs inconnues à ce jour depuis l’effondrement du pays en juin 1940. Le danger est immense de continuer à gérer la France comme elle l’a été pendant ces quarante dernières années par un État boulimique et obèse, irresponsable et impuissant, manipulé par des hauts fonctionnaires économiquement incompétents et idéologiquement sectaires, sans volonté ni courage, incapables de faire face à des syndicats réactionnaires destructeurs et des corporations momifiées. 

Comme à l’époque des taxis de la Marne 

Continuer à jeter des pelletées de charbon dans la chaudière vorace de la locomotive étatique conduirait immanquablement à la ruine et à des malheurs incalculables. Emmanuel Macron, quel que soit son nouveau gouvernement – il en faut bien un pour s’occuper de la paperasse ordinaire –, a devant lui une opportunité unique : éviter la descente aux enfers du « modèle français » vers un modèle italien, puis espagnol, pour finir en bas du toboggan comme une Argentine exsangue ou une Grèce écœurée, croulant sous le poids de leur dette et incapables de gérer leurs horreurs sociales. Par exemple, en Grèce, la baisse drastique des retraites et des traitements des fonctionnaires. En somme, comme le général Foch à l’époque des taxis de la Marne (« Ma droite est enfoncée, ma gauche cède, tout va bien, j’attaque ! »), il s’agit pour le président de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer enfin aux grands dysfonctionnements du pays, tant qu’il a une majorité à l’Assemblée nationale ou tant qu’il peut déclarer l’état d’urgence nationale comme il a déclaré l’état d’urgence sanitaire le 23 mars dernier. 

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Et d’abord soutenir vraiment, au lieu de continuer à donner des leçons et à accabler de contraintes supplémentaires, les entrepreneurs qui sont dans la situation du tiers-état en 1789 : ils portent sur leur dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical) alors qu’ils sont les seuls capables de créer les richesses dont le pays a un besoin vital pour s’en sortir. Et les seuls à même de créer de vrais emplois. On prévoit actuellement dans certains cercles bien informés, mais en chuchotant, que la part du système étatique dans le PIB, qui était de 56,5% fin 2019, pourrait monter jusqu’à 65%, ne laissant plus qu’un tiers du PIB au secteur privé. Un rêve d’étatiste français, époque Louis XIV avec son colbertisme triomphant. 

Un chantier colossal 

Les communistes soviétiques avaient imposé chez eux, de force, une dictature du prolétariat. Les hauts fonctionnaires français veulent-ils vraiment nous infliger par la méthode douce une dictature du fonctionnariat ? C’est pourtant ce qui risque d’arriver si le président laisse filer les vrais problèmes, pour des raisons purement électorales (sa réélection en 2022), comme tous ses prédécesseurs l’ont fait depuis plus de 40 ans. 

C’est aujourd’hui et pas demain qu’il faut commencer à s’attaquer à la montagne des problèmes français. Finis les aménagements de bordures, les mesurettes, les vaticinations d’opérette, les demi-tours permanents et les faux semblants d’une Convention citoyenne qui n’a de citoyenne que le nom. Le chantier est colossal et un big-bang s’impose. 

Nous avons élu un président libéral, oui ou non?

Quelques exemples non limitatifs des réformes de fond qu’il faudrait entreprendre d’urgence avec méthode et fermeté : 

– Réduire clairement le mille-feuille territorial en supprimant par exemple les départements et les cantons et en réduisant à moins de 10 000 par des fusions systématiques toutes les entités administratives locales, communes et communautés de communes. 

– Réduire de moitié le nombre des députés et le ramener de 577 à 280, dès la prochaine législature. Quant au Sénat, le fusionner avec le Conseil économique (CESE), et ramener le tout à 280 titulaires au maximum. 

– Abolir le statut des fonctionnaires qui date de 1946, sauf en matière régalienne stricte, et interdire tout recrutement dans la fonction publique pendant cinq ans, sauf cas très particuliers cautionnés par un ministre de plein exercice. Supprimer tous les cumuls de mandats et interdire aux fonctionnaires de s’engager en politique, sauf à avoir démissionné préalablement de la fonction publique, sans retour possible à la case départ. 

– Supprimer tous les régimes spéciaux dans un délai raisonnable, ainsi que la quasi-totalité des primes attribuées aux fonctionnaires afin qu’ils aient comme tout le monde un salaire complet correspondant à leur poste et à leur travail effectif. 

– Pousser à 65 ans le départ à la retraite de tous les citoyens dans un délai de cinq ans pour le privé et de dix ans pour les fonctionnaires, en attendant le passage inéluctable pour tous à 67 ans. 

– Commencer à détricoter l’écheveau invraisemblable des 600 000 ou 700 000 normes – personne n’a jamais réussi à les compter – qui étouffent le système économique en général et le secteur privé et libéral en particulier. 

– Suspendre pendant cinq ans le droit de grève pour tous les salariés payés par des fonds publics ou parapublics et supprimer toutes les subventions publiques versées à des syndicats sous quelque forme que ce soit. Abolir le monopole syndical dans les élections professionnelles et instituer un contrat de travail unique avec une période d’essai de trois mois, renouvelable deux fois. 

– Démonter complètement le système paritaire dans l’économie sociale tel qu’il est appliqué aujourd’hui, grâce auquel des sommes considérables entrent dans les caisses des syndicats, y compris des syndicats patronaux qui ont trahi leur cause en étant les complices des syndicats destructeurs de valeur dans les entreprises. Et, dans la foulée, faire voter une loi pour obliger ces syndicats enragés à un véritable service minimum. 

– Abroger les diverses lois sur les 35 heures ainsi que le système des RTT. Supprimer le SMIC ainsi que l’application du Code du travail jusqu’à sa complète réécriture en moins d’un an sur un maximum de 100 pages. 

– Privatiser toutes les entreprises dans lesquelles l’État n’a rien à faire, à commencer par France Télévision et Radio France, en ne conservant qu’une seule chaîne de télévision (France 2 ?) et une seule radio (France Inter ou France Culture ?). Et, bien entendu, supprimer le CSA, cette anomalie stalinienne. 

– Instituer un « blocage » fiscal pendant trois ans : plus aucun impôt ou aucune taxe ne seraient créés ou augmentés pendant cette période, excepté la TVA et la CSG exclusivement en cas de force majeure. 

– Supprimer les tribunaux administratifs dans lesquels l’administration est à la fois juge et partie et amenée à se juger elle-même, une véritable hérésie judiciaire. Refonder complètement tout le système judiciaire en commençant par la suppression de la Cour de justice de la République et du Parquet national financier. Couper le lien de dépendance des parquets avec l’exécutif. 

Révolutionner la façon de gouverner 

Toutes ces réformes dont certaines peuvent apparaître comme très brutales ne sont pourtant que le début d’une liste beaucoup plus longue car tout est à refaire dans notre pays complètement ankylosé. Au stade où nous en sommes, rappelons-nous les mots devenus célèbres d’Abraham Lincoln prononcés en 1860 devant le Congrès des États-Unis à l’occasion de son élection à la présidence. 

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« Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l’épargne, Vous ne pouvez pas donner de la force au faible en affaiblissant le fort, Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l’employeur, Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes, Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche, Vous ne pouvez pas éviter les ennuis en dépensant plus que vous ne gagnez, Vous ne pouvez pas forger le caractère et le courage en décourageant l’initiative et l’indépendance, Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes. » 

On comprend mieux ce qu’il nous reste à faire ! Une révolution dans la façon de gouverner. Bon courage, monsieur Macron ! Si vous y arrivez en ayant dit la vérité aux Français, vous aurez de fortes chances d’être réélu en 2022 et vous entrerez par la grande porte dans les livres d’Histoire. Sinon, la décadence de votre pays sera irréversible avec les conséquences extrêmes que cela entrainera pour vos concitoyens.

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