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Matthieu Grimpret: dessine-moi une école

La bienveillance est le nouveau maître-mot de l’Éducation nationale. Sous son diktat, le bien-être des élèves passe avant leur instruction. Un « psychosystème » que dénonce Matthieu Grimpret dans Bullshit bienveillance.


L’avachissement français commence dès le plus jeune âge, sur les bancs de l’école. Sur les décombres de l’éducation soixante-huitarde est née une nouvelle vision, une nouvelle doctrine pédagogique qui s’est muée en dictature : le « bien-être ». L’école n’a plus pour objectif principal d’apprendre à lire, écrire et compter. Sa priorité est désormais d’enseigner la « bienveillance » à des élèves qui peuvent ainsi laisser libre cours à leurs émotions, leurs pulsions et leur narcissisme. Cela porte un nom : la psychologie positive. Et quand le prof est sommé de jouer au psy en classe, il n’y a plus personne pour jouer au prof.

Matthieu Grimpret dénonce ce « psychosystème » dans un livre édifiant[1]. Ce n’est pas un pamphlet, se défend-il d’emblée, mais une enquête, une somme de témoignages, un document brut. Ce qui le rend d’autant plus explosif. En vingt ans de carrière, ce professeur – qui a aussi bien enseigné en filière professionnelle qu’à Sciences-Po – a assisté à la désagrégation de la transmission des savoirs au bénéfice (relatif) de ce pseudo-épanouissement. C’est le drame qu’il pointe : pour ne pas traumatiser de pauvres « apprenants », selon la terminologie officielle, on leur en apprend de moins en moins. Le niveau s’effondre mais victoire, l’élève a gagné le droit au bien-être! Et le commandement vient d’en haut, comme le prouve ce rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 : « Le premier enjeu que l’école doit relever est de mettre le bien-être des élèves au centre des initiatives innovantes. » Que cette docte sentence émane des comptables de la Rue Cambon a de quoi surprendre. « L’enseignement primaire : une organisation en décalage avec les besoins de l’élève » : le titre donne une idée de l’ampleur du phénomène. Après avoir été un centre d’endoctrinement idéologique, « l’école est en train de devenir un “tiers-lieu” (notion woke à la mode) à mi-chemin entre le spa et le cabinet du psy », souligne Grimpret. Selon une prof à la retraite, c’est même pire : les mandarins de la Rue de Grenelle ont laissé place à des « laborantins ». Des experts autoproclamés en sciences de l’éducation qui expérimentent leurs méthodes dites révolutionnaires sur des « cobayes » – les enfants. Et de pédagogisme en pédagogisme se dessine une tendance évidente : nul attachement à la transmission du savoir universel, mais une intention politique. Pour les pédagogues, des activistes, « le métier d’instruire est non une cause finale mais une cause instrumentale. Ils se lancent dans l’enseignement pour “changer la vie”, selon le fameux slogan socialiste des années 1970 et 1980. »

Qu’on se rassure, Grimpret ne prône pas le mal-être des élèves ! Mais fort de son expérience, il constate qu’on ne peut enseigner et apprendre « dans la bienveillance ». Il constate aussi que le sens de l’effort et de la discipline, valorisé dans des pans entiers de la culture populaire, du sport aux émissions de télé (« Danse avec les stars », « Top chef », etc.), n’a plus droit de cité dans l’enceinte scolaire. Et le pire, c’est que toute cette bienveillance est vaine : en plus d’être de moins en moins instruits, les jeunes Français n’ont jamais eu une santé mentale aussi fragile.

222 pages


[1] Bullshit bienveillance, Magnus, 2025.

Quand la panique des «progressistes» menace la démocratie

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Macronie: l’agonie tranquille


Le délitement : un mot dont même Libération a empli sa une, ce week-end. Pour l’avoir employé en avril 2021 pour qualifier l’état du pays, d’anciens généraux avaient été jugés, par le pouvoir, coupables d’affoler l’opinion. Depuis, le pire a été atteint.

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit !

La France n’est plus dirigée. L’effondrement serait un terme plus juste. Tôt ce lundi, le chef de l’État s’est envolé pour l’Égypte, afin de feindre là-bas une utilité dans la libération, obtenue ce matin par Donald Trump, des derniers otages du Hamas. Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit, a bricolé hier soir un gouvernement bis-Cornu, fait de brics et de brocs dilatoires. Pour sa part, le président des LR, Bruno Retailleau, découvre qu’il n’est pas suivi par six parlementaires de son groupe, attirés par le bloc central en dépit de son propre retrait.

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Ce monde politique n’a qu’une préoccupation : éviter que les Français donnent leur avis sur la débandade. Mais quand un homme n’est pas cru il est cuit, aurait dit Pierre Dac. Plus les ombres s’agitent plus elles s’effacent. L’inutilité d’un système se démontre quand son immobilisme ne produit que des désordres. Or, dans sa rage à s’accrocher à ses postes, la macronie en perd la tête. Dimanche, Emmanuel Macron a de nouveau menacé la Russie de « payer le prix » de son « obstination guerrière », en attisant un affrontement qui lui permettrait l’union autour de son Moi-Moi-Moi. Philippe de Villiers le constate dans son nouveau livre Populicide (Fayard): « Le régime politique actuel de la France n’est plus une démocratie et encore moins un Etat de droit. La France (…) glisse vers la République policière, où les moyens de l’Etat ne servent plus (…) qu’à protéger le pouvoir lui-même contre sa propre population ». Ceux qui veulent faire taire les citoyens deviennent despotiques.

M. Retailleau doit clarifier la position de son parti

La colère irrationnelle que suscite, chez des LR, la perspective d’une victoire de Marine Le Pen et de ses alliés lors d’une prochaine législative, oblige ce parti à clarifier ses positions. Entendre Jean-François Copé (LR), hier à midi sur RTL, parler du RN comme d’un « danger absolu » et d’une « catastrophe » tient du registre pavlovien plus que de l’analyse rationnelle. Dans l’union des droites qui se précise, M. Retailleau va devoir dissiper plus clairement des ambiguïtés sur ses propres attirances. D’autant que cette hystérie contre le RN est d’abord commune aux « progressistes » qui voient leur monde s’effondrer.

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La panthéonisation de Robert Badinter, jeudi soir, est d’ailleurs venue clore symboliquement l’hégémonisme d’un demi-siècle de sociale-démocratie. La panique est telle, dans cet univers idéologique qui se meurt, que la réforme des retraites, seule avancée du quinquennat, est prête à être remise en question par M. Lecornu pour amadouer les socialistes dans leur menace de censure immédiate.

La peur gagne les perdants. Elle laisse voir les intolérances de ces « démocrates » qui veulent faire taire les électeurs. Se pose dès à présent la question de leurs réactions en cas de victoire d’une droite souverainiste à l’élection présidentielle.

Le chantage aux troubles de rues pourrait être l’arme ultime de la gauche faillie.

Populicide

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Crime sans châtiment?

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Dans La disparition de Josef Mengele, Kirill Serebrennikov signe un film sombre et magistral qui retrace la fuite misérable du médecin d’Auschwitz à travers l’Amérique du Sud. Une déchéance glaciale…


Argentine, 1956. Au moment où « Gregor » s’apprête, muni d’un énorme couteau, à couper le gros gâteau sur lequel un petit serveur latino, en guise de déco, vient de planter le drapeau à croix gammée, une invitée plaisante : « il sait faire. N’oublions pas qu’il est chirurgien ». La défaite consommée, dans cet entre soi d’anciens nazis confortablement repliés à Buenos Aires, le Führer reste idolâtré, et l’on rêve encore du retour du Reich millénaire – une question de temps ?

Fuite pathétique

« Gregor », plus tard, s’appellera « Peter », puis « Pedro ». Ces fausses identités dissimulent Josef Mengele, l’ « ange de la mort » d’Auschwitz, auteur d’atroces expériences médicales sur les déportés juifs. L’homme est recherché par toutes les polices, et par le Mossad en particulier.

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Tiré du roman éponyme d’Olivier Guez (Prix Renaudot 2017), La disparition de Josef Mengele n’est pas le récit d’une traque, mais au contraire celui de la fuite pathétique du criminel, jusqu’à la noyade, en 1979, à Embu, sur une plage non loin de Sao Paulo, de celui qui se cachait sous le nom de Wolfgang Gerhard. Dans le rôle, le comédien allemand August Diehl  – déjà SS dans Inglourious Basterds (2009), la comédie macabre de Tarantino, mais il a aussi incarné Karl Marx dans un autre film, ou encore, ailleurs, l’architecte Walter Gropius. Grande figure du théâtre, Diehl vient d’emprunter les traits du prince danois dans Hamlet/fantômes, au théâtre du Châtelet, sous la direction du même Kirill Serebrennikov, encore plus fameux comme metteur en scène lyrique que comme cinéaste, Russe exilé désormais, comme l’on sait, à Berlin depuis quelques années, et opposant déclaré au régime de Poutine.

Pour en revenir à Mengele, cette farce tragique du déni, de la déréliction, de la misère physique et morale d’un homme est captée dans un somptueux noir et blanc qui renvoie, en quelque sorte, à une archive intemporelle, mais également au cinéma d’Orson Welles  (cf. Le Criminel, 1946) : l’on voit vieillir par étapes (grimage particulièrement réussi), l’ex-tortionnaire dans ses refuges successifs, de l’Argentine au Brésil, en passant par le Paraguay, chaque jour plus atteint de paranoïa, pris dans l’étau inexorable du déclin, et rattrapé par le châtiment d’une errance sans issue. Apprenant l’exécution d’Eichmann en Israël, en 1962, Mengele verra le nœud coulant se resserrer sur lui. Mais la protection d’anciens nazis lui permettra de disparaître pendant une bonne dizaine d’années, abrité au Brésil chez des fermiers hongrois. Episode qui, ramassé dans le présent film, donne lieu à des scènes d’anthologie !

Acteurs extras

En 1977, Rolf (Max Bretschneider), son fils né en 1944 d’un premier mariage viendra, muni d’un faux passeport – un ‘’Mengele’’ ne saurait franchir aucune frontière ! – rejoindre au Brésil celui qui n’est plus alors qu’un vieillard éructant, aigri, valétudinaire, survivant au milieu de ses bergers allemands. Rolf repartira sans être parvenu à arracher à son père l’aveu d’une quelconque culpabilité, ou d’un remord. Là encore, dialogue et direction d’acteur extraordinaires.

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Si le scénario, pour en montrer le caractère implacable, juxtapose habilement les périodes en cassant la chronologie, Serebrennikov ménage au spectateur, au cœur du long métrage, une surprise horrifique : passant sans prévenir à la couleur, quelques séquences nous dévoilent d’abord le Mengele jeune, batifolant ou s’accouplant avec sa tendre épouse aryenne. Mais surtout, toujours en couleur, comme exhumées de ces pellicules amateur de format carré, rayées par le temps, et qu’on regarde ensuite en famille, d’autres séquences sont supposées avoir été filmées à Auschwitz : telle cette petite phalange musicale de nains en tenues de gala, contraints de se produire devant leurs bourreaux, dans un passage chanté de Lohengrin. Ou cette scène d’équarrissage du cadavre encore frais d’un infirme dont les praticiens viennent de mesurer au compas les malformations… Pas de rédemption pour le disparu Mengele.


La disparition de Josef Mengele. Film de Kirill Serebrennikov. Avec August Diehl, Max Bretschneider, David Ruland… Allemagne/France, couleur, 2025. Durée: 2h16
En salles le 22 octobre 2025

A lire: La Disparition de Josef Mengele, roman de Olivier Guez. 237p. Grasset, 2017. À l’occasion de la sortie du film, le livre est réédité en Livre de Poche.


Un océan sépare les deux passagers d’un cargo


Excellent ! Il n’est pas courant d’être aussi laudatif à propos d’un roman. Pourtant, que dire d’autre à propos de Au creux de la vague, dernier roman d’Alain Bron. Celui-ci a réussi son coup. Il nous donne un texte fort bien écrit, vif, qui, d’un bout à l’autre, tient le lecteur en haleine. Les personnages et les dialogues sonnent vrais ; les atmosphères vous enveloppent. La narration, simple, vous surprend. Et un humour irrésistible imbibe et rafraîchit cet opus singulier.

Tout les oppose

Alain Bron nous invite à suivre pas à pas Jacques Perrot, écrivain parisien, qui, un beau matin, décide de réaliser son rêve d’enfance : embarquer sur un cargo pour traverser l’Atlantique et gagner l’Amérique. Chez lui, point de challenge et encore moins de performance. « Mon plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule à merveille », songe-t-il. Voilà qui est dit. Rien d’étonnant ici ; Jacques n’est pas forcément un gagnant, lui qui considère sa vie comme une litanie de mauvaises options. « Lorsque, dix ans auparavant, il avait eu à se décider entre deux éditeurs, il avait jeté son dévolu sur l’un (par copinage) et écarté l’autre (par intuition). Force était de constater que son soi-disant flair s’était lourdement fourvoyé. Tandis que l’éditeur choisi, faute d’un bon distributeur, se battait pour ne pas mettre la clé sous la porte, l’autre caracolait en tête des ventes, raflait deux à trois prix par an, et menait grand train dans les salons les plus en vue. »

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Qu’importe ; il fonce en covoiturage vers Marseille, embarque sur le SooYun Pedro, un porte-conteneurs d’une flotte armée par la compagnie Reederei Konrad Heitz GmbH qui bat pavillon allemand. À bord, il constate qu’il n’est pas le seul passager ; Benjamin Brandt a eu la même idée que lui. Il se révèle d’abord peu loquace et peu sympathique. Ils parviennent tout de même à faire connaissance. L’homme se dit Suisse, protestant, fils de pasteur et informaticien. Ils mangent ensemble, discutent, ne sont jamais d’accord. Jacques vient de trouver en Benjamin son absolue antinomie ; tout les oppose. Le premier, d’une gauche humaniste ; le second, d’une droite extrême. Ils devront faire avec, c’est-à-dire effectuer la traversée de l’océan ensemble. Les nouvelles de la terre sont peu nombreuses. Ils apprennent les attentats de Charlie Hebdo ; ceux-ci nourrissent un peu plus le conflit entre les deux passagers. Le Suisse se montre aussi intraitable à l’endroit des migrants qui dérivent sur les embarcations de fortune. Jacques n’en croit pas ses oreilles.

Au fil des jours, Benjamin devient de plus en plus mystérieux. Il lui confie qu’il aurait tué sa femme accidentellement en reculant au volant de sa voiture. L’écrivain en vient à se demander si l’informaticien ne serait pas mythomane… Il est sûr, en tout cas, qu’il dissimule de nombreux secrets. La dernière partie du roman, magnifiquement amenée, montrera qu’il était bien loin du compte…

Au creux de la vague, Alain Bron ; in octavo éditions, 299 p.

Bécassine, la Joconde et les Playmobil

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Du 25 septembre 2025 au 18 janvier 2026, les anciens chais de Bercy accueillent une exposition dont le but est de nous proposer une « imagerie pop et décalée » de tableaux célèbres. Il y eut la ré-écriture des œuvres littéraires, voici venu le temps de la re-peinture !


« L’art n’est pas toujours très sérieux… Même lorsque l’on parle des grands tableaux qui ont marqué l’Histoire ! D’ailleurs, le peintre français Pierre-Adrien Sollier aime rendre cet art accessible à tous, en détournant des peintures célèbres… »

La régression prend le pouvoir…

Continuons le commentaire qui accompagne ce prodige : « L’artiste présente son travail à travers une exposition ludique et gratuite, sur les murs de Bercy Village. Cette exposition intitulée Le musée détourné, compte 33 œuvres qui reproduisent des tableaux célèbres, légèrement modifiés… Tous les personnages de ces œuvres ont été remplacés par des figurines Playmobil ! Imaginez donc : la Laitière représentée par un jouet Playmobil, la Liberté guidant le peuple entourée de ces petits jouets, la Naissance de Vénus ou le portrait officiel de Louis XIV transformés par ces figurines iconiques de notre enfance… Pas besoin d’imaginer, c’est ce que l’on peut admirer à Bercy Village ! »

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Bécassine, qui n’allait pas du tout là-bas pour ça, a vu et n’en est pas revenue, ou plutôt si, mais dans une colère magistrale. L’effet de platitude est total, l’absence de lumière et de profondeur radicale, le résultat désastreux. Car que va-t-il se passer avec ce musée détourné qui est un détournement de mineurs ? L’exact contraire de ce qui est annoncé. Ce qui est annoncé ? «  L’artiste souhaite initier les enfants au monde de l’art. » Ce qui arrivera ? Lorsque les gosses verront en vrai, ou ne serait-ce qu’en reproduction, les vrais tableaux, ils s’écrieront : «  Oh, c’est comme les tableaux de Playmobil, le monsieur il a copié ! » Autrement dit, la prétention absurde de ce détournement à initier qui que ce soit à la peinture se retournera comme un gant pour ramener la vraie Joconde… aux Playmobil. Régression garantie, à l’image de cette petite voisine venue pour un anniversaire et qui, entendant Vivaldi que Bécassine avait posé sur le tourne-disque pour calmer la marmaille, s’était écriée : «  Oh, c’est la publicité pour la lessive ! » De même, Vermeer, Delacroix, Vinci et les autres feront penser aux petits jouets en plastique ! La petite voisine, elle, fut privée de gâteau au chocolat car associer Vivaldi à de la lessive n’était pas passé ; elle avait qu’à pas…

Grande foutaise

Et bien sûr, dans le prospectus qui accompagne ce carnage, les deux mamelles de la grande foutaise sont convoquées : ludisme et pédagogisme. Et pas seulement pour les enfants, non ! Pour les adultes aussi, appelés à régresser dans l’infantilisme le plus complet. Ainsi, « ces tableaux que tout le monde connaît (là, c’est pour les grands) prennent une dimension plus enfantine, mais aussi plus accessible. » Des fois que devant les vrais tableaux nous soyons par trop dépassés, on nous propose de nous renvoyer à du familier, à l’Éden perdu qui ne peut se concevoir qu’en Playmobil. Ainsi, rassérénés par nos petites figurines chéries et retrouvées, nous pourrons définitivement imaginer le Christ, Vénus et la Laitière avec la même tête couronnée de son casque en plastique… L’époque a ses couronnes d’épines qu’elle peut.

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Enfin, est-ce par hasard que cette exposition se trouve à côté d’un grand magasin de jouets ?  La réponse évidemment est non, tant la marchandisation de l’art ici est criante. Et l’on imagine aisément que l’enfant, et l’adulte appelé à le rejoindre, s’y précipiteront illico presto après avoir vu le vilain Radeau de la Méduse qui n’a jamais aussi bien porté son nom pour acheter des tas de petits bonhommes qu’ils emporteront à la maison… N’a-t-on pas là le mobile du crime ? Lequel, pour le coup, n’est pas fair-play.

Immigration: bienvenue en France-Afrique

La France est le pays européen qui accueille le plus d’immigrés africains. Le taux de fécondité élevé de ces populations dessine un bouleversement démographique rapide. Et les nombreux défis d’intégration imposés par cette situation ne se résolvent pas d’une génération à l’autre.


Disons-le tout net : il est désormais exagéré d’affirmer qu’on « ne peut pas parler de l’immigration » en France. La marée montante du réel a fini par rendre intenable le réflexe d’enfouissement qui avait prévalu sans conteste, durant trois décennies au moins, lorsqu’il s’agissait d’aborder cette question dans la majeure partie du champ médiatique ou politique. Depuis plusieurs années, le débat public cesse progressivement d’esquiver un certain nombre de questions centrales sur ce thème – à commencer par celle des nouveaux flux migratoires accueillis dans notre pays.

Augmentation spectaculaire des naissances issues d’au moins un parent né hors UE

En cette matière, le constat global du quart de siècle écoulé pourrait être résumé sous la forme d’un « triplement général ». Le nombre de premiers titres de séjour accordés chaque année à des ressortissants extra-européens a été multiplié par trois depuis la fin des années 1990. Le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État (qui sert à approcher la dynamique de l’immigration clandestine) a été multiplié par trois depuis le début des années 2000. Le nombre de bénéficiaires du droit d’asile en France a été multiplié par trois en dix ans.

Cependant, le sujet demeure aujourd’hui peu traité sous l’angle des transformations « endogènes » induites par l’immigration au sein de la population de la France. Il faut entendre par ce terme : non seulement l’impact direct des flux migratoires, mais aussi leurs effets démographiques à retardement.

La France connaît, depuis le tournant des années 2010, une rétractation rapide de son « solde naturel », c’est-à-dire de la différence entre les naissances et les décès enregistrés sur son territoire. La diminution du nombre global de nouveau-nés (qui a baissé de 20 % en quinze ans) a fait basculer ce solde dans le rouge : en 2024 et durant les premiers mois de l’année 2025, la France métropolitaine a enregistré plus de décès que de naissances. La hausse de la population générale, qui se poursuit en France malgré ce déficit, est désormais essentiellement portée par l’immigration.

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Ce portage se fait de deux façons : d’une part, par l’accélération rapide des flux entrants que nous avons décrite ; d’autre part, par l’augmentation spectaculaire de la part des naissances issues de l’immigration – spécialement extra-européenne.

Pour la première fois, en 2023, plus de 30 % des naissances enregistrées en France ont été issues d’au moins un parent né hors de l’Union européenne. Depuis l’an 2000, le nombre annuel d’enfants nés sur le territoire et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 28 % ; mais dans le même temps, les naissances issues d’au moins un parent né hors UE ont augmenté de 36 % et celles issues de deux parents nés hors UE ont augmenté de 73 %.

Du fait de la diffusion géographique toujours plus large des réalités migratoires, cette part significative de l’immigration dans les naissances est désormais une réalité visible sur l’ensemble du territoire – avec des écarts qui persistent néanmoins. En 2023, 67 % des naissances en Seine-Saint-Denis ont été issues d’au moins un parent né à l’étranger, tout comme 57 % dans le Val-d’Oise et 54 % en Essonne, contre 11 % en Vendée, 10 % en Haute-Loire ou 9 % dans le Pas-de-Calais. Parmi ces naissances dont un ou deux parents sont nés à l’étranger, neuf sur dix concernent un parent né hors UE.

Surfécondité des femmes immigrées

L’accroissement rapide de cette proportion a évidemment partie liée avec celui de la population immigrée. Mais un autre facteur entre aussi en ligne de compte, souvent considéré comme un tabou : il s’agit de ce qu’on pourrait appeler la fécondité différenciée des populations immigrées. L’analyse des chiffres de l’Insee démontre que l’indice de fécondité (exprimé en nombre moyen d’enfants) des femmes nées à l’étranger est significativement plus élevé que celui des femmes nées en France : en 2021 – dernière année pour laquelle ces données sont disponibles –, il était de 2,3 enfants par femme en moyenne pour les premières, contre 1,7 enfant parmi les secondes. En particulier, il est plus élevé de moitié chez les femmes nées au Maghreb (2,5 enfants par femme) et deux fois supérieur parmi les femmes nées en Afrique hors Maghreb (3,3 enfants) par rapport aux « natives ».

D’où vient donc cette surfécondité des femmes immigrées ? Pour une large part : des mœurs et habitudes issues de leurs pays d’origine. La France présente en effet la particularité d’accueillir, de loin, l’immigration la plus « africaine » de l’ensemble du continent européen. La part des immigrés originaires d’Afrique parmi l’ensemble de la population immigrée est, dans notre pays, trois fois supérieure à la moyenne de l’Union européenne. Parmi ces immigrés africains, six sur dix sont originaires du Maghreb, mais la plus forte poussée récente concerne la zone subsaharienne : le nombre d’immigrés venus d’Afrique sahélienne, guinéenne ou centrale a doublé en France depuis 2006.

Or, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus fécond du monde – avec un indice moyen de fécondité qui s’élève à quatre enfants par femme. Cinq des six pays du monde qui ont le plus grand nombre d’enfants par femme sont des États africains francophones. Résultat de cette structure géographique particulière de notre immigration : l’indice de fécondité des femmes nées hors de l’Union européenne est, en France, le plus élevé de toute l’Europe occidentale. Il s’élevait à 3,27 enfants par femme en 2019, soit le double des natives cette année-là.

Les études démographiques indiquent que les niveaux de fécondité des personnes d’origine immigrée ont tendance à diminuer à la génération suivante et à converger – progressivement – vers la moyenne des natifs. Toutefois, cette convergence n’est pas immédiate et ses effets sont fortement mitigés par l’accélération des nouveaux flux entrants. Cela est d’autant plus vrai que la migration en France produit des effets l’apparentant à un véritable « déclencheur de naissances ».

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L’analyse des données recueillies par le ministère de l’Intérieur sur « la fécondité des femmes primo-arrivantes », c’est-à-dire installées récemment sur le sol français, est particulièrement frappante : le pic des naissances issues des femmes immigrées se situe dès la première année après leur arrivée sur le territoire. La part de ces naissances qui ont lieu un an après leur installation est trois fois plus élevée que celle enregistrée un an avant la migration. Cet effet est particulièrement notable pour certaines origines migratoires : toutes choses égales par ailleurs, les primo-arrivantes maghrébines ont entre 20 % et 50 % plus de chances de faire un enfant dans les quatre années après leur installation que les autres primo-arrivantes – et cela vaut pour les femmes originaires de Tunisie, où l’indice local de fécondité est pourtant descendu sous les 2 enfants par femme.

D’ores et déjà, la population de la France compte plus de descendants d’immigrés de « deuxième génération » que d’immigrés au sens strict (nés étrangers à l’étranger) – lesquels sont pourtant plus nombreux que jamais, tant en volume absolu qu’en pourcentage. Huit millions de personnes qui vivent aujourd’hui en France y sont nées d’un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou du Moyen-Orient. Leur structure d’âge est beaucoup plus jeune que le reste de la population : 37 % d’entre eux ont moins de 18 ans, contre 21 % pour la population sans ascendance migratoire (selon les plus récentes données Insee pour l’année 2020, qui tendent à sous-estimer ce que peut être la situation cinq ans plus tard). En particulier, 72 % des descendants d’immigrés d’Afrique guinéenne ou centrale ont moins de 18 ans, tout comme 50 % des individus nés de parents immigrés marocains ou tunisiens.

Cette situation emporte évidemment des implications extrêmement fortes pour l’avenir démographique du pays. Celles-ci sont d’autant plus importantes que les défis de l’intégration ne se résolvent pas spontanément d’une génération à l’autre. La part des jeunes nés de parents immigrés qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est, en France, la deuxième plus élevée du monde occidental – « dépassée » par la seule Belgique.

Intégration économique désastreuse et archipellisation

Sur certains indicateurs d’intégration économique et sociale, la deuxième génération issue de certaines immigrations rencontre même des difficultés plus marquées que la première. 57 % des immigrés d’Afrique sahélienne vivent en logement social ; c’est le cas de 63 % de leurs descendants. Le taux de chômage des descendants d’immigrés algériens est plus élevé que celui des immigrés eux-mêmes, tout comme dans les populations originaires d’Afrique subsaharienne. L’effet du plus jeune âge des descendants est un facteur explicatif à prendre en compte, mais qui ne se suffit pas à lui seul. Comme l’a résumé le ministère de l’Intérieur dans sa récente réponse à une question parlementaire : « pour les descendants d’immigrés, la moitié de l’écart de chômage reste inexpliquée, et plus des deux tiers pour les immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie ».

De tels constats dessinent un bouleversement démographique rapide et déjà très engagé, qu’une simple réduction (même drastique) de l’immigration nouvelle ne saurait effacer. Cependant, et à rebours d’un certain fatalisme qui règne parfois dans le débat public : les politiques mises en œuvre aujourd’hui et dans les années à venir auront un impact décisif sur le paysage de la population française à la fin de ce siècle. Leur pilotage raisonné commande une reprise en main politique des flux migratoires, à laquelle l’opinion publique aspire désormais de façon très majoritaire ; mais aussi la mise en œuvre d’une politique familiale renouvelée et intelligente, en mesure de rétablir les équilibres démographiques nécessaires à la cohésion de notre société – à rebours de l’archipélisation en cours.

Pourquoi le peuple leur fait-il si peur?

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Régime des partis. Quand tout le monde veut sauver sa place plutôt que la France, la démocratie devient un sport d’endurance plus qu’un idéal, déplore notre chroniqueur.


Rares sont les moments où, dans une démocratie, les extrémismes ont raison.

La France Insoumise et le Rassemblement national ne réclament que la dissolution et, dans un registre différent, le départ anticipé du président de la République.

Des personnalités politiques plus modérées, notamment Jean-François Copé et Édouard Philippe, sont sur cette dernière ligne, laquelle serait programmée par le président lui-même.

Sans solution

Le président, uniquement préoccupé par la fin de son quinquennat et ne parvenant plus à maîtriser les orages qu’il a engendrés et libérés, s’obstine à refuser au peuple le droit de trancher une crise inextricable qui, sans le recours à celui-ci, pourtant, demeurera sans solution.

Ce qui est amusant, si j’ose dire, c’est la manière dont chacun recouvre d’un voile noble des intérêts et des lâchetés tout ce qu’il y a de plus ordinaires.

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Les députés Les Républicains désirent participer au gouvernement en voie de composition – pour la seconde fois – par le Premier ministre qui, bouclier d’Emmanuel Macron une fois encore, commence sans doute à se lasser de n’être plus qu’un homme de devoir. Et ils refusent la dissolution : ils sont tellement angoissés à l’idée de ne pas retrouver leur siège !

Dominique de Villepin continue à dénoncer, à fulminer, à enjoindre avec flamme et talent, mais il ne nous donne jamais le mode d’emploi; pour un responsable politique, c’est toujours le plus difficile.

Chimérique union des droites

On parle beaucoup de l’union des droites. Même si un récent propos de Jordan Bardella a fait apparaître une main tendue aux Républicains, sur le plan parlementaire, au cas où le RN n’aurait pas la majorité absolue aux prochaines élections législatives, cette perspective peut séduire, mais elle est loin de pouvoir être réalisée – et je ne m’en réjouis pas. Il nous manque un François Mitterrand de droite, un génie politique, pour l’imposer. Il nous manque un Bruno Retailleau audacieux qui, malgré une déconvenue récente que ses ennemis exploiteront, devrait être davantage persuadé qu’il est le chef de la droite, que sa victoire éclatante à la présidence lui a donné une totale légitimité, et que, faute d’un parti fort, l’union des droites ne favoriserait que le RN dominant.

Il manque à la droite extrême – Marine Le Pen et Éric Ciotti -, plutôt que de pourfendre la famille conservatrice classique, la volonté de faire des efforts et de tenter de favoriser des similitudes sur l’essentiel. Toutes les différences ne sont pas graves, mais il ne faut pas en abuser !

Il manque à la droite républicaine le courage de se libérer de l’emprise de la gauche. Celle-ci, qui n’a aucune leçon à donner, se croit autorisée à en dispenser parce que le camp adverse l’écoute et lui obéit tout en feignant de ruer dans les brancards…

Et si, face à ces péripéties extraordinaires, au lieu de prétendre leur appliquer des remèdes ordinaires, on tentait l’inouï : solliciter les citoyens, assumer la démocratie, ne pas avoir peur de ses risques et périls, mais considérer qu’elle est toujours la solution ?

Demain, celui qui sera exemplaire et peu anxieux de perdre son pouvoir en amplifiant celui du peuple, sera en bonne voie d’être élu.

Gaza: le Hamas et l’arme démographique

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Malgré les accusations récurrentes de « génocide », la population de Gaza continue de croître à un rythme soutenu. Cette dynamique, autrefois encouragée par les régimes nationalistes arabes, de Nasser à Boumediene, a depuis été reprise et amplifiée par le Hamas. Le mouvement islamiste terroriste en a fait un instrument stratégique et un rempart: en contrôlant étroitement la société, notamment les femmes, il a transformé la démographie en atout politique et militaire capital face à l’État juif. Analyse.


Deux ans après l’attaque du 7 octobre 2023, le monde reste marqué par la violence des massacres du Hamas et le traumatisme. La relance du plan Trump pour Gaza fait renaître l’espoir d’une paix fondée sur la démilitarisation et la reconstruction, mais cet horizon demeure fragile.

En deux ans de guerre, une rhétorique inversée s’est imposée : l’agresseur se présente en victime et toute riposte est qualifiée de « génocide ». Cette manipulation du langage offre implicitement au Hamas une bouée de sauvetage, lui permettant de justifier l’usage des civils comme boucliers humains, une pratique prohibée par le droit international humanitaire.

La démographie de Gaza constitue enfin un instrument politique et organisationnel. En contraignant les femmes à une natalité élevée, sans droit à l’avortement légal, le Hamas élargit sa base de recrutement et renforce sa domination sociale. Tant qu’il ne sera pas désarmé et que la vie civile restera sous sa tutelle idéologique, cela afflige toute perspective de règlement pacifique d’une complicité structurelle.

La manipulation des chiffres de victimes, notamment des femmes et des enfants, alimente une guerre de perception où la donnée se fait propagande. Or les indicateurs démographiques montrent qu’à Gaza, malgré la guerre, la population croît toujours, même depuis le 7 octobre 2023. Ce paradoxe révèle l’ambiguïté d’un récit qui confond tragédie et stratégie : Gaza demeure un champ de bataille médiatique autant qu’humain, où la vie elle-même devient instrument de guerre.

A lire aussi, Gil Mihaely: Gaza: Trump enferme le Hamas avec ses otages

La bande de Gaza compte aujourd’hui entre 2,1 et 2,2 millions d’habitants, dont près de 1,7 -1.8 million sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’UNRWA, et environ 400 000 habitants originaires de Gaza même. Lors de la guerre de 1948, Gaza abritait environ 250 000 personnes, dont 200 000 réfugiés venus d’autres régions de la Palestine mandataire, et seulement 50 000 habitants originaires de Gaza même.

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Pendant sept décennies, la population de Gaza a été multipliée par plus de huit, la croissance étant encore plus marquée chez les réfugiés que chez les habitants originaires de Gaza. À l’échelle régionale, le nombre total de réfugiés palestiniens est passé d’environ un million en 1948 à près de 5,9 millions aujourd’hui, soit une augmentation nettement supérieure à celle observée chez d’autres populations réfugiées dans le monde. Ce paradoxe démographique, caractérisé par une population dite réfugiée en expansion continue malgré les guerres successives de 1967, 1973, 2008, 2014, 2021 et 2023, met en lumière le mystère d’une croissance à la fois singulière et persistante.

Le statut de réfugié accordé à environ 200 000 Palestiniens installés à Gaza en 1948 soulève une question demeurée largement ignorée. En 1947, l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, l’Irak, le Liban et le Yémen ont rejeté le plan de partage de la Palestine adopté par l’ONU et choisi la voie militaire contre la création d’Israël. Leur défaite en 1948 marqua un tournant, mais les gouvernements arabes n’en tirèrent pas les conséquences politiques, notamment sur la question des populations déplacées. Dans d’autres contextes conflictuels, les États concernés ont assumé leurs responsabilités et intégré certaines populations, comme les métis aux Pays-Bas après l’indépendance de l’Indonésie ou les Indiens par le Royaume-Uni après leur expulsion d’Ouganda.

À l’inverse, l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen n’ont pas intégré les réfugiés à la suite de la guerre de 1948. Seule la Jordanie accorda la nationalité à une partie d’entre eux, tandis que l’Égypte, sous le règne du roi Farouk, administra la bande de Gaza sans naturaliser les quelque 200 000 réfugiés qui s’y étaient installés.

En 1952, le roi Farouk fut renversé par un coup d’État militaire mené par Nasser. Sous Nasser, Gaza devint un instrument d’influence et de contrôle. Comme l’a écrit Hannah Arendt, « dans le totalitarisme, tout devient possible » : la logique du régime nassérien associa politique et surveillance. Des enseignants et fonctionnaires égyptiens furent envoyés sur place, officiellement pour y travailler, mais en réalité dans le cadre d’un exil déguisé destiné à éloigner les opposants au régime.

L’UNRWA, censée être une agence internationale indépendante, dut néanmoins composer avec les autorités locales et, de fait, se conformer à leurs exigences. Elle enregistra comme réfugiés les populations présentes. Aujourd’hui encore, de nombreux « Gazaouis », y compris plusieurs dirigeants du Hamas, se revendiquent Egyptiens. Yasser Arafat lui-même, né au Caire sous le nom de Mohammed Abdel Raouf al-Qudwa, n’apprit jamais véritablement l’arabe levantin et conserva, jusqu’à la fin de sa vie, l’accent et les tournures propres à l’arabe égyptien.

Par conséquent, le régime nassérien fut le premier à structurer, de manière indirecte, une dynamique démographique à Gaza en y stabilisant une population sous administration égyptienne. Cependant, il ne fut pas le seul à exercer une influence durable sur cette évolution. Dès les années 1960, plusieurs États arabes pétroliers, parmi lesquels l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Libye, recrutèrent massivement des enseignants, techniciens et cadres issus principalement de Syrie, du Liban, de Jordanie et des territoires palestiniens, sans accorder une attention particulière aux Gazaouis. Par ailleurs, la politique de Nasser consistant à envoyer du personnel égyptien vers Gaza engendra un chômage élevé, notamment parmi les diplômés, poussant les Gazaouis à chercher du travail à l’étranger.

Quand Boumediene organisait la fuite des cerveaux gazaouis

En revanche, le régime algérien de Houari Boumediene, connu pour son slogan « avec la Palestine, juste ou injuste », fit de l’accueil de réfugiés palestiniens, notamment de Gaza, un instrument de sa politique dite « d’arabisation », c’est-à-dire de défrancisation culturelle. Il aurait sollicité la direction de l’Organisation de libération de la Palestine, sous Ahmad Chouqairi puis sous Yasser Arafat, afin d’obtenir des listes de diplômés, principalement originaires de Gaza, pour les recruter comme enseignants en Algérie.

Boumediene, qui en Algérie encourageait la natalité pour des motifs chauvinistes, créa un climat où le recrutement des Gazaouis fut discrètement favorisé. Ces derniers furent incités à adopter le modèle nataliste, à la fois par la culture ambiante et par les avantages matériels. Mieux rémunérés que dans leur territoire d’origine et vivant dans un pays au coût de la vie bien inférieur, ils furent poussés, souvent de manière implicite, à fonder des familles nombreuses. Cette politique associa la fécondité arabe à une revanche symbolique sur Israël, dans une Algérie marquée par l’expulsion de sa population juive et un climat d’antisémitisme et de racisme anti-français dont le régime ne s’est jamais entièrement affranchi.

Quant au Hamas, bien avant même sa prise de contrôle de Gaza et dans les zones A et B, la législation locale suivait les cadres juridiques hérités de l’Égypte et de la Jordanie : le code pénal égyptien appliqué à Gaza et le code pénal jordanien en vigueur dans les zones A et B. Ces deux régimes interdisent strictement l’avortement, sauf en cas de danger grave pour la vie de la mère.

Depuis 2007, le Hamas applique une interprétation particulièrement rigoureuse de ces lois. Il exerce une surveillance étroite sur les femmes et poursuit les médecins soupçonnés de pratiquer des avortements. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Al-Mezan, ont signalé les effets de cette politique sur la santé et la dignité des femmes, souvent contraintes de recourir à des pratiques clandestines dans des conditions précaires. Cette situation fait peser un danger sur toute femme qui cherche à s’émanciper du discours théologique du Hamas, lequel appelle à la natalité même au prix de la création de familles très nombreuses.

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Cette politique s’inscrit également dans une logique de contrôle démographique : le Hamas cherche à maintenir un taux de natalité élevé, perçu comme un levier stratégique face à Israël. Ce contrôle du corps féminin, exercé sous la contrainte et la menace, révèle une instrumentalisation politique de la maternité au service des objectifs du mouvement et du renforcement de ses brigades armées.

Des prédicateurs religieux, des figures du nationalisme arabe et même certaines personnalités qualifiées de libérales ou modérées ont présenté la croissance démographique comme une arme stratégique du conflit. L’image de la « bombe démographique » s’est progressivement imposée dans les médias arabes. Dans un entretien diffusé le 11 mars 2009 sur Al Jazeera, Boutros Boutros-Ghali, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’ONU, théorise la fin de « l’État juif » dans un délai de vingt à trente ans sous l’effet de la dynamique démographique.

Cette rhétorique a fait de la natalité un enjeu idéologique majeur, partagé par les nationalistes et les islamistes. Les acteurs internationaux devraient inclure la dimension démographique dans les négociations, afin de protéger les droits des femmes, notamment à Gaza, de garantir le droit à l’avortement, de freiner l’instrumentalisation politique de la croissance démographique et de réformer les politiques familiales de manière adaptée pour répondre aux objectifs d’une paix durable et équilibrée.

Emmanuel Macron, chef d’État et figure influente au sein du Conseil de sécurité et de l’Union européenne, a plaidé pour la reconnaissance d’un État de Palestine, estimant qu’un État unique serait majoritairement arabe, sans voir que cette évolution démographique a été en partie fabriquée. Une approche plus prudente est nécessaire pour l’avenir du Moyen-Orient.

Utopie et tragédie

Un prix très élevé. Plus de 1 900 prisonniers palestiniens devront être relâchés par Israël, en échange de la libération des otages israéliens encore en vie retenus par le Hamas. Huguette Chomski Magnis dénonce l’inaction de la «communauté internationale» face aux crimes du 7 octobre 2023 commis contre Israël, accusant l’ONU et une partie du monde d’avoir inversé les rôles entre victimes et bourreaux pour légitimer le terrorisme islamiste. La Secrétaire générale du Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme en appelle à une mobilisation morale et universelle contre cette dérive.


La veille, le pire s’était produit : invasion, massacres, assassinats de familles entières, viols accompagnés de tortures, outrages aux vivants et aux morts, enlèvement massif et déportation de civils – enfants, femmes et hommes de tous âges.
Beaucoup de ces crimes avaient été filmés par leurs auteurs.
Le 8 octobre 2023 le Conseil de Sécurité se réunit en urgence sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour condamner l’agression subie par Israël et réclamer la libération immédiate, inconditionnelle, de tous les otages.
Les ONG présentes à Gaza, Croix-Rouge en tête, exigèrent de rendre immédiatement visite à ces otages, menaçant de cesser toute intervention si on n’accédait pas à leur demande.
Dans le monde entier les manifestations massives se succédaient pour condamner le Hamas et exiger la libération des otages.
Les rues de Paris ne désemplissaient pas, on alla dénoncer les complices du terrorisme en manifestant devant les ambassades du Qatar et de la République Islamique d’Iran, devant la Mission de Palestine.
La Cour Pénale Internationale fut saisie en urgence par le Conseil de Sécurité pour crime d’agression et soupçon de crimes contre l’humanité.
Elle se réunit promptement et après enquête accélérée, des mandats d’arrêt internationaux furent émis contre les dirigeants du Hamas et des autres organisations terroristes ayant participé aux atrocités du 7 octobre, où qu’ils se trouvent.
La mobilisation en solidarité avec les victimes du 7 octobre ne faiblissait pas.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU lança enfin un ultimatum au Hamas, au Djihad Islamique, au Fatah et au FPLP : tous les otages devaient être libérés sous 48 heures.
L’ONU se préparait déjà à l’envoi de Casques Bleus pour libérer les otages, détruire l’arsenal accumulé par les organisations terroristes et les tunnels dont Gaza était truffé.

Non, bien sûr, rien de tout ceci ne s’est produit.

Il faut passer par l’utopie pour énoncer ce qui aurait se produire dans un monde normal et essayer de faire prendre conscience de l’ampleur de la faute commise par la « communauté internationale. »

Rétablir la vérité c’est d’abord bien établir les responsabilités. Celle de l’ONU, non seulement impuissante face au terrorisme islamiste mais complice de celui-ci, est écrasante.

L’inversion victimaire et accusatoire sous-tend le narratif dominant.

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Pour mieux effacer les crimes contre l’humanité, à visée génocidaire, du 7 octobre, on a eu recours au plus pervers et au plus efficace des stratagèmes : transformer les victimes en coupables, accusées du plus grave des crimes, le génocide.

Au nom de cette calomnie, on attaque dans le monde entier des Juifs de tous âges – petit génocidaire, va !

La tragédie est à son comble quand au trauma de la victime, individu ou peuple, s’ajoute non seulement la souffrance de sa solitude dans l’indifférence du monde mais encore l’injustice qui la désigne comme bourreau !

Jamais le Hamas n’aurait pu y parvenir seul mais le Qatar et l’Iran ont su, diplomatie de l’arrosage du premier et de la prise d’otages du second aidant, l’ériger en dogme qui fonde le discours dominant et disculpe le terrorisme islamiste.

La prise d’otages est le piège absolu auquel il n’existe PAS de bonne réponse.

Comme les lycéennes nigérianes chrétiennes, les otages israéliens ont été abandonnés aux terroristes islamistes.

Mais s’il n’y a jamais eu de mobilisation pour Boko Haram, il y en a eu une, délirante, pour le Hamas !

Kfar Saba, Israël, 12 novembre 2023 © Ariel Schalit/AP/SIPA

Des méthodes fascistes sont employées pour intimider, exclure, faire la chasse aux Israéliens et aux sionistes, réels ou supposés.

L’étendard omniprésent est panarabe, il date de la révolte de 1916 contre l’empire ottoman, attisée par l’Angleterre. Recyclé en « drapeau de la Palestine » à la fin des années 60 quand la volonté contrariée du monde arabe de détruire Israël et les Juifs s’est astucieusement muée en « cause palestinienne. »

Ce qui se joue n’est pas que l’avenir de cette région de l’Orient compliqué, mais la légitimation universelle du terrorisme et de la prise d’otages.

Victorieuse, elle validerait la torture et la cruelle humiliation de civils kidnappés jusque dans leurs lits.

Elle validerait l’impunité des pires criminels, terroristes dûment condamnés, échangés contre des otages innocents.

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Offrant un boulevard à toutes les organisations terroristes, elle préparerait de nouvelles prises d’otages, dans le monde entier, clé de la libération d’assassins.

L’enjeu n’est pas, comme on l’entend souvent, la survie de l’Occident mais bien celle de l’humanité, celle des valeurs universelles contre lesquelles s’acharne l’islam politique.

Les personnalités qui osent aller à contre-courant en s’opposant à l’apologie du terrorisme et de l’antisémitisme, font preuve d’un très grand courage.

Exposant leurs carrières et même leurs vies, elles se comptent sur les doigts de quelques dizaines de mains.

Elles expriment pourtant la voix de la majorité silencieuse.

Soutenons-les, relayons leur parole, brisons le silence, rassemblons-nous autour d’elles et nous deviendrons une majorité active, cohérente dans la résistance au terrorisme.

Odieux visuel de sévices publics: ma guerre est déclarée

Exemples à l’appui, Gilles-William Goldnadel explique pourquoi il fustige les chaînes publiques françaises chaque jour que Dieu fait.


Je suis un obsédé assumé. J’ai confessé cette obsession depuis longtemps. Pire même : Je m’en vante. Ma guerre contre l’audiovisuel de service public, je ne sais même plus quand je l’ai débutée. Sur mon compte X, qui a déjà dix ans d’âge, je me présente comme « Décodeur patenté de France Inter ». Pourquoi ? À dire le vrai, je ne sais pas faire le départ entre mon indignation de principe de voir des médias, que je paye à travers la redevance, colonisés par l’extrême-gauche, et mon énervement personnel quotidien d’y entendre des idées que je combats et des désinformations manifestes sur des thématiques affinitaires qui me sont chères. Une chose est certaine, mais nul n’est obligé de me croire : si, par hypothèse hardie, la TV et la radio d’Etat étaient colonisées par mon camp, cela m’indignerait tout autant, et je me battrais pour que d’aucuns puissent y dire ce que je déteste entendre.

À ce stade théorique, passons à la partie pratique. Pour prendre mon lecteur à témoin de mon obsession et de ses bonnes raisons, je voudrais lui faire connaître, entre mille, ce que j’ai consigné pendant une semaine prise au hasard avec déraison sur X :

11 septembre 2025:  « L’affaire Cohen ne semble pas avoir complexé la radio gauchiste de sévices publics. La nouvelle préposée à la revue de presse Nora Hamadi, admiratrice de Tondelier, adore citer Mediapart, l’Huma ou Libé. Elle n’a pas trouvé un article contre le Hamas.»

12 septembre 2025 : « Ali Baddou recevait ce matin Jean-Noël Barrot. Il le presse de questions choisies d’auditeurs concernant des sanctions vs Israël. En revanche, il ne songe pas à l’interroger sur l’Algérie, qui a pris en otages Boualem Sansal et un journaliste. »

13 septembre 2025 : « France Inter 9h : reportage sur Tommy Robinson à charge. Qui omet d’indiquer que les immenses manifestations de Londres sont nées de la dissimulation médiatique de milliers de viols de jeunes filles blanches de la classe ouvrière par des gangs pakistanais. »

A ne pas manquer, Didier Desrimais: Chronique d’un scandale politico-médiatique dont France Inter se serait bien passé

14 septembre 2025 : « C’est France Inter qui a porté la pétition contre la loi Duplomb, annonçant chaque jour sa progression. Elle n’a pas dit un mot sur la pétition de Philippe de Villiers pour un référendum contre l’immigration invasive. »

15 septembre 2025 : « Structure d’une émission de sévices publics. Reportage à Gaza : Le Gazaoui critique Israël. Reportage en Israël : L’Israélien critique Israël. »

16 septembre 2025 : « A 8h22 sur France Inter, la journaliste du Monde Ivanne Trippenbach relaie ce fake infect que Charlie Kirk aurait déclaré que les femmes noires étaient moins intelligentes que les autres. »

17 septembre 2025 : « Ce matin Pierre Haski, chroniqueur de France Inter, vient de commettre son 8201 ème édito contre Israël. »

18 septembre 2025 : « Question à Delphine Ernotte : Si CNews est « d’extrême-droite », comment appeler la chaîne de sévices publics France 24, qui emploie toujours (sans protestations de France Inter) le journaliste Fady Hanouna, qui veut « brûler les juifs comme Hitler » ? Radio nazie ? »

Voilà, maintenant vous connaissez mon obsession. J’ai écouté pour vous gracieusement les signes disgracieux, non seulement d’une désinformation partisane mais, encore davantage dans ses émissions de distraction, d’une véritable décérébration intellectuelle. Je n’ai en réalité qu’un ennemi : la tentative sournoise de me voir financer malgré moi l’hégémonie d’une seule idéologie.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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Matthieu Grimpret: dessine-moi une école

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Matthieu Grimpret © Editions Magnus

La bienveillance est le nouveau maître-mot de l’Éducation nationale. Sous son diktat, le bien-être des élèves passe avant leur instruction. Un « psychosystème » que dénonce Matthieu Grimpret dans Bullshit bienveillance.


L’avachissement français commence dès le plus jeune âge, sur les bancs de l’école. Sur les décombres de l’éducation soixante-huitarde est née une nouvelle vision, une nouvelle doctrine pédagogique qui s’est muée en dictature : le « bien-être ». L’école n’a plus pour objectif principal d’apprendre à lire, écrire et compter. Sa priorité est désormais d’enseigner la « bienveillance » à des élèves qui peuvent ainsi laisser libre cours à leurs émotions, leurs pulsions et leur narcissisme. Cela porte un nom : la psychologie positive. Et quand le prof est sommé de jouer au psy en classe, il n’y a plus personne pour jouer au prof.

Matthieu Grimpret dénonce ce « psychosystème » dans un livre édifiant[1]. Ce n’est pas un pamphlet, se défend-il d’emblée, mais une enquête, une somme de témoignages, un document brut. Ce qui le rend d’autant plus explosif. En vingt ans de carrière, ce professeur – qui a aussi bien enseigné en filière professionnelle qu’à Sciences-Po – a assisté à la désagrégation de la transmission des savoirs au bénéfice (relatif) de ce pseudo-épanouissement. C’est le drame qu’il pointe : pour ne pas traumatiser de pauvres « apprenants », selon la terminologie officielle, on leur en apprend de moins en moins. Le niveau s’effondre mais victoire, l’élève a gagné le droit au bien-être! Et le commandement vient d’en haut, comme le prouve ce rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 : « Le premier enjeu que l’école doit relever est de mettre le bien-être des élèves au centre des initiatives innovantes. » Que cette docte sentence émane des comptables de la Rue Cambon a de quoi surprendre. « L’enseignement primaire : une organisation en décalage avec les besoins de l’élève » : le titre donne une idée de l’ampleur du phénomène. Après avoir été un centre d’endoctrinement idéologique, « l’école est en train de devenir un “tiers-lieu” (notion woke à la mode) à mi-chemin entre le spa et le cabinet du psy », souligne Grimpret. Selon une prof à la retraite, c’est même pire : les mandarins de la Rue de Grenelle ont laissé place à des « laborantins ». Des experts autoproclamés en sciences de l’éducation qui expérimentent leurs méthodes dites révolutionnaires sur des « cobayes » – les enfants. Et de pédagogisme en pédagogisme se dessine une tendance évidente : nul attachement à la transmission du savoir universel, mais une intention politique. Pour les pédagogues, des activistes, « le métier d’instruire est non une cause finale mais une cause instrumentale. Ils se lancent dans l’enseignement pour “changer la vie”, selon le fameux slogan socialiste des années 1970 et 1980. »

Qu’on se rassure, Grimpret ne prône pas le mal-être des élèves ! Mais fort de son expérience, il constate qu’on ne peut enseigner et apprendre « dans la bienveillance ». Il constate aussi que le sens de l’effort et de la discipline, valorisé dans des pans entiers de la culture populaire, du sport aux émissions de télé (« Danse avec les stars », « Top chef », etc.), n’a plus droit de cité dans l’enceinte scolaire. Et le pire, c’est que toute cette bienveillance est vaine : en plus d’être de moins en moins instruits, les jeunes Français n’ont jamais eu une santé mentale aussi fragile.

222 pages


[1] Bullshit bienveillance, Magnus, 2025.

Quand la panique des «progressistes» menace la démocratie

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Sebastien Lecornu et Laurent Nuñez à L'Haÿ-les-Roses (94), le 11 octobre 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Macronie: l’agonie tranquille


Le délitement : un mot dont même Libération a empli sa une, ce week-end. Pour l’avoir employé en avril 2021 pour qualifier l’état du pays, d’anciens généraux avaient été jugés, par le pouvoir, coupables d’affoler l’opinion. Depuis, le pire a été atteint.

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit !

La France n’est plus dirigée. L’effondrement serait un terme plus juste. Tôt ce lundi, le chef de l’État s’est envolé pour l’Égypte, afin de feindre là-bas une utilité dans la libération, obtenue ce matin par Donald Trump, des derniers otages du Hamas. Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit, a bricolé hier soir un gouvernement bis-Cornu, fait de brics et de brocs dilatoires. Pour sa part, le président des LR, Bruno Retailleau, découvre qu’il n’est pas suivi par six parlementaires de son groupe, attirés par le bloc central en dépit de son propre retrait.

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Ce monde politique n’a qu’une préoccupation : éviter que les Français donnent leur avis sur la débandade. Mais quand un homme n’est pas cru il est cuit, aurait dit Pierre Dac. Plus les ombres s’agitent plus elles s’effacent. L’inutilité d’un système se démontre quand son immobilisme ne produit que des désordres. Or, dans sa rage à s’accrocher à ses postes, la macronie en perd la tête. Dimanche, Emmanuel Macron a de nouveau menacé la Russie de « payer le prix » de son « obstination guerrière », en attisant un affrontement qui lui permettrait l’union autour de son Moi-Moi-Moi. Philippe de Villiers le constate dans son nouveau livre Populicide (Fayard): « Le régime politique actuel de la France n’est plus une démocratie et encore moins un Etat de droit. La France (…) glisse vers la République policière, où les moyens de l’Etat ne servent plus (…) qu’à protéger le pouvoir lui-même contre sa propre population ». Ceux qui veulent faire taire les citoyens deviennent despotiques.

M. Retailleau doit clarifier la position de son parti

La colère irrationnelle que suscite, chez des LR, la perspective d’une victoire de Marine Le Pen et de ses alliés lors d’une prochaine législative, oblige ce parti à clarifier ses positions. Entendre Jean-François Copé (LR), hier à midi sur RTL, parler du RN comme d’un « danger absolu » et d’une « catastrophe » tient du registre pavlovien plus que de l’analyse rationnelle. Dans l’union des droites qui se précise, M. Retailleau va devoir dissiper plus clairement des ambiguïtés sur ses propres attirances. D’autant que cette hystérie contre le RN est d’abord commune aux « progressistes » qui voient leur monde s’effondrer.

A lire aussi: Alain Minc: « Il n’y a toujours pas d’alternative »

La panthéonisation de Robert Badinter, jeudi soir, est d’ailleurs venue clore symboliquement l’hégémonisme d’un demi-siècle de sociale-démocratie. La panique est telle, dans cet univers idéologique qui se meurt, que la réforme des retraites, seule avancée du quinquennat, est prête à être remise en question par M. Lecornu pour amadouer les socialistes dans leur menace de censure immédiate.

La peur gagne les perdants. Elle laisse voir les intolérances de ces « démocrates » qui veulent faire taire les électeurs. Se pose dès à présent la question de leurs réactions en cas de victoire d’une droite souverainiste à l’élection présidentielle.

Le chantage aux troubles de rues pourrait être l’arme ultime de la gauche faillie.

Populicide

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Crime sans châtiment?

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© Bac Films

Dans La disparition de Josef Mengele, Kirill Serebrennikov signe un film sombre et magistral qui retrace la fuite misérable du médecin d’Auschwitz à travers l’Amérique du Sud. Une déchéance glaciale…


Argentine, 1956. Au moment où « Gregor » s’apprête, muni d’un énorme couteau, à couper le gros gâteau sur lequel un petit serveur latino, en guise de déco, vient de planter le drapeau à croix gammée, une invitée plaisante : « il sait faire. N’oublions pas qu’il est chirurgien ». La défaite consommée, dans cet entre soi d’anciens nazis confortablement repliés à Buenos Aires, le Führer reste idolâtré, et l’on rêve encore du retour du Reich millénaire – une question de temps ?

Fuite pathétique

« Gregor », plus tard, s’appellera « Peter », puis « Pedro ». Ces fausses identités dissimulent Josef Mengele, l’ « ange de la mort » d’Auschwitz, auteur d’atroces expériences médicales sur les déportés juifs. L’homme est recherché par toutes les polices, et par le Mossad en particulier.

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Tiré du roman éponyme d’Olivier Guez (Prix Renaudot 2017), La disparition de Josef Mengele n’est pas le récit d’une traque, mais au contraire celui de la fuite pathétique du criminel, jusqu’à la noyade, en 1979, à Embu, sur une plage non loin de Sao Paulo, de celui qui se cachait sous le nom de Wolfgang Gerhard. Dans le rôle, le comédien allemand August Diehl  – déjà SS dans Inglourious Basterds (2009), la comédie macabre de Tarantino, mais il a aussi incarné Karl Marx dans un autre film, ou encore, ailleurs, l’architecte Walter Gropius. Grande figure du théâtre, Diehl vient d’emprunter les traits du prince danois dans Hamlet/fantômes, au théâtre du Châtelet, sous la direction du même Kirill Serebrennikov, encore plus fameux comme metteur en scène lyrique que comme cinéaste, Russe exilé désormais, comme l’on sait, à Berlin depuis quelques années, et opposant déclaré au régime de Poutine.

Pour en revenir à Mengele, cette farce tragique du déni, de la déréliction, de la misère physique et morale d’un homme est captée dans un somptueux noir et blanc qui renvoie, en quelque sorte, à une archive intemporelle, mais également au cinéma d’Orson Welles  (cf. Le Criminel, 1946) : l’on voit vieillir par étapes (grimage particulièrement réussi), l’ex-tortionnaire dans ses refuges successifs, de l’Argentine au Brésil, en passant par le Paraguay, chaque jour plus atteint de paranoïa, pris dans l’étau inexorable du déclin, et rattrapé par le châtiment d’une errance sans issue. Apprenant l’exécution d’Eichmann en Israël, en 1962, Mengele verra le nœud coulant se resserrer sur lui. Mais la protection d’anciens nazis lui permettra de disparaître pendant une bonne dizaine d’années, abrité au Brésil chez des fermiers hongrois. Episode qui, ramassé dans le présent film, donne lieu à des scènes d’anthologie !

Acteurs extras

En 1977, Rolf (Max Bretschneider), son fils né en 1944 d’un premier mariage viendra, muni d’un faux passeport – un ‘’Mengele’’ ne saurait franchir aucune frontière ! – rejoindre au Brésil celui qui n’est plus alors qu’un vieillard éructant, aigri, valétudinaire, survivant au milieu de ses bergers allemands. Rolf repartira sans être parvenu à arracher à son père l’aveu d’une quelconque culpabilité, ou d’un remord. Là encore, dialogue et direction d’acteur extraordinaires.

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Si le scénario, pour en montrer le caractère implacable, juxtapose habilement les périodes en cassant la chronologie, Serebrennikov ménage au spectateur, au cœur du long métrage, une surprise horrifique : passant sans prévenir à la couleur, quelques séquences nous dévoilent d’abord le Mengele jeune, batifolant ou s’accouplant avec sa tendre épouse aryenne. Mais surtout, toujours en couleur, comme exhumées de ces pellicules amateur de format carré, rayées par le temps, et qu’on regarde ensuite en famille, d’autres séquences sont supposées avoir été filmées à Auschwitz : telle cette petite phalange musicale de nains en tenues de gala, contraints de se produire devant leurs bourreaux, dans un passage chanté de Lohengrin. Ou cette scène d’équarrissage du cadavre encore frais d’un infirme dont les praticiens viennent de mesurer au compas les malformations… Pas de rédemption pour le disparu Mengele.


La disparition de Josef Mengele. Film de Kirill Serebrennikov. Avec August Diehl, Max Bretschneider, David Ruland… Allemagne/France, couleur, 2025. Durée: 2h16
En salles le 22 octobre 2025

A lire: La Disparition de Josef Mengele, roman de Olivier Guez. 237p. Grasset, 2017. À l’occasion de la sortie du film, le livre est réédité en Livre de Poche.


Un océan sépare les deux passagers d’un cargo

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Le romancier Alain Bron. DR.

Excellent ! Il n’est pas courant d’être aussi laudatif à propos d’un roman. Pourtant, que dire d’autre à propos de Au creux de la vague, dernier roman d’Alain Bron. Celui-ci a réussi son coup. Il nous donne un texte fort bien écrit, vif, qui, d’un bout à l’autre, tient le lecteur en haleine. Les personnages et les dialogues sonnent vrais ; les atmosphères vous enveloppent. La narration, simple, vous surprend. Et un humour irrésistible imbibe et rafraîchit cet opus singulier.

Tout les oppose

Alain Bron nous invite à suivre pas à pas Jacques Perrot, écrivain parisien, qui, un beau matin, décide de réaliser son rêve d’enfance : embarquer sur un cargo pour traverser l’Atlantique et gagner l’Amérique. Chez lui, point de challenge et encore moins de performance. « Mon plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule à merveille », songe-t-il. Voilà qui est dit. Rien d’étonnant ici ; Jacques n’est pas forcément un gagnant, lui qui considère sa vie comme une litanie de mauvaises options. « Lorsque, dix ans auparavant, il avait eu à se décider entre deux éditeurs, il avait jeté son dévolu sur l’un (par copinage) et écarté l’autre (par intuition). Force était de constater que son soi-disant flair s’était lourdement fourvoyé. Tandis que l’éditeur choisi, faute d’un bon distributeur, se battait pour ne pas mettre la clé sous la porte, l’autre caracolait en tête des ventes, raflait deux à trois prix par an, et menait grand train dans les salons les plus en vue. »

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Qu’importe ; il fonce en covoiturage vers Marseille, embarque sur le SooYun Pedro, un porte-conteneurs d’une flotte armée par la compagnie Reederei Konrad Heitz GmbH qui bat pavillon allemand. À bord, il constate qu’il n’est pas le seul passager ; Benjamin Brandt a eu la même idée que lui. Il se révèle d’abord peu loquace et peu sympathique. Ils parviennent tout de même à faire connaissance. L’homme se dit Suisse, protestant, fils de pasteur et informaticien. Ils mangent ensemble, discutent, ne sont jamais d’accord. Jacques vient de trouver en Benjamin son absolue antinomie ; tout les oppose. Le premier, d’une gauche humaniste ; le second, d’une droite extrême. Ils devront faire avec, c’est-à-dire effectuer la traversée de l’océan ensemble. Les nouvelles de la terre sont peu nombreuses. Ils apprennent les attentats de Charlie Hebdo ; ceux-ci nourrissent un peu plus le conflit entre les deux passagers. Le Suisse se montre aussi intraitable à l’endroit des migrants qui dérivent sur les embarcations de fortune. Jacques n’en croit pas ses oreilles.

Au fil des jours, Benjamin devient de plus en plus mystérieux. Il lui confie qu’il aurait tué sa femme accidentellement en reculant au volant de sa voiture. L’écrivain en vient à se demander si l’informaticien ne serait pas mythomane… Il est sûr, en tout cas, qu’il dissimule de nombreux secrets. La dernière partie du roman, magnifiquement amenée, montrera qu’il était bien loin du compte…

Au creux de la vague, Alain Bron ; in octavo éditions, 299 p.

Au creux de la vague

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Bécassine, la Joconde et les Playmobil

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DR

Du 25 septembre 2025 au 18 janvier 2026, les anciens chais de Bercy accueillent une exposition dont le but est de nous proposer une « imagerie pop et décalée » de tableaux célèbres. Il y eut la ré-écriture des œuvres littéraires, voici venu le temps de la re-peinture !


« L’art n’est pas toujours très sérieux… Même lorsque l’on parle des grands tableaux qui ont marqué l’Histoire ! D’ailleurs, le peintre français Pierre-Adrien Sollier aime rendre cet art accessible à tous, en détournant des peintures célèbres… »

La régression prend le pouvoir…

Continuons le commentaire qui accompagne ce prodige : « L’artiste présente son travail à travers une exposition ludique et gratuite, sur les murs de Bercy Village. Cette exposition intitulée Le musée détourné, compte 33 œuvres qui reproduisent des tableaux célèbres, légèrement modifiés… Tous les personnages de ces œuvres ont été remplacés par des figurines Playmobil ! Imaginez donc : la Laitière représentée par un jouet Playmobil, la Liberté guidant le peuple entourée de ces petits jouets, la Naissance de Vénus ou le portrait officiel de Louis XIV transformés par ces figurines iconiques de notre enfance… Pas besoin d’imaginer, c’est ce que l’on peut admirer à Bercy Village ! »

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Bécassine, qui n’allait pas du tout là-bas pour ça, a vu et n’en est pas revenue, ou plutôt si, mais dans une colère magistrale. L’effet de platitude est total, l’absence de lumière et de profondeur radicale, le résultat désastreux. Car que va-t-il se passer avec ce musée détourné qui est un détournement de mineurs ? L’exact contraire de ce qui est annoncé. Ce qui est annoncé ? «  L’artiste souhaite initier les enfants au monde de l’art. » Ce qui arrivera ? Lorsque les gosses verront en vrai, ou ne serait-ce qu’en reproduction, les vrais tableaux, ils s’écrieront : «  Oh, c’est comme les tableaux de Playmobil, le monsieur il a copié ! » Autrement dit, la prétention absurde de ce détournement à initier qui que ce soit à la peinture se retournera comme un gant pour ramener la vraie Joconde… aux Playmobil. Régression garantie, à l’image de cette petite voisine venue pour un anniversaire et qui, entendant Vivaldi que Bécassine avait posé sur le tourne-disque pour calmer la marmaille, s’était écriée : «  Oh, c’est la publicité pour la lessive ! » De même, Vermeer, Delacroix, Vinci et les autres feront penser aux petits jouets en plastique ! La petite voisine, elle, fut privée de gâteau au chocolat car associer Vivaldi à de la lessive n’était pas passé ; elle avait qu’à pas…

Grande foutaise

Et bien sûr, dans le prospectus qui accompagne ce carnage, les deux mamelles de la grande foutaise sont convoquées : ludisme et pédagogisme. Et pas seulement pour les enfants, non ! Pour les adultes aussi, appelés à régresser dans l’infantilisme le plus complet. Ainsi, « ces tableaux que tout le monde connaît (là, c’est pour les grands) prennent une dimension plus enfantine, mais aussi plus accessible. » Des fois que devant les vrais tableaux nous soyons par trop dépassés, on nous propose de nous renvoyer à du familier, à l’Éden perdu qui ne peut se concevoir qu’en Playmobil. Ainsi, rassérénés par nos petites figurines chéries et retrouvées, nous pourrons définitivement imaginer le Christ, Vénus et la Laitière avec la même tête couronnée de son casque en plastique… L’époque a ses couronnes d’épines qu’elle peut.

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Enfin, est-ce par hasard que cette exposition se trouve à côté d’un grand magasin de jouets ?  La réponse évidemment est non, tant la marchandisation de l’art ici est criante. Et l’on imagine aisément que l’enfant, et l’adulte appelé à le rejoindre, s’y précipiteront illico presto après avoir vu le vilain Radeau de la Méduse qui n’a jamais aussi bien porté son nom pour acheter des tas de petits bonhommes qu’ils emporteront à la maison… N’a-t-on pas là le mobile du crime ? Lequel, pour le coup, n’est pas fair-play.

Immigration: bienvenue en France-Afrique

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Salle de maternité dans un hôpital français © Facelly/SIPA

La France est le pays européen qui accueille le plus d’immigrés africains. Le taux de fécondité élevé de ces populations dessine un bouleversement démographique rapide. Et les nombreux défis d’intégration imposés par cette situation ne se résolvent pas d’une génération à l’autre.


Disons-le tout net : il est désormais exagéré d’affirmer qu’on « ne peut pas parler de l’immigration » en France. La marée montante du réel a fini par rendre intenable le réflexe d’enfouissement qui avait prévalu sans conteste, durant trois décennies au moins, lorsqu’il s’agissait d’aborder cette question dans la majeure partie du champ médiatique ou politique. Depuis plusieurs années, le débat public cesse progressivement d’esquiver un certain nombre de questions centrales sur ce thème – à commencer par celle des nouveaux flux migratoires accueillis dans notre pays.

Augmentation spectaculaire des naissances issues d’au moins un parent né hors UE

En cette matière, le constat global du quart de siècle écoulé pourrait être résumé sous la forme d’un « triplement général ». Le nombre de premiers titres de séjour accordés chaque année à des ressortissants extra-européens a été multiplié par trois depuis la fin des années 1990. Le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État (qui sert à approcher la dynamique de l’immigration clandestine) a été multiplié par trois depuis le début des années 2000. Le nombre de bénéficiaires du droit d’asile en France a été multiplié par trois en dix ans.

Cependant, le sujet demeure aujourd’hui peu traité sous l’angle des transformations « endogènes » induites par l’immigration au sein de la population de la France. Il faut entendre par ce terme : non seulement l’impact direct des flux migratoires, mais aussi leurs effets démographiques à retardement.

La France connaît, depuis le tournant des années 2010, une rétractation rapide de son « solde naturel », c’est-à-dire de la différence entre les naissances et les décès enregistrés sur son territoire. La diminution du nombre global de nouveau-nés (qui a baissé de 20 % en quinze ans) a fait basculer ce solde dans le rouge : en 2024 et durant les premiers mois de l’année 2025, la France métropolitaine a enregistré plus de décès que de naissances. La hausse de la population générale, qui se poursuit en France malgré ce déficit, est désormais essentiellement portée par l’immigration.

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Ce portage se fait de deux façons : d’une part, par l’accélération rapide des flux entrants que nous avons décrite ; d’autre part, par l’augmentation spectaculaire de la part des naissances issues de l’immigration – spécialement extra-européenne.

Pour la première fois, en 2023, plus de 30 % des naissances enregistrées en France ont été issues d’au moins un parent né hors de l’Union européenne. Depuis l’an 2000, le nombre annuel d’enfants nés sur le territoire et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 28 % ; mais dans le même temps, les naissances issues d’au moins un parent né hors UE ont augmenté de 36 % et celles issues de deux parents nés hors UE ont augmenté de 73 %.

Du fait de la diffusion géographique toujours plus large des réalités migratoires, cette part significative de l’immigration dans les naissances est désormais une réalité visible sur l’ensemble du territoire – avec des écarts qui persistent néanmoins. En 2023, 67 % des naissances en Seine-Saint-Denis ont été issues d’au moins un parent né à l’étranger, tout comme 57 % dans le Val-d’Oise et 54 % en Essonne, contre 11 % en Vendée, 10 % en Haute-Loire ou 9 % dans le Pas-de-Calais. Parmi ces naissances dont un ou deux parents sont nés à l’étranger, neuf sur dix concernent un parent né hors UE.

Surfécondité des femmes immigrées

L’accroissement rapide de cette proportion a évidemment partie liée avec celui de la population immigrée. Mais un autre facteur entre aussi en ligne de compte, souvent considéré comme un tabou : il s’agit de ce qu’on pourrait appeler la fécondité différenciée des populations immigrées. L’analyse des chiffres de l’Insee démontre que l’indice de fécondité (exprimé en nombre moyen d’enfants) des femmes nées à l’étranger est significativement plus élevé que celui des femmes nées en France : en 2021 – dernière année pour laquelle ces données sont disponibles –, il était de 2,3 enfants par femme en moyenne pour les premières, contre 1,7 enfant parmi les secondes. En particulier, il est plus élevé de moitié chez les femmes nées au Maghreb (2,5 enfants par femme) et deux fois supérieur parmi les femmes nées en Afrique hors Maghreb (3,3 enfants) par rapport aux « natives ».

D’où vient donc cette surfécondité des femmes immigrées ? Pour une large part : des mœurs et habitudes issues de leurs pays d’origine. La France présente en effet la particularité d’accueillir, de loin, l’immigration la plus « africaine » de l’ensemble du continent européen. La part des immigrés originaires d’Afrique parmi l’ensemble de la population immigrée est, dans notre pays, trois fois supérieure à la moyenne de l’Union européenne. Parmi ces immigrés africains, six sur dix sont originaires du Maghreb, mais la plus forte poussée récente concerne la zone subsaharienne : le nombre d’immigrés venus d’Afrique sahélienne, guinéenne ou centrale a doublé en France depuis 2006.

Or, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus fécond du monde – avec un indice moyen de fécondité qui s’élève à quatre enfants par femme. Cinq des six pays du monde qui ont le plus grand nombre d’enfants par femme sont des États africains francophones. Résultat de cette structure géographique particulière de notre immigration : l’indice de fécondité des femmes nées hors de l’Union européenne est, en France, le plus élevé de toute l’Europe occidentale. Il s’élevait à 3,27 enfants par femme en 2019, soit le double des natives cette année-là.

Les études démographiques indiquent que les niveaux de fécondité des personnes d’origine immigrée ont tendance à diminuer à la génération suivante et à converger – progressivement – vers la moyenne des natifs. Toutefois, cette convergence n’est pas immédiate et ses effets sont fortement mitigés par l’accélération des nouveaux flux entrants. Cela est d’autant plus vrai que la migration en France produit des effets l’apparentant à un véritable « déclencheur de naissances ».

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L’analyse des données recueillies par le ministère de l’Intérieur sur « la fécondité des femmes primo-arrivantes », c’est-à-dire installées récemment sur le sol français, est particulièrement frappante : le pic des naissances issues des femmes immigrées se situe dès la première année après leur arrivée sur le territoire. La part de ces naissances qui ont lieu un an après leur installation est trois fois plus élevée que celle enregistrée un an avant la migration. Cet effet est particulièrement notable pour certaines origines migratoires : toutes choses égales par ailleurs, les primo-arrivantes maghrébines ont entre 20 % et 50 % plus de chances de faire un enfant dans les quatre années après leur installation que les autres primo-arrivantes – et cela vaut pour les femmes originaires de Tunisie, où l’indice local de fécondité est pourtant descendu sous les 2 enfants par femme.

D’ores et déjà, la population de la France compte plus de descendants d’immigrés de « deuxième génération » que d’immigrés au sens strict (nés étrangers à l’étranger) – lesquels sont pourtant plus nombreux que jamais, tant en volume absolu qu’en pourcentage. Huit millions de personnes qui vivent aujourd’hui en France y sont nées d’un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou du Moyen-Orient. Leur structure d’âge est beaucoup plus jeune que le reste de la population : 37 % d’entre eux ont moins de 18 ans, contre 21 % pour la population sans ascendance migratoire (selon les plus récentes données Insee pour l’année 2020, qui tendent à sous-estimer ce que peut être la situation cinq ans plus tard). En particulier, 72 % des descendants d’immigrés d’Afrique guinéenne ou centrale ont moins de 18 ans, tout comme 50 % des individus nés de parents immigrés marocains ou tunisiens.

Cette situation emporte évidemment des implications extrêmement fortes pour l’avenir démographique du pays. Celles-ci sont d’autant plus importantes que les défis de l’intégration ne se résolvent pas spontanément d’une génération à l’autre. La part des jeunes nés de parents immigrés qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est, en France, la deuxième plus élevée du monde occidental – « dépassée » par la seule Belgique.

Intégration économique désastreuse et archipellisation

Sur certains indicateurs d’intégration économique et sociale, la deuxième génération issue de certaines immigrations rencontre même des difficultés plus marquées que la première. 57 % des immigrés d’Afrique sahélienne vivent en logement social ; c’est le cas de 63 % de leurs descendants. Le taux de chômage des descendants d’immigrés algériens est plus élevé que celui des immigrés eux-mêmes, tout comme dans les populations originaires d’Afrique subsaharienne. L’effet du plus jeune âge des descendants est un facteur explicatif à prendre en compte, mais qui ne se suffit pas à lui seul. Comme l’a résumé le ministère de l’Intérieur dans sa récente réponse à une question parlementaire : « pour les descendants d’immigrés, la moitié de l’écart de chômage reste inexpliquée, et plus des deux tiers pour les immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie ».

De tels constats dessinent un bouleversement démographique rapide et déjà très engagé, qu’une simple réduction (même drastique) de l’immigration nouvelle ne saurait effacer. Cependant, et à rebours d’un certain fatalisme qui règne parfois dans le débat public : les politiques mises en œuvre aujourd’hui et dans les années à venir auront un impact décisif sur le paysage de la population française à la fin de ce siècle. Leur pilotage raisonné commande une reprise en main politique des flux migratoires, à laquelle l’opinion publique aspire désormais de façon très majoritaire ; mais aussi la mise en œuvre d’une politique familiale renouvelée et intelligente, en mesure de rétablir les équilibres démographiques nécessaires à la cohésion de notre société – à rebours de l’archipélisation en cours.

Pourquoi le peuple leur fait-il si peur?

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Le président Macron a invité les dirigeants et les chefs de groupes parlementaires au palais de l’Élysée le 10 octobre, à l’exception du Rassemblement National et de La France Insoumise, Paris © J.E.E/SIPA

Régime des partis. Quand tout le monde veut sauver sa place plutôt que la France, la démocratie devient un sport d’endurance plus qu’un idéal, déplore notre chroniqueur.


Rares sont les moments où, dans une démocratie, les extrémismes ont raison.

La France Insoumise et le Rassemblement national ne réclament que la dissolution et, dans un registre différent, le départ anticipé du président de la République.

Des personnalités politiques plus modérées, notamment Jean-François Copé et Édouard Philippe, sont sur cette dernière ligne, laquelle serait programmée par le président lui-même.

Sans solution

Le président, uniquement préoccupé par la fin de son quinquennat et ne parvenant plus à maîtriser les orages qu’il a engendrés et libérés, s’obstine à refuser au peuple le droit de trancher une crise inextricable qui, sans le recours à celui-ci, pourtant, demeurera sans solution.

Ce qui est amusant, si j’ose dire, c’est la manière dont chacun recouvre d’un voile noble des intérêts et des lâchetés tout ce qu’il y a de plus ordinaires.

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Les députés Les Républicains désirent participer au gouvernement en voie de composition – pour la seconde fois – par le Premier ministre qui, bouclier d’Emmanuel Macron une fois encore, commence sans doute à se lasser de n’être plus qu’un homme de devoir. Et ils refusent la dissolution : ils sont tellement angoissés à l’idée de ne pas retrouver leur siège !

Dominique de Villepin continue à dénoncer, à fulminer, à enjoindre avec flamme et talent, mais il ne nous donne jamais le mode d’emploi; pour un responsable politique, c’est toujours le plus difficile.

Chimérique union des droites

On parle beaucoup de l’union des droites. Même si un récent propos de Jordan Bardella a fait apparaître une main tendue aux Républicains, sur le plan parlementaire, au cas où le RN n’aurait pas la majorité absolue aux prochaines élections législatives, cette perspective peut séduire, mais elle est loin de pouvoir être réalisée – et je ne m’en réjouis pas. Il nous manque un François Mitterrand de droite, un génie politique, pour l’imposer. Il nous manque un Bruno Retailleau audacieux qui, malgré une déconvenue récente que ses ennemis exploiteront, devrait être davantage persuadé qu’il est le chef de la droite, que sa victoire éclatante à la présidence lui a donné une totale légitimité, et que, faute d’un parti fort, l’union des droites ne favoriserait que le RN dominant.

Il manque à la droite extrême – Marine Le Pen et Éric Ciotti -, plutôt que de pourfendre la famille conservatrice classique, la volonté de faire des efforts et de tenter de favoriser des similitudes sur l’essentiel. Toutes les différences ne sont pas graves, mais il ne faut pas en abuser !

Il manque à la droite républicaine le courage de se libérer de l’emprise de la gauche. Celle-ci, qui n’a aucune leçon à donner, se croit autorisée à en dispenser parce que le camp adverse l’écoute et lui obéit tout en feignant de ruer dans les brancards…

Et si, face à ces péripéties extraordinaires, au lieu de prétendre leur appliquer des remèdes ordinaires, on tentait l’inouï : solliciter les citoyens, assumer la démocratie, ne pas avoir peur de ses risques et périls, mais considérer qu’elle est toujours la solution ?

Demain, celui qui sera exemplaire et peu anxieux de perdre son pouvoir en amplifiant celui du peuple, sera en bonne voie d’être élu.

Gaza: le Hamas et l’arme démographique

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Des Palestiniens se dirigent vers la ville de Gaza par la route Al-Rashid depuis Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, 10 octobre 2025 © Omar Ashtawy / apaimages/SIPA

Malgré les accusations récurrentes de « génocide », la population de Gaza continue de croître à un rythme soutenu. Cette dynamique, autrefois encouragée par les régimes nationalistes arabes, de Nasser à Boumediene, a depuis été reprise et amplifiée par le Hamas. Le mouvement islamiste terroriste en a fait un instrument stratégique et un rempart: en contrôlant étroitement la société, notamment les femmes, il a transformé la démographie en atout politique et militaire capital face à l’État juif. Analyse.


Deux ans après l’attaque du 7 octobre 2023, le monde reste marqué par la violence des massacres du Hamas et le traumatisme. La relance du plan Trump pour Gaza fait renaître l’espoir d’une paix fondée sur la démilitarisation et la reconstruction, mais cet horizon demeure fragile.

En deux ans de guerre, une rhétorique inversée s’est imposée : l’agresseur se présente en victime et toute riposte est qualifiée de « génocide ». Cette manipulation du langage offre implicitement au Hamas une bouée de sauvetage, lui permettant de justifier l’usage des civils comme boucliers humains, une pratique prohibée par le droit international humanitaire.

La démographie de Gaza constitue enfin un instrument politique et organisationnel. En contraignant les femmes à une natalité élevée, sans droit à l’avortement légal, le Hamas élargit sa base de recrutement et renforce sa domination sociale. Tant qu’il ne sera pas désarmé et que la vie civile restera sous sa tutelle idéologique, cela afflige toute perspective de règlement pacifique d’une complicité structurelle.

La manipulation des chiffres de victimes, notamment des femmes et des enfants, alimente une guerre de perception où la donnée se fait propagande. Or les indicateurs démographiques montrent qu’à Gaza, malgré la guerre, la population croît toujours, même depuis le 7 octobre 2023. Ce paradoxe révèle l’ambiguïté d’un récit qui confond tragédie et stratégie : Gaza demeure un champ de bataille médiatique autant qu’humain, où la vie elle-même devient instrument de guerre.

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La bande de Gaza compte aujourd’hui entre 2,1 et 2,2 millions d’habitants, dont près de 1,7 -1.8 million sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’UNRWA, et environ 400 000 habitants originaires de Gaza même. Lors de la guerre de 1948, Gaza abritait environ 250 000 personnes, dont 200 000 réfugiés venus d’autres régions de la Palestine mandataire, et seulement 50 000 habitants originaires de Gaza même.

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Pendant sept décennies, la population de Gaza a été multipliée par plus de huit, la croissance étant encore plus marquée chez les réfugiés que chez les habitants originaires de Gaza. À l’échelle régionale, le nombre total de réfugiés palestiniens est passé d’environ un million en 1948 à près de 5,9 millions aujourd’hui, soit une augmentation nettement supérieure à celle observée chez d’autres populations réfugiées dans le monde. Ce paradoxe démographique, caractérisé par une population dite réfugiée en expansion continue malgré les guerres successives de 1967, 1973, 2008, 2014, 2021 et 2023, met en lumière le mystère d’une croissance à la fois singulière et persistante.

Le statut de réfugié accordé à environ 200 000 Palestiniens installés à Gaza en 1948 soulève une question demeurée largement ignorée. En 1947, l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, l’Irak, le Liban et le Yémen ont rejeté le plan de partage de la Palestine adopté par l’ONU et choisi la voie militaire contre la création d’Israël. Leur défaite en 1948 marqua un tournant, mais les gouvernements arabes n’en tirèrent pas les conséquences politiques, notamment sur la question des populations déplacées. Dans d’autres contextes conflictuels, les États concernés ont assumé leurs responsabilités et intégré certaines populations, comme les métis aux Pays-Bas après l’indépendance de l’Indonésie ou les Indiens par le Royaume-Uni après leur expulsion d’Ouganda.

À l’inverse, l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen n’ont pas intégré les réfugiés à la suite de la guerre de 1948. Seule la Jordanie accorda la nationalité à une partie d’entre eux, tandis que l’Égypte, sous le règne du roi Farouk, administra la bande de Gaza sans naturaliser les quelque 200 000 réfugiés qui s’y étaient installés.

En 1952, le roi Farouk fut renversé par un coup d’État militaire mené par Nasser. Sous Nasser, Gaza devint un instrument d’influence et de contrôle. Comme l’a écrit Hannah Arendt, « dans le totalitarisme, tout devient possible » : la logique du régime nassérien associa politique et surveillance. Des enseignants et fonctionnaires égyptiens furent envoyés sur place, officiellement pour y travailler, mais en réalité dans le cadre d’un exil déguisé destiné à éloigner les opposants au régime.

L’UNRWA, censée être une agence internationale indépendante, dut néanmoins composer avec les autorités locales et, de fait, se conformer à leurs exigences. Elle enregistra comme réfugiés les populations présentes. Aujourd’hui encore, de nombreux « Gazaouis », y compris plusieurs dirigeants du Hamas, se revendiquent Egyptiens. Yasser Arafat lui-même, né au Caire sous le nom de Mohammed Abdel Raouf al-Qudwa, n’apprit jamais véritablement l’arabe levantin et conserva, jusqu’à la fin de sa vie, l’accent et les tournures propres à l’arabe égyptien.

Par conséquent, le régime nassérien fut le premier à structurer, de manière indirecte, une dynamique démographique à Gaza en y stabilisant une population sous administration égyptienne. Cependant, il ne fut pas le seul à exercer une influence durable sur cette évolution. Dès les années 1960, plusieurs États arabes pétroliers, parmi lesquels l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Libye, recrutèrent massivement des enseignants, techniciens et cadres issus principalement de Syrie, du Liban, de Jordanie et des territoires palestiniens, sans accorder une attention particulière aux Gazaouis. Par ailleurs, la politique de Nasser consistant à envoyer du personnel égyptien vers Gaza engendra un chômage élevé, notamment parmi les diplômés, poussant les Gazaouis à chercher du travail à l’étranger.

Quand Boumediene organisait la fuite des cerveaux gazaouis

En revanche, le régime algérien de Houari Boumediene, connu pour son slogan « avec la Palestine, juste ou injuste », fit de l’accueil de réfugiés palestiniens, notamment de Gaza, un instrument de sa politique dite « d’arabisation », c’est-à-dire de défrancisation culturelle. Il aurait sollicité la direction de l’Organisation de libération de la Palestine, sous Ahmad Chouqairi puis sous Yasser Arafat, afin d’obtenir des listes de diplômés, principalement originaires de Gaza, pour les recruter comme enseignants en Algérie.

Boumediene, qui en Algérie encourageait la natalité pour des motifs chauvinistes, créa un climat où le recrutement des Gazaouis fut discrètement favorisé. Ces derniers furent incités à adopter le modèle nataliste, à la fois par la culture ambiante et par les avantages matériels. Mieux rémunérés que dans leur territoire d’origine et vivant dans un pays au coût de la vie bien inférieur, ils furent poussés, souvent de manière implicite, à fonder des familles nombreuses. Cette politique associa la fécondité arabe à une revanche symbolique sur Israël, dans une Algérie marquée par l’expulsion de sa population juive et un climat d’antisémitisme et de racisme anti-français dont le régime ne s’est jamais entièrement affranchi.

Quant au Hamas, bien avant même sa prise de contrôle de Gaza et dans les zones A et B, la législation locale suivait les cadres juridiques hérités de l’Égypte et de la Jordanie : le code pénal égyptien appliqué à Gaza et le code pénal jordanien en vigueur dans les zones A et B. Ces deux régimes interdisent strictement l’avortement, sauf en cas de danger grave pour la vie de la mère.

Depuis 2007, le Hamas applique une interprétation particulièrement rigoureuse de ces lois. Il exerce une surveillance étroite sur les femmes et poursuit les médecins soupçonnés de pratiquer des avortements. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Al-Mezan, ont signalé les effets de cette politique sur la santé et la dignité des femmes, souvent contraintes de recourir à des pratiques clandestines dans des conditions précaires. Cette situation fait peser un danger sur toute femme qui cherche à s’émanciper du discours théologique du Hamas, lequel appelle à la natalité même au prix de la création de familles très nombreuses.

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Cette politique s’inscrit également dans une logique de contrôle démographique : le Hamas cherche à maintenir un taux de natalité élevé, perçu comme un levier stratégique face à Israël. Ce contrôle du corps féminin, exercé sous la contrainte et la menace, révèle une instrumentalisation politique de la maternité au service des objectifs du mouvement et du renforcement de ses brigades armées.

Des prédicateurs religieux, des figures du nationalisme arabe et même certaines personnalités qualifiées de libérales ou modérées ont présenté la croissance démographique comme une arme stratégique du conflit. L’image de la « bombe démographique » s’est progressivement imposée dans les médias arabes. Dans un entretien diffusé le 11 mars 2009 sur Al Jazeera, Boutros Boutros-Ghali, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’ONU, théorise la fin de « l’État juif » dans un délai de vingt à trente ans sous l’effet de la dynamique démographique.

Cette rhétorique a fait de la natalité un enjeu idéologique majeur, partagé par les nationalistes et les islamistes. Les acteurs internationaux devraient inclure la dimension démographique dans les négociations, afin de protéger les droits des femmes, notamment à Gaza, de garantir le droit à l’avortement, de freiner l’instrumentalisation politique de la croissance démographique et de réformer les politiques familiales de manière adaptée pour répondre aux objectifs d’une paix durable et équilibrée.

Emmanuel Macron, chef d’État et figure influente au sein du Conseil de sécurité et de l’Union européenne, a plaidé pour la reconnaissance d’un État de Palestine, estimant qu’un État unique serait majoritairement arabe, sans voir que cette évolution démographique a été en partie fabriquée. Une approche plus prudente est nécessaire pour l’avenir du Moyen-Orient.

Utopie et tragédie

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La foule se rassemble pour accueillir des Palestiniens arrivant en bus dans la bande de Gaza après leur libération des prisons israéliennes, dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, devant l’hôpital Nasser à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le lundi 13 octobre 2025 © Jehad Alshrafi/AP/SIPA

Un prix très élevé. Plus de 1 900 prisonniers palestiniens devront être relâchés par Israël, en échange de la libération des otages israéliens encore en vie retenus par le Hamas. Huguette Chomski Magnis dénonce l’inaction de la «communauté internationale» face aux crimes du 7 octobre 2023 commis contre Israël, accusant l’ONU et une partie du monde d’avoir inversé les rôles entre victimes et bourreaux pour légitimer le terrorisme islamiste. La Secrétaire générale du Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme en appelle à une mobilisation morale et universelle contre cette dérive.


La veille, le pire s’était produit : invasion, massacres, assassinats de familles entières, viols accompagnés de tortures, outrages aux vivants et aux morts, enlèvement massif et déportation de civils – enfants, femmes et hommes de tous âges.
Beaucoup de ces crimes avaient été filmés par leurs auteurs.
Le 8 octobre 2023 le Conseil de Sécurité se réunit en urgence sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour condamner l’agression subie par Israël et réclamer la libération immédiate, inconditionnelle, de tous les otages.
Les ONG présentes à Gaza, Croix-Rouge en tête, exigèrent de rendre immédiatement visite à ces otages, menaçant de cesser toute intervention si on n’accédait pas à leur demande.
Dans le monde entier les manifestations massives se succédaient pour condamner le Hamas et exiger la libération des otages.
Les rues de Paris ne désemplissaient pas, on alla dénoncer les complices du terrorisme en manifestant devant les ambassades du Qatar et de la République Islamique d’Iran, devant la Mission de Palestine.
La Cour Pénale Internationale fut saisie en urgence par le Conseil de Sécurité pour crime d’agression et soupçon de crimes contre l’humanité.
Elle se réunit promptement et après enquête accélérée, des mandats d’arrêt internationaux furent émis contre les dirigeants du Hamas et des autres organisations terroristes ayant participé aux atrocités du 7 octobre, où qu’ils se trouvent.
La mobilisation en solidarité avec les victimes du 7 octobre ne faiblissait pas.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU lança enfin un ultimatum au Hamas, au Djihad Islamique, au Fatah et au FPLP : tous les otages devaient être libérés sous 48 heures.
L’ONU se préparait déjà à l’envoi de Casques Bleus pour libérer les otages, détruire l’arsenal accumulé par les organisations terroristes et les tunnels dont Gaza était truffé.

Non, bien sûr, rien de tout ceci ne s’est produit.

Il faut passer par l’utopie pour énoncer ce qui aurait se produire dans un monde normal et essayer de faire prendre conscience de l’ampleur de la faute commise par la « communauté internationale. »

Rétablir la vérité c’est d’abord bien établir les responsabilités. Celle de l’ONU, non seulement impuissante face au terrorisme islamiste mais complice de celui-ci, est écrasante.

L’inversion victimaire et accusatoire sous-tend le narratif dominant.

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Pour mieux effacer les crimes contre l’humanité, à visée génocidaire, du 7 octobre, on a eu recours au plus pervers et au plus efficace des stratagèmes : transformer les victimes en coupables, accusées du plus grave des crimes, le génocide.

Au nom de cette calomnie, on attaque dans le monde entier des Juifs de tous âges – petit génocidaire, va !

La tragédie est à son comble quand au trauma de la victime, individu ou peuple, s’ajoute non seulement la souffrance de sa solitude dans l’indifférence du monde mais encore l’injustice qui la désigne comme bourreau !

Jamais le Hamas n’aurait pu y parvenir seul mais le Qatar et l’Iran ont su, diplomatie de l’arrosage du premier et de la prise d’otages du second aidant, l’ériger en dogme qui fonde le discours dominant et disculpe le terrorisme islamiste.

La prise d’otages est le piège absolu auquel il n’existe PAS de bonne réponse.

Comme les lycéennes nigérianes chrétiennes, les otages israéliens ont été abandonnés aux terroristes islamistes.

Mais s’il n’y a jamais eu de mobilisation pour Boko Haram, il y en a eu une, délirante, pour le Hamas !

Kfar Saba, Israël, 12 novembre 2023 © Ariel Schalit/AP/SIPA

Des méthodes fascistes sont employées pour intimider, exclure, faire la chasse aux Israéliens et aux sionistes, réels ou supposés.

L’étendard omniprésent est panarabe, il date de la révolte de 1916 contre l’empire ottoman, attisée par l’Angleterre. Recyclé en « drapeau de la Palestine » à la fin des années 60 quand la volonté contrariée du monde arabe de détruire Israël et les Juifs s’est astucieusement muée en « cause palestinienne. »

Ce qui se joue n’est pas que l’avenir de cette région de l’Orient compliqué, mais la légitimation universelle du terrorisme et de la prise d’otages.

Victorieuse, elle validerait la torture et la cruelle humiliation de civils kidnappés jusque dans leurs lits.

Elle validerait l’impunité des pires criminels, terroristes dûment condamnés, échangés contre des otages innocents.

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Offrant un boulevard à toutes les organisations terroristes, elle préparerait de nouvelles prises d’otages, dans le monde entier, clé de la libération d’assassins.

L’enjeu n’est pas, comme on l’entend souvent, la survie de l’Occident mais bien celle de l’humanité, celle des valeurs universelles contre lesquelles s’acharne l’islam politique.

Les personnalités qui osent aller à contre-courant en s’opposant à l’apologie du terrorisme et de l’antisémitisme, font preuve d’un très grand courage.

Exposant leurs carrières et même leurs vies, elles se comptent sur les doigts de quelques dizaines de mains.

Elles expriment pourtant la voix de la majorité silencieuse.

Soutenons-les, relayons leur parole, brisons le silence, rassemblons-nous autour d’elles et nous deviendrons une majorité active, cohérente dans la résistance au terrorisme.

Odieux visuel de sévices publics: ma guerre est déclarée

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D.R.

Exemples à l’appui, Gilles-William Goldnadel explique pourquoi il fustige les chaînes publiques françaises chaque jour que Dieu fait.


Je suis un obsédé assumé. J’ai confessé cette obsession depuis longtemps. Pire même : Je m’en vante. Ma guerre contre l’audiovisuel de service public, je ne sais même plus quand je l’ai débutée. Sur mon compte X, qui a déjà dix ans d’âge, je me présente comme « Décodeur patenté de France Inter ». Pourquoi ? À dire le vrai, je ne sais pas faire le départ entre mon indignation de principe de voir des médias, que je paye à travers la redevance, colonisés par l’extrême-gauche, et mon énervement personnel quotidien d’y entendre des idées que je combats et des désinformations manifestes sur des thématiques affinitaires qui me sont chères. Une chose est certaine, mais nul n’est obligé de me croire : si, par hypothèse hardie, la TV et la radio d’Etat étaient colonisées par mon camp, cela m’indignerait tout autant, et je me battrais pour que d’aucuns puissent y dire ce que je déteste entendre.

À ce stade théorique, passons à la partie pratique. Pour prendre mon lecteur à témoin de mon obsession et de ses bonnes raisons, je voudrais lui faire connaître, entre mille, ce que j’ai consigné pendant une semaine prise au hasard avec déraison sur X :

11 septembre 2025:  « L’affaire Cohen ne semble pas avoir complexé la radio gauchiste de sévices publics. La nouvelle préposée à la revue de presse Nora Hamadi, admiratrice de Tondelier, adore citer Mediapart, l’Huma ou Libé. Elle n’a pas trouvé un article contre le Hamas.»

12 septembre 2025 : « Ali Baddou recevait ce matin Jean-Noël Barrot. Il le presse de questions choisies d’auditeurs concernant des sanctions vs Israël. En revanche, il ne songe pas à l’interroger sur l’Algérie, qui a pris en otages Boualem Sansal et un journaliste. »

13 septembre 2025 : « France Inter 9h : reportage sur Tommy Robinson à charge. Qui omet d’indiquer que les immenses manifestations de Londres sont nées de la dissimulation médiatique de milliers de viols de jeunes filles blanches de la classe ouvrière par des gangs pakistanais. »

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14 septembre 2025 : « C’est France Inter qui a porté la pétition contre la loi Duplomb, annonçant chaque jour sa progression. Elle n’a pas dit un mot sur la pétition de Philippe de Villiers pour un référendum contre l’immigration invasive. »

15 septembre 2025 : « Structure d’une émission de sévices publics. Reportage à Gaza : Le Gazaoui critique Israël. Reportage en Israël : L’Israélien critique Israël. »

16 septembre 2025 : « A 8h22 sur France Inter, la journaliste du Monde Ivanne Trippenbach relaie ce fake infect que Charlie Kirk aurait déclaré que les femmes noires étaient moins intelligentes que les autres. »

17 septembre 2025 : « Ce matin Pierre Haski, chroniqueur de France Inter, vient de commettre son 8201 ème édito contre Israël. »

18 septembre 2025 : « Question à Delphine Ernotte : Si CNews est « d’extrême-droite », comment appeler la chaîne de sévices publics France 24, qui emploie toujours (sans protestations de France Inter) le journaliste Fady Hanouna, qui veut « brûler les juifs comme Hitler » ? Radio nazie ? »

Voilà, maintenant vous connaissez mon obsession. J’ai écouté pour vous gracieusement les signes disgracieux, non seulement d’une désinformation partisane mais, encore davantage dans ses émissions de distraction, d’une véritable décérébration intellectuelle. Je n’ai en réalité qu’un ennemi : la tentative sournoise de me voir financer malgré moi l’hégémonie d’une seule idéologie.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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