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«Fenwick»: la colère sourde de la France des gilets jaunes


«Fenwick»: la colère sourde de la France des gilets jaunes
Isabel, Athis-Mons © Léna Ichkhanian

Dans son documentaire, Léna Ichkhanian revient sur la trajectoire de quelques-uns des révoltés de la plus grosse contestation sociale des dernières années en Occident.


Au pic de la contestation des gilets jaunes en janvier 2019, l’image avait frappé : des manifestants enfonçaient la porte d’un ministère à l’aide d’un engin transpalette de la marque Fenwick. Cette marque donne le nom au film documentaire de Léna Ichkhanian, une traversée de cette France des gilets jaunes, sept ans après le mouvement qui avait fait trembler les institutions et pris de court tous les partis politiques.

Dis maman, c’était quoi un gilet jaune ?

La réalisatrice évoque un ressenti personnel à l’origine de son film : « la colère sourde qui monte autour de nous, dans les conversations, les repas de famille, les réseaux sociaux… ». Elle veut écouter cette colère et « cette quête prend racine dans une histoire intime : une mère qui était gilet jaune ». Âgée de seulement 18 ans à l’époque, elle dit avoir regardé de loin ce qui se jouait à ce moment là, mais veut dire avec son film aujourd’hui : « j’ai compris maintenant ». Léna Ichkhanian est donc allée à la rencontre des acteurs très variés de ce mouvement dans tout le pays : marginaux, fonctionnaires, CRS, retraités, ruraux, banlieusards, ingénieurs… Tous ont en commun une certaine « nostalgie » d’une séquence vécue plus comme fraternelle que violente. Certains gardent ce souvenir teinté de résignation : « la cause ne nourrit pas, la lutte ne libère pas » dit l’un d’eux, néanmoins fiers de conserver précieusement leurs anciens gilets déchirés, pleins de slogans écrits au feutre, au fond d’une malle. D’autres continuent d’occuper par petites poignées les ronds-points de leurs villes avec des combats variés sur tout et souvent n’importe quoi. Enfin, certains restent déterminés, en attente du moment qui permettra la bascule pour l’avènement d’une réelle souveraineté populaire.

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Le ministère dont la porte était enfoncée à coup de Fenwick en 2019 était celui de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qui avant de s’empêtrer dans une sordide affaire de sextape, représentait parfaitement le mépris de classe de la Macronie, lui qui moquait ouvertement les « gars qui fument des clopes et roulent en diesel ».

Se faire entendre

Cette violente attaque à coup de Fenwick est une image de l’apogée de la puissance des gilets jaunes, que revoient les protagonistes du mouvement, un peu gênés, mais quand même fiers du symbole. C’est une image que des plus jeunes regardent avec curiosité. Un jeune au pied d’une barre d’immeubles dans une cité de banlieue parisienne demande s’ils sont rentrés à l’intérieur ensuite ? Justement, non. La documentariste l’explique : « Les gilets jaunes ont seulement ouvert les portes. Ils ne sont pas rentrés. Comme un énième avertissement ». Malgré les débordements d’extrémistes, ces Français de tous bords avaient pour la majorité d’entre eux en commun la volonté de faire entendre un ras-le-bol, de faire cesser leur invisibilité, tout en respectant ce qui fait nation et même les institutions. Il faut bien admettre qu’ils n’ont pas été entendus. La caricature qui en a été faite, tant par les gouvernants de l’époque, que par les syndicats et même l’ensemble des partis politiques, a fait cesser leurs actions. La pathétique tentative de resucée du 10 septembre 2025, formalisée essentiellement par LFI, ne peut pas convenir à un mouvement aussi spontané, hétéroclite et non partisan. Seule demeure, tapis, une sourde colère. Le jeune Jordan, d’origine béninoise dont la mère lui demande surtout d’éviter de « casser, car ce n’est pas ce qu’elle lui a inculqué comme valeur », fille d’un tirailleur amoureux de la littérature française qui l’a du coup appelée Léopoldine, conclut justement : « il faut mettre la colère au bon endroit, il faut la penser, sinon c’est juste un feu qui brûle, et après ? »  

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1h12

Le film est projeté le 9 avril à 21h au cinéma Chaplin Saint Lambert à Paris (15e), et en tournée dans toute la France.



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Avocat et Docteur en droit. Auteur de « Touchdown. Journal de guerre » (Éditions Les Presses Littéraires, 2024).

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