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Police: la position du démissionnaire


Lâchés par le président de la République, les policiers sont en colère et beaucoup demandent des ruptures conventionnelles. Or, les polices municipales recrutent à tour de bras. Conséquence, une vague de départs pourrait déstabiliser la police nationale.


Ils entendaient frapper l’opinion, ils ont réussi. Le 14 décembre, un tiers des policiers de l’Isère, soit 132 agents, ont déposé une demande de rupture conventionnelle en préfecture. Il faudra des mois pour que leurs demandes soient examinées, car le ministère joue la montre (voir entretien avec Alexandre Langlois), mais il semble peu probable que leur malaise se dissipe dans l’intervalle, tant la crise est profonde. Le geste des Isérois était une réponse à l’entretien accordé par le chef de l’État à Brut le 4 décembre. Emmanuel Macron s’était longuement appesanti sur la question des violences et des contrôles au faciès. Tous les policiers de France ont compris la manœuvre : il fallait éteindre l’incendie allumé par le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler, le 21 novembre dans le 17e arrondissement, parce qu’il ne portait pas son masque. « Le coup de communication présidentiel a été très mal perçu en interne, explique un gradé marseillais. Si la police grille son crédit auprès des citoyens en faisant du contrôle sanitaire et social, c’est à la demande du gouvernement. Si en plus le chef de l’État nous reproche d’être racistes, ça ne va plus. Qui ignore encore que les étrangers et les nationaux issus de l’immigration sont surreprésentés dans la criminalité ? »

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Lâchés en direct par le chef de l’État, les policiers répliquent par l’insubordination larvée. La tendance existait déjà avant l’entretien à Brut. Le 9 juin 2020, par exemple, en pleine affaire George Floyd, la police avait été appelée en gare de Saint-Brieuc pour interpeller deux Nord-Africains agressifs, sans billets et sans papiers, que les contrôleurs voulaient faire descendre du TGV. Arrivés sur place avant le train, les policiers ont attendu une heure et demie pour agir… Et après l’interview présidentielle, les syndicats Alliance et Unité SGP-Police-FO ont appelé à passer en code 562, qui désigne le service minimum, dans le jargon maison. Passablement préoccupant pour le gouvernement : Unité SGP est son interlocuteur syndical privilégié dans la police.

Des départs vers la police municipale?

Ils râlent, mais partiront-ils? Selon nos informations, beaucoup de policiers isérois bluffaient, mais la tendance au départ est réelle. Les communicants qui ont préparé les éléments de langage du président pour son passage chez Brut n’ont peut-être pas mesuré à quel point quitter la police était aujourd’hui facile. Alors que la rupture conventionnelle est en phase de test pour tous les fonctionnaires depuis début 2020, des dizaines de maires ont fait campagne l’an dernier sur le renforcement des polices municipales et les villes recrutent à tour de bras. Non sans mal ! Clichy-sous-Bois a mis plus d’un an à trouver les huit agents qu’il lui fallait. Mi-janvier, les annonces sur le site de La Gazette des communes se comptaient par centaines : Thonon-les-Bains, Val-de-Reuil, Rennes, Vannes, Castillon-la-Bataille, Blois, Cannes… Les salaires des policiers municipaux sont fixés par une grille nationale, mais les villes surenchérissent pour attirer les candidats, promettant des primes et des heures supplémentaires. Elles font des efforts sur les horaires (moins de week-ends d’astreinte que dans la police nationale) et sur le matériel. Être plus performant que l’Intérieur dans ce registre n’est pas difficile. En 2018, la Cour des comptes relevait que près d’un véhicule de la police nationale sur quatre avait dépassé la limite d’usage (huit ans ou 170 000 km).

A lire ensuite, Yves Mamou: «Tuez-les ; Tuez-les!»… La guerre contre la police

Le véritable appel d’air reste à venir. Dernière grande ville de France sans police municipale (avec Brest), Paris lance son service ce printemps, avec plus de 3 000 recrutements à la clé. Sur le site du Huffington Post, le 19 décembre 2020, l’adjoint parisien à la sécurité, Nicolas Nordman, se paye le luxe de faire la leçon au ministère de l’Intérieur. La police parisienne sera ce que « la police nationale n’est plus », à savoir une force « présente, disponible », détenant « une connaissance précieuse du terrain », à même de créer un lien de confiance que le « gouvernement échoue à instituer » ! Rien ne dit que la majorité d’Anne Hidalgo réussira, le refus d’armer les policiers parisiens laissant très sceptiques de nombreux spécialistes, mais le diagnostic est juste : non seulement le gouvernement n’a pas restauré le lien entre la population et les forces de l’ordre, mais il a perdu la confiance de sa police.

« Islamo-gauchisme » / Génération identitaire: le nouvel «en même temps» de Macron

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En même temps la guerre à l’islamo-gauchisme, et en même temps la dissolution de Génération Identitaire: un bien mauvais calcul.


On se doutait déjà, depuis son élection, que le « en même temps de droite, en même temps de gauche » de Macron ne voulait rien dire et masquait surtout une politique qui serait économiquement de droite et, à la marge, sociétalement de gauche. Et encore ne faut-il pas être trop exigeant sur le rallongement de la durée légale de l’avortement, par exemple.

Mais cette semaine, ce « en même temps » a montré, jusqu’au grotesque caricatural, ses limites. Parce que c’est « en même temps » qu’il envoie l’habituellement invisible Frédérique Vidal déclarer la guerre à l’islamo-gauchisme et en même temps qu’il demande à Darmanin, l’homme qui trouve Marine Le Pen « trop molle », de dissoudre Génération Identitaire, ce groupuscule de jeunes gens bien coiffés, aux 4X4 rutilants, qui rêvait sans doute quand ils étaient petits, de faire douanier ou chasseur alpin.

A lire aussi: Darmanin et Le Pen sortent-ils vraiment tous deux gagnants du débat de France 2?

Sur le papier, ça vous aurait plutôt une belle allure. Un vrai beau gouvernement républicain, façon Georges Mandel, qui déclare la guerre aux factieux d’extrême-gauche et aux factieux d’extrême-droite. Mais c’est sur le papier seulement. Pour le reste, c’est surtout faire du bruit avec sa bouche parce que ça ne veut rien dire sinon que du côté du pouvoir, on prépare (mal) la présidentielle de 2022.

Auberge espagnole

L’islamo-gauchisme, c’est une auberge espagnole. Chacun y met le gloubiboulga de ses fantasmes et de ses trouilles. On peut être de gauche, mais si, et combattre sur le plan universitaire et politique des théories comme l’intersectionnalité ou ce poids de plus en plus important donné à la race contre la classe, ainsi que le montre par exemple le dernier livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Races et sciences sociales (Agone). Il n’empêche qu’un gouvernement qui s’attaque frontalement aux libertés académiques des chercheurs, c’est quelque chose que la droite de la droite adore en général par un anti-intellectualisme qui remonte au moins à l’affaire Dreyfus ou, précisément, paraît le mot pour désigner ceux qui soutenaient l’innocence du capitaine et déjà, étaient traités de complices du pouvoir occulte des Juifs et ennemis de la « race » française.

A lire aussi: Islamo-gauchisme: comment la société française en est arrivée là

Quant à Génération Identitaire, on peut être de droite, mais si, et n’entretenir aucune sympathie pour ces agités ethniques. Tout le monde sait, en plus, qu’une dissolution, à part se faire plaisir, ne sert rigoureusement à rien. Génération Identitaire n’est que l’ultime surgeon d’Unité Radicale (dont le discours à l’époque était fixé sur le complot américano-sioniste, comme quoi on change…), dissoute après la tentative d’assassinat de Chirac en juillet 2002. Bref, ils existent, mais ils ne représentent qu’eux-mêmes et ont l’importance que veulent bien leur donner des médias complaisants lors de leurs actions anti-migrants en Méditerranée ou quand ils grimpent sur le toit d’une mosquée.

Comment perdre des voix des deux côtés

Dans les deux cas, ce « en même temps » macroniste indique surtout que le  président, requis par la crise sanitaire, ne sait plus trop comment piquer des voix à Marine Le Pen sans perdre celles de la gauche dans l’abstention, face à un second tour qu’il croit écrit d’avance. Ce en quoi, il a évidemment tort. La dissolution de Génération Identitaire n’occultera jamais non seulement une attaque en règle contre la recherche universitaire qui est assez grande pour régler ses problèmes elle-même mais tout ce qui dans l’exercice du pouvoir actuel, de la répression des Gilets Jaunes à l’instrumentalisation de la laïcité, fait du macronisme un nouvel en même temps : « en même temps de droite et en même temps d’extrême-droite. »

Grande-Bretagne: La chaîne YouTube de « Talk Radio » temporairement désactivée


Il n’y a pas que les comptes de Génération identitaire ou de Marion Maréchal qui sont visés par les GAFA…


Imaginez que Sud Radio ou RMC soit temporairement bannie de YouTube. Le 5 janvier, une radio britannique a connu cette mésaventure. La plate-forme vidéo, qui appartient à Google, a fermé la chaîne de Talk Radio, qu’elle accuse d’avoir diffusé des messages contredisant les conseils d’experts sur le coronavirus. Moins de douze heures plus tard, YouTube faisait volte-face et rétablissait la radio sur sa plate-forme, expliquant qu’elle tolérait certaines exceptions à ses règles de fiabilité des informations si le contexte était pédagogique, scientifique ou artistique. La radio, qui compte environ 42 4000 auditeurs et a plus de 240 000 abonnés sur YouTube, fait partie de l’empire de Rupert Murdoch.

A lire aussi: La loi nationale doit soumettre les GAFA à la démocratie

Réglementée par Ofcom, le CSA britannique, elle utilise la plate-forme de Google – en plus d’autres médias – pour diffuser ses émissions en direct et archiver ses émissions passées. Certains de ses animateurs vedettes sont connus pour leurs critiques à l’égard des mesures de confinement du gouvernement de Boris Johnson. Pourtant, un des poids lourds du Parti conservateur, Michael Gove, figure majeure du Brexit, a condamné l’intervention de YouTube, proclamant que le gouvernement ne craignait ni le débat public ni la contradiction. Une association pour la défense de la liberté d’expression, Big Brother Watch, a comparé l’action de YouTube à la censure exercée par l’État chinois. Le tabloïd The Sun s’est empressé de citer des chaînes ouvertement racistes que YouTube n’avait pas encore bannies. Talk Radio a déclaré ne pas avoir reçu d’explication détaillée des raisons de cette censure. Comme le disait Samuel Johnson, célèbre homme de lettres du xviiie siècle et auteur du premier dictionnaire de la langue anglaise : « Parfois, la punition impose le silence, mais ne démontre pas l’erreur. »

A lire ensuite: Quand YouTube censure… Johnny Hallyday

Une vraie féministe, c’est…

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Comme il fallait aux féministes «modernes» d’autres perspectives, elles ont dérivé, au nom de l’intersectionnalité des luttes, vers des options où la crapulerie le dispute à la bêtise. Dans ce texte mordant, Florence Dugas, auteur de romans érotiques, remet les pendules à l’heure…


J’ai combattu jadis avec des féministes « historiques » qui luttaient pour le droit à la contraception et à l’avortement, et pour imposer le « À travail égal, salaire égal », à une époque où l’écart de salaire entre hommes et femmes était en moyenne de 20% — pour le même travail.

Les acquis de ces luttes ne sont plus remis en cause. Mais comme il fallait aux féministes « modernes » d’autres perspectives, elles ont dérivé, au nom de l’intersectionnalité des luttes, vers des options où la crapulerie le dispute à la bêtise.

Alors, procédons par ordre.

– Une féministe favorable au port du voile, pour les fillettes comme pour les adultes, dans la rue ou au bureau, est une ordure qui entérine l’abaissement des femmes, au cœur de l’islam wahhabite.

A lire aussi: Rencontre avec Didier Lemaire: un hussard de la République aux prises avec l’islamisme

– Une féministe qui ne dénonce pas les mutilations génitales ou la délivrance de « certificats de virginité » devrait être inculpée pour complicité de mutilations volontaires — un crime qui est puni de dix ans de prison au moins.

– Une féministe qui ne dénonce pas la polygamie, les bars ou les salons de coiffure interdits aux femmes, les quartiers quadrillés par les barbus, est une salope.

– Une féministe qui accepte les « stages racisés » organisés par les Indigènes de la République ou certains syndicats (SUD, pour ne pas le nommer) est une raciste — passible, elle aussi, des tribunaux.

– Une féministe qui croit que tous les hommes (les Blancs particulièrement) sont des violeurs devrait interroger ses fantasmes. Quant à celles qui affirment qu’un viol commis par un « racisé », à Hambourg, Le Caire ou ailleurs, n’en est pas vraiment un, car il faut le comprendre, le pauvre, elles devraient aussi interroger leur libido.

– Une féministe qui affirme que les gouines sont l’avenir de l’humanité devrait penser, outre l’absurdité de l’idée, que ses goûts la concernent et ne sont pas la vérité de la femme. A-t-elle tant de mal que ça à se recruter des copines, qu’il lui faille imposer le lesbianisme über alles ? D’autres affirment même que toute pénétration est un viol. Elles ne savent pas ce qu’elles méprisent…

– Une féministe qui croit malin de poursuivre un vieillard de 88 ans pour des faits prescrits qui se sont déroulés il y a soixante ans et ont été jugés en leur temps est une monomaniaque dont les obsessions s’interrogent.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli sur PPDA: Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle

– Une féministe arcboutée sur l’écriture « inclusive » et la féminisation urgente des titres et des fonctions, alors que tant de chantiers restent en friche, est une abrutie. Si en même temps elle est enseignante, elle devrait être révoquée pour outrage à la langue française, ce qui s’apparente à la haute trahison. Au passage, je serais curieuse de savoir comment ces grammairiennes de l’absurde féminisent « homme-grenouille ».

– Et une féministe qui revendique une parité hommes / femmes indépendamment du talent, qui n’a pas de sexe, n’a d’autre ambition que de propulser sa nullité à des postes de commandement. Sans doute veut-elle prouver, selon le Principe de Giroud (Françoise), que « la femme est vraiment l’égale de l’homme puisque désormais, sous prétexte de quotas, on désigne une femme incompétente à une fonction importante ». Et si on en restait au choix d’un individu choisi pour ses capacités, qu’il soit ou non porteur de roubignoles ?

Quant à celles qui liront ces quelques lignes et me voueront aux gémonies, qu’elles aillent se faire foutre. Vous verrez, c’est une activité passionnante, quand elle est bien menée.

Dolorosa soror. Ediz. illustrata

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Libérons nous du féminisme !

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Après avoir vérifié tous les dires de Trump, le « Washington Post » ne veut plus examiner ceux de Biden

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Les conseillers de Richard Nixon disaient que si le président marchait sur l’eau, les médias affirmeraient qu’il ne savait pas nager. Le 16 janvier, le rédacteur en chef de la rubrique Fact Checker du Washington Post, Glenn Kessler, a annoncé qu’il ne recenserait pas les supposés mensonges du président Biden, après avoir tenu quatre années durant un registre de ceux de Donald Trump : « Je suppose que la présidence Biden ressemblera à celle d’Obama et qu’ils seront réactifs et aptes à confirmer rapidement leurs affirmations. » Ce blanc-seing donné aux Démocrates et la propension des médias à dire le vrai et relever les mensonges et erreurs involontaires d’un camp, tout en couvrant certains de l’autre, témoignent d’un procès idéologique.

Le 10 décembre 2018, le Washington Post avait présenté un dispositif visant à discerner le vrai du faux dans les propos des politiques. Ce test dit du bottomless Pinocchio (Pinocchio sans fond) devait permettre de désigner les politiciens « répétant une fausse allégation tant de fois qu’ils ne pourraient qu’être engagés dans des campagnes de désinformation ». Le Post expliquait que les allégations devaient avoir obtenu trois ou quatre Pinocchios de la rubrique de vérification des faits, et avoir été répétées vingt fois pour avoir le titre de bottomless Pinocchio. Le propos semblait laisser la possibilité de faire de fausses affirmations de bonne foi non sanctionnées si elles étaient corrigées par leur auteur ; autrement dit, le test n’aurait aucune volonté de discréditer le président. Cependant, le célèbre quotidien avait alors mis en garde quant à Trump : « Il ne commet pas simplement des gaffes ou de la déformation des faits, il injecte délibérément de fausses informations dans le débat national. »

Couvrir les mensonges des démocrates et accuser Trump de mentir s’il montre leurs contradictions

Le 23 janvier, le Washington Post a donné son décompte des « déclarations fausses ou trompeuses » du président Trump : 30 573 en quatre ans, dont 503 la veille du jour de l’élection. Six mois auparavant, le 13 juillet, le quotidien de référence avait affirmé en avoir dénombré plus de 20 000. Le président Trump aurait donc encore davantage menti durant sa campagne électorale. Ainsi, le 7 octobre, le Post écrivit que Trump fabulait en assurant que Biden arrêterait la fracturation hydraulique, et il lui attribua quatre Pinocchios pour cette prétendue contre-vérité. La seule dénégation de Joe Biden fut jugée suffisante pour établir que Trump mentait, quand bien même ce dernier rappelait qu’il suffisait de consulter les enregistrements des débats des primaires démocrates prouvant ses accusations. Contrairement au Washington Post, CNN, une chaîne farouchement anti-Trump, fit un travail honnête et confirma les dires du Président sous le titre « Vérification des faits : Biden prétend faussement qu’il ne s’est jamais opposé à la fracturation hydraulique. »

© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005
© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005

En septembre dernier, le site d’analyse de tendance conservatrice RealClear Politics a contesté les vérifications du Washington Post dans un article intitulé « Non, Trump n’a pas fait 20 000 déclarations fausses ou trompeuses ». Ainsi, quand Trump affirmait que son travail avait été gêné par l’instrumentalisation du dossier inventé du Russiagate, le Post considérait que cela représentait 227 mensonges. Pour arriver à ce chiffre à partir de ce propos, le journal additionnait toutes les fois où le président l’avait tenu sans utiliser les mêmes mots, comme s’il s’agissait d’un mensonge inédit…

Biden ne ment pas, il fait des gaffes…

Ce contrôle à géométrie variable élude par ailleurs nombre de mensonges ou énormes erreurs des démocrates, parmi lesquelles l’affirmation de Joe Biden selon laquelle le Covid a tué 200 millions d’Américains, considérée comme une gaffe par les médias qui en ont parlé, et qui aurait probablement été vue comme un mensonge si elle avait émané d’un Trump accusant ainsi un président démocrate. On peut aussi citer le choix implicite du Washington Post de ne pas considérer Biden comme menteur quand il a décidé de ne pas tenir sa promesse de verser un chèque de 2 000 dollars aux familles américaines dans le contexte du Covid-19 : le Président-élu avait affirmé le 11 janvier que les 600 dollars versés par le Congrès l’an dernier n’étaient pas suffisants. Mais le 30, les démocrates ont joué sur les mots et prétendu que les 600 dollars étaient un acompte, et qu’il n’y aurait donc qu’un chèque de 1 400 dollars. Pourtant, ce prétendu acompte avait été versé sous le précédent gouvernement qui n’avait pas en tête d’avancer sur la somme qu’enverrait Biden !

Il faut cependant nuancer le tableau, car le Washington Post et d’autres médias démocrates ont parfois effectivement noté des mensonges de Joe Biden et de son parti, voire de leurs confrères.

Mais le déséquilibre du traitement journalistique est tel que trois hypothèses émergent : soit Trump est un homme politique mentant nettement plus que la moyenne ; soit les médias ont un parti pris tel que la couverture médiatique très négative a une explication partisane ; soit ils ont une compréhension littérale de nombre de propos de Trump en ignorant son sens de l’emphase. Les deux dernières hypothèses semblent les plus probables.

Justice: Non, chers amis réacs, l’emprise n’est pas forcément une tarte à la crème!

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Dans les nombreuses récentes affaires médiatico-judiciaires de violences sexuelles, la notion d’emprise est très en vogue. Philippe Bilger l’analyse ici.


Un article dans Le Monde avec pour titre « Nicolas Sarkozy, valeur refuge de la droite » et cette explication : « Au sein des Républicains, beaucoup voient dans l’ancien président un homme providentiel. Auprès de l’électorat, les choses ne semblent pas si évidentes ». J’ai eu un moment de saisissement, une envie d’écrire sur cette dépendance qui résiste à ses échecs politiques mais tient à une personnalité à laquelle on prête énergie, force, audace. C’est comme cela, il y a une sorte de fatalité dans ce parti : il préfère les apparences à la substance. Je me suis vite détourné de ce thème pour ne pas être tenté et parce que la notion d’emprise est devenue une véritable scie médiatique et judiciaire. À la réflexion, je quittais l’esquisse d’une emprise politique pour tenter l’analyse d’une emprise humaine.

L’avantage d’avoir des amis intelligents est de ne jamais laisser votre pensée en repos. Appréciant de plus en plus l’Heure des pros du jeudi soir (CNews) et le compagnonnage libre et stimulant que l’émission permet, j’ai quitté celle du 18 février après une joute, selon moi passionnante, consacrée à la condamnation de Georges Tron en appel et à la notion d’emprise, une variation judiciaire sur la contrainte, l’un des quatre éléments se rapportant au viol et à ses modalités.

Un désaccord avec Elisabeth Lévy et Gilles-William Goldnadel

Elisabeth Lévy et Gilles-William Goldnadel étaient vent debout contre cette explication par l’emprise, qui avait été, semble-t-il, décisive pour la condamnation de Georges Tron ayant par ailleurs bénéficié d’un acquittement partiel pour l’une des deux parties civiles. Sans aller aussi loin que la seule Elisabeth Lévy qui soutenait que l’emprise était consubstantielle à l’amour et à l’acte amoureux, mes deux contradicteurs – Jean-Louis Burgat ayant eu la classe d’écouter sans se croire obligé d’intervenir – mettaient en cause le danger de ce concept d’emprise qui pouvait s’appliquer peu ou prou à n’importe quel lien professionnel ou autre révélant une dépendance et susceptible donc de justifier n’importe quelle accusation. Même en ne donnant pas de l’emprise une aussi large définition que celle d’Elisabeth Lévy.

Pour ma part j’avais argumenté sur la réalité, en certaines circonstances criminelles, d’une emprise qui permettait au violeur d’accomplir le pire. À peine l’émission quittée, sans penser contre moi-même, je continuais un débat intime nourri par le débat animé par l’irremplaçable Pascal Praud. Avant d’approfondir ce point, je voudrais rappeler quelques données tenant à la surabondance des paroles libérées aujourd’hui.

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D’abord cette évidence qu’il convient de distinguer absolument ce qui relève d’un processus judiciaire ou ce qui lui échappe à cause de l’éloignement dans le temps.

Ensuite cette précaution qu’aucune affaire ne se ressemble et qu’on ne saurait mettre dans le même sac Matzneff, Duhamel, Berry ou PPDA contestant l’accusation portée contre lui par une journaliste scientifique car il s’agissait, selon lui, « d’une relation confraternelle » et ceux connus et médiatiques qui viendront, à n’en pas douter, augmenter cette liste.Par ailleurs la certitude qu’on ne saurait par principe présumer coupable qui, de nombreuses années plus tard, se voit dénoncé par une « victime » adulte qui avait tout de même eu besoin de l’aide d’un livre ou d’une dénonciation médiatique pour oser s’exprimer à son tour ! Ou quand, au fil de rencontres très espacées même non consenties, elle prend le parti, un jour, de la révélation. Elle peut être vraie mais rien n’est forcément sûr.

Contrainte, emprise, influence…

Revenons à l’emprise.

Nulle difficulté quand la contrainte, et donc l’emprise qui en a résulté, s’est traduite « par des actes positifs » qui n’ont pas atteint le niveau de la violence physique, autre condition du viol. Me Caty Richard, une spécialiste de ces affaires, distingue à juste titre « l’emprise consciente et travaillée » de « l’emprise presque involontaire » suscitée par le sentiment d’une victime – jeune fille, jeune femme ou femme – d’une certaine manière influencée, subjuguée, tétanisée parce que face à elle se trouve une personnalité célèbre et charismatique.

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On comprend bien le danger d’une telle interprétation extensive qui, au paroxysme, imposerait à l’homme rien de moins que d’effacer ce qu’il est pour que la partenaire – il ne s’agit là ni de pédophilie ni d’inceste – ne succombe pas à une envie faisant disparaître chez elle liberté et responsabilité. Comme si le premier, se contentant d’être soi, était pourtant coupable de l’impression qu’il peut produire sur la fragilité et la faiblesse de la seconde.On a le droit de s’interroger sur cet abus de la notion d’emprise et le risque judiciaire qui pourrait en résulter. Faute de ne pouvoir contredire des dénégations de bonne foi de la part d’un accusé, l’emprise servirait, comme la vertu dormitive de l’opium, à répondre à tout, donc à ne rien démontrer.

Elle pourrait aussi être à retardement, instrumentalisée par des sensibilités féminines désireuses d’échapper, du temps ayant passé, à ce qu’elles avaient vécu pourtant librement. Qu’on m’entende bien : l’emprise authentique née d’une contrainte singulière existe et il est hors de question de la rejeter à tout coup. Mais elle ne devra pas devenir une facilité. Il sera essentiel, pour les cours d’assises, d’expliquer dans leur motivation de quelle nature était cette emprise si puissante qu’elle a empêché des « victimes » adultes de résister et de dire non et des auteurs se disant de bonne foi de ne pas se méprendre sur le caractère apparent du consentement prodigué.

Quelle est donc cette emprise irrésistible qui rend à la fois un homme coupable et une femme victime aussi d’elle-même ? C’est seulement une exemplaire vigilance, une fine discrimination qui répudieront l’emprise tarte à la crème mais valideront l’emprise vraie dépendance.

Passeport vaccinal: une menace de plus pour notre liberté

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Quelle chance! un nouveau document administratif se profile à l’horizon… Sophie de Menthon alerte sur les situations kafkaïennes qui découleraient de sa délivrance


La France a le don de lancer des débats inutiles permettant de s’affronter sur des sujets qui n’en sont pas.

Proposer un passeport de vaccination pour le Covid veut dire en langage clair l’imposer. Or il y a une certaine indécence à évoquer le sujet alors que nous ne sommes absolument pas en mesure actuellement de procurer des vaccins aux plus fragiles, jeunes ou vieux. Il semble en fait que pour convaincre nos autorités bienveillantes de rouvrir tout ce qui nous est interdit, sans aucune logique, la panacée serait d’ouvrir uniquement à ceux qui sont vaccinés et le prouveraient par un document. C’est ainsi par exemple que pourraient visiter un musée, skier, aller au cinéma, au théâtre, au restaurant ou au rayon lingerie dans plus de 20 000 mètres carrés ceux qui seraient vaccinés… Montrez votre passeport!

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L’argument : 12 millions de personnes devraient être vaccinées avant le mois d’août. Qui y croit ? Et de toute façon il en restera énormément. Cette idée de passeport n’est non seulement pas du tout d’actualité, mais c’est une menace de plus à notre liberté.

Vacciner le personnel soignant avant, de force s’il le faut !

Comment ose-t-on prévoir d’exiger un passeport, alors que l’on a été incapable d’imposer au personnel soignant de se faire vacciner dans les EPHAD et les hôpitaux, ce qui provoque des clusters et contamine au coronavirus ceux qui étaient déjà malades d’autre chose ?

Quand on a évoqué l’obligation de vaccination pour eux, ce fut une levée de boucliers. Pire une soignante au 20h a osé dire : « Je ne suis pas un cobaye, je ne veux pas me faire vacciner », et tout le monde de trouver cela parfaitement normal qu’elle choisisse de regarder mourir ses patients! Ne pourrait-on pas commencer par exiger la vaccination de toutes les personnes au contact des malades et leur donner un passeport exigible pour aller au boulot ? Cette obligation de certificat vaccinal existe déjà, objectent certains, mais pourtant rien à voir avec le fait de de demander un vaccin pour passer une frontière comme c’est le cas pour la fièvre jaune.

Qui va mettre en place la banque de données ? Quand on connaît l’efficacité, le pragmatisme et la rapidité de nos fonctionnaires…

Un document administratif de plus donc, de surcroit injuste, et qui ne devrait pouvoir exister que lorsque la totalité de la population française aura vraiment eu accès à la possibilité de se faire vacciner.

La liberté de circulation est un vieux souvenir

Et que faites-vous de la liberté? Qui a le droit de nous interdire l’accès de certains lieux? Que fait-on de la liberté de circulation, d’aller et venir, l’égalité devant la fréquentation d’un lieu et la non-discrimination? Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas à cela près: on rédigera une loi! Dès lors que l’on touche à l’atteinte d’une liberté fondamentale, n’est-ce pas obligatoire? Et à partir de quel âge faut-il un passeport? Quelle est la majorité virale?

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Une bonne occasion aussi de créer une usine-passeport à gaz, une aubaine, imaginez un peu: il y aura ceux qui ont déjà eu le Covid et qui ont des anticorps (passeport anticorps renouvelable après des tests réguliers pour voir s’ils sont toujours là ?) ceux qui ne sont pas vaccinés pour contre-indication médicale (Ceux qui sont allergiques, à prouver sur le passeport ?) Et que fait-on lorsque le vaccin ne fera plus d’effet sur certains variants ? Un passeport par variant ? Et les données de santé ? La confidentialité ? Qui va mettre en place la banque de données ? Quand on connaît l’efficacité, le pragmatisme et la rapidité de nos fonctionnaires… Oh ! Combien de commissions, combien de spécialistes, combien de services ?

Et on n’oublie pas les gestes barrières pour autant

On oublie par ailleurs le principal : nos éminents spécialistes, plus variants que les variants, s’accordent tous à dire que le vaccin vous protège vous mais ne vous empêche pas de contaminer les autres, d’où la nécessité de continuer les gestes barrières…

Et voilà que le patronat se range à ce laisser passer, le président du MEDEF, probablement lassé des contraintes de télétravail et autres menaces en tous genres vante les mérites du passeport…  Je n’ose pas penser moi, au patron qui interdirait l’entrée de l’entreprise à ceux qui refusent de se faire vacciner : direct aux prud’hommes ! Et les syndicats ne seront pas en reste.

Alors pitié, pas de mauvais plans sur la comète : commençons par vacciner avant de « passeporter notre liberté » !

Où l’on découvre (grâce à Najat Vallaud-Belkacem) qu’un Trump se cache dans la région lyonnaise…

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Najat Vallaud-Belkacem devrait se lancer aux régionales en région Rhône-Alpes Auvergne, et cherche un accord avec les écolos… La région est actuellement dirigée par Laurent Wauquiez. En la parcourant, on peut déjà y profiter de cantines sans viande à Lyon ou d’une insécurité chronique à Grenoble.


L’ancienne ministre de l’Education nationale veut conquérir la présidence de la région Rhône-Alpes. Pour atteindre cet objectif elle a besoin des voix des écologistes. Afin d’obtenir leurs suffrages elle a qualifié Laurent Wauquiez, actuel détenteur du titre, de « mini Trump ».

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Informé de cette définitive saillie, l’ancien président des Etats-Unis a interrompu sa partie de golf : « Laurent Wauquiez ? Mais qui c’est celui-là ? ». Quand on lui a dit que c’était quelqu’un que Najat Vallaud-Belkacem n’aimait pas il a récidivé : « mais qui c’est celle-là ? ». La goujaterie misogyne et l’inculture de Donald Trump éclatent ainsi au grand jour.

Build the wall !

Nous attendons de l’ancienne ministre de l’Education nationale, des précisions sur les méfaits du « mini Trump ». Elles ne vont pas tarder. Et dès que la campagne sera lancée on saura tout sur l’abominable personnage qui martyrise la région Rhône-Alpes. Pour faire couleur locale il s’est plié à une concession : il a abandonné le bourbon pour le beaujolais. Pour le reste il est parfaitement conforme à l’idée qu’on se fait de son modèle.

Il persécute les quelques Noirs qui vivent encore dans sa région. Ce sont des rescapés : on ne compte plus les George Floyd qui ont péri sous ses coups. Avec les femmes il est d’une vulgarité affligeante : dès que sa présence est annoncée, les jeunes Lyonnaises se terrent chez elles de crainte qu’il leur mette la main au c… On sait également qu’il a bâti un mur pour empêcher les immigrés arabes de pénétrer dans la région Rhône-Alpes.

Séduire les écolos…

On comprend bien que si Najat Vallaud-Belkacem a entrepris de terrasser ce Trump bien de chez nous c’est qu’elle a été galvanisée par la victoire de Joe Biden. Et là l’objectivité nous oblige à dire qu’elle est quand même mieux physiquement et mentalement que l’actuel locataire de la Maison Blanche. Ce dernier mis au courant de l’existence de Najat Vallaud-Belkacem ne manquera pas de lui envoyer un message de soutien.

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Est-ce que tout cela sera suffisant pour convaincre les écologistes de rallier la candidature de l’ancienne ministre de l’Education nationale ? Non ! Elle doit faire encore un effort et annoncer qu’elle a supprimé la viande de ses repas la remplaçant par des œufs et du poisson.

C’est en effet le menu qu’à imposé Grégory Doucet, le maire de Lyon, dans les cantines scolaires. On sait que cet édile se soucie beaucoup des tourments des élèves qui mangent hallal. Dès que Najat Vallaud-Belkacem aura annoncé qu’elle a supprimé la bidoche de ses repas vous en serez informés dans un prochain article.

« The Voice »: Chante mais ferme-la!

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Un petit tour et puis s’en va! The Vivi (Vincent Pois de son vrai nom) vient d’être dégagé brutalement de The Voice à l’issue d’un communiqué lapidaire d’ITV Studios France. En cause et comme toujours, des tweets exhumés par des hordes de militants sur les réseaux sociaux.


En rappant « Suicide social » d’Orelsan sur le plateau du télé-crochet de TF1, le jeune Sarthois avait frappé un grand coup le week-end dernier. En prime-time, il hurlait ses « adieux à la France de Joséphine Ange Gardien » et décrochait d’un même tir les approbations des quatre vedettes en charge d’examiner sa prestation. Mieux, le candidat faisait se lever Vianney qui reprenait avec lui les paroles homophobes du rappeur normand[tooltips content= »https://www.paroles.net/orelsan/paroles-suicide-social »](1)[/tooltips].

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Mais si capitalisme n’aura jamais hésité à vendre le poison prêt à causer son agonie, point trop n’en aura fallu pour The Vivi. Courroucés par les ironiques paroles d’Orelsan (initialement placées dans la bouche d’un narrateur résolu à en finir avec la vie), les social justice warriors de Twitter – qui n’avaient visiblement rien à faire de leur samedi soir – auront cherché toute la nuit des poux dans la tête de son émule. Ils en auront trouvé deux, une blague raciste et un tweet homophobe[tooltips content= »Qu’est ce qu’un arabe sans main ? Un antivol / Demain Skywase vient dormir à la maison. Vous voulez que je le viole pendant la nuit? Jsuis pas un pédé sous race »](2)[/tooltips], publiés lorsque le gamin avait dix-sept ans.

«Ni oubli, ni pardon!» telle est la devise des réseaux sociaux

Dès lors fallait-il pendre ce pauvre morveux par les pieds. Et ses plus plates excuses, rapidement publiées sur Instagram, n’auront pas fait trembler la foule. Plier le genou face aux charognards n’a jamais fait qu’accélérer leur sale boulot. « Ni oubli, ni pardon ! » telle est la devise des réseaux sociaux.

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Certains salueront toutefois qu’ITV Studios France n’ait pas versé dans le deux poids deux mesures. La société produisant The Voice avait effectivement mis fin au parcours d’une précédente candidate, Mennel, trois ans plus tôt et sous des motifs similaires. Des tweets de la jeune femme avaient, là encore, été exhumés, à l’occasion desquels elle remettait en question la version officielle des attentats du Bataclan.

Louer la sainte morale du studio de production apparaîtrait toutefois précipité, à l’heure où ce cher Vianney, si enthousiasmé par The Vivi et déjà en larmes, la semaine passée, à l’écoute d’un rap anti-avortement d’un autre gamin, fait lui aussi face à la géhenne. On se demande alors si l’émission de TF1 saura se montrer aussi exigeante envers ses salariés qu’envers les mômes qui viennent y mendier quelque gloire. On se demande si elle respectera, pour les uns, les principes qu’elle aura édictés pour les autres ; et si elle ira jusqu’à jeter la si charmante tête de gendre idéal de son juré dans la fosse purulente qui en réclame encore. Comme toujours, on pourra toutefois parier que cette quête d’égalité et de blancheur se heurte à l’habituel mur de la lutte des classes. En télévision comme ailleurs, l’argent a ses raisons que la raison ignore.

La défaite de la liberté


Le renvoi d’Alain Finkielkraut est la manifestation la plus inquiétante de la censure qui étouffe le débat public. Le projet de dissolution de Génération identitaire en est une autre. Les épurateurs ne supportent pas la nuance et ne tolèrent pas l’outrance. Quand le lynchage est une « culture », quand la liste des sujets interdits à la réflexion et des opinions criminelles s’allonge sans cesse, le combat pour la libération de la pensée est une impérieuse nécessité.


Il faut relire Milan Kundera. Personne mieux que lui ne fait ressentir le totalitarisme désenchanté des années 1970, quand le pouvoir n’avait pas besoin d’attenter aux personnes physiques, la déchéance sociale suffisait. Les dissidents n’étaient pas (ou peu) tués, ils étaient limogés, parfois enrôlés, bannis de la société humaine. Ainsi, peu à peu, la prudence se muait en soumission, neutralisant le désir même de liberté.

D’accord, nous n’en sommes pas là. Ne brandissons pas les grands mots. Sauf qu’à répéter, depuis des années, que nous n’en sommes pas là, nous y sommes peut-être arrivés sans le savoir. Le lynchage est devenu une « culture », des condamnations à la mort sociale sont prononcées à tour de bras par le tribunal médiatico-numérique. Alors, peut-être que, comme Ludvik, au début de La Plaisanterie, nous croyons encore à la liberté de blaguer quand elle nous a été retirée depuis longtemps, et avec elle, celle de communiquer nos pensées et nos opinions. Ce n’est pas une clause de style. La liste des sujets prohibés et des opinions criminalisées s’allonge chaque jour. Et on ne risque pas seulement son honneur et sa réputation, mais son gagne-pain. Les nouveaux moralisateurs ne se contentent pas de victoires morales. Couper les vivres s’avère souvent un excellent moyen de couper le sifflet.

Que la fête des victimes commence!

Les paniques morales se succèdent en effet, avec leurs litanies d’indignations et d’excommunications. Des humoristes, des journalistes, des écrivains disparaissent pour un mot de travers, une blague de trop, ou encore parce qu’on les accuse de crimes lointains et prescrits – dont ils ne pourront jamais se disculper. Ce tourbillon de la dénonciation enfle à mesure que les #Metoo se succèdent : après #MetooInceste et #MetooGay, le producteur de France Culture Nicolas Martin appelle de ses vœux d’autres #Metoo, « des trans, des putes, des handicapés, et même des migrants ». Que la fête des victimes commence ! Symétriquement, il faut à chaque jour son lot de têtes à planter sur des piques. C’est ainsi qu’à deux semaines d’intervalle, se sont retrouvés cloués au pilori Alain Finkielkraut, limogé de LCI, et Génération identitaire, groupuscule politique menacé de dissolution par le ministre de l’Intérieur.

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À première vue, il n’y a aucun rapport entre ces deux événements. D’un côté, un penseur et écrivain respecté, académicien de surcroît, débarqué par une chaîne de télévision pour des propos qu’il n’a pas tenus au sujet d’une ténébreuse affaire d’abus incestueux d’un homme sur son beau-fils adolescent. De l’autre des défenseurs de l’Europe chrétienne compensant leur faiblesse numérique par un talent pour l’agit-prop au moins égal à celui de leurs adversaires extrêmes gauchistes. De plus, si la censure, exercée par le tribunal médiatique, a été d’une efficacité redoutable pour notre cher philosophe, interdit d’antenne et privé du droit de se défendre en quelques heures et sans possibilité d’appel, Génération identitaire a de bonnes chances de survivre aux vapeurs de Gérald Darmanin. Il serait étonnant (et angoissant) qu’un juge admette que quelques trublions menacent la République, quand la Brigade anti-négrophobie peut vandaliser des statues ou saboter une représentation théâtrale sans que quiconque songe à la faire interdire – ce qu’on ne réclame évidemment pas. En réalité, leur exclusion des réseaux sociaux, tout aussi inique, est un bien meilleur étouffoir que les velléités du ministre. Même en matière de police de la pensée, le privé fait mieux que notre État omni-impuissant.

Enfin, le philosophe et les activistes interviennent dans des registres différents : le premier expose des pensées, les seconds professent des opinions. Justement, ce n’est pas par hasard si la Déclaration des droits de l’homme garantit d’un même mouvement « la libre communication des pensées et des opinions » – que l’on traduit aujourd’hui par le terme générique de « liberté d’expression ». La vague de censure qui s’abat sur nous ne se contente plus de frapper d’illégalité ou d’infamie certaines opinions – par exemple, l’hostilité à l’immigration. Elle prétend aussi soustraire certains sujets à tout questionnement rationnel. Ainsi, sur la douloureuse question des crimes sexuels, seule l’indignation bruyante est tolérée. En somme, on veut nous priver aussi bien des nuances de Finkielkraut que des outrances de Génération identitaire. Il nous faut donc défendre les unes et les autres. Le débat public a besoin de Finkielkraut. Et sans partager la conception ethnique de l’identité française défendue par les identitaires, on se battra pour qu’ils puissent la défendre.

Questions prohibées

L’éviction d’Alain Finkielkraut est particulièrement alarmante. D’abord, elle montre que nul n’est à l’abri. Alain Finkielkraut n’a pas été protégé par son œuvre et son statut intellectuel, ni par les nombreux lecteurs et auditeurs qui, depuis trente ans, grandissent avec lui (ainsi que le rappellent Cyril Bennasar pages 68-69, et Bérénice Levet, pages 64-67). Ensuite, elle révèle avec éclat que la « tyrannie de l’émotion », dénoncée par d’éminents penseurs dans l’appel que nous publions dans notre numéro de février, est déjà advenue. On ne récuse pas des réponses éventuellement déplaisantes ou choquantes, on prohibe les questions. En effet, sans s’arrêter ici sur les ressorts de cette affaire, explorée dans les pages suivantes, y compris par le principal intéressé (relire notre grand entretien), rappelons que non seulement Alain Finkielkraut a condamné les agissements prêtés à Olivier Duhamel (et non démentis par lui), mais il n’a fait que s’interroger sur ce qui s’était passé et sur la conclusion qu’en tirerait un juge. Enfin, comme l’observe Finkielkraut, on voit apparaître un nouveau chef d’inculpation, le délit d’amitié. Embarquées dans une croisade pour les enfants, les duettistes du Monde (Bacqué-Chemin), entendent bien entraîner dans la chute d’Olivier Duhamel ceux de ses proches qui ne claironnent pas urbi et orbi l’aversion qu’il leur inspire. Qu’il soit plus honorable d’avoir de la compassion pour un pécheur que de hurler avec la meute ne les a sans doute pas effleurées.

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Par ailleurs, notre impétueux académicien, accoutumé à penser sans filet les choses qui fâchent, ne tombe pas à cause de son amour inquiet pour l’identité française, mais pour s’être intéressé à une sombre affaire de mœurs – qui, il est vrai, fait d’autant plus saliver les épurateurs qu’elle se déroule dans le Tout-Paris du pouvoir et des lettres. C’est significatif. Reste à savoir de quoi. Que le crime sexuel, en particulier sur des enfants, soit devenu le crime suprême, équivalent voire supérieur dans l’horreur au génocide, indique que notre époque libérée de tous les tabous est tétanisée face au trou noir de la sexualité. Certes, l’inceste est un crime épouvantable. Mais, qu’un siècle après Freud, on en parle comme s’il était étranger à l’humanité, témoigne d’une terrible opacité à nous-mêmes (voir à ce sujet l’article de Paul Bensussan). Aveuglés et habités par une terreur sacrée, les redresseurs de torts semblent ne jamais avoir entendu parler d’Œdipe, d’inconscient ou de pulsion. Pour eux, le désir est innocent, empathique et respectueux. « Un adulte ne peut pas désirer un enfant », répètent-ils pour se rassurer, rabattant ce qui est sur ce qui devrait être, l’ici-bas des affres humaines sur l’éden improbable d’une pureté surjouée. On est donc étonné que les psychanalystes abandonnent le terrain à des charlatans, en particulier à une charlatane qui se pique d’expliquer à des adultes désemparés que leurs échecs sont dus à des traumatismes d’enfance refoulés et de convaincre les victimes d’abus réels que leur vie est détruite.

Déstruction totalitaire du langage

L’affaire Finkielkraut est, enfin, une exécution sur ordonnance. Ce sont les réseaux sociaux, c’est-à-dire ceux qui y sévissent, qui ont exigé de TF1 (maison-mère de LCI) cette déplorable décision. Comment un tribunal qui ne s’appuie pas sur un appareil d’État, donc ne peut pas recourir à la force, parvient-il à faire respecter ses arrêts ? Par la pression conjuguée du conformisme et de la peur. Qu’il soit lecteur, électeur, acheteur, le client est roi. Il ne faut pas déplaire à l’opinion – ou aux escouades numériques que l’on prend pour l’opinion. Des consommateurs peuvent obtenir la tête d’un employé, des téléspectateurs/internautes celle d’un penseur. Et un accusateur anonyme peut s’en payer deux, appartenant aux deux élus communistes parisiens qu’il accuse nommément de viol. C’est ainsi qu’a été lancé #MetooGay.

À moins de travailler chez des kamikazes, toute victime d’une tempête numérique est presque assurée de prendre la porte. Le patron du média, parti ou entreprise coupable par association exécute la sentence requise et congédie la vipère lubrique du jour, sans oublier de rappeler, larmoyant ou solennel, que l’individu contrevient gravement aux valeurs de sa boutique.

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Le cas de Génération identitaire est moins inquiétant, dès lors que, répétons-le, la demande étatique de mise à l’index a peu de chances d’aboutir. Il n’est pas anodin pour autant. Gérald Darmanin justifie son ardeur épuratrice par le fait qu’il est « scandalisé » : là encore, le licite et l’illicite sont évalués à l’aune de l’émotion suscitée. Je lui enverrai ma petite liste de ce et ceux qui me donnent des palpitations. Il ne reproche pas à Génération identitaire des atteintes aux biens ou aux personnes. Ce qui est intolérable à nos hautes autorités, ce sont les idées et propos des militants identitaires sur l’immigration. Après l’opération de contrôle sauvage des migrants menée à la frontière espagnole le 19 janvier, le procureur de Saint-Gaudens a ainsi justifié l’ouverture d’une enquête pour « provocation publique à la haine raciale » par « des propos très clairement anti-immigration », inscrits sur une banderole « et surtout par la raison pour laquelle cette banderole a été déployée ». Des propos, des raisons, on les tient chef ! On l’aura compris, il est interdit d’être contre l’immigration. Il faudra en informer les 70 % de Français de tous bords et de toutes origines qui, de sondage en enquête, martèlent qu’ils veulent stopper l’immigration parce que, dans la vraie vie, la merveilleuse diversité menace chaque jour un peu plus de virer à la foire d’empoigne. 

Ne nous faisons pas d’illusions. Les délateurs qui exercent une surveillance impitoyable pour que nul ne sorte des clous invisibles qui délimitent le territoire du tolérable sont en train de gagner. On dira qu’ils peuvent contrôler la parole, pas asservir la pensée. Seulement, comme en atteste 1984, l’une ne va pas sans l’autre. L’un des exploits de notre temps est d’avoir réédité la destruction totalitaire du langage. Ainsi appelle-t-on « libération de la parole » son formatage strict, au propre et au figuré. Quelle parole libère-t-on en 280 signes, au vu et au su de tous ? Plus on la dit libérée, plus la parole est soumise. Le mensonge, c’est la vérité.

Faut-il, alors, entrer en clandestinité ? C’est ce que pense un des signataires de notre appel : « Nous allons devoir retrouver le fonctionnement des sociétés secrètes », dit-il, plaisantant à moitié. Après tout, le numérique n’est pas seulement fait pour les chiens toujours prêts à tailler en pièces l’honneur d’un homme, comme le disait Mitterrand. Peut-être cette première moitié du xxie siècle verra-t-elle naître une nouvelle franc-maçonnerie qui attendra l’heure de la reconquête intellectuelle en s’adonnant dans l’ombre aux joies de l’examen raisonné, du libre débat et de l’humour qui pique. Peut-être verrons-nous éclore mille Thélème digitales où l’on prendra encore le risque de choquer, blesser ou énerver. S’ils existent un jour, ces territoires virtuels de la liberté seront les places to be. Il sera toujours plus exaltant d’être libre avec des parias que comblé d’honneurs au milieu des censeurs. En plus, avec les parias, on se marre bien.

Police: la position du démissionnaire

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© AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Lâchés par le président de la République, les policiers sont en colère et beaucoup demandent des ruptures conventionnelles. Or, les polices municipales recrutent à tour de bras. Conséquence, une vague de départs pourrait déstabiliser la police nationale.


Ils entendaient frapper l’opinion, ils ont réussi. Le 14 décembre, un tiers des policiers de l’Isère, soit 132 agents, ont déposé une demande de rupture conventionnelle en préfecture. Il faudra des mois pour que leurs demandes soient examinées, car le ministère joue la montre (voir entretien avec Alexandre Langlois), mais il semble peu probable que leur malaise se dissipe dans l’intervalle, tant la crise est profonde. Le geste des Isérois était une réponse à l’entretien accordé par le chef de l’État à Brut le 4 décembre. Emmanuel Macron s’était longuement appesanti sur la question des violences et des contrôles au faciès. Tous les policiers de France ont compris la manœuvre : il fallait éteindre l’incendie allumé par le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler, le 21 novembre dans le 17e arrondissement, parce qu’il ne portait pas son masque. « Le coup de communication présidentiel a été très mal perçu en interne, explique un gradé marseillais. Si la police grille son crédit auprès des citoyens en faisant du contrôle sanitaire et social, c’est à la demande du gouvernement. Si en plus le chef de l’État nous reproche d’être racistes, ça ne va plus. Qui ignore encore que les étrangers et les nationaux issus de l’immigration sont surreprésentés dans la criminalité ? »

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Lâchés en direct par le chef de l’État, les policiers répliquent par l’insubordination larvée. La tendance existait déjà avant l’entretien à Brut. Le 9 juin 2020, par exemple, en pleine affaire George Floyd, la police avait été appelée en gare de Saint-Brieuc pour interpeller deux Nord-Africains agressifs, sans billets et sans papiers, que les contrôleurs voulaient faire descendre du TGV. Arrivés sur place avant le train, les policiers ont attendu une heure et demie pour agir… Et après l’interview présidentielle, les syndicats Alliance et Unité SGP-Police-FO ont appelé à passer en code 562, qui désigne le service minimum, dans le jargon maison. Passablement préoccupant pour le gouvernement : Unité SGP est son interlocuteur syndical privilégié dans la police.

Des départs vers la police municipale?

Ils râlent, mais partiront-ils? Selon nos informations, beaucoup de policiers isérois bluffaient, mais la tendance au départ est réelle. Les communicants qui ont préparé les éléments de langage du président pour son passage chez Brut n’ont peut-être pas mesuré à quel point quitter la police était aujourd’hui facile. Alors que la rupture conventionnelle est en phase de test pour tous les fonctionnaires depuis début 2020, des dizaines de maires ont fait campagne l’an dernier sur le renforcement des polices municipales et les villes recrutent à tour de bras. Non sans mal ! Clichy-sous-Bois a mis plus d’un an à trouver les huit agents qu’il lui fallait. Mi-janvier, les annonces sur le site de La Gazette des communes se comptaient par centaines : Thonon-les-Bains, Val-de-Reuil, Rennes, Vannes, Castillon-la-Bataille, Blois, Cannes… Les salaires des policiers municipaux sont fixés par une grille nationale, mais les villes surenchérissent pour attirer les candidats, promettant des primes et des heures supplémentaires. Elles font des efforts sur les horaires (moins de week-ends d’astreinte que dans la police nationale) et sur le matériel. Être plus performant que l’Intérieur dans ce registre n’est pas difficile. En 2018, la Cour des comptes relevait que près d’un véhicule de la police nationale sur quatre avait dépassé la limite d’usage (huit ans ou 170 000 km).

A lire ensuite, Yves Mamou: «Tuez-les ; Tuez-les!»… La guerre contre la police

Le véritable appel d’air reste à venir. Dernière grande ville de France sans police municipale (avec Brest), Paris lance son service ce printemps, avec plus de 3 000 recrutements à la clé. Sur le site du Huffington Post, le 19 décembre 2020, l’adjoint parisien à la sécurité, Nicolas Nordman, se paye le luxe de faire la leçon au ministère de l’Intérieur. La police parisienne sera ce que « la police nationale n’est plus », à savoir une force « présente, disponible », détenant « une connaissance précieuse du terrain », à même de créer un lien de confiance que le « gouvernement échoue à instituer » ! Rien ne dit que la majorité d’Anne Hidalgo réussira, le refus d’armer les policiers parisiens laissant très sceptiques de nombreux spécialistes, mais le diagnostic est juste : non seulement le gouvernement n’a pas restauré le lien entre la population et les forces de l’ordre, mais il a perdu la confiance de sa police.

« Islamo-gauchisme » / Génération identitaire: le nouvel «en même temps» de Macron

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Le président Macron en déplacement à Etaules près de Dijon, Côte-d'Or, le 23 février 2021 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01005693_000032

En même temps la guerre à l’islamo-gauchisme, et en même temps la dissolution de Génération Identitaire: un bien mauvais calcul.


On se doutait déjà, depuis son élection, que le « en même temps de droite, en même temps de gauche » de Macron ne voulait rien dire et masquait surtout une politique qui serait économiquement de droite et, à la marge, sociétalement de gauche. Et encore ne faut-il pas être trop exigeant sur le rallongement de la durée légale de l’avortement, par exemple.

Mais cette semaine, ce « en même temps » a montré, jusqu’au grotesque caricatural, ses limites. Parce que c’est « en même temps » qu’il envoie l’habituellement invisible Frédérique Vidal déclarer la guerre à l’islamo-gauchisme et en même temps qu’il demande à Darmanin, l’homme qui trouve Marine Le Pen « trop molle », de dissoudre Génération Identitaire, ce groupuscule de jeunes gens bien coiffés, aux 4X4 rutilants, qui rêvait sans doute quand ils étaient petits, de faire douanier ou chasseur alpin.

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Sur le papier, ça vous aurait plutôt une belle allure. Un vrai beau gouvernement républicain, façon Georges Mandel, qui déclare la guerre aux factieux d’extrême-gauche et aux factieux d’extrême-droite. Mais c’est sur le papier seulement. Pour le reste, c’est surtout faire du bruit avec sa bouche parce que ça ne veut rien dire sinon que du côté du pouvoir, on prépare (mal) la présidentielle de 2022.

Auberge espagnole

L’islamo-gauchisme, c’est une auberge espagnole. Chacun y met le gloubiboulga de ses fantasmes et de ses trouilles. On peut être de gauche, mais si, et combattre sur le plan universitaire et politique des théories comme l’intersectionnalité ou ce poids de plus en plus important donné à la race contre la classe, ainsi que le montre par exemple le dernier livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Races et sciences sociales (Agone). Il n’empêche qu’un gouvernement qui s’attaque frontalement aux libertés académiques des chercheurs, c’est quelque chose que la droite de la droite adore en général par un anti-intellectualisme qui remonte au moins à l’affaire Dreyfus ou, précisément, paraît le mot pour désigner ceux qui soutenaient l’innocence du capitaine et déjà, étaient traités de complices du pouvoir occulte des Juifs et ennemis de la « race » française.

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Quant à Génération Identitaire, on peut être de droite, mais si, et n’entretenir aucune sympathie pour ces agités ethniques. Tout le monde sait, en plus, qu’une dissolution, à part se faire plaisir, ne sert rigoureusement à rien. Génération Identitaire n’est que l’ultime surgeon d’Unité Radicale (dont le discours à l’époque était fixé sur le complot américano-sioniste, comme quoi on change…), dissoute après la tentative d’assassinat de Chirac en juillet 2002. Bref, ils existent, mais ils ne représentent qu’eux-mêmes et ont l’importance que veulent bien leur donner des médias complaisants lors de leurs actions anti-migrants en Méditerranée ou quand ils grimpent sur le toit d’une mosquée.

Comment perdre des voix des deux côtés

Dans les deux cas, ce « en même temps » macroniste indique surtout que le  président, requis par la crise sanitaire, ne sait plus trop comment piquer des voix à Marine Le Pen sans perdre celles de la gauche dans l’abstention, face à un second tour qu’il croit écrit d’avance. Ce en quoi, il a évidemment tort. La dissolution de Génération Identitaire n’occultera jamais non seulement une attaque en règle contre la recherche universitaire qui est assez grande pour régler ses problèmes elle-même mais tout ce qui dans l’exercice du pouvoir actuel, de la répression des Gilets Jaunes à l’instrumentalisation de la laïcité, fait du macronisme un nouvel en même temps : « en même temps de droite et en même temps d’extrême-droite. »

Grande-Bretagne: La chaîne YouTube de « Talk Radio » temporairement désactivée

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D.R.

Il n’y a pas que les comptes de Génération identitaire ou de Marion Maréchal qui sont visés par les GAFA…


Imaginez que Sud Radio ou RMC soit temporairement bannie de YouTube. Le 5 janvier, une radio britannique a connu cette mésaventure. La plate-forme vidéo, qui appartient à Google, a fermé la chaîne de Talk Radio, qu’elle accuse d’avoir diffusé des messages contredisant les conseils d’experts sur le coronavirus. Moins de douze heures plus tard, YouTube faisait volte-face et rétablissait la radio sur sa plate-forme, expliquant qu’elle tolérait certaines exceptions à ses règles de fiabilité des informations si le contexte était pédagogique, scientifique ou artistique. La radio, qui compte environ 42 4000 auditeurs et a plus de 240 000 abonnés sur YouTube, fait partie de l’empire de Rupert Murdoch.

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Réglementée par Ofcom, le CSA britannique, elle utilise la plate-forme de Google – en plus d’autres médias – pour diffuser ses émissions en direct et archiver ses émissions passées. Certains de ses animateurs vedettes sont connus pour leurs critiques à l’égard des mesures de confinement du gouvernement de Boris Johnson. Pourtant, un des poids lourds du Parti conservateur, Michael Gove, figure majeure du Brexit, a condamné l’intervention de YouTube, proclamant que le gouvernement ne craignait ni le débat public ni la contradiction. Une association pour la défense de la liberté d’expression, Big Brother Watch, a comparé l’action de YouTube à la censure exercée par l’État chinois. Le tabloïd The Sun s’est empressé de citer des chaînes ouvertement racistes que YouTube n’avait pas encore bannies. Talk Radio a déclaré ne pas avoir reçu d’explication détaillée des raisons de cette censure. Comme le disait Samuel Johnson, célèbre homme de lettres du xviiie siècle et auteur du premier dictionnaire de la langue anglaise : « Parfois, la punition impose le silence, mais ne démontre pas l’erreur. »

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Une vraie féministe, c’est…

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La militante Caroline de Haas © JOLY LEWIS/SIPA Numéro de reportage : 00796620_000026

Comme il fallait aux féministes «modernes» d’autres perspectives, elles ont dérivé, au nom de l’intersectionnalité des luttes, vers des options où la crapulerie le dispute à la bêtise. Dans ce texte mordant, Florence Dugas, auteur de romans érotiques, remet les pendules à l’heure…


J’ai combattu jadis avec des féministes « historiques » qui luttaient pour le droit à la contraception et à l’avortement, et pour imposer le « À travail égal, salaire égal », à une époque où l’écart de salaire entre hommes et femmes était en moyenne de 20% — pour le même travail.

Les acquis de ces luttes ne sont plus remis en cause. Mais comme il fallait aux féministes « modernes » d’autres perspectives, elles ont dérivé, au nom de l’intersectionnalité des luttes, vers des options où la crapulerie le dispute à la bêtise.

Alors, procédons par ordre.

– Une féministe favorable au port du voile, pour les fillettes comme pour les adultes, dans la rue ou au bureau, est une ordure qui entérine l’abaissement des femmes, au cœur de l’islam wahhabite.

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– Une féministe qui ne dénonce pas les mutilations génitales ou la délivrance de « certificats de virginité » devrait être inculpée pour complicité de mutilations volontaires — un crime qui est puni de dix ans de prison au moins.

– Une féministe qui ne dénonce pas la polygamie, les bars ou les salons de coiffure interdits aux femmes, les quartiers quadrillés par les barbus, est une salope.

– Une féministe qui accepte les « stages racisés » organisés par les Indigènes de la République ou certains syndicats (SUD, pour ne pas le nommer) est une raciste — passible, elle aussi, des tribunaux.

– Une féministe qui croit que tous les hommes (les Blancs particulièrement) sont des violeurs devrait interroger ses fantasmes. Quant à celles qui affirment qu’un viol commis par un « racisé », à Hambourg, Le Caire ou ailleurs, n’en est pas vraiment un, car il faut le comprendre, le pauvre, elles devraient aussi interroger leur libido.

– Une féministe qui affirme que les gouines sont l’avenir de l’humanité devrait penser, outre l’absurdité de l’idée, que ses goûts la concernent et ne sont pas la vérité de la femme. A-t-elle tant de mal que ça à se recruter des copines, qu’il lui faille imposer le lesbianisme über alles ? D’autres affirment même que toute pénétration est un viol. Elles ne savent pas ce qu’elles méprisent…

– Une féministe qui croit malin de poursuivre un vieillard de 88 ans pour des faits prescrits qui se sont déroulés il y a soixante ans et ont été jugés en leur temps est une monomaniaque dont les obsessions s’interrogent.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli sur PPDA: Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle

– Une féministe arcboutée sur l’écriture « inclusive » et la féminisation urgente des titres et des fonctions, alors que tant de chantiers restent en friche, est une abrutie. Si en même temps elle est enseignante, elle devrait être révoquée pour outrage à la langue française, ce qui s’apparente à la haute trahison. Au passage, je serais curieuse de savoir comment ces grammairiennes de l’absurde féminisent « homme-grenouille ».

– Et une féministe qui revendique une parité hommes / femmes indépendamment du talent, qui n’a pas de sexe, n’a d’autre ambition que de propulser sa nullité à des postes de commandement. Sans doute veut-elle prouver, selon le Principe de Giroud (Françoise), que « la femme est vraiment l’égale de l’homme puisque désormais, sous prétexte de quotas, on désigne une femme incompétente à une fonction importante ». Et si on en restait au choix d’un individu choisi pour ses capacités, qu’il soit ou non porteur de roubignoles ?

Quant à celles qui liront ces quelques lignes et me voueront aux gémonies, qu’elles aillent se faire foutre. Vous verrez, c’est une activité passionnante, quand elle est bien menée.

Dolorosa soror. Ediz. illustrata

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Libérons nous du féminisme !

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Après avoir vérifié tous les dires de Trump, le « Washington Post » ne veut plus examiner ceux de Biden

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Les bureaux du Washington Post © Charles Dharapak/AP/SIPA AP20655771_000001

Les conseillers de Richard Nixon disaient que si le président marchait sur l’eau, les médias affirmeraient qu’il ne savait pas nager. Le 16 janvier, le rédacteur en chef de la rubrique Fact Checker du Washington Post, Glenn Kessler, a annoncé qu’il ne recenserait pas les supposés mensonges du président Biden, après avoir tenu quatre années durant un registre de ceux de Donald Trump : « Je suppose que la présidence Biden ressemblera à celle d’Obama et qu’ils seront réactifs et aptes à confirmer rapidement leurs affirmations. » Ce blanc-seing donné aux Démocrates et la propension des médias à dire le vrai et relever les mensonges et erreurs involontaires d’un camp, tout en couvrant certains de l’autre, témoignent d’un procès idéologique.

Le 10 décembre 2018, le Washington Post avait présenté un dispositif visant à discerner le vrai du faux dans les propos des politiques. Ce test dit du bottomless Pinocchio (Pinocchio sans fond) devait permettre de désigner les politiciens « répétant une fausse allégation tant de fois qu’ils ne pourraient qu’être engagés dans des campagnes de désinformation ». Le Post expliquait que les allégations devaient avoir obtenu trois ou quatre Pinocchios de la rubrique de vérification des faits, et avoir été répétées vingt fois pour avoir le titre de bottomless Pinocchio. Le propos semblait laisser la possibilité de faire de fausses affirmations de bonne foi non sanctionnées si elles étaient corrigées par leur auteur ; autrement dit, le test n’aurait aucune volonté de discréditer le président. Cependant, le célèbre quotidien avait alors mis en garde quant à Trump : « Il ne commet pas simplement des gaffes ou de la déformation des faits, il injecte délibérément de fausses informations dans le débat national. »

Couvrir les mensonges des démocrates et accuser Trump de mentir s’il montre leurs contradictions

Le 23 janvier, le Washington Post a donné son décompte des « déclarations fausses ou trompeuses » du président Trump : 30 573 en quatre ans, dont 503 la veille du jour de l’élection. Six mois auparavant, le 13 juillet, le quotidien de référence avait affirmé en avoir dénombré plus de 20 000. Le président Trump aurait donc encore davantage menti durant sa campagne électorale. Ainsi, le 7 octobre, le Post écrivit que Trump fabulait en assurant que Biden arrêterait la fracturation hydraulique, et il lui attribua quatre Pinocchios pour cette prétendue contre-vérité. La seule dénégation de Joe Biden fut jugée suffisante pour établir que Trump mentait, quand bien même ce dernier rappelait qu’il suffisait de consulter les enregistrements des débats des primaires démocrates prouvant ses accusations. Contrairement au Washington Post, CNN, une chaîne farouchement anti-Trump, fit un travail honnête et confirma les dires du Président sous le titre « Vérification des faits : Biden prétend faussement qu’il ne s’est jamais opposé à la fracturation hydraulique. »

© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005
© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005

En septembre dernier, le site d’analyse de tendance conservatrice RealClear Politics a contesté les vérifications du Washington Post dans un article intitulé « Non, Trump n’a pas fait 20 000 déclarations fausses ou trompeuses ». Ainsi, quand Trump affirmait que son travail avait été gêné par l’instrumentalisation du dossier inventé du Russiagate, le Post considérait que cela représentait 227 mensonges. Pour arriver à ce chiffre à partir de ce propos, le journal additionnait toutes les fois où le président l’avait tenu sans utiliser les mêmes mots, comme s’il s’agissait d’un mensonge inédit…

Biden ne ment pas, il fait des gaffes…

Ce contrôle à géométrie variable élude par ailleurs nombre de mensonges ou énormes erreurs des démocrates, parmi lesquelles l’affirmation de Joe Biden selon laquelle le Covid a tué 200 millions d’Américains, considérée comme une gaffe par les médias qui en ont parlé, et qui aurait probablement été vue comme un mensonge si elle avait émané d’un Trump accusant ainsi un président démocrate. On peut aussi citer le choix implicite du Washington Post de ne pas considérer Biden comme menteur quand il a décidé de ne pas tenir sa promesse de verser un chèque de 2 000 dollars aux familles américaines dans le contexte du Covid-19 : le Président-élu avait affirmé le 11 janvier que les 600 dollars versés par le Congrès l’an dernier n’étaient pas suffisants. Mais le 30, les démocrates ont joué sur les mots et prétendu que les 600 dollars étaient un acompte, et qu’il n’y aurait donc qu’un chèque de 1 400 dollars. Pourtant, ce prétendu acompte avait été versé sous le précédent gouvernement qui n’avait pas en tête d’avancer sur la somme qu’enverrait Biden !

Il faut cependant nuancer le tableau, car le Washington Post et d’autres médias démocrates ont parfois effectivement noté des mensonges de Joe Biden et de son parti, voire de leurs confrères.

Mais le déséquilibre du traitement journalistique est tel que trois hypothèses émergent : soit Trump est un homme politique mentant nettement plus que la moyenne ; soit les médias ont un parti pris tel que la couverture médiatique très négative a une explication partisane ; soit ils ont une compréhension littérale de nombre de propos de Trump en ignorant son sens de l’emphase. Les deux dernières hypothèses semblent les plus probables.

Justice: Non, chers amis réacs, l’emprise n’est pas forcément une tarte à la crème!

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Février 2021, Georges Tron a été condamné en appel à de la prison ferme pour viol et agressions sexuelles en réunion. La cour d’assises de Paris a dépassé les réquisitions de l’avocat général. Image d'archive. © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22301078_000002

Dans les nombreuses récentes affaires médiatico-judiciaires de violences sexuelles, la notion d’emprise est très en vogue. Philippe Bilger l’analyse ici.


Un article dans Le Monde avec pour titre « Nicolas Sarkozy, valeur refuge de la droite » et cette explication : « Au sein des Républicains, beaucoup voient dans l’ancien président un homme providentiel. Auprès de l’électorat, les choses ne semblent pas si évidentes ». J’ai eu un moment de saisissement, une envie d’écrire sur cette dépendance qui résiste à ses échecs politiques mais tient à une personnalité à laquelle on prête énergie, force, audace. C’est comme cela, il y a une sorte de fatalité dans ce parti : il préfère les apparences à la substance. Je me suis vite détourné de ce thème pour ne pas être tenté et parce que la notion d’emprise est devenue une véritable scie médiatique et judiciaire. À la réflexion, je quittais l’esquisse d’une emprise politique pour tenter l’analyse d’une emprise humaine.

L’avantage d’avoir des amis intelligents est de ne jamais laisser votre pensée en repos. Appréciant de plus en plus l’Heure des pros du jeudi soir (CNews) et le compagnonnage libre et stimulant que l’émission permet, j’ai quitté celle du 18 février après une joute, selon moi passionnante, consacrée à la condamnation de Georges Tron en appel et à la notion d’emprise, une variation judiciaire sur la contrainte, l’un des quatre éléments se rapportant au viol et à ses modalités.

Un désaccord avec Elisabeth Lévy et Gilles-William Goldnadel

Elisabeth Lévy et Gilles-William Goldnadel étaient vent debout contre cette explication par l’emprise, qui avait été, semble-t-il, décisive pour la condamnation de Georges Tron ayant par ailleurs bénéficié d’un acquittement partiel pour l’une des deux parties civiles. Sans aller aussi loin que la seule Elisabeth Lévy qui soutenait que l’emprise était consubstantielle à l’amour et à l’acte amoureux, mes deux contradicteurs – Jean-Louis Burgat ayant eu la classe d’écouter sans se croire obligé d’intervenir – mettaient en cause le danger de ce concept d’emprise qui pouvait s’appliquer peu ou prou à n’importe quel lien professionnel ou autre révélant une dépendance et susceptible donc de justifier n’importe quelle accusation. Même en ne donnant pas de l’emprise une aussi large définition que celle d’Elisabeth Lévy.

Pour ma part j’avais argumenté sur la réalité, en certaines circonstances criminelles, d’une emprise qui permettait au violeur d’accomplir le pire. À peine l’émission quittée, sans penser contre moi-même, je continuais un débat intime nourri par le débat animé par l’irremplaçable Pascal Praud. Avant d’approfondir ce point, je voudrais rappeler quelques données tenant à la surabondance des paroles libérées aujourd’hui.

A lire aussi: #Metoo: On y passera tous!

D’abord cette évidence qu’il convient de distinguer absolument ce qui relève d’un processus judiciaire ou ce qui lui échappe à cause de l’éloignement dans le temps.

Ensuite cette précaution qu’aucune affaire ne se ressemble et qu’on ne saurait mettre dans le même sac Matzneff, Duhamel, Berry ou PPDA contestant l’accusation portée contre lui par une journaliste scientifique car il s’agissait, selon lui, « d’une relation confraternelle » et ceux connus et médiatiques qui viendront, à n’en pas douter, augmenter cette liste.Par ailleurs la certitude qu’on ne saurait par principe présumer coupable qui, de nombreuses années plus tard, se voit dénoncé par une « victime » adulte qui avait tout de même eu besoin de l’aide d’un livre ou d’une dénonciation médiatique pour oser s’exprimer à son tour ! Ou quand, au fil de rencontres très espacées même non consenties, elle prend le parti, un jour, de la révélation. Elle peut être vraie mais rien n’est forcément sûr.

Contrainte, emprise, influence…

Revenons à l’emprise.

Nulle difficulté quand la contrainte, et donc l’emprise qui en a résulté, s’est traduite « par des actes positifs » qui n’ont pas atteint le niveau de la violence physique, autre condition du viol. Me Caty Richard, une spécialiste de ces affaires, distingue à juste titre « l’emprise consciente et travaillée » de « l’emprise presque involontaire » suscitée par le sentiment d’une victime – jeune fille, jeune femme ou femme – d’une certaine manière influencée, subjuguée, tétanisée parce que face à elle se trouve une personnalité célèbre et charismatique.

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On comprend bien le danger d’une telle interprétation extensive qui, au paroxysme, imposerait à l’homme rien de moins que d’effacer ce qu’il est pour que la partenaire – il ne s’agit là ni de pédophilie ni d’inceste – ne succombe pas à une envie faisant disparaître chez elle liberté et responsabilité. Comme si le premier, se contentant d’être soi, était pourtant coupable de l’impression qu’il peut produire sur la fragilité et la faiblesse de la seconde.On a le droit de s’interroger sur cet abus de la notion d’emprise et le risque judiciaire qui pourrait en résulter. Faute de ne pouvoir contredire des dénégations de bonne foi de la part d’un accusé, l’emprise servirait, comme la vertu dormitive de l’opium, à répondre à tout, donc à ne rien démontrer.

Elle pourrait aussi être à retardement, instrumentalisée par des sensibilités féminines désireuses d’échapper, du temps ayant passé, à ce qu’elles avaient vécu pourtant librement. Qu’on m’entende bien : l’emprise authentique née d’une contrainte singulière existe et il est hors de question de la rejeter à tout coup. Mais elle ne devra pas devenir une facilité. Il sera essentiel, pour les cours d’assises, d’expliquer dans leur motivation de quelle nature était cette emprise si puissante qu’elle a empêché des « victimes » adultes de résister et de dire non et des auteurs se disant de bonne foi de ne pas se méprendre sur le caractère apparent du consentement prodigué.

Quelle est donc cette emprise irrésistible qui rend à la fois un homme coupable et une femme victime aussi d’elle-même ? C’est seulement une exemplaire vigilance, une fine discrimination qui répudieront l’emprise tarte à la crème mais valideront l’emprise vraie dépendance.

Passeport vaccinal: une menace de plus pour notre liberté

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Sophie de Menthon © SdM

Quelle chance! un nouveau document administratif se profile à l’horizon… Sophie de Menthon alerte sur les situations kafkaïennes qui découleraient de sa délivrance


La France a le don de lancer des débats inutiles permettant de s’affronter sur des sujets qui n’en sont pas.

Proposer un passeport de vaccination pour le Covid veut dire en langage clair l’imposer. Or il y a une certaine indécence à évoquer le sujet alors que nous ne sommes absolument pas en mesure actuellement de procurer des vaccins aux plus fragiles, jeunes ou vieux. Il semble en fait que pour convaincre nos autorités bienveillantes de rouvrir tout ce qui nous est interdit, sans aucune logique, la panacée serait d’ouvrir uniquement à ceux qui sont vaccinés et le prouveraient par un document. C’est ainsi par exemple que pourraient visiter un musée, skier, aller au cinéma, au théâtre, au restaurant ou au rayon lingerie dans plus de 20 000 mètres carrés ceux qui seraient vaccinés… Montrez votre passeport!

A lire aussi: A Lyon être végétarien est un geste barrière

L’argument : 12 millions de personnes devraient être vaccinées avant le mois d’août. Qui y croit ? Et de toute façon il en restera énormément. Cette idée de passeport n’est non seulement pas du tout d’actualité, mais c’est une menace de plus à notre liberté.

Vacciner le personnel soignant avant, de force s’il le faut !

Comment ose-t-on prévoir d’exiger un passeport, alors que l’on a été incapable d’imposer au personnel soignant de se faire vacciner dans les EPHAD et les hôpitaux, ce qui provoque des clusters et contamine au coronavirus ceux qui étaient déjà malades d’autre chose ?

Quand on a évoqué l’obligation de vaccination pour eux, ce fut une levée de boucliers. Pire une soignante au 20h a osé dire : « Je ne suis pas un cobaye, je ne veux pas me faire vacciner », et tout le monde de trouver cela parfaitement normal qu’elle choisisse de regarder mourir ses patients! Ne pourrait-on pas commencer par exiger la vaccination de toutes les personnes au contact des malades et leur donner un passeport exigible pour aller au boulot ? Cette obligation de certificat vaccinal existe déjà, objectent certains, mais pourtant rien à voir avec le fait de de demander un vaccin pour passer une frontière comme c’est le cas pour la fièvre jaune.

Qui va mettre en place la banque de données ? Quand on connaît l’efficacité, le pragmatisme et la rapidité de nos fonctionnaires…

Un document administratif de plus donc, de surcroit injuste, et qui ne devrait pouvoir exister que lorsque la totalité de la population française aura vraiment eu accès à la possibilité de se faire vacciner.

La liberté de circulation est un vieux souvenir

Et que faites-vous de la liberté? Qui a le droit de nous interdire l’accès de certains lieux? Que fait-on de la liberté de circulation, d’aller et venir, l’égalité devant la fréquentation d’un lieu et la non-discrimination? Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas à cela près: on rédigera une loi! Dès lors que l’on touche à l’atteinte d’une liberté fondamentale, n’est-ce pas obligatoire? Et à partir de quel âge faut-il un passeport? Quelle est la majorité virale?

A lire aussi: La loi nationale doit soumettre les GAFA à la démocratie

Une bonne occasion aussi de créer une usine-passeport à gaz, une aubaine, imaginez un peu: il y aura ceux qui ont déjà eu le Covid et qui ont des anticorps (passeport anticorps renouvelable après des tests réguliers pour voir s’ils sont toujours là ?) ceux qui ne sont pas vaccinés pour contre-indication médicale (Ceux qui sont allergiques, à prouver sur le passeport ?) Et que fait-on lorsque le vaccin ne fera plus d’effet sur certains variants ? Un passeport par variant ? Et les données de santé ? La confidentialité ? Qui va mettre en place la banque de données ? Quand on connaît l’efficacité, le pragmatisme et la rapidité de nos fonctionnaires… Oh ! Combien de commissions, combien de spécialistes, combien de services ?

Et on n’oublie pas les gestes barrières pour autant

On oublie par ailleurs le principal : nos éminents spécialistes, plus variants que les variants, s’accordent tous à dire que le vaccin vous protège vous mais ne vous empêche pas de contaminer les autres, d’où la nécessité de continuer les gestes barrières…

Et voilà que le patronat se range à ce laisser passer, le président du MEDEF, probablement lassé des contraintes de télétravail et autres menaces en tous genres vante les mérites du passeport…  Je n’ose pas penser moi, au patron qui interdirait l’entrée de l’entreprise à ceux qui refusent de se faire vacciner : direct aux prud’hommes ! Et les syndicats ne seront pas en reste.

Alors pitié, pas de mauvais plans sur la comète : commençons par vacciner avant de « passeporter notre liberté » !

Où l’on découvre (grâce à Najat Vallaud-Belkacem) qu’un Trump se cache dans la région lyonnaise…

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Dans le JDD, Najat Vallaud Belkacem affirme: "La question essentielle, c'est de mettre fin à la mandature d'un mini-Trump, Laurent Wauquiez, qui pense que la solidarité est un cancer social et l'égalité des droits une blague, qui vomit l'écologie à longueur de journée et se prévaut d'une laïcité à la géométrie variation" © Lewis JOLY/JDD/SIPA Numéro de reportage : 01005358_000021

Najat Vallaud-Belkacem devrait se lancer aux régionales en région Rhône-Alpes Auvergne, et cherche un accord avec les écolos… La région est actuellement dirigée par Laurent Wauquiez. En la parcourant, on peut déjà y profiter de cantines sans viande à Lyon ou d’une insécurité chronique à Grenoble.


L’ancienne ministre de l’Education nationale veut conquérir la présidence de la région Rhône-Alpes. Pour atteindre cet objectif elle a besoin des voix des écologistes. Afin d’obtenir leurs suffrages elle a qualifié Laurent Wauquiez, actuel détenteur du titre, de « mini Trump ».

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Informé de cette définitive saillie, l’ancien président des Etats-Unis a interrompu sa partie de golf : « Laurent Wauquiez ? Mais qui c’est celui-là ? ». Quand on lui a dit que c’était quelqu’un que Najat Vallaud-Belkacem n’aimait pas il a récidivé : « mais qui c’est celle-là ? ». La goujaterie misogyne et l’inculture de Donald Trump éclatent ainsi au grand jour.

Build the wall !

Nous attendons de l’ancienne ministre de l’Education nationale, des précisions sur les méfaits du « mini Trump ». Elles ne vont pas tarder. Et dès que la campagne sera lancée on saura tout sur l’abominable personnage qui martyrise la région Rhône-Alpes. Pour faire couleur locale il s’est plié à une concession : il a abandonné le bourbon pour le beaujolais. Pour le reste il est parfaitement conforme à l’idée qu’on se fait de son modèle.

Il persécute les quelques Noirs qui vivent encore dans sa région. Ce sont des rescapés : on ne compte plus les George Floyd qui ont péri sous ses coups. Avec les femmes il est d’une vulgarité affligeante : dès que sa présence est annoncée, les jeunes Lyonnaises se terrent chez elles de crainte qu’il leur mette la main au c… On sait également qu’il a bâti un mur pour empêcher les immigrés arabes de pénétrer dans la région Rhône-Alpes.

Séduire les écolos…

On comprend bien que si Najat Vallaud-Belkacem a entrepris de terrasser ce Trump bien de chez nous c’est qu’elle a été galvanisée par la victoire de Joe Biden. Et là l’objectivité nous oblige à dire qu’elle est quand même mieux physiquement et mentalement que l’actuel locataire de la Maison Blanche. Ce dernier mis au courant de l’existence de Najat Vallaud-Belkacem ne manquera pas de lui envoyer un message de soutien.

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Est-ce que tout cela sera suffisant pour convaincre les écologistes de rallier la candidature de l’ancienne ministre de l’Education nationale ? Non ! Elle doit faire encore un effort et annoncer qu’elle a supprimé la viande de ses repas la remplaçant par des œufs et du poisson.

C’est en effet le menu qu’à imposé Grégory Doucet, le maire de Lyon, dans les cantines scolaires. On sait que cet édile se soucie beaucoup des tourments des élèves qui mangent hallal. Dès que Najat Vallaud-Belkacem aura annoncé qu’elle a supprimé la bidoche de ses repas vous en serez informés dans un prochain article.

« The Voice »: Chante mais ferme-la!

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Image: capture d'écran TF1

Un petit tour et puis s’en va! The Vivi (Vincent Pois de son vrai nom) vient d’être dégagé brutalement de The Voice à l’issue d’un communiqué lapidaire d’ITV Studios France. En cause et comme toujours, des tweets exhumés par des hordes de militants sur les réseaux sociaux.


En rappant « Suicide social » d’Orelsan sur le plateau du télé-crochet de TF1, le jeune Sarthois avait frappé un grand coup le week-end dernier. En prime-time, il hurlait ses « adieux à la France de Joséphine Ange Gardien » et décrochait d’un même tir les approbations des quatre vedettes en charge d’examiner sa prestation. Mieux, le candidat faisait se lever Vianney qui reprenait avec lui les paroles homophobes du rappeur normand[tooltips content= »https://www.paroles.net/orelsan/paroles-suicide-social »](1)[/tooltips].

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Mais si capitalisme n’aura jamais hésité à vendre le poison prêt à causer son agonie, point trop n’en aura fallu pour The Vivi. Courroucés par les ironiques paroles d’Orelsan (initialement placées dans la bouche d’un narrateur résolu à en finir avec la vie), les social justice warriors de Twitter – qui n’avaient visiblement rien à faire de leur samedi soir – auront cherché toute la nuit des poux dans la tête de son émule. Ils en auront trouvé deux, une blague raciste et un tweet homophobe[tooltips content= »Qu’est ce qu’un arabe sans main ? Un antivol / Demain Skywase vient dormir à la maison. Vous voulez que je le viole pendant la nuit? Jsuis pas un pédé sous race »](2)[/tooltips], publiés lorsque le gamin avait dix-sept ans.

«Ni oubli, ni pardon!» telle est la devise des réseaux sociaux

Dès lors fallait-il pendre ce pauvre morveux par les pieds. Et ses plus plates excuses, rapidement publiées sur Instagram, n’auront pas fait trembler la foule. Plier le genou face aux charognards n’a jamais fait qu’accélérer leur sale boulot. « Ni oubli, ni pardon ! » telle est la devise des réseaux sociaux.

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Certains salueront toutefois qu’ITV Studios France n’ait pas versé dans le deux poids deux mesures. La société produisant The Voice avait effectivement mis fin au parcours d’une précédente candidate, Mennel, trois ans plus tôt et sous des motifs similaires. Des tweets de la jeune femme avaient, là encore, été exhumés, à l’occasion desquels elle remettait en question la version officielle des attentats du Bataclan.

Louer la sainte morale du studio de production apparaîtrait toutefois précipité, à l’heure où ce cher Vianney, si enthousiasmé par The Vivi et déjà en larmes, la semaine passée, à l’écoute d’un rap anti-avortement d’un autre gamin, fait lui aussi face à la géhenne. On se demande alors si l’émission de TF1 saura se montrer aussi exigeante envers ses salariés qu’envers les mômes qui viennent y mendier quelque gloire. On se demande si elle respectera, pour les uns, les principes qu’elle aura édictés pour les autres ; et si elle ira jusqu’à jeter la si charmante tête de gendre idéal de son juré dans la fosse purulente qui en réclame encore. Comme toujours, on pourra toutefois parier que cette quête d’égalité et de blancheur se heurte à l’habituel mur de la lutte des classes. En télévision comme ailleurs, l’argent a ses raisons que la raison ignore.

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La défaite de la liberté

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Banderole de Génération identitaire en marge de la manifestation « contre le racisme et les violences policières », Paris, 13 juin 2020 © Anne-Christine POUJOULAT / AFP.

Le renvoi d’Alain Finkielkraut est la manifestation la plus inquiétante de la censure qui étouffe le débat public. Le projet de dissolution de Génération identitaire en est une autre. Les épurateurs ne supportent pas la nuance et ne tolèrent pas l’outrance. Quand le lynchage est une « culture », quand la liste des sujets interdits à la réflexion et des opinions criminelles s’allonge sans cesse, le combat pour la libération de la pensée est une impérieuse nécessité.


Il faut relire Milan Kundera. Personne mieux que lui ne fait ressentir le totalitarisme désenchanté des années 1970, quand le pouvoir n’avait pas besoin d’attenter aux personnes physiques, la déchéance sociale suffisait. Les dissidents n’étaient pas (ou peu) tués, ils étaient limogés, parfois enrôlés, bannis de la société humaine. Ainsi, peu à peu, la prudence se muait en soumission, neutralisant le désir même de liberté.

D’accord, nous n’en sommes pas là. Ne brandissons pas les grands mots. Sauf qu’à répéter, depuis des années, que nous n’en sommes pas là, nous y sommes peut-être arrivés sans le savoir. Le lynchage est devenu une « culture », des condamnations à la mort sociale sont prononcées à tour de bras par le tribunal médiatico-numérique. Alors, peut-être que, comme Ludvik, au début de La Plaisanterie, nous croyons encore à la liberté de blaguer quand elle nous a été retirée depuis longtemps, et avec elle, celle de communiquer nos pensées et nos opinions. Ce n’est pas une clause de style. La liste des sujets prohibés et des opinions criminalisées s’allonge chaque jour. Et on ne risque pas seulement son honneur et sa réputation, mais son gagne-pain. Les nouveaux moralisateurs ne se contentent pas de victoires morales. Couper les vivres s’avère souvent un excellent moyen de couper le sifflet.

Que la fête des victimes commence!

Les paniques morales se succèdent en effet, avec leurs litanies d’indignations et d’excommunications. Des humoristes, des journalistes, des écrivains disparaissent pour un mot de travers, une blague de trop, ou encore parce qu’on les accuse de crimes lointains et prescrits – dont ils ne pourront jamais se disculper. Ce tourbillon de la dénonciation enfle à mesure que les #Metoo se succèdent : après #MetooInceste et #MetooGay, le producteur de France Culture Nicolas Martin appelle de ses vœux d’autres #Metoo, « des trans, des putes, des handicapés, et même des migrants ». Que la fête des victimes commence ! Symétriquement, il faut à chaque jour son lot de têtes à planter sur des piques. C’est ainsi qu’à deux semaines d’intervalle, se sont retrouvés cloués au pilori Alain Finkielkraut, limogé de LCI, et Génération identitaire, groupuscule politique menacé de dissolution par le ministre de l’Intérieur.

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À première vue, il n’y a aucun rapport entre ces deux événements. D’un côté, un penseur et écrivain respecté, académicien de surcroît, débarqué par une chaîne de télévision pour des propos qu’il n’a pas tenus au sujet d’une ténébreuse affaire d’abus incestueux d’un homme sur son beau-fils adolescent. De l’autre des défenseurs de l’Europe chrétienne compensant leur faiblesse numérique par un talent pour l’agit-prop au moins égal à celui de leurs adversaires extrêmes gauchistes. De plus, si la censure, exercée par le tribunal médiatique, a été d’une efficacité redoutable pour notre cher philosophe, interdit d’antenne et privé du droit de se défendre en quelques heures et sans possibilité d’appel, Génération identitaire a de bonnes chances de survivre aux vapeurs de Gérald Darmanin. Il serait étonnant (et angoissant) qu’un juge admette que quelques trublions menacent la République, quand la Brigade anti-négrophobie peut vandaliser des statues ou saboter une représentation théâtrale sans que quiconque songe à la faire interdire – ce qu’on ne réclame évidemment pas. En réalité, leur exclusion des réseaux sociaux, tout aussi inique, est un bien meilleur étouffoir que les velléités du ministre. Même en matière de police de la pensée, le privé fait mieux que notre État omni-impuissant.

Enfin, le philosophe et les activistes interviennent dans des registres différents : le premier expose des pensées, les seconds professent des opinions. Justement, ce n’est pas par hasard si la Déclaration des droits de l’homme garantit d’un même mouvement « la libre communication des pensées et des opinions » – que l’on traduit aujourd’hui par le terme générique de « liberté d’expression ». La vague de censure qui s’abat sur nous ne se contente plus de frapper d’illégalité ou d’infamie certaines opinions – par exemple, l’hostilité à l’immigration. Elle prétend aussi soustraire certains sujets à tout questionnement rationnel. Ainsi, sur la douloureuse question des crimes sexuels, seule l’indignation bruyante est tolérée. En somme, on veut nous priver aussi bien des nuances de Finkielkraut que des outrances de Génération identitaire. Il nous faut donc défendre les unes et les autres. Le débat public a besoin de Finkielkraut. Et sans partager la conception ethnique de l’identité française défendue par les identitaires, on se battra pour qu’ils puissent la défendre.

Questions prohibées

L’éviction d’Alain Finkielkraut est particulièrement alarmante. D’abord, elle montre que nul n’est à l’abri. Alain Finkielkraut n’a pas été protégé par son œuvre et son statut intellectuel, ni par les nombreux lecteurs et auditeurs qui, depuis trente ans, grandissent avec lui (ainsi que le rappellent Cyril Bennasar pages 68-69, et Bérénice Levet, pages 64-67). Ensuite, elle révèle avec éclat que la « tyrannie de l’émotion », dénoncée par d’éminents penseurs dans l’appel que nous publions dans notre numéro de février, est déjà advenue. On ne récuse pas des réponses éventuellement déplaisantes ou choquantes, on prohibe les questions. En effet, sans s’arrêter ici sur les ressorts de cette affaire, explorée dans les pages suivantes, y compris par le principal intéressé (relire notre grand entretien), rappelons que non seulement Alain Finkielkraut a condamné les agissements prêtés à Olivier Duhamel (et non démentis par lui), mais il n’a fait que s’interroger sur ce qui s’était passé et sur la conclusion qu’en tirerait un juge. Enfin, comme l’observe Finkielkraut, on voit apparaître un nouveau chef d’inculpation, le délit d’amitié. Embarquées dans une croisade pour les enfants, les duettistes du Monde (Bacqué-Chemin), entendent bien entraîner dans la chute d’Olivier Duhamel ceux de ses proches qui ne claironnent pas urbi et orbi l’aversion qu’il leur inspire. Qu’il soit plus honorable d’avoir de la compassion pour un pécheur que de hurler avec la meute ne les a sans doute pas effleurées.

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Par ailleurs, notre impétueux académicien, accoutumé à penser sans filet les choses qui fâchent, ne tombe pas à cause de son amour inquiet pour l’identité française, mais pour s’être intéressé à une sombre affaire de mœurs – qui, il est vrai, fait d’autant plus saliver les épurateurs qu’elle se déroule dans le Tout-Paris du pouvoir et des lettres. C’est significatif. Reste à savoir de quoi. Que le crime sexuel, en particulier sur des enfants, soit devenu le crime suprême, équivalent voire supérieur dans l’horreur au génocide, indique que notre époque libérée de tous les tabous est tétanisée face au trou noir de la sexualité. Certes, l’inceste est un crime épouvantable. Mais, qu’un siècle après Freud, on en parle comme s’il était étranger à l’humanité, témoigne d’une terrible opacité à nous-mêmes (voir à ce sujet l’article de Paul Bensussan). Aveuglés et habités par une terreur sacrée, les redresseurs de torts semblent ne jamais avoir entendu parler d’Œdipe, d’inconscient ou de pulsion. Pour eux, le désir est innocent, empathique et respectueux. « Un adulte ne peut pas désirer un enfant », répètent-ils pour se rassurer, rabattant ce qui est sur ce qui devrait être, l’ici-bas des affres humaines sur l’éden improbable d’une pureté surjouée. On est donc étonné que les psychanalystes abandonnent le terrain à des charlatans, en particulier à une charlatane qui se pique d’expliquer à des adultes désemparés que leurs échecs sont dus à des traumatismes d’enfance refoulés et de convaincre les victimes d’abus réels que leur vie est détruite.

Déstruction totalitaire du langage

L’affaire Finkielkraut est, enfin, une exécution sur ordonnance. Ce sont les réseaux sociaux, c’est-à-dire ceux qui y sévissent, qui ont exigé de TF1 (maison-mère de LCI) cette déplorable décision. Comment un tribunal qui ne s’appuie pas sur un appareil d’État, donc ne peut pas recourir à la force, parvient-il à faire respecter ses arrêts ? Par la pression conjuguée du conformisme et de la peur. Qu’il soit lecteur, électeur, acheteur, le client est roi. Il ne faut pas déplaire à l’opinion – ou aux escouades numériques que l’on prend pour l’opinion. Des consommateurs peuvent obtenir la tête d’un employé, des téléspectateurs/internautes celle d’un penseur. Et un accusateur anonyme peut s’en payer deux, appartenant aux deux élus communistes parisiens qu’il accuse nommément de viol. C’est ainsi qu’a été lancé #MetooGay.

À moins de travailler chez des kamikazes, toute victime d’une tempête numérique est presque assurée de prendre la porte. Le patron du média, parti ou entreprise coupable par association exécute la sentence requise et congédie la vipère lubrique du jour, sans oublier de rappeler, larmoyant ou solennel, que l’individu contrevient gravement aux valeurs de sa boutique.

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Le cas de Génération identitaire est moins inquiétant, dès lors que, répétons-le, la demande étatique de mise à l’index a peu de chances d’aboutir. Il n’est pas anodin pour autant. Gérald Darmanin justifie son ardeur épuratrice par le fait qu’il est « scandalisé » : là encore, le licite et l’illicite sont évalués à l’aune de l’émotion suscitée. Je lui enverrai ma petite liste de ce et ceux qui me donnent des palpitations. Il ne reproche pas à Génération identitaire des atteintes aux biens ou aux personnes. Ce qui est intolérable à nos hautes autorités, ce sont les idées et propos des militants identitaires sur l’immigration. Après l’opération de contrôle sauvage des migrants menée à la frontière espagnole le 19 janvier, le procureur de Saint-Gaudens a ainsi justifié l’ouverture d’une enquête pour « provocation publique à la haine raciale » par « des propos très clairement anti-immigration », inscrits sur une banderole « et surtout par la raison pour laquelle cette banderole a été déployée ». Des propos, des raisons, on les tient chef ! On l’aura compris, il est interdit d’être contre l’immigration. Il faudra en informer les 70 % de Français de tous bords et de toutes origines qui, de sondage en enquête, martèlent qu’ils veulent stopper l’immigration parce que, dans la vraie vie, la merveilleuse diversité menace chaque jour un peu plus de virer à la foire d’empoigne. 

Ne nous faisons pas d’illusions. Les délateurs qui exercent une surveillance impitoyable pour que nul ne sorte des clous invisibles qui délimitent le territoire du tolérable sont en train de gagner. On dira qu’ils peuvent contrôler la parole, pas asservir la pensée. Seulement, comme en atteste 1984, l’une ne va pas sans l’autre. L’un des exploits de notre temps est d’avoir réédité la destruction totalitaire du langage. Ainsi appelle-t-on « libération de la parole » son formatage strict, au propre et au figuré. Quelle parole libère-t-on en 280 signes, au vu et au su de tous ? Plus on la dit libérée, plus la parole est soumise. Le mensonge, c’est la vérité.

Faut-il, alors, entrer en clandestinité ? C’est ce que pense un des signataires de notre appel : « Nous allons devoir retrouver le fonctionnement des sociétés secrètes », dit-il, plaisantant à moitié. Après tout, le numérique n’est pas seulement fait pour les chiens toujours prêts à tailler en pièces l’honneur d’un homme, comme le disait Mitterrand. Peut-être cette première moitié du xxie siècle verra-t-elle naître une nouvelle franc-maçonnerie qui attendra l’heure de la reconquête intellectuelle en s’adonnant dans l’ombre aux joies de l’examen raisonné, du libre débat et de l’humour qui pique. Peut-être verrons-nous éclore mille Thélème digitales où l’on prendra encore le risque de choquer, blesser ou énerver. S’ils existent un jour, ces territoires virtuels de la liberté seront les places to be. Il sera toujours plus exaltant d’être libre avec des parias que comblé d’honneurs au milieu des censeurs. En plus, avec les parias, on se marre bien.