D’Éric Brion à Patrick Poivre d’Arvor, voilà bientôt quatre ans que le mouvement #MeToo cherche à remplacer la justice – certes imparfaite – par des jugements sommaires sur les réseaux sociaux, amplifiés par les médias.
Phénomène nouveau, initié par le #MeTooGay, les mouvements misandres pratiquent à présent la chasse aux sorcières dans leur propre camp…


D’une parole inélégante au plus odieux des crimes, avec ou sans preuve et dans une grande confusion, tout allié est à présent soumis au crédo de la « cancel culture ». Que celui dont les péchés n’ont jamais été exposés sur les réseaux sociaux me jette la première pierre et qu’ainsi débutent nos entre-lapidations !

Les militants de gauche et les personnes LGBT ne sont donc plus épargnés et leur sacrifice permet, au contraire, aux eugénistes de la vertu, de purifier leurs rangs. À ce titre, la première victime du #MeTooGay semble idéalement choisie par son camp: Maxime Cochard, figure emblématique des jeunesses PCF, homosexuel et libertin assumé, siégeant aux côtés d’Hidalgo au Conseil de Paris.

On ne veut plus d’autres Guillaume Tran Thanh

Son affaire, que je m’apprête à commenter, est récente, sensible, et son dénouement tragique m’oblige à un préambule : je suis, comme tout être doté d’empathie, bouleversé par l’ultime geste de désespoir commis par l’accusateur dont il sera question. Et c’est précisément pour cette raison qu’il me semble y avoir urgence à élever la voix, avec la volonté ferme qu’il n’y ait pas d’autres Guillaume Tran Thanh.

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Le 21 janvier, cet étudiant âgé d’une vingtaine d’années accuse, sur Twitter, Maxime Cochard, de viol. Rien dans ses allégations ne permet légalement de caractériser les faits (il n’évoque ni violence, ni menace, ni contrainte, ni surprise). L’élu communiste et son conjoint auraient profité de la vulnérabilité de ce garçon, l’hébergeant tandis qu’il confessait les admirer puis s’arrogeant, sous ces deux motifs (matériel et affectif), les faveurs de son intimité.

Le ghosting n’a rien d’illégal

Deux jours plus tard, un article paru dans Le Parisien cède la parole à Maître Fanny Colin, l’avocat saisi par Maxime Cochard et qui aurait eu accès aux conversations privées entre les parties. Ces dernières révéleraient au moins dix rencontres, consenties, puis suivies de messages envoyés par Guillaume, tous restés sans réponse, pour souhaiter à l’élu un bon anniversaire, une bonne année, ou encore solliciter un stage à ses côtés. L’idée du viol (déjà curieuse pour des libertins peu avides de contraintes) s’étiole sérieusement et il semble plutôt question d’un amour déçu. Certes, le conseiller de Paris a pu profiter de son aura pour séduire l’étudiant ; certes, l’usage du ghosting (dont nous nous garderons de trouver un équivalent français) est d’une absolue grossièreté, mais rien ici n’apparaît juridiquement condamnable.

Qu’importe, pourtant, ces révélations arrivées deux jours trop tard. Le PCF et la Mairie du XIVème ont, sans délai, exigé de Maxime Cochard qu’il se mette en retrait de ses fonctions. Et que ce dernier dépose plainte pour diffamation n’y changera rien, Twitter a déjà rendu son verdict, où vingt mille appels à la haine ont déchiqueté sa carrière. Sa mise au ban n’est toutefois pas la conclusion de cette sordide affaire puisque, quelques semaines plus tard, Guillaume Tran Thanh est retrouvé pendu dans sa chambre de Nanterre. Le voilà, le cruel dénouement, qui, loin de calmer l’acharnement des masses envers un accusé – jusqu’ici innocent – en nourrit le flot trépidant.

Le prix trop élevé du quart d’heure de gloire warholien

Pour Guillaume, comme pour tout plaignant qui choisit de s’exposer à #MeToo, Twitter confère un instant le statut sacré de victime, démultiplie le nombre de followers et délivre quantité de messages d’amour anonymes. Le quart d’heure de gloire warholien exulte, mais le prix à payer peut s’avérer bien lourd une fois l’enthousiasme retombé. Et si personne ne peut pointer avec certitude les motifs du garçon – des séquelles d’un viol, subi en 2018, à la récente ampleur prise par l’affaire, sur les réseaux sociaux – il apparaît aujourd’hui indispensable que la question soit posée.

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À l’heure où le #MeTooGay vient de faire voler en éclats l’union sacrée entre les mouvements misandres et les milieux LGBT (1) ; à l’heure où s’y substitue l’alliance nouvelle des néo-puritains de gauche et des moralisateurs de droite ; à l’heure où un simple tweet peut coûter ses fonctions à un élu ; à l’heure, enfin, où de jeunes plaignants se brisent la nuque au cœur d’un campus universitaire, il ne me semble plus galvaudé d’imaginer que nous y passerons tous.

Les fameux trains du « progrès » nous conduisent vers un monde où nous devrons tous un jour nous voir accusés, haïs, honnis par les foules et ces machines infernales que sont les réseaux sociaux. Et chacun y perdra ce qu’il a de plus précieux, son métier, sa famille, puis peut-être même jusqu’à la vie. Des solutions existent pourtant qui permettraient de freiner leur course : la justice, dont découle la présomption d’innocence ; puis, au prochain aiguillage, une remise à jour de l’amour entre les êtres. Cette voie, je crains toutefois que nos adversaires ne l’empruntent pas, préférant réduire l’amour à ses orgasmes et le désir au consentement.

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