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Islamo-gauchisme: comment la société française en est arrivée là

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Frédérique Vidal, qui postule pour la place de plus bel éléphant dans un magasin de porcelaine, est actuellement vilipendée par une partie des universitaires (pas tous, heureusement, il en est qui sauvent l’honneur de l’institution), pour avoir demandé au CNRS d’enquêter sur l’islamo-gauchisme à l’université. Adresse plaisante : autant demander à un violeur d’enquêter sur les maltraitances infligées aux femmes. Jean-Michel Blanquer de son côté affirme que l’islamo-gauchisme est « un fait social indubitable. » « Fantasme ! » s’écrient les uns, « Chasse aux sorcières ! » hurlent les autres. Le dolorisme et l’idéologie victimaire sont à la mode, et comme bien peu de gens, dans le monde universitaire, ont les braies bien nettes, chacun se croit visé.

L’islamo-gauchisme est pourtant plus qu’un fait social : c’est un fait politique. Une construction artificielle, une chimère monstrueuse élaborée dans les ateliers d’une Gauche sans projet.

L’islamo-gauchisme, expression forgée par Pierre-André Taguieff, est, selon la définition de Jacques Julliard dans la Revue des Deux mondes, « un courant de pensée qui considère que le réveil de l’islam et la montée de l’islamisme sont des éléments de critique très intéressants du néocapitalisme et, d’une certaine façon, se substituent à la lutte des classes et au prolétariat classique, qui a déçu ceux qui comptaient sur lui. »

Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015
Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015

Ce qui suit est l’historique de cette notion.

En 2002, avant le premier tour de la présidentielle, Pierre Mauroy conseilla à Lionel Jospin de « parler au peuple ». Le candidat, qui ignorait encore qu’il arriverait troisième au soir du premier tour, et qui se voyait beau, répondit avec sa morgue ordinaire que la Fondation Jean Jaurès, boîte à idées de la Gauche boboïsée, le lui déconseillait. Le peuple, expliquaient ces grands esprits, n’existait plus, en tout cas comme réservoir de voix pour la Gauche ; cela faisait d’ailleurs quinze ans qu’il votait, de plus en plus, pour le Front national. Le vrai réservoir de voix, c’étaient les classes moyennes…
On sait ce qu’il en advint. 

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La disparition progressive du prolétariat a suivi la désindustrialisation de la France. Je ne suis pas loin de penser que fermer l’outil industriel, c’était supprimer, dans la pensée de dirigeants libéraux, cette partie de l’opinion qui a une propension à l’émeute. Tout ce qu’il en reste aujourd’hui, ce sont les Gilets jaunes.

L’échec de Jospin a sonné le tocsin pour les belles intelligences qui hantent les UER de Sociologie. S’il n’y a plus de prolétaires, allons chercher d’autres « damnés de la terre ». Remplaçons la lutte des classes par la lutte des races. Et aménageons les horaires des piscines municipales, à Lille et ailleurs, afin que les musulmanes, toujours pures, comme chacun sait, ne se baignent pas dans les mêmes eaux que des salopes céfrans.

Les immigrés, main d’œuvre surexploitée dans les années 1960-1970, avaient fait des enfants, qui, le cul entre deux cultures, choisirent celle qui leur offrait un peu de transcendance, l’islam, tout en adoptant les gadgets de l’autre : le capitalisme ne s’inquiète guère des revendications existentielles tant qu’on achète ses produits. Les insurrections algériennes du FIS et du GIA mirent de l’huile d’arachide sur ce feu. Comme on les avait adroitement enfermés dans des ghettos, ces enfants de deuxième ou troisième génération commencèrent par en expulser les Juifs qui y vivaient encore : à Trappes ou ailleurs, on n’incendie pas les synagogues pour des prunes.

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Cet antisémitisme de l’islam, héritier des belles déclarations du Grand Mufti de Jérusalem, Husseini, allié d’Hitler contre les Juifs, conflua avec l’antisionisme des gauchistes de la LCR, qui tournèrent alors un regard intéressé vers des gens susceptibles de renforcer ses maigres bataillons.

Puis les jeunes musulmans burent les paroles des imams envoyés en France par des régimes et des organisations qui ont une vision à long terme et une politique adroite de cheval de Troie: les universités ont vu affluer des publics plus portés sur l’entrisme religieux que sur les savoirs classiques. Les plus extrémistes fomentèrent des attentats ici-même. Ceux qui avaient le goût des voyages rejoignirent Daesh — puis sont revenus prêcher la bonne parole d’Allah le Miséricordieux.

« Là se trouve, pensent les idéologues de l’extrême-gauche, le réservoir humain de notre reconquête. Foin du marxisme qui faisait de la religion l’opium du peuple ! C ‘est par l’islam que nous enfoncerons un coin dans cette vieille gueuse pourrissante — la République française. » Jacques Julliard n’avait pas tort en affirmant que « l’islamo-gauchisme, c’est la haine de l’identité française. »

S’ensuivit un effet boule de neige. Aux islamistes purs et durs, dûment chapitrés afin de feindre (la taqîya n’est pas pour les chiens) la collaboration avec des koufars qu’ils méprisaient profondément, s’adjoignirent par intersectionnalité tous ceux qui voulaient s’élever en piétinant le cadavre de l’homme blanc occidental. Alors que la Gauche était historiquement anti-raciste, au moins depuis l’Affaire Dreyfus, des étudiants, des syndicalistes, des enseignants, se sont mis à inventer des meetings ou des colloques réservés aux « racisés » et autres « indigènes de la République ». Le phénomène se retrouve à tous les niveaux, et des syndicalistes, pour accroître le nombre de leurs affidés, ont entériné ces pratiques racistes : voir SUD, notamment, ou l’UNEF, qui exhibe des militantes voilées (tout comme le NPA présente des candidates voilées à des élections locales) tout en interdisant la lecture des œuvres de Charb, qui se fait ainsi assassiner deux fois. 

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Jean-Luc Mélenchon s’est converti à cette ligne, et défile désormais avec les Frères musulmans. Oh, comme je plains les démocrates sincères et de gauche qui ont voté pour lui et ont fait le lit de ces compromissions ignobles !

Intersectionnalité oblige, des féministes se voilèrent la face (si je puis ainsi m’exprimer), et décidèrent d’oublier que le voile islamique est le symbole de l’infériorité de la femme, de sa soumission aux diktats des barbus. Tant qu’à faire, ces chiennes de garde omirent aussi de condamner la polygamie, l’excision, les certificats de virginité, les mariages forcés et autres discriminations imposées par une vision fanatique de l’Islam des cavernes. La loi de 2004, bien timide, qui interdit l’exhibition de signes religieux ostentatoires dans les lycées et collèges, leur paraît un déni de démocratie. On en reparlera quand elles devront se voiler elles-mêmes. En attendant, le voile envahit les universités, et nombre d’universitaires ont dû faire face à des protestations selon les sujets qu’ils traitaient.

L’enseignant que je suis sait bien, depuis des décennies, que les petites maghrébines n’ont que l’école pour se libérer d’un environnement familial totalitaire. Et qu’elles brillent bien davantage que leurs grands-frères, occupés à les museler. Peu importe aux féministes actuelles, pour qui un tchador a la même signification qu’une mini-jupe, et un burkini qu’un bikini. Le paradoxe du féminisme contemporain, c’est qu’il sacrifie des femmes, et en grand nombre, sur l’autel sacré de la convergence des luttes.

Tous les laissés-pour-compte du Tiers monde, venus en Europe trouver un boulot et des subventions, tous les descendants d’esclaves (attention : ne pas mélanger ceux de la traite trans-Atlantique, emmenés par des Blancs odieux, et ceux, bien plus nombreux, de la traite trans-africaine, mutilés et massacrés par des frères en Mohammed, sur lui la Paix et la Bénédiction), les gays et lesbiennes qui ont choisi d’ignorer qu’ils seront un jour ou l’autre empalés ou lapidés par leurs nouveaux amis, tout ce beau petit monde a choisi la revendication brutale plutôt que la voie plus difficile des études et des concours.

Ils ne se contentent pas de faire du bruit : ils dénient aux autres le droit à la parole et même à l’existence. Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinski, Elisabeth Badinter en ont fait l’amère expérience. Le slogan de 68, « Il est interdit d’interdire », est devenu « Il est interdit d’exprimer quoi que ce soit qui ne soit pas en accord avec la doxa dont nous sommes dépositaires ». Logique : à force de fréquenter des fanatiques, on se bricole sa charia dans son coin. L’idéologie « woke » américaine, selon laquelle le Blanc est coupable par naissance, le mâle violeur par essence et la laïcité à la française une atteinte intolérable au droit constitutionnel d’être un crétin superstitieux et arrogant, s’insinue progressivement dans nos facs. Et les universitaires, par conviction ou par lâcheté, entérinent ces élucubrations et les perpétuent en sélectionnant des objets d’étude plus farfelus les uns que les autres. 

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Le recrutement d’enseignants conformes à cette doxa accentue encore le mécanisme d’emprise. La terreur que font régner quelques extrémistes crée la panique dans la majorité silencieuse. Les médias, qui répondent volontiers aux sollicitations des énergumènes, grossissent les faits. Et tout ce beau monde prépare l’avènement d’une société raciste, fanatique, soumise, où il fera certainement très bon vivre.

Alors oui, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer ont raison de nommer l’islamo-gauchisme. Peut-être pourraient-ils aussi se donner les moyens de faire appliquer les lois existantes, qui interdisent — c’est l’essence de la Constitution — toute distinction de sexe, de race ou de religion. Et ça, c’est le boulot des ministres de l’Intérieur et de la Justice.

À la « French Pride », on se tient bien

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J’ai bien failli ne pas aller à la manif organisée à Paris pour Génération Identitaire, association menacée de dissolution.


Un samedi après-midi, avec une femme au travail et un gosse sur les bras, ce n’était pas gagné. Ce n’était pas l’envie qui me manquait de marcher jusqu’à Denfert pour les soutenir dans leur dénonciation de l’islamisation et leur défense de la civilisation française, mais j’étais coincé. Charles Martel, lui, n’avait pas ce genre d’empêchement.

J’ai suggéré à sa mère que peut-être, je pourrais emmener le petit, en promettant de rester loin des bagarres et des lacrymos. « Je suis quand même père de famille bon sang, je ne fais pas n’importe quoi ! Enfin mon amour ! » Mais le mot doux servi pour l’occasion ne trompa personne et le « non » fut catégorique.

Mon tee-shirt Keep America great introuvable

Elle craignait des heurts avec des contre-manifestants annoncés. Je lui explique que pour briser des vitrines innocentes et lyncher des flics entravés par la non-violence de leurs consignes, il y a toujours du monde, mais que face à de jeunes esprits sains dans des corps sains, il risque de n’y avoir personne. Comme Arthur Koestler l’écrivait à propos des Arabes, « ils font d’excellents émeutiers mais de piètres combattants. » Heureusement, la baby-sitter est libre. Elle se pointe à 14h. Je cherche partout mon tee-shirt « Président Trump 2020 Keep America great » sans pouvoir mettre la main dessus. J’enrage. Pour une fois que j’aurais pu échanger des regards complices avec des Trumpistes, dans Paris intra-muros ! Tant pis, j’enfile une chemise, j’attrape mon masque bleu-blanc-rouge et j’y vais.

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À Denfert-Rochereau, la police cerne la place. Le lion de Belfort lance vers les cités de Vanves et de Malakoff ce regard farouche qu’il a gardé de la toute première occupation, celle de 1870. Aujourd’hui, les occupants ont changé de visage et les Versaillais qui les accueillent aussi, mais la détermination du fauve à opposer une résistance semble intacte. Cet après-midi, il n’est pas seul: 3000 personnes selon les organisateurs et 1500 selon la police sont rassemblées autour de sa statue. Debout sur le socle du félin de bronze, j’aperçois une belle fille noire coiffée d’un bonnet phrygien. À ses côtés un type qui ressemble à Manu Dibango agite un drapeau de Génération Identitaire. Jean Messiha leur rendra hommage dans son discours en citant De Gaulle s’adressant à des Noirs et des Arabes : « Mon Dieu que vous êtes français ! » Il est vrai qu’avec le courage qu’il faut pour s’afficher identitaire, ils ont un peu plus de mérite que ceux qui héritent. Le soir, je ne les reverrai pas sur les images que diffuse la télé. En revanche les aryens aux cheveux courts seront sur tous les plans. Des dessins sont brandis, des figures de poilus qui défendaient les frontières. Les affiches demandent: « Vous les auriez dissous » ? Il y a pas mal de jolies filles, en jupe et en sécurité, et aussi quelques rares mines patibulaires, qui se tiennent en retrait. Ils me rappellent les skinheads qui nous agressaient il y a 30 ans, à dix contre un, quand on sortait du Gibus, parce qu’on avait ce qui manquait à ces bourrins, comme aux bandes de racailles aujourd’hui: du style et des filles. 

Pas déplorables

Je fais un tour, j’avance facilement, la foule n’est pas très compacte. J’observe un petit groupe de jeunes gens d’une vingtaine d’années, coiffés de casquettes rouges « Trump 2020 ». Ils sont assez beaux, plus que la moyenne des jeunes que je croise d’habitude, peut-être parce qu’ils ne sont pas fringués comme une équipe de basketteurs américains. Ici, il n’y a pas de capuches, pas de dreadlocks, pas de joggings bariolés, pas de jeunes à canettes, débraillés et défoncés, rien de ce qui a fait dire à Bret Easton Ellis que « le look de Black lives matter est déplorable ». Il n’y a pas non plus de techno dans la sono ou de tamtam sur un char. On n’est pas chez les Indigènes de la République mais chez les indigènes de France et la « j’m’en bats les couilles attitude » n’est pas de mise. À la French Pride, on se tient bien. Une vieille dame déambule avec un masque sur lequel elle a écrit au feutre: « Génération identitaire ». On fait attention à elle, on s’écarte pour la laisser passer. On sent un usage ancien de la civilité et les vertus de l’éducation. Deux jeunes militants se retrouvent: « ça va, Gro ? » Gro n’étant pas l’inverse de maigre mais le diminutif de « négro », une expression venue des cités et répandue chez les jeunes. On n’échappe pas à l’argot de sa génération, même identitaire, mais quand on s’interpelle entre blancs, on ne se dit pas « frère !» On n’est pas raciste.

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Entre les pattes du lion, les cadres du mouvement lancent des slogans repris aussitôt. « On est chez nous » ou « Darmanin dans les cités ». Puis viennent les discours. Florian Philippot, qui trouve Marine trop molle, Jean-Frédéric Poisson qui dénonce la société multiculturelle avec la précision qu’on lui connaît. Personne sur place du Rassemblement National mais des messages de soutien sont lus, envoyés par Stéphane Ravier et Thierry Mariani. Un discours d’Emilie, jeune militante parisienne, puis de Thaïs d’Escuffon, très applaudie sur son engagement. Elle porte une de ces jolies robes que les filles à l’ère de la diversité mettent pour sortir quand il fait beau et surtout quand elles sont accompagnées de gentlemen sportifs. Enfin, c’est Jean Messiha qui prend le micro et qui casse la baraque. On l’applaudit, on scande à plusieurs reprises: « Messiha président ! ». Manifestement, on l’aime bien malgré sa « tête de bougnoule » et son « air de chameau » comme dirait Yassine Belattar. 

Mais après la fin de la manif et la dispersion dans le calme, sans les pillages et les saccages auquel le vandale de troisième génération nous a habitués après d’autres rassemblements, en allumant ma télé sur Cnews, pour trois débatteurs sur quatre qui soutiennent la dissolution de « cette milice raciste et antisémite », les racistes dans ce pays, ce sont les jeunes gens de Génération Identitaire. Mais où ont-ils vu ça ? À la télé ? Comment dit-on déjà ? Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre ? On pourrait ajouter qu’il n’y a pas plus malhonnête aujourd’hui que celui qui ne veut pas faire le jeu du Rassemblement National.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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«Tuez-les ; Tuez-les!»… La guerre contre la police

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La police française se fait attaquer dans les rues par des délinquants qui menacent la vie de ses agents, et sur le terrain institutionnel et politique par des acteurs toujours plus nombreux et déterminés à l’empêcher de remplir sa mission. La sécurité de tous les citoyens est menacée.


Le 25 janvier, à Pantin, le 4 février, dans le quartier de la Conte à Carcassonne, le 13 février, à Poissy, des groupes organisés de « jeunes » selon le vocabulaire consacré ont attiré les forces de police dans leurs cités pour leur tendre une embuscade. Aux cris de « Tuez-les ; Tuez- les », les patrouilles ont été prises à partie avec des mortiers, ces engins pyrotechniques régulièrement utilisés comme des armes de guérilla urbaine. A chaque fois, des vidéos de l’attaque ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Des statistiques du ministère de l’Intérieur publiées par le Figaro montrent qu’entre le 17 mars et le 5 mai 2020, 79 guet-apens ont été tendus aux policiers. En octobre 2020, on avait recensé au moins dix attaques de commissariats depuis le début de l’année.

Les médias délégitiment l’institution policière en permanence

La guerre contre la police qui est menée dans notre pays n’est jamais nommée. Au contraire, médias et people s’associent pour affirmer qu’une police intrinsèquement raciste est partie en guerre contre la population. Rappelons-nous les manifestations incessantes et largement médiatisées du clan d’Assa Traore contre le « meurtre » de son frère par la police. Ou bien, en mai 2020, peu après que la chanteuse Camélia Jordana ait accusé la police d’assassinats multiples et gratuits sur une chaîne de télévision du service public, – « les hommes et les femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue » se font « massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau » – une hallucinante séquence s’est mise en place: le député LREM Aurélien Taché a twitté « Bravo Camélia Jordana, mais le prix à payer va être terrible…tu le savais. Ils vont nier puis retourner la charge de la preuve et une fois encore, chercher à faire passer les victimes pour des coupables. » Le journal Les Inrockuptibles[tooltips content= »Violences policières: Ce que dit Camélia Jordana est évident, c’est l’étonnement qu’elle rencontre qui est étonnant, Les Inrockuptibles, 25 mai 20″](1)[/tooltips] a apporté sa caution à l’accusation en donnant la parole à un faux « expert » des violences policières, le documentariste David Dufresne, qui a affirmé que la chanteuse « exprime des évidences ». L’Obs a surenchéri en juin 2020, en tendant le micro à Omar Sy qui, de sa villa de Los Angeles, a « demandé justice pour Adama Traoré », tracé un parallèle avec George Floyd et appelé de ses vœux une « police digne de notre démocratie »[tooltips content= »EXCLUSIF. L’appel d’Omar Sy : Réveillons-nous. Ayons le courage de dénoncer les violences policières en France, L’Obs, le 4 juin 2020″](2)[/tooltips]. Une pétition a été lancée qui a recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures. Le 24 juin, Amnesty International a publié un rapport[tooltips content= »« Europe: police et pandémie: les mesures prises en Europe pour faire face à la pandémie de covid-19 ont donné lieu à des violations des droits humains », 24 juin 2020, amnesty.org »](3)[/tooltips] qui a dénoncé le racisme de la police en Europe pendant le confinement sanitaire. Le 19 juillet 2020, le maire écologiste de Colombes (Hauts-de-Seine) Patrick Chaimovitch a dressé un parallèle entre la police de Vichy et celle d’aujourd’hui. Le psychanalyste Gérard Miller a invité à « réfléchir » sur les propos du maire de Colombes et le journaliste Edwy Plenel a comparé le nouveau ministre de l’intérieur Gérald Darmanin à René Bousquet, haut fonctionnaire organisateur de la rafle du Vel d’Hiv et gravement compromis avec la Gestapo pendant la guerre.


Ce climat de délégitimation de l’action de la police a pour conséquence d’aggraver les violences contre les policiers. Sur les routes, les automobilistes refusent fréquemment de s’arrêter lors des contrôles et, parfois, lancent leur voiture contre les forces de l’ordre. Selon le Figaro, ces refus d’obtempérer ont fait un bond de 5,1 % en 2020, soit une infraction commise toutes les 20 minutes.

Le Défenseur des droits s’oppose aussi à la police

La pression médiatique sur la police est telle que les forces de l’ordre ne se sentent pas en droit d’utiliser leur arme. Comme l’écrit Philippe Bilger, ex-magistrat, « face aux menaces, aux jets divers et aux atteintes physiques, elle (la police) n’a pratiquement pas le droit d’user de ce que la loi l’autorise à mettre en œuvre », à savoir son arme. « Si on examine dans le détail les cinq situations qui permettent, depuis la loi du 28 février 2017 commune à la police et à la gendarmerie, l’usage des armes à feu, on constate d’abord qu’elles ne sont pas très éloignées de la notion ancienne de légitime défense mais que surtout elles sont très rarement concrétisées dans la pratique ». Pour la bonne raison qu’à chaque fois, pèse sur la police une choquante suspicion d’usage illégitime de la violence.

La mise en accusation de la police par les médias et les people est alimentée aussi par le monde académique. En France, comme aux Etats Unis, la police est accusée de pratiquer des contrôles au faciès, c’est-à-dire de faire un usage raciste de son pouvoir de contrôle des identités. Cette idée a été lancée et alimentée par une étude[tooltips content= »Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris. http://www.laurent-mucchielli.org/public/Les_controles_d__identite.pdf »](4)[/tooltips] de Fabien Jobard et René Lévy, deux chercheurs du CNRS, qui ont affirmé en 2009 que les contrôles de police sont menés « au faciès », c’est à dire « non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être ». En 2017, le Défenseur des droits a repris publiquement à son compte l’accusation portée contre la police de contrôles d’identités racistes.

L’éternel débat sur les statistiques ethniques

Ces « études » du CNRS ou du Défenseur des droits auraient pu être contrées – ou corroborées – par des études sociologiques qui montrent que la criminalité est également – ou inégalement – répartie au sein des différentes couches ethniques qui composent la société française. Mais la loi française interdit les statistiques ethniques. Il est donc permis d’accuser la police de racisme, mais il est interdit de vérifier si les Noirs ou les Maghrébins sont surreprésentés dans la délinquance, au regard de leur présence démographique dans la population française. La mode aujourd’hui est d’exiger une stricte proportionnalité des contrôles d’identité entre les Blancs, les Noirs et les Arabes.

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L’offensive médiatique contre la police est également légitimée par les plus hauts représentants de l’Etat. « Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé », a déclaré Emmanuel Macron au média Brut, en décembre 2020. Le 12 février, Claire Hédon, Défenseure des droits, demandait sur France Info l’arrêt des contrôles d’identité dans « certains quartiers » et l’instauration « de zones sans contrôle d’identité ».

Il était inévitable que cette pression politico-médiatique se traduise par des ouvertures sur le terrain du droit. En 2016, la Cour de cassation a jugé qu’ « un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde ».

Les associations lancent une action de groupe contre l’Etat

Comment résister ? Le 27 janvier 2021, les avocats de six ONG (dont Amnesty International France et Human Rights Watch) ont lancé une action de groupe contre l’Etat, adressant une mise en demeure au premier ministre, Jean Castex, ainsi qu’au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et au ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti pour que cessent « les contrôles au faciès ». L’État dispose de quatre mois pour répondre à la mise en demeure des ONG et faire des propositions. S’il ne répondait pas de manière satisfaisante, l’action de groupe contre l’Etat, la première du genre en Europe, irait devant les tribunaux.

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Mais ce n’est pas seulement la police de terrain qui est attaquée. D’autres puissants acteurs ont entrepris de s’attaquer aux moyens d’investigation de la police anti-criminalité. Le 6 octobre 2020, la Cour de Justice de l’UE a rendu un arrêt dans trois affaires relatives à la conservation « généralisée et indifférenciée des données relatives au trafic et des données de localisation » dans le secteur des communications électroniques. En d’autres termes, au nom de la protection du droit à la vie privée et à la protection des données personnelles, la Cour a jugé que les lois nationales imposant aux fournisseurs de services téléphoniques de conserver de manière « généralisée et indifférenciée » les données relatives au trafic (les fadettes) et les données de localisation (qui permettent a posteriori d’identifier les téléphones qui ont borné à proximité d’une scène de crime par exemple) étaient contraires à la Charte de l’UE, laquelle est intégrée aux traités et a donc valeur constitutionnelle. Il en résulte que la prévention et la résolution des crimes va être beaucoup plus complexe et souvent devenir impossible. Dans 90% des cas, la police n’a pour seul indice que les téléphones qui ont borné à proximité d’une scène de crime, ce qui permet ensuite, tel le fil d’Ariane, de remonter les pistes (via les fadettes, qui permettent de savoir avec qui la personne qui a borné a communiqué dans les semaines et les mois précédents).

Les forces qui se liguent aujourd’hui contre la police – médias, people, associations et ONG anti-racistes, une partie de la magistrature et les cours droit-de-l’hommistes européennes sans oublier les comités des droits de l’homme de l’ONU – poussent à la dévitalisation de l’Etat sur un point essentiel : sa mission d’assurer la sécurité de tous les citoyens.

Si le processus aboutit, l’antiracisme mis en place au milieu des années 1980 par la gauche, se sera révélé le plus efficace outil de démantèlement des États depuis la seconde guerre mondiale.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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A Lyon être végétarien est un geste barrière


Le maire de Lyon impose dès aujourd’hui dans les écoles une cantine sans viande, érigée en nouveau geste barrière pour lutter contre le virus. La mesure n’est pas au goût de tout le monde: l’élu se voit reprocher de profiter de la crise sanitaire pour faire passer l’idéologie végane en contrebande.


Le cœur léger, perchés sur leurs trottinettes électriques XXL, les parents écolos ont pu filer à toute allure en direction des écoles lyonnaises ce lundi. À compter de ce jour, un « menu unique sans viande » est imposé dans toutes les cantines scolaires de la capitale mondiale de la gastronomie ayant élu maire un militant de la décroissance en juillet 2020.

Et ensuite on s’en prendra aux bouchons lyonnais?

Fini les sueurs froides de ces parents antispécistes et végans qui cauchemardaient à l’idée de laisser leur progéniture porter atteinte à Mère Nature en mangeant du boudin aux pommes, du foie de veau à la lyonnaise ou encore une bonne poularde bien dodue, toutes ces spécialités culinaires qui font la réputation des bouchons lyonnais.

Néanmoins, on apprend que ce n’est pas par conviction idéologique que le maire EELV Grégory Doucet a décidé de verdir les assiettes des cantines, mais pour des raisons sanitaires. Les menus sans viande permettraient de mieux respecter le protocole anti-Covid… L’alimentation sans viande ne serait ainsi pas promue pour lutter contre l’élevage intensif et industriel, contre les souffrances animales ou le changement climatique, mais comme un nouveau geste barrière ! On croirait lire une blague Carambar, mais ce n’est hélas pas le cas.

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Stéphanie Léger, l’adjointe chargée de l’Éducation, explique très sérieusement qu’un menu unique sans viande permettrait de « servir plus rapidement les élèves et fluidifier les repas ». Déposer de la viande déjà cuite dans les assiettes prendrait plus de temps que de servir une louche de purée de pommes de terre ? Pour parvenir à une telle conclusion, les services de la mairie ont évidemment du procéder à un chronométrage bien précis du personnel de la cantine, pour en déduire que le geste de servir diffère selon les plats, lent pour la viande, rapide pour les légumes. Il me semblait que l’exemple des maudits haricots verts – qui  ne cessent de s’échapper au point qu’il faut souvent s’y prendre à deux fois pour servir une quantité raisonnable – suffisait à démontrer le contraire.

La terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie

Bien évidemment, la raison sanitaire de cette nouvelle restriction alimentaire n’est que le masque qui occulte les hérésies de l’écologie punitive. Et le maire ne fait qu’appliquer ses promesses de campagne qui prévoyaient, entre autres, de passer au 100% bio dans la restauration collective, de réduire la consommation carnée et surtout d’habituer les consommateurs aux plats végétariens.

Avec cette évangélisation à marche forcée, le travail de sape de notre gastronomie est en route. Après les enfants, ce sera peut-être nos anciens dans les Ehpad qui seront privés de viande, dans toutes les villes tenues par les tyrans en herbe qui déifient les pousses de sojas.

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Et plus sérieusement, on peut déplorer l’injustice de cette injonction écologique. Priver de viande les petits Lyonnais n’est pas sans conséquence sur les apports nutritionnels journaliers nécessaires, surtout en ce moment, où l’anémie est franchement à éviter. Par ailleurs, quoi de plus injuste que de priver certaines familles précaires de la garantie de servir à leurs enfants un repas équilibré – peut-être le seul de la journée ? L’égalité d’accès à une alimentation variée permise par l’école républicaine est donc sacrifiée sur l’autel des injonctions de l’écologie. Vouloir « sauver la planète » n’est pas critiquable, mais n’oublions pas aussi de protéger l’immunité collective et naturelle de nos jeunes enfants. Cet épisode grotesque apporte une nouvelle preuve que  l’écologisme fanatique n’est pas immunisé contre la bêtise qui, pour reprendre la célèbre formule flaubertienne « est infinie. »

Jérôme Rodrigues: gilet jaune ou gilet rouge?

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Samedi, Jérôme Rodrigues a tenté de s’opposer à la manifestation de Génération identitaire.


Vous vous souvenez de Jérôme Rodrigues? Eh bien, il s’est transformé en combattant antifasciste!

On pensait, bien à tort, que cet homme était simple. Et c’est avec étonnement qu’on découvre sa très riche complexité.

De tous les Gilets jaunes, il était le plus connu. On le voyait partout. Sur les ronds-points, à la Bastille, à la République, sur les Champs-Élysées. Toutes les caméras étaient braquées sur lui.

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Quand il fut éborgné par une grenade de désencerclement lancée par la police, ce fut la gloire. Il était devenu un martyr : saint Jérôme… Un œil en moins, il continuait à manifester sans relâche. Les policiers l’interpellaient et comme il était fort, il se débattait comme un beau diable.

Puis le mouvement des Gilets jaunes s’étant essoufflé, il a disparu de l’actualité (pas tout à fait quand même car il chroniquait chez Cyril Hanouna). Il serait exagéré de dire qu’il nous manquait. Et Jérôme Rodrigues ne voulait pas qu’on l’oublie.

Ainsi, il a ressurgi ce samedi près de la place Denfert-Rochereau où se tenait une manifestation contre la dissolution de Génération identitaire. Et de quel côté était-il ? Du côté des contre-manifestants antifas ! Les policiers qui ne l’ont pas à la bonne l’ont vite identifié et l’ont expulsé de la contre-manifestation. Et comme d’habitude, il s’est débattu…

Jérôme Rodrigues ne représente évidemment pas tous les Gilets jaunes. Mais il était la figure la plus emblématique de ce mouvement. L’occasion de revenir un peu sur les facettes étranges et changeantes de ce mouvement qui présentait de multiples visages kaléidoscopiques.

Pour tenter de discréditer les Gilets jaunes, les autorités avaient, dans un premier temps, affirmé qu’ils étaient manipulés par l’extrême droite. Invoquer le retour des heures sombres de notre Histoire leur paraissait efficace.

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Le complotisme, avec ses errements maladifs, faisait en effet des ravages dans les rangs des Gilets jaunes. Une minorité d’entre eux était ouvertement antisémite: on en a vu qui posaient mimant la quenelle de Dieudonné. D’autres, plus nombreux, pensaient que c’est la banque Rothschild qui dirigeait le monde et qui avait installé Macron à l’Élysée.

Or, toute cette confusion mentale se retrouve à l’extrême gauche bien plus agissante qu’une extrême droite imaginaire. Les antifas protestent en disant qu’ils ne sont pas antisémites. D’être antifasciste les laverait de ce soupçon.

Quand on voit Jérôme Rodrigues et qu’on l’entend, on est irrésistiblement tenté de penser que les Gilets jaunes ne sont pas le peuple, mais la populace. La France insoumise proteste contre l’interpellation de Jérôme Rodrigues. Rodrigues-Mélenchon, même combat!

La guerre scolaire est-elle rallumée? La preuve par le bac

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S’agissant du hors-contrat, l’hostilité de Jean-Michel Blanquer vient d’être illustrée par sa décision de refuser le bénéfice du contrôle continu aux seuls élèves des lycées hors contrat…


Dans les livres d’histoire, on lit que la loi Debré de 1959 représente un équilibre sage qui permit de sortir de la « guerre scolaire » ouverte depuis les lois Ferry de 1881-1882. Un siècle après, en 1984, le ministre socialiste Alain Savary tenta de remettre en cause cet équilibre et d’en finir avec l’école libre en l’absorbant dans un service public laïc unique. Des Français de tous horizons s’y opposèrent en manifestant massivement et conduisirent François Mitterrand à désavouer son ministre. Garder une alternative à l’école publique était la principale motivation des millions de Français descendus dans la rue. Un compromis fut élaboré par Jean-Pierre Chevènement qui se perpétua année après année sous la forme discrète de la coutume politique des 80%/20%. Les enfants des écoles privées sous contrat ne devaient pas représenter plus de 20% des effectifs scolarisés, à l’instar du paysage scolaire de 1984. L’octroi de contrats et donc de financements publics aux écoles privées sous contrat se fait depuis lors ainsi. Les établissements libres qui n’avaient pas conclu de contrat avec l’Education nationale ainsi que les enfants instruits en famille étaient une pratique minoritaire, dont personne ne se préoccupait. Les écoles publiques comme privées sous contrat fonctionnaient bien (même si longtemps la plupart des écoles privées fut de moindre niveau académique que les écoles publiques) et le système scolaire français était une référence que le monde nous enviait, selon la formule consacrée ! L’enseignement privé hors contrat consistait essentiellement en des boites -à -bac (car ce diplôme à cette époque reculée demeurait encore difficile à décrocher), et personne n’aurait songé à restreindre leur liberté : elles s’occupaient utilement des fortes têtes et des cas les plus difficiles, qui devenaient bacheliers au forceps. Bref, la guerre scolaire, expression du bras de fer historique entre l’Eglise et l’Etat, semblait s’être achevée.

Le privé a rattrapé son retard

Mais si l’on compare aux années 1980, le niveau de l’école publique actuelle s’est effondré ; notre école française est désormais de qualité à peine moyenne. Elle réussit en outre le tour de force de creuser les inégalités sociales par son fonctionnement même. Les écoles privées ont des résultats moyens désormais supérieurs à ceux des écoles publiques et les régions qui ont les meilleurs résultats scolaires sont aussi celles où l’école publique est stimulée par une forte concurrence privée, comme en Bretagne. L’instruction en famille et les établissements libres hors contrat se sont développés à mesure de la déception croissante des Français à l’égard de leur système scolaire mais aussi en raison de l’affirmation d’aspirations sociétales nouvelles : besoin de faire reconnaitre la singularité de son enfant, culture du « c’est mon choix », volonté d’implication des parents dans l’éducation de leurs propres enfants et de mise en cohérence de leur choix éducatif avec leurs choix de vie globaux… Bref, l’école unique autoritaire et n’offrant pas d’espace de participation aux parents n’est plus en phase avec l’époque en Occident. Elle fait figure de reliquat suranné d’une éducation massifiée.

Déçus, les Français votent avec leurs pieds : il y aujourd’hui déjà plus de 60 000 enfants instruits en famille et plus de 80 000 enfants scolarisés en écoles libres hors contrat de la maternelle au baccalauréat en France. Et dans le supérieur, l’hémorragie se traduit par le développement rapide de l’expatriation des étudiants, qui reviennent ensuite rarement travailler en France.

Une loi confortant les principes républicains à contre-courant

Face à ce mouvement d’autant plus irrésistible qu’il s’inscrit dans un développement mondial des modes alternatifs d’instruction, le gouvernement semble avoir décidé d’entrer en résistance, et fait adopter loi sur loi pour limiter l’essor de la liberté d’enseignement : loi Gatel de 2018, loi pour une école de la confiance en 2019 et maintenant loi confortant les principes républicains… La loi Gatel n’a pas même eu le temps d’être mise en œuvre que le gouvernement propose d’aller plus loin dans « l’encadrement ». Peu importe si les contrôles prévus ne sont pas diligentés : ainsi 20% des écoles hors contrat nouvellement ouvertes n’ont pas été inspectées l’année d’ouverture et 35% environ des familles pratiquant l’instruction en famille n’ont pas fait l’objet du contrôle annuel par l’Education nationale, alors que le droit en vigueur impose à l’Etat un taux de 100%.

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Toutes ces lois prises dans la précipitation vont dans le même sens, même si elles progressent par étapes. Ainsi l’obligation d’instruction à trois ans, instaurée en 2019 pour la rentrée 2020, est en passe d’être transformée en scolarisation obligatoire pour tous dès trois ans. Le mot d’ordre est simplissime : remettre tout le monde à l’école publique, « quoi qu’il en coûte ». Quitte à nier la phobie scolaire, le harcèlement, l’incapacité de l’Education nationale à bien accueillir des profils atypiques. Le gouvernement cherche à dissuader les alternatives à l’école publique par quatre moyens : tout d’abord, il stigmatise les adeptes de la liberté d’enseignement en les faisant passer pour des séparatistes sociaux voulant se mettre en marge de la République, voire des radicalisés ; deuxièmement, il multiplie les « barrières à l’entrée » de type réglementaires et administratives tant pour le régime d’instruction en famille que pour la création d’écoles hors contrat (dans la continuité des efforts de Najat Vallaud-Belkacem pour soumettre la création des écoles hors contrat à un régime d’autorisation, efforts qui s’étaient heurtés à la censure du conseil constitutionnel). Troisièmement, il multiplie les contrôles et met en place un régime de sanctions pénales particulièrement draconiennes, tout en définissant peu les griefs de sorte que les enfants et leurs responsables vivent avec une angoissante épée de Damoclès au-dessus de la tête. Enfin, il prive les familles ou les écoles de la garantie du juge judiciaire en faisant basculer vers l’administration le contentieux relatif à l’éducation.

Les lycées hors-contrat privés du contrôle continu

Après avoir été suspectés de faire le jeu des sectes, les tenants de la liberté d’enseignement sont désormais soupçonnés de faire le lit de l’islamisme, ou du « séparatisme social ». Le parlement ne sait pas sur quoi on lui demande de voter ; les faits et les statistiques font défaut, comme en témoigne le vide sidéral de l’étude d’impact du projet de loi confortant les principes républicains, mais qu’importe ! Triste écho à la loi des suspects de 1793 qui amputaient les libertés de ceux qu’on suspectait être des ennemis de la République.

Une chose semble assez certaine : en matière éducative, cette loi initialement dirigée contre le séparatisme islamiste préfère finalement rallumer la guerre scolaire plutôt que faire la guerre à l’islamisme, et très peu de gens sont dupes du tour de passe-passe. L’adoption par l’assemblée nationale d’un amendement sur la mixité sociale qui cache à peine la volonté de certains d’intégrer à moyen terme les écoles sous contrat dans la carte scolaire donne aussi un signal intéressant des tendances à l’œuvre. S’agissant du hors-contrat, l’hostilité de Jean-Michel Blanquer vient d’être illustrée par sa décision de refuser le bénéfice du contrôle continu aux seuls élèves des lycées hors contrat, pour remplacer les épreuves de spécialité du bac 2021 qui étaient prévues initialement pour mars et qui ont été annulées en raison de la Covid-19. Les candidats issus d’établissements hors contrat seraient-ils miraculeusement protégés de la contamination du virus pour que l’Etat ne trouve pas nécessaire de leur faire bénéficier des mêmes mesures de précaution que les autres ? En juin, ils seront condamnés à passer les épreuves de spécialité en plus des épreuves de tronc commun (lesquelles porteront sur deux ans et non pas un). Difficile de ne pas voir dans cette décision un indicateur du niveau élevé de la volonté de guerre scolaire du gouvernement dans la France en 2021 ! L’association Créer son école que je dirige a chargé ses avocats de déposer au Conseil d’État un référé suspension contre le décret (qui va être publié de manière imminente) refusant le contrôle continu aux lycéens hors contrat. Il faut défendre plus que jamais la liberté d’enseignement et le droit à la santé de tous les enfants sans discrimination.

Ces romans qui venaient du froid


De la Suède à l’Antarctique en passant par la Sibérie, trois romans qui vont du noir à l’anticipation explorent ces contrées où le froid est aussi un personnage.


« Février est le mois le plus court, mais le plus méchant », remarquait avec justesse Louis-Ferdinand Céline. Les jours tardent à rallonger au cœur de l’hiver et, surtout par les temps qui courent, le froid se fait l’allié du virus, des couvre-feux et des confinements, ces mots d’un autre âge. Raison de plus pour soigner le mal par le mal et vous proposer trois romans glacés et glaçants, au propre comme au figuré, écrits avec des mots d’aujourd’hui. C’est une erreur commune de croire que la littérature guérirait la dépression hivernale par des livres joyeux et solaires. Nous prenons même le pari du contraire. Vos états d’âme préféreront l’identification harmonieuse avec des personnages qui se débattent dans la nuit et le froid à l’espèce de dissonance cognitive qui serait provoquée par des héros bronzés courant sur les plages.

Commençons par la Suède, décor d’Une vie de poupée, dernier roman d’Erik Axl Sund, sous-titré « mélancolie grise » : tout un programme… Le nom de l’auteur est en fait le pseudo d’un duo, façon Boileau-Narcejac, formé par Jerker Erikson et Hakan Alexandr Sundquist. On a le droit de se méfier de l’envahissement de nos librairies par le polar scandinave. Est-ce une nostalgie informulée du modèle social-démocrate dont ce genre signe paradoxalement l’effondrement ? Toujours est-il qu’on y trouve le pire comme le meilleur et le duo Erik Axl Sund fait plutôt partie du meilleur. Sans doute grâce au personnage du flic de la criminelle Kevin Jonsson, qui vit dans une cabane de jardin ouvrier en souvenir de son père et note minutieusement tous les anachronismes sur un carnet quand il regarde un film de guerre (en l’occurrence Requiem pour un massacre), histoire d’exercer son sens de l’observation.

Le pays dans lequel il évolue n’a vraiment plus rien d’un dépliant touristique, ce qui est souvent le cas chez nombre d’auteurs suédois comme Camilla Läckberg dont on se demande si elle n’est pas payée par le ministère du Tourisme. Une vie de poupée renoue au contraire avec le polar suédois des origines, celui d’un autre duo, Sjöwall et Whalöö, qui, avec l’inspecteur Beck et son équipe, dans les années 1960, se livrait à une critique sociale en règle et se refusait au pittoresque.

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Dans Une vie de poupée, le flic est confronté aux nouvelles formes de l’industrie de la pornographie et de la prostitution, alimentées par le trafic de migrants. Il s’agit d’une enquête fouillée, obsessionnelle, alors que deux gamines, une migrante et une Suédoise, Nova et Mercy, façon Thelma et Louise, tracent la route dans une voiture volée après s’être évadées d’un foyer dont l’une de leurs copines a disparu. Beaux portraits de jeunes filles qu’il faut sauver de la profanation dans un pays qui n’a rien d’aimable, Une vie de poupée est une lecture parfois éprouvante, mais répond à ce qu’on est en droit de demander au roman noir : une secousse glacée de nos certitudes.

Allons encore vers plus de froid avec Caryl Férey qui dans Lëd (« glace » en russe) nous amène à Norilsk. Déjà auteur d’un récit de voyage qui portait ce titre, Caryl Férey l’a transformé en roman dont cette ville sibérienne est finalement le personnage principal. On y atteint fréquemment la température de – 67°, les habitants qui ont toujours vécu dans cette ville minière, ancien site d’un goulag, n’ont jamais vu de leur vie ni abeille ni fleurs, à peine des oiseaux. Caryl Férey, globe-trotter et golden boy du roman noir français, qui a multiplié les succès depuis Zulu, nous avait plutôt habitués aux moiteurs tropicales d’une Amérique latine travaillée par les souvenirs mortifères des dictatures. Mais le froid extrême ne lui a pas fait perdre sa virtuosité.

Lëd raconte l’enquête de Boris Ivanov, un flic en disgrâce qui vient d’Irkoutsk, sur la mort d’un Nenets, la peuplade autochtone qui élève des rennes dans les environs. Il lui faut tout son calme pour évoluer dans Norilsk qui a gardé ses habitudes soviétiques avec la surveillance généralisée de la population et notamment les travailleurs d’une mine de nickel qui fournit à elle seule 2 % du PIB russe, avec la pollution et la corruption qui en découlent. Dans cet univers qui semble de toutes ses forces vouloir exclure l’homme, Caryl Férey offre une galerie de personnages attachants qui se débattent au quotidien dans l’extrême : Gleb, mineur et photographe amateur, Dasha, sa copine qui écoute David Bowie en boucle, Valentina, une ex-militante écolo désabusée ou Shakir, un chauffeur de taxi ouzbek.

Comme souvent chez Caryl Férey, la trame policière est un prétexte à la peinture minutieuse d’un milieu, d’une époque, d’une atmosphère dont on imagine difficilement l’étrangeté et, au sens premier du mot, l’exotisme. Rarement citation mise en exergue d’un roman – ici extraite de La Fin de l’homme rouge de Svetlana Alexievitch – n’aura aussi bien résumé le propos d’un auteur : nous montrer un homme russe « resté les mains vides. Humilié et dépouillé. Agressif et dangereux. »

Adam Roberts. ©Pako MERA/Opale/Leemage
Adam Roberts. ©Pako MERA/Opale/Leemage

Il nous reste désormais à atteindre La Chose en soi, un roman d’Adam Roberts, qui est sans doute le livre le plus original, le plus drôle, le plus érudit de la saison et qui commence là où il est difficile d’avoir plus froid : dans l’Antarctique. Deux jeunes scientifiques, Charles Gardner et Roy Curtius, sont isolés dans une base chargée d’enregistrer les bruits venus de l’espace et, grâce à l’informatique naissante en cette année 1986, d’éventuels signaux extraterrestres. Le problème est que les deux hommes ne s’entendent pas très bien. Charles Gardner, le narrateur, aime les échecs, la conversation et la lecture de la saga de Dune de Frank Herbert, car rien ne vaut de gros volumes pour passer le temps. À l’inverse, Roy Curtius est l’archétype du savant arrogant, à la fois vantard et renfermé, qui préfère se plonger ostensiblement dans la lecture de la Critique de la raison pure de Kant.

Tout déraille assez vite entre les deux hommes. Roy ne reçoit ni courrier ni colis par l’avion hebdomadaire qui se pose devant la base. Il en conçoit une certaine aigreur et propose à Charles de lui acheter une lettre. Charles, amusé, accepte pour 10 livres, puis regrette, car si ça se trouve, c’était une lettre de sa petite amie avec qui, sans jeu de mots, ses relations se refroidissent. Roy refuse obstinément de la rendre tout en exposant sans cesse une théorie étrange. Il a découvert comment résoudre le paradoxe de Fermi grâce à Kant. On rappellera que le paradoxe de Fermi, du nom du physicien italien, consiste à se demander pourquoi, alors que l’univers est infini, il n’y a aucune civilisation extraterrestre qui soit entrée en contact avec nous. Hypothèse de Fermi : les extraterrestres seraient déjà là, mais nous n’avons pas les moyens de les percevoir parce que notre intelligence fonctionne uniquement grâce aux catégories kantiennes de l’espace et du temps, qui nous permettent de percevoir l’univers seulement selon un certain prisme.

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Il y aurait donc toute une partie de la réalité qui nous échapperait, « un monde en soi » que Kant appelle le Ding an sich. Et Roy Curtius, qui refuse toujours de rendre la lettre de Charles, estime qu’il serait possible de voir ce monde en soi grâce à l’intelligence artificielle encore balbutiante des ordinateurs. Charles a l’impression que Roy devient fou, ce qui n’est jamais rassurant quand on est dans un huis clos polaire. Lors d’une sortie pour réparer une antenne, Charles sombre dans un cauchemar. Il se perd, il a l’impression de voir de gigantesques formes vivantes dans le blizzard et quand il parvient à rentrer dans la base, agonisant, c’est pour apercevoir Roy, en larmes, qui dit avoir vu « la chose en soi » et qui tente de se suicider, sans succès, avec un pistolet à fusée éclairante. Il ne s’agit là que de l’entrée d’un menu somptueux, mais qui donne un bel échantillon de la gamme des talents d’Adam Roberts, capable de mélanger le gore et la philosophie, la spéculation scientifique et le prosaïsme d’un quotidien absurde et hilarant où l’on peut dans la même phrase évoquer Wittgenstein et John Carpenter.

À partir de ce moment, Adam Roberts multiplie les voix et les époques, nous transporte dans l’Allemagne de 1900 en compagnie de deux dandys homosexuels, mais aussi dans un mystérieux institut où un Charles de 50 ans, devenu alcoolique et éboueur, et qui ne se remet pas de son aventure australe, comprend que l’hypothèse de Roy Curtius est prise très au sérieux par des gens aux moyens illimités. Adam Roberts sait aussi jouer sur tous les registres. On a le droit à un éblouissant pastiche de James Joyce, ou à une réécriture, dans un futur lointain, des Derniers Jours d’Emmanuel Kant de Thomas de Quincey.

Raymond Queneau a dit de son roman Le Chiendent qu’il était une illustration du Discours de la méthode de Descartes. Adam Roberts, par ailleurs professeur de littérature à l’université de Londres, s’est livré au même exercice avec La Critique de la raison pure de Kant. Exercice impeccablement réussi, qui transformera l’amateur de science-fiction en philosophe à moins que ce ne soit l’inverse…

Erik Axl Sund, Une vie de poupée (trad. Rémi Cassaigne), Actes Sud, 2021.

Une vie de poupée: Mélancolie grise

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Caryl Férey, Lëd, Les Arènes, 2021.

Lëd

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Adam Roberts, La Chose en soi (trad. Sébastien Guillot), Denoël, 2021.

La Chose en soi

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L’or du thé


Dans le thé, ce n’est pas uniquement la boisson chaude que l’on apprécie mais l’ensemble raffiné dans lequel il est servi, le rituel, les tasses, les théières et les accessoires. Petit voyage dans un monde plus complexe encore que celui du vin.


Il faut l’avouer : le thé n’est pas une boisson facile d’accès, surtout si l’on est habitué au parfum et au goût du café bien torréfié, plus immédiat, sensuel et rassasiant. Parfois, on a même carrément le sentiment de boire de l’eau chaude, conformément à cet « éloge de la fadeur » qui, selon le philosophe François Jullien, serait au cœur de la culture chinoise. En fait, ce n’est pas tant le thé que l’on apprécie, que l’ensemble dans lequel il est servi : la cérémonie, le rituel, avec ses jolies tasses et ses petits gâteaux secs !

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Thé vert rarissime au goût de foin frais et de noisette, cueilli en avril 2020 dans la province de Zhejiang (au sud de Shanghai) par M. Kong Zhang Ming, de la 74e génération des descendants de Confucius. © Terre de Chine

Afin de ne plus passer pour un plouc, on pourra se rendre à la boutique Terre de Chine située rue Quincampoix, dans le Marais. À l’intérieur, derrière son comptoir, une petite dame chinoise à l’œil vif vous accueillera : Lyne Wang, née à Shanghai en 1966. Cette femme au caractère bien trempé fulmine aussitôt qu’on lui parle de thés ou de riz japonais (le meilleur du monde selon moi) : « C’est nul ! » s’exclame-t-elle furibarde en m’ébouillantant les mains avec sa théière rare en argile de Yixing. « Les thés ont été découverts en Chine, il y a quatre mille ans par l’empereur et médecin Shen Nong, la cuisine chinoise est la plus ancienne du monde, alors ne viens pas me raconter des histoires avec ton Japon ! » À part ça, Lyne est une grande cuisinière : son canard laqué en trois services, qu’elle m’a fait l’honneur de me préparer chez elle, est admirable.

Avec elle, vous découvrirez un monde plus complexe encore que celui du vin, car le théier est un arbre à fleurs persistantes qui donne trois récoltes par an (contre une seule pour la vigne) : printemps, été, automne. Chaque récolte se déroule en trois cueillettes qui chacune donne un thé particulier. Pour corser le tout, il existe six familles de thé : le blanc, le jaune, le vert, le rouge, le noir et le wulong (un thé demi-fermenté qui sent bon la campagne). Rien qu’en Chine, toutes ces variétés sont cultivées dans des régions au climat différent, sur des terroirs spécifiques. « Vous voulez boire un thé ? Mais lequel ? » Lyne est une intégriste. Chaque année, au printemps, cette ancienne étudiante en médecine diplômée de la Sorbonne parcourt en Chine des milliers de kilomètres pour acheter auprès des meilleurs producteurs, très pauvres pour la plupart, qui cultivent leurs théiers comme leurs ancêtres, sans le moindre pesticide (comme les descendants de Confucius qui, dans la province d’Anhui, cultivent un thé vert d’exception aux longues feuilles appelé « Hirondelle »). Ces paysans sont devenus ses amis. « En Chine, la plupart des gens boivent du thé sans se poser de questions et la qualité est souvent médiocre. Les Chinois connaissent mal leur propre pays ! Ce que je fais, très peu de marchands chinois le font, c’est pourquoi, avant la pandémie, beaucoup de touristes venaient à Paris pour m’acheter de grands thés. »

Pour Lyne, le premier obstacle, c’est la douane française : « Près de 50 % des thés originaires de Chine sont détruits par les douaniers car jugés impropres à la consommation à cause des pesticides. Ma fierté, c’est que les thés que j’ai sélectionnés passent la douane avec un certificat d’analyse qui atteste qu’ils sont tous 100 % naturels. »

Mais la plus grande résistance vient du consommateur français qui a été habitué aux thés aromatisés : « Depuis le xixe siècle, les marchands européens s’efforcent de vendre leurs stocks de vieux thés qui ont perdu tout leur parfum : un thé ne se conserve pas plus d’un an ! Experts en chimie, les Allemands, notamment, ont eu l’idée d’ajouter des arômes artificiels de rose, de jasmin, de bergamote, d’épices et de caramel. »

Chez Lyne, tous les thés sont purs et naturels. Parmi les raretés, il y a son thé blanc Yin Zhen (« aiguilles d’argent ») originaire de la région du Fujian, au sud de la Chine : il s’agit de bourgeons de fleurs de théier cueillis au printemps, à la couleur très pâle, et qui sentent l’orchidée…

Aux antipodes gustatives, il y a son exceptionnel thé noir fumé Zheng Shan Xiao Zhong qui provient d’un arbre âgé de 200 ans, enraciné sur des rochers, et dont les feuilles ont été fumées dans un poêle à bois artisanal (et non au charbon) : une merveille de finesse, même après la dixième infusion !

Mais, pour notre guide, le sommet des thés de Chine se trouve dans la région du Yunnan, au village de Pu’er, fondé il y a plus de trois mille ans au milieu de six montagnes. Fabriqués sous forme de galettes, les thés de Pu’er sont les seuls à se bonifier avec le temps (jusqu’à cent ans). Fermentés longtemps dans des pots en terre cuite, ils possèdent une couleur ambrée, un nez de tabac et des saveurs fruitées très fines. Réservés aux milliardaires chinois, certains se vendent une fortune, plus de 1 000 euros le gramme ! Sur place, Lyne privilégie les récoltes des producteurs dont les théiers âgés de 500 ans s’élèvent à plus de dix mètres de haut et forment une forêt.

Ces thés, comme tous les autres, du reste, sont bus depuis toujours pour leurs vertus thérapeutiques. « Avant d’être une boisson de méditation et de plaisir, le thé a toujours été consommé en Chine comme une plante médicinale. Il y a deux mille ans, il a fait l’objet d’un traité de pharmacopée, le Shennong bencao, qui est considéré aujourd’hui comme un trésor national. »

Le thé (qui est la boisson la plus consommée au monde) est en effet l’un des aliments les mieux documentés scientifiquement et ses propriétés pharmacologiques ont été démontrées dans plusieurs universités internationales. Ainsi, alors que le thé vert serait bourré d’antioxydants et de vitamine C, le thé noir, lui, serait un tonifiant et un stimulant intellectuel (très apprécié des acteurs de théâtre). À l’université de Beijing, on a mis en évidence l’action du thé noir comme agent préventif permettant d’écarter le risque de cancer du côlon, du pancréas et du rectum, ses molécules agissant directement sur les bactéries néfastes de l’intestin qui produisent de l’ammoniaque. Le thé rouge au goût de châtaigne (très faible en théine) diminuerait l’hypertension. Le thé blanc renforcerait les défenses immunitaires et diminuerait le taux de cholestérol. Le thé jaune au goût de fleur (très rare et cher) permet de s’hydrater pendant les canicules d’été. Et il n’y a pas mieux que le wulong pour aider à digérer…

Bref, alors que l’État chinois nous apparaît pour ce qu’il est – un État fasciste –, la vénérable civilisation chinoise ne nous a pas encore livré tous ses trésors…

Séparatisme: les reproches du Rassemblement National adressés à Gérald Darmanin

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Une tribune libre de Jean-Paul Garraud, rédacteur du contre-projet de loi « visant à combattre les idéologies islamistes » de Marine Le Pen


Le projet de loi dit « séparatisme » a été adopté en première lecture ce mardi 16 février 2021. Ayant œuvré à l’élaboration du contre-projet de loi présenté par les députés du Rassemblement National, j’aimerais répondre à certaines interrogations soulevées par nos adversaires, qui semblent ne pas vouloir comprendre ce que contient notre texte.

Le premier argument qui nous a été opposé est que notre contre-projet serait « inconstitutionnel ». C’est inexact. Notre contre-projet de loi vise à répondre à l’enjeu vital du séparatisme islamiste qui divise notre société. Il ne porte nullement atteinte à la liberté de conscience. Nous sommes attachés à la défense des libertés publiques et des droits fondamentaux ; socle d’une démocratie libérale dans laquelle les idées politiques, les croyances religieuses, les convictions philosophiques, et, de manière plus générale, les opinions personnelles, sont plurielles. Leur expression est libre et protégée. Toutefois, la liberté de conscience, seule liberté dont le champ d’application n’est pas délimité par la loi, peut trouver des restrictions dans sa manifestation publique. Notamment quand la manifestation d’une opinion personnelle peut troubler l’ordre et la sécurité publics, la tranquillité de tous. C’est l’article 10 de la déclaration des droits de l’homme de 1789.

Jean-Paul GARRAUD photographié à Strasbourg © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00929422_000005
Jean-Paul GARRAUD photographié à Strasbourg © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00929422_000005

La Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales n’en dit pas moins au deuxième paragraphe de son article 9, que je me permets de reproduire ici: « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. » Notre contre-projet ne vise pas à interdire l’opinion islamiste, nul ne pouvant être contraint en son for intérieur, mais bien à réduire sa manifestation dans l’espace public. La nuance est de taille.

La loi de Darmanin ne désigne pas plus le phénomène qu’il n’entend combattre ses manifestations

Ce que nous voulons prohiber n’est donc pas le fait d’avoir des convictions islamistes. La loi doit en revanche pouvoir dire explicitement que l’islamisme, par sa nature même, mène une guerre contre la France dans le projet avoué de dominer notre pays, d’en changer les mœurs et les lois. C’est précisément, du reste, ce que recouvre le terme de « séparatisme » avancé par le gouvernement. L’islamisme comprend d’ailleurs, dans sa vision du monde, des valeurs irréconciliables avec les principes libéraux qui sont les murs porteurs de notre droit, de nos institutions politiques, jusqu’à notre civilisation. Ainsi, le droit islamique que les islamistes entendent appliquer littéralement, comprend des règles en opposition avec notre Ordre public, le droit de la famille étant régulièrement cité comme l’une de ces principales pommes de discorde. Les filiations sont, par exemple, traitées inégalement. Plus grave encore, les personnes n’ont pas les mêmes droits et y sont discriminées en fonction de leur sexe ou de leurs confessions religieuses, ces règles islamiques ayant des incidences en matière fiscale, civile ou encore pénale.

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Le principal grief que l’on peut formuler à l’encontre du projet de loi séparatisme de Gérald Darmanin est donc qu’il ne désigne pas plus le phénomène qu’il n’entend combattre ses manifestations. La loi prend le risque de réduire les libertés de tous pour contrer les ennemis de la liberté que sont les islamistes. C’est une erreur fondamentale, majeure. En tant que défenseurs des libertés publiques et des droits fondamentaux, nous jugeons que s’attaquer très directement aux ennemis de la liberté permet de protéger les libertés de l’ensemble de la société. La diffusion des idées islamistes n’entre pas dans le cadre de la divergence d’opinions, ces derniers ne proposant in fine pas autre chose qu’une sécession pure et simple avec la communauté nationale. Séparation qui ne saurait être tolérée s’ils persistaient à vouloir vivre sur le territoire national.

La loi doit définir l’islamisme comme étant une idéologie prohibée

Les islamistes sont les premiers à stigmatiser la religion musulmane, leurs agissements associant tristement l’ensemble des croyants de cette religion à leur projet politique. Raison pour laquelle la loi doit définir l’islamisme comme étant une idéologie prohibée, ce que s’attache à faire notre contre-projet en donnant les caractéristiques détaillées qui la rendent incompatible avec notre État de droit. La première condition nécessaire et préalable est que cette pratique entraîne l’existence d’un trouble à l’ordre et à la paix publics. Les dernières années nous ont tout de même enseigné que l’islamisme provoquait des divisions au sein de la communauté nationale, incitant des Français à se séparer de la communauté nationale en partant au djihad au Moyen-Orient, en commettant des attentats en France, en discriminant les femmes, en portant le voile intégral dans les rues pour signifier leur insoumission aux lois de la République, en harcelant des professeurs qui auraient eu le tort d’enseigner des leçons en contradiction avec leurs principes, etc.

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Quant aux caractéristiques spécifiques pouvant entraîner l’interdiction d’une idéologie, elles semblent toutes réunies pour le cas particulier de l’islamisme qui refuse de respecter la laïcité, qui est un facteur de scission majeur induisant des menaces graves pour l’unité de la Nation et l’intégrité de son territoire, qui est incompatible avec les droits, libertés et principes reconnus ou consacrés par la Constitution et notamment la dignité de la personne humaine ou la liberté de conscience et d’expression. De fait, tout islamiste conséquent reconnaîtra que les enseignements de ses maîtres sont en opposition frontale avec les principes libéraux du bloc de constitutionnalité français. Eux-mêmes le répètent fréquemment dans les prêches qu’ils donnent à l’étranger et qui sont diffusés sur internet, comme, c’est plus problématique, dans certaines mosquées en France. Dès lors, il ne peut y avoir d’équivoque ni de confusion : les croyants et pratiquants de l’islam étrangers au projet de cet islamisme fanatique et totalitaire, et, n’ayant pas de lien avec ses adeptes témoignant, de leur part, d’une adhésion ou d’une participation à ce projet, ne sauraient avoir la moindre crainte à cet égard: ils ne sont en rien visés, et, personne, de bonne foi, ne peut faire l’amalgame à cet égard.

Le contre-projet de loi défendu par Marine Le Pen présente donc le double avantage d’être plus explicite sur la question de l’islamisme que le projet du gouvernement, mais aussi, c’est tout aussi important, de ne pas réduire les libertés publiques du reste de la population par lâcheté, paresse intellectuelle ou résignation coupable. C’est parce que je suis resté fidèle à mes principes que j’ai contribué à l’élaboration d’une loi que je crois potentiellement aussi utile que la loi du 11 octobre 2010 – dont j’étais le rapporteur UMP -, ayant consacré l’interdiction du voile intégral. Loi qui a ajouté à la notion classique de l’Ordre public, une dimension sociétale consacrée depuis par le Conseil constitutionnel. J’ai aussi été à l’initiative de la création du parquet national antiterroriste. Une idée reprise partiellement  par Emmanuel Macron… je m’en félicite, mais nous irons plus loin. Peut-être aurait-il dû faire preuve de la même ouverture d’esprit dans sa lutte contre le séparatisme islamisme, le projet de loi définitif étant par trop insuffisant. Cette guerre demande un corpus législatif ferme, précis et explicite pour être réellement efficace.

Pierre-Guillaume de Roux, l’ami…

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Le billet du vaurien


Oui, j’ai eu honte d’avoir travaillé pendant trente-cinq ans dans un journal, Le Monde en l’occurrence, qui consacrait deux pages pour présenter Pierre-Guillaume de Roux comme un éditeur infréquentable, lui qui se souciait si peu de politique et qui n’avait qu’une passion : la littérature. Eussé-je été encore dans cette gazette convertie à l’ordre moral que j’aurais aussitôt démissionné. Dieu merci, sentant le vent tourner, je l’avais déjà fait dix ans auparavant pour travailler avec Frédéric Pajak pour L’Imbécile, puis avec Elisabeth Lévy pour Causeur où j’avais retrouvé quelques esprits libres qui étaient édités par Pierre-Guillaume de Roux. Enfin, un peu d’oxygène !

Le découvreur de Linda Lê

Il y a si longtemps que je te connaissais, Pierre-Guillaume. Tu avais été le premier éditeur à t’intéresser à Linda Lê, la jeune Vietnamienne qui partageait ma vie. Tu avais pris le risque de publier ses trois premiers livres : Un si tendre vampireFuir et Solo. Gabriel Matzneff qui était, si je ne me trompe pas, ton parrain, avait salué ton initiative en écrivant dans Le Figaro Magazine un article retentissant : A star is born . Il ne se trompait pas : les vrais écrivains reconnaissent aussitôt les vrais écrivains.

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Quand j’avais quitté les Presses Universitaires de France après la mort de Prigent, un grand éditeur lui aussi, remplacé par une femme qui refusait de publier le superbe livre d’Arnaud Le Guern sur Paul Gégauff sous l’odieux prétexte qu’il était trop marqué à droite, tu l’avais accueilli, comme tu le fis pour notre ami commun Ivan Rioufol, puis pour Pierre Mari et Jean-!ouïs Kuffer, sans oublier l’inénarrable Steven Sampson perdu dans des intrigues tordues avec Philippe Roth. Quant à l’amitié indéfectible que tu portais à Serge Koster, elle t’a amené à publier ses meilleurs livres, notamment son Paul Léautaud.

Affranchi de tous les préjugés

Vingt-cinq ans après avoir lancé Linda Lê, tu as également pris le risque d’éditer Marie Céhère et ses Petits Poissons, fabuleux roman d’apprentissage, ainsi que son essai sur Brigitte Bardot. Par pudeur, je tairai le plaisir que j’ai pris en voyant mon John Wayne figurer dans ton catalogue. Nous avions d’autres projets, notamment un qui nous tenait particulièrement à cœur : rééditer Louise Brooks, portrait d’une anti-star aujourd’hui introuvable et plus que jamais d’actualité, elle qui était comme toi affranchie de tous les préjugés.

Mais ce que je n’oublierai jamais, c’étaient nos dîners chez Yushi ou chez Yen, ainsi que les films que nous tournions avec Olivier François et Alfred Eibel chez Jacqueline, ton adorable mère. Elle a perdu un fils exceptionnel et elle ne s’en consolera jamais. Qu’elle sache au moins que pour nous aussi il restera gravé dans nos mémoires.

Islamo-gauchisme: comment la société française en est arrivée là

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Lionel Jospin en campagne présidentielle, accompagné de sa femme Sylviane Agacinski, avril 2002 © REMY DE LA MAUVINIERE/AP/SIPA Numéro de reportage : AP20042023_000046

Frédérique Vidal, qui postule pour la place de plus bel éléphant dans un magasin de porcelaine, est actuellement vilipendée par une partie des universitaires (pas tous, heureusement, il en est qui sauvent l’honneur de l’institution), pour avoir demandé au CNRS d’enquêter sur l’islamo-gauchisme à l’université. Adresse plaisante : autant demander à un violeur d’enquêter sur les maltraitances infligées aux femmes. Jean-Michel Blanquer de son côté affirme que l’islamo-gauchisme est « un fait social indubitable. » « Fantasme ! » s’écrient les uns, « Chasse aux sorcières ! » hurlent les autres. Le dolorisme et l’idéologie victimaire sont à la mode, et comme bien peu de gens, dans le monde universitaire, ont les braies bien nettes, chacun se croit visé.

L’islamo-gauchisme est pourtant plus qu’un fait social : c’est un fait politique. Une construction artificielle, une chimère monstrueuse élaborée dans les ateliers d’une Gauche sans projet.

L’islamo-gauchisme, expression forgée par Pierre-André Taguieff, est, selon la définition de Jacques Julliard dans la Revue des Deux mondes, « un courant de pensée qui considère que le réveil de l’islam et la montée de l’islamisme sont des éléments de critique très intéressants du néocapitalisme et, d’une certaine façon, se substituent à la lutte des classes et au prolétariat classique, qui a déçu ceux qui comptaient sur lui. »

Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015
Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015

Ce qui suit est l’historique de cette notion.

En 2002, avant le premier tour de la présidentielle, Pierre Mauroy conseilla à Lionel Jospin de « parler au peuple ». Le candidat, qui ignorait encore qu’il arriverait troisième au soir du premier tour, et qui se voyait beau, répondit avec sa morgue ordinaire que la Fondation Jean Jaurès, boîte à idées de la Gauche boboïsée, le lui déconseillait. Le peuple, expliquaient ces grands esprits, n’existait plus, en tout cas comme réservoir de voix pour la Gauche ; cela faisait d’ailleurs quinze ans qu’il votait, de plus en plus, pour le Front national. Le vrai réservoir de voix, c’étaient les classes moyennes…
On sait ce qu’il en advint. 

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La disparition progressive du prolétariat a suivi la désindustrialisation de la France. Je ne suis pas loin de penser que fermer l’outil industriel, c’était supprimer, dans la pensée de dirigeants libéraux, cette partie de l’opinion qui a une propension à l’émeute. Tout ce qu’il en reste aujourd’hui, ce sont les Gilets jaunes.

L’échec de Jospin a sonné le tocsin pour les belles intelligences qui hantent les UER de Sociologie. S’il n’y a plus de prolétaires, allons chercher d’autres « damnés de la terre ». Remplaçons la lutte des classes par la lutte des races. Et aménageons les horaires des piscines municipales, à Lille et ailleurs, afin que les musulmanes, toujours pures, comme chacun sait, ne se baignent pas dans les mêmes eaux que des salopes céfrans.

Les immigrés, main d’œuvre surexploitée dans les années 1960-1970, avaient fait des enfants, qui, le cul entre deux cultures, choisirent celle qui leur offrait un peu de transcendance, l’islam, tout en adoptant les gadgets de l’autre : le capitalisme ne s’inquiète guère des revendications existentielles tant qu’on achète ses produits. Les insurrections algériennes du FIS et du GIA mirent de l’huile d’arachide sur ce feu. Comme on les avait adroitement enfermés dans des ghettos, ces enfants de deuxième ou troisième génération commencèrent par en expulser les Juifs qui y vivaient encore : à Trappes ou ailleurs, on n’incendie pas les synagogues pour des prunes.

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Cet antisémitisme de l’islam, héritier des belles déclarations du Grand Mufti de Jérusalem, Husseini, allié d’Hitler contre les Juifs, conflua avec l’antisionisme des gauchistes de la LCR, qui tournèrent alors un regard intéressé vers des gens susceptibles de renforcer ses maigres bataillons.

Puis les jeunes musulmans burent les paroles des imams envoyés en France par des régimes et des organisations qui ont une vision à long terme et une politique adroite de cheval de Troie: les universités ont vu affluer des publics plus portés sur l’entrisme religieux que sur les savoirs classiques. Les plus extrémistes fomentèrent des attentats ici-même. Ceux qui avaient le goût des voyages rejoignirent Daesh — puis sont revenus prêcher la bonne parole d’Allah le Miséricordieux.

« Là se trouve, pensent les idéologues de l’extrême-gauche, le réservoir humain de notre reconquête. Foin du marxisme qui faisait de la religion l’opium du peuple ! C ‘est par l’islam que nous enfoncerons un coin dans cette vieille gueuse pourrissante — la République française. » Jacques Julliard n’avait pas tort en affirmant que « l’islamo-gauchisme, c’est la haine de l’identité française. »

S’ensuivit un effet boule de neige. Aux islamistes purs et durs, dûment chapitrés afin de feindre (la taqîya n’est pas pour les chiens) la collaboration avec des koufars qu’ils méprisaient profondément, s’adjoignirent par intersectionnalité tous ceux qui voulaient s’élever en piétinant le cadavre de l’homme blanc occidental. Alors que la Gauche était historiquement anti-raciste, au moins depuis l’Affaire Dreyfus, des étudiants, des syndicalistes, des enseignants, se sont mis à inventer des meetings ou des colloques réservés aux « racisés » et autres « indigènes de la République ». Le phénomène se retrouve à tous les niveaux, et des syndicalistes, pour accroître le nombre de leurs affidés, ont entériné ces pratiques racistes : voir SUD, notamment, ou l’UNEF, qui exhibe des militantes voilées (tout comme le NPA présente des candidates voilées à des élections locales) tout en interdisant la lecture des œuvres de Charb, qui se fait ainsi assassiner deux fois. 

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Jean-Luc Mélenchon s’est converti à cette ligne, et défile désormais avec les Frères musulmans. Oh, comme je plains les démocrates sincères et de gauche qui ont voté pour lui et ont fait le lit de ces compromissions ignobles !

Intersectionnalité oblige, des féministes se voilèrent la face (si je puis ainsi m’exprimer), et décidèrent d’oublier que le voile islamique est le symbole de l’infériorité de la femme, de sa soumission aux diktats des barbus. Tant qu’à faire, ces chiennes de garde omirent aussi de condamner la polygamie, l’excision, les certificats de virginité, les mariages forcés et autres discriminations imposées par une vision fanatique de l’Islam des cavernes. La loi de 2004, bien timide, qui interdit l’exhibition de signes religieux ostentatoires dans les lycées et collèges, leur paraît un déni de démocratie. On en reparlera quand elles devront se voiler elles-mêmes. En attendant, le voile envahit les universités, et nombre d’universitaires ont dû faire face à des protestations selon les sujets qu’ils traitaient.

L’enseignant que je suis sait bien, depuis des décennies, que les petites maghrébines n’ont que l’école pour se libérer d’un environnement familial totalitaire. Et qu’elles brillent bien davantage que leurs grands-frères, occupés à les museler. Peu importe aux féministes actuelles, pour qui un tchador a la même signification qu’une mini-jupe, et un burkini qu’un bikini. Le paradoxe du féminisme contemporain, c’est qu’il sacrifie des femmes, et en grand nombre, sur l’autel sacré de la convergence des luttes.

Tous les laissés-pour-compte du Tiers monde, venus en Europe trouver un boulot et des subventions, tous les descendants d’esclaves (attention : ne pas mélanger ceux de la traite trans-Atlantique, emmenés par des Blancs odieux, et ceux, bien plus nombreux, de la traite trans-africaine, mutilés et massacrés par des frères en Mohammed, sur lui la Paix et la Bénédiction), les gays et lesbiennes qui ont choisi d’ignorer qu’ils seront un jour ou l’autre empalés ou lapidés par leurs nouveaux amis, tout ce beau petit monde a choisi la revendication brutale plutôt que la voie plus difficile des études et des concours.

Ils ne se contentent pas de faire du bruit : ils dénient aux autres le droit à la parole et même à l’existence. Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinski, Elisabeth Badinter en ont fait l’amère expérience. Le slogan de 68, « Il est interdit d’interdire », est devenu « Il est interdit d’exprimer quoi que ce soit qui ne soit pas en accord avec la doxa dont nous sommes dépositaires ». Logique : à force de fréquenter des fanatiques, on se bricole sa charia dans son coin. L’idéologie « woke » américaine, selon laquelle le Blanc est coupable par naissance, le mâle violeur par essence et la laïcité à la française une atteinte intolérable au droit constitutionnel d’être un crétin superstitieux et arrogant, s’insinue progressivement dans nos facs. Et les universitaires, par conviction ou par lâcheté, entérinent ces élucubrations et les perpétuent en sélectionnant des objets d’étude plus farfelus les uns que les autres. 

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Le recrutement d’enseignants conformes à cette doxa accentue encore le mécanisme d’emprise. La terreur que font régner quelques extrémistes crée la panique dans la majorité silencieuse. Les médias, qui répondent volontiers aux sollicitations des énergumènes, grossissent les faits. Et tout ce beau monde prépare l’avènement d’une société raciste, fanatique, soumise, où il fera certainement très bon vivre.

Alors oui, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer ont raison de nommer l’islamo-gauchisme. Peut-être pourraient-ils aussi se donner les moyens de faire appliquer les lois existantes, qui interdisent — c’est l’essence de la Constitution — toute distinction de sexe, de race ou de religion. Et ça, c’est le boulot des ministres de l’Intérieur et de la Justice.

À la « French Pride », on se tient bien

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Paris, 20 février 2021

J’ai bien failli ne pas aller à la manif organisée à Paris pour Génération Identitaire, association menacée de dissolution.


Un samedi après-midi, avec une femme au travail et un gosse sur les bras, ce n’était pas gagné. Ce n’était pas l’envie qui me manquait de marcher jusqu’à Denfert pour les soutenir dans leur dénonciation de l’islamisation et leur défense de la civilisation française, mais j’étais coincé. Charles Martel, lui, n’avait pas ce genre d’empêchement.

J’ai suggéré à sa mère que peut-être, je pourrais emmener le petit, en promettant de rester loin des bagarres et des lacrymos. « Je suis quand même père de famille bon sang, je ne fais pas n’importe quoi ! Enfin mon amour ! » Mais le mot doux servi pour l’occasion ne trompa personne et le « non » fut catégorique.

Mon tee-shirt Keep America great introuvable

Elle craignait des heurts avec des contre-manifestants annoncés. Je lui explique que pour briser des vitrines innocentes et lyncher des flics entravés par la non-violence de leurs consignes, il y a toujours du monde, mais que face à de jeunes esprits sains dans des corps sains, il risque de n’y avoir personne. Comme Arthur Koestler l’écrivait à propos des Arabes, « ils font d’excellents émeutiers mais de piètres combattants. » Heureusement, la baby-sitter est libre. Elle se pointe à 14h. Je cherche partout mon tee-shirt « Président Trump 2020 Keep America great » sans pouvoir mettre la main dessus. J’enrage. Pour une fois que j’aurais pu échanger des regards complices avec des Trumpistes, dans Paris intra-muros ! Tant pis, j’enfile une chemise, j’attrape mon masque bleu-blanc-rouge et j’y vais.

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À Denfert-Rochereau, la police cerne la place. Le lion de Belfort lance vers les cités de Vanves et de Malakoff ce regard farouche qu’il a gardé de la toute première occupation, celle de 1870. Aujourd’hui, les occupants ont changé de visage et les Versaillais qui les accueillent aussi, mais la détermination du fauve à opposer une résistance semble intacte. Cet après-midi, il n’est pas seul: 3000 personnes selon les organisateurs et 1500 selon la police sont rassemblées autour de sa statue. Debout sur le socle du félin de bronze, j’aperçois une belle fille noire coiffée d’un bonnet phrygien. À ses côtés un type qui ressemble à Manu Dibango agite un drapeau de Génération Identitaire. Jean Messiha leur rendra hommage dans son discours en citant De Gaulle s’adressant à des Noirs et des Arabes : « Mon Dieu que vous êtes français ! » Il est vrai qu’avec le courage qu’il faut pour s’afficher identitaire, ils ont un peu plus de mérite que ceux qui héritent. Le soir, je ne les reverrai pas sur les images que diffuse la télé. En revanche les aryens aux cheveux courts seront sur tous les plans. Des dessins sont brandis, des figures de poilus qui défendaient les frontières. Les affiches demandent: « Vous les auriez dissous » ? Il y a pas mal de jolies filles, en jupe et en sécurité, et aussi quelques rares mines patibulaires, qui se tiennent en retrait. Ils me rappellent les skinheads qui nous agressaient il y a 30 ans, à dix contre un, quand on sortait du Gibus, parce qu’on avait ce qui manquait à ces bourrins, comme aux bandes de racailles aujourd’hui: du style et des filles. 

Pas déplorables

Je fais un tour, j’avance facilement, la foule n’est pas très compacte. J’observe un petit groupe de jeunes gens d’une vingtaine d’années, coiffés de casquettes rouges « Trump 2020 ». Ils sont assez beaux, plus que la moyenne des jeunes que je croise d’habitude, peut-être parce qu’ils ne sont pas fringués comme une équipe de basketteurs américains. Ici, il n’y a pas de capuches, pas de dreadlocks, pas de joggings bariolés, pas de jeunes à canettes, débraillés et défoncés, rien de ce qui a fait dire à Bret Easton Ellis que « le look de Black lives matter est déplorable ». Il n’y a pas non plus de techno dans la sono ou de tamtam sur un char. On n’est pas chez les Indigènes de la République mais chez les indigènes de France et la « j’m’en bats les couilles attitude » n’est pas de mise. À la French Pride, on se tient bien. Une vieille dame déambule avec un masque sur lequel elle a écrit au feutre: « Génération identitaire ». On fait attention à elle, on s’écarte pour la laisser passer. On sent un usage ancien de la civilité et les vertus de l’éducation. Deux jeunes militants se retrouvent: « ça va, Gro ? » Gro n’étant pas l’inverse de maigre mais le diminutif de « négro », une expression venue des cités et répandue chez les jeunes. On n’échappe pas à l’argot de sa génération, même identitaire, mais quand on s’interpelle entre blancs, on ne se dit pas « frère !» On n’est pas raciste.

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Entre les pattes du lion, les cadres du mouvement lancent des slogans repris aussitôt. « On est chez nous » ou « Darmanin dans les cités ». Puis viennent les discours. Florian Philippot, qui trouve Marine trop molle, Jean-Frédéric Poisson qui dénonce la société multiculturelle avec la précision qu’on lui connaît. Personne sur place du Rassemblement National mais des messages de soutien sont lus, envoyés par Stéphane Ravier et Thierry Mariani. Un discours d’Emilie, jeune militante parisienne, puis de Thaïs d’Escuffon, très applaudie sur son engagement. Elle porte une de ces jolies robes que les filles à l’ère de la diversité mettent pour sortir quand il fait beau et surtout quand elles sont accompagnées de gentlemen sportifs. Enfin, c’est Jean Messiha qui prend le micro et qui casse la baraque. On l’applaudit, on scande à plusieurs reprises: « Messiha président ! ». Manifestement, on l’aime bien malgré sa « tête de bougnoule » et son « air de chameau » comme dirait Yassine Belattar. 

Mais après la fin de la manif et la dispersion dans le calme, sans les pillages et les saccages auquel le vandale de troisième génération nous a habitués après d’autres rassemblements, en allumant ma télé sur Cnews, pour trois débatteurs sur quatre qui soutiennent la dissolution de « cette milice raciste et antisémite », les racistes dans ce pays, ce sont les jeunes gens de Génération Identitaire. Mais où ont-ils vu ça ? À la télé ? Comment dit-on déjà ? Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre ? On pourrait ajouter qu’il n’y a pas plus malhonnête aujourd’hui que celui qui ne veut pas faire le jeu du Rassemblement National.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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«Tuez-les ; Tuez-les!»… La guerre contre la police

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Claire Hédon, Défenseure des droits depuis juillet 2020, voulait tester des zones sans contrôle d'identité. La proposition choc de trop pour des policiers français perpétuellement vilipendés. © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00982854_000005

La police française se fait attaquer dans les rues par des délinquants qui menacent la vie de ses agents, et sur le terrain institutionnel et politique par des acteurs toujours plus nombreux et déterminés à l’empêcher de remplir sa mission. La sécurité de tous les citoyens est menacée.


Le 25 janvier, à Pantin, le 4 février, dans le quartier de la Conte à Carcassonne, le 13 février, à Poissy, des groupes organisés de « jeunes » selon le vocabulaire consacré ont attiré les forces de police dans leurs cités pour leur tendre une embuscade. Aux cris de « Tuez-les ; Tuez- les », les patrouilles ont été prises à partie avec des mortiers, ces engins pyrotechniques régulièrement utilisés comme des armes de guérilla urbaine. A chaque fois, des vidéos de l’attaque ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Des statistiques du ministère de l’Intérieur publiées par le Figaro montrent qu’entre le 17 mars et le 5 mai 2020, 79 guet-apens ont été tendus aux policiers. En octobre 2020, on avait recensé au moins dix attaques de commissariats depuis le début de l’année.

Les médias délégitiment l’institution policière en permanence

La guerre contre la police qui est menée dans notre pays n’est jamais nommée. Au contraire, médias et people s’associent pour affirmer qu’une police intrinsèquement raciste est partie en guerre contre la population. Rappelons-nous les manifestations incessantes et largement médiatisées du clan d’Assa Traore contre le « meurtre » de son frère par la police. Ou bien, en mai 2020, peu après que la chanteuse Camélia Jordana ait accusé la police d’assassinats multiples et gratuits sur une chaîne de télévision du service public, – « les hommes et les femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue » se font « massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau » – une hallucinante séquence s’est mise en place: le député LREM Aurélien Taché a twitté « Bravo Camélia Jordana, mais le prix à payer va être terrible…tu le savais. Ils vont nier puis retourner la charge de la preuve et une fois encore, chercher à faire passer les victimes pour des coupables. » Le journal Les Inrockuptibles[tooltips content= »Violences policières: Ce que dit Camélia Jordana est évident, c’est l’étonnement qu’elle rencontre qui est étonnant, Les Inrockuptibles, 25 mai 20″](1)[/tooltips] a apporté sa caution à l’accusation en donnant la parole à un faux « expert » des violences policières, le documentariste David Dufresne, qui a affirmé que la chanteuse « exprime des évidences ». L’Obs a surenchéri en juin 2020, en tendant le micro à Omar Sy qui, de sa villa de Los Angeles, a « demandé justice pour Adama Traoré », tracé un parallèle avec George Floyd et appelé de ses vœux une « police digne de notre démocratie »[tooltips content= »EXCLUSIF. L’appel d’Omar Sy : Réveillons-nous. Ayons le courage de dénoncer les violences policières en France, L’Obs, le 4 juin 2020″](2)[/tooltips]. Une pétition a été lancée qui a recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures. Le 24 juin, Amnesty International a publié un rapport[tooltips content= »« Europe: police et pandémie: les mesures prises en Europe pour faire face à la pandémie de covid-19 ont donné lieu à des violations des droits humains », 24 juin 2020, amnesty.org »](3)[/tooltips] qui a dénoncé le racisme de la police en Europe pendant le confinement sanitaire. Le 19 juillet 2020, le maire écologiste de Colombes (Hauts-de-Seine) Patrick Chaimovitch a dressé un parallèle entre la police de Vichy et celle d’aujourd’hui. Le psychanalyste Gérard Miller a invité à « réfléchir » sur les propos du maire de Colombes et le journaliste Edwy Plenel a comparé le nouveau ministre de l’intérieur Gérald Darmanin à René Bousquet, haut fonctionnaire organisateur de la rafle du Vel d’Hiv et gravement compromis avec la Gestapo pendant la guerre.


Ce climat de délégitimation de l’action de la police a pour conséquence d’aggraver les violences contre les policiers. Sur les routes, les automobilistes refusent fréquemment de s’arrêter lors des contrôles et, parfois, lancent leur voiture contre les forces de l’ordre. Selon le Figaro, ces refus d’obtempérer ont fait un bond de 5,1 % en 2020, soit une infraction commise toutes les 20 minutes.

Le Défenseur des droits s’oppose aussi à la police

La pression médiatique sur la police est telle que les forces de l’ordre ne se sentent pas en droit d’utiliser leur arme. Comme l’écrit Philippe Bilger, ex-magistrat, « face aux menaces, aux jets divers et aux atteintes physiques, elle (la police) n’a pratiquement pas le droit d’user de ce que la loi l’autorise à mettre en œuvre », à savoir son arme. « Si on examine dans le détail les cinq situations qui permettent, depuis la loi du 28 février 2017 commune à la police et à la gendarmerie, l’usage des armes à feu, on constate d’abord qu’elles ne sont pas très éloignées de la notion ancienne de légitime défense mais que surtout elles sont très rarement concrétisées dans la pratique ». Pour la bonne raison qu’à chaque fois, pèse sur la police une choquante suspicion d’usage illégitime de la violence.

La mise en accusation de la police par les médias et les people est alimentée aussi par le monde académique. En France, comme aux Etats Unis, la police est accusée de pratiquer des contrôles au faciès, c’est-à-dire de faire un usage raciste de son pouvoir de contrôle des identités. Cette idée a été lancée et alimentée par une étude[tooltips content= »Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris. http://www.laurent-mucchielli.org/public/Les_controles_d__identite.pdf »](4)[/tooltips] de Fabien Jobard et René Lévy, deux chercheurs du CNRS, qui ont affirmé en 2009 que les contrôles de police sont menés « au faciès », c’est à dire « non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être ». En 2017, le Défenseur des droits a repris publiquement à son compte l’accusation portée contre la police de contrôles d’identités racistes.

L’éternel débat sur les statistiques ethniques

Ces « études » du CNRS ou du Défenseur des droits auraient pu être contrées – ou corroborées – par des études sociologiques qui montrent que la criminalité est également – ou inégalement – répartie au sein des différentes couches ethniques qui composent la société française. Mais la loi française interdit les statistiques ethniques. Il est donc permis d’accuser la police de racisme, mais il est interdit de vérifier si les Noirs ou les Maghrébins sont surreprésentés dans la délinquance, au regard de leur présence démographique dans la population française. La mode aujourd’hui est d’exiger une stricte proportionnalité des contrôles d’identité entre les Blancs, les Noirs et les Arabes.

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L’offensive médiatique contre la police est également légitimée par les plus hauts représentants de l’Etat. « Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé », a déclaré Emmanuel Macron au média Brut, en décembre 2020. Le 12 février, Claire Hédon, Défenseure des droits, demandait sur France Info l’arrêt des contrôles d’identité dans « certains quartiers » et l’instauration « de zones sans contrôle d’identité ».

Il était inévitable que cette pression politico-médiatique se traduise par des ouvertures sur le terrain du droit. En 2016, la Cour de cassation a jugé qu’ « un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde ».

Les associations lancent une action de groupe contre l’Etat

Comment résister ? Le 27 janvier 2021, les avocats de six ONG (dont Amnesty International France et Human Rights Watch) ont lancé une action de groupe contre l’Etat, adressant une mise en demeure au premier ministre, Jean Castex, ainsi qu’au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et au ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti pour que cessent « les contrôles au faciès ». L’État dispose de quatre mois pour répondre à la mise en demeure des ONG et faire des propositions. S’il ne répondait pas de manière satisfaisante, l’action de groupe contre l’Etat, la première du genre en Europe, irait devant les tribunaux.

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Mais ce n’est pas seulement la police de terrain qui est attaquée. D’autres puissants acteurs ont entrepris de s’attaquer aux moyens d’investigation de la police anti-criminalité. Le 6 octobre 2020, la Cour de Justice de l’UE a rendu un arrêt dans trois affaires relatives à la conservation « généralisée et indifférenciée des données relatives au trafic et des données de localisation » dans le secteur des communications électroniques. En d’autres termes, au nom de la protection du droit à la vie privée et à la protection des données personnelles, la Cour a jugé que les lois nationales imposant aux fournisseurs de services téléphoniques de conserver de manière « généralisée et indifférenciée » les données relatives au trafic (les fadettes) et les données de localisation (qui permettent a posteriori d’identifier les téléphones qui ont borné à proximité d’une scène de crime par exemple) étaient contraires à la Charte de l’UE, laquelle est intégrée aux traités et a donc valeur constitutionnelle. Il en résulte que la prévention et la résolution des crimes va être beaucoup plus complexe et souvent devenir impossible. Dans 90% des cas, la police n’a pour seul indice que les téléphones qui ont borné à proximité d’une scène de crime, ce qui permet ensuite, tel le fil d’Ariane, de remonter les pistes (via les fadettes, qui permettent de savoir avec qui la personne qui a borné a communiqué dans les semaines et les mois précédents).

Les forces qui se liguent aujourd’hui contre la police – médias, people, associations et ONG anti-racistes, une partie de la magistrature et les cours droit-de-l’hommistes européennes sans oublier les comités des droits de l’homme de l’ONU – poussent à la dévitalisation de l’Etat sur un point essentiel : sa mission d’assurer la sécurité de tous les citoyens.

Si le processus aboutit, l’antiracisme mis en place au milieu des années 1980 par la gauche, se sera révélé le plus efficace outil de démantèlement des États depuis la seconde guerre mondiale.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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A Lyon être végétarien est un geste barrière

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Le maire de Lyon Grégory Doucet impose les menus sans viande dans les cantines © Bony/SIPA Numéro de reportage : 00982816_000021

Le maire de Lyon impose dès aujourd’hui dans les écoles une cantine sans viande, érigée en nouveau geste barrière pour lutter contre le virus. La mesure n’est pas au goût de tout le monde: l’élu se voit reprocher de profiter de la crise sanitaire pour faire passer l’idéologie végane en contrebande.


Le cœur léger, perchés sur leurs trottinettes électriques XXL, les parents écolos ont pu filer à toute allure en direction des écoles lyonnaises ce lundi. À compter de ce jour, un « menu unique sans viande » est imposé dans toutes les cantines scolaires de la capitale mondiale de la gastronomie ayant élu maire un militant de la décroissance en juillet 2020.

Et ensuite on s’en prendra aux bouchons lyonnais?

Fini les sueurs froides de ces parents antispécistes et végans qui cauchemardaient à l’idée de laisser leur progéniture porter atteinte à Mère Nature en mangeant du boudin aux pommes, du foie de veau à la lyonnaise ou encore une bonne poularde bien dodue, toutes ces spécialités culinaires qui font la réputation des bouchons lyonnais.

Néanmoins, on apprend que ce n’est pas par conviction idéologique que le maire EELV Grégory Doucet a décidé de verdir les assiettes des cantines, mais pour des raisons sanitaires. Les menus sans viande permettraient de mieux respecter le protocole anti-Covid… L’alimentation sans viande ne serait ainsi pas promue pour lutter contre l’élevage intensif et industriel, contre les souffrances animales ou le changement climatique, mais comme un nouveau geste barrière ! On croirait lire une blague Carambar, mais ce n’est hélas pas le cas.

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Stéphanie Léger, l’adjointe chargée de l’Éducation, explique très sérieusement qu’un menu unique sans viande permettrait de « servir plus rapidement les élèves et fluidifier les repas ». Déposer de la viande déjà cuite dans les assiettes prendrait plus de temps que de servir une louche de purée de pommes de terre ? Pour parvenir à une telle conclusion, les services de la mairie ont évidemment du procéder à un chronométrage bien précis du personnel de la cantine, pour en déduire que le geste de servir diffère selon les plats, lent pour la viande, rapide pour les légumes. Il me semblait que l’exemple des maudits haricots verts – qui  ne cessent de s’échapper au point qu’il faut souvent s’y prendre à deux fois pour servir une quantité raisonnable – suffisait à démontrer le contraire.

La terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie

Bien évidemment, la raison sanitaire de cette nouvelle restriction alimentaire n’est que le masque qui occulte les hérésies de l’écologie punitive. Et le maire ne fait qu’appliquer ses promesses de campagne qui prévoyaient, entre autres, de passer au 100% bio dans la restauration collective, de réduire la consommation carnée et surtout d’habituer les consommateurs aux plats végétariens.

Avec cette évangélisation à marche forcée, le travail de sape de notre gastronomie est en route. Après les enfants, ce sera peut-être nos anciens dans les Ehpad qui seront privés de viande, dans toutes les villes tenues par les tyrans en herbe qui déifient les pousses de sojas.

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Et plus sérieusement, on peut déplorer l’injustice de cette injonction écologique. Priver de viande les petits Lyonnais n’est pas sans conséquence sur les apports nutritionnels journaliers nécessaires, surtout en ce moment, où l’anémie est franchement à éviter. Par ailleurs, quoi de plus injuste que de priver certaines familles précaires de la garantie de servir à leurs enfants un repas équilibré – peut-être le seul de la journée ? L’égalité d’accès à une alimentation variée permise par l’école républicaine est donc sacrifiée sur l’autel des injonctions de l’écologie. Vouloir « sauver la planète » n’est pas critiquable, mais n’oublions pas aussi de protéger l’immunité collective et naturelle de nos jeunes enfants. Cet épisode grotesque apporte une nouvelle preuve que  l’écologisme fanatique n’est pas immunisé contre la bêtise qui, pour reprendre la célèbre formule flaubertienne « est infinie. »

Jérôme Rodrigues: gilet jaune ou gilet rouge?

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Samedi, Jérôme Rodrigues a tenté de s’opposer à la manifestation de Génération identitaire.


Vous vous souvenez de Jérôme Rodrigues? Eh bien, il s’est transformé en combattant antifasciste!

On pensait, bien à tort, que cet homme était simple. Et c’est avec étonnement qu’on découvre sa très riche complexité.

De tous les Gilets jaunes, il était le plus connu. On le voyait partout. Sur les ronds-points, à la Bastille, à la République, sur les Champs-Élysées. Toutes les caméras étaient braquées sur lui.

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Quand il fut éborgné par une grenade de désencerclement lancée par la police, ce fut la gloire. Il était devenu un martyr : saint Jérôme… Un œil en moins, il continuait à manifester sans relâche. Les policiers l’interpellaient et comme il était fort, il se débattait comme un beau diable.

Puis le mouvement des Gilets jaunes s’étant essoufflé, il a disparu de l’actualité (pas tout à fait quand même car il chroniquait chez Cyril Hanouna). Il serait exagéré de dire qu’il nous manquait. Et Jérôme Rodrigues ne voulait pas qu’on l’oublie.

Ainsi, il a ressurgi ce samedi près de la place Denfert-Rochereau où se tenait une manifestation contre la dissolution de Génération identitaire. Et de quel côté était-il ? Du côté des contre-manifestants antifas ! Les policiers qui ne l’ont pas à la bonne l’ont vite identifié et l’ont expulsé de la contre-manifestation. Et comme d’habitude, il s’est débattu…

Jérôme Rodrigues ne représente évidemment pas tous les Gilets jaunes. Mais il était la figure la plus emblématique de ce mouvement. L’occasion de revenir un peu sur les facettes étranges et changeantes de ce mouvement qui présentait de multiples visages kaléidoscopiques.

Pour tenter de discréditer les Gilets jaunes, les autorités avaient, dans un premier temps, affirmé qu’ils étaient manipulés par l’extrême droite. Invoquer le retour des heures sombres de notre Histoire leur paraissait efficace.

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Le complotisme, avec ses errements maladifs, faisait en effet des ravages dans les rangs des Gilets jaunes. Une minorité d’entre eux était ouvertement antisémite: on en a vu qui posaient mimant la quenelle de Dieudonné. D’autres, plus nombreux, pensaient que c’est la banque Rothschild qui dirigeait le monde et qui avait installé Macron à l’Élysée.

Or, toute cette confusion mentale se retrouve à l’extrême gauche bien plus agissante qu’une extrême droite imaginaire. Les antifas protestent en disant qu’ils ne sont pas antisémites. D’être antifasciste les laverait de ce soupçon.

Quand on voit Jérôme Rodrigues et qu’on l’entend, on est irrésistiblement tenté de penser que les Gilets jaunes ne sont pas le peuple, mais la populace. La France insoumise proteste contre l’interpellation de Jérôme Rodrigues. Rodrigues-Mélenchon, même combat!

La guerre scolaire est-elle rallumée? La preuve par le bac

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© POL EMILE/SIPA Numéro de reportage : 00620777_000014

S’agissant du hors-contrat, l’hostilité de Jean-Michel Blanquer vient d’être illustrée par sa décision de refuser le bénéfice du contrôle continu aux seuls élèves des lycées hors contrat…


Dans les livres d’histoire, on lit que la loi Debré de 1959 représente un équilibre sage qui permit de sortir de la « guerre scolaire » ouverte depuis les lois Ferry de 1881-1882. Un siècle après, en 1984, le ministre socialiste Alain Savary tenta de remettre en cause cet équilibre et d’en finir avec l’école libre en l’absorbant dans un service public laïc unique. Des Français de tous horizons s’y opposèrent en manifestant massivement et conduisirent François Mitterrand à désavouer son ministre. Garder une alternative à l’école publique était la principale motivation des millions de Français descendus dans la rue. Un compromis fut élaboré par Jean-Pierre Chevènement qui se perpétua année après année sous la forme discrète de la coutume politique des 80%/20%. Les enfants des écoles privées sous contrat ne devaient pas représenter plus de 20% des effectifs scolarisés, à l’instar du paysage scolaire de 1984. L’octroi de contrats et donc de financements publics aux écoles privées sous contrat se fait depuis lors ainsi. Les établissements libres qui n’avaient pas conclu de contrat avec l’Education nationale ainsi que les enfants instruits en famille étaient une pratique minoritaire, dont personne ne se préoccupait. Les écoles publiques comme privées sous contrat fonctionnaient bien (même si longtemps la plupart des écoles privées fut de moindre niveau académique que les écoles publiques) et le système scolaire français était une référence que le monde nous enviait, selon la formule consacrée ! L’enseignement privé hors contrat consistait essentiellement en des boites -à -bac (car ce diplôme à cette époque reculée demeurait encore difficile à décrocher), et personne n’aurait songé à restreindre leur liberté : elles s’occupaient utilement des fortes têtes et des cas les plus difficiles, qui devenaient bacheliers au forceps. Bref, la guerre scolaire, expression du bras de fer historique entre l’Eglise et l’Etat, semblait s’être achevée.

Le privé a rattrapé son retard

Mais si l’on compare aux années 1980, le niveau de l’école publique actuelle s’est effondré ; notre école française est désormais de qualité à peine moyenne. Elle réussit en outre le tour de force de creuser les inégalités sociales par son fonctionnement même. Les écoles privées ont des résultats moyens désormais supérieurs à ceux des écoles publiques et les régions qui ont les meilleurs résultats scolaires sont aussi celles où l’école publique est stimulée par une forte concurrence privée, comme en Bretagne. L’instruction en famille et les établissements libres hors contrat se sont développés à mesure de la déception croissante des Français à l’égard de leur système scolaire mais aussi en raison de l’affirmation d’aspirations sociétales nouvelles : besoin de faire reconnaitre la singularité de son enfant, culture du « c’est mon choix », volonté d’implication des parents dans l’éducation de leurs propres enfants et de mise en cohérence de leur choix éducatif avec leurs choix de vie globaux… Bref, l’école unique autoritaire et n’offrant pas d’espace de participation aux parents n’est plus en phase avec l’époque en Occident. Elle fait figure de reliquat suranné d’une éducation massifiée.

Déçus, les Français votent avec leurs pieds : il y aujourd’hui déjà plus de 60 000 enfants instruits en famille et plus de 80 000 enfants scolarisés en écoles libres hors contrat de la maternelle au baccalauréat en France. Et dans le supérieur, l’hémorragie se traduit par le développement rapide de l’expatriation des étudiants, qui reviennent ensuite rarement travailler en France.

Une loi confortant les principes républicains à contre-courant

Face à ce mouvement d’autant plus irrésistible qu’il s’inscrit dans un développement mondial des modes alternatifs d’instruction, le gouvernement semble avoir décidé d’entrer en résistance, et fait adopter loi sur loi pour limiter l’essor de la liberté d’enseignement : loi Gatel de 2018, loi pour une école de la confiance en 2019 et maintenant loi confortant les principes républicains… La loi Gatel n’a pas même eu le temps d’être mise en œuvre que le gouvernement propose d’aller plus loin dans « l’encadrement ». Peu importe si les contrôles prévus ne sont pas diligentés : ainsi 20% des écoles hors contrat nouvellement ouvertes n’ont pas été inspectées l’année d’ouverture et 35% environ des familles pratiquant l’instruction en famille n’ont pas fait l’objet du contrôle annuel par l’Education nationale, alors que le droit en vigueur impose à l’Etat un taux de 100%.

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Toutes ces lois prises dans la précipitation vont dans le même sens, même si elles progressent par étapes. Ainsi l’obligation d’instruction à trois ans, instaurée en 2019 pour la rentrée 2020, est en passe d’être transformée en scolarisation obligatoire pour tous dès trois ans. Le mot d’ordre est simplissime : remettre tout le monde à l’école publique, « quoi qu’il en coûte ». Quitte à nier la phobie scolaire, le harcèlement, l’incapacité de l’Education nationale à bien accueillir des profils atypiques. Le gouvernement cherche à dissuader les alternatives à l’école publique par quatre moyens : tout d’abord, il stigmatise les adeptes de la liberté d’enseignement en les faisant passer pour des séparatistes sociaux voulant se mettre en marge de la République, voire des radicalisés ; deuxièmement, il multiplie les « barrières à l’entrée » de type réglementaires et administratives tant pour le régime d’instruction en famille que pour la création d’écoles hors contrat (dans la continuité des efforts de Najat Vallaud-Belkacem pour soumettre la création des écoles hors contrat à un régime d’autorisation, efforts qui s’étaient heurtés à la censure du conseil constitutionnel). Troisièmement, il multiplie les contrôles et met en place un régime de sanctions pénales particulièrement draconiennes, tout en définissant peu les griefs de sorte que les enfants et leurs responsables vivent avec une angoissante épée de Damoclès au-dessus de la tête. Enfin, il prive les familles ou les écoles de la garantie du juge judiciaire en faisant basculer vers l’administration le contentieux relatif à l’éducation.

Les lycées hors-contrat privés du contrôle continu

Après avoir été suspectés de faire le jeu des sectes, les tenants de la liberté d’enseignement sont désormais soupçonnés de faire le lit de l’islamisme, ou du « séparatisme social ». Le parlement ne sait pas sur quoi on lui demande de voter ; les faits et les statistiques font défaut, comme en témoigne le vide sidéral de l’étude d’impact du projet de loi confortant les principes républicains, mais qu’importe ! Triste écho à la loi des suspects de 1793 qui amputaient les libertés de ceux qu’on suspectait être des ennemis de la République.

Une chose semble assez certaine : en matière éducative, cette loi initialement dirigée contre le séparatisme islamiste préfère finalement rallumer la guerre scolaire plutôt que faire la guerre à l’islamisme, et très peu de gens sont dupes du tour de passe-passe. L’adoption par l’assemblée nationale d’un amendement sur la mixité sociale qui cache à peine la volonté de certains d’intégrer à moyen terme les écoles sous contrat dans la carte scolaire donne aussi un signal intéressant des tendances à l’œuvre. S’agissant du hors-contrat, l’hostilité de Jean-Michel Blanquer vient d’être illustrée par sa décision de refuser le bénéfice du contrôle continu aux seuls élèves des lycées hors contrat, pour remplacer les épreuves de spécialité du bac 2021 qui étaient prévues initialement pour mars et qui ont été annulées en raison de la Covid-19. Les candidats issus d’établissements hors contrat seraient-ils miraculeusement protégés de la contamination du virus pour que l’Etat ne trouve pas nécessaire de leur faire bénéficier des mêmes mesures de précaution que les autres ? En juin, ils seront condamnés à passer les épreuves de spécialité en plus des épreuves de tronc commun (lesquelles porteront sur deux ans et non pas un). Difficile de ne pas voir dans cette décision un indicateur du niveau élevé de la volonté de guerre scolaire du gouvernement dans la France en 2021 ! L’association Créer son école que je dirige a chargé ses avocats de déposer au Conseil d’État un référé suspension contre le décret (qui va être publié de manière imminente) refusant le contrôle continu aux lycéens hors contrat. Il faut défendre plus que jamais la liberté d’enseignement et le droit à la santé de tous les enfants sans discrimination.

Ces romans qui venaient du froid

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Caryl Férey. © ASSOULINE Hannah

De la Suède à l’Antarctique en passant par la Sibérie, trois romans qui vont du noir à l’anticipation explorent ces contrées où le froid est aussi un personnage.


« Février est le mois le plus court, mais le plus méchant », remarquait avec justesse Louis-Ferdinand Céline. Les jours tardent à rallonger au cœur de l’hiver et, surtout par les temps qui courent, le froid se fait l’allié du virus, des couvre-feux et des confinements, ces mots d’un autre âge. Raison de plus pour soigner le mal par le mal et vous proposer trois romans glacés et glaçants, au propre comme au figuré, écrits avec des mots d’aujourd’hui. C’est une erreur commune de croire que la littérature guérirait la dépression hivernale par des livres joyeux et solaires. Nous prenons même le pari du contraire. Vos états d’âme préféreront l’identification harmonieuse avec des personnages qui se débattent dans la nuit et le froid à l’espèce de dissonance cognitive qui serait provoquée par des héros bronzés courant sur les plages.

Commençons par la Suède, décor d’Une vie de poupée, dernier roman d’Erik Axl Sund, sous-titré « mélancolie grise » : tout un programme… Le nom de l’auteur est en fait le pseudo d’un duo, façon Boileau-Narcejac, formé par Jerker Erikson et Hakan Alexandr Sundquist. On a le droit de se méfier de l’envahissement de nos librairies par le polar scandinave. Est-ce une nostalgie informulée du modèle social-démocrate dont ce genre signe paradoxalement l’effondrement ? Toujours est-il qu’on y trouve le pire comme le meilleur et le duo Erik Axl Sund fait plutôt partie du meilleur. Sans doute grâce au personnage du flic de la criminelle Kevin Jonsson, qui vit dans une cabane de jardin ouvrier en souvenir de son père et note minutieusement tous les anachronismes sur un carnet quand il regarde un film de guerre (en l’occurrence Requiem pour un massacre), histoire d’exercer son sens de l’observation.

Le pays dans lequel il évolue n’a vraiment plus rien d’un dépliant touristique, ce qui est souvent le cas chez nombre d’auteurs suédois comme Camilla Läckberg dont on se demande si elle n’est pas payée par le ministère du Tourisme. Une vie de poupée renoue au contraire avec le polar suédois des origines, celui d’un autre duo, Sjöwall et Whalöö, qui, avec l’inspecteur Beck et son équipe, dans les années 1960, se livrait à une critique sociale en règle et se refusait au pittoresque.

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Dans Une vie de poupée, le flic est confronté aux nouvelles formes de l’industrie de la pornographie et de la prostitution, alimentées par le trafic de migrants. Il s’agit d’une enquête fouillée, obsessionnelle, alors que deux gamines, une migrante et une Suédoise, Nova et Mercy, façon Thelma et Louise, tracent la route dans une voiture volée après s’être évadées d’un foyer dont l’une de leurs copines a disparu. Beaux portraits de jeunes filles qu’il faut sauver de la profanation dans un pays qui n’a rien d’aimable, Une vie de poupée est une lecture parfois éprouvante, mais répond à ce qu’on est en droit de demander au roman noir : une secousse glacée de nos certitudes.

Allons encore vers plus de froid avec Caryl Férey qui dans Lëd (« glace » en russe) nous amène à Norilsk. Déjà auteur d’un récit de voyage qui portait ce titre, Caryl Férey l’a transformé en roman dont cette ville sibérienne est finalement le personnage principal. On y atteint fréquemment la température de – 67°, les habitants qui ont toujours vécu dans cette ville minière, ancien site d’un goulag, n’ont jamais vu de leur vie ni abeille ni fleurs, à peine des oiseaux. Caryl Férey, globe-trotter et golden boy du roman noir français, qui a multiplié les succès depuis Zulu, nous avait plutôt habitués aux moiteurs tropicales d’une Amérique latine travaillée par les souvenirs mortifères des dictatures. Mais le froid extrême ne lui a pas fait perdre sa virtuosité.

Lëd raconte l’enquête de Boris Ivanov, un flic en disgrâce qui vient d’Irkoutsk, sur la mort d’un Nenets, la peuplade autochtone qui élève des rennes dans les environs. Il lui faut tout son calme pour évoluer dans Norilsk qui a gardé ses habitudes soviétiques avec la surveillance généralisée de la population et notamment les travailleurs d’une mine de nickel qui fournit à elle seule 2 % du PIB russe, avec la pollution et la corruption qui en découlent. Dans cet univers qui semble de toutes ses forces vouloir exclure l’homme, Caryl Férey offre une galerie de personnages attachants qui se débattent au quotidien dans l’extrême : Gleb, mineur et photographe amateur, Dasha, sa copine qui écoute David Bowie en boucle, Valentina, une ex-militante écolo désabusée ou Shakir, un chauffeur de taxi ouzbek.

Comme souvent chez Caryl Férey, la trame policière est un prétexte à la peinture minutieuse d’un milieu, d’une époque, d’une atmosphère dont on imagine difficilement l’étrangeté et, au sens premier du mot, l’exotisme. Rarement citation mise en exergue d’un roman – ici extraite de La Fin de l’homme rouge de Svetlana Alexievitch – n’aura aussi bien résumé le propos d’un auteur : nous montrer un homme russe « resté les mains vides. Humilié et dépouillé. Agressif et dangereux. »

Adam Roberts. ©Pako MERA/Opale/Leemage
Adam Roberts. ©Pako MERA/Opale/Leemage

Il nous reste désormais à atteindre La Chose en soi, un roman d’Adam Roberts, qui est sans doute le livre le plus original, le plus drôle, le plus érudit de la saison et qui commence là où il est difficile d’avoir plus froid : dans l’Antarctique. Deux jeunes scientifiques, Charles Gardner et Roy Curtius, sont isolés dans une base chargée d’enregistrer les bruits venus de l’espace et, grâce à l’informatique naissante en cette année 1986, d’éventuels signaux extraterrestres. Le problème est que les deux hommes ne s’entendent pas très bien. Charles Gardner, le narrateur, aime les échecs, la conversation et la lecture de la saga de Dune de Frank Herbert, car rien ne vaut de gros volumes pour passer le temps. À l’inverse, Roy Curtius est l’archétype du savant arrogant, à la fois vantard et renfermé, qui préfère se plonger ostensiblement dans la lecture de la Critique de la raison pure de Kant.

Tout déraille assez vite entre les deux hommes. Roy ne reçoit ni courrier ni colis par l’avion hebdomadaire qui se pose devant la base. Il en conçoit une certaine aigreur et propose à Charles de lui acheter une lettre. Charles, amusé, accepte pour 10 livres, puis regrette, car si ça se trouve, c’était une lettre de sa petite amie avec qui, sans jeu de mots, ses relations se refroidissent. Roy refuse obstinément de la rendre tout en exposant sans cesse une théorie étrange. Il a découvert comment résoudre le paradoxe de Fermi grâce à Kant. On rappellera que le paradoxe de Fermi, du nom du physicien italien, consiste à se demander pourquoi, alors que l’univers est infini, il n’y a aucune civilisation extraterrestre qui soit entrée en contact avec nous. Hypothèse de Fermi : les extraterrestres seraient déjà là, mais nous n’avons pas les moyens de les percevoir parce que notre intelligence fonctionne uniquement grâce aux catégories kantiennes de l’espace et du temps, qui nous permettent de percevoir l’univers seulement selon un certain prisme.

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Il y aurait donc toute une partie de la réalité qui nous échapperait, « un monde en soi » que Kant appelle le Ding an sich. Et Roy Curtius, qui refuse toujours de rendre la lettre de Charles, estime qu’il serait possible de voir ce monde en soi grâce à l’intelligence artificielle encore balbutiante des ordinateurs. Charles a l’impression que Roy devient fou, ce qui n’est jamais rassurant quand on est dans un huis clos polaire. Lors d’une sortie pour réparer une antenne, Charles sombre dans un cauchemar. Il se perd, il a l’impression de voir de gigantesques formes vivantes dans le blizzard et quand il parvient à rentrer dans la base, agonisant, c’est pour apercevoir Roy, en larmes, qui dit avoir vu « la chose en soi » et qui tente de se suicider, sans succès, avec un pistolet à fusée éclairante. Il ne s’agit là que de l’entrée d’un menu somptueux, mais qui donne un bel échantillon de la gamme des talents d’Adam Roberts, capable de mélanger le gore et la philosophie, la spéculation scientifique et le prosaïsme d’un quotidien absurde et hilarant où l’on peut dans la même phrase évoquer Wittgenstein et John Carpenter.

À partir de ce moment, Adam Roberts multiplie les voix et les époques, nous transporte dans l’Allemagne de 1900 en compagnie de deux dandys homosexuels, mais aussi dans un mystérieux institut où un Charles de 50 ans, devenu alcoolique et éboueur, et qui ne se remet pas de son aventure australe, comprend que l’hypothèse de Roy Curtius est prise très au sérieux par des gens aux moyens illimités. Adam Roberts sait aussi jouer sur tous les registres. On a le droit à un éblouissant pastiche de James Joyce, ou à une réécriture, dans un futur lointain, des Derniers Jours d’Emmanuel Kant de Thomas de Quincey.

Raymond Queneau a dit de son roman Le Chiendent qu’il était une illustration du Discours de la méthode de Descartes. Adam Roberts, par ailleurs professeur de littérature à l’université de Londres, s’est livré au même exercice avec La Critique de la raison pure de Kant. Exercice impeccablement réussi, qui transformera l’amateur de science-fiction en philosophe à moins que ce ne soit l’inverse…

Erik Axl Sund, Une vie de poupée (trad. Rémi Cassaigne), Actes Sud, 2021.

Une vie de poupée: Mélancolie grise

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Caryl Férey, Lëd, Les Arènes, 2021.

Lëd

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Adam Roberts, La Chose en soi (trad. Sébastien Guillot), Denoël, 2021.

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L’or du thé

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© Terre de Chine

Dans le thé, ce n’est pas uniquement la boisson chaude que l’on apprécie mais l’ensemble raffiné dans lequel il est servi, le rituel, les tasses, les théières et les accessoires. Petit voyage dans un monde plus complexe encore que celui du vin.


Il faut l’avouer : le thé n’est pas une boisson facile d’accès, surtout si l’on est habitué au parfum et au goût du café bien torréfié, plus immédiat, sensuel et rassasiant. Parfois, on a même carrément le sentiment de boire de l’eau chaude, conformément à cet « éloge de la fadeur » qui, selon le philosophe François Jullien, serait au cœur de la culture chinoise. En fait, ce n’est pas tant le thé que l’on apprécie, que l’ensemble dans lequel il est servi : la cérémonie, le rituel, avec ses jolies tasses et ses petits gâteaux secs !

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Thé vert rarissime au goût de foin frais et de noisette, cueilli en avril 2020 dans la province de Zhejiang (au sud de Shanghai) par M. Kong Zhang Ming, de la 74e génération des descendants de Confucius. © Terre de Chine

Afin de ne plus passer pour un plouc, on pourra se rendre à la boutique Terre de Chine située rue Quincampoix, dans le Marais. À l’intérieur, derrière son comptoir, une petite dame chinoise à l’œil vif vous accueillera : Lyne Wang, née à Shanghai en 1966. Cette femme au caractère bien trempé fulmine aussitôt qu’on lui parle de thés ou de riz japonais (le meilleur du monde selon moi) : « C’est nul ! » s’exclame-t-elle furibarde en m’ébouillantant les mains avec sa théière rare en argile de Yixing. « Les thés ont été découverts en Chine, il y a quatre mille ans par l’empereur et médecin Shen Nong, la cuisine chinoise est la plus ancienne du monde, alors ne viens pas me raconter des histoires avec ton Japon ! » À part ça, Lyne est une grande cuisinière : son canard laqué en trois services, qu’elle m’a fait l’honneur de me préparer chez elle, est admirable.

Avec elle, vous découvrirez un monde plus complexe encore que celui du vin, car le théier est un arbre à fleurs persistantes qui donne trois récoltes par an (contre une seule pour la vigne) : printemps, été, automne. Chaque récolte se déroule en trois cueillettes qui chacune donne un thé particulier. Pour corser le tout, il existe six familles de thé : le blanc, le jaune, le vert, le rouge, le noir et le wulong (un thé demi-fermenté qui sent bon la campagne). Rien qu’en Chine, toutes ces variétés sont cultivées dans des régions au climat différent, sur des terroirs spécifiques. « Vous voulez boire un thé ? Mais lequel ? » Lyne est une intégriste. Chaque année, au printemps, cette ancienne étudiante en médecine diplômée de la Sorbonne parcourt en Chine des milliers de kilomètres pour acheter auprès des meilleurs producteurs, très pauvres pour la plupart, qui cultivent leurs théiers comme leurs ancêtres, sans le moindre pesticide (comme les descendants de Confucius qui, dans la province d’Anhui, cultivent un thé vert d’exception aux longues feuilles appelé « Hirondelle »). Ces paysans sont devenus ses amis. « En Chine, la plupart des gens boivent du thé sans se poser de questions et la qualité est souvent médiocre. Les Chinois connaissent mal leur propre pays ! Ce que je fais, très peu de marchands chinois le font, c’est pourquoi, avant la pandémie, beaucoup de touristes venaient à Paris pour m’acheter de grands thés. »

Pour Lyne, le premier obstacle, c’est la douane française : « Près de 50 % des thés originaires de Chine sont détruits par les douaniers car jugés impropres à la consommation à cause des pesticides. Ma fierté, c’est que les thés que j’ai sélectionnés passent la douane avec un certificat d’analyse qui atteste qu’ils sont tous 100 % naturels. »

Mais la plus grande résistance vient du consommateur français qui a été habitué aux thés aromatisés : « Depuis le xixe siècle, les marchands européens s’efforcent de vendre leurs stocks de vieux thés qui ont perdu tout leur parfum : un thé ne se conserve pas plus d’un an ! Experts en chimie, les Allemands, notamment, ont eu l’idée d’ajouter des arômes artificiels de rose, de jasmin, de bergamote, d’épices et de caramel. »

Chez Lyne, tous les thés sont purs et naturels. Parmi les raretés, il y a son thé blanc Yin Zhen (« aiguilles d’argent ») originaire de la région du Fujian, au sud de la Chine : il s’agit de bourgeons de fleurs de théier cueillis au printemps, à la couleur très pâle, et qui sentent l’orchidée…

Aux antipodes gustatives, il y a son exceptionnel thé noir fumé Zheng Shan Xiao Zhong qui provient d’un arbre âgé de 200 ans, enraciné sur des rochers, et dont les feuilles ont été fumées dans un poêle à bois artisanal (et non au charbon) : une merveille de finesse, même après la dixième infusion !

Mais, pour notre guide, le sommet des thés de Chine se trouve dans la région du Yunnan, au village de Pu’er, fondé il y a plus de trois mille ans au milieu de six montagnes. Fabriqués sous forme de galettes, les thés de Pu’er sont les seuls à se bonifier avec le temps (jusqu’à cent ans). Fermentés longtemps dans des pots en terre cuite, ils possèdent une couleur ambrée, un nez de tabac et des saveurs fruitées très fines. Réservés aux milliardaires chinois, certains se vendent une fortune, plus de 1 000 euros le gramme ! Sur place, Lyne privilégie les récoltes des producteurs dont les théiers âgés de 500 ans s’élèvent à plus de dix mètres de haut et forment une forêt.

Ces thés, comme tous les autres, du reste, sont bus depuis toujours pour leurs vertus thérapeutiques. « Avant d’être une boisson de méditation et de plaisir, le thé a toujours été consommé en Chine comme une plante médicinale. Il y a deux mille ans, il a fait l’objet d’un traité de pharmacopée, le Shennong bencao, qui est considéré aujourd’hui comme un trésor national. »

Le thé (qui est la boisson la plus consommée au monde) est en effet l’un des aliments les mieux documentés scientifiquement et ses propriétés pharmacologiques ont été démontrées dans plusieurs universités internationales. Ainsi, alors que le thé vert serait bourré d’antioxydants et de vitamine C, le thé noir, lui, serait un tonifiant et un stimulant intellectuel (très apprécié des acteurs de théâtre). À l’université de Beijing, on a mis en évidence l’action du thé noir comme agent préventif permettant d’écarter le risque de cancer du côlon, du pancréas et du rectum, ses molécules agissant directement sur les bactéries néfastes de l’intestin qui produisent de l’ammoniaque. Le thé rouge au goût de châtaigne (très faible en théine) diminuerait l’hypertension. Le thé blanc renforcerait les défenses immunitaires et diminuerait le taux de cholestérol. Le thé jaune au goût de fleur (très rare et cher) permet de s’hydrater pendant les canicules d’été. Et il n’y a pas mieux que le wulong pour aider à digérer…

Bref, alors que l’État chinois nous apparaît pour ce qu’il est – un État fasciste –, la vénérable civilisation chinoise ne nous a pas encore livré tous ses trésors…

Séparatisme: les reproches du Rassemblement National adressés à Gérald Darmanin

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Marine Le Pen s'adresse à la presse après l'assassinat de Samuel Paty, octobre 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00986623_000012

Une tribune libre de Jean-Paul Garraud, rédacteur du contre-projet de loi « visant à combattre les idéologies islamistes » de Marine Le Pen


Le projet de loi dit « séparatisme » a été adopté en première lecture ce mardi 16 février 2021. Ayant œuvré à l’élaboration du contre-projet de loi présenté par les députés du Rassemblement National, j’aimerais répondre à certaines interrogations soulevées par nos adversaires, qui semblent ne pas vouloir comprendre ce que contient notre texte.

Le premier argument qui nous a été opposé est que notre contre-projet serait « inconstitutionnel ». C’est inexact. Notre contre-projet de loi vise à répondre à l’enjeu vital du séparatisme islamiste qui divise notre société. Il ne porte nullement atteinte à la liberté de conscience. Nous sommes attachés à la défense des libertés publiques et des droits fondamentaux ; socle d’une démocratie libérale dans laquelle les idées politiques, les croyances religieuses, les convictions philosophiques, et, de manière plus générale, les opinions personnelles, sont plurielles. Leur expression est libre et protégée. Toutefois, la liberté de conscience, seule liberté dont le champ d’application n’est pas délimité par la loi, peut trouver des restrictions dans sa manifestation publique. Notamment quand la manifestation d’une opinion personnelle peut troubler l’ordre et la sécurité publics, la tranquillité de tous. C’est l’article 10 de la déclaration des droits de l’homme de 1789.

Jean-Paul GARRAUD photographié à Strasbourg © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00929422_000005
Jean-Paul GARRAUD photographié à Strasbourg © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00929422_000005

La Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales n’en dit pas moins au deuxième paragraphe de son article 9, que je me permets de reproduire ici: « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. » Notre contre-projet ne vise pas à interdire l’opinion islamiste, nul ne pouvant être contraint en son for intérieur, mais bien à réduire sa manifestation dans l’espace public. La nuance est de taille.

La loi de Darmanin ne désigne pas plus le phénomène qu’il n’entend combattre ses manifestations

Ce que nous voulons prohiber n’est donc pas le fait d’avoir des convictions islamistes. La loi doit en revanche pouvoir dire explicitement que l’islamisme, par sa nature même, mène une guerre contre la France dans le projet avoué de dominer notre pays, d’en changer les mœurs et les lois. C’est précisément, du reste, ce que recouvre le terme de « séparatisme » avancé par le gouvernement. L’islamisme comprend d’ailleurs, dans sa vision du monde, des valeurs irréconciliables avec les principes libéraux qui sont les murs porteurs de notre droit, de nos institutions politiques, jusqu’à notre civilisation. Ainsi, le droit islamique que les islamistes entendent appliquer littéralement, comprend des règles en opposition avec notre Ordre public, le droit de la famille étant régulièrement cité comme l’une de ces principales pommes de discorde. Les filiations sont, par exemple, traitées inégalement. Plus grave encore, les personnes n’ont pas les mêmes droits et y sont discriminées en fonction de leur sexe ou de leurs confessions religieuses, ces règles islamiques ayant des incidences en matière fiscale, civile ou encore pénale.

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Le principal grief que l’on peut formuler à l’encontre du projet de loi séparatisme de Gérald Darmanin est donc qu’il ne désigne pas plus le phénomène qu’il n’entend combattre ses manifestations. La loi prend le risque de réduire les libertés de tous pour contrer les ennemis de la liberté que sont les islamistes. C’est une erreur fondamentale, majeure. En tant que défenseurs des libertés publiques et des droits fondamentaux, nous jugeons que s’attaquer très directement aux ennemis de la liberté permet de protéger les libertés de l’ensemble de la société. La diffusion des idées islamistes n’entre pas dans le cadre de la divergence d’opinions, ces derniers ne proposant in fine pas autre chose qu’une sécession pure et simple avec la communauté nationale. Séparation qui ne saurait être tolérée s’ils persistaient à vouloir vivre sur le territoire national.

La loi doit définir l’islamisme comme étant une idéologie prohibée

Les islamistes sont les premiers à stigmatiser la religion musulmane, leurs agissements associant tristement l’ensemble des croyants de cette religion à leur projet politique. Raison pour laquelle la loi doit définir l’islamisme comme étant une idéologie prohibée, ce que s’attache à faire notre contre-projet en donnant les caractéristiques détaillées qui la rendent incompatible avec notre État de droit. La première condition nécessaire et préalable est que cette pratique entraîne l’existence d’un trouble à l’ordre et à la paix publics. Les dernières années nous ont tout de même enseigné que l’islamisme provoquait des divisions au sein de la communauté nationale, incitant des Français à se séparer de la communauté nationale en partant au djihad au Moyen-Orient, en commettant des attentats en France, en discriminant les femmes, en portant le voile intégral dans les rues pour signifier leur insoumission aux lois de la République, en harcelant des professeurs qui auraient eu le tort d’enseigner des leçons en contradiction avec leurs principes, etc.

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Quant aux caractéristiques spécifiques pouvant entraîner l’interdiction d’une idéologie, elles semblent toutes réunies pour le cas particulier de l’islamisme qui refuse de respecter la laïcité, qui est un facteur de scission majeur induisant des menaces graves pour l’unité de la Nation et l’intégrité de son territoire, qui est incompatible avec les droits, libertés et principes reconnus ou consacrés par la Constitution et notamment la dignité de la personne humaine ou la liberté de conscience et d’expression. De fait, tout islamiste conséquent reconnaîtra que les enseignements de ses maîtres sont en opposition frontale avec les principes libéraux du bloc de constitutionnalité français. Eux-mêmes le répètent fréquemment dans les prêches qu’ils donnent à l’étranger et qui sont diffusés sur internet, comme, c’est plus problématique, dans certaines mosquées en France. Dès lors, il ne peut y avoir d’équivoque ni de confusion : les croyants et pratiquants de l’islam étrangers au projet de cet islamisme fanatique et totalitaire, et, n’ayant pas de lien avec ses adeptes témoignant, de leur part, d’une adhésion ou d’une participation à ce projet, ne sauraient avoir la moindre crainte à cet égard: ils ne sont en rien visés, et, personne, de bonne foi, ne peut faire l’amalgame à cet égard.

Le contre-projet de loi défendu par Marine Le Pen présente donc le double avantage d’être plus explicite sur la question de l’islamisme que le projet du gouvernement, mais aussi, c’est tout aussi important, de ne pas réduire les libertés publiques du reste de la population par lâcheté, paresse intellectuelle ou résignation coupable. C’est parce que je suis resté fidèle à mes principes que j’ai contribué à l’élaboration d’une loi que je crois potentiellement aussi utile que la loi du 11 octobre 2010 – dont j’étais le rapporteur UMP -, ayant consacré l’interdiction du voile intégral. Loi qui a ajouté à la notion classique de l’Ordre public, une dimension sociétale consacrée depuis par le Conseil constitutionnel. J’ai aussi été à l’initiative de la création du parquet national antiterroriste. Une idée reprise partiellement  par Emmanuel Macron… je m’en félicite, mais nous irons plus loin. Peut-être aurait-il dû faire preuve de la même ouverture d’esprit dans sa lutte contre le séparatisme islamisme, le projet de loi définitif étant par trop insuffisant. Cette guerre demande un corpus législatif ferme, précis et explicite pour être réellement efficace.

Pierre-Guillaume de Roux, l’ami…

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L'éditeur décédé Pierre-Guillaume de Roux (à gauche) et l'écrivain Roland Jaccard (à droite).

Le billet du vaurien


Oui, j’ai eu honte d’avoir travaillé pendant trente-cinq ans dans un journal, Le Monde en l’occurrence, qui consacrait deux pages pour présenter Pierre-Guillaume de Roux comme un éditeur infréquentable, lui qui se souciait si peu de politique et qui n’avait qu’une passion : la littérature. Eussé-je été encore dans cette gazette convertie à l’ordre moral que j’aurais aussitôt démissionné. Dieu merci, sentant le vent tourner, je l’avais déjà fait dix ans auparavant pour travailler avec Frédéric Pajak pour L’Imbécile, puis avec Elisabeth Lévy pour Causeur où j’avais retrouvé quelques esprits libres qui étaient édités par Pierre-Guillaume de Roux. Enfin, un peu d’oxygène !

Le découvreur de Linda Lê

Il y a si longtemps que je te connaissais, Pierre-Guillaume. Tu avais été le premier éditeur à t’intéresser à Linda Lê, la jeune Vietnamienne qui partageait ma vie. Tu avais pris le risque de publier ses trois premiers livres : Un si tendre vampireFuir et Solo. Gabriel Matzneff qui était, si je ne me trompe pas, ton parrain, avait salué ton initiative en écrivant dans Le Figaro Magazine un article retentissant : A star is born . Il ne se trompait pas : les vrais écrivains reconnaissent aussitôt les vrais écrivains.

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Quand j’avais quitté les Presses Universitaires de France après la mort de Prigent, un grand éditeur lui aussi, remplacé par une femme qui refusait de publier le superbe livre d’Arnaud Le Guern sur Paul Gégauff sous l’odieux prétexte qu’il était trop marqué à droite, tu l’avais accueilli, comme tu le fis pour notre ami commun Ivan Rioufol, puis pour Pierre Mari et Jean-!ouïs Kuffer, sans oublier l’inénarrable Steven Sampson perdu dans des intrigues tordues avec Philippe Roth. Quant à l’amitié indéfectible que tu portais à Serge Koster, elle t’a amené à publier ses meilleurs livres, notamment son Paul Léautaud.

Affranchi de tous les préjugés

Vingt-cinq ans après avoir lancé Linda Lê, tu as également pris le risque d’éditer Marie Céhère et ses Petits Poissons, fabuleux roman d’apprentissage, ainsi que son essai sur Brigitte Bardot. Par pudeur, je tairai le plaisir que j’ai pris en voyant mon John Wayne figurer dans ton catalogue. Nous avions d’autres projets, notamment un qui nous tenait particulièrement à cœur : rééditer Louise Brooks, portrait d’une anti-star aujourd’hui introuvable et plus que jamais d’actualité, elle qui était comme toi affranchie de tous les préjugés.

Mais ce que je n’oublierai jamais, c’étaient nos dîners chez Yushi ou chez Yen, ainsi que les films que nous tournions avec Olivier François et Alfred Eibel chez Jacqueline, ton adorable mère. Elle a perdu un fils exceptionnel et elle ne s’en consolera jamais. Qu’elle sache au moins que pour nous aussi il restera gravé dans nos mémoires.