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Après avoir vérifié tous les dires de Trump, le “Washington Post” ne veut plus examiner ceux de Biden

Deux poids deux mesures?

Après avoir vérifié tous les dires de Trump, le “Washington Post” ne veut plus examiner ceux de Biden
Les bureaux du Washington Post © Charles Dharapak/AP/SIPA AP20655771_000001

Les conseillers de Richard Nixon disaient que si le président marchait sur l’eau, les médias affirmeraient qu’il ne savait pas nager. Le 16 janvier, le rédacteur en chef de la rubrique Fact Checker du Washington Post, Glenn Kessler, a annoncé qu’il ne recenserait pas les supposés mensonges du président Biden, après avoir tenu quatre années durant un registre de ceux de Donald Trump : « Je suppose que la présidence Biden ressemblera à celle d’Obama et qu’ils seront réactifs et aptes à confirmer rapidement leurs affirmations. » Ce blanc-seing donné aux Démocrates et la propension des médias à dire le vrai et relever les mensonges et erreurs involontaires d’un camp, tout en couvrant certains de l’autre, témoignent d’un procès idéologique.

Le 10 décembre 2018, le Washington Post avait présenté un dispositif visant à discerner le vrai du faux dans les propos des politiques. Ce test dit du bottomless Pinocchio (Pinocchio sans fond) devait permettre de désigner les politiciens « répétant une fausse allégation tant de fois qu’ils ne pourraient qu’être engagés dans des campagnes de désinformation ». Le Post expliquait que les allégations devaient avoir obtenu trois ou quatre Pinocchios de la rubrique de vérification des faits, et avoir été répétées vingt fois pour avoir le titre de bottomless Pinocchio. Le propos semblait laisser la possibilité de faire de fausses affirmations de bonne foi non sanctionnées si elles étaient corrigées par leur auteur ; autrement dit, le test n’aurait aucune volonté de discréditer le président. Cependant, le célèbre quotidien avait alors mis en garde quant à Trump : « Il ne commet pas simplement des gaffes ou de la déformation des faits, il injecte délibérément de fausses informations dans le débat national. »

Couvrir les mensonges des démocrates et accuser Trump de mentir s’il montre leurs contradictions

Le 23 janvier, le Washington Post a donné son décompte des « déclarations fausses ou trompeuses » du président Trump : 30 573 en quatre ans, dont 503 la veille du jour de l’élection. Six mois auparavant, le 13 juillet, le quotidien de référence avait affirmé en avoir dénombré plus de 20 000. Le président Trump aurait donc encore davantage menti durant sa campagne électorale. Ainsi, le 7 octobre, le Post écrivit que Trump fabulait en assurant que Biden arrêterait la fracturation hydraulique, et il lui attribua quatre Pinocchios pour cette prétendue contre-vérité. La seule dénégation de Joe Biden fut jugée suffisante pour établir que Trump mentait, quand bien même ce dernier rappelait qu’il suffisait de consulter les enregistrements des débats des primaires démocrates prouvant ses accusations. Contrairement au Washington Post, CNN, une chaîne farouchement anti-Trump, fit un travail honnête et confirma les dires du Président sous le titre « Vérification des faits : Biden prétend faussement qu’il ne s’est jamais opposé à la fracturation hydraulique. »

© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005
© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005

En septembre dernier, le site d’analyse de tendance conservatrice RealClear Politics a contesté les vérifications du Washington Post dans un article intitulé « Non, Trump n’a pas fait 20 000 déclarations fausses ou trompeuses ». Ainsi, quand Trump affirmait que son travail avait été gêné par l’instrumentalisation du dossier inventé du Russiagate, le Post considérait que cela représentait 227 mensonges. Pour arriver à ce chiffre à partir de ce propos, le journal additionnait toutes les fois où le président l’avait tenu sans utiliser les mêmes mots, comme s’il s’agissait d’un mensonge inédit…

Biden ne ment pas, il fait des gaffes…

Ce contrôle à géométrie variable élude par ailleurs nombre de mensonges ou énormes erreurs des démocrates, parmi lesquelles l’affirmation de Joe Biden selon laquelle le Covid a tué 200 millions d’Américains, considérée comme une gaffe par les médias qui en ont parlé, et qui aurait probablement été vue comme un mensonge si elle avait émané d’un Trump accusant ainsi un président démocrate. On peut aussi citer le choix implicite du Washington Post de ne pas considérer Biden comme menteur quand il a décidé de ne pas tenir sa promesse de verser un chèque de 2 000 dollars aux familles américaines dans le contexte du Covid-19 : le Président-élu avait affirmé le 11 janvier que les 600 dollars versés par le Congrès l’an dernier n’étaient pas suffisants. Mais le 30, les démocrates ont joué sur les mots et prétendu que les 600 dollars étaient un acompte, et qu’il n’y aurait donc qu’un chèque de 1 400 dollars. Pourtant, ce prétendu acompte avait été versé sous le précédent gouvernement qui n’avait pas en tête d’avancer sur la somme qu’enverrait Biden !

Il faut cependant nuancer le tableau, car le Washington Post et d’autres médias démocrates ont parfois effectivement noté des mensonges de Joe Biden et de son parti, voire de leurs confrères.

Mais le déséquilibre du traitement journalistique est tel que trois hypothèses émergent : soit Trump est un homme politique mentant nettement plus que la moyenne ; soit les médias ont un parti pris tel que la couverture médiatique très négative a une explication partisane ; soit ils ont une compréhension littérale de nombre de propos de Trump en ignorant son sens de l’emphase. Les deux dernières hypothèses semblent les plus probables.


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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