Après l’épisode LCI, on verra moins Alain Finkielkraut à la télévision et il s’y autocensurera. Par égard pour ses proches. Son exil est une débâcle de la pensée, en tout cas de ce que notre pensée risque de devenir sans l’aide de la sienne. Le plaisir de ne plus subir le prétentieux Duhamel n’est qu’une maigre consolation.


Dans les dommages collatéraux autour de l’affaire Olivier Duhamel, je vois une petite bonne nouvelle et deux grosses mauvaises.

Je commence par la bonne : ceux qui ne veulent plus voir l’homme public ne le verront plus. Le politologue péremptoire qui engluait les débats d’une couche épaisse de bien-pensance, le constitutionnaliste suffisant qui méprisait ses adversaires de son dernier mot sentencieux, le professeur de Science-Po à qui nous devons, avec d’autres, quelques promotions d’élèves censeurs, de petites torquemadames bien remontées et de petits bourricots bien woke, ne paraîtra plus dans les médias. Mais ce n’est pas pour ces crimes contre l’honnêteté intellectuelle ou les générations futures que le gauchiste cultivé tombe, loin de toute justice. C’est pour une affaire de mœurs obscure et prescrite, et qui ne nous regarde pas. On pense à Al Capone le mafieux ou à O. J. Simpson l’assassin qui ont fini à l’ombre pour fraude fiscale ou intimidation.

Ça fait peur comme toujours quand la politique donne dans la vertu et quand la morale des uns vient se mêler de la conduite des autres

Alain Finkielkraut et Michel Houellebecq, juillet 2015. © Philippe MATSAS/Opale via Leemage.
Alain Finkielkraut et Michel Houellebecq, juillet 2015. © Philippe MATSAS/Opale via Leemage.

Finkielkraut gardera pour lui sa pensée complexe

C’est une mince consolation quand on compare cette nouvelle aux autres, qui sont mauvaises : La première, plus triste que l’arrivée du corona nouveau ou le départ de Trump, se trouve dans cette phrase d’Alain Finkielkraut lue dans Le Point : « Si je reparais à la télévision, je me censurerai, non pas pour complaire à la nouvelle mode morale, mais pour ne jamais rien dire qui puisse mettre en difficulté les miens. »

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L’autocensure d’Alain Finkielkraut promise à la télévision est une débâcle, une défaite de la pensée, en tout cas de ce que notre pensée risque de devenir sans l’aide de la sienne. Le philosophe ne renonce pas à la vérité, il renonce à nous la dire. C’est un désastre, mais c’est devenu trop dangereux. Les vagues de boue qui le visent éclaboussent son entourage alors le jeu n’en vaut plus la chandelle. Qui pourrait l’en blâmer ? Pas moi. Si j’étais connu et si mes enfants étaient encore scolarisés en territoires occupés, défendrais-je encore dans des termes aussi clairs l’idée que l’islamophobie n’est pas un racisme mais un humanisme ? Sûrement pas. Nous ne le verrons donc plus en vrai et en paroles, dans un raisonnement toujours stylé, nous offrir jusqu’à la pointe la plus fine, la plus piquante de sa réflexion. Sur certains sujets, il annonce que dorénavant, il pèsera ses mots, non plus sur la balance de la justesse mais sur

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