Frédérique Vidal, qui postule pour la place de plus bel éléphant dans un magasin de porcelaine, est actuellement vilipendée par une partie des universitaires (pas tous, heureusement, il en est qui sauvent l’honneur de l’institution), pour avoir demandé au CNRS d’enquêter sur l’islamo-gauchisme à l’université. Adresse plaisante : autant demander à un violeur d’enquêter sur les maltraitances infligées aux femmes. Jean-Michel Blanquer de son côté affirme que l’islamo-gauchisme est « un fait social indubitable. » « Fantasme ! » s’écrient les uns, « Chasse aux sorcières ! » hurlent les autres. Le dolorisme et l’idéologie victimaire sont à la mode, et comme bien peu de gens, dans le monde universitaire, ont les braies bien nettes, chacun se croit visé.

L’islamo-gauchisme est pourtant plus qu’un fait social : c’est un fait politique. Une construction artificielle, une chimère monstrueuse élaborée dans les ateliers d’une Gauche sans projet.

L’islamo-gauchisme, expression forgée par Pierre-André Taguieff, est, selon la définition de Jacques Julliard dans la Revue des Deux mondes, « un courant de pensée qui considère que le réveil de l’islam et la montée de l’islamisme sont des éléments de critique très intéressants du néocapitalisme et, d’une certaine façon, se substituent à la lutte des classes et au prolétariat classique, qui a déçu ceux qui comptaient sur lui. »

Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015
Pierre-Andre Taguieff en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00542783_000015

Ce qui suit est l’historique de cette notion.

En 2002, avant le premier tour de la présidentielle, Pierre Mauroy conseilla à Lionel Jospin de « parler au peuple ». Le candidat, qui ignorait encore qu’il arriverait troisième au soir du premier tour, et qui se voyait beau, répondit avec sa morgue ordinaire que la Fondation Jean Jaurès, boîte à idées de la Gauche boboïsée, le lui déconseillait. Le peuple, expliquaient ces grands esprits, n’existait plus, en tout cas comme réservoir de voix pour la Gauche ; cela faisait d’ailleurs quinze ans qu’il votait, de plus en plus, pour le Front national. Le vrai réservoir de voix, c’étaient les classes moyennes…
On sait ce qu’il en advint. 

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La disparition progressive du prolétariat a suivi la désindustrialisation de la France. Je ne suis pas loin de penser que fermer l’outil industriel, c’était supprimer, dans la pensée de dirigeants libéraux, cette partie de l’opinion qui a une propension à l’émeute. Tout ce qu’il en reste aujourd’hui, ce sont les Gilets jaunes.

L’échec de Jospin a sonné le tocsin pour les belles intelligences qui hantent les UER de Sociologie. S’il n’y a plus de prolétaires, allons chercher d’autres « damnés de la terre ». Remplaçons la lutte des classes par la lutte des races. Et aménageons les horaires des piscines municipales, à Lille et ailleurs, afin que les musulmanes, toujours pures, comme chacun sait, ne se baignent pas dans les mêmes eaux que des salopes céfrans.

Les immigrés, main d’œuvre surexploitée dans les années 1960-1970, avaient fait des enfants, qui, le cul entre deux cultures, choisirent celle qui leur offrait un peu de transcendance, l’islam, tout en adoptant les gadgets de l’autre : le capitalisme ne s’inquiète guère des revendications existentielles tant qu’on achète ses produits. Les insurrections algériennes du FIS et du GIA mirent de l’huile d’arachide sur ce feu. Comme on les avait adroitement enfermés dans des ghettos, ces enfants de deuxième ou troisième génération commencèrent par en expulser les Juifs qui y vivaient encore : à Trappes ou ailleurs, on n’incendie pas les synagogues pour des prunes.

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Cet antisémitisme de l’islam, héritier des belles déclarations du Grand Mufti de Jérusalem, Husseini, allié d’Hitler contre les Juifs, conflua avec l’antisionisme des gauchistes de la LCR, qui tournèrent alors un regard intéress

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