Entretien avec Didier Lemaire, le professeur de philosophie de Trappes


Didier Lemaire enseignait la philosophie au lycée de Trappes depuis vingt ans. Sans problèmes. Sauf que la situation s’est sérieusement dégradée depuis que début novembre, juste après l’assassinat de Samuel Paty, il s’est demandé, dans une tribune sur l’Obs, « comment pallier l’absence de stratégie de l’Etat pour vaincre l’islamisme ». Il n’y formulait pas de provocations, il s’adressait à ses collègues, et décrivait « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps ». Le choix du comparatif, « plus forte », n’était pas innocent: à l’orée des années 2000, il avait vu brûler la synagogue de la ville, et les familles juives partir l’une après l’autre.

Après les attentats de 2015-2016, il s’est engagé dans des actions à visée préventive dans cette ville où circulent plus de 400 « fichés S ». En 2018, il a co-signé avec Jean-Pierre Obin — qui dès 2004 dénonçait l’emprise du fondamentalisme religieux dans nombre de cités — une lettre au président de la République « pour lui demander d’agir de toute urgence afin de protéger nos élèves de la pression idéologique et sociale qui s’exerce sur eux, une pression qui les retranche peu à peu de la communauté nationale ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre : il a reçu des menaces si circonstanciées qu’elles lui valent aujourd’hui une protection policière. Les médias se sont émus. Comment, aux portes de Paris… Sans doute n’avaient-ils rien vu venir ? C’est sur cette problématique cécité des médias et des politiques qu’a commencé notre entretien, ce jeudi.

Jean-Paul Brighelli. Presque 20 ans après les Territoires perdus de la République, où Georges Bensoussan et quelques autres décrivaient déjà l’emprise islamiste sur des départements entiers, comment peut-on encore prétendre ne pas savoir ?

Didier Lemaire. Que ce soient les médias, dont le silence alimente le déni national, ou les enseignants, soumis à la tactique du « #PasDeVagues », tout témoigne d’une peur profonde. Or, l’islamisme s’alimente à cette peur. Il en fait son terreau pour s’étendre — ce qui, du coup, la renforce, dans un cycle sans fin.

Quand la nouvelle des menaces qui pesaient sur vous s’est répandue, qui s’est manifesté le plus vite, des politiques ou des médias?

La première à m’appeler fut Valérie Pécresse — avec beaucoup de sympathie et d’éloquence. Puis Bruno Retailleau, qui au moins sur la question de l’Ecole et de la laïcité s’est révélé impeccable. Et Emmanuelle Ménard, l’épouse du maire de Béziers — dont je ne partage guère les idées, mais qui m’a assuré de son soutien. Du côté des médias, le pire a côtoyé le meilleur. Le meilleur, ce fut Stéphane Kovacs, au Figaro, plein d’empathie et surtout doué d’un style qui m’a rappelé Henri Calet, que j’admire fort. Ou Nadjet Cherigui, dans le Point, une belle rencontre avec une belle personne. Ou Pascal Praud et Elisabeth Lévy, sur CNews — même si Praud a cr

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