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Police: la position du démissionnaire

Les policiers sont de plus en plus nombreux à réclamer une rupture conventionnelle

Police: la position du démissionnaire
© AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Lâchés par le président de la République, les policiers sont en colère et beaucoup demandent des ruptures conventionnelles. Or, les polices municipales recrutent à tour de bras. Conséquence, une vague de départs pourrait déstabiliser la police nationale.


Ils entendaient frapper l’opinion, ils ont réussi. Le 14 décembre, un tiers des policiers de l’Isère, soit 132 agents, ont déposé une demande de rupture conventionnelle en préfecture. Il faudra des mois pour que leurs demandes soient examinées, car le ministère joue la montre (voir entretien avec Alexandre Langlois), mais il semble peu probable que leur malaise se dissipe dans l’intervalle, tant la crise est profonde. Le geste des Isérois était une réponse à l’entretien accordé par le chef de l’État à Brut le 4 décembre. Emmanuel Macron s’était longuement appesanti sur la question des violences et des contrôles au faciès. Tous les policiers de France ont compris la manœuvre : il fallait éteindre l’incendie allumé par le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler, le 21 novembre dans le 17e arrondissement, parce qu’il ne portait pas son masque. « Le coup de communication présidentiel a été très mal perçu en interne, explique un gradé marseillais. Si la police grille son crédit auprès des citoyens en faisant du contrôle sanitaire et social, c’est à la demande du gouvernement. Si en plus le chef de l’État nous reproche d’être racistes, ça ne va plus. Qui ignore encore que les étrangers et les nationaux issus de l’immigration sont surreprésentés dans la criminalité ? »

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Lâchés en direct par le chef de l’État, les policiers répliquent par l’insubordination larvée. La tendance existait déjà avant l’entretien à Brut. Le 9 juin 2020, par exemple, en pleine affaire George Floyd, la police avait été appelée en gare de Saint-Brieuc pour interpeller deux Nord-Africains agressifs, sans billets et sans papiers, que les contrôleurs voulaient faire descendre du TGV. Arrivés sur place avant le train, les policiers ont attendu une heure et demie pour agir… Et après l’interview présidentielle, les syndicats Alliance et Unité SGP-Police-FO ont appelé à passer en code 562, qui désigne le service minimum, dans le jargon maison. Passablement préoccupant pour le gouvernement : Unité SGP est son interlocuteur syndical privilégié dans la police.

Des départs vers la police municipale?

Ils râlent, mais partiront-ils? Selon nos informations, beaucoup de policiers isérois bluffaient, mais la tendance au départ est réelle. Les communicants qui ont préparé les éléments de langage du président pour son passage chez Brut n’ont peut-être pas mesuré à quel point quitter la police était aujourd’hui facile. Alors que la rupture conventionnelle est en phase de test pour tous les fonctionnaires depuis début 2020, des dizaines de maires ont fait campagne l’an dernier sur le renforcement des polices municipales et les villes recrutent à tour de bras. Non sans mal ! Clichy-sous-Bois a mis plus d’un an à trouver les huit agents qu’il lui fallait. Mi-janvier, les annonces sur le site de La Gazette des communes se comptaient par centaines : Thonon-les-Bains, Val-de-Reuil, Rennes, Vannes, Castillon-la-Bataille, Blois, Cannes… Les salaires des policiers municipaux sont fixés par une grille nationale, mais les villes surenchérissent pour attirer les candidats, promettant des primes et des heures supplémentaires. Elles font des efforts sur les horaires (moins de week-ends d’astreinte que dans la police nationale) et sur le matériel. Être plus performant que l’Intérieur dans ce registre n’est pas difficile. En 2018, la Cour des comptes relevait que près d’un véhicule de la police nationale sur quatre avait dépassé la limite d’usage (huit ans ou 170 000 km).

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Le véritable appel d’air reste à venir. Dernière grande ville de France sans police municipale (avec Brest), Paris lance son service ce printemps, avec plus de 3 000 recrutements à la clé. Sur le site du Huffington Post, le 19 décembre 2020, l’adjoint parisien à la sécurité, Nicolas Nordman, se paye le luxe de faire la leçon au ministère de l’Intérieur. La police parisienne sera ce que « la police nationale n’est plus », à savoir une force « présente, disponible », détenant « une connaissance précieuse du terrain », à même de créer un lien de confiance que le « gouvernement échoue à instituer » ! Rien ne dit que la majorité d’Anne Hidalgo réussira, le refus d’armer les policiers parisiens laissant très sceptiques de nombreux spécialistes, mais le diagnostic est juste : non seulement le gouvernement n’a pas restauré le lien entre la population et les forces de l’ordre, mais il a perdu la confiance de sa police.

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Février 2021 – Causeur #87

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste

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