Un petit tour et puis s’en va! The Vivi (Vincent Pois de son vrai nom) vient d’être dégagé brutalement de The Voice à l’issue d’un communiqué lapidaire d’ITV Studios France. En cause et comme toujours, des tweets exhumés par des hordes de militants sur les réseaux sociaux.


En rappant « Suicide social » d’Orelsan sur le plateau du télé-crochet de TF1, le jeune Sarthois avait frappé un grand coup le week-end dernier. En prime-time, il hurlait ses « adieux à la France de Joséphine Ange Gardien » et décrochait d’un même tir les approbations des quatre vedettes en charge d’examiner sa prestation. Mieux, le candidat faisait se lever Vianney qui reprenait avec lui les paroles homophobes du rappeur normand(1).

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Mais si capitalisme n’aura jamais hésité à vendre le poison prêt à causer son agonie, point trop n’en aura fallu pour The Vivi. Courroucés par les ironiques paroles d’Orelsan (initialement placées dans la bouche d’un narrateur résolu à en finir avec la vie), les social justice warriors de Twitter – qui n’avaient visiblement rien à faire de leur samedi soir – auront cherché toute la nuit des poux dans la tête de son émule. Ils en auront trouvé deux, une blague raciste et un tweet homophobe(2), publiés lorsque le gamin avait dix-sept ans.

«Ni oubli, ni pardon!» telle est la devise des réseaux sociaux

Dès lors fallait-il pendre ce pauvre morveux par les pieds. Et ses plus plates excuses, rapidement publiées sur Instagram, n’auront pas fait trembler la foule. Plier le genou face aux charognards n’a jamais fait qu’accélérer leur sale boulot. « Ni oubli, ni pardon ! » telle est la devise des réseaux sociaux.

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Certains salueront toutefois qu’ITV Studios France n’ait pas versé dans le deux poids deux mesures. La société produisant The Voice avait effectivement mis fin au parcours d’une précédente candidate, Mennel, trois ans plus tôt et sous des motifs similaires. Des tweets de la jeune femme avaient, là encore, été exhumés, à l’occasion desquels elle remettait en question la version officielle des attentats du Bataclan.

Louer la sainte morale du studio de production apparaîtrait toutefois précipité, à l’heure où ce cher Vianney, si enthousiasmé par The Vivi et déjà en larmes, la semaine passée, à l’écoute d’un rap anti-avortement d’un autre gamin, fait lui aussi face à la géhenne. On se demande alors si l’émission de TF1 saura se montrer aussi exigeante envers ses salariés qu’envers les mômes qui viennent y mendier quelque gloire. On se demande si elle respectera, pour les uns, les principes qu’elle aura édictés pour les autres ; et si elle ira jusqu’à jeter la si charmante tête de gendre idéal de son juré dans la fosse purulente qui en réclame encore. Comme toujours, on pourra toutefois parier que cette quête d’égalité et de blancheur se heurte à l’habituel mur de la lutte des classes. En télévision comme ailleurs, l’argent a ses raisons que la raison ignore.

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