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Quand Twitter invente la bêtise artificielle

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Le réseau social a catalogué « pro-Russie » le magazine de gauche souverainiste Ruptures, juste après la parution d’un article qui se contentait pourtant de rappeler une évidence: il n’y a aucune preuve d’une collusion entre Trump et Poutine visant à truquer la présidentielle américaine de 2016.


Faut-il en sourire ou prendre peur ? Le 7 septembre 2020, sans préavis, le fil Twitter du magazine de gauche souverainiste Ruptures (environ 10 000 lecteurs mensuels) s’est retrouvé affublé d’un avertissement : « affilié à un état, Russie ». C’est la conséquence d’une décision du réseau social, entrée en vigueur en août 2020. « Les gens ont le droit de savoir quand le compte d’un média est affilié directement ou indirectement à un acteur étatique », expliquait cet été un communiqué de la firme californienne. Pour le moment, seuls les Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU sont visés, à savoir la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Twitter a fait savoir que les médias considérés comme « affiliés » à un de des pays ne seront plus mis en avant. Les algorithmes de la plateforme ne les recommanderont pas à la lecture, ce qui revient à brider leur diffusion.

Capture d'écran Twitter
Capture d’écran Twitter

Une décision inexpliquée

Question à ce jour sans réponse, sur quel critère Ruptures a-t-il été classée pro-Russie ? « Nous avons évidemment demandé des explications à Twitter France, sans obtenir le moindre retour », explique le rédacteur en chef, Pierre Lévy. Il assure n’avoir aucun lien organique ou financier avec la Russie. Autrefois nommé Bastille-République-Nations, Ruptures, qui fête cette année ses vingt ans, est une revue de gauche très critique sur la construction européenne, républicaine et volontiers protectionniste. « Elle vit de ses abonnements, pas de l’or de Moscou », sourit Pierre Lévy, passé par l’Humanité de 1996 à 2001.

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Détail curieux, à ce jour, ni la BBC, ni Radio France, ni l’AFP, médias fort professionnels mais néanmoins financés par des Etats, ne sont considérés comme « affiliés » par Twitter. L’agence Chine Nouvelle et RT France, en revanche, oui. « Raphael Grably, de BFM TV, a tenté d’en savoir davantage sur les critères d’obtention du label, mais Twitter n’a fait aucun commentaire », poursuit Pierre Lévy. Le rédacteur en chef balance entre l’amusement et l’agacement. « Si un stagiaire a fait du zèle chez Twitter, on aimerait le remercier, l’affaire nous a rapporté quelques abonnements, mais il y a aussi un côté scandaleux dans tout cela. Qui, pourquoi, de quel droit ? »

On reparle du Russia Gate

Pierre Lévy n’en fait pas mystère, il a déjà livré des articles à RT France, mais selon lui, l’explication la plus probable est à chercher ailleurs. Le 7 septembre 2020, le journaliste Laurent Dauré a publié dans Ruptures une analyse du Russia Gate. Fort étayé, l’article revenait sur ce qui restera comme un des plus énormes fiascos de la presse américaine : pendant plus de deux ans, elle a relayé la thèse d’une ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016, ayant entrainé la défaite de Hillary Clinton, sur fond de pacte entre Trump et Poutine. Le 24 mars 2019, au terme de 22 mois d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller a exonéré le président Trump de tout soupçon de collusion avec la Russie. Que Vladimir ait préféré Donald à Hillary n’est pas un mystère, mais rien ne permet de dire que les deux hommes se sont entendus pour truquer le scrutin. Et c’est un magistrat américain investi de pouvoirs d’enquête exorbitants qui l’affirme. Le 7 octobre 2020, Donald Trump a d’ailleurs déclassifié tous les documents de l’enquête relative au Russia Gate, ce qui témoigne d’une certaine sérénité. Tout à leur détestation du président américain, les médias français en parlent peu.

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Comme le relevait Ruptures, en dehors du Monde Diplomatique, ils ont massivement pris pour argent comptant le Russia Gate, sans prendre le temps, ensuite, d’analyser ce ratage journalistique collectif. L’article de Laurent Dauré le souligne. Il ne chante pas outre-mesure les louanges de la Russie. Mais quelqu’un chez Twitter a-t-il déjà lu Ruptures ? Rien n’est moins sûr. La filiale française annonce 29 salariés seulement en 2019, dont, probablement une forte proportion d’administratifs et d’informaticiens. Le label « affilié à la Russie » a sans doute été décerné sans intervention humaine, sur la base de quelques formules clés. Comment appeler l’intelligence artificielle quand elle reflète les poncifs et boulettes de son époque ? La bêtise artificielle ?

Alice Coffin, la femme barbante


La militante lesbienne publie un livre sans style, sans réflexion théorique et tout en slogans. Seules ses contradictions personnelles et de rares traits d’humour lui confèrent une dimension humaine


Le Génie lesbien, d’Alice Coffin, paraît le 30 septembre chez Grasset et fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette activiste du lesbianisme, journaliste et élue EELV du 12e arrondissement, qui a obtenu la mise au ban de Christophe Girard pour cause de soi-disant complicité avec Gabriel Matzneff est déjà connue du grand public pour ses fracassantes déclarations misandres. Mais de quoi retourne ce fameux « génie lesbien » ?

Tout d’abord c’est très pénible à lire, brouillon, indigeste. Sans style, sauf peut-être dans la litanie, interminable, de ses héroïnes activistes lesbiennes, Ellen DeGeneres, Andrea Dworkin, symbole du féminisme radical, et Angela Davis, qui commit cependant le péché capital de ne pas dévoiler son homosexualité.

Est-ce un manifeste ? Non. Coffin ne théorise rien, elle se contente de recenser les actions de ses consœurs en faisant une vague propagande lesbianiste et exaltée à coups de slogans accrocheurs : « Être lesbienne est une fête. » C’est Hemingway chez les situationnistes.

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De ce salmigondis mi-agit-prop, mi-confession d’une enfant de ce triste siècle, on ne retient en effet que des slogans. On sort de la lecture de ce délire avec le tournis et très peu convaincu de l’existence d’un quelconque génie lesbien.

En réalité, l’ouvrage de Coffin ressemble aux provocations d’une ado en crise dont nous serions les parents. Elle cherche à choquer, mais finalement ne choque pas grand monde. Et c’est en cela qu’elle en devient presque touchante. En effet, sous le vernis attendu des éternelles antiennes intersectionnelles, dont l’éloge des femmes voilées qu’elle considère comme ses sœurs, comme elle vilipendées par les affreux réacs universalistes, se dessine le portrait d’une femme mal à l’aise avec son orientation sexuelle. Son engagement auprès du collectif La Barbe donne cependant lieu à un des rares passages drôles du livre : elle y raconte son émotion quand on lui fabrique sa première « barbe » en moquette, signe distinctif arboré par ces agitées. Alice est finalement une sale môme.

Elle avoue s’être fait violence pour accepter son corps. Obsédée par les coming out organisés aux États-Unis comme des happenings politiques, Coffin reproche aux lesbiennes françaises old school, à l’image de Muriel Robin, qui pourtant s’affiche au grand jour, d’être trop discrètes au sujet de leur préférence pour les femmes.

Finalement, ce sont ses contradictions qui la rendent humaine. Ainsi peut-elle écrire à la fois que les lesbiennes doivent se mettre au ban de la société et que le lesbianisme est un universalisme. Que la violence est intrinsèque aux hommes, mais que son père fut une merveille de père attentionné. Et j’en passe.

Telle l’Alice de Lewis Caroll, qui découvre un monde parallèle après avoir été aspirée par un trou, notre Alice, est quant à elle aspirée par le pays lesbien et ses merveilles dont nous sommes les reines de cœur.

Alice Coffin, Le Génie lesbien, Grasset, 2020.

Le génie lesbien

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Jean-Pierre Lledo: être à sa place, enfin

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Le cinéaste Jean-Pierre Lledo sort un film documentaire et publie un livre pour célébrer son itinéraire unique de cinéaste communiste et algérien, né d’une mère juive, qui découvre en Israël une révélation longtemps recherchée.


Le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo propose une réponse à la question que posait Claude Lanzmann dans Pourquoi Israël ? en 1973. Mais tout simplement « Parce que Israël !»

Cette réponse devient évidente, dès lors que Lledo s’est affranchi de tous les filtres idéologiques de son passé algérien et communiste. C’est le retour vers cette autre part de lui-même, enfouie au plus profond de son être, qui donne à ce film toute sa force. Élevé par son père communiste en Algérie mais bercé par sa mère juive, Jean-Pierre Lledo va mettre cinquante ans à découvrir son épicentre enfoui. Son film, Le voyage interdit et son livre Alger-Jérusalem, le voyage interdit racontent cet itinéraire exceptionnel. Être à sa place, c’est ce qu’éprouve enfin Lledo.

Célébrer les Juifs qui chantent

Le long de quatre films d’une durée totale de onze heures, il reconnaît un lieu qu’il ne connaissait pas. Israël, cette terre étrangère, lui est étrangement familière. Formé à l’école du cinéma soviétique, il prend son temps pour dire les choses. Cette œuvre va à contre-courant de la pensée dominante, celle qui adore pleurer les Juifs morts dans la Shoah en général mais accabler Israël en particulier. Lui célèbre les Juifs vivants, ceux qui dansent, ceux qui chantent, ceux qui aiment leur pays, ceux qui pensent le renouveau de l’État des Juifs comme un modèle d’émancipation pour le genre humain.

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Les temps ont-ils changé depuis les années 2000, au moment de la seconde intifada quand l’État des Juifs était nazifié et que le signe = s’affichait entre la svastika et l’étoile à six branches, sur toutes les banderoles célébrant la Palestine ? Cette apogée de la haine anti-israélienne est-elle toujours d’actualité ? Le nom d’Israël, le mot Israël, le qualificatif sioniste servent-ils toujours de repoussoir ? Le public pourra-t-il regarder le film de Lledo sans œillères idéologiques? La pensée automatique objectera-t-elle « et les Palestiniens ? », avec toute la force des réflexes pavloviens habituels ? Où sont-ils, pourquoi sont-ils absents de ce film ? Ce sera une grande frustration des critiques de gauche : le sort des Palestiniens et de leurs malheurs divers n’est pas le sujet du film. 

La source d’une imposture

Ce dont il est question c’est d’abord de l’itinéraire d’un homme au travers des passions politiques ayant nourri le siècle passé. À travers ce chemin, ce sont d’autres questions qui surgissent dont celle, majeure, de l’identité. Tous ces sujets irriguent notre actualité. Ils étaient cachés mais voilà que chacun affiche désormais sa couleur contre un universel sans couleur, voilà que les questions de genre font trébucher l’idée d’une humanité partagée par tous et toutes. Les Algériens d’origine arabo-musulmane ou berbère voulaient s’affranchir de la tutelle coloniale. Après une lutte féroce contre la France ils ont obtenu gain de cause. Pourtant cette guerre continue ici quand des populations issues de la diversité estiment toujours être victimes d’un racisme colonial. 

Cette imposture a une source et Lledo la décrit précisément. Lui qui pensait en tant que communiste que l’Algérie indépendante ferait de l’universel son idéal découvre avec effroi que c’est au faciès que les Européens furent massacrés le 5 juillet 1962 à Oran, et que c’est au nom de leur religion que des ouvriers agricoles furent aussi massacrés par d’autres paysans, par leurs camarades de travail dans l’Est de l’Algérie en 1955. Lledo comprend que c’est un projet d’épuration ethnique qui motive les forces du FLN. En 1982, Ahmed Ben Bella, dans une interview dans Politique Internationale, va confirmer et préciser les choses : « Nous autres arabes ne pouvons être que si l’autre n’est pas ». Pour Lledo le rideau du progressisme se déchire. 

israel-voyage-interdit-2israel-voyage-interdit-1Dans Algérie, histoires à ne pas dire, son précédent film, il racontait comment le plus grand artiste de musique arabo andalouse, Raymond Leyris, surnommé cheikh Raymond, tant il était reconnu comme un maitre par les Arabes, fut assassiné parce que Juif et qu’un Juif ne pouvait pas chanter en arabe. Quelques jours plus tard toute la population juive de Constantine, présente depuis des siècles, quittait cette ville.

Accompagné de Boualem Sansal

Un univers psychologique autant que politique s’écroule, un autre va naître. Invité à présenter ce film au festival de cinémathèque de Jérusalem, Lledo saute le pas. Il fait le choix d’aller voir de plus près la réalité de « l’entité sioniste » pour reprendre les mots de la doxa algérienne. Ne pas nommer c’est bien dénier à l’autre tout son droit à être. Réticent, inquiet, mais accompagné de sa fille, Naouel, il découvre un monde inconnu, à la fois intimement proche et intellectuellement lointain. Une nouvelle histoire commence. 

A lire ensuite: Quand Boualem Sansal déclarait: «Je suis sans doute, ici, ce soir, le seul islamophobe»

Le livre raconte les illusions du passé algérien tandis que le film raconte, les yeux grands ouverts, la découverte d’Israël. Le regard candide et tendre de Naouel, interroge ce nouveau monde qui fait chavirer toutes les certitudes passées. Accompagné de Boualem Sansal, ils prennent la mesure du projet d’effacement de ce pays. Or Israël, l’État d’Israël, impose une foule de questions nouvelles aux catégories mentales du naïf Lledo : qu’est-ce qu’être Juif ? Pourquoi a-t-il été dans l’histoire l’objet de la haine la plus constante? Pourquoi cet État est-il aussi l’objet d’un tel rejet ? Que contient-il d’insupportable pour les autres ? Qu’est-ce que le rapport à Israël révèle de l’autre ?

La rencontre de Ziva Postec

Ce ne sont pas seulement des questions que Lledo découvre mais c’est aussi et surtout la coïncidence d’une terre et d’une secrète aspiration. Il est là où il devait être après cinquante ans d’errance psychologique et politique. Ce livre dit une histoire d’amour après avoir raconté celle des ténèbres. Sa rencontre avec la monteuse, cinéaste et productrice Ziva Postec sublime celle avec Israël. Ziva, trouve dans cette rencontre et dans ce film, la source d’une renaissance. Après avoir travaillé sur les récits de la mise à mort des Juifs comme monteuse de Claude Lanzmann pour Shoah, elle sait donner à ce Voyage interdit une force de vie.

À coup sûr ce film dérangera plus d’un, enfermé dans les certitudes ou les égarements d’une France qui ne sait plus ce qu’elle est, autant que ce qu’elle souhaite, hormis produire et consommer. Pour tous ceux qui veulent penser autrement, en revanche, l’œuvre de Lledo et Ziva Postec est une parole salutaire.

Le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo, documentaire, 140 minutes, en salle depuis le 8 octobre.

Le voyage interdit Alger-Jérusalem

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Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble


Faut-il lutter contre les fanatiques ou apprendre à vivre avec eux ? Sous couvert de dialogue interreligieux, l’association Coexister a choisi la seconde option et vend désormais le mode d’emploi du vivre-ensemble. Parmi ses clients, l’Éducation nationale. Grande enquête


Coexister est née en 2009, après un affrontement entre deux cortèges de manifestants, respectivement propalestinien et pro-israélien, près de la gare du Nord, à Paris, le 9 janvier. Suite à cet incident, une église, une mosquée et une synagogue du 15e arrondissement organisent une manifestation pacifiste au cours de laquelle Samuel Grzybowski, 16 ans, fils d’un journaliste de l’hebdomadaire catholique La Vie, prend la parole.

Depuis une visite à Auschwitz, l’année précédente, le jeune homme veut s’impliquer. En mai 2009, Samuel Grzybowski et une dizaine de jeunes organisent « Ensemble à Sang % », un don du sang par des juifs, des chrétiens, des musulmans et des athées. La symbolique est très appuyée, marquée du sceau d’un certain esprit boy-scout[tooltips content= »D’ailleurs assumé : Samuel Grzybowski raconte volontiers qu’il a été scout. Son père Laurent écrit des chansons chrétiennes à entonner le soir autour d’un feu de camp. Voir l’album Fais briller ta vie, sur YouTube, résolument premier degré. »](1)[/tooltips], mais la dynamique est réelle.

Coexister naît officiellement quelques mois plus tard. Seulement, pour dialoguer, il faut être au moins deux. Or, dans la grande famille de l’islam, quelques éléments turbulents veulent surtout faire parler les armes. D’autres encore, Frères musulmans ou imams salafistes, « dialoguent » exclusivement pour arracher des concessions visant à appliquer leur projet religieux et politique, non négociable et non amendable, car d’inspiration divine.

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Les premiers sont évidemment hors sujet, on ne dialogue pas avec des terroristes. Les seconds, moins sulfureux, posent un problème épineux, que Coexister n’a toujours pas résolu.

Immédiatement après les attentats de Paris de novembre 2015, l’association crée le collectif « #NousSommesTousUnis », où on retrouve, au côté d’élus, de syndicalistes, de rabbins et de quelques intellectuels, nombre de leaders de la mouvance frériste francophone, pourtant très minoritaire au sein de l’islam français[tooltips content= »Coexister a eu comme présidente d’honneur pendant quelques années Meherzia Labidi Maïza, députée tunisienne, figure du parti islamiste Ennahdha, qui se revendiquait des Frères musulmans jusqu’en 2016. Sa fille, Farah Maïza, est une des cofondatrices de l’association. »](2)[/tooltips] : Samy Debah, président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Anas Saghrouni, président des Étudiants musulmans de France (EMF), ou encore Nabil Ennasri, président du collectif des Musulmans de France (MF).

Il ne s’agit pas d’une coïncidence fortuite. En de nombreuses occasions, on verra Samuel Grzyboswki et d’autres membres de Coexister s’afficher avec des représentants des Frères musulmans, dont le but avoué est d’arracher au législateur des « accommodements raisonnables ».

Souvent interrogée sur ces liaisons surprenantes, Coexister avait la possibilité de rejeter fermement l’islam politique. Elle laisse planer le doute. Peut-on avoir un dialogue interreligieux avec quelqu’un qui n’exclut pas d’appliquer un jour la charia en France ? « Il n’est pas question de changer le modèle républicain », assure Radia Bakkouch, actuelle présidente de Coexister. Sauf, éventuellement, si c’était demandé gentiment… En effet, selon elle, « suivre la charia, ça peut aussi vouloir dire être bienveillant et faire attention à son prochain. Alors après tout, pourquoi pas ? Il n’y a pas de définition unique de la charia. » Tariq Ramadan est-il fréquentable ? Non, mais à cause de « son traitement des femmes terrifiant », plus que pour ses opinions, car « les jeunes qui l’écoutent ont du recul ». La jeune femme, diplômée de Sciences-Po, décrit la ligne de Coexister comme « un chemin de crête, interconvictionnel, entre le discours sur la diversité et le discours sur l’unité ».

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Le numéro d’équilibrisme est devenu vertigineux en novembre 2019, lorsque le CCIF a lancé un appel à manifester contre l’islamophobie, contresigné et relayé par le gotha de l’obscurantisme musulman. « Il n’est pas question d’appeler à marcher contre une exclusion auprès de personnalités qui prônent d’autres exclusions et violences comme le sexisme ou la LGBT-phobie », assurait le bureau national dans son communiqué, avant de se contredire, deux paragraphes plus bas : « Nous vous invitons tout de même à participer à cette marche du 10 novembre dans le SEUL but de lutter contre l’exclusion » !

Massivement subventionné

En dépit de ces flottements invraisemblables, l’association Coexister est portée à bout de bras par les institutions. Elle perçoit environ 150 000 euros de subventions annuelles et quelque 500 000 de mécénat. Elle revendique le soutien de l’Observatoire de la laïcité, du ministère des Affaires étrangères, du Commissariat à l’Égalité des territoires (CGET), de la ville de Nancy, de la ville de Paris, du Rotary, du Secours catholique, de Total, de la Macif, etc.

Elle est également couvée par les Américains : en 2016, Samuel Grzybowski a été lauréat du prix international des « Jeunes leaders émergents » décerné par le département d’État américain. Il avait déjà été repéré par Ashoka, un réseau privé américain qui s’est donné pour mission de faire émerger des entrepreneurs du social et de la diversité dans des pays étrangers. Grzybowski est aussi un entrepreneur. Il est désormais à la tête d’un cabinet de conseil, Convivencia, qui vend de la prestation de conseil sur la laïcité, le vivre-ensemble et la déconstruction des préjugés à des entreprises, mais aussi à l’Éducation nationale.

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L’activité de ce cabinet, qui reverse ses bénéfices à l’association, est sans doute la clé qui permet de comprendre la feuille de route de Coexister. « On ne fait pas du dialogue entre les religions, admet sans détour Radia Bakkouch. On fait du management de la diversité. »

Vue sous cet angle, la marche contre l’islamophobie est nettement moins problématique. Les islamistes créent un marché. Enseigner l’art et la manière de vivre avec eux est tout à fait dans les cordes de Convivencia. L’infréquentable devient « bankable ». « Nous sommes en face de gens pour qui le vivre-ensemble et le séparatisme vont paradoxalement de pair, résume Charles Coutel, professeur émérite de philosophie du droit à l’université d’Artois et membre du Comité Laïcité République. Ils sont au-delà des idiots utiles de l’islamisme, d’une certaine manière. Nous sommes quelques-uns à tenter de faire passer un message de vigilance concernant ce fameux vivre-ensemble dans les allées du pouvoir, mais ce n’est pas facile. » « Coexister est en mission rémunérée dans les collèges, c’est surréaliste, renchérit Sophie Valles, du réseau 1905. On paye l’association pour élargir son audience chez les collégiens, par le biais d’un discours fédérateur, qui masque une conception clivante de la laïcité. Je doute que Jean-Michel Blanquer soit enthousiaste, mais il ne contrôle pas tout. Quelqu’un à l’Éducation nationale a dû se dire que le dialogue ne pouvait pas nuire dans la lutte contre l’islamisme. » Belles tranches de généralités sur l’entente universelle nappée de sauce managériale, la recette de Coexister était appétissante. D’autant plus que « le dialogue interreligieux permet réellement de désamorcer des conflits », souligne Amélie de La Hougue, responsable du service information de l’Aide à l’Église en détresse (AED). « C’est le cas en Centrafrique, au Liban, au Nigeria, à Gaza. Mais pour que la démarche porte ses fruits, il faut qu’elle émane du terrain, que chacun sache avec qui il dialogue, que la politique soit laissée de côté et qu’il y ait un discours de vérité de part et d’autre, sans chercher le plus petit dénominateur commun. »

DROIT DE REPONSE

Le projet de fusion Veolia / Suez entouré de larges zones d’ombre

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Le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets Veolia essaie d’avaler le numéro 2, Suez, contre son gré


 « La fusion Veolia / Suez réduirait la concurrence » ; a déclaré Christopher Gasson, éditeur de la revue spécialisée Global Water Intelligence à La Tribune. Il a ensuite ajouté que si la France « [voulait] être le leader mondial de la transition écologique, elle [aurait] plutôt besoin de deux concurrents dynamiques, pas d’un monopole paresseux ». L’avis tranché de ce spécialiste, conforme aux conceptions classiques de l’économie de marché, interroge sur l’OPA lancée par Antoine Frérot pour prendre le contrôle de Suez. Y-a-t-il anguille sous roche ?

L’État profond à la manœuvre…

Remonté à bloc, Arnaud Montebourg a lui affirmé que l’opération menée par Veolia avait été décidée de concert avec l’Élysée. De quoi renforcer la thèse d’un État dit profond lié à certains grands patrons dûment choisis ? L’ancien ministre de l’Économie, prédécesseur direct d’Emmanuel Macron à cette fonction sous le quinquennat de François Hollande, a beau ne pas faire mystère de son inimitié pour le président de la République, il semble ici avoir quelques arguments dans sa manche.

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Rappelant les liens qui uniraient monsieur Frérot (Le PDG de Veolia NDLR) à Emmanuel Macron depuis la dernière élection présidentielle, où le premier habituellement prudent s’était pourtant montré lors d’un meeting du marcheur, Arnaud Montebourg n’hésite pas à comparer l’éventuel rachat de Suez par Veolia à des précédents qui ont durablement marqué l’opinion à l’instar de l’affaire Alstom. Pour l’ancien ministre et actuel producteur de miel français, l’opération porterait les stigmates d’une oligarchie d’État comparable à celle qu’aurait connue la Russie du début des années 2000.

Arnaud Montebourg, le 8 novembre 2019 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00931494_000001
Arnaud Montebourg, le 8 novembre 2019
© ISA HARSIN/SIPA
Numéro de reportage : 00931494_000001

Des mots durs qu’il est encore difficile de vérifier mais qui commandent tout de même que la pleine lumière soit faite sur les dernières manœuvres ayant conduit Veolia à prendre possession des 29,9% des parts qu’Engie détenait dans l’entreprise Suez. Depuis quelques années, l’imprévoyance et l’imprudence française en matière de stratégie industrielle nous invitent à la prudence. Nous avons assisté impuissants au détricotage minutieux de notre tissu industriel, entrainant une terrible casse sociale.

La stratégie de Veolia est-elle compatible avec les intérêts français?

Il y a pourtant quelques domaines où nous disposons encore de géants mondiaux. Veolia et Suez sont ainsi deux groupes leaders sur le marché de l’eau et du retraitement des déchets. Sous l’impulsion d’Antoine Frérot, le groupe Veolia a même su très intelligemment diversifier son activité pour moins dépendre des délégations de service public, lesquelles arrivent à leur terme prochainement dans un grand nombre de métropoles (Lyon en 2023, Bordeaux en 2025 ou Lille en 2023). Certaines sont déjà passées sous régies municipales pour la distribution et l’assainissement des eaux, comme Paris et Montpellier. Une nouvelle donne qui a poussé Veolia à développer d’autres secteurs tels que le recyclage ou le traitement des déchets dangereux.

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Fort de ce constat, Antoine Frérot lorgne depuis son arrivée à la tête de Veolia sur le groupe Suez, jugeant que le rachat permettrait à son groupe d’affermir sa position de champion mondial et de s’implanter plus facilement sur des marchés porteurs et demandeurs. Il aurait ainsi la Chine et son marché de 1 400 milliards d’euros dans le viseur. L’Inde aussi. Brune Poirson était d’ailleurs en charge du développement durable pour l’agence de Veolia dans ce pays très peuplé ayant un cruel besoin de mieux traiter ses déchets, avant qu’elle ne devienne députée puis secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

Concurrence affaiblie et casse sociale redoutée

Est-il nécessaire pour Veolia de prendre le contrôle de Suez de manière inamicale pour assurer sa place de champion mondial ? De l’avis des experts : non. Henri Proglio, le PDG d’EDF, le pense aussi. Il est d’ailleurs logique que la concurrence entre Suez et Veolia soit bénéfique. Mercedes est plus forte avec BMW à ses côtés. C’est ici la même logique qui s’applique. Cette concurrence est aussi bénéfique pour les collectivités et les Français. Un seul groupe monopolistique pourrait imposer ses règles à tout le monde en France, ce qui n’irait pas sans difficultés avec les règles nationales et communautaires en matière de concurrence.

Il faut en finir avec le capitalisme de connivence à la française. Cela ne marche pas et affaiblit paradoxalement la France. La casse sociale pour Suez pourrait d’ailleurs s’avérer dramatique. Bien que juge et partie, l’avis de Jean-Marc Boursier (directeur général adjoint de Suez pour la France) est digne d’intérêt. En marge d’une visite du Centre international de recherche sur l’eau et l’environnement de Suez, il a déclaré à propos des intentions de Frérot: «Évidemment que ça aboutirait à une casse sociale. On l’a chiffrée à 10 000 personnes dans le monde dont 4 à 5 000 en France.» Des chiffres probablement exagérés mais donnant une idée du drame que ce rachat hostile pourrait créer. Et pour quel intérêt économique et stratégique autre que l’ambition d’Antoine Frérot ?

Une commission d’enquête serait bienvenue

La suspension de l’opération de cession par Engie de ses 29,9 % de Suez par le tribunal de Paris est symptomatique d’une affaire encore très opaque. Le tribunal a indiqué que la procédure d’information-consultation n’avait pas été menée loyalement, mettant les représentants du Comité social et économique de Suez devant le « fait accompli » ! Si ce n’est pas une opération hostile, on se demande bien ce qui peut l’être ! Ici, le vendeur a dicté à l’État son calendrier. Pis, Emmanuel Macron aurait été informé du projet dès le 2 juin, à en croire Mediapart. Disposant de trois voix au Conseil d’Administration d’Engie, l’État a été mis en minorité sans réagir et sans bénéficier de garanties pour le maintien de l’emploi, alors qu’il avait tout à fait la possibilité d’anticiper. L’autre interrogation concerne le rôle des administrateurs de la CFDT chez Engie, qui sont sortis de la salle et n’ont pas participé au vote pour ne pas avoir à se positionner contre ! Ont-ils obtenu quelque chose en échange ? Avec qui ont-ils discuté en amont ?

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Le timing ultra rapide de cette opération de prise de contrôle de même que la réaction du tribunal de Paris et les avis de nombreux experts du domaine laissent un drôle de sentiment en tête. Il faut que tout soit su et clarifié dans ce dossier d’une importance stratégique majeure. Une commission d’enquête du Sénat doit être rapidement mise en place afin que les différents ministres et conseillers de l’Élysée puissent nous donner des explications. Trop de suspicions courent et les enjeux sont trop grands pour être ignorés. Le public doit savoir.

Aurélien Taché opposé à la pénalisation d’une violence sexuelle pour protéger la liberté des femmes

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Dans un entretien accordé à Renaud Février pour le magazine l’Obs, Aurélien Taché, député de la 10e circonscription du Val d’Oise a déclaré être opposé au projet du gouvernement d’interdire les certificats de virginité. Le motif ? Cela risquerait de « réduire la liberté des femmes ».


Ce n’est qu’un bout de papier…

Interdire le test de virginité qui est, selon Aurélien Taché, « une pratique qui paraît archaïque au XXIème siècle » rendrait des parents bien plus « stricts » avec leurs filles qui risquent d’être privées de sortie. Il ajoute que les médecins qui délivrent ces certificats ne sont motivés par rien d’autre que la protection de leurs patientes et qu’ils ne devraient pas être pénalisés, car ils ne les auscultent pas et se contentent d’apposer le label « Vierge » sur du papier.

Un certificat de virginité ne serait donc qu’un « bout de papier » comme l’a avancé Omar Slaouti, enseignant et militant indigéniste également opposé au projet de loi porté par la ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa. Ça ne vous rappelle rien ?

« Un bout de tissu » en réponse à la critique de l’instrument d’apartheid sexuel qu’est le hijab, « un bout de papier » quand il s’agit d’empêcher la condamnation ferme d’une pratique qualifiée d’acte de torture et de violence sexuelle par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, pratique qui n’a pas de valeur scientifique… Aucun euphémisme ne nous est épargné.

Le chantage à l’exil

Si c’est bien dans le cadre de la lutte contre les séparatismes que le gouvernement a évoqué son intention d’interdire les certificats de virginité, il s’est bien gardé de désigner cette pratique comme spécifique à l’islam. Mais Aurélien Taché n’est pas dupe, ce sont bien des « femmes des minorités religieuses ou ethniques qui sont prises pour cibles, évidemment ». D’ailleurs, si le gouvernement venait à pénaliser les médecins qui délivreraient ces certificats ou les familles qui les exigent de leurs filles, Aurélien Taché prévient que cela aggraverait la situation. « Les parents (…) risquent de quitter la France ou d’envoyer leurs filles à l’étranger » alerte-t-il.

A voir sur REACnROLL: Lévy / Taché: Débat entre une réac’ et un multi-culti’

L’exil pour ce « bout de papier » ? C’est ce même chantage qui avait été exercé à l’occasion du vote de la loi de 2004 relative à la neutralité des signes religieux – dont le « bout de tissu » fait partie – pour les élèves de l’école publique. L’histoire se répète et il n’en sera toujours rien.

Qui peut croire que l’on quitterait le pays ou que l’on enverrait sa fille à l’étranger juste parce qu’une pratique barbare comme l’examen de l’hymen deviendrait interdite en France ?

Il suffit de deux billets low cost A/R en direction du Maroc ou de l’Algérie pour qu’un parent fasse ausculter sa fille chez n’importe quel médecin. Ni vu ni connu.

On peut toutefois choisir d’aller dans le sens du député du Val d’Oise en prenant en compte le risque de fuite à l’étranger, bien que délirant, comme une éventualité. Cela ne constitue toujours pas un motif valable pour reculer sur la pénalisation du test de virginité, bien au contraire ! Tout féministe sincère bataillerait dans ce cas là pour, qu’à l’instar de l’excision, la pratique du test de virginité soit pénalisée qu’elle soit pratiquée en France ou à l’étranger par « des praticiens agréés ou clandestinement » car ces filles et ces jeunes femmes sont françaises et le restent même hors de leur pays qui se doit de les protéger où qu’elles se trouvent.

L’épouvantail du nationalisme

La stratégie du gouvernement ne serait qu’un « coup médiatique » masquant un « fémi-nationalisme » d’état (sic) : « Un féminisme qui instrumentalise les droits des femmes à des fins nationalistes et identitaires. C’est une tendance de fond, qui vient de la droite nationaliste », d’après Aurélien Taché.

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En réalité, c’est un concept inventé par les indigénistes et décoloniaux pour nourrir un syndrome de persécution chez les femmes appartenant aux minorités qu’ils ciblent dans le but de provoquer chez elles un sentiment de rejet de l’idée que l’on se fait du féminisme en France, le féminisme universaliste. Comme stratégie de résistance, on proposera à ces femmes le « particularisme culturel », vivre en vase clos selon les us et coutumes de leurs pays d’origine, parachevant ainsi le processus de leur soustraction à la nation. « La droite nationaliste » ne peut pas rêver mieux.

La lutte par l’immobilisme et le déni: mode d’emploi

Mais que faire alors pour lutter contre une pratique aussi rétrograde envers « les femmes des minorités religieuses ou ethniques » lorsque l’on est député de la République qui se veut féministe, anti-raciste et résolument anti-« fémi-nationaliste » ?

« Aider ces jeunes femmes à s’émanciper des traditions de leurs familles en mettant des moyens pour un accès à une éducation de qualité, à la culture, aux transports » car « le premier séparatisme en France est social », asserte Aurélien Taché.

En pratique, il s’agira d’une part de donner aux jeunes filles une instruction à l’école, de proposer des sorties scolaires et de permettre des excursions entre amis, le tout sans condamner des pratiques barbares sous peine de « stigmatiser » l’idéologie qui en est à l’origine et de risquer une déscolarisation des filles par leurs parents. D’autre part, il s’agira de laisser ces mêmes jeunes filles baigner dans une éducation à la maison qui valorise la réduction des femmes à une poche de sang et qui les prépare dès le plus jeune âge à l’épreuve de feu: s’infliger l’humiliation d’une visite médicale pour demander à un soignant de les déclarer « halal » aux yeux de leur famille en leur délivrant une certification AVS comme pour le bétail, afin qu’elles soient enfin bonnes à consommer.

Aurélien Taché se gardera de mentionner l’éducation des garçons et des jeunes hommes dans son entretien. Les émanciper, eux, « des traditions de leurs familles » n’est pas au menu. Mais qui est l’autre bénéficiaire direct du certificat de femme halal si ce n’est le futur époux ?

Le prix à payer pour ne pas être privée de sortie

Laisser à des jeunes filles la charge de concilier autant de contradictions sans possibilité d’intervention du législateur pour qu’elles puissent être protégées de la violence sexuelle et psychologique que constitue le processus de délivrance d’un certificat de virginité, pour que leur soit épargné ce conflit de loyauté duquel elles ne peuvent s’extirper qu’en ayant l’impression de trahir leurs parents ou de renoncer à la dignité à laquelle elles ont droit systématiquement en tant que françaises… La charge est bien trop grande pour les épaules des filles de la nation. Le prix est bien trop cher payé pour le confort des politiques lâches, ceux pour qui le droit des femmes à la dignité et aux libertés sexuelles et reproductives sont une sous-cause.

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C’est aux médecins d’aller plus loin dans leur « désir de protéger leurs patientes », en se rappelant du serment d’Hippocrate qu’ils ont prêté et qui les engage à respecter « la dignité » de leur patiente et de ne pas laisser « des considérations de croyance ou d’origine ethnique s’interposer » entre leur devoir de respecter cette dignité et leur patiente.

C’est aux parents de se plier inconditionnellement à la devise républicaine qui veut que toutes les filles naissent, grandissent et vivent libres et égales aux garçons en droits. C’est à eux qu’il incombe de rompre avec la chimère qui voudrait que la chasteté de leurs filles soit une garantie de l’honneur de la famille et c’est à eux d’éduquer leur fils aussi dans ce sens.

Et enfin, c’est aux députés, comme Aurélien Taché de légiférer afin que ni les premiers ni les seconds ne puissent faciliter ou imposer les tests de virginité ou toute autre pratique sexiste aux jeunes filles ni aux jeunes femmes françaises, quel que soit le nombre des concernées.

Silence coupable

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Exclusif: les pistes programmatiques d’Eric Piolle pour 2022

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Petit guide à l’usage des écolos et autres progressistes de tous poils qui ne se satisferaient pas de l’interdiction du coupage de sapins à Noël, de l’abrogation des rodéos en delphinarium à dos d’orque, ou de la mixité de la bise lors de la remise du maillot de meilleur grimpeur sur le Tour de France.


On n’est plus sûr de rien, m’a dit l’autre jour mon voisin Maurice à la campagne. C’est pas faux. Il est même plutôt vrai qu’au regard des idées ou des obligations qu’on nous impose jour après jour, il n’est pas totalement ridicule de se poser la question, «mais où va-t-on» ? Et même plus précisément, «jusqu’où osera-t-on nous emmener » ?

On croyait avoir touché le fond de la crétinerie lors de la dernière attaque nocturne d’une crémerie par un « gang vegan » ; tutoyé les hautes sphères de la bêtise avec la pose de panneaux de signalisation en langage inclusif ; atteint les sommets de la connerie en découvrant que 40% des déchets triés étaient en fait brûlés ou enfouis. On s’était frotté les yeux devant l’opportunisme de certaines échoppes de grande distribution obligeant désormais leurs clients à acheter des sacs en toile de jute « pour respecter la planète », après avoir été les plus gros contributeurs de sa pollution.

La « convention citoyenne sur le climat » – dont le collège « représentatif » de votants a été constitué en acceptant les refus (ce qui n’est donc pas un gage de neutralité) – a déjà proposé la suppression des moteurs thermiques et de certaines publicités. Voici, rangées par thématiques, les quelques réformes que nous proposons à notre tour aux hommes politiques en mal de projets en matière de « sanctuarisation et respect du vivant » ou de « disparition de la gabegie productiviste ».

Pollution: baisser les feux

Il est urgent de réduire les émissions de particules. Nous conseillons donc aux prochains gouuvernants d’interdire totalement toutes les flambées en cheminée ouvertes ou fermées. Comme d’ailleurs les barbecues au charbon l’été. Les utilisateurs du feu de bois pour le chauffage par insert seront priés de faire installer des conduits à bouts filtre ou de se débrouiller pour s’acheter des pompes à chaleur fabriquées à 90% en Chine.

Voyages, mort aux TGV 

On le sait assez peu, mais un TGV ça pollue. Au moins autant qu’un avion de ligne. Pour rouler à 320 km/h en reliant Paris à Marseille une motrice dévore pas moins de 16 Mégawatts en un peu plus de deux heures. Bon, le même trajet un Boeing bouffe 6000 litres de kérosène… mais enfin multiplié par le nombre de TGV qui roulent par jour cela fait de la SNCF un des plus gros consommateurs d’électricité. Donc un des plus gros fabricants de déchets issus de la fission des atomes d’uranium qu’on devra un jour enfouir en sous-sol. Il est donc urgent de supprimer le TGV et de revenir à la charrette à bras ou au pousse-pousse.

Animaux, lâchons les chevaux

Le chômage enfin promis à ces négriers de dompteurs de tigres ne suffit pas. Envoyons aussi les écuyères aux Assedic. Il est totalement anormal qu’au XXIème siècle, cette catégorie de femmes –  souvent habillées court et, portant bas couture –  puisse faire encore le tour des pistes de cirques, perchées debout sur le dos de pauvres bêtes. Canassons élevés – et donc  asservis –  par des familles souvent issues de l’immigration italienne, habitant en roulotte en période de tournée et donc exonérées de taxe d’habitation et ne payant pas d’abonnement EDF.

Libérons aussi les otaries. Cela fait trop longtemps que ces pauvres mammifères marins pinnipèdes applaudissent des deux nageoires à chaque fois qu’ils parviennent à faire tourner un ballon sur leur nez. Et ceci pour trois fois rien. Activité rémunérée la plus souvent a coup de  poignées de maquereaux. Poissons dont la fraîcheur n’est jamais vérifiée par la DGCCRF.

Libérons enfin les hamsters, dont le seul exercice consiste à courir en cage dans une roue en plastique (ou branchons enfin ces rouleaux inutiles à une dynamo afin que les efforts de ces rongeurs ne restent pas vains). Enfin célébrons le travail remarquable de l’ALS association  pour la libération des souris. Ces pauvres bêtes restant  encore trop souvent attachées aux ordinateurs.

Énergies renouvelables, gaz à effet de cerfs 

À l’heure où les centrales au méthane fleurissent un peu partout en France – généreusement subventionnées à grands coups de millions par l’État – au point que les producteurs de maïs consacrent désormais une part non négligeable de leurs plantations à la culture d’épis dédiée à la fermentation, il n’est pas normal que la production de méthane ne soit règlementée qu’à la campagne. On punit déjà le bruit en ville. Bannissons aussi les mauvaises odeurs émises par l’homme ou récupérons-les, quelle que soit leur provenance, pour les transformer elles aussi en énergie. Inventeurs à vos croquis.

Appellations: gare à la ségrégation

On s’était déjà félicité quand la très respectable NASA avait pris la louable initiative de débaptiser la « Nébuleuse de l’Esquimau » et la « Galaxie des Jumeaux Siamois », reconnaissant que ces appellations pouvaient être offensantes pour les Inuits, les populations portant des capuches fourrées ou les membres d’une même famille nés trop proches. Eskimo étant comme chacun sait, largement considéré comme un terme colonial, imposé aux peuples autochtones des régions arctiques.

Cette belle initiative doit être prolongée. Nous proposons donc de rebaptiser également certains  établissements comme l’hôtel Negresco à Cannes, bien trop racisant. On pensera à féminiser Noisy-le-Grand et à atténuer un peu Bourg-la-Reine par évident respect. Pour les grandes marques, Oncle Ben sera rebaptisé « riz du frère de mon père Benjamin ».

Racisme, halte aux pensées sombres   

Ça fait aussi trop longtemps qu’on autorise les déprimés à penser de manière négative. Une grande campagne de positivisme ambiant devra donc être lancée, appuyée comme il se doit par une distribution générale d’antidépresseurs. Cette politique aura pour principale vertu de stopper net la pratique excluante et raciste consistant à broyer du noir.

Télévision: assez de rediffusions 

Flipper le dauphin sera interdit d’antenne, au même titre que l’Ile aux Enfants mettant en scène un dinosaure orange en captivité, ainsi que Skipy le kangourou, Poly le poney ou Belle et Sébastien. Une version revisitée de l’Ile fantastique sera mise à l’étude. Son scénario bannira le personnage de petite taille connu sous le nom de Tatoo le nain. Au pire on lui paiera des échasses.

Sports et loisirs

Enfin on supprimera évidemment les courses de lévriers et celles de chevaux. Et on interdira le trot attelé et surtout assis, sans oublier les manèges de chevaux de bois.

On bannira la chasse, sauf celle à courre avec robots animaliers. Les sangliers, qui pullulent déjà, pourront enfin devenir des animaux de compagnie. On interdira aussi le miel, depuis trop longtemps volé aux abeilles.

Il restera un tour de France exclusivement mixte.

Quand on aura redressé tous ces torts, combattu toutes ces injustices et libéré toutes ces minorités asservies, alors seulement la vie sera enfin plus belle.

Plus de tigres à Fort Boyard, Félindra bientôt au chômage

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La pasteurisation de la société française continue, les tigres du jeu télévisé Fort Boyard ne seront bientôt plus en cage. Et vous ? La productrice qui a validé la décision préfère enfermer ou affamer les humains, sans que cela ne choque plus personne.


Felindra devrait bientôt allonger la liste des inscrits à Pôle Emploi sur Fouras (Charente-Maritime). Pour tous ceux qui ont eu dix ans au tournant des années 90 et dont l’enfance a été bercée par le jeu télévisé « Fort Boyard », c’est une information qui serre le cœur.

Anticipant la probable interdiction à venir des animaux sauvages dans les cirques itinérants, la production de l’émission a décidé de se séparer de ses félins. C’est le Parisien qui nous apprenait la nouvelle la semaine passée. Le départ sera toutefois progressif. Le tigre Kali, 15 ans, part à la retraite et ne sera pas remplacé. Restent deux derniers fauves dans la salle au trésor. Mais pour combien de temps? Les tigres étaient-ils maltraités? Pas que l’on sache. Ont-ils démérité à surveiller les précieuses pièces d’or? Non plus.

Hugo Clément mauvais joueur

La décision de retirer progressivement les tigres du programme estival semble faire consensus. Tout le monde s’accorde pour dire que Félindra n’avait qu’à pas se lancer dans une carrière d’esclavagiste d’animaux mignons.

Cette décision intervient dans un contexte de montée en puissance de la prise de conscience de la souffrance animale. Alors que les éditorialistes glosent à n’en plus finir sur l’ensauvagement de la société des hommes, cette empathie pour les animaux grandit. C’est plutôt une bonne nouvelle, mais Olivier Minne ne pourra plus clamer son légendaire “Felindra, tête de tigre !” Cette cancel culture écolo mêlée de protection animale aura eu la tête de la dompteuse.

A lire ensuite, Olivier Minne: Hollywood confidential

À l’origine de ce petit scandale télévisuel, nous retrouvons Hugo Clément, l’impayable justicier écolo, ex-ami de Yann Barthès et compagnon d’une de nos Miss France. L’animateur d’émissions engagées avait menacé cet été: tant que les tigres seraient présents, il ne retournerait plus relever les défis du Fort. Sitôt rentré à Paris, il met sa menace à exécution en lançant un vibrant appel sur les réseaux sociaux. “Très engagé pour la cause”, le journaliste demande à ALP [Adventure Line Productions, la boite qui produit le jeu NDLR] d’”évoluer sur la question des animaux”, précise le Parisien.

Alexia Laroche-Joubert dans le sens du vent

Appel entendu par la productrice Alexia Laroche-Joubert. L’ex-dirlo de la Star Ac’ (surtout connue du grand public pour se trémousser sottement sur le plateau de Nikos Aliagas) est la patronne de Adventure Line Productions. Elle a déclaré : « nous sommes très soucieux et attentifs au bien être de nos tigres. » Même si les tigres nous manqueront, la protection animale est une noble cause. Mais dans cette affaire, Alexia Laroche-Joubert ne se donne-t-elle pas le beau rôle? Soucieuse et attentive du bien être des tigres? On aimerait qu’elle ait toujours un tel souci éthique. Prendre soin de nos amis les bêtes est bel et bon, mais en est-il toujours de même pour les candidats de ses émissions?

Alexia Laroche-Joubert Photo: DR

Adventure Line Productions produit par exemple Koh Lanta (déclinaison du jeu “Survivor”), où les animaux ne sont pas maltraités, mais où le chacun pour soi est glorifié, et où tous les moyens sont bons pour gagner. C’est simple, c’est la loi de la jungle. Ce programme controversé laisse crever de faim des Occidentaux sur une île, alors que la famine – la vraie – n’est pourtant pas éradiquée dans le monde… Il y est conseillé de comploter contre son prochain, encouragé en ce sens par la voix agaçante de Denis Brogniard, et on y repousse sans cesse les limites physiques. Pour l’image, rien n’est trop beau pour obtenir plus de sueurs, et plus de risques de la part des candidats. Un candidat était mort noyé en 2013 d’une crise cardiaque. Cette année, un candidat est décédé des suites d’un cancer quelque temps après une blessure sur le tournage. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, la production en fait des caisses et “capitalise” sur cet évènement tragique. Même si c’est avec l’accord de la famille, ce mélange de divertissement et de mort, c’est un peu comme si nous étions revenus à l’époque des jeux de la Rome antique.

La télé s’ensauvage depuis deux décennies

On ne va pas accabler les producteurs de téléralité. Mais est-on sûr que leurs émissions n’y sont vraiment pour rien dans la déchéance de notre Loana nationale, ou dans le suicide de François-Xavier du Loft? Quand dix personnes perdent la vie en hélicoptère sur le tournage de Dropped (oui, c’est toujours Adventure Line Productions), le jeu s’arrête. Les appareils auraient-ils pris des risques inconsidérés pour obtenir les images les plus spectaculaires ?

Alexia Laroche-Joubert avait fait entrer le loup dans la bergerie en important en France le concept de télé-réalité Big Brother en 2001. Avec un autre “fils de” – Benjamin Castaldi -, elle avait lancé Loft Story sur M6. Malgré les protestations, nombreuses à l’époque, il était devenu normal d’enfermer une dizaine de personnes pour les filmer, les regarder se chercher des poux sur la tête ou s’ébattre dans une piscine. Bascule civilisationnelle majeure ! Même si des psychologues étaient là pour parer à toute dérive, nous rassurait-on alors.

Nous décidons aujourd’hui que les tigres seront bientôt protégés des terribles dresseurs de cirque. En d’autres temps, nous aurions tout aussi bien pu légiférer pour protéger la jeunesse ou la société de spectacles voyeuristes et de jeux aux règles perverses. On peut ne pas aimer la télé-réalité, on ne va pas interdire le mauvais goût à la télévision. Mais les vedettes qui donnent des leçons sur la maltraitrance animale seraient bien inspirées de se pencher aussi sur la question du respect de la personne humaine. Bien surveillés par Felindra, les tigres de Fort Boyard n’ont jamais tué personne.

Val-de-Marne: des petits caïds qui n’impressionnent personne?

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À Champigny-sur-Marne, le commissariat a été attaqué par une quarantaine d’individus le week-end dernier. Les policiers n’ont pas riposté. Cet épisode démontre que l’État se refuse à faire respecter son autorité.


Si on en croit le ministre de l’Intérieur, « les petits caïds n’impressionnent personne ». Gérald Darmanin se trompe. Après l’attaque du commissariat de Champigny à coups de projectiles joliment appelés « feux d’artifice de mortiers », c’est-à-dire de feux d’artifice customisés en bombes incendiaires, toute la France est saisie d’effroi – et avec elle, une bonne partie des policiers, ce qui est encore plus inquiétant.

Certes, les agressions ou traquenards de policiers par des jeunes des cités sont monnaie si courante que la plupart du temps, on n’en parle même pas. Sauf que maintenant, c’est avec intention sinon de tuer, au moins de blesser et de terroriser. On se rappelle les policiers brûlés vifs dans leur voiture à Viry-Châtillon ; la semaine dernière, deux autres étaient « massacrés » à Herblay ; et on apprend dans Le Figaro que l’attaque de Champigny est au moins la neuvième contre un commissariat depuis le début de l’année. Alors oui, on a quelques raisons d’être impressionné.

Même la gauche est gênée

On est surtout lassé d’entendre et de prononcer les mêmes mots.
Bien sûr, on a droit aux  habituelles variations excusistes sur le thème « tout ça c’est parce que la République n’a pas tenu ses promesses ». On nous expliquera encore qu’il faut repeindre les cages d’escalier, financer des associations et instaurer des quotas. On a repeint des milliers de cages d’escalier – sans doute pour le bien-être des dealers. On a financé des milliers d’associations – pour la grande joie des islamistes. Quant aux quotas, ils arrivent plus ou moins masqués, de France télévisions à l’ENA. Tout cela ne semble pas calmer ces pauvres victimes de la France raciste et coloniale.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Flics Lives Matter

Il est vrai que ce discours, qui n’a qu’un rapport lointain avec la réalité, est de plus en plus minoritaire – même à gauche, il commence à gêner.

Comme d’habitude, le camp de la fermeté, y compris votre servante, déplore donc en chœur la crise de l’autorité et la faiblesse de la réponse pénale qui nourrit le sentiment d’impunité. Gérald Darmanin veut interdire par une loi la vente au public des mortiers d’artifice. J’ai d’abord cru à une blague, tant cette mesure semble dérisoire alors que des kalachs circulent. Cependant les policiers semblent assez preneurs de cette prohibition. Espérons simplement que l’État a d’autres tours dans son sac.

L’État a cédé le monopole de la violence aux voyous

Bien entendu, le ministre a également promis que les coupables seraient châtiés. Encore faut-il qu’on les attrape, et si on les attrape, qu’on les condamne. Dans notre État de droit, on ne condamne pas sans preuve. Tant mieux. Mais il n’est pas simple de prouver l’implication directe d’éventuels suspects.

Derrière cette demande unanime de fermeté, le bossuetisme bat son plein (pour ceux qui séchaient le français, on déplore les effets dont on chérit les causes). Les mêmes hurlent si on note trop sévèrement leur enfant et se lamentent sur la crise d’autorité. Les partisans de l’accueil inconditionnel des migrants pleurnichent parce que le nombre de familles monoparentales ou totalement destructurées explose. Ceux qui manifestent tous les quatre matins contre les violences policières s’émeuvent aujourd’hui du sort des policiers attaqués. Bref, si nous commençons à entrevoir ce que nous voyons, il n’est pas certain que nous soyons prêts à nous attaquer aux racines du mal français.

En attendant, le sentiment qui domine chez les Français, c’est l’incompréhension. On nous répète que ce sont des minorités qui prennent des quartiers en otage. Comment expliquer l’impuissance de l’État face à cette violence ?

A lire aussi, Martin Pimentel: Le poids des mots, le flop des tribunaux

Le problème ne tient pas à nos lois ni même à nos juges mais au rapport de forces.

Il y a déjà une dissymétrie structurelle entre l’État et les voyous : l’État est contraint par ses lois. C’est notre grandeur.

Mais à celle-ci, s’en ajoute une autre, fort problématique. On dirait que le monopole de la violence n’appartient plus aux représentants de l’État mais à ceux qui transgressent les lois, pourrissent la vie des pauvres et cassent du flic. Une situation résumée par la situation de policiers terrés dans leur commissariat derrière des portes blindées. Que se serait-il passé si les assaillants avaient réussi à pénétrer dans le bâtiment ? La hiérarchie leur aurait-elle ordonné de sortir les mains en l’air en agitant un drapeau blanc ?

Osons l’autorité

La vérité, c’est que l’usage de la force ne semble plus être une option. Et la France est sans doute la seule démocratie où il en va ainsi. Même quand ils sont agressés, les policiers ne se servent presque jamais de leur arme. La consigne est « pas d’effusion de sang », quoi qu’il en coûte. On sait donc par avance que les policiers ne se serviront pas de leurs armes. Ce qui revient à céder à un chantage qui n’est pas toujours implicite : si un jeune est blessé dans des affrontements avec la police ou se tue en moto en essayant de lui échapper, vous aurez des émeutes. Or, depuis 2005, l’émeute est le cauchemar de nos gouvernants. Même la Justice subit cette intimidation : dans l’affaire Traoré, tout le monde redoute les conséquences d’un éventuel non-lieu, qui serait assez logique dès lors que les gendarmes n’ont même pas été inculpés (ce qui prouve que les juges n’ont vraiment rien trouvé à leur reprocher).

A lire aussi, Erwan Seznec: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Personne ne souhaite avoir une police d’excités défouraillant à tout-va. Mais entre des cow-boys tirant sur des voleurs de pomme désarmés et des policiers terrorisés à l’idée de se servir de leur arme, il y a la légitime défense et l’ordre public. Resteraient-ils l’arme au pied si des émeutiers attaquaient l’Assemblée nationale ?

Le souci de la vie humaine est très respectable. Mais proclamer urbi et orbi qu’on ne prendra jamais le risque de faire couler le sang face à des gens qui eux, n’hésitent pas à le faire couler, c’est un désarmement unilatéral – en clair, une reddition. Ces voyous n’ont pas peur de la prison, où ils ont peu de risques d’aller. Mais ils ont peur de mourir. Exploiter cette peur n’est en rien condamnable, c’est la définition même de la dissuasion. Si vous savez que je me défends quand on m’attaque, vous prenez un risque en le faisant. Donc il y a moins de chances pour que vous le fassiez. CQFD. On ne peut pas se lamenter sur la faiblesse de l’État et refuser qu’il puisse se servir de la force. Comme il en a le droit.

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Fratelli Tutti, l’encyclique qui appuie là où ça fait mal

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Le catholicisme n’est pas au service des intérêts des dominants comme le croit trop souvent une droite qui voit en lui un outil pour le maintien de l’ordre. La réponse du communiste Jérôme Leroy à Aurélien Marq


J’ai lu avec intérêt la charge d’Aurélien Marq car elle est parfaitement représentative de la manière dont une partie de la droite française a toujours considéré le catholicisme, c’est-à-dire comme un moyen de maintenir l’ordre social. La Foi, le message évangélique n’a que de peu d’importance pour cette droite-là.

Il suffit de songer à Charles Maurras qui toute sa vie a été un fieffé mécréant, qui croyait plus à la lumière grecque qu’à la douceur corrégienne de  la Vierge immaculée. « Je suis athée mais catholique » répéta-t-il à l’envi toute son existence avant que sur son lit de mort, « il n’entende quelqu’un venir » : il était temps mais dans une perspective janséniste, on peut penser que le Royaume des Cieux lui a été ouvert comme au fils prodigue ou à l’ouvrier de la onzième heure.

Bobo 1er au Vatican?

Le Pape ne convient pas à Aurélien Marq parce qu’il serait de gauche, mondialiste et même depuis l’encyclique Laudato si, écologiste. Un cauchemar ! Bobo 1er au Vatican !

Bref un pur fruit de ce qu’on a appelé la théologie de la Libération même si en ce qui concerne François les choses sont un peu plus compliquées et qu’il n’a pas été celui qu’il est maintenant sous la dictature militaire argentine. Mais le Pape n’a pas à convenir ou pas aux intérêts politiques des uns et des autres. On peut aimer son message, on peut ne pas l’aimer mais si on est croyant, on l’accepte. On rappellera le dogme de l’infaillibilité pontificale qui s’impose à tout catholique. À tout catholique réel, pas de manière ornementale à la façon de Maurras.

A lire ensuite, François Dubreil: Qu’est-ce qu’une cathédrale?

Je ne sais pas quel rapport Aurélien Marq entretient avec la religion de nos pères, et cela ne me regarde pas. Pour préciser les choses, en ce qui me concerne, mon communisme n’a jamais été incompatible avec le message évangélique, bien au contraire. Je pense que les Actes des Apôtres sont un texte aussi émancipateur que Le Manifeste. Cette apparente contradiction a pourtant été très répandue à une époque, notamment en France, en Italie et en Amérique Latine. On peut la résumer dans les propos de Dom Helder Camara, archevêque de Récife sous une autre dictature militaire, la brésilienne : «  Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint, quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on dit que je suis un communiste. »

La Maison commune

Question de Foi, précisément. Si l’encyclique Fratelli Tutti rend si furieux les milieux ultraconservateurs, c’est parce qu’elle pousse jusque dans ses conséquences pratiques le message évangélique. Placée, comme Laudato si, sous le signe de François d’Assise, elle invite à constater l’état du monde aujourd’hui, et ce n’est pas gai, sauf pour cette part de plus en plus infime de la population hors-sol des hyper-riches.

Ce séparatisme social, François se contente d’indiquer le chemin pour y mettre fin : « Protéger le monde qui nous entoure et nous contient, c’est prendre soin de nous-mêmes. Mais il nous faut constituer un ‘‘nous’’ qui habite la Maison commune. Cette protection n’intéresse pas les pouvoirs économiques qui ont besoin d’un revenu rapide. Bien souvent, les voix qui s’élèvent en faveur de la défense de l’environnement sont réduites au silence ou ridiculisées, tandis qu’est déguisé en rationalité ce qui ne représente que des intérêts particuliers. »

Aurélien Marq n’a plus envie de dire « nous ». C’est son affaire. Mais il n’a pas à faire son marché dans le catholicisme pour y prendre ce qui l’arrange et puis pourrait peut-être l’intéresser, comme cette critique orwellienne d’un monde où la novlangue règne universellement au profit du Big Brother libéral: « Un moyen efficace de liquéfier la conscience historique, la pensée critique, la lutte pour la justice ainsi que les voies d’intégration consiste à vider de sens ou à instrumentaliser les mots importants. Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination, comme des titres privés de contenu pouvant servir à justifier n’importe quelle action. « 

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Je suis d’autant plus à l’aise pour défendre le Pape François qu’en d’autres temps, dans ses colonnes, j’ai dit plusieurs fois tout le bien que je pensais de son prédécesseur Benoît  qui enchantait la droite parce qu’il semblait plus rigide sur les questions doctrinales et envoyait un message sur les mœurs qui tenait explicitement du rappel à l’ordre quand bien même il condamnait, lui aussi, cette manière de mettre l’homme ou service de l’économie et non le contraire.

Je n’ai aucun problème avec les papes en général. Celui-ci convient à mon coeur, mais le précédent aussi. Pour être doux comme François, il faut être clair comme Benoît. J’oserais, je dirais que c’est là un mouvement hégélien qui amène vers la Cité de Dieu ou le communisme : c’est la même chose à la fin.

Quand Twitter invente la bêtise artificielle

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Image d'illustration Unsplash

Le réseau social a catalogué « pro-Russie » le magazine de gauche souverainiste Ruptures, juste après la parution d’un article qui se contentait pourtant de rappeler une évidence: il n’y a aucune preuve d’une collusion entre Trump et Poutine visant à truquer la présidentielle américaine de 2016.


Faut-il en sourire ou prendre peur ? Le 7 septembre 2020, sans préavis, le fil Twitter du magazine de gauche souverainiste Ruptures (environ 10 000 lecteurs mensuels) s’est retrouvé affublé d’un avertissement : « affilié à un état, Russie ». C’est la conséquence d’une décision du réseau social, entrée en vigueur en août 2020. « Les gens ont le droit de savoir quand le compte d’un média est affilié directement ou indirectement à un acteur étatique », expliquait cet été un communiqué de la firme californienne. Pour le moment, seuls les Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU sont visés, à savoir la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Twitter a fait savoir que les médias considérés comme « affiliés » à un de des pays ne seront plus mis en avant. Les algorithmes de la plateforme ne les recommanderont pas à la lecture, ce qui revient à brider leur diffusion.

Capture d'écran Twitter
Capture d’écran Twitter

Une décision inexpliquée

Question à ce jour sans réponse, sur quel critère Ruptures a-t-il été classée pro-Russie ? « Nous avons évidemment demandé des explications à Twitter France, sans obtenir le moindre retour », explique le rédacteur en chef, Pierre Lévy. Il assure n’avoir aucun lien organique ou financier avec la Russie. Autrefois nommé Bastille-République-Nations, Ruptures, qui fête cette année ses vingt ans, est une revue de gauche très critique sur la construction européenne, républicaine et volontiers protectionniste. « Elle vit de ses abonnements, pas de l’or de Moscou », sourit Pierre Lévy, passé par l’Humanité de 1996 à 2001.

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Détail curieux, à ce jour, ni la BBC, ni Radio France, ni l’AFP, médias fort professionnels mais néanmoins financés par des Etats, ne sont considérés comme « affiliés » par Twitter. L’agence Chine Nouvelle et RT France, en revanche, oui. « Raphael Grably, de BFM TV, a tenté d’en savoir davantage sur les critères d’obtention du label, mais Twitter n’a fait aucun commentaire », poursuit Pierre Lévy. Le rédacteur en chef balance entre l’amusement et l’agacement. « Si un stagiaire a fait du zèle chez Twitter, on aimerait le remercier, l’affaire nous a rapporté quelques abonnements, mais il y a aussi un côté scandaleux dans tout cela. Qui, pourquoi, de quel droit ? »

On reparle du Russia Gate

Pierre Lévy n’en fait pas mystère, il a déjà livré des articles à RT France, mais selon lui, l’explication la plus probable est à chercher ailleurs. Le 7 septembre 2020, le journaliste Laurent Dauré a publié dans Ruptures une analyse du Russia Gate. Fort étayé, l’article revenait sur ce qui restera comme un des plus énormes fiascos de la presse américaine : pendant plus de deux ans, elle a relayé la thèse d’une ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016, ayant entrainé la défaite de Hillary Clinton, sur fond de pacte entre Trump et Poutine. Le 24 mars 2019, au terme de 22 mois d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller a exonéré le président Trump de tout soupçon de collusion avec la Russie. Que Vladimir ait préféré Donald à Hillary n’est pas un mystère, mais rien ne permet de dire que les deux hommes se sont entendus pour truquer le scrutin. Et c’est un magistrat américain investi de pouvoirs d’enquête exorbitants qui l’affirme. Le 7 octobre 2020, Donald Trump a d’ailleurs déclassifié tous les documents de l’enquête relative au Russia Gate, ce qui témoigne d’une certaine sérénité. Tout à leur détestation du président américain, les médias français en parlent peu.

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Comme le relevait Ruptures, en dehors du Monde Diplomatique, ils ont massivement pris pour argent comptant le Russia Gate, sans prendre le temps, ensuite, d’analyser ce ratage journalistique collectif. L’article de Laurent Dauré le souligne. Il ne chante pas outre-mesure les louanges de la Russie. Mais quelqu’un chez Twitter a-t-il déjà lu Ruptures ? Rien n’est moins sûr. La filiale française annonce 29 salariés seulement en 2019, dont, probablement une forte proportion d’administratifs et d’informaticiens. Le label « affilié à la Russie » a sans doute été décerné sans intervention humaine, sur la base de quelques formules clés. Comment appeler l’intelligence artificielle quand elle reflète les poncifs et boulettes de son époque ? La bêtise artificielle ?

Alice Coffin, la femme barbante

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Alice Coffin © Jean-Francois PAGA / Opale via Leemage.

La militante lesbienne publie un livre sans style, sans réflexion théorique et tout en slogans. Seules ses contradictions personnelles et de rares traits d’humour lui confèrent une dimension humaine


Le Génie lesbien, d’Alice Coffin, paraît le 30 septembre chez Grasset et fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette activiste du lesbianisme, journaliste et élue EELV du 12e arrondissement, qui a obtenu la mise au ban de Christophe Girard pour cause de soi-disant complicité avec Gabriel Matzneff est déjà connue du grand public pour ses fracassantes déclarations misandres. Mais de quoi retourne ce fameux « génie lesbien » ?

Tout d’abord c’est très pénible à lire, brouillon, indigeste. Sans style, sauf peut-être dans la litanie, interminable, de ses héroïnes activistes lesbiennes, Ellen DeGeneres, Andrea Dworkin, symbole du féminisme radical, et Angela Davis, qui commit cependant le péché capital de ne pas dévoiler son homosexualité.

Est-ce un manifeste ? Non. Coffin ne théorise rien, elle se contente de recenser les actions de ses consœurs en faisant une vague propagande lesbianiste et exaltée à coups de slogans accrocheurs : « Être lesbienne est une fête. » C’est Hemingway chez les situationnistes.

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De ce salmigondis mi-agit-prop, mi-confession d’une enfant de ce triste siècle, on ne retient en effet que des slogans. On sort de la lecture de ce délire avec le tournis et très peu convaincu de l’existence d’un quelconque génie lesbien.

En réalité, l’ouvrage de Coffin ressemble aux provocations d’une ado en crise dont nous serions les parents. Elle cherche à choquer, mais finalement ne choque pas grand monde. Et c’est en cela qu’elle en devient presque touchante. En effet, sous le vernis attendu des éternelles antiennes intersectionnelles, dont l’éloge des femmes voilées qu’elle considère comme ses sœurs, comme elle vilipendées par les affreux réacs universalistes, se dessine le portrait d’une femme mal à l’aise avec son orientation sexuelle. Son engagement auprès du collectif La Barbe donne cependant lieu à un des rares passages drôles du livre : elle y raconte son émotion quand on lui fabrique sa première « barbe » en moquette, signe distinctif arboré par ces agitées. Alice est finalement une sale môme.

Elle avoue s’être fait violence pour accepter son corps. Obsédée par les coming out organisés aux États-Unis comme des happenings politiques, Coffin reproche aux lesbiennes françaises old school, à l’image de Muriel Robin, qui pourtant s’affiche au grand jour, d’être trop discrètes au sujet de leur préférence pour les femmes.

Finalement, ce sont ses contradictions qui la rendent humaine. Ainsi peut-elle écrire à la fois que les lesbiennes doivent se mettre au ban de la société et que le lesbianisme est un universalisme. Que la violence est intrinsèque aux hommes, mais que son père fut une merveille de père attentionné. Et j’en passe.

Telle l’Alice de Lewis Caroll, qui découvre un monde parallèle après avoir été aspirée par un trou, notre Alice, est quant à elle aspirée par le pays lesbien et ses merveilles dont nous sommes les reines de cœur.

Alice Coffin, Le Génie lesbien, Grasset, 2020.

Le génie lesbien

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Jean-Pierre Lledo: être à sa place, enfin

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Capture de la bande annonce

Le cinéaste Jean-Pierre Lledo sort un film documentaire et publie un livre pour célébrer son itinéraire unique de cinéaste communiste et algérien, né d’une mère juive, qui découvre en Israël une révélation longtemps recherchée.


Le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo propose une réponse à la question que posait Claude Lanzmann dans Pourquoi Israël ? en 1973. Mais tout simplement « Parce que Israël !»

Cette réponse devient évidente, dès lors que Lledo s’est affranchi de tous les filtres idéologiques de son passé algérien et communiste. C’est le retour vers cette autre part de lui-même, enfouie au plus profond de son être, qui donne à ce film toute sa force. Élevé par son père communiste en Algérie mais bercé par sa mère juive, Jean-Pierre Lledo va mettre cinquante ans à découvrir son épicentre enfoui. Son film, Le voyage interdit et son livre Alger-Jérusalem, le voyage interdit racontent cet itinéraire exceptionnel. Être à sa place, c’est ce qu’éprouve enfin Lledo.

Célébrer les Juifs qui chantent

Le long de quatre films d’une durée totale de onze heures, il reconnaît un lieu qu’il ne connaissait pas. Israël, cette terre étrangère, lui est étrangement familière. Formé à l’école du cinéma soviétique, il prend son temps pour dire les choses. Cette œuvre va à contre-courant de la pensée dominante, celle qui adore pleurer les Juifs morts dans la Shoah en général mais accabler Israël en particulier. Lui célèbre les Juifs vivants, ceux qui dansent, ceux qui chantent, ceux qui aiment leur pays, ceux qui pensent le renouveau de l’État des Juifs comme un modèle d’émancipation pour le genre humain.

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Les temps ont-ils changé depuis les années 2000, au moment de la seconde intifada quand l’État des Juifs était nazifié et que le signe = s’affichait entre la svastika et l’étoile à six branches, sur toutes les banderoles célébrant la Palestine ? Cette apogée de la haine anti-israélienne est-elle toujours d’actualité ? Le nom d’Israël, le mot Israël, le qualificatif sioniste servent-ils toujours de repoussoir ? Le public pourra-t-il regarder le film de Lledo sans œillères idéologiques? La pensée automatique objectera-t-elle « et les Palestiniens ? », avec toute la force des réflexes pavloviens habituels ? Où sont-ils, pourquoi sont-ils absents de ce film ? Ce sera une grande frustration des critiques de gauche : le sort des Palestiniens et de leurs malheurs divers n’est pas le sujet du film. 

La source d’une imposture

Ce dont il est question c’est d’abord de l’itinéraire d’un homme au travers des passions politiques ayant nourri le siècle passé. À travers ce chemin, ce sont d’autres questions qui surgissent dont celle, majeure, de l’identité. Tous ces sujets irriguent notre actualité. Ils étaient cachés mais voilà que chacun affiche désormais sa couleur contre un universel sans couleur, voilà que les questions de genre font trébucher l’idée d’une humanité partagée par tous et toutes. Les Algériens d’origine arabo-musulmane ou berbère voulaient s’affranchir de la tutelle coloniale. Après une lutte féroce contre la France ils ont obtenu gain de cause. Pourtant cette guerre continue ici quand des populations issues de la diversité estiment toujours être victimes d’un racisme colonial. 

Cette imposture a une source et Lledo la décrit précisément. Lui qui pensait en tant que communiste que l’Algérie indépendante ferait de l’universel son idéal découvre avec effroi que c’est au faciès que les Européens furent massacrés le 5 juillet 1962 à Oran, et que c’est au nom de leur religion que des ouvriers agricoles furent aussi massacrés par d’autres paysans, par leurs camarades de travail dans l’Est de l’Algérie en 1955. Lledo comprend que c’est un projet d’épuration ethnique qui motive les forces du FLN. En 1982, Ahmed Ben Bella, dans une interview dans Politique Internationale, va confirmer et préciser les choses : « Nous autres arabes ne pouvons être que si l’autre n’est pas ». Pour Lledo le rideau du progressisme se déchire. 

israel-voyage-interdit-2israel-voyage-interdit-1Dans Algérie, histoires à ne pas dire, son précédent film, il racontait comment le plus grand artiste de musique arabo andalouse, Raymond Leyris, surnommé cheikh Raymond, tant il était reconnu comme un maitre par les Arabes, fut assassiné parce que Juif et qu’un Juif ne pouvait pas chanter en arabe. Quelques jours plus tard toute la population juive de Constantine, présente depuis des siècles, quittait cette ville.

Accompagné de Boualem Sansal

Un univers psychologique autant que politique s’écroule, un autre va naître. Invité à présenter ce film au festival de cinémathèque de Jérusalem, Lledo saute le pas. Il fait le choix d’aller voir de plus près la réalité de « l’entité sioniste » pour reprendre les mots de la doxa algérienne. Ne pas nommer c’est bien dénier à l’autre tout son droit à être. Réticent, inquiet, mais accompagné de sa fille, Naouel, il découvre un monde inconnu, à la fois intimement proche et intellectuellement lointain. Une nouvelle histoire commence. 

A lire ensuite: Quand Boualem Sansal déclarait: «Je suis sans doute, ici, ce soir, le seul islamophobe»

Le livre raconte les illusions du passé algérien tandis que le film raconte, les yeux grands ouverts, la découverte d’Israël. Le regard candide et tendre de Naouel, interroge ce nouveau monde qui fait chavirer toutes les certitudes passées. Accompagné de Boualem Sansal, ils prennent la mesure du projet d’effacement de ce pays. Or Israël, l’État d’Israël, impose une foule de questions nouvelles aux catégories mentales du naïf Lledo : qu’est-ce qu’être Juif ? Pourquoi a-t-il été dans l’histoire l’objet de la haine la plus constante? Pourquoi cet État est-il aussi l’objet d’un tel rejet ? Que contient-il d’insupportable pour les autres ? Qu’est-ce que le rapport à Israël révèle de l’autre ?

La rencontre de Ziva Postec

Ce ne sont pas seulement des questions que Lledo découvre mais c’est aussi et surtout la coïncidence d’une terre et d’une secrète aspiration. Il est là où il devait être après cinquante ans d’errance psychologique et politique. Ce livre dit une histoire d’amour après avoir raconté celle des ténèbres. Sa rencontre avec la monteuse, cinéaste et productrice Ziva Postec sublime celle avec Israël. Ziva, trouve dans cette rencontre et dans ce film, la source d’une renaissance. Après avoir travaillé sur les récits de la mise à mort des Juifs comme monteuse de Claude Lanzmann pour Shoah, elle sait donner à ce Voyage interdit une force de vie.

À coup sûr ce film dérangera plus d’un, enfermé dans les certitudes ou les égarements d’une France qui ne sait plus ce qu’elle est, autant que ce qu’elle souhaite, hormis produire et consommer. Pour tous ceux qui veulent penser autrement, en revanche, l’œuvre de Lledo et Ziva Postec est une parole salutaire.

Le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo, documentaire, 140 minutes, en salle depuis le 8 octobre.

Le voyage interdit Alger-Jérusalem

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Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble

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Samuel Grzybowski (au centre), président de l’association Coexister, donne une conférence de presse au Mans, 2 juin 2014. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Faut-il lutter contre les fanatiques ou apprendre à vivre avec eux ? Sous couvert de dialogue interreligieux, l’association Coexister a choisi la seconde option et vend désormais le mode d’emploi du vivre-ensemble. Parmi ses clients, l’Éducation nationale. Grande enquête


Coexister est née en 2009, après un affrontement entre deux cortèges de manifestants, respectivement propalestinien et pro-israélien, près de la gare du Nord, à Paris, le 9 janvier. Suite à cet incident, une église, une mosquée et une synagogue du 15e arrondissement organisent une manifestation pacifiste au cours de laquelle Samuel Grzybowski, 16 ans, fils d’un journaliste de l’hebdomadaire catholique La Vie, prend la parole.

Depuis une visite à Auschwitz, l’année précédente, le jeune homme veut s’impliquer. En mai 2009, Samuel Grzybowski et une dizaine de jeunes organisent « Ensemble à Sang % », un don du sang par des juifs, des chrétiens, des musulmans et des athées. La symbolique est très appuyée, marquée du sceau d’un certain esprit boy-scout[tooltips content= »D’ailleurs assumé : Samuel Grzybowski raconte volontiers qu’il a été scout. Son père Laurent écrit des chansons chrétiennes à entonner le soir autour d’un feu de camp. Voir l’album Fais briller ta vie, sur YouTube, résolument premier degré. »](1)[/tooltips], mais la dynamique est réelle.

Coexister naît officiellement quelques mois plus tard. Seulement, pour dialoguer, il faut être au moins deux. Or, dans la grande famille de l’islam, quelques éléments turbulents veulent surtout faire parler les armes. D’autres encore, Frères musulmans ou imams salafistes, « dialoguent » exclusivement pour arracher des concessions visant à appliquer leur projet religieux et politique, non négociable et non amendable, car d’inspiration divine.

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Les premiers sont évidemment hors sujet, on ne dialogue pas avec des terroristes. Les seconds, moins sulfureux, posent un problème épineux, que Coexister n’a toujours pas résolu.

Immédiatement après les attentats de Paris de novembre 2015, l’association crée le collectif « #NousSommesTousUnis », où on retrouve, au côté d’élus, de syndicalistes, de rabbins et de quelques intellectuels, nombre de leaders de la mouvance frériste francophone, pourtant très minoritaire au sein de l’islam français[tooltips content= »Coexister a eu comme présidente d’honneur pendant quelques années Meherzia Labidi Maïza, députée tunisienne, figure du parti islamiste Ennahdha, qui se revendiquait des Frères musulmans jusqu’en 2016. Sa fille, Farah Maïza, est une des cofondatrices de l’association. »](2)[/tooltips] : Samy Debah, président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Anas Saghrouni, président des Étudiants musulmans de France (EMF), ou encore Nabil Ennasri, président du collectif des Musulmans de France (MF).

Il ne s’agit pas d’une coïncidence fortuite. En de nombreuses occasions, on verra Samuel Grzyboswki et d’autres membres de Coexister s’afficher avec des représentants des Frères musulmans, dont le but avoué est d’arracher au législateur des « accommodements raisonnables ».

Souvent interrogée sur ces liaisons surprenantes, Coexister avait la possibilité de rejeter fermement l’islam politique. Elle laisse planer le doute. Peut-on avoir un dialogue interreligieux avec quelqu’un qui n’exclut pas d’appliquer un jour la charia en France ? « Il n’est pas question de changer le modèle républicain », assure Radia Bakkouch, actuelle présidente de Coexister. Sauf, éventuellement, si c’était demandé gentiment… En effet, selon elle, « suivre la charia, ça peut aussi vouloir dire être bienveillant et faire attention à son prochain. Alors après tout, pourquoi pas ? Il n’y a pas de définition unique de la charia. » Tariq Ramadan est-il fréquentable ? Non, mais à cause de « son traitement des femmes terrifiant », plus que pour ses opinions, car « les jeunes qui l’écoutent ont du recul ». La jeune femme, diplômée de Sciences-Po, décrit la ligne de Coexister comme « un chemin de crête, interconvictionnel, entre le discours sur la diversité et le discours sur l’unité ».

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Le numéro d’équilibrisme est devenu vertigineux en novembre 2019, lorsque le CCIF a lancé un appel à manifester contre l’islamophobie, contresigné et relayé par le gotha de l’obscurantisme musulman. « Il n’est pas question d’appeler à marcher contre une exclusion auprès de personnalités qui prônent d’autres exclusions et violences comme le sexisme ou la LGBT-phobie », assurait le bureau national dans son communiqué, avant de se contredire, deux paragraphes plus bas : « Nous vous invitons tout de même à participer à cette marche du 10 novembre dans le SEUL but de lutter contre l’exclusion » !

Massivement subventionné

En dépit de ces flottements invraisemblables, l’association Coexister est portée à bout de bras par les institutions. Elle perçoit environ 150 000 euros de subventions annuelles et quelque 500 000 de mécénat. Elle revendique le soutien de l’Observatoire de la laïcité, du ministère des Affaires étrangères, du Commissariat à l’Égalité des territoires (CGET), de la ville de Nancy, de la ville de Paris, du Rotary, du Secours catholique, de Total, de la Macif, etc.

Elle est également couvée par les Américains : en 2016, Samuel Grzybowski a été lauréat du prix international des « Jeunes leaders émergents » décerné par le département d’État américain. Il avait déjà été repéré par Ashoka, un réseau privé américain qui s’est donné pour mission de faire émerger des entrepreneurs du social et de la diversité dans des pays étrangers. Grzybowski est aussi un entrepreneur. Il est désormais à la tête d’un cabinet de conseil, Convivencia, qui vend de la prestation de conseil sur la laïcité, le vivre-ensemble et la déconstruction des préjugés à des entreprises, mais aussi à l’Éducation nationale.

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L’activité de ce cabinet, qui reverse ses bénéfices à l’association, est sans doute la clé qui permet de comprendre la feuille de route de Coexister. « On ne fait pas du dialogue entre les religions, admet sans détour Radia Bakkouch. On fait du management de la diversité. »

Vue sous cet angle, la marche contre l’islamophobie est nettement moins problématique. Les islamistes créent un marché. Enseigner l’art et la manière de vivre avec eux est tout à fait dans les cordes de Convivencia. L’infréquentable devient « bankable ». « Nous sommes en face de gens pour qui le vivre-ensemble et le séparatisme vont paradoxalement de pair, résume Charles Coutel, professeur émérite de philosophie du droit à l’université d’Artois et membre du Comité Laïcité République. Ils sont au-delà des idiots utiles de l’islamisme, d’une certaine manière. Nous sommes quelques-uns à tenter de faire passer un message de vigilance concernant ce fameux vivre-ensemble dans les allées du pouvoir, mais ce n’est pas facile. » « Coexister est en mission rémunérée dans les collèges, c’est surréaliste, renchérit Sophie Valles, du réseau 1905. On paye l’association pour élargir son audience chez les collégiens, par le biais d’un discours fédérateur, qui masque une conception clivante de la laïcité. Je doute que Jean-Michel Blanquer soit enthousiaste, mais il ne contrôle pas tout. Quelqu’un à l’Éducation nationale a dû se dire que le dialogue ne pouvait pas nuire dans la lutte contre l’islamisme. » Belles tranches de généralités sur l’entente universelle nappée de sauce managériale, la recette de Coexister était appétissante. D’autant plus que « le dialogue interreligieux permet réellement de désamorcer des conflits », souligne Amélie de La Hougue, responsable du service information de l’Aide à l’Église en détresse (AED). « C’est le cas en Centrafrique, au Liban, au Nigeria, à Gaza. Mais pour que la démarche porte ses fruits, il faut qu’elle émane du terrain, que chacun sache avec qui il dialogue, que la politique soit laissée de côté et qu’il y ait un discours de vérité de part et d’autre, sans chercher le plus petit dénominateur commun. »

DROIT DE REPONSE

Le projet de fusion Veolia / Suez entouré de larges zones d’ombre

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Rassemblement dans le cadre de la journée de mobilisation de l'intersyndicale de Suez contre l'offre de Veolia, devant la Tour Engie à Courbevoie, le 22 septembre 2020. Engie détient 32.1% du capital de Suez au 31/12/2019, parts dont Veolia veut s'emparer. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00982468_000027.

Le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets Veolia essaie d’avaler le numéro 2, Suez, contre son gré


 « La fusion Veolia / Suez réduirait la concurrence » ; a déclaré Christopher Gasson, éditeur de la revue spécialisée Global Water Intelligence à La Tribune. Il a ensuite ajouté que si la France « [voulait] être le leader mondial de la transition écologique, elle [aurait] plutôt besoin de deux concurrents dynamiques, pas d’un monopole paresseux ». L’avis tranché de ce spécialiste, conforme aux conceptions classiques de l’économie de marché, interroge sur l’OPA lancée par Antoine Frérot pour prendre le contrôle de Suez. Y-a-t-il anguille sous roche ?

L’État profond à la manœuvre…

Remonté à bloc, Arnaud Montebourg a lui affirmé que l’opération menée par Veolia avait été décidée de concert avec l’Élysée. De quoi renforcer la thèse d’un État dit profond lié à certains grands patrons dûment choisis ? L’ancien ministre de l’Économie, prédécesseur direct d’Emmanuel Macron à cette fonction sous le quinquennat de François Hollande, a beau ne pas faire mystère de son inimitié pour le président de la République, il semble ici avoir quelques arguments dans sa manche.

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Rappelant les liens qui uniraient monsieur Frérot (Le PDG de Veolia NDLR) à Emmanuel Macron depuis la dernière élection présidentielle, où le premier habituellement prudent s’était pourtant montré lors d’un meeting du marcheur, Arnaud Montebourg n’hésite pas à comparer l’éventuel rachat de Suez par Veolia à des précédents qui ont durablement marqué l’opinion à l’instar de l’affaire Alstom. Pour l’ancien ministre et actuel producteur de miel français, l’opération porterait les stigmates d’une oligarchie d’État comparable à celle qu’aurait connue la Russie du début des années 2000.

Arnaud Montebourg, le 8 novembre 2019 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00931494_000001
Arnaud Montebourg, le 8 novembre 2019
© ISA HARSIN/SIPA
Numéro de reportage : 00931494_000001

Des mots durs qu’il est encore difficile de vérifier mais qui commandent tout de même que la pleine lumière soit faite sur les dernières manœuvres ayant conduit Veolia à prendre possession des 29,9% des parts qu’Engie détenait dans l’entreprise Suez. Depuis quelques années, l’imprévoyance et l’imprudence française en matière de stratégie industrielle nous invitent à la prudence. Nous avons assisté impuissants au détricotage minutieux de notre tissu industriel, entrainant une terrible casse sociale.

La stratégie de Veolia est-elle compatible avec les intérêts français?

Il y a pourtant quelques domaines où nous disposons encore de géants mondiaux. Veolia et Suez sont ainsi deux groupes leaders sur le marché de l’eau et du retraitement des déchets. Sous l’impulsion d’Antoine Frérot, le groupe Veolia a même su très intelligemment diversifier son activité pour moins dépendre des délégations de service public, lesquelles arrivent à leur terme prochainement dans un grand nombre de métropoles (Lyon en 2023, Bordeaux en 2025 ou Lille en 2023). Certaines sont déjà passées sous régies municipales pour la distribution et l’assainissement des eaux, comme Paris et Montpellier. Une nouvelle donne qui a poussé Veolia à développer d’autres secteurs tels que le recyclage ou le traitement des déchets dangereux.

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Fort de ce constat, Antoine Frérot lorgne depuis son arrivée à la tête de Veolia sur le groupe Suez, jugeant que le rachat permettrait à son groupe d’affermir sa position de champion mondial et de s’implanter plus facilement sur des marchés porteurs et demandeurs. Il aurait ainsi la Chine et son marché de 1 400 milliards d’euros dans le viseur. L’Inde aussi. Brune Poirson était d’ailleurs en charge du développement durable pour l’agence de Veolia dans ce pays très peuplé ayant un cruel besoin de mieux traiter ses déchets, avant qu’elle ne devienne députée puis secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

Concurrence affaiblie et casse sociale redoutée

Est-il nécessaire pour Veolia de prendre le contrôle de Suez de manière inamicale pour assurer sa place de champion mondial ? De l’avis des experts : non. Henri Proglio, le PDG d’EDF, le pense aussi. Il est d’ailleurs logique que la concurrence entre Suez et Veolia soit bénéfique. Mercedes est plus forte avec BMW à ses côtés. C’est ici la même logique qui s’applique. Cette concurrence est aussi bénéfique pour les collectivités et les Français. Un seul groupe monopolistique pourrait imposer ses règles à tout le monde en France, ce qui n’irait pas sans difficultés avec les règles nationales et communautaires en matière de concurrence.

Il faut en finir avec le capitalisme de connivence à la française. Cela ne marche pas et affaiblit paradoxalement la France. La casse sociale pour Suez pourrait d’ailleurs s’avérer dramatique. Bien que juge et partie, l’avis de Jean-Marc Boursier (directeur général adjoint de Suez pour la France) est digne d’intérêt. En marge d’une visite du Centre international de recherche sur l’eau et l’environnement de Suez, il a déclaré à propos des intentions de Frérot: «Évidemment que ça aboutirait à une casse sociale. On l’a chiffrée à 10 000 personnes dans le monde dont 4 à 5 000 en France.» Des chiffres probablement exagérés mais donnant une idée du drame que ce rachat hostile pourrait créer. Et pour quel intérêt économique et stratégique autre que l’ambition d’Antoine Frérot ?

Une commission d’enquête serait bienvenue

La suspension de l’opération de cession par Engie de ses 29,9 % de Suez par le tribunal de Paris est symptomatique d’une affaire encore très opaque. Le tribunal a indiqué que la procédure d’information-consultation n’avait pas été menée loyalement, mettant les représentants du Comité social et économique de Suez devant le « fait accompli » ! Si ce n’est pas une opération hostile, on se demande bien ce qui peut l’être ! Ici, le vendeur a dicté à l’État son calendrier. Pis, Emmanuel Macron aurait été informé du projet dès le 2 juin, à en croire Mediapart. Disposant de trois voix au Conseil d’Administration d’Engie, l’État a été mis en minorité sans réagir et sans bénéficier de garanties pour le maintien de l’emploi, alors qu’il avait tout à fait la possibilité d’anticiper. L’autre interrogation concerne le rôle des administrateurs de la CFDT chez Engie, qui sont sortis de la salle et n’ont pas participé au vote pour ne pas avoir à se positionner contre ! Ont-ils obtenu quelque chose en échange ? Avec qui ont-ils discuté en amont ?

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Le timing ultra rapide de cette opération de prise de contrôle de même que la réaction du tribunal de Paris et les avis de nombreux experts du domaine laissent un drôle de sentiment en tête. Il faut que tout soit su et clarifié dans ce dossier d’une importance stratégique majeure. Une commission d’enquête du Sénat doit être rapidement mise en place afin que les différents ministres et conseillers de l’Élysée puissent nous donner des explications. Trop de suspicions courent et les enjeux sont trop grands pour être ignorés. Le public doit savoir.

Aurélien Taché opposé à la pénalisation d’une violence sexuelle pour protéger la liberté des femmes

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Le député du Val d'Oise Aurélien Taché © Stephane Lemouton-POOL/SIPA Numéro de reportage : 00963046_000001

Dans un entretien accordé à Renaud Février pour le magazine l’Obs, Aurélien Taché, député de la 10e circonscription du Val d’Oise a déclaré être opposé au projet du gouvernement d’interdire les certificats de virginité. Le motif ? Cela risquerait de « réduire la liberté des femmes ».


Ce n’est qu’un bout de papier…

Interdire le test de virginité qui est, selon Aurélien Taché, « une pratique qui paraît archaïque au XXIème siècle » rendrait des parents bien plus « stricts » avec leurs filles qui risquent d’être privées de sortie. Il ajoute que les médecins qui délivrent ces certificats ne sont motivés par rien d’autre que la protection de leurs patientes et qu’ils ne devraient pas être pénalisés, car ils ne les auscultent pas et se contentent d’apposer le label « Vierge » sur du papier.

Un certificat de virginité ne serait donc qu’un « bout de papier » comme l’a avancé Omar Slaouti, enseignant et militant indigéniste également opposé au projet de loi porté par la ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa. Ça ne vous rappelle rien ?

« Un bout de tissu » en réponse à la critique de l’instrument d’apartheid sexuel qu’est le hijab, « un bout de papier » quand il s’agit d’empêcher la condamnation ferme d’une pratique qualifiée d’acte de torture et de violence sexuelle par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, pratique qui n’a pas de valeur scientifique… Aucun euphémisme ne nous est épargné.

Le chantage à l’exil

Si c’est bien dans le cadre de la lutte contre les séparatismes que le gouvernement a évoqué son intention d’interdire les certificats de virginité, il s’est bien gardé de désigner cette pratique comme spécifique à l’islam. Mais Aurélien Taché n’est pas dupe, ce sont bien des « femmes des minorités religieuses ou ethniques qui sont prises pour cibles, évidemment ». D’ailleurs, si le gouvernement venait à pénaliser les médecins qui délivreraient ces certificats ou les familles qui les exigent de leurs filles, Aurélien Taché prévient que cela aggraverait la situation. « Les parents (…) risquent de quitter la France ou d’envoyer leurs filles à l’étranger » alerte-t-il.

A voir sur REACnROLL: Lévy / Taché: Débat entre une réac’ et un multi-culti’

L’exil pour ce « bout de papier » ? C’est ce même chantage qui avait été exercé à l’occasion du vote de la loi de 2004 relative à la neutralité des signes religieux – dont le « bout de tissu » fait partie – pour les élèves de l’école publique. L’histoire se répète et il n’en sera toujours rien.

Qui peut croire que l’on quitterait le pays ou que l’on enverrait sa fille à l’étranger juste parce qu’une pratique barbare comme l’examen de l’hymen deviendrait interdite en France ?

Il suffit de deux billets low cost A/R en direction du Maroc ou de l’Algérie pour qu’un parent fasse ausculter sa fille chez n’importe quel médecin. Ni vu ni connu.

On peut toutefois choisir d’aller dans le sens du député du Val d’Oise en prenant en compte le risque de fuite à l’étranger, bien que délirant, comme une éventualité. Cela ne constitue toujours pas un motif valable pour reculer sur la pénalisation du test de virginité, bien au contraire ! Tout féministe sincère bataillerait dans ce cas là pour, qu’à l’instar de l’excision, la pratique du test de virginité soit pénalisée qu’elle soit pratiquée en France ou à l’étranger par « des praticiens agréés ou clandestinement » car ces filles et ces jeunes femmes sont françaises et le restent même hors de leur pays qui se doit de les protéger où qu’elles se trouvent.

L’épouvantail du nationalisme

La stratégie du gouvernement ne serait qu’un « coup médiatique » masquant un « fémi-nationalisme » d’état (sic) : « Un féminisme qui instrumentalise les droits des femmes à des fins nationalistes et identitaires. C’est une tendance de fond, qui vient de la droite nationaliste », d’après Aurélien Taché.

A lire aussi: La manifestation désolante des Femen à Orsay

En réalité, c’est un concept inventé par les indigénistes et décoloniaux pour nourrir un syndrome de persécution chez les femmes appartenant aux minorités qu’ils ciblent dans le but de provoquer chez elles un sentiment de rejet de l’idée que l’on se fait du féminisme en France, le féminisme universaliste. Comme stratégie de résistance, on proposera à ces femmes le « particularisme culturel », vivre en vase clos selon les us et coutumes de leurs pays d’origine, parachevant ainsi le processus de leur soustraction à la nation. « La droite nationaliste » ne peut pas rêver mieux.

La lutte par l’immobilisme et le déni: mode d’emploi

Mais que faire alors pour lutter contre une pratique aussi rétrograde envers « les femmes des minorités religieuses ou ethniques » lorsque l’on est député de la République qui se veut féministe, anti-raciste et résolument anti-« fémi-nationaliste » ?

« Aider ces jeunes femmes à s’émanciper des traditions de leurs familles en mettant des moyens pour un accès à une éducation de qualité, à la culture, aux transports » car « le premier séparatisme en France est social », asserte Aurélien Taché.

En pratique, il s’agira d’une part de donner aux jeunes filles une instruction à l’école, de proposer des sorties scolaires et de permettre des excursions entre amis, le tout sans condamner des pratiques barbares sous peine de « stigmatiser » l’idéologie qui en est à l’origine et de risquer une déscolarisation des filles par leurs parents. D’autre part, il s’agira de laisser ces mêmes jeunes filles baigner dans une éducation à la maison qui valorise la réduction des femmes à une poche de sang et qui les prépare dès le plus jeune âge à l’épreuve de feu: s’infliger l’humiliation d’une visite médicale pour demander à un soignant de les déclarer « halal » aux yeux de leur famille en leur délivrant une certification AVS comme pour le bétail, afin qu’elles soient enfin bonnes à consommer.

Aurélien Taché se gardera de mentionner l’éducation des garçons et des jeunes hommes dans son entretien. Les émanciper, eux, « des traditions de leurs familles » n’est pas au menu. Mais qui est l’autre bénéficiaire direct du certificat de femme halal si ce n’est le futur époux ?

Le prix à payer pour ne pas être privée de sortie

Laisser à des jeunes filles la charge de concilier autant de contradictions sans possibilité d’intervention du législateur pour qu’elles puissent être protégées de la violence sexuelle et psychologique que constitue le processus de délivrance d’un certificat de virginité, pour que leur soit épargné ce conflit de loyauté duquel elles ne peuvent s’extirper qu’en ayant l’impression de trahir leurs parents ou de renoncer à la dignité à laquelle elles ont droit systématiquement en tant que françaises… La charge est bien trop grande pour les épaules des filles de la nation. Le prix est bien trop cher payé pour le confort des politiques lâches, ceux pour qui le droit des femmes à la dignité et aux libertés sexuelles et reproductives sont une sous-cause.

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C’est aux médecins d’aller plus loin dans leur « désir de protéger leurs patientes », en se rappelant du serment d’Hippocrate qu’ils ont prêté et qui les engage à respecter « la dignité » de leur patiente et de ne pas laisser « des considérations de croyance ou d’origine ethnique s’interposer » entre leur devoir de respecter cette dignité et leur patiente.

C’est aux parents de se plier inconditionnellement à la devise républicaine qui veut que toutes les filles naissent, grandissent et vivent libres et égales aux garçons en droits. C’est à eux qu’il incombe de rompre avec la chimère qui voudrait que la chasteté de leurs filles soit une garantie de l’honneur de la famille et c’est à eux d’éduquer leur fils aussi dans ce sens.

Et enfin, c’est aux députés, comme Aurélien Taché de légiférer afin que ni les premiers ni les seconds ne puissent faciliter ou imposer les tests de virginité ou toute autre pratique sexiste aux jeunes filles ni aux jeunes femmes françaises, quel que soit le nombre des concernées.

Silence coupable

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Exclusif: les pistes programmatiques d’Eric Piolle pour 2022

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Le maire de Grenoble Eric Piolle n'exclut pas de se présenter en 2022 © ISA HARSIN/SIPANuméro de reportage : 00977354_000012.

Petit guide à l’usage des écolos et autres progressistes de tous poils qui ne se satisferaient pas de l’interdiction du coupage de sapins à Noël, de l’abrogation des rodéos en delphinarium à dos d’orque, ou de la mixité de la bise lors de la remise du maillot de meilleur grimpeur sur le Tour de France.


On n’est plus sûr de rien, m’a dit l’autre jour mon voisin Maurice à la campagne. C’est pas faux. Il est même plutôt vrai qu’au regard des idées ou des obligations qu’on nous impose jour après jour, il n’est pas totalement ridicule de se poser la question, «mais où va-t-on» ? Et même plus précisément, «jusqu’où osera-t-on nous emmener » ?

On croyait avoir touché le fond de la crétinerie lors de la dernière attaque nocturne d’une crémerie par un « gang vegan » ; tutoyé les hautes sphères de la bêtise avec la pose de panneaux de signalisation en langage inclusif ; atteint les sommets de la connerie en découvrant que 40% des déchets triés étaient en fait brûlés ou enfouis. On s’était frotté les yeux devant l’opportunisme de certaines échoppes de grande distribution obligeant désormais leurs clients à acheter des sacs en toile de jute « pour respecter la planète », après avoir été les plus gros contributeurs de sa pollution.

La « convention citoyenne sur le climat » – dont le collège « représentatif » de votants a été constitué en acceptant les refus (ce qui n’est donc pas un gage de neutralité) – a déjà proposé la suppression des moteurs thermiques et de certaines publicités. Voici, rangées par thématiques, les quelques réformes que nous proposons à notre tour aux hommes politiques en mal de projets en matière de « sanctuarisation et respect du vivant » ou de « disparition de la gabegie productiviste ».

Pollution: baisser les feux

Il est urgent de réduire les émissions de particules. Nous conseillons donc aux prochains gouuvernants d’interdire totalement toutes les flambées en cheminée ouvertes ou fermées. Comme d’ailleurs les barbecues au charbon l’été. Les utilisateurs du feu de bois pour le chauffage par insert seront priés de faire installer des conduits à bouts filtre ou de se débrouiller pour s’acheter des pompes à chaleur fabriquées à 90% en Chine.

Voyages, mort aux TGV 

On le sait assez peu, mais un TGV ça pollue. Au moins autant qu’un avion de ligne. Pour rouler à 320 km/h en reliant Paris à Marseille une motrice dévore pas moins de 16 Mégawatts en un peu plus de deux heures. Bon, le même trajet un Boeing bouffe 6000 litres de kérosène… mais enfin multiplié par le nombre de TGV qui roulent par jour cela fait de la SNCF un des plus gros consommateurs d’électricité. Donc un des plus gros fabricants de déchets issus de la fission des atomes d’uranium qu’on devra un jour enfouir en sous-sol. Il est donc urgent de supprimer le TGV et de revenir à la charrette à bras ou au pousse-pousse.

Animaux, lâchons les chevaux

Le chômage enfin promis à ces négriers de dompteurs de tigres ne suffit pas. Envoyons aussi les écuyères aux Assedic. Il est totalement anormal qu’au XXIème siècle, cette catégorie de femmes –  souvent habillées court et, portant bas couture –  puisse faire encore le tour des pistes de cirques, perchées debout sur le dos de pauvres bêtes. Canassons élevés – et donc  asservis –  par des familles souvent issues de l’immigration italienne, habitant en roulotte en période de tournée et donc exonérées de taxe d’habitation et ne payant pas d’abonnement EDF.

Libérons aussi les otaries. Cela fait trop longtemps que ces pauvres mammifères marins pinnipèdes applaudissent des deux nageoires à chaque fois qu’ils parviennent à faire tourner un ballon sur leur nez. Et ceci pour trois fois rien. Activité rémunérée la plus souvent a coup de  poignées de maquereaux. Poissons dont la fraîcheur n’est jamais vérifiée par la DGCCRF.

Libérons enfin les hamsters, dont le seul exercice consiste à courir en cage dans une roue en plastique (ou branchons enfin ces rouleaux inutiles à une dynamo afin que les efforts de ces rongeurs ne restent pas vains). Enfin célébrons le travail remarquable de l’ALS association  pour la libération des souris. Ces pauvres bêtes restant  encore trop souvent attachées aux ordinateurs.

Énergies renouvelables, gaz à effet de cerfs 

À l’heure où les centrales au méthane fleurissent un peu partout en France – généreusement subventionnées à grands coups de millions par l’État – au point que les producteurs de maïs consacrent désormais une part non négligeable de leurs plantations à la culture d’épis dédiée à la fermentation, il n’est pas normal que la production de méthane ne soit règlementée qu’à la campagne. On punit déjà le bruit en ville. Bannissons aussi les mauvaises odeurs émises par l’homme ou récupérons-les, quelle que soit leur provenance, pour les transformer elles aussi en énergie. Inventeurs à vos croquis.

Appellations: gare à la ségrégation

On s’était déjà félicité quand la très respectable NASA avait pris la louable initiative de débaptiser la « Nébuleuse de l’Esquimau » et la « Galaxie des Jumeaux Siamois », reconnaissant que ces appellations pouvaient être offensantes pour les Inuits, les populations portant des capuches fourrées ou les membres d’une même famille nés trop proches. Eskimo étant comme chacun sait, largement considéré comme un terme colonial, imposé aux peuples autochtones des régions arctiques.

Cette belle initiative doit être prolongée. Nous proposons donc de rebaptiser également certains  établissements comme l’hôtel Negresco à Cannes, bien trop racisant. On pensera à féminiser Noisy-le-Grand et à atténuer un peu Bourg-la-Reine par évident respect. Pour les grandes marques, Oncle Ben sera rebaptisé « riz du frère de mon père Benjamin ».

Racisme, halte aux pensées sombres   

Ça fait aussi trop longtemps qu’on autorise les déprimés à penser de manière négative. Une grande campagne de positivisme ambiant devra donc être lancée, appuyée comme il se doit par une distribution générale d’antidépresseurs. Cette politique aura pour principale vertu de stopper net la pratique excluante et raciste consistant à broyer du noir.

Télévision: assez de rediffusions 

Flipper le dauphin sera interdit d’antenne, au même titre que l’Ile aux Enfants mettant en scène un dinosaure orange en captivité, ainsi que Skipy le kangourou, Poly le poney ou Belle et Sébastien. Une version revisitée de l’Ile fantastique sera mise à l’étude. Son scénario bannira le personnage de petite taille connu sous le nom de Tatoo le nain. Au pire on lui paiera des échasses.

Sports et loisirs

Enfin on supprimera évidemment les courses de lévriers et celles de chevaux. Et on interdira le trot attelé et surtout assis, sans oublier les manèges de chevaux de bois.

On bannira la chasse, sauf celle à courre avec robots animaliers. Les sangliers, qui pullulent déjà, pourront enfin devenir des animaux de compagnie. On interdira aussi le miel, depuis trop longtemps volé aux abeilles.

Il restera un tour de France exclusivement mixte.

Quand on aura redressé tous ces torts, combattu toutes ces injustices et libéré toutes ces minorités asservies, alors seulement la vie sera enfin plus belle.

Plus de tigres à Fort Boyard, Félindra bientôt au chômage

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© ROUSSIER/SIPA Numéro de reportage : 00263431_000007

La pasteurisation de la société française continue, les tigres du jeu télévisé Fort Boyard ne seront bientôt plus en cage. Et vous ? La productrice qui a validé la décision préfère enfermer ou affamer les humains, sans que cela ne choque plus personne.


Felindra devrait bientôt allonger la liste des inscrits à Pôle Emploi sur Fouras (Charente-Maritime). Pour tous ceux qui ont eu dix ans au tournant des années 90 et dont l’enfance a été bercée par le jeu télévisé « Fort Boyard », c’est une information qui serre le cœur.

Anticipant la probable interdiction à venir des animaux sauvages dans les cirques itinérants, la production de l’émission a décidé de se séparer de ses félins. C’est le Parisien qui nous apprenait la nouvelle la semaine passée. Le départ sera toutefois progressif. Le tigre Kali, 15 ans, part à la retraite et ne sera pas remplacé. Restent deux derniers fauves dans la salle au trésor. Mais pour combien de temps? Les tigres étaient-ils maltraités? Pas que l’on sache. Ont-ils démérité à surveiller les précieuses pièces d’or? Non plus.

Hugo Clément mauvais joueur

La décision de retirer progressivement les tigres du programme estival semble faire consensus. Tout le monde s’accorde pour dire que Félindra n’avait qu’à pas se lancer dans une carrière d’esclavagiste d’animaux mignons.

Cette décision intervient dans un contexte de montée en puissance de la prise de conscience de la souffrance animale. Alors que les éditorialistes glosent à n’en plus finir sur l’ensauvagement de la société des hommes, cette empathie pour les animaux grandit. C’est plutôt une bonne nouvelle, mais Olivier Minne ne pourra plus clamer son légendaire “Felindra, tête de tigre !” Cette cancel culture écolo mêlée de protection animale aura eu la tête de la dompteuse.

A lire ensuite, Olivier Minne: Hollywood confidential

À l’origine de ce petit scandale télévisuel, nous retrouvons Hugo Clément, l’impayable justicier écolo, ex-ami de Yann Barthès et compagnon d’une de nos Miss France. L’animateur d’émissions engagées avait menacé cet été: tant que les tigres seraient présents, il ne retournerait plus relever les défis du Fort. Sitôt rentré à Paris, il met sa menace à exécution en lançant un vibrant appel sur les réseaux sociaux. “Très engagé pour la cause”, le journaliste demande à ALP [Adventure Line Productions, la boite qui produit le jeu NDLR] d’”évoluer sur la question des animaux”, précise le Parisien.

Alexia Laroche-Joubert dans le sens du vent

Appel entendu par la productrice Alexia Laroche-Joubert. L’ex-dirlo de la Star Ac’ (surtout connue du grand public pour se trémousser sottement sur le plateau de Nikos Aliagas) est la patronne de Adventure Line Productions. Elle a déclaré : « nous sommes très soucieux et attentifs au bien être de nos tigres. » Même si les tigres nous manqueront, la protection animale est une noble cause. Mais dans cette affaire, Alexia Laroche-Joubert ne se donne-t-elle pas le beau rôle? Soucieuse et attentive du bien être des tigres? On aimerait qu’elle ait toujours un tel souci éthique. Prendre soin de nos amis les bêtes est bel et bon, mais en est-il toujours de même pour les candidats de ses émissions?

Alexia Laroche-Joubert Photo: DR

Adventure Line Productions produit par exemple Koh Lanta (déclinaison du jeu “Survivor”), où les animaux ne sont pas maltraités, mais où le chacun pour soi est glorifié, et où tous les moyens sont bons pour gagner. C’est simple, c’est la loi de la jungle. Ce programme controversé laisse crever de faim des Occidentaux sur une île, alors que la famine – la vraie – n’est pourtant pas éradiquée dans le monde… Il y est conseillé de comploter contre son prochain, encouragé en ce sens par la voix agaçante de Denis Brogniard, et on y repousse sans cesse les limites physiques. Pour l’image, rien n’est trop beau pour obtenir plus de sueurs, et plus de risques de la part des candidats. Un candidat était mort noyé en 2013 d’une crise cardiaque. Cette année, un candidat est décédé des suites d’un cancer quelque temps après une blessure sur le tournage. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, la production en fait des caisses et “capitalise” sur cet évènement tragique. Même si c’est avec l’accord de la famille, ce mélange de divertissement et de mort, c’est un peu comme si nous étions revenus à l’époque des jeux de la Rome antique.

La télé s’ensauvage depuis deux décennies

On ne va pas accabler les producteurs de téléralité. Mais est-on sûr que leurs émissions n’y sont vraiment pour rien dans la déchéance de notre Loana nationale, ou dans le suicide de François-Xavier du Loft? Quand dix personnes perdent la vie en hélicoptère sur le tournage de Dropped (oui, c’est toujours Adventure Line Productions), le jeu s’arrête. Les appareils auraient-ils pris des risques inconsidérés pour obtenir les images les plus spectaculaires ?

Alexia Laroche-Joubert avait fait entrer le loup dans la bergerie en important en France le concept de télé-réalité Big Brother en 2001. Avec un autre “fils de” – Benjamin Castaldi -, elle avait lancé Loft Story sur M6. Malgré les protestations, nombreuses à l’époque, il était devenu normal d’enfermer une dizaine de personnes pour les filmer, les regarder se chercher des poux sur la tête ou s’ébattre dans une piscine. Bascule civilisationnelle majeure ! Même si des psychologues étaient là pour parer à toute dérive, nous rassurait-on alors.

Nous décidons aujourd’hui que les tigres seront bientôt protégés des terribles dresseurs de cirque. En d’autres temps, nous aurions tout aussi bien pu légiférer pour protéger la jeunesse ou la société de spectacles voyeuristes et de jeux aux règles perverses. On peut ne pas aimer la télé-réalité, on ne va pas interdire le mauvais goût à la télévision. Mais les vedettes qui donnent des leçons sur la maltraitrance animale seraient bien inspirées de se pencher aussi sur la question du respect de la personne humaine. Bien surveillés par Felindra, les tigres de Fort Boyard n’ont jamais tué personne.

Val-de-Marne: des petits caïds qui n’impressionnent personne?

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Après l'attaque dont ont été victimes leurs collègues dans la nuit du 10 au 11 octobre, des policiers manifestent devant le commissariat de Champigny sur Marne le 12 octobre. © MARTIN BUREAU / AFP.

À Champigny-sur-Marne, le commissariat a été attaqué par une quarantaine d’individus le week-end dernier. Les policiers n’ont pas riposté. Cet épisode démontre que l’État se refuse à faire respecter son autorité.


Si on en croit le ministre de l’Intérieur, « les petits caïds n’impressionnent personne ». Gérald Darmanin se trompe. Après l’attaque du commissariat de Champigny à coups de projectiles joliment appelés « feux d’artifice de mortiers », c’est-à-dire de feux d’artifice customisés en bombes incendiaires, toute la France est saisie d’effroi – et avec elle, une bonne partie des policiers, ce qui est encore plus inquiétant.

Certes, les agressions ou traquenards de policiers par des jeunes des cités sont monnaie si courante que la plupart du temps, on n’en parle même pas. Sauf que maintenant, c’est avec intention sinon de tuer, au moins de blesser et de terroriser. On se rappelle les policiers brûlés vifs dans leur voiture à Viry-Châtillon ; la semaine dernière, deux autres étaient « massacrés » à Herblay ; et on apprend dans Le Figaro que l’attaque de Champigny est au moins la neuvième contre un commissariat depuis le début de l’année. Alors oui, on a quelques raisons d’être impressionné.

Même la gauche est gênée

On est surtout lassé d’entendre et de prononcer les mêmes mots.
Bien sûr, on a droit aux  habituelles variations excusistes sur le thème « tout ça c’est parce que la République n’a pas tenu ses promesses ». On nous expliquera encore qu’il faut repeindre les cages d’escalier, financer des associations et instaurer des quotas. On a repeint des milliers de cages d’escalier – sans doute pour le bien-être des dealers. On a financé des milliers d’associations – pour la grande joie des islamistes. Quant aux quotas, ils arrivent plus ou moins masqués, de France télévisions à l’ENA. Tout cela ne semble pas calmer ces pauvres victimes de la France raciste et coloniale.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Flics Lives Matter

Il est vrai que ce discours, qui n’a qu’un rapport lointain avec la réalité, est de plus en plus minoritaire – même à gauche, il commence à gêner.

Comme d’habitude, le camp de la fermeté, y compris votre servante, déplore donc en chœur la crise de l’autorité et la faiblesse de la réponse pénale qui nourrit le sentiment d’impunité. Gérald Darmanin veut interdire par une loi la vente au public des mortiers d’artifice. J’ai d’abord cru à une blague, tant cette mesure semble dérisoire alors que des kalachs circulent. Cependant les policiers semblent assez preneurs de cette prohibition. Espérons simplement que l’État a d’autres tours dans son sac.

L’État a cédé le monopole de la violence aux voyous

Bien entendu, le ministre a également promis que les coupables seraient châtiés. Encore faut-il qu’on les attrape, et si on les attrape, qu’on les condamne. Dans notre État de droit, on ne condamne pas sans preuve. Tant mieux. Mais il n’est pas simple de prouver l’implication directe d’éventuels suspects.

Derrière cette demande unanime de fermeté, le bossuetisme bat son plein (pour ceux qui séchaient le français, on déplore les effets dont on chérit les causes). Les mêmes hurlent si on note trop sévèrement leur enfant et se lamentent sur la crise d’autorité. Les partisans de l’accueil inconditionnel des migrants pleurnichent parce que le nombre de familles monoparentales ou totalement destructurées explose. Ceux qui manifestent tous les quatre matins contre les violences policières s’émeuvent aujourd’hui du sort des policiers attaqués. Bref, si nous commençons à entrevoir ce que nous voyons, il n’est pas certain que nous soyons prêts à nous attaquer aux racines du mal français.

En attendant, le sentiment qui domine chez les Français, c’est l’incompréhension. On nous répète que ce sont des minorités qui prennent des quartiers en otage. Comment expliquer l’impuissance de l’État face à cette violence ?

A lire aussi, Martin Pimentel: Le poids des mots, le flop des tribunaux

Le problème ne tient pas à nos lois ni même à nos juges mais au rapport de forces.

Il y a déjà une dissymétrie structurelle entre l’État et les voyous : l’État est contraint par ses lois. C’est notre grandeur.

Mais à celle-ci, s’en ajoute une autre, fort problématique. On dirait que le monopole de la violence n’appartient plus aux représentants de l’État mais à ceux qui transgressent les lois, pourrissent la vie des pauvres et cassent du flic. Une situation résumée par la situation de policiers terrés dans leur commissariat derrière des portes blindées. Que se serait-il passé si les assaillants avaient réussi à pénétrer dans le bâtiment ? La hiérarchie leur aurait-elle ordonné de sortir les mains en l’air en agitant un drapeau blanc ?

Osons l’autorité

La vérité, c’est que l’usage de la force ne semble plus être une option. Et la France est sans doute la seule démocratie où il en va ainsi. Même quand ils sont agressés, les policiers ne se servent presque jamais de leur arme. La consigne est « pas d’effusion de sang », quoi qu’il en coûte. On sait donc par avance que les policiers ne se serviront pas de leurs armes. Ce qui revient à céder à un chantage qui n’est pas toujours implicite : si un jeune est blessé dans des affrontements avec la police ou se tue en moto en essayant de lui échapper, vous aurez des émeutes. Or, depuis 2005, l’émeute est le cauchemar de nos gouvernants. Même la Justice subit cette intimidation : dans l’affaire Traoré, tout le monde redoute les conséquences d’un éventuel non-lieu, qui serait assez logique dès lors que les gendarmes n’ont même pas été inculpés (ce qui prouve que les juges n’ont vraiment rien trouvé à leur reprocher).

A lire aussi, Erwan Seznec: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Personne ne souhaite avoir une police d’excités défouraillant à tout-va. Mais entre des cow-boys tirant sur des voleurs de pomme désarmés et des policiers terrorisés à l’idée de se servir de leur arme, il y a la légitime défense et l’ordre public. Resteraient-ils l’arme au pied si des émeutiers attaquaient l’Assemblée nationale ?

Le souci de la vie humaine est très respectable. Mais proclamer urbi et orbi qu’on ne prendra jamais le risque de faire couler le sang face à des gens qui eux, n’hésitent pas à le faire couler, c’est un désarmement unilatéral – en clair, une reddition. Ces voyous n’ont pas peur de la prison, où ils ont peu de risques d’aller. Mais ils ont peur de mourir. Exploiter cette peur n’est en rien condamnable, c’est la définition même de la dissuasion. Si vous savez que je me défends quand on m’attaque, vous prenez un risque en le faisant. Donc il y a moins de chances pour que vous le fassiez. CQFD. On ne peut pas se lamenter sur la faiblesse de l’État et refuser qu’il puisse se servir de la force. Comme il en a le droit.

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Fratelli Tutti, l’encyclique qui appuie là où ça fait mal

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Vatican, avril 2020 © Grzegorz Galazka/Mondadori Portf/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30211348_000034

Le catholicisme n’est pas au service des intérêts des dominants comme le croit trop souvent une droite qui voit en lui un outil pour le maintien de l’ordre. La réponse du communiste Jérôme Leroy à Aurélien Marq


J’ai lu avec intérêt la charge d’Aurélien Marq car elle est parfaitement représentative de la manière dont une partie de la droite française a toujours considéré le catholicisme, c’est-à-dire comme un moyen de maintenir l’ordre social. La Foi, le message évangélique n’a que de peu d’importance pour cette droite-là.

Il suffit de songer à Charles Maurras qui toute sa vie a été un fieffé mécréant, qui croyait plus à la lumière grecque qu’à la douceur corrégienne de  la Vierge immaculée. « Je suis athée mais catholique » répéta-t-il à l’envi toute son existence avant que sur son lit de mort, « il n’entende quelqu’un venir » : il était temps mais dans une perspective janséniste, on peut penser que le Royaume des Cieux lui a été ouvert comme au fils prodigue ou à l’ouvrier de la onzième heure.

Bobo 1er au Vatican?

Le Pape ne convient pas à Aurélien Marq parce qu’il serait de gauche, mondialiste et même depuis l’encyclique Laudato si, écologiste. Un cauchemar ! Bobo 1er au Vatican !

Bref un pur fruit de ce qu’on a appelé la théologie de la Libération même si en ce qui concerne François les choses sont un peu plus compliquées et qu’il n’a pas été celui qu’il est maintenant sous la dictature militaire argentine. Mais le Pape n’a pas à convenir ou pas aux intérêts politiques des uns et des autres. On peut aimer son message, on peut ne pas l’aimer mais si on est croyant, on l’accepte. On rappellera le dogme de l’infaillibilité pontificale qui s’impose à tout catholique. À tout catholique réel, pas de manière ornementale à la façon de Maurras.

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Je ne sais pas quel rapport Aurélien Marq entretient avec la religion de nos pères, et cela ne me regarde pas. Pour préciser les choses, en ce qui me concerne, mon communisme n’a jamais été incompatible avec le message évangélique, bien au contraire. Je pense que les Actes des Apôtres sont un texte aussi émancipateur que Le Manifeste. Cette apparente contradiction a pourtant été très répandue à une époque, notamment en France, en Italie et en Amérique Latine. On peut la résumer dans les propos de Dom Helder Camara, archevêque de Récife sous une autre dictature militaire, la brésilienne : «  Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint, quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on dit que je suis un communiste. »

La Maison commune

Question de Foi, précisément. Si l’encyclique Fratelli Tutti rend si furieux les milieux ultraconservateurs, c’est parce qu’elle pousse jusque dans ses conséquences pratiques le message évangélique. Placée, comme Laudato si, sous le signe de François d’Assise, elle invite à constater l’état du monde aujourd’hui, et ce n’est pas gai, sauf pour cette part de plus en plus infime de la population hors-sol des hyper-riches.

Ce séparatisme social, François se contente d’indiquer le chemin pour y mettre fin : « Protéger le monde qui nous entoure et nous contient, c’est prendre soin de nous-mêmes. Mais il nous faut constituer un ‘‘nous’’ qui habite la Maison commune. Cette protection n’intéresse pas les pouvoirs économiques qui ont besoin d’un revenu rapide. Bien souvent, les voix qui s’élèvent en faveur de la défense de l’environnement sont réduites au silence ou ridiculisées, tandis qu’est déguisé en rationalité ce qui ne représente que des intérêts particuliers. »

Aurélien Marq n’a plus envie de dire « nous ». C’est son affaire. Mais il n’a pas à faire son marché dans le catholicisme pour y prendre ce qui l’arrange et puis pourrait peut-être l’intéresser, comme cette critique orwellienne d’un monde où la novlangue règne universellement au profit du Big Brother libéral: « Un moyen efficace de liquéfier la conscience historique, la pensée critique, la lutte pour la justice ainsi que les voies d’intégration consiste à vider de sens ou à instrumentaliser les mots importants. Que signifient aujourd’hui des termes comme démocratie, liberté, justice, unité ? Ils ont été dénaturés et déformés pour être utilisés comme des instruments de domination, comme des titres privés de contenu pouvant servir à justifier n’importe quelle action. « 

A lire ensuite, Céline Pina: Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

Je suis d’autant plus à l’aise pour défendre le Pape François qu’en d’autres temps, dans ses colonnes, j’ai dit plusieurs fois tout le bien que je pensais de son prédécesseur Benoît  qui enchantait la droite parce qu’il semblait plus rigide sur les questions doctrinales et envoyait un message sur les mœurs qui tenait explicitement du rappel à l’ordre quand bien même il condamnait, lui aussi, cette manière de mettre l’homme ou service de l’économie et non le contraire.

Je n’ai aucun problème avec les papes en général. Celui-ci convient à mon coeur, mais le précédent aussi. Pour être doux comme François, il faut être clair comme Benoît. J’oserais, je dirais que c’est là un mouvement hégélien qui amène vers la Cité de Dieu ou le communisme : c’est la même chose à la fin.