Olivier Minne raconte le mythique Château de Marmont, palace de tous les excès, dans Un château pour Hollywood.


C’est l’été. Les cigales sont revenues. Sous le ciel coruscant, dans une ville où je regarde, chaque soir, la maison familiale d’André Gide, j’achève la lecture d’un livre épatant et tonique sur l’histoire du Château de Marmont, hôtel de luxe où les stars d’Hollywood s’adonnaient à tous les excès. Ce roman, signé Olivier Minne, animateur de télévision, journaliste et producteur, auteur d’une bio inspirée de l’acteur Louis Jourdan, nous offre un voyage dans la grande période du cinéma américain.

A la recherche d’Abigail Fairchild

On suit l’étrange destin d’Abigail Fairchild, ancienne patronne de la mythique demeure baroque, située 8221, Sunset Boulevard, à une époque où les coyotes s’aventuraient dans la ville des plaisirs infinis. Abigail est une ancienne star du cinéma muet. Elle quitta les studios en 1923 pour « convenances personnelles ». En fait, elle était enceinte sans être mariée. Ce qui ne pardonnait pas dans la capitale du vice, faussement puritaine. Il y avait aussi la concurrence âpre des Mary Pickford, Greta Garbo ou de la nouvelle recrue de la MGN, Joan Crawford. Elle prit la direction de l’hôtel en 1931. Elle décida qu’au Château, « les Noirs, les putes, les paumés et les pédés seront toujours les bienvenus. » Le ton était donné.

Le roman nous permet de suivre la réapparition d’Abigail en 1958, après une longue retraite solitaire. Elle hante à nouveau les couloirs du Château. Elle marche avec l’aide d’une canne à tête de raton laveur, fume-cigarette tendu à la main, boit des margaritas sans sel sur trois blocs de glace, se nourrit d’une granny-smith râpée, un yaourt et une tasse de café. Le décor est planté. Il suffit d’y ajouter le jeune Wayne Cornwall, beau vagabond surgi des collines de Hollywood, personnage complexe et plus ambitieux que son air réservé ne le laisse penser, et nous voici plongés dans une passionnante histoire, dont la chute réserve une émouvante surprise.

La cité du cinéma reste une pièce essentielle. Minne résume : « Mais à Hollywood comme nulle part ailleurs, les hommes jouent la comédie. Et si chaque époque a une ville qui la représente au monde, pour le meilleur ou pour le pire, alors Hollywood était l’incarnation de ce que le mensonge coule dans les rues et dans les films comme dans les veines du genre humain. » Il en rajoute dans le cynisme : « Une femme est une spécialiste du mariage, l’homme un simple généraliste. » Ou encore : « On est acteur parce qu’on n’arrive pas à faire autrement. » Une phrase que n’aurait pas reniée Marlon Brando.

A propos de Cecil B. DeMille, l’auteur fait dire à Abigail : « Ce type était un monstre. Un de plus. Hollywood en est tellement rempli. Comment pourrait-il en être autrement, dans cette immense fabrique à fric où aucune parole donnée n’est respectée, où le mensonge rémunère mieux que la vérité et où les crimes sont commis au nom de l’amour de l’art ? »

Envers du décor et névroses célèbres

Les célébrités ne sont pas épargnées. L’envers du décor pue le sexe, la drogue et l’alcool. La névrose inguérissable aussi. Howard Hugues, milliardaire, producteur, réalisateur et aviateur, mate, du penthouse 54, les nymphettes au bord de la piscine, surnommée le « suppositoire ». Chaque jour, il en repère une ou deux qu’il invite dans sa chambre. Une carrière peut tenir à une ficelle de string.

Toujours au bord de la piscine du Château, le réalisateur George Cukor fait le plein de garçons pour la nuit. David Niven, Humphrey Bogart, Errol Flynn, William Holden ou encore Glenn Ford trouvent en cet hôtel un refuge inespéré pour le désordre des sens. Et tant d’autres. Alla Nazimova peut vivre pleinement ses amours saphiques. F. Scott Fitzgerald se désespère devant sa machine à écrire. Duke Ellington reprend des forces après une tournée triomphale en Europe. Anthony Perkins s’envoie en l’air avec le magnifique Blond, Tab Hunter, bourreau des cœurs de toutes les adolescences. Natalie Wood, seize ans, rejoint Nicolas Ray dans son bungalow. Le rendez-vous est concluant : Natalie sera Judy dans La fureur de vivre, avec les deux frères ennemis, James Dean et Dennis Hopper.

Il y a encore la Platinum Blonde, Jean Harlow, morte, à vingt-six ans, d’une insuffisance rénale due aux coups donnés, cinq ans plus tôt, par son mari Paul Bern. Jean Harlow avait, quant à elle, tué Bern d’une balle dans la tête. Un crime maquillé en suicide.

Un univers impitoyable pour oublier nos mornes saisons.

Olivier Minne, Un château pour Hollywood, Éditions Séguier.

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