Sous couvert de nudité, de quoi les Femen sont-elles le nom ?


Lecteur assumé de Sade et de Bataille depuis mon adolescence, voltairien convaincu vomissant interdictions, censures et autres puritanismes religieux ou laïcs, partisan résolu de Charlie et de tout ce qui peut offenser le sacré à partir du moment où celui-ci décide de régenter mon mode de vie, intime et esthétique, iconodule dans l’âme et obsédé sexuel à mes heures (c’est-à-dire tout le temps), tout me portait à applaudir aux performances des Femen en lesquelles je me persuadais jusqu’à présent de voir de solides et charmantes résistantes à l’iconoclasme ambiant, à la burkinisation de notre société, à la haine pure et simple de la différence sexuelle, si typique de notre post-modernité. « Persuadais » car sans pouvoir me l’expliquer, quelque chose me gênait dans ces manifestations de nudité agressive et finalement pas si érogène que ça. Ce qui s’est passé dimanche dernier au Musée d’Orsay m’a permis de l’identifier.

A lire aussi,Jean-paul Brighelli: L’origine du monde d’après

Mais reprenons.

Soit, donc, Jeanne, une jeune femme, assurément sexy et apparemment délurée, qui se voit exhortée, avant de rentrer dans le musée, à remettre sa veste afin de cacher un décolleté plongeant sur une poitrine généreuse – ce qui était peut-être une erreur d’appréciation de la part de collègues un peu trop regardants (on sait que je suis moi-même agent de salle dans cet établissement depuis près de vingt ans) mais qui en soi n’avait rien de scandaleux, le règlement du musée stipulant qu’on ne peut y entrer n’importe comment (il n’est, par exemple, par permis de s’y promener pieds nus ou de se coucher sur les banquettes pour faire sa sieste et encore moins de pique-niquer devant Le Déjeuner sur l’herbe de Manet – ce n’est pas parce que des personnages picolent dans un tableau qu’on a le droit de picoler dans les salles). L’intéressée obtempéra sans faire d’histoire et celle-ci aurait pu s’arrêter là, ou plutôt ne pas commencer.

Ce n’est plus « couvrez ce sein que je ne saurais voir » mais « découvrons ce sein que vous ne sauriez voir », quoique la suite de la célèbre réplique de Tartuffe corresponde tout à fait au credo de nos cruches…

Sauf que rentrée chez elle et mue par une conscience hélas moins délurée que victimaire et plus pleurnicharde que souveraine, la bombasse ne trouva rien de mieux qu’envoyer une lettre publique à Orsay en laquelle elle expliquait comment on l’avait maltraitée, humiliée, mortifiée et pire que tout « sexualisée » – un terme trop idéologique pour être honnête et que notre amie Sophie Bachat analysa parfaitement dans son article de ce qui n’était que le premier épisode de cette ténébreuse affaire.


Car quelques jours après, voici que les Femen s’en mêlaient, envahissant la nef du musée et, comme à leur habitude, arborant leurs poitrines mitraillettes peinturlurées de slogans soi-disant « émancipateurs » dont le désormais fameux « ceci n’est pas obscène » qui me fit d’abord penser au célèbre tableau de Magritte : « ceci n’est pas une pipe. » Non pas, grands dieux, que les seins, organes maternels et érotiques les plus divins que la nature ait offert aux femmes (et même si on peut leur préférer les fesses, et, pour certains connaisseurs, les pieds, là-dessus, le débat reste ouvert) soient « obscènes » mais pourquoi, foutre ciel, croire et vouloir faire croire que celles et ceux qui les remarquent et souvent les chérissent le soient – « obscènes » ? Pourquoi exhiber avec autant de fureur ce que l’on va ensuite blâmer de regarder ? Cette candeur perverse qui consiste à pousser les hauts cris parce que l’on a remarqué ce que vous affichiez avec fierté et bonheur m’a toujours prodigieusement fasciné. « L’obscénité est dans vos yeux !», vociférèrent ainsi les vierges de fer entre les statues effondrées de tant d’arrogance et sans doute contrites qu’on interdise de les regarder d’un œil

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite