Dans un entretien accordé à Renaud Février pour le magazine l’Obs, Aurélien Taché, député de la 10e circonscription du Val d’Oise a déclaré être opposé au projet du gouvernement d’interdire les certificats de virginité. Le motif ? Cela risquerait de « réduire la liberté des femmes ».


Ce n’est qu’un bout de papier…

Interdire le test de virginité qui est, selon Aurélien Taché, « une pratique qui paraît archaïque au XXIème siècle » rendrait des parents bien plus « stricts » avec leurs filles qui risquent d’être privées de sortie. Il ajoute que les médecins qui délivrent ces certificats ne sont motivés par rien d’autre que la protection de leurs patientes et qu’ils ne devraient pas être pénalisés, car ils ne les auscultent pas et se contentent d’apposer le label « Vierge » sur du papier.

Un certificat de virginité ne serait donc qu’un « bout de papier » comme l’a avancé Omar Slaouti, enseignant et militant indigéniste également opposé au projet de loi porté par la ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa. Ça ne vous rappelle rien ?

« Un bout de tissu » en réponse à la critique de l’instrument d’apartheid sexuel qu’est le hijab, « un bout de papier » quand il s’agit d’empêcher la condamnation ferme d’une pratique qualifiée d’acte de torture et de violence sexuelle par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, pratique qui n’a pas de valeur scientifique… Aucun euphémisme ne nous est épargné.

Le chantage à l’exil

Si c’est bien dans le cadre de la lutte contre les séparatismes que le gouvernement a évoqué son intention d’interdire les certificats de virginité, il s’est bien gardé de désigner cette pratique comme spécifique à l’islam. Mais Aurélien Taché n’est pas dupe, ce sont bien des « femmes des minorités religieuses ou ethniques qui sont prises pour cibles, évidemment ». D’ailleurs, si le gouvernement venait à pénaliser les médecins qui délivreraient ces certificats ou les familles qui les exigent de leurs filles, Aurélien Taché prévient que cela aggraverait la situation. « Les parents (…) risquent de quitter la France ou d’envoyer leurs filles à l’étranger » alerte-t-il.

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L’exil pour ce « bout de papier » ? C’est ce même chantage qui avait été exercé à l’occasion du vote de la loi de 2004 relative à la neutralité des signes religieux – dont le « bout de tissu » fait partie – pour les élèves de l’école publique. L’histoire se répète et il n’en sera toujours rien.

Qui peut croire que l’on quitterait le pays ou que l’on enverrait sa fille à l’étranger juste parce qu’une pratique barbare comme l’examen de l’hymen deviendrait interdite en France ?

Il suffit de deux billets low cost A/R en direction du Maroc ou de l’Algérie pour qu’un parent fasse ausculter sa fille chez n’importe quel médecin. Ni vu ni connu.

On peut toutefois choisir d’aller dans le sens du député du Val d’Oise en prenant en compte le risque de fuite à l’étranger, bien que délirant, comme une éventualité. Cela ne constitue toujours pas un motif valable pour reculer sur la pénalisation du test de virginité, bien au contraire ! Tout féministe sincère bataillerait dans ce cas là pour, qu’à l’instar de l’excision, la pratique du test de virginité soit pénalisée qu’elle soit pratiquée en France ou à l’étranger par « des praticiens agréés ou clandestinement » car ces filles et ces jeunes femmes sont françaises et le restent même hors de leur pays qui se doit de les protéger où qu’elles se trouvent.

L’épouvantail du nationalisme

La stratégie du gouvernement ne serait qu’un « coup médiatique » masquant un « fémi-nationalisme » d’état (sic) : « Un féminisme qui instrumentalise les droits des femmes à des fins nationalistes et identitaires. C’est une tendance de fond, qui vient de la droite nationaliste », d’après Aurélien Taché.

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En réalité, c’est un concept inventé par les indigénistes et décoloniaux pour nourrir un syndrome de persécution chez les femmes appartenant aux minorités qu’ils ciblent dans le but de provoquer chez elles un sentiment de rejet de l’idée que l’on se fait du féminisme en France, le féminisme universaliste. Comme stratégie de résistance, on proposera à ces femmes le « particularisme culturel », vivre en vase clos selon les us et coutumes de leurs pays d’origine, parachevant ainsi le processus de leur soustraction à la nation. « La droite nationaliste » ne peut pas rêver mieux.

La lutte par l’immobilisme et le déni: mode d’emploi

Mais que faire alors pour lutter contre une pratique aussi rétrograde envers « les femmes des minorités religieuses ou ethniques » lorsque l’on est député de la République qui se veut féministe, anti-raciste et résolument anti-« fémi-nationaliste » ?

« Aider ces jeunes femmes à s’émanciper des traditions de leurs familles en mettant des moyens pour un accès à une éducation de qualité, à la culture, aux transports » car « le premier séparatisme en France est social », asserte Aurélien Taché.

En pratique, il s’agira d’une part de donner aux jeunes filles une instruction à l’école, de proposer des sorties scolaires et de permettre des excursions entre amis, le tout sans condamner des pratiques barbares sous peine de « stigmatiser » l’idéologie qui en est à l’origine et de risquer une déscolarisation des filles par leurs parents. D’autre part, il s’agira de laisser ces mêmes jeunes filles baigner dans une éducation à la maison qui valorise la réduction des femmes à une poche de sang et qui les prépare dès le plus jeune âge à l’épreuve de feu: s’infliger l’humiliation d’une visite médicale pour demander à un soignant de les déclarer « halal » aux yeux de leur famille en leur délivrant une certification AVS comme pour le bétail, afin qu’elles soient enfin bonnes à consommer.

Aurélien Taché se gardera de mentionner l’éducation des garçons et des jeunes hommes dans son entretien. Les émanciper, eux, « des traditions de leurs familles » n’est pas au menu. Mais qui est l’autre bénéficiaire direct du certificat de femme halal si ce n’est le futur époux ?

Le prix à payer pour ne pas être privée de sortie

Laisser à des jeunes filles la charge de concilier autant de contradictions sans possibilité d’intervention du législateur pour qu’elles puissent être protégées de la violence sexuelle et psychologique que constitue le processus de délivrance d’un certificat de virginité, pour que leur soit épargné ce conflit de loyauté duquel elles ne peuvent s’extirper qu’en ayant l’impression de trahir leurs parents ou de renoncer à la dignité à laquelle elles ont droit systématiquement en tant que françaises… La charge est bien trop grande pour les épaules des filles de la nation. Le prix est bien trop cher payé pour le confort des politiques lâches, ceux pour qui le droit des femmes à la dignité et aux libertés sexuelles et reproductives sont une sous-cause.

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C’est aux médecins d’aller plus loin dans leur « désir de protéger leurs patientes », en se rappelant du serment d’Hippocrate qu’ils ont prêté et qui les engage à respecter « la dignité » de leur patiente et de ne pas laisser « des considérations de croyance ou d’origine ethnique s’interposer » entre leur devoir de respecter cette dignité et leur patiente.

C’est aux parents de se plier inconditionnellement à la devise républicaine qui veut que toutes les filles naissent, grandissent et vivent libres et égales aux garçons en droits. C’est à eux qu’il incombe de rompre avec la chimère qui voudrait que la chasteté de leurs filles soit une garantie de l’honneur de la famille et c’est à eux d’éduquer leur fils aussi dans ce sens.

Et enfin, c’est aux députés, comme Aurélien Taché de légiférer afin que ni les premiers ni les seconds ne puissent faciliter ou imposer les tests de virginité ou toute autre pratique sexiste aux jeunes filles ni aux jeunes femmes françaises, quel que soit le nombre des concernées.

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