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« L’économie française est sérieusement affectée par la crise sanitaire »

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Jacques Sapir, né le 24 mars 1954 à Puteaux, est un économiste français. Ses positions hétérodoxes très marquées sur divers sujets et son engagement politique à gauche l’ont fait remarquer par les intellos. Rencontre avec un homme un peu catastrophé face à la crise économique liée au coronavirus.


Aurore Van Opstal. L’économie française se porte-t-elle aussi mal qu’on le dit, à cause de la crise sanitaire ?

Jacques Sapir. L’économie française est sérieusement affectée par la crise sanitaire. Cette dernière pèse de diverses manières. Il y a eu, naturellement, les conséquences du confinement. Mais, il y a aussi la baisse de nos échanges avec les autres pays, du fait de l’épidémie. Enfin, il y a l’incertitude qui porte sur le futur et qui pousse les acteurs économiques à moins consommer et moins investir. L’INSEE et la Banque de France estiment que, pour 2020, cela se traduira par une chute du PIB de 9% environ. C’est un chiffre considérable, et l’on peut craindre qu’il soit sous-estimé. D’ailleurs, ces mêmes organismes annoncent un retour à une activité comparable à celle de la fin de 2019 seulement à la fin de 2022.

En réalité, du fait de l’incertitude sur la situation sanitaire, les investissements ont fortement baissé. La hausse du chômage et la constitution d’une importante épargne de précaution vont entraîner une baisse de la demande solvable, qui est le véritable moteur de l’économie. On peut donc craindre que l’économie française s’installe de manière durable dans une situation de très faible croissance. Il convient de rappeler que les derniers chiffres d’avant l’épidémie, ceux du 4ème trimestre 2019, montraient déjà un fléchissement important de l’activité. L’épidémie a frappé une économie qui était déjà affaiblie, ce que peu de gens veulent voir.

Face à cette situation, les plans de relance, européen ou nationaux, sont en l’état très insuffisants. Le plan présenté le 2 septembre par le gouvernement est en partie un assemblage de mesures déjà décidées, et en partie au saupoudrage électoraliste. Le gouvernement n’a donc toujours pas pris la mesure du choc subi par l’économie française et de ses conséquences. Le risque de voir l’économie française entrer en stagnation après 2021 est très important.

Est-ce que la crise économique ne va pas se résoudre d’elle-même avec la fin des mesures contraignantes ? (un peu comme les années d’après-guerre, joie de vivre retrouvée, etc.) D’ailleurs, on remarque que les gens continuent à sortir et à consommer …

Non, l’économie ne peut sortir d’elle-même d’une crise d’une telle ampleur. Le croire, c’est se payer de mots. Tout d’abord, parce que personne ne peut dire quand les mesures contraignantes seront définitivement levées. Admettons que ces mesures soient supprimées dans deux mois ; nombreux seront ceux qui, à raison, craindront leur retour au printemps 2021. Le problème majeur est donc le manque de visibilité à court et moyen terme. Ce manque de visibilité, qui traduit la présence d’une incertitude non calculable, se matérialise dans les comportements des acteurs avec une chute de l’investissement et de la consommation.

Il est significatif qu’avec la fin du confinement (faudra-t-il bientôt dire du premier confinement ?) la reprise de la consommation est restée largement inférieure à ce qui était espéré. La consommation de biens durables (comme l’automobile) après être revenue vers des niveaux de 2019 au mois de juillet est brutalement retombée en août. Le taux d’épargne des ménages, autrement dit le rapport entre l’épargne et le revenu, a fortement augmenté, y compris après le confinement pour les mois de juin, juillet et août.

Ceci est normal. Face à une forte incertitude, qu’elle soit sanitaire ou économique, les ménages se constituent une épargne de précaution. Cette épargne, c’est autant d’argent en moins pour la consommation. Le raisonnement est analogue pour les entreprises. Elles augmentent leurs réserves financières au détriment de l’investissement. Cela aura des conséquences sur l’économie qui seront décalées dans le temps. Chaque euro qui n’est pas investi actuellement implique une perte pour la production de 2021 et 2022.

La comparaison avec l’après-guerre ne tient pas. A cette période, l’Etat avait procédé à des investissements massifs et la situation internationale garantissait l’absence de risque de guerre dans l’immédiat (les guerres coloniales, par définition, ne se produisent pas sur le territoire métropolitain).

Qu’on ait choisi une politique hygiéniste pour venir à bout du covid-19 est un choix qui peut s’entendre dès lors où l’idée est de protéger des vies. Mais comment est-il possible de ne pas voir les dommages collatéraux (dépression, ruine financière, suicide) ?

Je ne crois pas du tout que l’on ait adopté une « politique hygiéniste ». Le discours « la santé au-dessus de tout » n’a été qu’un effet de communication. Les mesures prises par le gouvernement, mesures brouillonnes, parfois contradictoires, souvent inadaptées, n’ont été prises en réalité que pour éviter le choc politique dévastateur qu’aurait provoqué l’effondrement du système hospitalier et ses probables conséquences judiciaires.

Ces mesures ont été dictées par la situation de pénurie (pour les masques, pour les tests) que l’on a connue. Le discours du gouvernement en témoigne. Cette situation a, elle-même, résulté d’un manque d’anticipation du gouvernement, averti si l’on doit croire la Ministre de la Santé de l’époque, Mme Buzyn, en janvier, mais aussi de la déréliction de la politique mise en place en 2006-2010 pour lutter contre une éventuelle épidémie, un politique qui a été abandonnée progressivement faute de financement dès 2012. A cela est venu s’ajouter la conséquence de l’application pour les hôpitaux publics de principes de gestion inspirés de l’industrie privée, comme le « zéro stock » et le « juste-à-temps », qui se sont révélés tragiquement inadaptés dans le domaine de la santé publique.

Une épidémie s’apparente, comme l’a dit le 16 mars le Président de la République, à une situation de guerre. Mais, une guerre se mène avec des stocks, des réserves, une redondance des personnels, et une mobilisation de l’appareil industriel. Nous n’avons rien vu de tout cela.

De toutes les alternatives économiques suggérées par des citoyens — citons la micro taxe ou le revenu universel — quelles alternatives sont de l’ordre de l’utopie et lesquelles sont réalisables ?

Aucune de ces « alternatives » n’est utopique. Mais, il n’est pas dit qu’elles soient souhaitables. Le « revenu universel », tel qu’il est aujourd’hui formulé, s’apparent simplement à une forme de revenu minimal garanti. Or, le problème de la société française est d’inverser le partage de la valeur ajoutée en profits et salaires, un partage qui a été tordu au bénéfice des profits en 1983 par Jacques Delors. Voilà qui me semble bien plus important que ces soi-disantes alternatives

Source : Pionnier P-A., Le Partage de la Valeur Ajoutée en France 1949-2007, G2009/01 INSEE, Paris, 2009, p.9.
Source : Pionnier P-A., Le Partage de la Valeur Ajoutée en France 1949-2007, G2009/01 INSEE, Paris, 2009, p.9.

Vous évoquez souvent le concept de « souveraineté ». Que veut-dire ce concept, comment l’appliquez et est-ce un concept uniquement de droite dure ?

La souveraineté, c’est – selon Jean Bodin – le pouvoir de faire des lois et – selon Carl Schmitt – le fait de décider, en dernière instance, en particulier dans l’état d’exception et de l’état d’exception. La souveraineté est la condition nécessaire à la démocratie. Un Etat souverain peut ne pas être démocratique, mais un Etat qui n’est plus souverain lui ne peut plus être démocratique.

La souveraineté s’exerce dans le cadre national ; elle est populaire (et ce depuis la Rome républicaine). Elle est fondamentalement un concept de « gauche ».

Vous avez sorti : L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe aux éditions du Cerf : quels propos en substance y tenez-vous ?

J’ai publié ce livre à la fin de 2016. Ce que j’y ai écrit est que l’euro est une catastrophe économique et financière pour la France, et de plus en plus d’économistes disent la même chose, mais que c’est aussi une catastrophe pour l’Europe car, dans le cadre de l’UE, d’une part cela crée une situation de dépression économique dommageable à tous et, d’autre part ; cela focalise les conflits dans une opposition entre les pays du sud et les pays du « bloc germanique », soit l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, recréant des conflits que l’on pensait être dépassés.

Douglas Murray, le grand chic réac


Le nouveau best-seller international de l’écrivain et journaliste, La Grande Déraison, sort en français. Après avoir anticipé le tsunami de folie qui vient de déferler sur nous, il engage le combat contre la gauche radicale et invite la majorité silencieuse à faire preuve de courage et à résister aux injonctions de la cancel culture.


Nous vivons à l’époque de La Grande Déraison, titre du nouveau livre de Douglas Murray. Depuis la publication en anglais de ce best-seller international, il y a un an, le monde, de l’Amérique à l’Australie en passant par la vieille Europe, a subi toute l’explosion carnavalesque des folies progressistes dont son ouvrage est le vade-mecum : « cancel culture », accusations de transphobie ou de racisme systémique, délires sur le privilège ou la fragilité des Blancs, autodafés des livres de J. K. Rowling, appels à définancer les forces de l’ordre accusées de génocide, politiciens et PDG mis à genoux, pillage « paisible » de magasins en pleine pandémie, carrières brisées par des hordes twitteuses, manuels d’histoire et de sciences déchirés, enfants encouragés à modifier leur corps par la chimie, statues et réputations réduites en poussière… Toutes ces expressions pathologiques de la nouvelle folie collective, il les avait déjà cataloguées en patient taxonomiste ; il les avait disséquées et analysées en médecin légiste ; et, dans leurs entrailles, en aruspice, il avait lu notre avenir commun. Depuis, en hussard, il combat ces délires dans un conflit qui n’est pas une simple bataille de mots ou d’idées, mais une guerre culturelle où il faut contrer les fantasmes par la logique, contre l’hystérie par le flegme, contre les menaces par une résolution inébranlable.

A lire aussi, Alexander Seale: Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

De ce côté de la Manche, on l’a souvent qualifié de Zemmour anglais. Certes, les deux hommes partagent une intelligence redoutable, un amour robuste du débat et un style limpide qui maîtrise autant la séduction que la verve satirique. Cependant, le Français, qui représente trop souvent dans son propre pays une voix isolée, est obligé de ruer dans les brancards médiatiques, de choquer son public – même celui qui vote à droite – pour le réveiller. L’Anglais a l’avantage de prendre sa place dans la longue tradition du conservatisme britannique qui s’incarne, non seulement dans des philosophes comme Edmund Burke ou Sir Roger Scruton (dont Murray est l’héritier direct), ou des politiciens-écrivains comme Disraeli et Churchill, mais aussi dans toute une série d’institutions et de symboles très anciens. Pour tout dire, il est plus facile d’être réactionnaire outre-Manche. Murray, qui est rédacteur adjoint au vénérable hebdomadaire The Spectator, écrit dans de nombreux journaux et revues à travers le monde anglophone et s’invite dans les chaînes YouTube d’analyse politique les plus en vue. Où qu’il soit et quelle que soit la réaction de ses lecteurs ou interlocuteurs, il ne se départit jamais de ses bonnes manières et de son égalité d’humeur, ce qui fait rager encore plus ses ennemis. De ceux-ci, il a foultitude. Les moins impolis le traitent d’« aristo rétrograde » et qualifient son nouveau livre de « diatribe réac ». Ses détracteurs dans la communauté LGBT l’accusent de « ne pas être vraiment gay », lui qui a toujours assumé sa sexualité. Ses adversaires les plus irréductibles le poursuivent des pires menaces et beaucoup d’entre eux sont très loin de plaisanter.

Des manifestants exigent le retrait de la statue de Cecil Rhodes devant l'Oriel College, un institut de l'université d'Oxford, 9 juin 2020. © Furlong / Getty images / AFP.
Des manifestants exigent le retrait de la statue de Cecil Rhodes devant l’Oriel College, un institut de l’université d’Oxford, 9 juin 2020. © Furlong / Getty images / AFP.

Si le Royaume-Uni possède l’avantage d’un conservatisme inné par rapport à la France, celle-ci a d’autres atouts. Moins perméable à l’influence américaine, protégé dans une certaine mesure par ses valeurs laïques et universalistes, l’Hexagone essuie les vagues des nouvelles idéologies néfastes avec un retard appréciable. Pour cette raison, Murray a toujours une longueur d’avance sur ses collègues continentaux. Son précédent best-seller, L’Étrange Suicide de l’Europe, cible l’islamisme et son influence grandissante en Europe. Cette enquête majeure parue en 2017 fait suite à de nombreuses autres publications consacrées au même sujet, dont le désopilant Islamophilia, sorti en 2013, et des travaux conduits pour les différents think tanks qu’il a fondés ou codirigés, comme le Centre pour la cohésion sociale ou la Henry Jackson Society. Pour comprendre les racines de ce combat, on lira Neoconservatism : Why We Need It (« le néoconservatisme et pourquoi nous en avons besoin »), paru en 2005, quand il n’avait que 26 ans. Son éclectisme lui permet de ne pas se limiter à la polémique ou à la théorie. Il a notamment consacré un livre à la tragédie du « dimanche sanglant », ce jour de janvier 1972 où les soldats britanniques ont tiré sur 26 manifestants pacifiques à Derry, en Irlande du Nord. Épluchant les vastes archives laissées par l’enquête officielle conduite en 1998, citant les témoignages de protagonistes et de parents de victimes, son Bloody Sunday, sorti en 2011, a été largement salué par la critique pour son empathie et la justesse de son jugement.

A lire aussi, Peggy Sastre: Contre les Lyssenko du politiquement correct

Plus curieux encore, Murray avait fait irruption sur la scène littéraire en 2000, à l’âge de 21 ans, avec la publication d’une biographie de Lord Alfred Douglas, poète et amant d’Oscar Wilde. Bosie, le surnom de Douglas, a été écrit alors que Murray était étudiant au Magdalen College, une de ces institutions médiévales qui font partie de l’université d’Oxford, dans les lieux mêmes où Wilde et Douglas ont étudié. Murray me confie qu’il sera ravi de voir ce premier titre republié cette année, maintenant qu’on ne le traitera plus de « précoce ». Pourtant, même au milieu du tohu-bohu des luttes idéologiques et des polémiques acharnées, il conserve l’aura d’un littéraire, d’un esthète, aussi rigoureux dans la construction d’un argument que dans le choix d’une épithète. Quand je l’interroge sur ses antécédents écossais, il avoue que son père est originaire de l’île de Lewis, tout au nord de l’Écosse, exactement comme la mère de Donald Trump. Un ami américain lui aurait dit en plaisantant que dans ses veines doit couler le sang de ces guerriers scandinaves qui ont ravagé et peuplé cette partie du monde. Murray est peut-être bien un Viking de la guerre culturelle, mais alors un Viking d’une politesse exquise.

La grande déraison: Race, genre, identité

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L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Neoconservatism: Why We Need It (English Edition)

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Bloody Sunday: Truth, Lies and the Saville Inquiry

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Pacte sur les migrations: «Il est urgent de se réveiller et de faire quelque-chose pour réussir l’intégration»

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Députée européenne et militante pour un nouveau féminisme, la Belge Assita Kanko est l’exemple d’une intégration parfaitement réussie. Malgré son agenda chargé, elle a accepté de causer immigration et intégration avec Causeur.


Alexis Brunet. Madame la députée, vous connaissez bien la France, la Belgique et les Pays-Bas. Ces pays sont-ils inéluctablement voués à être des sociétés multiculturelles? 

Assita Kanko. Vaste question (Rires). Pour moi, il y a un socle de valeurs en Europe, et ces valeurs doivent être nos valeurs communes. Quelle que soit la culture d’où l’on vient ou sa religion, on doit s’adapter et on doit faire en sorte que ces valeurs-là deviennent les nôtres. En Europe, les lois priment en principe sur les normes religieuses et culturelles, ce principe devrait être appliqué à tout le monde sans exception. 

Vous parlez de la primauté des lois mais les cultures restent prégnantes. Le relativisme culturel est-il trop important en France? 

Ce relativisme culturel existe un peu partout en Europe et pas seulement en France. Dans le cadre de mes travaux de terrain, j’ai constaté qu’il y avait différentes approches en fonction des origines des gens, surtout quand il s’agit d’être exigeant. En Grande-Bretagne, j’ai vu des tribunaux islamiques et des situations où l’on va traiter les femmes musulmanes d’une autre manière, comme si elles n’avaient pas le droit d’accéder à la même justice que les autres femmes. J’estime que ceci est une discrimination violente et un abandon des populations, alors qu’on mérite tous d’avoir accès à la même justice, et que tout le monde doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ce relativisme culturel je l’ai aussi constaté dans mes débuts politiques en Belgique. Parfois, on y est moins exigeant avec certaines populations au prétexte qu’elles n’ont pas la même culture, surtout quand il s’agit des droits des femmes. C’est une tolérance mal placée, je pense même que c’est une insulte, comme si une partie de la population était moins capable de faire face aux mêmes exigences que le reste. Je pense que c’est une forme de racisme. Ce relativisme culturel est basé sur le communautarisme, ce qui gangrène nos sociétés. Et les personnes issues de l’immigration qui travaillent dur pour faire partie de la classe moyenne en sont les premières victimes. 

En France, on parle régulièrement d’un risque de balkanisation de la société. Qu’en pensez-vous? 

Ce qu’on peut constater, c’est que le risque de sociétés parallèles est bien là. Le terme « séparatisme » utilisé par le président Emmanuel Macron est à mon avis bien choisi. J’ai eu de l’espoir en l’écoutant. Je dénonce depuis longtemps le fait que tant de gens ne vivent pas ensemble mais les uns à côté des autres. Ceci est un terrain pour l’émergence de sociétés parallèles, de sociétés où les gens ont leurs propres couloirs de vie avec des magasins séparés, des fréquentations séparées, des médecins séparés, et même des écoles ou des tribunaux séparés, des droits différents en fonction du sexe. La séparation entre les garçons et les filles imposée dès l’enfance existe dans certains pans de la société. On y impose un mode de vie différent aux filles, qui comprend l’obéissance, la soumission, tout ce que l’on devrait rejeter, tout ce que j’ai rejeté toute ma vie pour être une femme libre. Je pense qu’il faut absolument éviter l’émergence de sociétés parallèles. On doit se retrouver ensemble, se mélanger, s’aligner derrière les valeurs de nos sociétés et respecter leur contrat social qui comprend des droits et des responsabilités, autrement on ne s’en sortira pas. 

Il y a aussi le problème de la langue. Quand je donnais des cours de français pour l’Office Français de l’immigration et de l’intégration, j’ai eu affaire à des personnes présentes en France depuis dix, douze ans et qui avaient toujours un faible niveau de français, ce qui acte un séparatisme de fait. N’est-il pas déjà trop tard? 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est trop tard dans le sens où dans ce cas-là on peut aller se coucher et ne rien faire mais je pense qu’il est urgent de se réveiller et de faire quelque-chose pour réussir l’intégration. Aujourd’hui, on ne peut pas se permettre d’avoir une partie de la population qui ne comprend pas la langue du pays où elle est installée, et qui ne pourra donc pas trouver un emploi, qui ne pourra pas aider ses enfants à faire ses devoirs, qui ne pourra pas lire les informations dans les journaux, qui ne pourra pas participer à la société. La langue est la première porte à franchir pour s’intégrer. Elle m’a ouvert des portes en Flandre où de nombreuses autres personnes ont également saisi l’opportunité d’apprendre la langue. Quand j’étais petite au Burkina Faso je connaissais le travail de Simone de Beauvoir mais j’ignorais que la langue néerlandaise existait. J’estime que tout personne immigrée doit faire l’effort de s’intégrer, de saisir les opportunités qui sont offertes, de rencontrer des gens en dehors de sa « communauté », il y a plein de possibilités pour cela. De plus, apprendre la langue, c’est beaucoup plus que la langue, on apprend aussi le langage de la société où l’on est, sa culture, ses traditions. 

Votre parcours est exemplaire mais vous êtes venue seule en Europe. Il y a des étrangers venant du Moyen-Orient ou même d’Asie qui ont mis quatre, cinq ans pour s’intégrer puis de la famille éloignée arrive en France et là patatras, leur culture d’origine reprend le dessus. Peut-on vraiment lutter contre le communautarisme sans remettre sérieusement en cause le regroupement familial? 

Je pense que tout est dans la nuance. Le regroupement familial n’est pas mauvais par essence. Les gens ont le droit de s’aimer sans se préoccuper des frontières. Tout est question de dosage, de contrôle, d’organisation et de respect d’un contrat avec le pays d’accueil. Si on choisit de rejoindre un membre d’une famille en Europe, on doit aussi choisir d’épouser la société européenne. Au sein du parti Nouvelle Alliance flamande, nous sommes partisans de critères assez stricts mais justes. Nous estimons que pour faire venir un membre de sa famille, il faut déjà subvenir à ses propres besoins. Il faut mettre des conditions strictes et les faire respecter. Maintenant, on constate qu’il y a une tendance, chez beaucoup de nationalités, à aller chercher un conjoint ou une épouse « au pays », souvent une femme jeune et forcée. C’est un symptôme du manque d’intégration, du manque de mélange des gens ici. Il y a aussi des cultures où il y une obligation pour la femme de se marier avec quelqu’un qui a la même religion. C’est le cas pour beaucoup de femmes musulmanes. Souvent elles ne vont pas le choisir elles-mêmes, l’homme va être cherché à l’étranger. Il y a aussi des hommes qui vont systématiquement aller chercher une épouse à l’étranger. Si la motivation est alors d’aller chercher des gens qui ne connaissent pas l’alchimie ici, qui vont rester à la maison, qui ne vont jamais être indépendants financièrement, il y a alors un problème. Ça veut dire que dans de nombreuses maisons il y a des femmes qui ne sont pas libres et qui dépendent d’un conjoint qui lui-même n’a pas su trouver son chemin ici. Et qui paie pour tous ces gens? Les autres personnes qui travaillent.

Pensez-vous que l’Union Européenne soit réellement capable de lutter contre le communautarisme? 

Je me demande si l’Union Européenne est capable de lutter contre quoi que ce soit, mais si je suis députée européenne, c’est parce que je veux contribuer à faire en sorte que l’Union Européenne continue à porter ses valeurs car c’est un beau projet. Mais c’est aussi un projet qui demande beaucoup de courage, et quand les Britanniques sont partis, l’Union Européenne n’a pas voulu faire son introspection. Quand il y a séparation, les torts sont souvent partagés. Par rapport aux gros défis de notre début de siècle, l’Union Européenne n’a pour l’instant pas été à la hauteur. Par exemple, concernant l’émancipation de la femme sur le sol européen, l’Union Européenne accepte de brader ses valeurs. Nous sommes quand même dans le continent des Lumières et de Simone de Beauvoir, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser tomber les femmes et de permettre l’émergence de sociétés parallèles. Sur la question de la radicalisation de ces personnes qui se retournent, comme on l’a vu avec le dernier attentat de Charlie-Hebdo, il y a aussi un manque de courage de la part de l’Union Européenne. Il faut aussi un poids au niveau géopolitique. Or, l’Union Européenne manque de poids. Quand on regarde ce qui se passe dans le Sahel aujourd’hui, l’Union Européenne laisse la France toute seule. Et le haut représentant Borrell est très timide. Peut-être que sur le plan de la sécurité et de la défense, on aurait mieux fait d’avoir une Française (Rires). Prenons maintenant le cas de la Turquie. La Turquie peut faire tout ce qu’elle veut, nous rire au nez, et on continue toujours à lui tendre une serviette pour qu’elle essuie ses larmes, car elle a tellement ri qu’elle en a les larmes aux yeux. Il y a une vraie lâcheté de la part de l’Union Européenne et j’ai honte pour cette Europe-là. Mais je crois qu’elle peut avoir plus de force, plus de valeur ajoutée pour chacun des 27 pays membres si elle est incarnée par des gens plus courageux.

Et par rapport à la question migratoire? 

Un des plus gros défis de l’Europe, c’est de gérer l’immigration justement. Avec le « nouveau Pacte migratoire », il y a eu un effort de fait par la commission. Des sujets tabous comme la lutte contre les trafiquants d’êtres humains et les retours sont abordés ouvertement. C’est insuffisant mais c’est pour la toute première fois un petit pas dans la bonne direction. Ces propositions de réformes rejoignent un peu plus le centre-droit et les 27 États membres auront leur mot à dire. Au Parlement européen, la gauche était furieuse et l’extrême droite n’était pas contente non plus. Je pense qu’il y a eu un mouvement vers le centre-droit. Cependant, il y a beaucoup d’optimisme dans cette réforme au niveau de l’agenda et de la faisabilité. Il faut donc veiller à ce que ça ne reste pas qu’une déclaration d’intention, il faut qu’il y ait vraiment un plan derrière. Ce qui manque parfois au niveau européen, c’est de passer des paroles à la pratique. Il faudra des accords avec d’autres pays que la Turquie et il faudra aussi peser au niveau international pour résoudre le problème à la base. Il faut avoir un plan pour la politique migratoire qui ne se résume pas à l’abandon aux trafiquants d’êtres humains. Une vraie politique migratoire consisterait à ne pas laisser les personnes désespérées aux mains des trafiquants d’êtres humains. La plupart des gens ne sont pas contre l’immigration, ils veulent juste une immigration ordonnée, choisie, et une intégration réussie. 

La deuxième moitié: Plaidoyer pour un nouveau féminisme

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Parce que tu es une fille

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L’hommage raté de la Ville de Paris à Arnaud Beltrame

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Le héros de Trèbes est mort au combat contre l’islam théocratique


Parfois, de soi-disant hommages ne sont que des insultes. Ainsi, la ville de Paris a apposé une « plaque commémorative » particulièrement abjecte dans un jardin baptisé Arnaud Beltrame. Tout y est : dévalorisation de celui qu’elle prétend honorer, complaisance envers l’ennemi qu’il combattit au prix de sa vie, éloge de la lâcheté.

Un fâcheux manque de précision

Voici donc un jardin, situé dans l’ancienne caserne de gendarmerie des Minimes (près de la place des Vosges) transformée en logements sociaux. La ville de Paris lui a donné le nom du Colonel Arnaud Beltrame, le héros de Trèbes. Jusque-là, c’est très bien. Seulement voilà, la plaque commémorative qui orne ce jardin est formulée ainsi :

Jardin

Arnaud BELTRAME 

1973 – 2018

Colonel de Gendarmerie

Assassiné lors de l’attentat terroriste

du 23 mars 2018 à Trèbes (Aude)

Victime de son héroïsme

On ne sera même pas surpris qu’il manque la précision : attentat terroriste jihadiste, ou islamiste. Déjà à Montfermeil, la Gôche s’était farouchement opposée à ce qu’une plaque en l’honneur d’Arnaud Beltrame fasse mention du terrorisme islamiste, c’est qu’il ne faudrait surtout pas risquer de stigmatiser. Cachez ce réel que je ne saurais voir ! disent comme à chaque fois ces Tartuffes qui prétendent combattre un ennemi qu’ils n’ont même pas l’honnêteté de nommer. Et bien non : de même qu’il est indispensable de dire que ceux qui furent victimes de la barbarie nazie n’ont pas seulement été victimes de « la barbarie », mais d’une barbarie bien particulière, il faut savoir dire que les fous meurtriers d’Allah sont des adeptes de l’islam théocratique, et que ce n’est pas au nom d’Osiris ou de Guan Yin qu’ils tuent.

La part d’ombre de l’islam doit être dénoncée

On craint de vexer les musulmans ? Ma foi ! S’ils se sentent visés lorsque l’on accuse l’islamisme, c’est qu’ils se pensent islamistes. S’ils se sentent blessés lorsque l’on dénonce l’islam théocratique, c’est qu’ils considèrent que l’islam auquel ils adhèrent est théocratique. Et s’ils se sentent stigmatisés parce que le mot « islam » se retrouve dans « islam théocratique » et dans « islam-isme », c’est qu’ils n’ont pas l’honnêteté ni le courage d’assurer la responsabilité de leur religion dans sa propre part d’ombre. Et il n’en est alors que plus nécessaire d’obliger chacun à regarder la réalité en face.

Mais la ville de Paris va encore plus loin dans l’indignité que le simple déni. Pour la ville d’Anne Hidalgo, le Colonel Beltrame aurait été « victime de son héroïsme » comme d’autres sont « victimes de leur imprudence » – ou pire : « victimes de la barbarie nazie ». Est-ce donc que l’héroïsme serait une chose dangereuse et dont il faudrait se méfier, puisqu’il fait des victimes, à l’égal d’une idéologie sanguinaire ou du non-respect des règles de sécurité ?

Prétendre qu’Arnaud Beltrame fut « victime de son héroïsme » est un message fort : baissez la tête, courbez l’échine, suivez les consignes pour ne pas attirer la vindicte de « l’ennemi dont on ne doit pas prononcer le nom » – et surtout, surtout ne prononcez pas son nom, vous pourriez stigmatiser, vexer, et vous attirer l’infamante accusation de « faire le jeu de ». Élargissez les trottoirs pour que les femmes s’écartent de ceux qui les harcèlent, les insultent, les agressent, mais surtout ne combattez pas ces agresseurs de la rue : cela vous obligerait à dire qui ils sont, et vous risqueriez de stigmatiser.

Le carcan du conformisme

Eh bien oui, l’héroïsme est une chose dangereuse ! Une chose qui brise le carcan de la peur et du conformisme, une chose qui confronte les lâches à leur lâcheté, les menteurs à leurs mensonges, les traîtres à leur traîtrise. L’héroïsme et l’exemple de l’héroïsme sont incroyablement dangereux pour tous ceux qui voudraient le peuple résigné et soumis, perpétuellement prisonnier d’une culpabilité soigneusement entretenue et oublieux de ce que fut sa propre grandeur. L’héroïsme et l’exemple de l’héroïsme sont terrifiants pour tous ceux qui voudraient nous faire oublier que survivre n’est pas vivre.

Alors ceux-là aimeraient faire d’Arnaud Beltrame une « victime de son héroïsme », alors que ce n’est pas son héroïsme qui l’a tué mais un esclave volontaire de l’islam théocratique, et qu’il est un héros, pas une victime. Bien sûr sa mort fut sacrificielle, mais elle fut un don de soi librement consenti et non subi. Et ce fut une mort au combat, car le colonel Beltrame ne s’est pas laissé tuer sans réagir mais a tout fait pour maîtriser son adversaire après avoir, longuement, tenté de le raisonner. « Victime de son héroïsme », seulement aux yeux de ceux dont la médiocrité est telle qu’ils sont incapables de comprendre ce que sont l’héroïsme et la grandeur.

Si la ville de Paris retrouve un jour le sens de l’honneur, à la place de son panneau honteux, voilà ce qu’elle mettra :

 

Jardin Arnaud BELTRAME

1973 – 2018 Colonel de Gendarmerie

Mort au combat contre l’islam théocratique

en sauvant une vie le 23 mars 2018 à Trèbes (Aude)

Héros.

Mélenchon le créole

Et, lentement, Mélenchon s’enfonça.

Il avait déjà risqué la submersion, lorsqu’il avait défilé avec des islamistes qui le prenaient en  otage consentant. La fréquentation de Danièle Obono ne lui avait fait aucun bien. Mais comme il arrive fréquemment quand on se croit lider maximo et que personne n’ose vous contredire, parce que votre mode de communication favori est l’éructation, Mélenchon a fini par se croire intouchable, et infaillible. Ainsi finissent en général les grands petits hommes.

Le 20 septembre dernier, pour le lancement de l’Institut La Boétie, l’inventeur de la France insoumise, se référant à Edouard Glissant comme s’il lui fallait absolument un gage antillais, a parlé de la nécessaire « créolisation » de la France. Il est revenu quelques jours plus tard sur ce concept dans une tribune pour l’Obs, en reprenant la référence à Glissant, qui définit la créolisation comme un « tissage d’arts ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est, précise le poète,  une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. »

Curieuse confusion entre métissage et créolisation. Cette dernière est, au sens strict, un processus linguistique, par lequel une langue parlée par une minorité dominante (le superstrat) s’incorpore des pidgins, des langages véhiculaires employés par tout ou partie des dominés — des substrats.

Tu suis, Jean-Luc ? Mais oui, après tout, tu as enseigné le français, même si tu fais semblant de l’avoir oublié quand tu parles dans le Ier arrondissement de Marseille — histoire de te mettre au niveau de tes interlocuteurs.

Nous en sommes là. Soit nous réaffirmons, par une lutte impitoyable en classe et dans les médias, la prédominance du français, soit nous nous inclinons devant le volapük actuel, une langue agglutinante inarticulée

La créolisation est un processus impérialiste. L’anglais, par exemple, est un créole où le français parlé par une minorité d’aristocrates a absorbé le saxon des serfs. Tout comme le saxon, langue des envahisseurs des Ve-VIe siècles, avait absorbé le bas-latin parlé par le roi Arthur. Un processus fort long, et très violent, qui correspond à ce que les Anglais appellent les Dark Ages. La créolisation n’est pas une opération de tout repos.

Il arrive même que la langue de l’envahisseur, quand il amène avec lui des structures rigides et convaincantes, éteigne complètement les langues antérieures. Dans le « gallo-romain », la part gauloise était très faible.

Les voisins de l’Empire romain, qui venaient goûter aux joies de l’Empire, s’ingénièrent d’ailleurs à se latiniser à toute allure — jusqu’au calamiteux Edit de Caracalla, en 212, qui réduisit à rien la nécessité de parler latin et d’accéder par le mérite à la dignité de citoyen romain.

Nous en sommes là : au lieu d’exiger que chaque migrant apprenne à parler et à écrire le français et se plie aux coutumes de la nation française, afin de s’intégrer au mieux, nous leur ouvrons désormais les bras indistinctement. En leur promettant qu’ils pourront vivre à leur convenance dans les ghettos que nous leur avons attribués.

N’en déplaise à Mélenchon, qui dans son internationalisme trotskiste a manifestement tout oublié de son premier métier, ce n’est pas à une créolisation que nous sommes en train d’accéder, mais à une mosaïque de communautés concurrentes. Parmi lesquelles se distingue une minorité combattive, dont les éléments les plus avancés rêvent d’imposer à la France leur langue, leur justice et leur religion. Bref, de créoliser effectivement le pays — à son avantage.

Ils n’ont pas eu besoin d’une nouvelle bataille d’Hastings pour l’emporter. Il a suffi que l’on cesse, à l’école, d’enseigner le bon français, et que l’on accepte, au nom de la « communication », n’importe quelle langue fautive. N’importe quel pidgin.

Demandez donc aux profs de Lettres — et aux autres — quelle langue parlent et écrivent les élèves de Sixième (par exemple) au bout de six mois de confinement et de vacances. C’est de la bouillie de français, dont les malheureux enseignants tentent malgré tout, parce qu’on leur a demandé de valoriser « l’expression » au détriment de la correction (un concept probablement sadique), de tirer quelque chose qui ne soit pas absolument négatif.

Ça ne date pas d’hier. Lorsque des Inspecteurs, en séance de formation d’enseignants dans l’Académie de Versailles, ont conseillé de ne compter qu’une demi-faute à un beau pataquès du genre « les arbres pousses », sous prétexte que le « s » de « pousses » montrait une conscience du pluriel « arbres », nous avons tous compris qu’il s’agissait d’un plan soigneusement réfléchi, alimenté par une idéologie anti-élitiste, pour annihiler le français. Parce que respecter l’orthographe et la grammaire, sachez-le, est un processus fasciste.

C’est tout ce que ces crétins ont retenu d’une leçon célèbre de Barthes, qui expliquait que la langue, par définition, « oblige à dire ». Mais c’est fini, désormais, le français devient phonétique, il se mélange à des langues elles-mêmes mal articulées, et le résultat n’est pas une créolisation : c’est une reddition en rase campagne devant les forces de régression culturelle.

Nous en sommes là. Soit nous réaffirmons, par une lutte impitoyable en classe et dans les médias, la prédominance du français, soit nous nous inclinons devant le volapük actuel, une langue agglutinante inarticulée.

 Mais alors, ce n’est pas un créole unifié qui en sortira : c’est la guerre civile. C’est peut-être le but que poursuit Mélenchon, faute d’avoir un projet politique.

Fratelli Tutti: l’encyclique hors-sol du Pape

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S’il est heureux que le Pape critique le néolibéralisme, l’individualisme ou l’égoïsme qui nous minent, son attaque en règle contre les nations est malvenue. Analyse de la dernière encyclique (très politique) du Pape François.


Résumons en une phrase le propos de la dernière encyclique du Pape François, Fratelli Tutti (Tous frères ndlr), rendue publique le 4 octobre dernier et que l’on peut lire dans sa traduction française officielle ici : « les barbares et les fanatiques sont nos frères humains, laissez-les détruire votre civilisation pendant que je jouis de la contemplation de ma propre générosité et de votre martyr. »

Autre observation : sous les applaudissements d’Al-Azhar, instance inféodée à l’islam théocratique, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, excusez du peu.

Bien sûr, l’encyclique ne se limite pas à cela. Il y a des constats justes, des critiques fondées, des sévérités méritées. Il y a des aspirations nobles, qu’il est nécessaire de raviver. Mais les exhortations de François deviennent criminelles à force d’être hors sol, ou plutôt : tant leur application serait catastrophique. Car, et le Pape ne peut pas faire semblant de l’ignorer, cette application serait nécessairement unilatérale, donc suicidaire.

Tant pis pour les conséquences

Mais François a fait son choix : au lieu d’affronter la tension – oserais-je dire la crucifixion ? – entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, entre les grands principes et leurs conséquences concrètes, le Pape se réfugie dans les seuls principes, sans proposer de véritables critères de discernement pour les appliquer à la complexité du réel, et tant pis pour les conséquences. Il cite l’Afrique du Sud pour parler de l’installation d’une paix juste après une longue période d’oppression : ne sait-il pas la criminalité d’une atroce brutalité qui ravage ce pays ? Après deux mille ans de réflexions et d’expérience, l’Église n’aurait-elle rien de mieux à proposer qu’une caricature, ne verrait-elle que le martyr comme alternative à l’égoïsme et à la prédation ?

Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique!

François, qui dans une précédente encyclique (Gaudete et exsultate, paragraphe 118) considérait que « l’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations », n’appelle pas au don de soi mais au sacrifice des siens pour atteindre sa propre sainteté. En apparence, il ne fait qu’exiger l’application stricte de ce passage des évangiles : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. » (Luc 6, 29-30) Mais en le prenant au pied de la lettre, sans la moindre nuance et sans l’apport de la tradition (bel exemple de fondamentalisme), il nous demande d’accepter la destruction de tout ce qui nous a été transmis pour voir nos enfants livrés à la barbarie et notre civilisation dépecée au profit de l’Autre, cet Autre fantasmé dont il a fait son Christ et son dieu.

Nouvelles idolatries

Fratelli Tutti confirme hélas mes précédentes analyses au sujet du Pape François et de son idéologie : la compromission avec les islamistes sur fond d’une vision absurdement idéalisée des religions monothéistes, contredite tant par le jihad que par les bûchers de l’Inquisition, la détestation manifeste de l’Europe, l’idolâtrie des migrants et une étrange vision du christianisme dont l’aboutissement serait le sacrifice de la chrétienté, voire de l’Humanité. Critiquer sans nuance, même au détour d’une phrase, la baisse de la natalité (paragraphe 19) alors que la bombe démographique est une réalité, c’est semer partout et pour tous les peuples du monde les graines du chaos et de la misère.

Le leitmotiv de « l’ouverture », au lieu de s’appuyer sur l’incroyable richesse de connaissances d’une Église qui est tout de même la plus ancienne institution humaine, pour analyser les succès et les échecs du passé, préfère s’enfermer dans la théorie pure en niant totalement le fameux paradoxe de la tolérance de Karl Popper. Lorsque François écrit « les cultures différentes, qui ont développé leur richesse au cours des siècles, doivent être préservées afin que le monde ne soit pas appauvri » comment ne pas avoir envie d’acquiescer ? Mais vient alors la question : et lorsque ces cultures reposent sur des injustices profondes, telles que le sexisme, le refus de la liberté de conscience, ou jadis les sacrifices humains ? Delenda Carthago ! Rome aurait-elle dû laisser se perpétuer les sacrifices d’enfants jetés vivants dans les flammes à la gloire de Moloch ? Nous, Occidentaux, avons-nous eu tort d’imposer au reste du monde l’abolition de l’esclavage ? À cela, François ne répond pas. Et quand on sait que cette phrase se retrouve dans un paragraphe (le 134) consacré à l’accueil des migrants, on comprend que le Pape ne nous encourage pas à préserver notre culture en même temps que nous respectons celles des autres, mais à accepter la fragmentation, la libanisation de notre pays au nom du multiculturalisme. Il n’est pas surprenant que Jean-Luc Mélenchon, dont le parti courtise sans retenue la mouvance indigéniste et décoloniale, ait salué cette encyclique avec autant d’enthousiasme ! « Ses mots ressemblent assez aux miens pour que j’en sois ému » écrit le tribun d’extrême-gauche. Il a raison, et par moment on croirait même entendre ceux de Rokhaya Diallo : irrémissible culpabilité des Occidentaux et innocence ontologique de tous les autres.

Vers une gouvernance supra-nationale?

Enfin, écrivant « nous pouvons alors affirmer que chaque pays est également celui de l’étranger, étant donné que les ressources d’un territoire ne doivent pas être niées à une personne dans le besoin provenant d’ailleurs » (paragraphe 124) le Pape s’oppose de fait à l’idée même de souveraineté des états. Il fait l’éloge de la gouvernance supra-nationale, et ne la modère que lorsqu’il s’agit de combattre l’influence culturelle occidentale. Concrètement, c’est l’idée de Nation et la légitimité du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que l’encyclique rejette – du moins pour les peuples occidentaux.

Non que je fasse l’éloge d’égoïsmes nationaux débridés, de l’utilisation égocentrique des biens dont nous disposons, ou de l’indifférence aux besoins des autres, quels que soient ces autres, proches ou lointains. La priorité à donner au bien commun est un authentique impératif moral. Mais toute la question est l’articulation de cet impératif incontestable avec un autre impératif, celui du soin particulier que je dois avoir pour ceux qui me sont plus spécialement confiés : mes enfants, mes amis, mon peuple. Et je ne peux qu’être profondément déçu de constater qu’encore une fois le Pape, qui pourtant revendique l’autorité de la sagesse qui présida à la naissance du Cosmos, est incapable de concevoir une autre alternative à l’égoïsme que de se laisser dépouiller sans réagir par les premiers venus.

Il y a encore un aspect de l’encyclique qui doit être souligné, un étrange péché d’orgueil : sous les applaudissements d’Al-Azhar, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, pourtant deux des plus grands théologiens catholiques. Des explications s’imposent.

L’université Al-Azhar, l’une des instances de référence de l’islam sunnite, a salué publiquement l’encyclique Fratelli Tutti et s’en est réjouie. Elle avait en revanche qualifié « d’acte criminel » la réédition des caricatures de Charlie. Son Grand Imam, Ahmed Al-Tayeb, avait aussi déclaré en 2016 que « les savants de l’islam et les imams des quatre écoles juridiques (du sunnisme) considèrent que l’apostasie est un crime, et sont d’accord pour affirmer que l’apostat doit renoncer à son apostasie, ou être tué » et conclu en citant ce hadith tristement célèbre : « Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih d’Al Boukhari, livre 87, hadith 17) Depuis, Ahmed Al-Tayeb a affirmé qu’il était malvenu de demander des comptes à Al-Azhar au sujet de cette mise à mort des apostats, dans la mesure où en Égypte il y a des athées qui passent à la télévision et ne sont pas tués ! Circulez, il n’y a rien à voir. Rappelons donc que dans la quasi-totalité des pays musulmans l’apostasie est interdite et punie par la loi, et passible de la peine de mort dans douze d’entre eux. Cas concret parmi d’autres : un musulman qui voudrait se convertir au christianisme, c’est-à-dire en termes chrétiens répondre à l’appel du Christ Lui-même.

Mais voici ce qu’écrit François : « je me suis particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmed Al-Tayeb », et à plusieurs reprises il se réfère à leurs déclarations communes. Disons-le autrement : Fratelli Tutti est une encyclique que le Pape a écrite sous les encouragements d’un homme dont il dit partager bien des convictions, un homme qui pourtant cautionne pleinement le fait que sa religion à lui, et les états dont la législation s’en inspire, condamnent à mort ceux qui voudraient devenir chrétiens. N’y aurait-il pas comme un problème ?

Jamais plus la guerre?

Ce n’est pas tout. Depuis vingt siècles, l’Église réfléchit à la notion de « guerre juste », aussi bien par le jus in bello (droit dans la guerre ; comment se comporter en cas de guerre) que le jus ad bellum (droit de faire la guerre : quand le recours à la guerre est-il possible ?). Suivant l’impulsion donnée par Platon, Aristote, puis Cicéron, les Pères de l’Église ont cherché à concilier les béatitudes avec un constat de simple bon sens. En termes modernes, nous pourrions présenter ce constat ainsi : toute doctrine dont l’application conduirait à se ranger du côté de Chamberlain contre Churchill et à préférer Hitler à la guerre est une doctrine fondamentalement viciée.

Tâche ardue s’il en fut ! Mais que l’on adhère ou non au résultat final, nul ne peut nier la profondeur intellectuelle et morale de ce qui a été patiemment élaboré, notamment par Saint Augustin, puis Gratien, et trouva sa forme sans doute la plus aboutie chez Saint Thomas d’Aquin.

Or Fratelli Tutti, après avoir condamné à juste titre des dérives récentes dans l’interprétation de la « guerre juste » et notamment dans le recours à la « guerre préventive », affirme surtout en conclusion sur le sujet (paragraphe 258) : « Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! » Ces « critères rationnels, mûris en d’autres temps » qu’il serait « très difficile aujourd’hui de défendre » ce sont ceux du Docteur Angélique, balayés d’un revers de la main par François.

On pourrait lui répondre tout simplement en lui retournant ce qu’il écrit lui-même (paragraphe 13) : « Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? »

Et cette injonction : « Jamais plus la guerre ! » Aspiration eschatologique, désir de Fin des Temps, car ce moment où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira » (Isaïe 11,6) n’est pas un projet historique humain, mais l’annonce de la fin de l’histoire humaine. « Jamais plus la guerre ! » slogan lénifiant d’un ridicule achevé dans un monde où les tyrans assoiffés de conquêtes et les foules affamées de violence sont une réalité, y compris à nos portes – je pense par exemple à Erdogan et à ses soutiens. Ridicule aussi, l’appel du Pape à renoncer définitivement à l’arme nucléaire, lorsque l’on sait que le Pakistan en dispose et que, bien évidemment, ce pays qui soutient les Talibans et pratique la peine de mort pour blasphème se moque des injonctions de François comme de sa première lapidation. Ce sont là des réflexions que j’ai déjà eu l’occasion de développer.

Qu’est donc devenue l’Église qui permit jadis l’épanouissement de l’idéal chevaleresque ? Qu’est devenue l’Église de Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, lui que Soliman le Magnifique, loin des embrassades hypocrites de François et Ahmed Al-Tayeb, fit saluer à sa mort dans les mosquées de son empire en y proclamant : « Croyants, apprenez d’un infidèle comment on accomplit son devoir jusqu’à être admiré et honoré de ses ennemis » ? Qu’est devenue l’Église de Jeanne d’Arc, elle qui sut lutter autant contre les ennemis de son pays que contre les crimes qu’aurait pu commettre sa propre armée, elle qui porta haut l’exigence éthique sans fuir le devoir de combattre ? Et que l’on permette au païen que je suis de s’incliner devant cette jeune fille, héroïque et sainte, et de saluer dans ses actes l’accomplissement du long cheminement moral qui s’écrivit pour la première fois en Occident dans l’Iliade, lorsque Priam et Achille reconnaissent par-delà l’affrontement leur commune humanité.

Un texte médiocre qui malmène la fille aînée de l’Eglise

François lui-même l’affirme : nous sommes dans un monde en crise, parcouru de tensions croissantes. À notre petite échelle nous parlons, et c’est malheureusement exact, de l’ensauvagement de notre société. Les professionnels, qui eux ont le courage de penser le réel, nous mettent en garde : nous devons nous préparer à des conflits de haute intensité. Nous n’avons pas besoin de rêver d’un monde sans affrontements, nous ne consacrons déjà que trop de temps à nous réfugier dans ce rêve, nous avons besoin de réfléchir à l’éthique du combat, nous avons besoin de pistes concrètes pour empêcher que la guerre, qui est toujours un drame terrible, ne devienne une monstruosité sans nom. Vouloir la paix, ce n’est pas s’imaginer que tout le monde la voudrait mais se donner les moyens concrets de l’obtenir. C’est, sans s’engager dans une logique de surenchère destructrice, se souvenir tout de même qu’aucun peuple désarmé n’a jamais vécu bien longtemps à la fois en paix et libre. Si vis pacem, para bellum. L’Église qui fut celle des chevaliers, et plus récemment celle d’Arnaud Beltrame, n’aurait-elle donc plus rien à apporter à cette réflexion commune ?

Et même en faisant abstraction du fond, notons qu’il y a fort peu d’humilité chrétienne dans le mépris évident du Pape pour les travaux de Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, sans même parler de Platon, Aristote ou Cicéron, alors que tous les cinq le dépassent manifestement de très loin sur le plan intellectuel et – au moins pour Platon et l’Aquinate – sur les plans spirituel et théologique.

Dernier point. Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui, on l’a vu, attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique, et que le ministre de l’Intérieur impose au clergé catholique français de se désolidariser officiellement de cette encyclique pour continuer à prêcher. Nous voulons à juste titre imposer aux musulmans de placer l’exigence d’éthique et de vérité, mais aussi les lois de la République et la loyauté envers la France, au-dessus des injonctions du Coran. Nous devons imposer aux catholiques, et plus encore les catholiques de France doivent s’imposer à eux-mêmes, de montrer l’exemple en plaçant cette même exigence, ces mêmes lois et ce même pays au-dessus d’une encyclique aussi arrogante que médiocre.

Après tout, on sait depuis Philippe le Bel que la Fille Aînée de l’Église n’a pas attendu d’être laïque pour remettre périodiquement sa mère à sa place.

L’indépendance du Cap-Occidental, un fantasme?


Depuis 2007, le Cape Party milite pour l’indépendance du Cap-Occidental en Afrique du Sud


C’est ici que les premiers Afrikaners ont débarqué au cours du xviie siècle et se sont établis en colonie. Le Cap-Occidental est reconnu pour être le premier terroir viticole et touristique de l’Afrique du Sud. Une province que se partagent pas moins de neuf ethnies différentes. Créé en 2007, le Cape Party milite pour que cette province fasse sécession du reste de l’Afrique du Sud. Jusqu’ici, ce mouvement fondé par Jack Miller, un businessman blanc, a toujours obtenu des résultats médiocres. Début septembre, le Cape Independence Advocacy Group (CIAG), un lobby, a publié un sondage explosif sur la question. En effet, contre toute attente, 47 % des personnes interrogées souhaitent que cette proposition soit soumise à référendum quand 36 % demandent purement et simplement que l’indépendance soit proclamée.

Dans la seule province qu’elle gouverne, l’Alliance démocratique, premier parti d’opposition au Congrès national africain (ANC) de feu Nelson Mandela, a d’ores et déjà balayé toutes demandes en ce sens. Pour Pierre de Vos, un référendum ne peut avoir lieu que si le président de la République le décide. « Le défaut de ce plan est qu’il est simplement irréalisable », affirme ce professeur de droit constitutionnel à l’université du Cap. Pour beaucoup d’analystes, il s’agit là d’une tentative désespérée d’Afrikaners extrémistes qui tentent d’établir un volkstaat. Mais pour Jack Miller, l’État du Cap de Bonne-Espérance n’est pas un fantasme. Dans son combat, il a été rejoint l’année dernière par Khoebaha Calvin Cornelius III, le roi des Khoisans, qui souhaite établir sa propre monarchie indépendante. Jack Miller se justifie en dénonçant « la prise en otage par un système politique qui continue d’ignorer la liberté humaine, pille les ressources au profit de quelques-uns et persécute divers groupes de personnes », niant tout racisme. Restent que 65 % des Blancs soutiennent cette sécession quand 84 % des Noirs la rejettent.

Contre les Lyssenko du politiquement correct


Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre vient désormais combler chaque mois cette lacune. À vous les labos!


« Il faut réagir, on ne peut pas rester comme ça. » L’inquiétude dans la voix qui m’accueille sur Skype en ce soir de septembre n’est pas feinte. C’est celle d’Andreas Bikfalvi[tooltips content= »Tous les chercheurs cités dans cet article expriment leurs opinions personnelles et non celles d’une quelconque institution à laquelle ils sont affiliés. »](1)[/tooltips], éminent spécialiste franco-allemand de la biologie du cancer rattaché à l’université de Bordeaux et à l’Inserm, où il dirige une unité de recherche. Au sein de cette vénérable institution, il siège également dans la commission scientifique spécialisée « Pathologie du développement, hématologie et cancérologie » à laquelle il vient de consacrer une longue journée d’examen de dossiers, ce qui explique l’heure tardive de notre entretien. Pour autant, il ne désarme pas. « C’est dément, c’est complètement fou, martèle-t-il, le problème est gigantesque. »

Ce qui agite Bikfalvi ? Le même tourment qui lui a fait rédiger quelques semaines plus tôt une tribune à destination de Science et Nature avec Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS et expert en biologie végétale : la « racialisation » des STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Le mouvement fermentait aux États-Unis depuis un petit bout de temps, mais s’est accéléré comme jamais avec la mort de George Floyd aux mains de la police de Minneapolis en mai. « Bien que nous admirions de nombreux aspects de la culture américaine, écrivent Bikfalvi et Kuntz dans un texte finalement publié à la mi-août dans le magazine australien Quillette, nous rejetons son impérialisme culturel – y compris cette nouvelle forme soi-disant progressiste par laquelle les États-Unis visent à imposer leur propre tribalisme racial obsessionnel au reste du monde. »

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De fait, depuis le début de l’été, toutes les plus grandes revues – Science, Nature, les PNAS, etc. – et quasiment toutes les institutions scientifiques américaines – les académies des sciences, d’ingénierie et de médecine – y sont allées de leurs communiqués componctueux et ont battu leur coulpe en dénonçant un prétendu « racisme systémique » censé les grignoter jusqu’à la moelle. Les actes de contrition ostentatoire ont succédé aux textes pontifiants. Le 9 juin, l’American Physical Society (APS), une société savante rassemblant 55 000 physiciens, annonçait son adhésion à la campagne #Strike4BlackLives (« en grève pour les vies noires »), rejointe le lendemain par les #ShutDownSTEM (« rideau sur les STEM ») ou #ShutDownAcademia (« rideau sur l’université ») déployés dans une multitude de groupes scientifiques, laboratoires et établissements d’enseignement supérieur. Que les naïfs qui envisageraient de régler le problème du racisme, comme tant d’autres, par davantage de science aillent serrer leur haire avec leur discipline. Une journée « science morte » serait apparemment beaucoup plus utile à la cause.

Pour Bikfalvi, qui voit dans cette attaque contre l’objectivité et la vérifiabilité un véritable « 11-Septembre de la science », la ligne rouge a été franchie par une tribune du chimiste Holden Thorp. Publié le 12 juin dans Science et intitulé « Il est temps de se regarder dans la glace », ce texte affirme sans ambages que « les preuves du racisme systémique dans les sciences imprègnent cette nation (les États-Unis). Il est temps pour l’establishment scientifique de se confronter à cette réalité et de reconnaître son rôle dans sa perpétuation. La première étape consiste pour la science et les scientifiques à avouer tout haut qu’ils ont bénéficié de la suprématie blanche sans jamais l’admettre. » L’emphase toute religieuse de cette rhétorique rappelle des heures bien sombres, quand la science n’était pas séparée de la politique, comme le début du xxe siècle européen et américain quand des eugénistes et des darwinistes sociaux voulaient régénérer la société à coup de stérilisations forcées et d’élimination des humains indésirables. Ou encore, l’époque, cinquante ans plus tard en Russie, où Staline faisait les yeux doux à Trofim Lyssenko, agronome et biologiste opposé à la génétique mendélienne par trop incompatible avec les fondements du communisme. Le tout au prix de désastres agricoles, de famines et de nombreux scientifiques « bourgeois » arrêtés, exécutés ou envoyés mourir au goulag.

Le physicien et cosmologue américano-canadien Lawrence Krauss fait partie, comme Bikfalvi, des scientifiques atterrés par cette soumission de la science à l’idéologie. Le 12 juillet, dans le Wall Street Journal, il dénonçait la « corruption idéologique de la science », prélude à une « dégradation du progrès scientifique ». Sa tribune se concluait par un appel aux armes : « Pour empêcher l’effondrement, les leaders et les sociétés scientifiques ainsi que les administrations des universités doivent publiquement défendre non seulement la liberté d’expression dans le domaine scientifique, mais aussi la qualité des recherches, indépendamment de toute doctrine et abstraction faite des exigences de telle ou telle faction politique. »

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Un vœu pieux ? Quand je le contacte début septembre, il tient à rester optimiste en invoquant le temps long. Sans doute une déformation professionnelle quand on travaille sur le cosmos. « Ce n’est pas parce qu’une bataille a été perdue que la guerre le sera, m’écrit-il. Comme lors de la Terreur de 1793 ou de l’hystérie anticommuniste de l’ère McCarthy aux États-Unis, le feu en vient à se dévorer lui-même et même si cela fait de gros dégâts, les voix de la raison finissent par se faire réentendre. C’est ce qui se passe à chaque fois que la “religion” l’emporte sur la raison. »

À l’instar de Bikfalvi et Kuntz, Krauss voit du religieux dans l’antiracisme façon BLM et, plus généralement, dans la quérulence de la gauche identitariste débordant aujourd’hui jusque dans les sciences dites « dures ». Comme tout dogme, celui-ci intime que « certaines revendications soient sacrées et qu’on interdise de les remettre en question », précise le physicien. « Il n’est pas non plus acceptable d’être tout simplement “neutre”, on vous somme de condamner ouvertement tout ce que les sentinelles sociales considèrent comme mal. Comme à chaque fois que cela s’est produit, cela ne va pas bien se passer. »

Une lueur d’espoir scintille avec le concert de louanges qui a accueilli les tribunes de Krauss et de Kuntz et Bikfalvi. Mais ce dernier ne peut s’empêcher de s’étonner. « On nous dit qu’on a fait preuve d’un courage et d’une intégrité scientifique exceptionnels, mais moi je ne me sens pas très courageux, je ne vis pas en dictature, je ne vis pas en théocratie. » On a parfois quelques raisons d’en douter.

La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

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La situation financière très dégradée d’EDF nécessite une aide rapide et massive de l’État au groupe public. Compte tenu de son endettement, il est virtuellement en faillite. Mais en contrepartie de ce soutien indispensable, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne exige qu’EDF soit transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales. Une difficile négociation a commencé entre Paris et Bruxelles. Le destin d’EDF sera scellé avant la fin de l’année.


Il s’agit d’une bombe dans le monde de l’énergie en France. Le site Reporterre a révélé l’existence d’un document émanant de l’Agence des participations de l’Etat qui détaille les demandes de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne en contrepartie du soutien indispensable de l’Etat à EDF. La Commission exige ni plus ni moins qu’un démantèlement de l’électricien français aujourd’hui virtuellement en faillite. Ce dernier doit supporter une dette financière brute qui se montait à 61 milliards d’euros à la fin de l’année 2019 et trouver également dans les prochaines années les moyens de financer des dizaines de milliards d’investissements, notamment dans le nucléaire.

Une recapitalisation urgente

Il faut y ajouter la baisse brutale cette année de la demande et des prix de l’électricité, du fait des conséquences économiques de la pandémie, qui coïncide avec des opérations de maintenance importantes des centrales nucléaires, perturbées elles aussi par la crise sanitaire. Il y a également les retards, surcoûts et difficultés récurrentes du chantier de l’EPR de Flamanville, le retard du chantier de la centrale nucléaire d’Hinkley Point au Royaume Uni et le conflit avec les distributeurs indépendants d’électricité. Tout cela a contribué à dégrader encore plus vite la situation financière d’EDF.

En kiosque: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Le temps presse maintenant pour recapitaliser la société. A la fin de l’année, elle dépassera très certainement le ratio dette sur Ebitda [bénéfice brut] de 2,7 fois. Une fois ce seuil franchi, EDF sera dégradé par les agences de notation ce qui augmentera le coût de ces emprunts.

Transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales

Mais la Commission n’a pas vraiment les mêmes objectifs que l’Etat français. Elle veut avant tout s’assurer que le groupe public ne bénéficie par d’avantages trop importants  face à ses concurrents européens. L’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique de 83,6 % au capital d’EDF, résumait ainsi le 6 mai dernier les exigences de Bruxelles: «la position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci… Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré...»

La Direction générale de la concurrence justifie le démantèlement par «l’ampleur de l’aide qui serait octroyée à EDF… afin d’éviter que le soutien au nucléaire régulé ne profite d’une quelconque manière aux autres entités du groupe». Tout cela se traduirait par un changement radical de nature du plan de sauvetage d’EDF, baptisé Hercule, dont les grandes lignes ont été définies l’an dernier.

Le plan Hercule

L’idée directrice d’Hercule est d’isoler la production nucléaire et ses risques financiers du reste du groupe. Cette entité nucléaire baptisée société Bleue devrait aussi comprendre les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

L’esprit du « Piéton » de Paris

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L’intégralité des chroniques parisiennes de Léon-Paul Fargue enfin réunies dans un beau volume


Dans la chronique comme dans d’autres disciplines athlétiques, il y a les parvenus et les maîtres, les suiveurs et les sprinteurs. Car, ne vous y trompez pas, la chronique est un sport de haut niveau, la performance est son mode d’expression, elle demande régularité et fulgurances, endurance et accélérations dans les derniers mètres, ce coup de rein salvateur qui réveille le lecteur en l’extrayant de ses habitudes paresseuses. Léon-Paul Fargue (1876-1947), montmartrois de cœur et jet-setteur avant l’heure, fut cet oiseau de nuit, aussi à l’aise dans le tout-Paris arty que rue Lepic, au milieu des autochtones affairés. Fargue, poète du bitume, sociologue du pavé, rétameur du Vieux Paris avait un tour de main que l’on devrait enseigner dans les écoles, un toucher de plume qui irisait les boulevards. Une manière de fixer l’objectif sur un quartier, une rue, une personnalité ou une attitude, dressant ainsi un catalogue des apparences parisiennes, à la fois traité de psychologie intra-muros et cartographie du quotidien.

Un Champollion promeneur

Fargue, ce Champollion promeneur a décrypté les us et coutumes d’une population disparue, de ces métiers abandonnés et des identités rattachées à chaque arrondissement. Il a su définir cette matière humaine instable, le froissé, défroissé des habitants de la capitale : « Un Parisien riche est un Parisien, un Parisien pauvre également. C’est une sorte de teinte, cela correspond à la qualité d’un tissu ». Relire Fargue, se lover dans sa prose, c’est respirer l’Air de Paris, mais surtout apprécier son art de la digression et son côté artificier. Avec lui, c’est tous les soirs, nuit de 14 juillet, le brillant d’une description n’est jamais gratuit, derrière l’éclat, le pamphlétaire, moraliste par nature, veille au recadrage. L’amertume pointe souvent son nez sous l’aspect carnavalesque de sa lyre urbaine.

A lire aussi, du même auteur: Remettez-nous ça, Monsieur Blondin !

Les Éditions du Sandre ont choisi comme saine et inestimable mission de présenter les œuvres complètes de l’artiste, elles viennent d’abord de réunir l’intégralité des chroniques parisiennes (1934-1947) sous le titre  L’Esprit de Paris  (une édition établie et annotée par Barbara Pascarel). Suivront prochainement un tome II « Poésie et récits » et un tome III « Chroniques littéraires, artistiques, politiques et autres écrits ».

Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Léon-Paul Fargue, au n°1 de la place qui porte désormais son nom dans le 6e arrondissement. Image wiki commons.
Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Léon-Paul Fargue, au n°1 de la place qui porte désormais son nom dans le 6e arrondissement. Image wiki commons.

Ce beau et gros volume de plus de 740 pages comprend Le Piéton de Paris (1939), les Chroniques Parisiennes de 1934 à 1941, les Chroniques de Paris sous l’Occupation de 1941 à 1944 et les Textes d’Après-Guerre de 1945 à 1947 et Posthumes. Aujourd’hui où Paris croule sous le règne du marteau-piqueur et où les cafés ferment en milieu de soirée à cause d’une pandémie, il est instructif et drôle de retrouver notre capitale (déjà) en chantier permanent et ce, avant-guerre. Fargue dénonce le plan d’urbanisme Marquet (1934) censé décongestionner la ville : « Ce Paris n’est plus. On l’excorie, on le laboure, on le dépiaute, on le vide comme un lapin. […] Aujourd’hui, Paris ressemble entre ses portes à un souvenir de guerre, à Moscou qui se débyzantinise, au Creusot, à la Ruhr, à la Truyère ».

La guerre entre Montmartre et Montparnasse

Fargue demeure le meilleur analyste militaire dans la guerre fratricide qui opposa Montmartre à Montparnasse, dans cette lutte, il ne cacha pas son indéfectible soutien à la Rive Droite, griffant dès qu’il le pouvait, les coquetteries de la Rive Gauche : « Beaucoup de Parisiens de la grande époque faisaient le voyage de Montparnasse comme on ira aux chutes du Niagara ou à l’effondrement de Mars […] Montmartre a pour moi plus d’humanité, plus de poésie, plus de classe, et, comme dit l’autre, on s’y défend encore, ce qui signifie que l’on y est encore chez soi. Tout autre est l’atmosphère de Montparnasse, quartier minuscule et grouillant, sans histoire et sans légende ».

A lire aussi, Thomas Morales: Les grands écrivains ont tous un vélo dans la tête

Fargue contre les fermetures covid

Les cafetiers dans la difficulté auraient bien besoin d’un Fargue pour prendre leur défense. Aux pires heures de l’histoire, quand Paris avait pris l’accent fridolin, le bistrot était cet âtre qui tient chaud aux Hommes ayant perdu honneur et espoir : « C’est dans un café que l’orgueil tombe à nos pieds, que le vrai talent se fait reconnaître, que les bavards emploient, pour conter ou pour définir, des images vigoureuses et des termes précis où se reconnaissent le souffle de la vie et la bonne odeur des choses exactes. Mais où sont encore ces lieux divins, dans la migraine indigo de l’Europe ? ».

L’Esprit de Paris de Léon-Paul Fargue – édition intégrale des chroniques parisiennes – Éditions du Sandre.

L'esprit de Paris: Chroniques parisiennes 1934-1947

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« L’économie française est sérieusement affectée par la crise sanitaire »

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Jacques Sapir Photo: Hannah Assouline

Jacques Sapir, né le 24 mars 1954 à Puteaux, est un économiste français. Ses positions hétérodoxes très marquées sur divers sujets et son engagement politique à gauche l’ont fait remarquer par les intellos. Rencontre avec un homme un peu catastrophé face à la crise économique liée au coronavirus.


Aurore Van Opstal. L’économie française se porte-t-elle aussi mal qu’on le dit, à cause de la crise sanitaire ?

Jacques Sapir. L’économie française est sérieusement affectée par la crise sanitaire. Cette dernière pèse de diverses manières. Il y a eu, naturellement, les conséquences du confinement. Mais, il y a aussi la baisse de nos échanges avec les autres pays, du fait de l’épidémie. Enfin, il y a l’incertitude qui porte sur le futur et qui pousse les acteurs économiques à moins consommer et moins investir. L’INSEE et la Banque de France estiment que, pour 2020, cela se traduira par une chute du PIB de 9% environ. C’est un chiffre considérable, et l’on peut craindre qu’il soit sous-estimé. D’ailleurs, ces mêmes organismes annoncent un retour à une activité comparable à celle de la fin de 2019 seulement à la fin de 2022.

En réalité, du fait de l’incertitude sur la situation sanitaire, les investissements ont fortement baissé. La hausse du chômage et la constitution d’une importante épargne de précaution vont entraîner une baisse de la demande solvable, qui est le véritable moteur de l’économie. On peut donc craindre que l’économie française s’installe de manière durable dans une situation de très faible croissance. Il convient de rappeler que les derniers chiffres d’avant l’épidémie, ceux du 4ème trimestre 2019, montraient déjà un fléchissement important de l’activité. L’épidémie a frappé une économie qui était déjà affaiblie, ce que peu de gens veulent voir.

Face à cette situation, les plans de relance, européen ou nationaux, sont en l’état très insuffisants. Le plan présenté le 2 septembre par le gouvernement est en partie un assemblage de mesures déjà décidées, et en partie au saupoudrage électoraliste. Le gouvernement n’a donc toujours pas pris la mesure du choc subi par l’économie française et de ses conséquences. Le risque de voir l’économie française entrer en stagnation après 2021 est très important.

Est-ce que la crise économique ne va pas se résoudre d’elle-même avec la fin des mesures contraignantes ? (un peu comme les années d’après-guerre, joie de vivre retrouvée, etc.) D’ailleurs, on remarque que les gens continuent à sortir et à consommer …

Non, l’économie ne peut sortir d’elle-même d’une crise d’une telle ampleur. Le croire, c’est se payer de mots. Tout d’abord, parce que personne ne peut dire quand les mesures contraignantes seront définitivement levées. Admettons que ces mesures soient supprimées dans deux mois ; nombreux seront ceux qui, à raison, craindront leur retour au printemps 2021. Le problème majeur est donc le manque de visibilité à court et moyen terme. Ce manque de visibilité, qui traduit la présence d’une incertitude non calculable, se matérialise dans les comportements des acteurs avec une chute de l’investissement et de la consommation.

Il est significatif qu’avec la fin du confinement (faudra-t-il bientôt dire du premier confinement ?) la reprise de la consommation est restée largement inférieure à ce qui était espéré. La consommation de biens durables (comme l’automobile) après être revenue vers des niveaux de 2019 au mois de juillet est brutalement retombée en août. Le taux d’épargne des ménages, autrement dit le rapport entre l’épargne et le revenu, a fortement augmenté, y compris après le confinement pour les mois de juin, juillet et août.

Ceci est normal. Face à une forte incertitude, qu’elle soit sanitaire ou économique, les ménages se constituent une épargne de précaution. Cette épargne, c’est autant d’argent en moins pour la consommation. Le raisonnement est analogue pour les entreprises. Elles augmentent leurs réserves financières au détriment de l’investissement. Cela aura des conséquences sur l’économie qui seront décalées dans le temps. Chaque euro qui n’est pas investi actuellement implique une perte pour la production de 2021 et 2022.

La comparaison avec l’après-guerre ne tient pas. A cette période, l’Etat avait procédé à des investissements massifs et la situation internationale garantissait l’absence de risque de guerre dans l’immédiat (les guerres coloniales, par définition, ne se produisent pas sur le territoire métropolitain).

Qu’on ait choisi une politique hygiéniste pour venir à bout du covid-19 est un choix qui peut s’entendre dès lors où l’idée est de protéger des vies. Mais comment est-il possible de ne pas voir les dommages collatéraux (dépression, ruine financière, suicide) ?

Je ne crois pas du tout que l’on ait adopté une « politique hygiéniste ». Le discours « la santé au-dessus de tout » n’a été qu’un effet de communication. Les mesures prises par le gouvernement, mesures brouillonnes, parfois contradictoires, souvent inadaptées, n’ont été prises en réalité que pour éviter le choc politique dévastateur qu’aurait provoqué l’effondrement du système hospitalier et ses probables conséquences judiciaires.

Ces mesures ont été dictées par la situation de pénurie (pour les masques, pour les tests) que l’on a connue. Le discours du gouvernement en témoigne. Cette situation a, elle-même, résulté d’un manque d’anticipation du gouvernement, averti si l’on doit croire la Ministre de la Santé de l’époque, Mme Buzyn, en janvier, mais aussi de la déréliction de la politique mise en place en 2006-2010 pour lutter contre une éventuelle épidémie, un politique qui a été abandonnée progressivement faute de financement dès 2012. A cela est venu s’ajouter la conséquence de l’application pour les hôpitaux publics de principes de gestion inspirés de l’industrie privée, comme le « zéro stock » et le « juste-à-temps », qui se sont révélés tragiquement inadaptés dans le domaine de la santé publique.

Une épidémie s’apparente, comme l’a dit le 16 mars le Président de la République, à une situation de guerre. Mais, une guerre se mène avec des stocks, des réserves, une redondance des personnels, et une mobilisation de l’appareil industriel. Nous n’avons rien vu de tout cela.

De toutes les alternatives économiques suggérées par des citoyens — citons la micro taxe ou le revenu universel — quelles alternatives sont de l’ordre de l’utopie et lesquelles sont réalisables ?

Aucune de ces « alternatives » n’est utopique. Mais, il n’est pas dit qu’elles soient souhaitables. Le « revenu universel », tel qu’il est aujourd’hui formulé, s’apparent simplement à une forme de revenu minimal garanti. Or, le problème de la société française est d’inverser le partage de la valeur ajoutée en profits et salaires, un partage qui a été tordu au bénéfice des profits en 1983 par Jacques Delors. Voilà qui me semble bien plus important que ces soi-disantes alternatives

Source : Pionnier P-A., Le Partage de la Valeur Ajoutée en France 1949-2007, G2009/01 INSEE, Paris, 2009, p.9.
Source : Pionnier P-A., Le Partage de la Valeur Ajoutée en France 1949-2007, G2009/01 INSEE, Paris, 2009, p.9.

Vous évoquez souvent le concept de « souveraineté ». Que veut-dire ce concept, comment l’appliquez et est-ce un concept uniquement de droite dure ?

La souveraineté, c’est – selon Jean Bodin – le pouvoir de faire des lois et – selon Carl Schmitt – le fait de décider, en dernière instance, en particulier dans l’état d’exception et de l’état d’exception. La souveraineté est la condition nécessaire à la démocratie. Un Etat souverain peut ne pas être démocratique, mais un Etat qui n’est plus souverain lui ne peut plus être démocratique.

La souveraineté s’exerce dans le cadre national ; elle est populaire (et ce depuis la Rome républicaine). Elle est fondamentalement un concept de « gauche ».

Vous avez sorti : L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe aux éditions du Cerf : quels propos en substance y tenez-vous ?

J’ai publié ce livre à la fin de 2016. Ce que j’y ai écrit est que l’euro est une catastrophe économique et financière pour la France, et de plus en plus d’économistes disent la même chose, mais que c’est aussi une catastrophe pour l’Europe car, dans le cadre de l’UE, d’une part cela crée une situation de dépression économique dommageable à tous et, d’autre part ; cela focalise les conflits dans une opposition entre les pays du sud et les pays du « bloc germanique », soit l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, recréant des conflits que l’on pensait être dépassés.

Douglas Murray, le grand chic réac

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Douglas Murray, écrivain, journaliste et commentateur politique britannique © Lionel Derimais / Opale / Leemage.

Le nouveau best-seller international de l’écrivain et journaliste, La Grande Déraison, sort en français. Après avoir anticipé le tsunami de folie qui vient de déferler sur nous, il engage le combat contre la gauche radicale et invite la majorité silencieuse à faire preuve de courage et à résister aux injonctions de la cancel culture.


Nous vivons à l’époque de La Grande Déraison, titre du nouveau livre de Douglas Murray. Depuis la publication en anglais de ce best-seller international, il y a un an, le monde, de l’Amérique à l’Australie en passant par la vieille Europe, a subi toute l’explosion carnavalesque des folies progressistes dont son ouvrage est le vade-mecum : « cancel culture », accusations de transphobie ou de racisme systémique, délires sur le privilège ou la fragilité des Blancs, autodafés des livres de J. K. Rowling, appels à définancer les forces de l’ordre accusées de génocide, politiciens et PDG mis à genoux, pillage « paisible » de magasins en pleine pandémie, carrières brisées par des hordes twitteuses, manuels d’histoire et de sciences déchirés, enfants encouragés à modifier leur corps par la chimie, statues et réputations réduites en poussière… Toutes ces expressions pathologiques de la nouvelle folie collective, il les avait déjà cataloguées en patient taxonomiste ; il les avait disséquées et analysées en médecin légiste ; et, dans leurs entrailles, en aruspice, il avait lu notre avenir commun. Depuis, en hussard, il combat ces délires dans un conflit qui n’est pas une simple bataille de mots ou d’idées, mais une guerre culturelle où il faut contrer les fantasmes par la logique, contre l’hystérie par le flegme, contre les menaces par une résolution inébranlable.

A lire aussi, Alexander Seale: Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

De ce côté de la Manche, on l’a souvent qualifié de Zemmour anglais. Certes, les deux hommes partagent une intelligence redoutable, un amour robuste du débat et un style limpide qui maîtrise autant la séduction que la verve satirique. Cependant, le Français, qui représente trop souvent dans son propre pays une voix isolée, est obligé de ruer dans les brancards médiatiques, de choquer son public – même celui qui vote à droite – pour le réveiller. L’Anglais a l’avantage de prendre sa place dans la longue tradition du conservatisme britannique qui s’incarne, non seulement dans des philosophes comme Edmund Burke ou Sir Roger Scruton (dont Murray est l’héritier direct), ou des politiciens-écrivains comme Disraeli et Churchill, mais aussi dans toute une série d’institutions et de symboles très anciens. Pour tout dire, il est plus facile d’être réactionnaire outre-Manche. Murray, qui est rédacteur adjoint au vénérable hebdomadaire The Spectator, écrit dans de nombreux journaux et revues à travers le monde anglophone et s’invite dans les chaînes YouTube d’analyse politique les plus en vue. Où qu’il soit et quelle que soit la réaction de ses lecteurs ou interlocuteurs, il ne se départit jamais de ses bonnes manières et de son égalité d’humeur, ce qui fait rager encore plus ses ennemis. De ceux-ci, il a foultitude. Les moins impolis le traitent d’« aristo rétrograde » et qualifient son nouveau livre de « diatribe réac ». Ses détracteurs dans la communauté LGBT l’accusent de « ne pas être vraiment gay », lui qui a toujours assumé sa sexualité. Ses adversaires les plus irréductibles le poursuivent des pires menaces et beaucoup d’entre eux sont très loin de plaisanter.

Des manifestants exigent le retrait de la statue de Cecil Rhodes devant l'Oriel College, un institut de l'université d'Oxford, 9 juin 2020. © Furlong / Getty images / AFP.
Des manifestants exigent le retrait de la statue de Cecil Rhodes devant l’Oriel College, un institut de l’université d’Oxford, 9 juin 2020. © Furlong / Getty images / AFP.

Si le Royaume-Uni possède l’avantage d’un conservatisme inné par rapport à la France, celle-ci a d’autres atouts. Moins perméable à l’influence américaine, protégé dans une certaine mesure par ses valeurs laïques et universalistes, l’Hexagone essuie les vagues des nouvelles idéologies néfastes avec un retard appréciable. Pour cette raison, Murray a toujours une longueur d’avance sur ses collègues continentaux. Son précédent best-seller, L’Étrange Suicide de l’Europe, cible l’islamisme et son influence grandissante en Europe. Cette enquête majeure parue en 2017 fait suite à de nombreuses autres publications consacrées au même sujet, dont le désopilant Islamophilia, sorti en 2013, et des travaux conduits pour les différents think tanks qu’il a fondés ou codirigés, comme le Centre pour la cohésion sociale ou la Henry Jackson Society. Pour comprendre les racines de ce combat, on lira Neoconservatism : Why We Need It (« le néoconservatisme et pourquoi nous en avons besoin »), paru en 2005, quand il n’avait que 26 ans. Son éclectisme lui permet de ne pas se limiter à la polémique ou à la théorie. Il a notamment consacré un livre à la tragédie du « dimanche sanglant », ce jour de janvier 1972 où les soldats britanniques ont tiré sur 26 manifestants pacifiques à Derry, en Irlande du Nord. Épluchant les vastes archives laissées par l’enquête officielle conduite en 1998, citant les témoignages de protagonistes et de parents de victimes, son Bloody Sunday, sorti en 2011, a été largement salué par la critique pour son empathie et la justesse de son jugement.

A lire aussi, Peggy Sastre: Contre les Lyssenko du politiquement correct

Plus curieux encore, Murray avait fait irruption sur la scène littéraire en 2000, à l’âge de 21 ans, avec la publication d’une biographie de Lord Alfred Douglas, poète et amant d’Oscar Wilde. Bosie, le surnom de Douglas, a été écrit alors que Murray était étudiant au Magdalen College, une de ces institutions médiévales qui font partie de l’université d’Oxford, dans les lieux mêmes où Wilde et Douglas ont étudié. Murray me confie qu’il sera ravi de voir ce premier titre republié cette année, maintenant qu’on ne le traitera plus de « précoce ». Pourtant, même au milieu du tohu-bohu des luttes idéologiques et des polémiques acharnées, il conserve l’aura d’un littéraire, d’un esthète, aussi rigoureux dans la construction d’un argument que dans le choix d’une épithète. Quand je l’interroge sur ses antécédents écossais, il avoue que son père est originaire de l’île de Lewis, tout au nord de l’Écosse, exactement comme la mère de Donald Trump. Un ami américain lui aurait dit en plaisantant que dans ses veines doit couler le sang de ces guerriers scandinaves qui ont ravagé et peuplé cette partie du monde. Murray est peut-être bien un Viking de la guerre culturelle, mais alors un Viking d’une politesse exquise.

La grande déraison: Race, genre, identité

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Bloody Sunday: Truth, Lies and the Saville Inquiry

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Pacte sur les migrations: «Il est urgent de se réveiller et de faire quelque-chose pour réussir l’intégration»

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La députée européenne Assita Kanko. Photo: D.R.

 


Députée européenne et militante pour un nouveau féminisme, la Belge Assita Kanko est l’exemple d’une intégration parfaitement réussie. Malgré son agenda chargé, elle a accepté de causer immigration et intégration avec Causeur.


Alexis Brunet. Madame la députée, vous connaissez bien la France, la Belgique et les Pays-Bas. Ces pays sont-ils inéluctablement voués à être des sociétés multiculturelles? 

Assita Kanko. Vaste question (Rires). Pour moi, il y a un socle de valeurs en Europe, et ces valeurs doivent être nos valeurs communes. Quelle que soit la culture d’où l’on vient ou sa religion, on doit s’adapter et on doit faire en sorte que ces valeurs-là deviennent les nôtres. En Europe, les lois priment en principe sur les normes religieuses et culturelles, ce principe devrait être appliqué à tout le monde sans exception. 

Vous parlez de la primauté des lois mais les cultures restent prégnantes. Le relativisme culturel est-il trop important en France? 

Ce relativisme culturel existe un peu partout en Europe et pas seulement en France. Dans le cadre de mes travaux de terrain, j’ai constaté qu’il y avait différentes approches en fonction des origines des gens, surtout quand il s’agit d’être exigeant. En Grande-Bretagne, j’ai vu des tribunaux islamiques et des situations où l’on va traiter les femmes musulmanes d’une autre manière, comme si elles n’avaient pas le droit d’accéder à la même justice que les autres femmes. J’estime que ceci est une discrimination violente et un abandon des populations, alors qu’on mérite tous d’avoir accès à la même justice, et que tout le monde doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ce relativisme culturel je l’ai aussi constaté dans mes débuts politiques en Belgique. Parfois, on y est moins exigeant avec certaines populations au prétexte qu’elles n’ont pas la même culture, surtout quand il s’agit des droits des femmes. C’est une tolérance mal placée, je pense même que c’est une insulte, comme si une partie de la population était moins capable de faire face aux mêmes exigences que le reste. Je pense que c’est une forme de racisme. Ce relativisme culturel est basé sur le communautarisme, ce qui gangrène nos sociétés. Et les personnes issues de l’immigration qui travaillent dur pour faire partie de la classe moyenne en sont les premières victimes. 

En France, on parle régulièrement d’un risque de balkanisation de la société. Qu’en pensez-vous? 

Ce qu’on peut constater, c’est que le risque de sociétés parallèles est bien là. Le terme « séparatisme » utilisé par le président Emmanuel Macron est à mon avis bien choisi. J’ai eu de l’espoir en l’écoutant. Je dénonce depuis longtemps le fait que tant de gens ne vivent pas ensemble mais les uns à côté des autres. Ceci est un terrain pour l’émergence de sociétés parallèles, de sociétés où les gens ont leurs propres couloirs de vie avec des magasins séparés, des fréquentations séparées, des médecins séparés, et même des écoles ou des tribunaux séparés, des droits différents en fonction du sexe. La séparation entre les garçons et les filles imposée dès l’enfance existe dans certains pans de la société. On y impose un mode de vie différent aux filles, qui comprend l’obéissance, la soumission, tout ce que l’on devrait rejeter, tout ce que j’ai rejeté toute ma vie pour être une femme libre. Je pense qu’il faut absolument éviter l’émergence de sociétés parallèles. On doit se retrouver ensemble, se mélanger, s’aligner derrière les valeurs de nos sociétés et respecter leur contrat social qui comprend des droits et des responsabilités, autrement on ne s’en sortira pas. 

Il y a aussi le problème de la langue. Quand je donnais des cours de français pour l’Office Français de l’immigration et de l’intégration, j’ai eu affaire à des personnes présentes en France depuis dix, douze ans et qui avaient toujours un faible niveau de français, ce qui acte un séparatisme de fait. N’est-il pas déjà trop tard? 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est trop tard dans le sens où dans ce cas-là on peut aller se coucher et ne rien faire mais je pense qu’il est urgent de se réveiller et de faire quelque-chose pour réussir l’intégration. Aujourd’hui, on ne peut pas se permettre d’avoir une partie de la population qui ne comprend pas la langue du pays où elle est installée, et qui ne pourra donc pas trouver un emploi, qui ne pourra pas aider ses enfants à faire ses devoirs, qui ne pourra pas lire les informations dans les journaux, qui ne pourra pas participer à la société. La langue est la première porte à franchir pour s’intégrer. Elle m’a ouvert des portes en Flandre où de nombreuses autres personnes ont également saisi l’opportunité d’apprendre la langue. Quand j’étais petite au Burkina Faso je connaissais le travail de Simone de Beauvoir mais j’ignorais que la langue néerlandaise existait. J’estime que tout personne immigrée doit faire l’effort de s’intégrer, de saisir les opportunités qui sont offertes, de rencontrer des gens en dehors de sa « communauté », il y a plein de possibilités pour cela. De plus, apprendre la langue, c’est beaucoup plus que la langue, on apprend aussi le langage de la société où l’on est, sa culture, ses traditions. 

Votre parcours est exemplaire mais vous êtes venue seule en Europe. Il y a des étrangers venant du Moyen-Orient ou même d’Asie qui ont mis quatre, cinq ans pour s’intégrer puis de la famille éloignée arrive en France et là patatras, leur culture d’origine reprend le dessus. Peut-on vraiment lutter contre le communautarisme sans remettre sérieusement en cause le regroupement familial? 

Je pense que tout est dans la nuance. Le regroupement familial n’est pas mauvais par essence. Les gens ont le droit de s’aimer sans se préoccuper des frontières. Tout est question de dosage, de contrôle, d’organisation et de respect d’un contrat avec le pays d’accueil. Si on choisit de rejoindre un membre d’une famille en Europe, on doit aussi choisir d’épouser la société européenne. Au sein du parti Nouvelle Alliance flamande, nous sommes partisans de critères assez stricts mais justes. Nous estimons que pour faire venir un membre de sa famille, il faut déjà subvenir à ses propres besoins. Il faut mettre des conditions strictes et les faire respecter. Maintenant, on constate qu’il y a une tendance, chez beaucoup de nationalités, à aller chercher un conjoint ou une épouse « au pays », souvent une femme jeune et forcée. C’est un symptôme du manque d’intégration, du manque de mélange des gens ici. Il y a aussi des cultures où il y une obligation pour la femme de se marier avec quelqu’un qui a la même religion. C’est le cas pour beaucoup de femmes musulmanes. Souvent elles ne vont pas le choisir elles-mêmes, l’homme va être cherché à l’étranger. Il y a aussi des hommes qui vont systématiquement aller chercher une épouse à l’étranger. Si la motivation est alors d’aller chercher des gens qui ne connaissent pas l’alchimie ici, qui vont rester à la maison, qui ne vont jamais être indépendants financièrement, il y a alors un problème. Ça veut dire que dans de nombreuses maisons il y a des femmes qui ne sont pas libres et qui dépendent d’un conjoint qui lui-même n’a pas su trouver son chemin ici. Et qui paie pour tous ces gens? Les autres personnes qui travaillent.

Pensez-vous que l’Union Européenne soit réellement capable de lutter contre le communautarisme? 

Je me demande si l’Union Européenne est capable de lutter contre quoi que ce soit, mais si je suis députée européenne, c’est parce que je veux contribuer à faire en sorte que l’Union Européenne continue à porter ses valeurs car c’est un beau projet. Mais c’est aussi un projet qui demande beaucoup de courage, et quand les Britanniques sont partis, l’Union Européenne n’a pas voulu faire son introspection. Quand il y a séparation, les torts sont souvent partagés. Par rapport aux gros défis de notre début de siècle, l’Union Européenne n’a pour l’instant pas été à la hauteur. Par exemple, concernant l’émancipation de la femme sur le sol européen, l’Union Européenne accepte de brader ses valeurs. Nous sommes quand même dans le continent des Lumières et de Simone de Beauvoir, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser tomber les femmes et de permettre l’émergence de sociétés parallèles. Sur la question de la radicalisation de ces personnes qui se retournent, comme on l’a vu avec le dernier attentat de Charlie-Hebdo, il y a aussi un manque de courage de la part de l’Union Européenne. Il faut aussi un poids au niveau géopolitique. Or, l’Union Européenne manque de poids. Quand on regarde ce qui se passe dans le Sahel aujourd’hui, l’Union Européenne laisse la France toute seule. Et le haut représentant Borrell est très timide. Peut-être que sur le plan de la sécurité et de la défense, on aurait mieux fait d’avoir une Française (Rires). Prenons maintenant le cas de la Turquie. La Turquie peut faire tout ce qu’elle veut, nous rire au nez, et on continue toujours à lui tendre une serviette pour qu’elle essuie ses larmes, car elle a tellement ri qu’elle en a les larmes aux yeux. Il y a une vraie lâcheté de la part de l’Union Européenne et j’ai honte pour cette Europe-là. Mais je crois qu’elle peut avoir plus de force, plus de valeur ajoutée pour chacun des 27 pays membres si elle est incarnée par des gens plus courageux.

Et par rapport à la question migratoire? 

Un des plus gros défis de l’Europe, c’est de gérer l’immigration justement. Avec le « nouveau Pacte migratoire », il y a eu un effort de fait par la commission. Des sujets tabous comme la lutte contre les trafiquants d’êtres humains et les retours sont abordés ouvertement. C’est insuffisant mais c’est pour la toute première fois un petit pas dans la bonne direction. Ces propositions de réformes rejoignent un peu plus le centre-droit et les 27 États membres auront leur mot à dire. Au Parlement européen, la gauche était furieuse et l’extrême droite n’était pas contente non plus. Je pense qu’il y a eu un mouvement vers le centre-droit. Cependant, il y a beaucoup d’optimisme dans cette réforme au niveau de l’agenda et de la faisabilité. Il faut donc veiller à ce que ça ne reste pas qu’une déclaration d’intention, il faut qu’il y ait vraiment un plan derrière. Ce qui manque parfois au niveau européen, c’est de passer des paroles à la pratique. Il faudra des accords avec d’autres pays que la Turquie et il faudra aussi peser au niveau international pour résoudre le problème à la base. Il faut avoir un plan pour la politique migratoire qui ne se résume pas à l’abandon aux trafiquants d’êtres humains. Une vraie politique migratoire consisterait à ne pas laisser les personnes désespérées aux mains des trafiquants d’êtres humains. La plupart des gens ne sont pas contre l’immigration, ils veulent juste une immigration ordonnée, choisie, et une intégration réussie. 

La deuxième moitié: Plaidoyer pour un nouveau féminisme

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Parce que tu es une fille

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L’hommage raté de la Ville de Paris à Arnaud Beltrame

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Inauguration du jardin Arnaud Beltrame à la Caserne des Minimes par Anne Hidalgo © Louise MERESSE/SIPA Numéro de reportage: 00947085_000014

Le héros de Trèbes est mort au combat contre l’islam théocratique


Parfois, de soi-disant hommages ne sont que des insultes. Ainsi, la ville de Paris a apposé une « plaque commémorative » particulièrement abjecte dans un jardin baptisé Arnaud Beltrame. Tout y est : dévalorisation de celui qu’elle prétend honorer, complaisance envers l’ennemi qu’il combattit au prix de sa vie, éloge de la lâcheté.

Un fâcheux manque de précision

Voici donc un jardin, situé dans l’ancienne caserne de gendarmerie des Minimes (près de la place des Vosges) transformée en logements sociaux. La ville de Paris lui a donné le nom du Colonel Arnaud Beltrame, le héros de Trèbes. Jusque-là, c’est très bien. Seulement voilà, la plaque commémorative qui orne ce jardin est formulée ainsi :

Jardin

Arnaud BELTRAME 

1973 – 2018

Colonel de Gendarmerie

Assassiné lors de l’attentat terroriste

du 23 mars 2018 à Trèbes (Aude)

Victime de son héroïsme

On ne sera même pas surpris qu’il manque la précision : attentat terroriste jihadiste, ou islamiste. Déjà à Montfermeil, la Gôche s’était farouchement opposée à ce qu’une plaque en l’honneur d’Arnaud Beltrame fasse mention du terrorisme islamiste, c’est qu’il ne faudrait surtout pas risquer de stigmatiser. Cachez ce réel que je ne saurais voir ! disent comme à chaque fois ces Tartuffes qui prétendent combattre un ennemi qu’ils n’ont même pas l’honnêteté de nommer. Et bien non : de même qu’il est indispensable de dire que ceux qui furent victimes de la barbarie nazie n’ont pas seulement été victimes de « la barbarie », mais d’une barbarie bien particulière, il faut savoir dire que les fous meurtriers d’Allah sont des adeptes de l’islam théocratique, et que ce n’est pas au nom d’Osiris ou de Guan Yin qu’ils tuent.

La part d’ombre de l’islam doit être dénoncée

On craint de vexer les musulmans ? Ma foi ! S’ils se sentent visés lorsque l’on accuse l’islamisme, c’est qu’ils se pensent islamistes. S’ils se sentent blessés lorsque l’on dénonce l’islam théocratique, c’est qu’ils considèrent que l’islam auquel ils adhèrent est théocratique. Et s’ils se sentent stigmatisés parce que le mot « islam » se retrouve dans « islam théocratique » et dans « islam-isme », c’est qu’ils n’ont pas l’honnêteté ni le courage d’assurer la responsabilité de leur religion dans sa propre part d’ombre. Et il n’en est alors que plus nécessaire d’obliger chacun à regarder la réalité en face.

Mais la ville de Paris va encore plus loin dans l’indignité que le simple déni. Pour la ville d’Anne Hidalgo, le Colonel Beltrame aurait été « victime de son héroïsme » comme d’autres sont « victimes de leur imprudence » – ou pire : « victimes de la barbarie nazie ». Est-ce donc que l’héroïsme serait une chose dangereuse et dont il faudrait se méfier, puisqu’il fait des victimes, à l’égal d’une idéologie sanguinaire ou du non-respect des règles de sécurité ?

Prétendre qu’Arnaud Beltrame fut « victime de son héroïsme » est un message fort : baissez la tête, courbez l’échine, suivez les consignes pour ne pas attirer la vindicte de « l’ennemi dont on ne doit pas prononcer le nom » – et surtout, surtout ne prononcez pas son nom, vous pourriez stigmatiser, vexer, et vous attirer l’infamante accusation de « faire le jeu de ». Élargissez les trottoirs pour que les femmes s’écartent de ceux qui les harcèlent, les insultent, les agressent, mais surtout ne combattez pas ces agresseurs de la rue : cela vous obligerait à dire qui ils sont, et vous risqueriez de stigmatiser.

Le carcan du conformisme

Eh bien oui, l’héroïsme est une chose dangereuse ! Une chose qui brise le carcan de la peur et du conformisme, une chose qui confronte les lâches à leur lâcheté, les menteurs à leurs mensonges, les traîtres à leur traîtrise. L’héroïsme et l’exemple de l’héroïsme sont incroyablement dangereux pour tous ceux qui voudraient le peuple résigné et soumis, perpétuellement prisonnier d’une culpabilité soigneusement entretenue et oublieux de ce que fut sa propre grandeur. L’héroïsme et l’exemple de l’héroïsme sont terrifiants pour tous ceux qui voudraient nous faire oublier que survivre n’est pas vivre.

Alors ceux-là aimeraient faire d’Arnaud Beltrame une « victime de son héroïsme », alors que ce n’est pas son héroïsme qui l’a tué mais un esclave volontaire de l’islam théocratique, et qu’il est un héros, pas une victime. Bien sûr sa mort fut sacrificielle, mais elle fut un don de soi librement consenti et non subi. Et ce fut une mort au combat, car le colonel Beltrame ne s’est pas laissé tuer sans réagir mais a tout fait pour maîtriser son adversaire après avoir, longuement, tenté de le raisonner. « Victime de son héroïsme », seulement aux yeux de ceux dont la médiocrité est telle qu’ils sont incapables de comprendre ce que sont l’héroïsme et la grandeur.

Si la ville de Paris retrouve un jour le sens de l’honneur, à la place de son panneau honteux, voilà ce qu’elle mettra :

 

Jardin Arnaud BELTRAME

1973 – 2018 Colonel de Gendarmerie

Mort au combat contre l’islam théocratique

en sauvant une vie le 23 mars 2018 à Trèbes (Aude)

Héros.

Mélenchon le créole

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Numéro de Jean-Luc Mélenchon au Cabaret sauvage à Paris, le 10 octobre 2020 © CEDRIC BUFKENS/SIPA Numéro de reportage: 00985299_000027.

Et, lentement, Mélenchon s’enfonça.

Il avait déjà risqué la submersion, lorsqu’il avait défilé avec des islamistes qui le prenaient en  otage consentant. La fréquentation de Danièle Obono ne lui avait fait aucun bien. Mais comme il arrive fréquemment quand on se croit lider maximo et que personne n’ose vous contredire, parce que votre mode de communication favori est l’éructation, Mélenchon a fini par se croire intouchable, et infaillible. Ainsi finissent en général les grands petits hommes.

Le 20 septembre dernier, pour le lancement de l’Institut La Boétie, l’inventeur de la France insoumise, se référant à Edouard Glissant comme s’il lui fallait absolument un gage antillais, a parlé de la nécessaire « créolisation » de la France. Il est revenu quelques jours plus tard sur ce concept dans une tribune pour l’Obs, en reprenant la référence à Glissant, qui définit la créolisation comme un « tissage d’arts ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est, précise le poète,  une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. »

Curieuse confusion entre métissage et créolisation. Cette dernière est, au sens strict, un processus linguistique, par lequel une langue parlée par une minorité dominante (le superstrat) s’incorpore des pidgins, des langages véhiculaires employés par tout ou partie des dominés — des substrats.

Tu suis, Jean-Luc ? Mais oui, après tout, tu as enseigné le français, même si tu fais semblant de l’avoir oublié quand tu parles dans le Ier arrondissement de Marseille — histoire de te mettre au niveau de tes interlocuteurs.

Nous en sommes là. Soit nous réaffirmons, par une lutte impitoyable en classe et dans les médias, la prédominance du français, soit nous nous inclinons devant le volapük actuel, une langue agglutinante inarticulée

La créolisation est un processus impérialiste. L’anglais, par exemple, est un créole où le français parlé par une minorité d’aristocrates a absorbé le saxon des serfs. Tout comme le saxon, langue des envahisseurs des Ve-VIe siècles, avait absorbé le bas-latin parlé par le roi Arthur. Un processus fort long, et très violent, qui correspond à ce que les Anglais appellent les Dark Ages. La créolisation n’est pas une opération de tout repos.

Il arrive même que la langue de l’envahisseur, quand il amène avec lui des structures rigides et convaincantes, éteigne complètement les langues antérieures. Dans le « gallo-romain », la part gauloise était très faible.

Les voisins de l’Empire romain, qui venaient goûter aux joies de l’Empire, s’ingénièrent d’ailleurs à se latiniser à toute allure — jusqu’au calamiteux Edit de Caracalla, en 212, qui réduisit à rien la nécessité de parler latin et d’accéder par le mérite à la dignité de citoyen romain.

Nous en sommes là : au lieu d’exiger que chaque migrant apprenne à parler et à écrire le français et se plie aux coutumes de la nation française, afin de s’intégrer au mieux, nous leur ouvrons désormais les bras indistinctement. En leur promettant qu’ils pourront vivre à leur convenance dans les ghettos que nous leur avons attribués.

N’en déplaise à Mélenchon, qui dans son internationalisme trotskiste a manifestement tout oublié de son premier métier, ce n’est pas à une créolisation que nous sommes en train d’accéder, mais à une mosaïque de communautés concurrentes. Parmi lesquelles se distingue une minorité combattive, dont les éléments les plus avancés rêvent d’imposer à la France leur langue, leur justice et leur religion. Bref, de créoliser effectivement le pays — à son avantage.

Ils n’ont pas eu besoin d’une nouvelle bataille d’Hastings pour l’emporter. Il a suffi que l’on cesse, à l’école, d’enseigner le bon français, et que l’on accepte, au nom de la « communication », n’importe quelle langue fautive. N’importe quel pidgin.

Demandez donc aux profs de Lettres — et aux autres — quelle langue parlent et écrivent les élèves de Sixième (par exemple) au bout de six mois de confinement et de vacances. C’est de la bouillie de français, dont les malheureux enseignants tentent malgré tout, parce qu’on leur a demandé de valoriser « l’expression » au détriment de la correction (un concept probablement sadique), de tirer quelque chose qui ne soit pas absolument négatif.

Ça ne date pas d’hier. Lorsque des Inspecteurs, en séance de formation d’enseignants dans l’Académie de Versailles, ont conseillé de ne compter qu’une demi-faute à un beau pataquès du genre « les arbres pousses », sous prétexte que le « s » de « pousses » montrait une conscience du pluriel « arbres », nous avons tous compris qu’il s’agissait d’un plan soigneusement réfléchi, alimenté par une idéologie anti-élitiste, pour annihiler le français. Parce que respecter l’orthographe et la grammaire, sachez-le, est un processus fasciste.

C’est tout ce que ces crétins ont retenu d’une leçon célèbre de Barthes, qui expliquait que la langue, par définition, « oblige à dire ». Mais c’est fini, désormais, le français devient phonétique, il se mélange à des langues elles-mêmes mal articulées, et le résultat n’est pas une créolisation : c’est une reddition en rase campagne devant les forces de régression culturelle.

Nous en sommes là. Soit nous réaffirmons, par une lutte impitoyable en classe et dans les médias, la prédominance du français, soit nous nous inclinons devant le volapük actuel, une langue agglutinante inarticulée.

 Mais alors, ce n’est pas un créole unifié qui en sortira : c’est la guerre civile. C’est peut-être le but que poursuit Mélenchon, faute d’avoir un projet politique.

Fratelli Tutti: l’encyclique hors-sol du Pape

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Le Pape au Vatican, le 7 octobre 2020 © Maria Laura Antonelli/AGF/SIPA Numéro de reportage : 00984813_000008.

S’il est heureux que le Pape critique le néolibéralisme, l’individualisme ou l’égoïsme qui nous minent, son attaque en règle contre les nations est malvenue. Analyse de la dernière encyclique (très politique) du Pape François.


Résumons en une phrase le propos de la dernière encyclique du Pape François, Fratelli Tutti (Tous frères ndlr), rendue publique le 4 octobre dernier et que l’on peut lire dans sa traduction française officielle ici : « les barbares et les fanatiques sont nos frères humains, laissez-les détruire votre civilisation pendant que je jouis de la contemplation de ma propre générosité et de votre martyr. »

Autre observation : sous les applaudissements d’Al-Azhar, instance inféodée à l’islam théocratique, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, excusez du peu.

Bien sûr, l’encyclique ne se limite pas à cela. Il y a des constats justes, des critiques fondées, des sévérités méritées. Il y a des aspirations nobles, qu’il est nécessaire de raviver. Mais les exhortations de François deviennent criminelles à force d’être hors sol, ou plutôt : tant leur application serait catastrophique. Car, et le Pape ne peut pas faire semblant de l’ignorer, cette application serait nécessairement unilatérale, donc suicidaire.

Tant pis pour les conséquences

Mais François a fait son choix : au lieu d’affronter la tension – oserais-je dire la crucifixion ? – entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, entre les grands principes et leurs conséquences concrètes, le Pape se réfugie dans les seuls principes, sans proposer de véritables critères de discernement pour les appliquer à la complexité du réel, et tant pis pour les conséquences. Il cite l’Afrique du Sud pour parler de l’installation d’une paix juste après une longue période d’oppression : ne sait-il pas la criminalité d’une atroce brutalité qui ravage ce pays ? Après deux mille ans de réflexions et d’expérience, l’Église n’aurait-elle rien de mieux à proposer qu’une caricature, ne verrait-elle que le martyr comme alternative à l’égoïsme et à la prédation ?

Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique!

François, qui dans une précédente encyclique (Gaudete et exsultate, paragraphe 118) considérait que « l’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations », n’appelle pas au don de soi mais au sacrifice des siens pour atteindre sa propre sainteté. En apparence, il ne fait qu’exiger l’application stricte de ce passage des évangiles : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. » (Luc 6, 29-30) Mais en le prenant au pied de la lettre, sans la moindre nuance et sans l’apport de la tradition (bel exemple de fondamentalisme), il nous demande d’accepter la destruction de tout ce qui nous a été transmis pour voir nos enfants livrés à la barbarie et notre civilisation dépecée au profit de l’Autre, cet Autre fantasmé dont il a fait son Christ et son dieu.

Nouvelles idolatries

Fratelli Tutti confirme hélas mes précédentes analyses au sujet du Pape François et de son idéologie : la compromission avec les islamistes sur fond d’une vision absurdement idéalisée des religions monothéistes, contredite tant par le jihad que par les bûchers de l’Inquisition, la détestation manifeste de l’Europe, l’idolâtrie des migrants et une étrange vision du christianisme dont l’aboutissement serait le sacrifice de la chrétienté, voire de l’Humanité. Critiquer sans nuance, même au détour d’une phrase, la baisse de la natalité (paragraphe 19) alors que la bombe démographique est une réalité, c’est semer partout et pour tous les peuples du monde les graines du chaos et de la misère.

Le leitmotiv de « l’ouverture », au lieu de s’appuyer sur l’incroyable richesse de connaissances d’une Église qui est tout de même la plus ancienne institution humaine, pour analyser les succès et les échecs du passé, préfère s’enfermer dans la théorie pure en niant totalement le fameux paradoxe de la tolérance de Karl Popper. Lorsque François écrit « les cultures différentes, qui ont développé leur richesse au cours des siècles, doivent être préservées afin que le monde ne soit pas appauvri » comment ne pas avoir envie d’acquiescer ? Mais vient alors la question : et lorsque ces cultures reposent sur des injustices profondes, telles que le sexisme, le refus de la liberté de conscience, ou jadis les sacrifices humains ? Delenda Carthago ! Rome aurait-elle dû laisser se perpétuer les sacrifices d’enfants jetés vivants dans les flammes à la gloire de Moloch ? Nous, Occidentaux, avons-nous eu tort d’imposer au reste du monde l’abolition de l’esclavage ? À cela, François ne répond pas. Et quand on sait que cette phrase se retrouve dans un paragraphe (le 134) consacré à l’accueil des migrants, on comprend que le Pape ne nous encourage pas à préserver notre culture en même temps que nous respectons celles des autres, mais à accepter la fragmentation, la libanisation de notre pays au nom du multiculturalisme. Il n’est pas surprenant que Jean-Luc Mélenchon, dont le parti courtise sans retenue la mouvance indigéniste et décoloniale, ait salué cette encyclique avec autant d’enthousiasme ! « Ses mots ressemblent assez aux miens pour que j’en sois ému » écrit le tribun d’extrême-gauche. Il a raison, et par moment on croirait même entendre ceux de Rokhaya Diallo : irrémissible culpabilité des Occidentaux et innocence ontologique de tous les autres.

Vers une gouvernance supra-nationale?

Enfin, écrivant « nous pouvons alors affirmer que chaque pays est également celui de l’étranger, étant donné que les ressources d’un territoire ne doivent pas être niées à une personne dans le besoin provenant d’ailleurs » (paragraphe 124) le Pape s’oppose de fait à l’idée même de souveraineté des états. Il fait l’éloge de la gouvernance supra-nationale, et ne la modère que lorsqu’il s’agit de combattre l’influence culturelle occidentale. Concrètement, c’est l’idée de Nation et la légitimité du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que l’encyclique rejette – du moins pour les peuples occidentaux.

Non que je fasse l’éloge d’égoïsmes nationaux débridés, de l’utilisation égocentrique des biens dont nous disposons, ou de l’indifférence aux besoins des autres, quels que soient ces autres, proches ou lointains. La priorité à donner au bien commun est un authentique impératif moral. Mais toute la question est l’articulation de cet impératif incontestable avec un autre impératif, celui du soin particulier que je dois avoir pour ceux qui me sont plus spécialement confiés : mes enfants, mes amis, mon peuple. Et je ne peux qu’être profondément déçu de constater qu’encore une fois le Pape, qui pourtant revendique l’autorité de la sagesse qui présida à la naissance du Cosmos, est incapable de concevoir une autre alternative à l’égoïsme que de se laisser dépouiller sans réagir par les premiers venus.

Il y a encore un aspect de l’encyclique qui doit être souligné, un étrange péché d’orgueil : sous les applaudissements d’Al-Azhar, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, pourtant deux des plus grands théologiens catholiques. Des explications s’imposent.

L’université Al-Azhar, l’une des instances de référence de l’islam sunnite, a salué publiquement l’encyclique Fratelli Tutti et s’en est réjouie. Elle avait en revanche qualifié « d’acte criminel » la réédition des caricatures de Charlie. Son Grand Imam, Ahmed Al-Tayeb, avait aussi déclaré en 2016 que « les savants de l’islam et les imams des quatre écoles juridiques (du sunnisme) considèrent que l’apostasie est un crime, et sont d’accord pour affirmer que l’apostat doit renoncer à son apostasie, ou être tué » et conclu en citant ce hadith tristement célèbre : « Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih d’Al Boukhari, livre 87, hadith 17) Depuis, Ahmed Al-Tayeb a affirmé qu’il était malvenu de demander des comptes à Al-Azhar au sujet de cette mise à mort des apostats, dans la mesure où en Égypte il y a des athées qui passent à la télévision et ne sont pas tués ! Circulez, il n’y a rien à voir. Rappelons donc que dans la quasi-totalité des pays musulmans l’apostasie est interdite et punie par la loi, et passible de la peine de mort dans douze d’entre eux. Cas concret parmi d’autres : un musulman qui voudrait se convertir au christianisme, c’est-à-dire en termes chrétiens répondre à l’appel du Christ Lui-même.

Mais voici ce qu’écrit François : « je me suis particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmed Al-Tayeb », et à plusieurs reprises il se réfère à leurs déclarations communes. Disons-le autrement : Fratelli Tutti est une encyclique que le Pape a écrite sous les encouragements d’un homme dont il dit partager bien des convictions, un homme qui pourtant cautionne pleinement le fait que sa religion à lui, et les états dont la législation s’en inspire, condamnent à mort ceux qui voudraient devenir chrétiens. N’y aurait-il pas comme un problème ?

Jamais plus la guerre?

Ce n’est pas tout. Depuis vingt siècles, l’Église réfléchit à la notion de « guerre juste », aussi bien par le jus in bello (droit dans la guerre ; comment se comporter en cas de guerre) que le jus ad bellum (droit de faire la guerre : quand le recours à la guerre est-il possible ?). Suivant l’impulsion donnée par Platon, Aristote, puis Cicéron, les Pères de l’Église ont cherché à concilier les béatitudes avec un constat de simple bon sens. En termes modernes, nous pourrions présenter ce constat ainsi : toute doctrine dont l’application conduirait à se ranger du côté de Chamberlain contre Churchill et à préférer Hitler à la guerre est une doctrine fondamentalement viciée.

Tâche ardue s’il en fut ! Mais que l’on adhère ou non au résultat final, nul ne peut nier la profondeur intellectuelle et morale de ce qui a été patiemment élaboré, notamment par Saint Augustin, puis Gratien, et trouva sa forme sans doute la plus aboutie chez Saint Thomas d’Aquin.

Or Fratelli Tutti, après avoir condamné à juste titre des dérives récentes dans l’interprétation de la « guerre juste » et notamment dans le recours à la « guerre préventive », affirme surtout en conclusion sur le sujet (paragraphe 258) : « Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! » Ces « critères rationnels, mûris en d’autres temps » qu’il serait « très difficile aujourd’hui de défendre » ce sont ceux du Docteur Angélique, balayés d’un revers de la main par François.

On pourrait lui répondre tout simplement en lui retournant ce qu’il écrit lui-même (paragraphe 13) : « Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? »

Et cette injonction : « Jamais plus la guerre ! » Aspiration eschatologique, désir de Fin des Temps, car ce moment où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira » (Isaïe 11,6) n’est pas un projet historique humain, mais l’annonce de la fin de l’histoire humaine. « Jamais plus la guerre ! » slogan lénifiant d’un ridicule achevé dans un monde où les tyrans assoiffés de conquêtes et les foules affamées de violence sont une réalité, y compris à nos portes – je pense par exemple à Erdogan et à ses soutiens. Ridicule aussi, l’appel du Pape à renoncer définitivement à l’arme nucléaire, lorsque l’on sait que le Pakistan en dispose et que, bien évidemment, ce pays qui soutient les Talibans et pratique la peine de mort pour blasphème se moque des injonctions de François comme de sa première lapidation. Ce sont là des réflexions que j’ai déjà eu l’occasion de développer.

Qu’est donc devenue l’Église qui permit jadis l’épanouissement de l’idéal chevaleresque ? Qu’est devenue l’Église de Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, lui que Soliman le Magnifique, loin des embrassades hypocrites de François et Ahmed Al-Tayeb, fit saluer à sa mort dans les mosquées de son empire en y proclamant : « Croyants, apprenez d’un infidèle comment on accomplit son devoir jusqu’à être admiré et honoré de ses ennemis » ? Qu’est devenue l’Église de Jeanne d’Arc, elle qui sut lutter autant contre les ennemis de son pays que contre les crimes qu’aurait pu commettre sa propre armée, elle qui porta haut l’exigence éthique sans fuir le devoir de combattre ? Et que l’on permette au païen que je suis de s’incliner devant cette jeune fille, héroïque et sainte, et de saluer dans ses actes l’accomplissement du long cheminement moral qui s’écrivit pour la première fois en Occident dans l’Iliade, lorsque Priam et Achille reconnaissent par-delà l’affrontement leur commune humanité.

Un texte médiocre qui malmène la fille aînée de l’Eglise

François lui-même l’affirme : nous sommes dans un monde en crise, parcouru de tensions croissantes. À notre petite échelle nous parlons, et c’est malheureusement exact, de l’ensauvagement de notre société. Les professionnels, qui eux ont le courage de penser le réel, nous mettent en garde : nous devons nous préparer à des conflits de haute intensité. Nous n’avons pas besoin de rêver d’un monde sans affrontements, nous ne consacrons déjà que trop de temps à nous réfugier dans ce rêve, nous avons besoin de réfléchir à l’éthique du combat, nous avons besoin de pistes concrètes pour empêcher que la guerre, qui est toujours un drame terrible, ne devienne une monstruosité sans nom. Vouloir la paix, ce n’est pas s’imaginer que tout le monde la voudrait mais se donner les moyens concrets de l’obtenir. C’est, sans s’engager dans une logique de surenchère destructrice, se souvenir tout de même qu’aucun peuple désarmé n’a jamais vécu bien longtemps à la fois en paix et libre. Si vis pacem, para bellum. L’Église qui fut celle des chevaliers, et plus récemment celle d’Arnaud Beltrame, n’aurait-elle donc plus rien à apporter à cette réflexion commune ?

Et même en faisant abstraction du fond, notons qu’il y a fort peu d’humilité chrétienne dans le mépris évident du Pape pour les travaux de Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, sans même parler de Platon, Aristote ou Cicéron, alors que tous les cinq le dépassent manifestement de très loin sur le plan intellectuel et – au moins pour Platon et l’Aquinate – sur les plans spirituel et théologique.

Dernier point. Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui, on l’a vu, attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique, et que le ministre de l’Intérieur impose au clergé catholique français de se désolidariser officiellement de cette encyclique pour continuer à prêcher. Nous voulons à juste titre imposer aux musulmans de placer l’exigence d’éthique et de vérité, mais aussi les lois de la République et la loyauté envers la France, au-dessus des injonctions du Coran. Nous devons imposer aux catholiques, et plus encore les catholiques de France doivent s’imposer à eux-mêmes, de montrer l’exemple en plaçant cette même exigence, ces mêmes lois et ce même pays au-dessus d’une encyclique aussi arrogante que médiocre.

Après tout, on sait depuis Philippe le Bel que la Fille Aînée de l’Église n’a pas attendu d’être laïque pour remettre périodiquement sa mère à sa place.

L’indépendance du Cap-Occidental, un fantasme?

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D.R.

Depuis 2007, le Cape Party milite pour l’indépendance du Cap-Occidental en Afrique du Sud


C’est ici que les premiers Afrikaners ont débarqué au cours du xviie siècle et se sont établis en colonie. Le Cap-Occidental est reconnu pour être le premier terroir viticole et touristique de l’Afrique du Sud. Une province que se partagent pas moins de neuf ethnies différentes. Créé en 2007, le Cape Party milite pour que cette province fasse sécession du reste de l’Afrique du Sud. Jusqu’ici, ce mouvement fondé par Jack Miller, un businessman blanc, a toujours obtenu des résultats médiocres. Début septembre, le Cape Independence Advocacy Group (CIAG), un lobby, a publié un sondage explosif sur la question. En effet, contre toute attente, 47 % des personnes interrogées souhaitent que cette proposition soit soumise à référendum quand 36 % demandent purement et simplement que l’indépendance soit proclamée.

Dans la seule province qu’elle gouverne, l’Alliance démocratique, premier parti d’opposition au Congrès national africain (ANC) de feu Nelson Mandela, a d’ores et déjà balayé toutes demandes en ce sens. Pour Pierre de Vos, un référendum ne peut avoir lieu que si le président de la République le décide. « Le défaut de ce plan est qu’il est simplement irréalisable », affirme ce professeur de droit constitutionnel à l’université du Cap. Pour beaucoup d’analystes, il s’agit là d’une tentative désespérée d’Afrikaners extrémistes qui tentent d’établir un volkstaat. Mais pour Jack Miller, l’État du Cap de Bonne-Espérance n’est pas un fantasme. Dans son combat, il a été rejoint l’année dernière par Khoebaha Calvin Cornelius III, le roi des Khoisans, qui souhaite établir sa propre monarchie indépendante. Jack Miller se justifie en dénonçant « la prise en otage par un système politique qui continue d’ignorer la liberté humaine, pille les ressources au profit de quelques-uns et persécute divers groupes de personnes », niant tout racisme. Restent que 65 % des Blancs soutiennent cette sécession quand 84 % des Noirs la rejettent.

Contre les Lyssenko du politiquement correct

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Université d'Utah, 25 mai 2020 : travailleurs de la santé et étudiants en médecine affichent leur soutien au mouvement Black Lives Matter. © Rick Bowmer/AP/SIPA AP22461574_000011

Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre vient désormais combler chaque mois cette lacune. À vous les labos!


« Il faut réagir, on ne peut pas rester comme ça. » L’inquiétude dans la voix qui m’accueille sur Skype en ce soir de septembre n’est pas feinte. C’est celle d’Andreas Bikfalvi[tooltips content= »Tous les chercheurs cités dans cet article expriment leurs opinions personnelles et non celles d’une quelconque institution à laquelle ils sont affiliés. »](1)[/tooltips], éminent spécialiste franco-allemand de la biologie du cancer rattaché à l’université de Bordeaux et à l’Inserm, où il dirige une unité de recherche. Au sein de cette vénérable institution, il siège également dans la commission scientifique spécialisée « Pathologie du développement, hématologie et cancérologie » à laquelle il vient de consacrer une longue journée d’examen de dossiers, ce qui explique l’heure tardive de notre entretien. Pour autant, il ne désarme pas. « C’est dément, c’est complètement fou, martèle-t-il, le problème est gigantesque. »

Ce qui agite Bikfalvi ? Le même tourment qui lui a fait rédiger quelques semaines plus tôt une tribune à destination de Science et Nature avec Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS et expert en biologie végétale : la « racialisation » des STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Le mouvement fermentait aux États-Unis depuis un petit bout de temps, mais s’est accéléré comme jamais avec la mort de George Floyd aux mains de la police de Minneapolis en mai. « Bien que nous admirions de nombreux aspects de la culture américaine, écrivent Bikfalvi et Kuntz dans un texte finalement publié à la mi-août dans le magazine australien Quillette, nous rejetons son impérialisme culturel – y compris cette nouvelle forme soi-disant progressiste par laquelle les États-Unis visent à imposer leur propre tribalisme racial obsessionnel au reste du monde. »

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De fait, depuis le début de l’été, toutes les plus grandes revues – Science, Nature, les PNAS, etc. – et quasiment toutes les institutions scientifiques américaines – les académies des sciences, d’ingénierie et de médecine – y sont allées de leurs communiqués componctueux et ont battu leur coulpe en dénonçant un prétendu « racisme systémique » censé les grignoter jusqu’à la moelle. Les actes de contrition ostentatoire ont succédé aux textes pontifiants. Le 9 juin, l’American Physical Society (APS), une société savante rassemblant 55 000 physiciens, annonçait son adhésion à la campagne #Strike4BlackLives (« en grève pour les vies noires »), rejointe le lendemain par les #ShutDownSTEM (« rideau sur les STEM ») ou #ShutDownAcademia (« rideau sur l’université ») déployés dans une multitude de groupes scientifiques, laboratoires et établissements d’enseignement supérieur. Que les naïfs qui envisageraient de régler le problème du racisme, comme tant d’autres, par davantage de science aillent serrer leur haire avec leur discipline. Une journée « science morte » serait apparemment beaucoup plus utile à la cause.

Pour Bikfalvi, qui voit dans cette attaque contre l’objectivité et la vérifiabilité un véritable « 11-Septembre de la science », la ligne rouge a été franchie par une tribune du chimiste Holden Thorp. Publié le 12 juin dans Science et intitulé « Il est temps de se regarder dans la glace », ce texte affirme sans ambages que « les preuves du racisme systémique dans les sciences imprègnent cette nation (les États-Unis). Il est temps pour l’establishment scientifique de se confronter à cette réalité et de reconnaître son rôle dans sa perpétuation. La première étape consiste pour la science et les scientifiques à avouer tout haut qu’ils ont bénéficié de la suprématie blanche sans jamais l’admettre. » L’emphase toute religieuse de cette rhétorique rappelle des heures bien sombres, quand la science n’était pas séparée de la politique, comme le début du xxe siècle européen et américain quand des eugénistes et des darwinistes sociaux voulaient régénérer la société à coup de stérilisations forcées et d’élimination des humains indésirables. Ou encore, l’époque, cinquante ans plus tard en Russie, où Staline faisait les yeux doux à Trofim Lyssenko, agronome et biologiste opposé à la génétique mendélienne par trop incompatible avec les fondements du communisme. Le tout au prix de désastres agricoles, de famines et de nombreux scientifiques « bourgeois » arrêtés, exécutés ou envoyés mourir au goulag.

Le physicien et cosmologue américano-canadien Lawrence Krauss fait partie, comme Bikfalvi, des scientifiques atterrés par cette soumission de la science à l’idéologie. Le 12 juillet, dans le Wall Street Journal, il dénonçait la « corruption idéologique de la science », prélude à une « dégradation du progrès scientifique ». Sa tribune se concluait par un appel aux armes : « Pour empêcher l’effondrement, les leaders et les sociétés scientifiques ainsi que les administrations des universités doivent publiquement défendre non seulement la liberté d’expression dans le domaine scientifique, mais aussi la qualité des recherches, indépendamment de toute doctrine et abstraction faite des exigences de telle ou telle faction politique. »

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Un vœu pieux ? Quand je le contacte début septembre, il tient à rester optimiste en invoquant le temps long. Sans doute une déformation professionnelle quand on travaille sur le cosmos. « Ce n’est pas parce qu’une bataille a été perdue que la guerre le sera, m’écrit-il. Comme lors de la Terreur de 1793 ou de l’hystérie anticommuniste de l’ère McCarthy aux États-Unis, le feu en vient à se dévorer lui-même et même si cela fait de gros dégâts, les voix de la raison finissent par se faire réentendre. C’est ce qui se passe à chaque fois que la “religion” l’emporte sur la raison. »

À l’instar de Bikfalvi et Kuntz, Krauss voit du religieux dans l’antiracisme façon BLM et, plus généralement, dans la quérulence de la gauche identitariste débordant aujourd’hui jusque dans les sciences dites « dures ». Comme tout dogme, celui-ci intime que « certaines revendications soient sacrées et qu’on interdise de les remettre en question », précise le physicien. « Il n’est pas non plus acceptable d’être tout simplement “neutre”, on vous somme de condamner ouvertement tout ce que les sentinelles sociales considèrent comme mal. Comme à chaque fois que cela s’est produit, cela ne va pas bien se passer. »

Une lueur d’espoir scintille avec le concert de louanges qui a accueilli les tribunes de Krauss et de Kuntz et Bikfalvi. Mais ce dernier ne peut s’empêcher de s’étonner. « On nous dit qu’on a fait preuve d’un courage et d’une intégrité scientifique exceptionnels, mais moi je ne me sens pas très courageux, je ne vis pas en dictature, je ne vis pas en théocratie. » On a parfois quelques raisons d’en douter.

La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

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La Tour EDF (PB6) dans le quartier de la Défense, dans l'ouest parisien © MARIO FOURMU/SIPA Numéro de reportage : 00917792_000002

La situation financière très dégradée d’EDF nécessite une aide rapide et massive de l’État au groupe public. Compte tenu de son endettement, il est virtuellement en faillite. Mais en contrepartie de ce soutien indispensable, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne exige qu’EDF soit transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales. Une difficile négociation a commencé entre Paris et Bruxelles. Le destin d’EDF sera scellé avant la fin de l’année.


Il s’agit d’une bombe dans le monde de l’énergie en France. Le site Reporterre a révélé l’existence d’un document émanant de l’Agence des participations de l’Etat qui détaille les demandes de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne en contrepartie du soutien indispensable de l’Etat à EDF. La Commission exige ni plus ni moins qu’un démantèlement de l’électricien français aujourd’hui virtuellement en faillite. Ce dernier doit supporter une dette financière brute qui se montait à 61 milliards d’euros à la fin de l’année 2019 et trouver également dans les prochaines années les moyens de financer des dizaines de milliards d’investissements, notamment dans le nucléaire.

Une recapitalisation urgente

Il faut y ajouter la baisse brutale cette année de la demande et des prix de l’électricité, du fait des conséquences économiques de la pandémie, qui coïncide avec des opérations de maintenance importantes des centrales nucléaires, perturbées elles aussi par la crise sanitaire. Il y a également les retards, surcoûts et difficultés récurrentes du chantier de l’EPR de Flamanville, le retard du chantier de la centrale nucléaire d’Hinkley Point au Royaume Uni et le conflit avec les distributeurs indépendants d’électricité. Tout cela a contribué à dégrader encore plus vite la situation financière d’EDF.

En kiosque: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Le temps presse maintenant pour recapitaliser la société. A la fin de l’année, elle dépassera très certainement le ratio dette sur Ebitda [bénéfice brut] de 2,7 fois. Une fois ce seuil franchi, EDF sera dégradé par les agences de notation ce qui augmentera le coût de ces emprunts.

Transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales

Mais la Commission n’a pas vraiment les mêmes objectifs que l’Etat français. Elle veut avant tout s’assurer que le groupe public ne bénéficie par d’avantages trop importants  face à ses concurrents européens. L’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique de 83,6 % au capital d’EDF, résumait ainsi le 6 mai dernier les exigences de Bruxelles: «la position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci… Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré...»

La Direction générale de la concurrence justifie le démantèlement par «l’ampleur de l’aide qui serait octroyée à EDF… afin d’éviter que le soutien au nucléaire régulé ne profite d’une quelconque manière aux autres entités du groupe». Tout cela se traduirait par un changement radical de nature du plan de sauvetage d’EDF, baptisé Hercule, dont les grandes lignes ont été définies l’an dernier.

Le plan Hercule

L’idée directrice d’Hercule est d’isoler la production nucléaire et ses risques financiers du reste du groupe. Cette entité nucléaire baptisée société Bleue devrait aussi comprendre les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

L’esprit du « Piéton » de Paris

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Détail de la couverture du recueil © éditions du Sandre.

L’intégralité des chroniques parisiennes de Léon-Paul Fargue enfin réunies dans un beau volume


Dans la chronique comme dans d’autres disciplines athlétiques, il y a les parvenus et les maîtres, les suiveurs et les sprinteurs. Car, ne vous y trompez pas, la chronique est un sport de haut niveau, la performance est son mode d’expression, elle demande régularité et fulgurances, endurance et accélérations dans les derniers mètres, ce coup de rein salvateur qui réveille le lecteur en l’extrayant de ses habitudes paresseuses. Léon-Paul Fargue (1876-1947), montmartrois de cœur et jet-setteur avant l’heure, fut cet oiseau de nuit, aussi à l’aise dans le tout-Paris arty que rue Lepic, au milieu des autochtones affairés. Fargue, poète du bitume, sociologue du pavé, rétameur du Vieux Paris avait un tour de main que l’on devrait enseigner dans les écoles, un toucher de plume qui irisait les boulevards. Une manière de fixer l’objectif sur un quartier, une rue, une personnalité ou une attitude, dressant ainsi un catalogue des apparences parisiennes, à la fois traité de psychologie intra-muros et cartographie du quotidien.

Un Champollion promeneur

Fargue, ce Champollion promeneur a décrypté les us et coutumes d’une population disparue, de ces métiers abandonnés et des identités rattachées à chaque arrondissement. Il a su définir cette matière humaine instable, le froissé, défroissé des habitants de la capitale : « Un Parisien riche est un Parisien, un Parisien pauvre également. C’est une sorte de teinte, cela correspond à la qualité d’un tissu ». Relire Fargue, se lover dans sa prose, c’est respirer l’Air de Paris, mais surtout apprécier son art de la digression et son côté artificier. Avec lui, c’est tous les soirs, nuit de 14 juillet, le brillant d’une description n’est jamais gratuit, derrière l’éclat, le pamphlétaire, moraliste par nature, veille au recadrage. L’amertume pointe souvent son nez sous l’aspect carnavalesque de sa lyre urbaine.

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Les Éditions du Sandre ont choisi comme saine et inestimable mission de présenter les œuvres complètes de l’artiste, elles viennent d’abord de réunir l’intégralité des chroniques parisiennes (1934-1947) sous le titre  L’Esprit de Paris  (une édition établie et annotée par Barbara Pascarel). Suivront prochainement un tome II « Poésie et récits » et un tome III « Chroniques littéraires, artistiques, politiques et autres écrits ».

Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Léon-Paul Fargue, au n°1 de la place qui porte désormais son nom dans le 6e arrondissement. Image wiki commons.
Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Léon-Paul Fargue, au n°1 de la place qui porte désormais son nom dans le 6e arrondissement. Image wiki commons.

Ce beau et gros volume de plus de 740 pages comprend Le Piéton de Paris (1939), les Chroniques Parisiennes de 1934 à 1941, les Chroniques de Paris sous l’Occupation de 1941 à 1944 et les Textes d’Après-Guerre de 1945 à 1947 et Posthumes. Aujourd’hui où Paris croule sous le règne du marteau-piqueur et où les cafés ferment en milieu de soirée à cause d’une pandémie, il est instructif et drôle de retrouver notre capitale (déjà) en chantier permanent et ce, avant-guerre. Fargue dénonce le plan d’urbanisme Marquet (1934) censé décongestionner la ville : « Ce Paris n’est plus. On l’excorie, on le laboure, on le dépiaute, on le vide comme un lapin. […] Aujourd’hui, Paris ressemble entre ses portes à un souvenir de guerre, à Moscou qui se débyzantinise, au Creusot, à la Ruhr, à la Truyère ».

La guerre entre Montmartre et Montparnasse

Fargue demeure le meilleur analyste militaire dans la guerre fratricide qui opposa Montmartre à Montparnasse, dans cette lutte, il ne cacha pas son indéfectible soutien à la Rive Droite, griffant dès qu’il le pouvait, les coquetteries de la Rive Gauche : « Beaucoup de Parisiens de la grande époque faisaient le voyage de Montparnasse comme on ira aux chutes du Niagara ou à l’effondrement de Mars […] Montmartre a pour moi plus d’humanité, plus de poésie, plus de classe, et, comme dit l’autre, on s’y défend encore, ce qui signifie que l’on y est encore chez soi. Tout autre est l’atmosphère de Montparnasse, quartier minuscule et grouillant, sans histoire et sans légende ».

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Fargue contre les fermetures covid

Les cafetiers dans la difficulté auraient bien besoin d’un Fargue pour prendre leur défense. Aux pires heures de l’histoire, quand Paris avait pris l’accent fridolin, le bistrot était cet âtre qui tient chaud aux Hommes ayant perdu honneur et espoir : « C’est dans un café que l’orgueil tombe à nos pieds, que le vrai talent se fait reconnaître, que les bavards emploient, pour conter ou pour définir, des images vigoureuses et des termes précis où se reconnaissent le souffle de la vie et la bonne odeur des choses exactes. Mais où sont encore ces lieux divins, dans la migraine indigo de l’Europe ? ».

L’Esprit de Paris de Léon-Paul Fargue – édition intégrale des chroniques parisiennes – Éditions du Sandre.

L'esprit de Paris: Chroniques parisiennes 1934-1947

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