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Sapphô, le vrai génie lesbien

Alice Coffin : Prise en charge demandée!

Sapphô, le vrai génie lesbien
Alice Coffin est une journaliste et militante LGBT, cofondatrice de la Conférence Européenne Lesbienne et de l'Association des journalistes LGBT. Elle est élue EELV au Conseil de Paris depuis 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00983858_000015

 La militante énervante Alice Coffin est malheureusement si loin de Sapphô, poétesse grecque de l’Antiquité dont l’œuvre est parvenue jusqu’à nous…


Alice Coffin et son livre Le génie lesbien sont sans véritable intérêt – à part, peut-être, comme cas concrets illustrant un traité de psychopathologie. En revanche, ce qui doit être pensé, c’est l’engouement de certains pour sa personne et ses écrits, révélateur des aspirations totalitaires, de l’arrogance et du refus de tout universalisme de cette gauche régressive qui se dit « progressiste ».

Ainsi naissent les goulags

Remarquons d’abord qu’en France, en 2020, un parti (EELV) ayant gagné les mairies de bien des grandes villes fait siéger au conseil municipal de la capitale une personne relevant soit de la prise en charge psychiatrique, soit du fanatisme crasse. Il est vrai qu’à côté du maire de Bordeaux opposé aux sapins de Noël parce que ce sont des « arbres morts » mais célébrant volontiers la mise à mort des moutons de l’Aïd, et du maire de Lyon refusant la cérémonie des échevins au nom de la laïcité mais fier de poser la première pierre d’une mosquée, Alice Coffin fait presque figure de personnalité raisonnable et équilibrée au sein de son parti.

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Remarquons aussi l’absence totale de colonne vertébrale éthique de cette intelligentsia qui salue les propos d’une personne se vantant de rejeter les mâles, au point de déclarer qu’il faudrait les éliminer (on espère, mais sans certitude, que ce n’est qu’une figure de style), mais qui hurlerait si les mêmes propos étaient tenus au sujet des femmes, ou d’autres catégories. Le camp du Bien, ce n’est pas nouveau, s’autorise tout au nom de ce Bien qu’il est persuadé d’incarner, et ainsi naissent les goulags.

Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd'hui en kiosque.
Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd’hui en kiosque.

Remarquons enfin qu’il n’y a ni cohérence ni honnêteté dans la posture militante d’Alice Coffin : refusant ce qui vient des mâles, fière de bouder leurs œuvres cinématographiques ou musicales, elle ne voit pourtant aucun problème à bénéficier des suffrages masculins lors d’une élection, des impôts payés par des hommes dans sa rémunération, et des réalisations scientifiques, techniques ou médicales mises au point par des mâles. Mais elle est chez EELV, et la cohérence intellectuelle n’est pas le point fort de ceux qui au nom de l’écologie veulent fermer les centrales nucléaires pour rouvrir des centrales à charbon….

Mais il n’y a pas que ça

Quelle est donc cette mode selon laquelle on peut se vanter de refuser par pure idéologie d’admirer la 5ème symphonie de Beethoven ou Show Must Go On de Freddy Mercury ? Se vanter d’amputer sa propre humanité de ce qui nous permet de pleurer d’émotion en les écoutant ? Leurs œuvres auraient-elles été conçues pour servir de propagande à l’horreur, pour qu’on les rejette ainsi ? Même pas : mais leur sexe déplaît. Qu’est-ce qui a pu produire un contexte dans lequel des faiseurs d’opinion encouragent cette démence ? Quelle est cette arrogance qui fait croire à une poignée de chroniqueurs et de militants qu’ils pourraient, eux, du haut de leur supériorité auto-proclamée, se permettre de dédaigner le génie, sans oublier le talent et le travail de dizaines voire de centaines de générations ?

Vouloir faire table rase du passé n’a jamais engendré que des horreurs. On s’interdit ainsi de s’enraciner, de se nourrir de la patiente maturation des siècles, on s’interdit de s’inscrire dans la durée et dans cet indéfinissable pacte qui fonde les civilisations en unissant ceux qui ne vivent plus, ceux qui vivent et ceux qui ne vivent pas encore, et on s’interdit d’admirer, n’ayant des accomplissements d’autrui qu’une vision nombriliste et utilitaire.

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Or, il n’y a pas de grandeur sans admiration, cet élan qui dans le même mouvement nous oblige à l’humilité et nous inspire l’excellence. César admirait Alexandre, au point pour un temps de craindre de n’avoir rien fait de sa vie, lorsqu’il la comparait à celle de celui qui, à 30 ans, avait bâti un empire et était considéré comme un dieu vivant. Alexandre admirait Achille, emportant partout avec lui un exemplaire de l’Iliade, pour ne jamais oublier la mesure selon laquelle sont jugés les héros parmi lesquels il aspirait à prendre place. Et Achille côtoyait les Dieux.

Triste Sapphô

J’aime cet aphorisme de Chesterton : « La démocratie nous interdit de négliger l’opinion d’un honnête homme même s’il est notre valet de chambre. La tradition nous requiert de ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est notre père. » Il faudrait désormais ajouter « ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est un homme » pour rappeler cette évidence universaliste, car c’est aussi d’universalisme qu’il s’agit.

Dans leur arrogance, Alice Coffin et ses thuriféraires sont tragiquement loin de ce qu’ils prétendent célébrer. Le génie lesbien par excellence, le vrai, c’est Sapphô. Et le mâle hétérosexuel que je suis ne connaît pas de plus beau texte pour parler d’amour que son Hymne à Aphrodite, prière et poésie, éclatante et inégalable. Car la poétesse de Lesbos n’a pas chanté l’amour lesbien à l’exclusion de tout autre : elle a témoigné avec une sincérité absolue, et pour ses bien-aimées elle a évoqué et invoqué l’Amour lui-même, le Désir et la Beauté, dans leurs essences éternelles, universelles, divines. Chacun de ses vers va au-delà des mots pour éveiller cette part de notre âme capable de ressentir ce qu’elle célèbre, qui que nous soyons. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais un seul être humain authentiquement amoureux qui ne puisse faire siens les mots de Sapphô pour dire ce qui le bouleverse.

Comment ? On pourrait être touché et inspiré par les œuvres de quelqu’un dont on ne partage pas le sexe, le genre ou l’orientation sexuelle ? Comment ? Des hommes ont au fil des siècles admiré la poétesse, l’ont appelée la Dixième Muse, ont perpétué sa mémoire, et sans ces mâles le mot même de « lesbien » nous serait inconnu ? Idées sacrilèges pour la gauche régressive, ce clan barbare qui voudrait réduire Éros et Aphrodite et l’art et la beauté à ses petits calculs militants, ses petites détestations, ses petites censures. Dieux ! Que ces gens sont médiocres.

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Mais Sapphô, elle, n’avait pas besoin de mépriser Homère pour se sentir exister. Elle était, elle accomplissait, elle créait. Authentique génie lesbien, oui, d’une femme qui sans jamais renier celle qu’elle était ni ce qu’elle était, et sans jamais non plus confondre les deux, les a portés au sublime, a tutoyé l’âme du monde et atteint l’éternité.

Triste misère d’Alice Coffin. Refusant l’universel, elle refuse ce chemin magnifique de l’art véritable qui, en portant le particulier à son accomplissement, en fait l’incarnation de ce qu’il y a de plus haut dans notre essence commune, et qui parle à tous. Triste misère de ceux qui vantent un livre appelé Le génie lesbien mais seraient désespérément incapables de comprendre Sapphô.

Le génie lesbien

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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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