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Alice Coffin, la femme barbante

Causeur a lu "Le génie lesbien"

Alice Coffin, la femme barbante
Alice Coffin © Jean-Francois PAGA / Opale via Leemage.

La militante lesbienne publie un livre sans style, sans réflexion théorique et tout en slogans. Seules ses contradictions personnelles et de rares traits d’humour lui confèrent une dimension humaine


Le Génie lesbien, d’Alice Coffin, paraît le 30 septembre chez Grasset et fait déjà couler beaucoup d’encre. Cette activiste du lesbianisme, journaliste et élue EELV du 12e arrondissement, qui a obtenu la mise au ban de Christophe Girard pour cause de soi-disant complicité avec Gabriel Matzneff est déjà connue du grand public pour ses fracassantes déclarations misandres. Mais de quoi retourne ce fameux « génie lesbien » ?

Tout d’abord c’est très pénible à lire, brouillon, indigeste. Sans style, sauf peut-être dans la litanie, interminable, de ses héroïnes activistes lesbiennes, Ellen DeGeneres, Andrea Dworkin, symbole du féminisme radical, et Angela Davis, qui commit cependant le péché capital de ne pas dévoiler son homosexualité.

Est-ce un manifeste ? Non. Coffin ne théorise rien, elle se contente de recenser les actions de ses consœurs en faisant une vague propagande lesbianiste et exaltée à coups de slogans accrocheurs : « Être lesbienne est une fête. » C’est Hemingway chez les situationnistes.

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De ce salmigondis mi-agit-prop, mi-confession d’une enfant de ce triste siècle, on ne retient en effet que des slogans. On sort de la lecture de ce délire avec le tournis et très peu convaincu de l’existence d’un quelconque génie lesbien.

En réalité, l’ouvrage de Coffin ressemble aux provocations d’une ado en crise dont nous serions les parents. Elle cherche à choquer, mais finalement ne choque pas grand monde. Et c’est en cela qu’elle en devient presque touchante. En effet, sous le vernis attendu des éternelles antiennes intersectionnelles, dont l’éloge des femmes voilées qu’elle considère comme ses sœurs, comme elle vilipendées par les affreux réacs universalistes, se dessine le portrait d’une femme mal à l’aise avec son orientation sexuelle. Son engagement auprès du collectif La Barbe donne cependant lieu à un des rares passages drôles du livre : elle y raconte son émotion quand on lui fabrique sa première « barbe » en moquette, signe distinctif arboré par ces agitées. Alice est finalement une sale môme.

Elle avoue s’être fait violence pour accepter son corps. Obsédée par les coming out organisés aux États-Unis comme des happenings politiques, Coffin reproche aux lesbiennes françaises old school, à l’image de Muriel Robin, qui pourtant s’affiche au grand jour, d’être trop discrètes au sujet de leur préférence pour les femmes.

Finalement, ce sont ses contradictions qui la rendent humaine. Ainsi peut-elle écrire à la fois que les lesbiennes doivent se mettre au ban de la société et que le lesbianisme est un universalisme. Que la violence est intrinsèque aux hommes, mais que son père fut une merveille de père attentionné. Et j’en passe.

Telle l’Alice de Lewis Caroll, qui découvre un monde parallèle après avoir été aspirée par un trou, notre Alice, est quant à elle aspirée par le pays lesbien et ses merveilles dont nous sommes les reines de cœur.

Alice Coffin, Le Génie lesbien, Grasset, 2020.

Le génie lesbien

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Octobre 2020 – Causeur #83

Article extrait du Magazine Causeur


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est enseignante.

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