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Décapité pour avoir montré un dessin

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Le professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine est absolument innocent. La militante laïque Céline Pina revient sur l’attentat survenu hier. Et esquisse des pistes d’actions crédibles que le gouvernement devrait mettre en oeuvre, pour que les paroles de sévérité présidentielles ne soient pas une énième indignation hypocrite.


 

Il était professeur. D’histoire. Sa tête a été retrouvée, non loin du collège où il enseignait, posée sur l’asphalte. Décapitée. Dans une mise en scène barbare digne de Daesh, l’auteur, un jeune Tchétchène de 18 ans a diffusé cette photo sur les réseaux sociaux avec un commentaire explicite : « J’ai exécuté un de ces chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. » L’admonestation est adressée au chef des infidèles, Emmanuel Macron et est revendiquée au nom d’Allah, le tout miséricordieux.

Montrer ces dessins en classe est pertinent

Quel crime avait donc pu commettre ce professeur pour avoir une fin aussi atroce ? Aucun. Il a été tué par pure idéologie. Lui est absolument innocent. En effet, montrer des caricatures de Charlie dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, pour l’illustrer, est plus que pertinent, c’est primordial et indispensable. Ce devrait être une obligation que de faire le tour des établissements scolaires pour expliquer cette affaire et en faire un support pour illustrer à quel point cette liberté est une des bases de notre civilisation. Après un tel meurtre gratuit, comment supporter la cohorte des « oui, mais… », des « il l’avait un peu cherché » repris comme à chaque attentat, alors que s’alignent nos morts et que les islamistes en ajoutent à la liste tellement régulièrement que l’on a le sentiment qu’ils ont la maîtrise du calendrier. Comment supporter les protestations hypocrites de tous ceux qui ont laissé menacer de viol, de meurtre et d’égorgement la jeune Mila, déjà cible de la même violence et de la même idéologie ?

[Les familles musulmanes] sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles ne contestent que le caractère excessif de la sanction choisie

Aujourd’hui, tous ceux qui ont défendu sur notre sol la violence islamiste au nom de la protection des musulmans sont comptables de ce qui vient de se passer. Les islamistes ne se déchainent que parce qu’une partie de notre élite est à genoux et refuse de regarder en face certaines évidences : notre société n’est plus unie, un contre-modèle existe et grandit et notre pacte social a été rompu : aujourd’hui on peut être tué en sortant du travail parce qu’une communauté particulière veut imposer ses mœurs et sa charia.

A lire aussi, du même auteur: Mila: qui n’a dit mot consent

Soyons lucide. Cinq ans après les exécutions politiques de Charlie, oser défendre la liberté d’expression peut, en France, vous valoir la mort. Bien sûr de tels actes sont condamnés par le pouvoir, mais sont-ils combattus réellement ? Déjà il est dangereux d’oser dire et écrire que le problème n’est pas la religion en général. Cela vous vaut d’être ramené au traditionnel « faire le jeu de l’extrême-droite ». À croire que c’est le réel qui fait « le jeu de l’extrême-droite » finalement. Mais dans les faits, vous pouvez user de votre liberté d’expression envers les chrétiens, les juifs, vous moquer du pouvoir, contester le président et le dessiner dans toutes les positions, vous ne risquerez rien. Ce qui peut vous valoir condamnation à mort c’est de critiquer tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam. Voilà notre réalité : le blasphème et son corollaire, la peine de mort sont en train d’être rétablis en France par la rue et contre la loi, au nom d’une religion particulière, par des leaders islamistes certes radicalisés mais qui ont de l’influence sur leur communauté, laquelle les suit dans leur rhétorique violente et victimaire.

Plenel, Mélenchon et la prétendue “guerre aux musulmans”

Un exemple nous a été récemment fourni de cette influence et de ses effets délétères, comme de cette rhétorique qui accuse la France de faire la guerre aux musulmans et qui envahit les réseaux sociaux. Ce fantasme de « guerre aux musulmans » est repris comme un mantra par toute une partie des jeunes, elle les exonère de tout effort : l’échec c’est la faute de l’autre qui est forcément raciste et justifie toutes les violences induites par leur frustration. Ce discours est un des premiers pas vers la radicalisation car c’est au nom de persécutions fantasmées ou d’une vision de l’histoire tronquée, que les islamistes sèment la haine et déclenchent les passages à l’acte. Ici la victimisation est en fait une justification de la violence par déshumanisation de l’autre. Il s’agit ici de mettre fin au règne des bourreaux. À la fin de ce conditionnement, un prof de banlieue peut prendre la figure d’un monstre à terrasser dans la tête d’un jeune fanatique.

A lire ensuite: Les musulmans et Charlie Hebdo? Comme-vous-et-moi!

Ce crime n’est pas arrivé par hasard. Il a été porté sur les fonts baptismaux de la conceptualisation par des officines que nous connaissons tous et qui se sont dernièrement affichées en soutien du salafiste dirigeant de Barakacity, Idriss Sihamedi. Il fallait voir celui-ci à peine sorti de garde à vue menacer sur les réseaux sociaux, le ministre, la police, parler de guerre aux musulmans et faire diffuser cette idée d’une guerre en cours à tous les excités de la fachosphère islamiste : les Tariq Ramadan, Marwan Muhammad, Houria Bouteldja, Sihame Assbague, Taha Bouhafs… ils reprennent tous l’expression de guerre contre les musulmans et laissent les esprits s’échauffer et l’appel à la vengeance monter. Les islamistes sont à ce point décomplexés qu’ils osent tout, certains que leurs alliés d’extrême-gauche ou de gauche, qu’ils soient politiques ou journalistes, garderont les paupières bien cousues, relaieront leurs tentatives de victimisation, alimenteront les « oui mais », expliqueront qu’il ne faut pas faire d’amalgames ou que l’ensauvagement en France est une vue de l’esprit. La désinhibition et le sentiment d’impunité atteignent de tels niveaux qu’en plein procès Charlie, un des accusés s’est permis de menacer une enquêtrice, au cœur du tribunal. Tranquille.

Multiplication des passages à l’acte

Résultat de ce mépris pour notre capacité collective à réagir et à défendre notre civilisation : les attentats se multiplient, les policiers sont pris pour cible et paraissent débordés, les appels à la haine des kouffars ne connaissent plus de limites et les passages à l’acte se multiplient. Les parents d’élèves qui ont alimenté la haine contre ce professeur par obscurantisme et par soumission, l’homme qui a fait la vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux et qui appelle à une sorte d’expédition punitive ne sont pas des islamistes, en tout cas ils n’en ont pas tous les codes, mais ils montrent que la bataille est en train d’être gagnée par les fanatiques. Et ils mériteraient d’être traités avec la sévérité que leurs agissements méritent. Ils ne sont pas pour rien dans ce meurtre et ont excité la haine par pure bêtise. Cela ne mérite ni indulgence ni compréhension car ils ont semé les graines du drame. Ils sont en partie responsables de ce qui s’est passé et méritent de se l’entendre dire. 

En attendant, à force de traiter d’« islamophobes », ceux qui ont essayé de tracer une frontière entre musulmans et islamistes et de présenter les islamistes comme des purs, de simples amoureux de leur religion, de bons musulmans en quelque sorte, les Plenel, Mélenchon et compagnie ont servi l’emprise de l’islam politique. Laissons donc aux islamo-gauchistes et à leurs suppôts qui se sont couchés depuis longtemps devant ces fanatiques l’excuse sociologique. « Ils sont pauvres, ils sont exclus, ils sont rejetés, etc. etc. » La démocratie est toujours fragile et les islamistes l’ont compris. Ils savent exploiter les failles de notre système. Les plus malins arrivent même à se faire élire sur des listes municipales, les plus crétins montent au front en tuant. Ce professeur a été victime bien sûr du terrorisme islamiste mais il est aussi victime de la médiocrité et du manque de vertèbre des gouvernements qui se succèdent depuis quelques trente ans. 

La France paie cher ses renoncements successifs

Aujourd’hui, concrètement au fur et à mesure que les gouvernements promettent des « réactions à la hauteur », ce sont plutôt les renoncements qui s’accumulent : le voile est autorisé pour les accompagnatrices scolaires, on a renoncé à scolariser les enfants juifs dans les établissements publics là où l’islamisme fait la loi, on a renoncé à enseigner la Shoah dans certains collèges, bref en général on se couche devant n’importe quelle absurdités ou demande inacceptable pour peu qu’elle soit présentée au nom du « respect de l’islam ». Autre point : tous les élèves musulmans ne vivent pas dans des familles radicalisées, mais la logique des islamistes est rarement contestée pour autant par ces familles. Elles ont du mal à condamner purement et simplement les faits. Elles sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles n’en contestent que le caractère excessif de la sanction choisie. C’est aussi un problème qu’il faudra aborder. En attendant, aujourd’hui, la vraie question est simple : Va-t-il être encore possible d’enseigner l’histoire, la biologie et tout ce qui dérange les représentations des musulmans sans courir le risque d’être rappelé à l’ordre par les islamistes ? Lesquels sont plutôt efficaces en matière de sanction. 

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

Il y a aujourd’hui besoin d’une réaction à la hauteur tant cette affaire fait peur. Déjà symbolique : si j’étais au gouvernement j’afficherai dans tous les établissements scolaires, toutes les institutions, je prendrai des publicités dans les journaux, dans le métro, sur les bus. Je paierai des 4×3 et je créerai une affiche reprenant les caricatures de Charlie et revendiquant cet affichage au nom de la liberté d’expression et pour rendre hommage à ce professeur martyr. J’inonderai la France de ces affiches. Le message serait fort et la reconquête physique de notre espace serait ainsi symboliquement marquée. Nous en avons besoin en tant que peuple.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005
Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Il y a peu, peinant à trouver des accents churchilliens mais s’y essayant quand-même, notre président de la République nous a expliqué que nous étions en guerre. Guerre sanitaire contre un virus. Mais un virus n’est pas belliqueux, il n’a pas d’intention, il doit être combattu mais n’appelle pas à la guerre. En revanche, ce que l’on subit sur notre sol est une véritable déclaration de guerre. Par un ennemi qui doit être nommé. Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, sur nos fondamentaux. Enseigner notre histoire devient une prise de risque inconsidérée. Oui monsieur le président « nous sommes en guerre », mais l’ennemi s’appelle l’islamisme. Et en guerre, on se dote des armes nécessaires pour agir : utiliser l’armée n’est plus inenvisageable. Le degré de violence symbolique atteint le justifie, mais il y a d’autres armes à réactiver : déchéance de nationalité, indignité civile, poursuites judiciaires, expulsions, contrôle des mosquées, dissolution des associations, surveillance et action facilitée. On ne s’en sortira pas avec trois coups de mentons, dix tweets, des empilements de « monstrueux », « ignoble », « horrible » dans les discours, pour qu’une semaine après le dossier soit classé et que le gouvernement passe à autre chose. Par exemple à la mise en place d’une taxe halal permettant de distinguer les deux peuples en train de se constituer sur notre sol, une taxe qui permet aux islamistes d’imposer ses marqueurs : voile, alimentation séparée, interdiction des mariages mixtes, refus de notre sociabilité, le tout pouvant être exprimé dans sa manière de s’habiller, de se nourrir, dans les normes que l’on respecte et celles que l’on refuse d’accepter. Par exemple en accélérant la construction d’un islam de France via l’AMIF d’Hakim El Kharoui, alors que cette association est déjà infiltrée par nombre d’islamistes (AOC frères musulmans). Une occasion en or de gagner en parts de marché communautaires et en pouvoir de nuisance et de déstabilisation.

Le président veut être crédible ? Qu’il arrête déjà cette sinistre comédie qui fait que nous installons nous-mêmes dans notre propre paysage institutionnel ceux qui rêvent de nous réduire au silence. Sans cela, les rodomontades d’Emmanuel Macron ne seront que des coups de communication en attendant la prochaine exécution, individuelle ou de masse. Et les larmes versées sur la tête atrocement mutilée du professeur d’histoire n’auront été que la énième manifestation d’hypocrisie de nos gouvernants.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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« S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

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Apostat de l’islam et cofondateur du magazine Riposte laïque, Pascal Hilout n’est pas réputé pour faire dans les mielleries. Entretien sans langue de bois.


Alexis Brunet. Bonjour Pascal Hilout, vous avez participé à la fondation du magazine en ligne Riposte laïque. Vous vous y présentez comme « apostat de l’islam né Mohamed ». Pouvez-vous en dire plus à nos lecteurs ?

Pascal Hilout. Je suis né au Maroc de parents musulmans. Dès le lycée, j’ai compris que l’islam avait un vrai problème avec la moitié de sa population : les femmes. J’ai compris alors que si on ne  changeait pas la condition de la femme, ce n’était absolument pas la peine de vouloir changer quoi que ce soit dans les pays musulmans. C’est à ce moment-là que je suis devenu un féministe convaincu. Je suis arrivé en France en 1983 du Maroc. Quand j’ai demandé la nationalité française, j’ai demandé la francisation de mon prénom. « Hilout » est mon nom de famille d’origine. J’ai choisi « Pascal » parce que j’aimais beaucoup la sonorité. La francisation du prénom, c’est une bonne indication qu’on adopte la France non seulement par la nationalité mais aussi par ses traditions, sa culture, et qu’on adhère à son histoire.

A lire aussi: Le prénom, une certaine idée de la France

En mars 2012, la Ligue des Droits de l’homme vous a fait condamner pour provocation à la haine envers les musulmans après que vous avez écrit dans Riposte laïque que « l’islam n’est pas une religion mais un projet politico-religieux totalitaire et qui ne sait exister que par la conquête ». Avez-vous eu d’autres démêlés avec la justice depuis ?

Non pas du tout et je maintiens. L’islam est une religion conquérante, toute son histoire est émaillée par la conquête, en tous cas jusqu’à maintenant.

Il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions

Il semble aussi que vous ayez été attaqué en justice à cette occasion parce que vous avez comparé les prières de rue dans Paris à une occupation…

C’est vrai. Les femmes n’occupaient pas le terrain, elles n’avaient pas cette possibilité de prier dans la rue, elles étaient tenues de prier à la maison. Les hommes qui occupaient le terrain le faisaient donc justement pour montrer leur capacité à mobiliser et à occuper le terrain. Marine Le Pen a dit exactement la même chose que moi quelques temps après et elle n’a jamais été inquiétée pour cela. Ceux qui ont prié dans la rue ont eu gain de cause. L’État, qui est soit disant laïc, s’est vu obligé de trouver un local à une religion qui est suffisamment riche pour se trouver tous les lieux de culte qu’elle veut.

En juin dernier, dans un article intitulé « Plus que jamais, 10 ans après l’apéro saucisson-pinard, à bas l’islam ! » paru dans Riposte laïque, vous écrivez au sujet de ce dernier que « la terre entière doit s’en débarrasser ». Sans vouloir vous offenser, n’est-ce pas un peu simpliste ?

Non justement, ce n’est pas du tout simpliste. Les religions ne sont pas vouées à durer, elles peuvent mourir, il y a plein de religions dont on ne parle plus ou qui ne sont plus pratiquées. Et donc je suis persuadé de la nécessité d’une adaptation complète de l’islam à notre temps, de ne plus inscrire la soumission dans le corps, l’espace et le temps. Les musulmans sont d’abord les victimes de l’islam, puis ils deviennent transmetteurs. Ce que je souhaite vraiment, c’est la libération des musulmans. L’islam a assez rabaissé ces derniers, il doit cesser de rabaisser les comportements de ses sujets. Ça fait quatorze siècles qu’il en est ainsi quand même, c’est bien assez.

Dans un sondage IFOP commandé par Charlie-Hebdo, 60% de personnes se déclarant musulmanes disent ne pas faire passer leurs convictions religieuses avant celles de la République, ce qui est une petite majorité. Ne va-t-on pas quand même vers une sécularisation de l’islam en France ?

Ça dépend de l’attitude de la France. Si la société française ne cède en rien, les musulmans vont bien sûr changer de comportement. Mais malheureusement pour les jeunes, c’est la tendance inverse qui s’observe actuellement. Parmi nombre de jeunes, on ne condamne pas un forfait qui a été fait sur des caricaturistes. C’est très grave de voir qu’il y a une jeunesse actuellement qui est de plus en plus française et qui n’adhère pas du tout aux fondamentaux du respect de la liberté d’expression. Il y a un conflit réel qui est très grave et qui nous prépare des jours difficiles.

Cependant, 72% des interrogés se déclarant musulmans condamnent totalement l’attentat de Charlie-Hebdo dans ce même sondage. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Mais encore heureux qu’ils le condamnent! (Rires). Franchement, un crime comme celui-là, ce serait la moindre des choses qu’ils le condamnent tous. Selon cette même enquête, un quart des musulmans aurait protesté contre les manifestations qui ont suivi la tuerie s’ils avaient pu. Cette partie aurait donc préféré des insultes à l’égard des morts. Trop de musulmans trouvent encore que c’est justifié de tuer pour leur prophète. Et même s’ils ne sont pas majoritaires, je souligne que ce sont toujours des minorités actives et agressives qui finissent par faire l’Histoire.

Vous êtes régulièrement invité à France 24 Arabe pour débattre. Il y a cinq ans, peu après ce même attentat, vous avez eu un échange assez vif avec Ghaleb Bencheikh, qui est maintenant Président de La Fondation de l’islam de France. Vous l’avez notamment qualifié d’hypocrite sur le plateau. L’avez-vous revu depuis ?

Oui plusieurs fois, notamment lors d’un colloque à l’Unesco. Tous les gens qui connaissent l’islam et qui ne veulent pas condamner les comportements de Mahomet savent très bien que c’était un pédophile, des historiens musulmans l’ont bien écrit. Mahomet a demandé la main d’une fille qu’il a déflorée quand elle avait neuf ans, tous ces gens-là le savent bien. Des historiens comme Tabari ou Ibn Hicham précisent bien qu’elle jouait encore à la poupée à ce moment-là. De même, on sait parfaitement que Mahomet a fait la guerre à tous ceux qui n’étaient pas musulmans. Ceux qui connaissent l’islam savent très bien comment son histoire a commencé et comment elle a continué. On ne peut pas dire de belles paroles comme quoi on adhère à la République ou que sais-je sans dénoncer cette histoire ancienne, ou alors c’est effectivement de l’hypocrisie. Il faut commencer par dire que oui, cette histoire, c’est la nôtre, mais nous ne l’acceptons pas et nous la dénonçons pour la dépasser. C’est ce que des musulmans, surtout soi-disant éclairés devraient enfin faire.

Dans cette même émission, vous avez eu un autre différent avec Ghaleb Bencheikh qui affirmait que le Coran, à la différence de l’islam, ne condamnait pas l’apostasie. Vous qui êtes le premier concerné par ce sujet, que répondez-vous ?

Toute l’histoire musulmane est émaillée d’apostats qui ont été poursuivis et tués. Même au Maroc, qui est le plus libéral des régimes musulmans, il y a un « conseil scientifique », un conseil jurisprudentiel qui n’a lui-même jamais condamné l’apostasie. Elle est toujours inscrite dans la loi marocaine, l’apostat peut légalement y être poursuivi. Si le Maroc n’exécute pas vraiment cette loi, il l’utilise pour faire peur à ses citoyens, pour éviter que trop d’entre-eux se montrent comme apostats. Si le Roi du Maroc lui même et son conseil ne sont jamais revenus sur cette loi, c’est qu’ils savent vraiment que l’apostasie est condamnée par l’islam.

Par l’islam certes, mais par le Coran ?

L’islam, c’est le Coran plus Mahomet. Puisque le Coran ne parle pas et n’agit pas, on ajoute ce qu’a fait Mahomet. Mahomet a massacré ceux qui ne voulaient pas se déclarer musulmans. Dès qu’il est mort, la première guerre qui a été faite par son successeur fut de mater une rébellion d’apostats. De nombreuses tribus voulaient alors revenir à leurs religions antérieures. La première des guerres de l’islam fut contre les apostats, contre les renégats. Il faut toujours se référer à l’Histoire car c’est l’Histoire qui interprète ce qui est écrit.

Vous avez dit dans la même émission prôner une vision « humaniste » pour détruire les barrières religieuses, mais n’avez-vous pas l’impression d’être un peu trop frontal dans vos chroniques pour être fédérateur ?

Je l’ai dit et je le répète, les musulmans sont meilleurs que le Coran et l’islam. À un moment donné il faut leur dire que les germes pathogènes du Coran et de Mahomet doivent être détruits pour les guérir. Ce que font Ghaleb Bencheick et d’autres musulmans dits éclairés, c’est le contraire : ils accusent une partie des musulmans de ne rien avoir compris, pointant du doigt les wahhabites ou les Frères musulmans. Or, tous les musulmans sont en fait des victimes de l’islam. Moi je suis frontal à l’égard de l’islam pour que justement, les musulmans n’inscrivent plus la soumission dans le corps, l’espace et le  temps. Il faut être très clair, si on est humaniste et qu’on est pour que les musulmans se libèrent et se débarrassent de l’islam, il ne faut avoir aucune pitié pour une idéologie religieuse.

Toujours est-il que le nombre de musulmans continue d’augmenter en France et que les extrémistes musulmans s’y portent bien. À quoi cela est-il dû selon vous ?

Si l’islam a été conquérant, et s’il continue à avancer c’est parce qu’il sait mettre des personnes à ses côtés, il sait faire adhérer des personnes jusqu’au bout. Certains préfèrent mourir pour l’islam que de rester vivants. C’est une idéologie conquérante par nature, qui donc progresse tant qu’elle n’a pas d’opposition. Tant qu’il n’y a pas assez de gens qui se soulèvent, qui disent qu’ils n’accepteront pas du tout d’être soumis, tant qu’ils n’y aura pas de vrais opposants à l’avancement de cette idéologie, elle continuera, en France ou ailleurs. L’Europe fut attaquée par le passé, tant du côté de la péninsule ibérique que du côté turc, Byzance n’existe plus, l’église Sainte Sophie est transformée à nouveau en mosquée par le sultan Erdogan qui se sent pousser des ailes. On voit donc bien que s’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer.

A lire aussi: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Les croisades pour la sauvegarde du Saint-Sépulcre ont cessé avec la mort de Saint-Louis. L’arrêt de l’expansionnisme islamique ne doit-il pas venir du monde islamique lui-même ?

 Non, c’est à la France et à l’Europe de résister à la pénétration de cette idéologie. En revanche, si réforme et changements il peut y avoir dans l’islam, cela doit venir des musulmans eux-mêmes dans leurs propres pays. J’ai un espoir en ce qui concerne le Maroc, le pays musulman que je connais le mieux. Le Maroc que j’ai connu jusqu’en 1974, était une dictature où l’on n’avait absolument pas le droit de dire ce qu’on pense. Aujourd’hui, j’ai été absolument surpris de voir que des articles où je dis la même chose qu’en France mais cette fois en arabe sont publiés sur le site Hespress, qui est un des premiers sites d’informations marocains. Dans les commentaires, j’ai été surpris par la liberté d’expression. Bien sûr, il y a toujours les habituels commentaires qui crient à l’ « islamophobie » mais la majorité discute sérieusement. Quand je vois cette liberté d’expression, j’ai un espoir mais malheureusement, le Maroc est quand même un petit pays par rapport aux finances des pays du Golfe et leur main mise sur l’islam dans le monde.

Et pour la France, vous avez un espoir ?

Je crois que nous sommes malheureusement mal partis en France, il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions. Sondage après sondage, on commence à comprendre qu’il y a une dissonance absolue entre ce que les musulmans pensent et ce que la majorité des journalistes nous a dépeints d’un islam soi-disant compatible avec la République. Petit à petit, on voit que nous sommes devenus un archipel, que les territoires perdus de la République sont devenus maintenant un lieu commun. On ouvre petit à petit des yeux sur des choses que l’on ne voulait pas voir au départ et se pose maintenant la question de savoir ce que l’on va faire. Est-ce que l’État va reprendre ses droits et faire vraiment la loi de l’État ou va-t-on continuer à se disloquer jusqu’à avoir du Liban sur place ? Macron n’aurait même plus besoin d’aller au Liban (rires).

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« Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché


À sermon attendu de David Dufresne sur la violence policière (Un pays qui se tient sage) préférons un classique du film d’espionnage (Les Trois jours du Condor) et une comédie française (Adieu les cons)


 

Un pays qui se tient sage, de David Dufresne
En salles depuis le 30 septembre

 

Comme David Dufresne le dit très modestement : « Ceux qui s’intéressent à mon point de vue le connaissent : pas la peine de faire un film pour ça. » On peut pourtant parfaitement vivre sans connaître David Dufresne et vivre bien. Les « Allo @Place-Beauvau » durant le mouvement des Gilets jaunes, c’était lui, soit le signalement méticuleux et sous forme dramatisée de chaque « violence policière » et de ses effets. Dufresne se rêve manifestement en correspondant de guerre tendance Malraux, mais Macron n’étant pas Franco, il fait avec ce qu’il a. Ce qu’il a, c’est l’époque : réseaux sociaux et téléphones portables, tous délateurs, tous filmés, tous « cinéastes ». Le buzz d’abord, la pensée ensuite, s’il reste du temps. Après avoir écrit en 2012 un livre à décharge sur l’affaire de Tarnac (« un petit chef-d’œuvre », selon Mediapart), le journaliste fut candidat à Paris pour le « Parti pirate », lequel prône « la transparence numérique pour redonner du pouvoir aux citoyens » : le NGC (nouveau gauchisme chic) est comme on le voit d’une audace folle, Bill Gates and co peuvent trembler…

Avant de réaliser le documentaire dont il est ici question, David Dufresne, plus Malraux que jamais, publia évidemment un roman, Dernière sommation, autour de ces mêmes violences policières. Disons simplement que n’est pas romancier qui veut. Il est vrai que Caroline Fourest a réalisé un film de fiction, alors tout est permis, n’est-ce pas ?

Avec Un pays qui se tient sage, Dufresne aborde une forme qu’il connaît mieux, celle du documentaire soi-disant documenté. Il croit tellement aux images qu’il nourrit son film d’extraits de ces petites vidéos prises avec des téléphones et qui font désormais foi de tout et de rien, alpha et oméga de toute réflexion sur l’état du monde. Qui filme, où, quand, comment, pourquoi, qui ? Toutes ces questions n’ont aucun sens puisqu’il s’agit ici d’asséner et non de s’interroger. À telle enseigne que l’auteur est véritablement persuadé que montrer ces images sur grand écran leur donnera plus de force. Plus de flou et de grain, c’est certain. Plus de force, c’est littéralement à voir. À moins de considérer que Dufresne tire un but contre son camp : ce qui ressort de ces images grand format, c’est d’abord la peur et des uns et des autres. Oui, la peur, celle des policiers autant que celle des manifestants et comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi est mise à mal la prétendue question existentielle que le film voudrait véhiculer sur la violence d’État et sa légitimité forcément contestable et au bout de laquelle il y aurait fort naturellement la dictature… Vieille rengaine qui fait semblant de croire que l’usage de la force publique est toujours la préfiguration d’un coup d’État policier. Mais alors que dire des CRS ou des gendarmes qui naguère encore délogeaient manu militari, sans excès de tendresse et à très juste titre légal et légitime, les manifestants anti-IVG et de ce fait hors-la-loi ? Quant à s’intéresser de près aux violences subies par les policiers, c’est le cadet des soucis de Dufresne, à l’exception d’une séquence qui sent son alibi à plein nez. Depuis le répugnant « CRS=SS », certains sont persuadés qu’une manifestation dans un pays démocratique est la rencontre fracassante d’anges vertueux et de hordes policières fascistes.

Pour corser un peu plus l’ensemble, Dufresne invente le documentaire-devinette. Jusqu’au générique de fin, tenez-vous bien, on ignore absolument le nom et la qualité de chacun des 24 intervenants qu’il a sollicités et qui se succèdent à l’écran dans des duos dès lors désincarnés et artificiels. L’important n’est pas qui parle, mais « d’où parles-tu camarade ? ». Et dans le dossier de presse, Dufresne de s’étonner, sans rire, qu’un policier syndicaliste puisse citer Pasolini à bon escient, ce qui est faire injure et à Pasolini et à ce témoin. Allo ? Place Beauvau ? C’est pour un flagrant délit de clichés en tout genre et sur grand écran !

affiche-pays-sage-david-dufresne

Les Trois jours du Condor (1975), de Sidney Pollack

Sortie le 30 septembre 2020

Comment ne pas se réjouir de la ressortie en salle de ce formidable film réalisé en 1975 par Sidney Pollack ? Adapté d’un roman intitulé Les Six Jours du Condor (oui, le temps est forcément plus court au cinéma qu’en littérature : le grand écran est le Jivaro du livre !), c’est un suspense digne d’Hitchcock où l’on finit par ne plus rien comprendre et c’est très bien ainsi. Le beau Redford est au centre de cette histoire invraisemblable, mais dans laquelle on a forcément envie de se perdre avec lui. Espions, CIA, massacre, pièges, poursuites, tout y est, sans oublier la presse américaine forcément vertueuse ! D’une efficacité redoutable, le film se déguste comme on tourne les pages d’un livre de Le Carré : avec frénésie et, en même temps, avec l’envie de ralentir devant la certitude qu’arrivera la fin, hélas. Il serait injuste de passer sous silence la présence au générique de Faye Dunaway et de Max von Sydow, autres atouts de charme d’un film qui les a tous ou presque.

© Studiocanal
© Studiocanal

LES-TROIS-JOURS-DU-CONDOR

Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Sortie le 21 octobre

Depuis 9 mois ferme, en 2013, on sait qu’Albert Dupontel est capable de réussir une comédie digne de ce nom dans le paysage pourtant très contrasté du cinéma français en la matière. Son nouveau film joue avec bonheur dans la même catégorie. Cette fois, il incarne un cadre suicidaire rejeté par ses pairs, qui croise sur sa route une autre désenchantée d’un monde moderne forcément cruel. Comme à son habitude, Dupontel plonge ses héros (et donc lui-même) dans un réjouissant bain de catastrophes successives, rejoint qui plus est par un aveugle sans peur ni reproche. Bricoleur informatique de génie, son personnage parvient à transformer une tour sans âme en un vaste terrain de jeu pour grand gamin attardé en manque d’amour. Étrangement, la séquence finale du film, que l’on se gardera bien de raconter ici, rompt radicalement avec le ton employé jusque-là. Comme si Dupontel avait envie de sonner la fin de la récré et de son récit, mais peut-être plus profondément de son cinéma tel qu’on le connaît…

Jérôme Prébois / ADCB Films
Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films

Saint Jean en Californie


Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Des incendies spectaculaires qui ont dévasté la côte ouest des États-Unis, il nous a été permis de voir des images aux couleurs orangées comme dans un mauvais rêve, étrangement belles, entre effroi et extase. Elles ne galvaudent pas, pour une fois, l’adjectif « apocalyptique » et renvoient de fait à l’Apocalypse de Jean, où le fléau majeur est le feu : « Et dans cette vision les chevaux me parurent ainsi : ceux qui étaient montés dessus avaient des cuirasses de couleur de feu, d’hyacinthe et de soufre ; les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; et de leur bouche il sortait du feu, de la fumée et du soufre. Par ces trois plaies, c’est-à-dire, par le feu, par la fumée et par le soufre, qui sortaient de leur bouche, la troisième partie des hommes fut tuée[tooltips content= »Cette traduction biblique, notre préférée parce qu’elle est belle comme du Racine, est du janséniste Lemaître de Sacy (« Bouquins », Robert Laffont). »](1)[/tooltips]. » L’explication de cette vision saisissante par l’agence de contrôle de la pollution de San Francisco est-elle plus rassurante ? « Ces particules de fumée dispersent la lumière bleue et ne permettent qu’aux rayons jaunes, orange et rouges d’atteindre la surface, ce qui donne cette couleur orangée au ciel. »

À moins que l’État de Washington, l’Oregon et la Californie aient été soumis à un autre feu biblique, celui de la Genèse, qui dévasta Sodome et Gomorrhe : « Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d’alentour avec ceux qui l’habitaient, et tout ce qui avait quelque verdeur sur la terre. » Certes, San Francisco, la Sodome américaine pour la droite chrétienne, n’a pas été détruite. Il y a eu néanmoins des villes rayées de la carte comme Berry Creek, 1 200 habitants parmi lesquels Misty Spire : « On aurait dit l’apocalypse, les flammes de l’enfer », comme si les seules images qui venaient à l’esprit devant un incendie monstre étaient celles de la Bible, récit fondateur par excellence, où tout a déjà eu lieu.

Par exemple, cette « verdeur » disparue, c’est ce qu’a découvert, dans l’état de Washington, le gouverneur Jay Inslee avec les 200 000 hectares de forêts détruits : « Ce n’est plus le Washington d’avant. Je penserai à ces incendies et à leurs impacts sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour battre le changement climatique. » Pas question pour Trump d’accepter une telle explication. Lui met l’accent sur la « mauvaise gestion forestière par les gouverneurs démocrates ». Même si l’argument peut s’entendre en partie, on pense, pour le coup, à l’Évangile de Matthieu : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

A lire aussi: Élisabeth Lévy sur le couvre-feu: « On n’arrête pas l’économie, on arrête la vie! »

La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

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Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?

Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

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Entre deux entretiens où elle dénonce le racisme d’État, la militante indigéniste travaille pour la Commission nationale du débat public (CNDP), garante de l’impartialité des pouvoirs publics.


Elle se nomme Fatima Ouassak, elle est Française d’origine marocaine, et elle a publié le 27 août à la Découverte un bref essai intitulé La Puissance des mères. Le fil conducteur de son analyse est que les mères des quartiers populaires doivent se transformer en « dragons » dans l’intérêt de leurs enfants, appelés à grandir dans un pays structurellement raciste. « Je lutte pour mes enfants. J’y pense tout le temps. J’ai vraiment peur qu’on me les prenne pour les mettre dans un train. J’estime que l’on se dirige vers un régime autoritaire et que du jour au lendemain, il peut devenir fasciste », déclarait la jeune femme au magazine Reporterre le 15 juin 2019. Dans une tribune publiée en février 2017, elle évoquait une société française « hiérarchisée racialement », dans laquelle « les Blancs font en sorte d’être privilégiés dans l’accès à la propriété, au pouvoir, aux soins, à la reconnaissance ou au confort, au détriment des Non-Blancs qui voient leur accès à ces ressources constamment entravé. » Un pays capitaliste-raciste, dirigé par un appareil d’État qui ne le serait pas moins. En deux mots, l’Afrique du Sud.

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Fatima Ouassak travaille pourtant en ce moment pour une entité publique qui n’avait pas vraiment d’équivalent à Pretoria au temps de l’Apartheid. Elle est garante au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP). Créé en 1995, la CNDP est une autorité administrative indépendante, qui organise des consultations sur de grands projets d’aménagement, dans un esprit d’impartialité absolue, garantie par des dispositions statutaires très détaillées. Elle est composée de parlementaires, d’élus locaux, de membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du patronat, des syndicats, etc. Bref, elle incarne cette superstructure étatique dont Fatima Ouassak s’époumone à dénoncer le racisme.

Les garants des débats ne sont pas en contrat à durée indéterminée. Ils interviennent ponctuellement, « avec impartialité, équité et intégrité », dit leur charte d’éthique. Le nom de Fatima Ouassak apparait dans plusieurs dossiers, dont deux qui concernent précisément des secteurs populaires présumés « racisés ». Il y a d’abord eu le complexe de loisirs et de commerce EuropaCity dans le Val D’Oise, en 2015-2016 (projet abandonné en 2019). Pour l’heure, elle travaille sur les consultations liées au grand centre hospitalier qui doit sortir de terre à Saint-Ouen en 2027. Si jamais l’AP-HP, maitre d’ouvrage, décidait de rafler les habitants expropriables pour les entasser dans des wagons plombés afin d’accélérer le chantier, Fatima Ouassak serait rapidement avertie.

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Croit-elle vraiment à ses propres outrances ? Causeur lui a posé la question. Elle n’a pas trouvé le temps de nous répondre, mais son parcours parle un peu pour elle. Fille d’immigré, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille. À son poste de garante, elle voit tourner au jour le jour la machine lente, lourde, impersonnelle et impartiale de l’administration française. L’entretien qu’elle avait accordé à Reporterre contient une phrase lucide : « c’est typique de la France, on peut avoir un discours radical à partir du moment où il est hors-sol ». Sur ce point précis, son intégration semble tout à fait aboutie.

Le CV de la militante est consultable ici: 

Automobile: le retour du malus au poids

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Finalement, la taxe supplémentaire sur le poids des véhicules neufs fait son retour et sera instaurée l’an prochain. Pour contenter la ministre de la Transition énergétique, Barbara Pompili, qui en a fait une question de principe, et ménager l’industrie automobile française, le seuil fixé de 1 800 kilos concernera avant tout les véhicules importés et en petit nombre. Les voitures électriques devraient bénéficier d’exemptions.


La bataille entre le ministère de l’économie et celui de la transition écologique semblait avoir tourné en faveur du premier. Il n’était plus question de taxe nouvelle sur le poids des véhicules, afin notamment de ne pas encore affaiblir un peu plus la production de voitures sur le sol français, en déclin depuis quinze ans. Mais les considérations politiques ont repris le dessus. Emmanuel Macron entend montrer que la Convention citoyenne sur le climat n’était pas un gadget et tenir compte des recommandations, même absurdes, de ces 150 citoyens tirés au sort et devenus par la grâce d’une formation accélérée, dispensée par des organisations militantes, des experts de la transition.  Ils ont hérité d’ailleurs de ces organisations l’obsession anti-automobile.

Contrer la mode des SUV

En tout cas, la caution écologiste du gouvernement, la ministre Barbara Pompili, a finalement confirmé qu’un malus au poids, allait bien s’ajouter l’an prochain au malus sur les émissions de CO2 sur les ventes de voitures neuves. Les acheteurs de véhicules de plus de 1 800 kg paieront l’an prochain un sur-malus. Le débat a été tranché par le premier ministre Jean Castex qui, suprême astuce, a fixé un seuil qui épargne les voitures françaises à l’exception de la Renault Espace 2,0 dCi et touchera en fait très peu de véhicules. Il s’agit en fait avant tout d’une mesure symbolique… N’auraient été théoriquement concernés moins de 1% des véhicules particuliers thermiques neufs vendus en France au cours des 9 premiers mois de l’année 2020 et 2% en 2019. Il s’agit essentiellement de gros SUV et de grandes berlines.

Un amendement sera introduit au projet de loi de finances pour 2021. «Le malus au poids que nous instaurons est un signal fort et nécessaire pour mieux prendre en compte l’empreinte écologique des véhicules les plus lourds», a tweeté la ministre. «L’alourdissement du parc automobile, c’est plus de matériaux et d’énergie consommés, plus de pollution, moins d’espace public disponible», a-t-elle justifié.

Depuis 2010, le poids moyen des voitures diesel a augmenté de 7%, et celui des modèles à essence de 14% explique-t-on au ministère de la transition. On oublie allégrement que les choses sont en fait plus compliquées. La hausse du poids des véhicules, quand elle est liée à l’augmentation continue de leur taille et à la mode difficilement justifiable des SUV, est une aberration. Ce n’est pas pour rien qu’une ville comme Berlin songe à interdire les SUV.

Ne pas pénaliser l’industrie automobile et épargner les véhicules électriques

En revanche, l’augmentation du poids des véhicules est totalement justifiée quand elle est la conséquence de l’augmentation des équipements de sécurité dans les véhicules, d’une plus grande résistance aux chocs et d’une plus grande rigidité qui améliore la tenue de route. Les renforts de chassis, les habitacles indéformables, les airbags… pèsent lourd. Il ne faut pas perdre de vue qu’en dépit des discours publics, la baisse de mortalité sur les routes depuis deux décennies n’est pas liée à la multiplication des radars mais est avant tout la conséquence de l’amélioration spectaculaire de la sécurité passive et active des véhicules.

Le problème du gouvernement était avant tout…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Transitions & Energies <<<

Drunk, un film fantast-hic!

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Drikke, dit le danois. Drink, dit l’anglais. Et l’allemand, Trinken. « Trink ! », ordonne Rabelais — c’est l’oracle de la Dive bouteille, c’est le « Enivrez-vous ! » baudelairien. Tout cela vient d’une très vieille racine indo-européenne, dhreg-, qui signifiait originairement glisser — et pour glisser, ça glisse bien, ça descend facile — surtout quand c’est bon. Le petit Jésus en culottes de velours, disait mon grand-père…

drunkVous n’êtes pas sans avoir appris par cœur les verbes irréguliers anglais. Drink, drank, drunk, ânonnions-nous. Et donc Drunk, le dernier film de Thomas Vinterberg — l’homme qui avait eu le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998 pour ce chef-d’œuvre de cruauté familiale (pléonasme !) qu’était Festen, et qui aurait dû décrocher cette fois la Palme d’or pour son dernier opus, si le festival 2020 n’avait pas été annulé au nom d’une politique sanitaire dont je ne dirai rien tant elle me met hors de moi.

Quatre enseignants qui s’aiment bien — une espèce assez rare, pour autant que je connaisse le milieu —, en pleine « midlife crisis » (ou crise de la cinquantaine, si vous préférez), mariés ou non, autrefois brillants, engoncés dans une routine sclérosante, enfants sur les bras, partenaire présente / absente, sans motivation, habitant un pays luthérien, circonstance aggravante, apprennent fortuitement qu’un psychologue norvégien, Finn Skårderud (qui existe vraiment) affirme que l’homme est en manque d’alcool dès sa naissance, et qu’il a besoin d’un taux à 0,5 — en moyenne — pour être au mieux de sa physiologie et de ses performances.

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Que risquent-ils ? Ils se lancent dans l’expérimentation, et comme on pouvait s’y attendre, ils deviennent rapidement plus brillants, plus performants et plus extravertis — y compris au lit.

Jusque-là, rien de très nouveau. Que l’alcool désinhibe, on le sait, il n’y a qu’à contempler les hordes de Vikings affalées sur les plages languedociennes et tétant leurs cubis de rosé pour s’en persuader. Qu’il rende même plus intelligent, il n’y a qu’à relire le Banquet pour s’en souvenir. Mais Drunk entre alors dans une autre dimension, que seul Ferreri avait explorée avec la Grande bouffe. Il ne s’agit plus d’être plus, d’être mieux, mais d’aller au-delà.

Voltaire disait de Rabelais que c’était « un philosophe ivre qui n’a écrit que dans le temps de son ivresse ». Propos d’abstinent. Rabelais, pour oser ses outrances, devait de temps en temps se murger méchamment. Nos quatre pédagogues, qui aiment explorer à fond, vont au-delà de la gaité, au-delà même de l’ivresse. Ils vont au fond. L’un d’eux n’en remontera pas.

Vinterberg a perdu sa fille — à qui le film est dédié — pendant le tournage. Il n’a pas pu tourner la scène de funérailles (qui vaut largement, au niveau émotion, celle de Quatre mariages et un enterrement, qui a fait découvrir Auden à tant d’ignorants), qu’il a laissé diriger par son scénariste. Il a aussi affirmé que les acteurs n’ont consommé aucun breuvage alcoolisé sur le plateau au moins, ce qui rend encore plus exceptionnelle la performance des quatre acteurs. En particulier celle de Thomas Bo Larsen (le frère quelque peu excité de Festen), et bien sûr celle de Mads Mikkelsen, qui n’en finit plus d’étonner son monde. Sa performance dans un précédent film de Vinterberg, la Chasse, était déjà sidérante. Là, il m’a rappelé celle de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer. Et comme Walken, il se révèle à la fin un remarquable danseur — car c’est bien de cela qu’il s’agit : danser au bord du gouffre est la seule solution pour encaisser ce monde, « pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre » — comme disait Baudelaire, encore.

Drunk, un film de Thomas Vinterberg (2020) avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang. 1h56. En salles le 14 octobre 2020.

Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Thomas Lévy-Lasne, grandeur de la nouvelle peinture figurative

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Êtes-vous lassés par tous ces artistes qui ont tourné le dos au réel? Courez à la galerie Filles-du-Calvaire à Paris voir l’exposition de Thomas Lévy-Lasne! Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, l’artiste nous présente un ensemble inédit de peintures et de dessins. Vite, cela se termine le 24 octobre.


De retour de l’Académie de France à Rome (villa Médicis), Thomas Lévy-Lasne propose une exposition particulièrement brillante à la galerie Filles-du-Calvaire. Le rez-de-chaussée, tout en noir et blanc, est consacré aux fusains et gravures. À l’étage, dans la lumière de la verrière, les couleurs des huiles prennent toute leur ampleur.

Ce quadragénaire a des dons multiples. Il a fait du cinéma. Il a organisé un colloque remarqué au Collège de France en 2014. Enfin, il a abondamment sillonné l’histoire de l’art, notamment en compagnie d’Hector Obalk dont il était le collaborateur. Cependant, c’est avec la peinture et le dessin qu’il entend principalement s’exprimer.

Beaucoup d’artistes figuratifs du xxe siècle ont joyeusement tourné le dos au réel : coloris pétaradants, empâtements qu’on croirait sortis d’une bétonnière, compositions délirantes, références analytiques ou politiques à gogo, etc. Ils souhaitaient que la peinture sortît entièrement de leur tête. Ils voulaient ne rien devoir au réel, ne jamais prendre le risque d’être perçus comme trop photographiques. C’étaient de vrais créateurs, croyait-on. Cependant, à la longue, cette peinture très artificialisée est devenue fatigante. C’est comme une cuisine qui serait entièrement concoctée avec des arômes et des colorants chimiques. C’est créatif, si on veut, mais c’est trafiqué. Au bout du compte, on a envie de retrouver des saveurs plus vraies.

"Le Bosco", fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le Bosco », fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Le guide de Tchernobyl", Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le guide de Tchernobyl », Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Au Biodôme", Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Au Biodôme », Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Bords de mer", huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Bords de mer », huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

L’humilité de se tourner vers le monde

Quelque chose de cet ordre pousse à une sorte d’humilité une nouvelle génération d’artistes. La modestie, c’est d’abord le fait d’être moins certain de l’intérêt de ses moindres vagissements. C’est ensuite le désir d’être plus attentif à la beauté et à la complexité du monde.

Thomas Lévy-Lasne est emblématique de cette sensibilité. Il observe, il dessine et il peint patiemment. S’il s’attaque au Bosco, petit bois dans l’enceinte de la Villa Médicis, c’est pour en observer le plus mince rameau, c’est pour rendre la façon dont les branchages se perdent dans l’obscurité ou se fondent dans la lumière, c’est pour saisir à la fois les détails et ce qui les lie. L’art de Thomas Lévy-Lasne est porté par un authentique désir d’explorer les formes du monde.

Pour ce qui est des dessins et gravures, les matières très réussies communiquent un lyrisme sourd à ses compositions. Pour la peinture, la facture est encore proche de l’hyperréalisme, mais on devine une évolution en gestation. Ici et là, il apporte une note ironique sur notre époque, comme avec ces touristes qu’on retrouve de toile en toile, confrontés sur un mode anodin à la gravité de l’histoire. Gageons que cet artiste va continuer à réserver de belles surprises.

À voir absolument : Thomas Lévy-Lasne, Galerie Filles-du-Calvaire, Paris, jusqu’au 24 octobre. 17, rue des Filles-du-Calvaire 75003 Paris.

François Sureau immortel

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François Sureau a été élu hier à l’Académie française au premier tour, par 19 voix sur 27, sans aucun bulletin blanc, ni croix, fait exceptionnel depuis dix ans. À 63 ans, l’avocat et écrivain devient immortel et prend le siège de l’historien Max Gallo disparu en 2017. À l’occasion de cette élection, Causeur vous propose de relire le grand débat sur les libertés entre François Sureau, Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy…


Sale temps pour nos libertés. Si Alain Finkielkraut et François Sureau s’alarment tous deux de l’esprit du temps, ils n’ont pas les mêmes motifs d’inquiétude. Quand l’un perçoit dans les revendications individuelles et communautaires les ferments d’une régression antidémocratique, l’autre dénonce la menace que ferait peser l’État sur nos libertés individuelles. Des Gilets jaunes à l’immigration en passant par le confinement et la liberté d’expression, les deux hussards ferraillent dans la plus pure tradition française.

Numéro disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine
Numéro 82 disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine

Nous autres modernes, pour reprendre le titre du beau livre d’Alain Finkielkraut, avons pensions qu’il nous avait suffi de tuer Dieu pour libérer l’homme. Délivrés de nos chaînes spirituelles et politiques, sans autres maîtres que nous-mêmes, nous avons découvert les possibilités illimitées ouvertes par la technique qui a fait de nous « les maîtres et possesseurs de la nature » et aujourd’hui de l’espace et du temps. Ce vertige nous a rendus capricieux, surtout depuis que, dans nos contrées, on ne fait plus la guerre. Contribuer, choisir ses représentants, tout cela est bel et bon, mais moi dans tout ça ? En quelques décennies la liberté politique du citoyen a donc été complétée par une foultitude de droits accordés à l’individu. Au point que chacun de nous se pense aujourd’hui fondé à exiger de l’État qu’il le reconnaisse pour ce qu’il est ou plutôt pour ce qu’il veut être et lui fournisse ce dont la vie l’a privé. Après le droit à l’enfant quasiment inscrit dans la loi, pourquoi ne pas instaurer un droit à l’amour qui obligerait l’État à fournir des partenaires aux empotés de la séduction ? 

A lire aussi: Entretien avec Ayyam Sureau

C’est peut-être cette confusion entre la liberté des Modernes et les droits des postmodernes (ou l’effacement progressif de la première par les seconds) qui explique que nous soyons incapables de répondre à une question apparemment simple, qui taraude régulièrement le débat public : souffrons-nous d’un excès ou d’une restriction de nos libertés ? Le cas de la liberté d’expression, consacrée par les rédacteurs de 1789 comme « l’un des droits les plus précieux de l’homme », est emblématique de ce paradoxe contemporain. En effet, l’expérience sensible indique que les deux propositions « on peut dire n’importe quoi » et « on ne peut plus rien dire » sont également vraies : nous subissons, en même temps, le déchaînement de la « parole libérée » et l’étouffoir du politiquement correct. De même l’existence humaine est à la fois caractérisée par d’innombrables possibilités de choix et corsetée dans une multiplicité de règles et de normes.

Pour débattre de ce sujet moins ardu et plus actuel qu’il n’y paraît, nous avons convié deux penseurs qui ont en partage l’amour de la liberté à l’ancienne, si on ose dire, mais que leur diagnostic oppose. Pour Alain Finkielkraut, le danger vient d’abord d’une société devenue toute-puissante quand François Sureau l’attribue surtout à l’activisme de l’État. Qu’ils soient tous deux remerciés pour cet échange de haut vol.

Elisabeth Lévy.

Alain Finkielkraut / François Sureau: qui menace nos libertés?

L’entretien est à retrouver en trois parties ci-dessous (réservées aux abonnés):

De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.
De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.

Décapité pour avoir montré un dessin

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Le président Macron s'est exprimé hier soir devant les journalistes à Conflans-Sainte-Honorine (78) © Abdulmonam Eassa/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22503642_000005

 


Le professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine est absolument innocent. La militante laïque Céline Pina revient sur l’attentat survenu hier. Et esquisse des pistes d’actions crédibles que le gouvernement devrait mettre en oeuvre, pour que les paroles de sévérité présidentielles ne soient pas une énième indignation hypocrite.


 

Il était professeur. D’histoire. Sa tête a été retrouvée, non loin du collège où il enseignait, posée sur l’asphalte. Décapitée. Dans une mise en scène barbare digne de Daesh, l’auteur, un jeune Tchétchène de 18 ans a diffusé cette photo sur les réseaux sociaux avec un commentaire explicite : « J’ai exécuté un de ces chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. » L’admonestation est adressée au chef des infidèles, Emmanuel Macron et est revendiquée au nom d’Allah, le tout miséricordieux.

Montrer ces dessins en classe est pertinent

Quel crime avait donc pu commettre ce professeur pour avoir une fin aussi atroce ? Aucun. Il a été tué par pure idéologie. Lui est absolument innocent. En effet, montrer des caricatures de Charlie dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, pour l’illustrer, est plus que pertinent, c’est primordial et indispensable. Ce devrait être une obligation que de faire le tour des établissements scolaires pour expliquer cette affaire et en faire un support pour illustrer à quel point cette liberté est une des bases de notre civilisation. Après un tel meurtre gratuit, comment supporter la cohorte des « oui, mais… », des « il l’avait un peu cherché » repris comme à chaque attentat, alors que s’alignent nos morts et que les islamistes en ajoutent à la liste tellement régulièrement que l’on a le sentiment qu’ils ont la maîtrise du calendrier. Comment supporter les protestations hypocrites de tous ceux qui ont laissé menacer de viol, de meurtre et d’égorgement la jeune Mila, déjà cible de la même violence et de la même idéologie ?

[Les familles musulmanes] sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles ne contestent que le caractère excessif de la sanction choisie

Aujourd’hui, tous ceux qui ont défendu sur notre sol la violence islamiste au nom de la protection des musulmans sont comptables de ce qui vient de se passer. Les islamistes ne se déchainent que parce qu’une partie de notre élite est à genoux et refuse de regarder en face certaines évidences : notre société n’est plus unie, un contre-modèle existe et grandit et notre pacte social a été rompu : aujourd’hui on peut être tué en sortant du travail parce qu’une communauté particulière veut imposer ses mœurs et sa charia.

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Soyons lucide. Cinq ans après les exécutions politiques de Charlie, oser défendre la liberté d’expression peut, en France, vous valoir la mort. Bien sûr de tels actes sont condamnés par le pouvoir, mais sont-ils combattus réellement ? Déjà il est dangereux d’oser dire et écrire que le problème n’est pas la religion en général. Cela vous vaut d’être ramené au traditionnel « faire le jeu de l’extrême-droite ». À croire que c’est le réel qui fait « le jeu de l’extrême-droite » finalement. Mais dans les faits, vous pouvez user de votre liberté d’expression envers les chrétiens, les juifs, vous moquer du pouvoir, contester le président et le dessiner dans toutes les positions, vous ne risquerez rien. Ce qui peut vous valoir condamnation à mort c’est de critiquer tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam. Voilà notre réalité : le blasphème et son corollaire, la peine de mort sont en train d’être rétablis en France par la rue et contre la loi, au nom d’une religion particulière, par des leaders islamistes certes radicalisés mais qui ont de l’influence sur leur communauté, laquelle les suit dans leur rhétorique violente et victimaire.

Plenel, Mélenchon et la prétendue “guerre aux musulmans”

Un exemple nous a été récemment fourni de cette influence et de ses effets délétères, comme de cette rhétorique qui accuse la France de faire la guerre aux musulmans et qui envahit les réseaux sociaux. Ce fantasme de « guerre aux musulmans » est repris comme un mantra par toute une partie des jeunes, elle les exonère de tout effort : l’échec c’est la faute de l’autre qui est forcément raciste et justifie toutes les violences induites par leur frustration. Ce discours est un des premiers pas vers la radicalisation car c’est au nom de persécutions fantasmées ou d’une vision de l’histoire tronquée, que les islamistes sèment la haine et déclenchent les passages à l’acte. Ici la victimisation est en fait une justification de la violence par déshumanisation de l’autre. Il s’agit ici de mettre fin au règne des bourreaux. À la fin de ce conditionnement, un prof de banlieue peut prendre la figure d’un monstre à terrasser dans la tête d’un jeune fanatique.

A lire ensuite: Les musulmans et Charlie Hebdo? Comme-vous-et-moi!

Ce crime n’est pas arrivé par hasard. Il a été porté sur les fonts baptismaux de la conceptualisation par des officines que nous connaissons tous et qui se sont dernièrement affichées en soutien du salafiste dirigeant de Barakacity, Idriss Sihamedi. Il fallait voir celui-ci à peine sorti de garde à vue menacer sur les réseaux sociaux, le ministre, la police, parler de guerre aux musulmans et faire diffuser cette idée d’une guerre en cours à tous les excités de la fachosphère islamiste : les Tariq Ramadan, Marwan Muhammad, Houria Bouteldja, Sihame Assbague, Taha Bouhafs… ils reprennent tous l’expression de guerre contre les musulmans et laissent les esprits s’échauffer et l’appel à la vengeance monter. Les islamistes sont à ce point décomplexés qu’ils osent tout, certains que leurs alliés d’extrême-gauche ou de gauche, qu’ils soient politiques ou journalistes, garderont les paupières bien cousues, relaieront leurs tentatives de victimisation, alimenteront les « oui mais », expliqueront qu’il ne faut pas faire d’amalgames ou que l’ensauvagement en France est une vue de l’esprit. La désinhibition et le sentiment d’impunité atteignent de tels niveaux qu’en plein procès Charlie, un des accusés s’est permis de menacer une enquêtrice, au cœur du tribunal. Tranquille.

Multiplication des passages à l’acte

Résultat de ce mépris pour notre capacité collective à réagir et à défendre notre civilisation : les attentats se multiplient, les policiers sont pris pour cible et paraissent débordés, les appels à la haine des kouffars ne connaissent plus de limites et les passages à l’acte se multiplient. Les parents d’élèves qui ont alimenté la haine contre ce professeur par obscurantisme et par soumission, l’homme qui a fait la vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux et qui appelle à une sorte d’expédition punitive ne sont pas des islamistes, en tout cas ils n’en ont pas tous les codes, mais ils montrent que la bataille est en train d’être gagnée par les fanatiques. Et ils mériteraient d’être traités avec la sévérité que leurs agissements méritent. Ils ne sont pas pour rien dans ce meurtre et ont excité la haine par pure bêtise. Cela ne mérite ni indulgence ni compréhension car ils ont semé les graines du drame. Ils sont en partie responsables de ce qui s’est passé et méritent de se l’entendre dire. 

En attendant, à force de traiter d’« islamophobes », ceux qui ont essayé de tracer une frontière entre musulmans et islamistes et de présenter les islamistes comme des purs, de simples amoureux de leur religion, de bons musulmans en quelque sorte, les Plenel, Mélenchon et compagnie ont servi l’emprise de l’islam politique. Laissons donc aux islamo-gauchistes et à leurs suppôts qui se sont couchés depuis longtemps devant ces fanatiques l’excuse sociologique. « Ils sont pauvres, ils sont exclus, ils sont rejetés, etc. etc. » La démocratie est toujours fragile et les islamistes l’ont compris. Ils savent exploiter les failles de notre système. Les plus malins arrivent même à se faire élire sur des listes municipales, les plus crétins montent au front en tuant. Ce professeur a été victime bien sûr du terrorisme islamiste mais il est aussi victime de la médiocrité et du manque de vertèbre des gouvernements qui se succèdent depuis quelques trente ans. 

La France paie cher ses renoncements successifs

Aujourd’hui, concrètement au fur et à mesure que les gouvernements promettent des « réactions à la hauteur », ce sont plutôt les renoncements qui s’accumulent : le voile est autorisé pour les accompagnatrices scolaires, on a renoncé à scolariser les enfants juifs dans les établissements publics là où l’islamisme fait la loi, on a renoncé à enseigner la Shoah dans certains collèges, bref en général on se couche devant n’importe quelle absurdités ou demande inacceptable pour peu qu’elle soit présentée au nom du « respect de l’islam ». Autre point : tous les élèves musulmans ne vivent pas dans des familles radicalisées, mais la logique des islamistes est rarement contestée pour autant par ces familles. Elles ont du mal à condamner purement et simplement les faits. Elles sont dans une logique où le blasphème doit être puni, elles n’en contestent que le caractère excessif de la sanction choisie. C’est aussi un problème qu’il faudra aborder. En attendant, aujourd’hui, la vraie question est simple : Va-t-il être encore possible d’enseigner l’histoire, la biologie et tout ce qui dérange les représentations des musulmans sans courir le risque d’être rappelé à l’ordre par les islamistes ? Lesquels sont plutôt efficaces en matière de sanction. 

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

Il y a aujourd’hui besoin d’une réaction à la hauteur tant cette affaire fait peur. Déjà symbolique : si j’étais au gouvernement j’afficherai dans tous les établissements scolaires, toutes les institutions, je prendrai des publicités dans les journaux, dans le métro, sur les bus. Je paierai des 4×3 et je créerai une affiche reprenant les caricatures de Charlie et revendiquant cet affichage au nom de la liberté d’expression et pour rendre hommage à ce professeur martyr. J’inonderai la France de ces affiches. Le message serait fort et la reconquête physique de notre espace serait ainsi symboliquement marquée. Nous en avons besoin en tant que peuple.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005
Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Il y a peu, peinant à trouver des accents churchilliens mais s’y essayant quand-même, notre président de la République nous a expliqué que nous étions en guerre. Guerre sanitaire contre un virus. Mais un virus n’est pas belliqueux, il n’a pas d’intention, il doit être combattu mais n’appelle pas à la guerre. En revanche, ce que l’on subit sur notre sol est une véritable déclaration de guerre. Par un ennemi qui doit être nommé. Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, sur nos fondamentaux. Enseigner notre histoire devient une prise de risque inconsidérée. Oui monsieur le président « nous sommes en guerre », mais l’ennemi s’appelle l’islamisme. Et en guerre, on se dote des armes nécessaires pour agir : utiliser l’armée n’est plus inenvisageable. Le degré de violence symbolique atteint le justifie, mais il y a d’autres armes à réactiver : déchéance de nationalité, indignité civile, poursuites judiciaires, expulsions, contrôle des mosquées, dissolution des associations, surveillance et action facilitée. On ne s’en sortira pas avec trois coups de mentons, dix tweets, des empilements de « monstrueux », « ignoble », « horrible » dans les discours, pour qu’une semaine après le dossier soit classé et que le gouvernement passe à autre chose. Par exemple à la mise en place d’une taxe halal permettant de distinguer les deux peuples en train de se constituer sur notre sol, une taxe qui permet aux islamistes d’imposer ses marqueurs : voile, alimentation séparée, interdiction des mariages mixtes, refus de notre sociabilité, le tout pouvant être exprimé dans sa manière de s’habiller, de se nourrir, dans les normes que l’on respecte et celles que l’on refuse d’accepter. Par exemple en accélérant la construction d’un islam de France via l’AMIF d’Hakim El Kharoui, alors que cette association est déjà infiltrée par nombre d’islamistes (AOC frères musulmans). Une occasion en or de gagner en parts de marché communautaires et en pouvoir de nuisance et de déstabilisation.

Le président veut être crédible ? Qu’il arrête déjà cette sinistre comédie qui fait que nous installons nous-mêmes dans notre propre paysage institutionnel ceux qui rêvent de nous réduire au silence. Sans cela, les rodomontades d’Emmanuel Macron ne seront que des coups de communication en attendant la prochaine exécution, individuelle ou de masse. Et les larmes versées sur la tête atrocement mutilée du professeur d’histoire n’auront été que la énième manifestation d’hypocrisie de nos gouvernants.

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« S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

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Pascal Hilout

Apostat de l’islam et cofondateur du magazine Riposte laïque, Pascal Hilout n’est pas réputé pour faire dans les mielleries. Entretien sans langue de bois.


Alexis Brunet. Bonjour Pascal Hilout, vous avez participé à la fondation du magazine en ligne Riposte laïque. Vous vous y présentez comme « apostat de l’islam né Mohamed ». Pouvez-vous en dire plus à nos lecteurs ?

Pascal Hilout. Je suis né au Maroc de parents musulmans. Dès le lycée, j’ai compris que l’islam avait un vrai problème avec la moitié de sa population : les femmes. J’ai compris alors que si on ne  changeait pas la condition de la femme, ce n’était absolument pas la peine de vouloir changer quoi que ce soit dans les pays musulmans. C’est à ce moment-là que je suis devenu un féministe convaincu. Je suis arrivé en France en 1983 du Maroc. Quand j’ai demandé la nationalité française, j’ai demandé la francisation de mon prénom. « Hilout » est mon nom de famille d’origine. J’ai choisi « Pascal » parce que j’aimais beaucoup la sonorité. La francisation du prénom, c’est une bonne indication qu’on adopte la France non seulement par la nationalité mais aussi par ses traditions, sa culture, et qu’on adhère à son histoire.

A lire aussi: Le prénom, une certaine idée de la France

En mars 2012, la Ligue des Droits de l’homme vous a fait condamner pour provocation à la haine envers les musulmans après que vous avez écrit dans Riposte laïque que « l’islam n’est pas une religion mais un projet politico-religieux totalitaire et qui ne sait exister que par la conquête ». Avez-vous eu d’autres démêlés avec la justice depuis ?

Non pas du tout et je maintiens. L’islam est une religion conquérante, toute son histoire est émaillée par la conquête, en tous cas jusqu’à maintenant.

Il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions

Il semble aussi que vous ayez été attaqué en justice à cette occasion parce que vous avez comparé les prières de rue dans Paris à une occupation…

C’est vrai. Les femmes n’occupaient pas le terrain, elles n’avaient pas cette possibilité de prier dans la rue, elles étaient tenues de prier à la maison. Les hommes qui occupaient le terrain le faisaient donc justement pour montrer leur capacité à mobiliser et à occuper le terrain. Marine Le Pen a dit exactement la même chose que moi quelques temps après et elle n’a jamais été inquiétée pour cela. Ceux qui ont prié dans la rue ont eu gain de cause. L’État, qui est soit disant laïc, s’est vu obligé de trouver un local à une religion qui est suffisamment riche pour se trouver tous les lieux de culte qu’elle veut.

En juin dernier, dans un article intitulé « Plus que jamais, 10 ans après l’apéro saucisson-pinard, à bas l’islam ! » paru dans Riposte laïque, vous écrivez au sujet de ce dernier que « la terre entière doit s’en débarrasser ». Sans vouloir vous offenser, n’est-ce pas un peu simpliste ?

Non justement, ce n’est pas du tout simpliste. Les religions ne sont pas vouées à durer, elles peuvent mourir, il y a plein de religions dont on ne parle plus ou qui ne sont plus pratiquées. Et donc je suis persuadé de la nécessité d’une adaptation complète de l’islam à notre temps, de ne plus inscrire la soumission dans le corps, l’espace et le temps. Les musulmans sont d’abord les victimes de l’islam, puis ils deviennent transmetteurs. Ce que je souhaite vraiment, c’est la libération des musulmans. L’islam a assez rabaissé ces derniers, il doit cesser de rabaisser les comportements de ses sujets. Ça fait quatorze siècles qu’il en est ainsi quand même, c’est bien assez.

Dans un sondage IFOP commandé par Charlie-Hebdo, 60% de personnes se déclarant musulmanes disent ne pas faire passer leurs convictions religieuses avant celles de la République, ce qui est une petite majorité. Ne va-t-on pas quand même vers une sécularisation de l’islam en France ?

Ça dépend de l’attitude de la France. Si la société française ne cède en rien, les musulmans vont bien sûr changer de comportement. Mais malheureusement pour les jeunes, c’est la tendance inverse qui s’observe actuellement. Parmi nombre de jeunes, on ne condamne pas un forfait qui a été fait sur des caricaturistes. C’est très grave de voir qu’il y a une jeunesse actuellement qui est de plus en plus française et qui n’adhère pas du tout aux fondamentaux du respect de la liberté d’expression. Il y a un conflit réel qui est très grave et qui nous prépare des jours difficiles.

Cependant, 72% des interrogés se déclarant musulmans condamnent totalement l’attentat de Charlie-Hebdo dans ce même sondage. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Mais encore heureux qu’ils le condamnent! (Rires). Franchement, un crime comme celui-là, ce serait la moindre des choses qu’ils le condamnent tous. Selon cette même enquête, un quart des musulmans aurait protesté contre les manifestations qui ont suivi la tuerie s’ils avaient pu. Cette partie aurait donc préféré des insultes à l’égard des morts. Trop de musulmans trouvent encore que c’est justifié de tuer pour leur prophète. Et même s’ils ne sont pas majoritaires, je souligne que ce sont toujours des minorités actives et agressives qui finissent par faire l’Histoire.

Vous êtes régulièrement invité à France 24 Arabe pour débattre. Il y a cinq ans, peu après ce même attentat, vous avez eu un échange assez vif avec Ghaleb Bencheikh, qui est maintenant Président de La Fondation de l’islam de France. Vous l’avez notamment qualifié d’hypocrite sur le plateau. L’avez-vous revu depuis ?

Oui plusieurs fois, notamment lors d’un colloque à l’Unesco. Tous les gens qui connaissent l’islam et qui ne veulent pas condamner les comportements de Mahomet savent très bien que c’était un pédophile, des historiens musulmans l’ont bien écrit. Mahomet a demandé la main d’une fille qu’il a déflorée quand elle avait neuf ans, tous ces gens-là le savent bien. Des historiens comme Tabari ou Ibn Hicham précisent bien qu’elle jouait encore à la poupée à ce moment-là. De même, on sait parfaitement que Mahomet a fait la guerre à tous ceux qui n’étaient pas musulmans. Ceux qui connaissent l’islam savent très bien comment son histoire a commencé et comment elle a continué. On ne peut pas dire de belles paroles comme quoi on adhère à la République ou que sais-je sans dénoncer cette histoire ancienne, ou alors c’est effectivement de l’hypocrisie. Il faut commencer par dire que oui, cette histoire, c’est la nôtre, mais nous ne l’acceptons pas et nous la dénonçons pour la dépasser. C’est ce que des musulmans, surtout soi-disant éclairés devraient enfin faire.

Dans cette même émission, vous avez eu un autre différent avec Ghaleb Bencheikh qui affirmait que le Coran, à la différence de l’islam, ne condamnait pas l’apostasie. Vous qui êtes le premier concerné par ce sujet, que répondez-vous ?

Toute l’histoire musulmane est émaillée d’apostats qui ont été poursuivis et tués. Même au Maroc, qui est le plus libéral des régimes musulmans, il y a un « conseil scientifique », un conseil jurisprudentiel qui n’a lui-même jamais condamné l’apostasie. Elle est toujours inscrite dans la loi marocaine, l’apostat peut légalement y être poursuivi. Si le Maroc n’exécute pas vraiment cette loi, il l’utilise pour faire peur à ses citoyens, pour éviter que trop d’entre-eux se montrent comme apostats. Si le Roi du Maroc lui même et son conseil ne sont jamais revenus sur cette loi, c’est qu’ils savent vraiment que l’apostasie est condamnée par l’islam.

Par l’islam certes, mais par le Coran ?

L’islam, c’est le Coran plus Mahomet. Puisque le Coran ne parle pas et n’agit pas, on ajoute ce qu’a fait Mahomet. Mahomet a massacré ceux qui ne voulaient pas se déclarer musulmans. Dès qu’il est mort, la première guerre qui a été faite par son successeur fut de mater une rébellion d’apostats. De nombreuses tribus voulaient alors revenir à leurs religions antérieures. La première des guerres de l’islam fut contre les apostats, contre les renégats. Il faut toujours se référer à l’Histoire car c’est l’Histoire qui interprète ce qui est écrit.

Vous avez dit dans la même émission prôner une vision « humaniste » pour détruire les barrières religieuses, mais n’avez-vous pas l’impression d’être un peu trop frontal dans vos chroniques pour être fédérateur ?

Je l’ai dit et je le répète, les musulmans sont meilleurs que le Coran et l’islam. À un moment donné il faut leur dire que les germes pathogènes du Coran et de Mahomet doivent être détruits pour les guérir. Ce que font Ghaleb Bencheick et d’autres musulmans dits éclairés, c’est le contraire : ils accusent une partie des musulmans de ne rien avoir compris, pointant du doigt les wahhabites ou les Frères musulmans. Or, tous les musulmans sont en fait des victimes de l’islam. Moi je suis frontal à l’égard de l’islam pour que justement, les musulmans n’inscrivent plus la soumission dans le corps, l’espace et le  temps. Il faut être très clair, si on est humaniste et qu’on est pour que les musulmans se libèrent et se débarrassent de l’islam, il ne faut avoir aucune pitié pour une idéologie religieuse.

Toujours est-il que le nombre de musulmans continue d’augmenter en France et que les extrémistes musulmans s’y portent bien. À quoi cela est-il dû selon vous ?

Si l’islam a été conquérant, et s’il continue à avancer c’est parce qu’il sait mettre des personnes à ses côtés, il sait faire adhérer des personnes jusqu’au bout. Certains préfèrent mourir pour l’islam que de rester vivants. C’est une idéologie conquérante par nature, qui donc progresse tant qu’elle n’a pas d’opposition. Tant qu’il n’y a pas assez de gens qui se soulèvent, qui disent qu’ils n’accepteront pas du tout d’être soumis, tant qu’ils n’y aura pas de vrais opposants à l’avancement de cette idéologie, elle continuera, en France ou ailleurs. L’Europe fut attaquée par le passé, tant du côté de la péninsule ibérique que du côté turc, Byzance n’existe plus, l’église Sainte Sophie est transformée à nouveau en mosquée par le sultan Erdogan qui se sent pousser des ailes. On voit donc bien que s’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer.

A lire aussi: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Les croisades pour la sauvegarde du Saint-Sépulcre ont cessé avec la mort de Saint-Louis. L’arrêt de l’expansionnisme islamique ne doit-il pas venir du monde islamique lui-même ?

 Non, c’est à la France et à l’Europe de résister à la pénétration de cette idéologie. En revanche, si réforme et changements il peut y avoir dans l’islam, cela doit venir des musulmans eux-mêmes dans leurs propres pays. J’ai un espoir en ce qui concerne le Maroc, le pays musulman que je connais le mieux. Le Maroc que j’ai connu jusqu’en 1974, était une dictature où l’on n’avait absolument pas le droit de dire ce qu’on pense. Aujourd’hui, j’ai été absolument surpris de voir que des articles où je dis la même chose qu’en France mais cette fois en arabe sont publiés sur le site Hespress, qui est un des premiers sites d’informations marocains. Dans les commentaires, j’ai été surpris par la liberté d’expression. Bien sûr, il y a toujours les habituels commentaires qui crient à l’ « islamophobie » mais la majorité discute sérieusement. Quand je vois cette liberté d’expression, j’ai un espoir mais malheureusement, le Maroc est quand même un petit pays par rapport aux finances des pays du Golfe et leur main mise sur l’islam dans le monde.

Et pour la France, vous avez un espoir ?

Je crois que nous sommes malheureusement mal partis en France, il y a depuis longtemps un malentendu sur ce qu’est l’islam et sur ses véritables intentions. Sondage après sondage, on commence à comprendre qu’il y a une dissonance absolue entre ce que les musulmans pensent et ce que la majorité des journalistes nous a dépeints d’un islam soi-disant compatible avec la République. Petit à petit, on voit que nous sommes devenus un archipel, que les territoires perdus de la République sont devenus maintenant un lieu commun. On ouvre petit à petit des yeux sur des choses que l’on ne voulait pas voir au départ et se pose maintenant la question de savoir ce que l’on va faire. Est-ce que l’État va reprendre ses droits et faire vraiment la loi de l’État ou va-t-on continuer à se disloquer jusqu’à avoir du Liban sur place ? Macron n’aurait même plus besoin d’aller au Liban (rires).

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« Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché

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© Le Bureau / Jour2fête

À sermon attendu de David Dufresne sur la violence policière (Un pays qui se tient sage) préférons un classique du film d’espionnage (Les Trois jours du Condor) et une comédie française (Adieu les cons)


 

Un pays qui se tient sage, de David Dufresne
En salles depuis le 30 septembre

 

Comme David Dufresne le dit très modestement : « Ceux qui s’intéressent à mon point de vue le connaissent : pas la peine de faire un film pour ça. » On peut pourtant parfaitement vivre sans connaître David Dufresne et vivre bien. Les « Allo @Place-Beauvau » durant le mouvement des Gilets jaunes, c’était lui, soit le signalement méticuleux et sous forme dramatisée de chaque « violence policière » et de ses effets. Dufresne se rêve manifestement en correspondant de guerre tendance Malraux, mais Macron n’étant pas Franco, il fait avec ce qu’il a. Ce qu’il a, c’est l’époque : réseaux sociaux et téléphones portables, tous délateurs, tous filmés, tous « cinéastes ». Le buzz d’abord, la pensée ensuite, s’il reste du temps. Après avoir écrit en 2012 un livre à décharge sur l’affaire de Tarnac (« un petit chef-d’œuvre », selon Mediapart), le journaliste fut candidat à Paris pour le « Parti pirate », lequel prône « la transparence numérique pour redonner du pouvoir aux citoyens » : le NGC (nouveau gauchisme chic) est comme on le voit d’une audace folle, Bill Gates and co peuvent trembler…

Avant de réaliser le documentaire dont il est ici question, David Dufresne, plus Malraux que jamais, publia évidemment un roman, Dernière sommation, autour de ces mêmes violences policières. Disons simplement que n’est pas romancier qui veut. Il est vrai que Caroline Fourest a réalisé un film de fiction, alors tout est permis, n’est-ce pas ?

Avec Un pays qui se tient sage, Dufresne aborde une forme qu’il connaît mieux, celle du documentaire soi-disant documenté. Il croit tellement aux images qu’il nourrit son film d’extraits de ces petites vidéos prises avec des téléphones et qui font désormais foi de tout et de rien, alpha et oméga de toute réflexion sur l’état du monde. Qui filme, où, quand, comment, pourquoi, qui ? Toutes ces questions n’ont aucun sens puisqu’il s’agit ici d’asséner et non de s’interroger. À telle enseigne que l’auteur est véritablement persuadé que montrer ces images sur grand écran leur donnera plus de force. Plus de flou et de grain, c’est certain. Plus de force, c’est littéralement à voir. À moins de considérer que Dufresne tire un but contre son camp : ce qui ressort de ces images grand format, c’est d’abord la peur et des uns et des autres. Oui, la peur, celle des policiers autant que celle des manifestants et comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi est mise à mal la prétendue question existentielle que le film voudrait véhiculer sur la violence d’État et sa légitimité forcément contestable et au bout de laquelle il y aurait fort naturellement la dictature… Vieille rengaine qui fait semblant de croire que l’usage de la force publique est toujours la préfiguration d’un coup d’État policier. Mais alors que dire des CRS ou des gendarmes qui naguère encore délogeaient manu militari, sans excès de tendresse et à très juste titre légal et légitime, les manifestants anti-IVG et de ce fait hors-la-loi ? Quant à s’intéresser de près aux violences subies par les policiers, c’est le cadet des soucis de Dufresne, à l’exception d’une séquence qui sent son alibi à plein nez. Depuis le répugnant « CRS=SS », certains sont persuadés qu’une manifestation dans un pays démocratique est la rencontre fracassante d’anges vertueux et de hordes policières fascistes.

Pour corser un peu plus l’ensemble, Dufresne invente le documentaire-devinette. Jusqu’au générique de fin, tenez-vous bien, on ignore absolument le nom et la qualité de chacun des 24 intervenants qu’il a sollicités et qui se succèdent à l’écran dans des duos dès lors désincarnés et artificiels. L’important n’est pas qui parle, mais « d’où parles-tu camarade ? ». Et dans le dossier de presse, Dufresne de s’étonner, sans rire, qu’un policier syndicaliste puisse citer Pasolini à bon escient, ce qui est faire injure et à Pasolini et à ce témoin. Allo ? Place Beauvau ? C’est pour un flagrant délit de clichés en tout genre et sur grand écran !

affiche-pays-sage-david-dufresne

Les Trois jours du Condor (1975), de Sidney Pollack

Sortie le 30 septembre 2020

Comment ne pas se réjouir de la ressortie en salle de ce formidable film réalisé en 1975 par Sidney Pollack ? Adapté d’un roman intitulé Les Six Jours du Condor (oui, le temps est forcément plus court au cinéma qu’en littérature : le grand écran est le Jivaro du livre !), c’est un suspense digne d’Hitchcock où l’on finit par ne plus rien comprendre et c’est très bien ainsi. Le beau Redford est au centre de cette histoire invraisemblable, mais dans laquelle on a forcément envie de se perdre avec lui. Espions, CIA, massacre, pièges, poursuites, tout y est, sans oublier la presse américaine forcément vertueuse ! D’une efficacité redoutable, le film se déguste comme on tourne les pages d’un livre de Le Carré : avec frénésie et, en même temps, avec l’envie de ralentir devant la certitude qu’arrivera la fin, hélas. Il serait injuste de passer sous silence la présence au générique de Faye Dunaway et de Max von Sydow, autres atouts de charme d’un film qui les a tous ou presque.

© Studiocanal
© Studiocanal

LES-TROIS-JOURS-DU-CONDOR

Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Sortie le 21 octobre

Depuis 9 mois ferme, en 2013, on sait qu’Albert Dupontel est capable de réussir une comédie digne de ce nom dans le paysage pourtant très contrasté du cinéma français en la matière. Son nouveau film joue avec bonheur dans la même catégorie. Cette fois, il incarne un cadre suicidaire rejeté par ses pairs, qui croise sur sa route une autre désenchantée d’un monde moderne forcément cruel. Comme à son habitude, Dupontel plonge ses héros (et donc lui-même) dans un réjouissant bain de catastrophes successives, rejoint qui plus est par un aveugle sans peur ni reproche. Bricoleur informatique de génie, son personnage parvient à transformer une tour sans âme en un vaste terrain de jeu pour grand gamin attardé en manque d’amour. Étrangement, la séquence finale du film, que l’on se gardera bien de raconter ici, rompt radicalement avec le ton employé jusque-là. Comme si Dupontel avait envie de sonner la fin de la récré et de son récit, mais peut-être plus profondément de son cinéma tel qu’on le connaît…

Jérôme Prébois / ADCB Films
Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films
« Adieu les cons » d’Albert Dupontel Jérôme Prébois / ADCB Films

Saint Jean en Californie

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Le Golden Gate de San Francisco se perd dans la fumée des feux monstrueux ravageant la Californie, 8 septembre 2020 © Eric Risberg/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22503007_000009.

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Des incendies spectaculaires qui ont dévasté la côte ouest des États-Unis, il nous a été permis de voir des images aux couleurs orangées comme dans un mauvais rêve, étrangement belles, entre effroi et extase. Elles ne galvaudent pas, pour une fois, l’adjectif « apocalyptique » et renvoient de fait à l’Apocalypse de Jean, où le fléau majeur est le feu : « Et dans cette vision les chevaux me parurent ainsi : ceux qui étaient montés dessus avaient des cuirasses de couleur de feu, d’hyacinthe et de soufre ; les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; et de leur bouche il sortait du feu, de la fumée et du soufre. Par ces trois plaies, c’est-à-dire, par le feu, par la fumée et par le soufre, qui sortaient de leur bouche, la troisième partie des hommes fut tuée[tooltips content= »Cette traduction biblique, notre préférée parce qu’elle est belle comme du Racine, est du janséniste Lemaître de Sacy (« Bouquins », Robert Laffont). »](1)[/tooltips]. » L’explication de cette vision saisissante par l’agence de contrôle de la pollution de San Francisco est-elle plus rassurante ? « Ces particules de fumée dispersent la lumière bleue et ne permettent qu’aux rayons jaunes, orange et rouges d’atteindre la surface, ce qui donne cette couleur orangée au ciel. »

À moins que l’État de Washington, l’Oregon et la Californie aient été soumis à un autre feu biblique, celui de la Genèse, qui dévasta Sodome et Gomorrhe : « Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d’alentour avec ceux qui l’habitaient, et tout ce qui avait quelque verdeur sur la terre. » Certes, San Francisco, la Sodome américaine pour la droite chrétienne, n’a pas été détruite. Il y a eu néanmoins des villes rayées de la carte comme Berry Creek, 1 200 habitants parmi lesquels Misty Spire : « On aurait dit l’apocalypse, les flammes de l’enfer », comme si les seules images qui venaient à l’esprit devant un incendie monstre étaient celles de la Bible, récit fondateur par excellence, où tout a déjà eu lieu.

Par exemple, cette « verdeur » disparue, c’est ce qu’a découvert, dans l’état de Washington, le gouverneur Jay Inslee avec les 200 000 hectares de forêts détruits : « Ce n’est plus le Washington d’avant. Je penserai à ces incendies et à leurs impacts sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour battre le changement climatique. » Pas question pour Trump d’accepter une telle explication. Lui met l’accent sur la « mauvaise gestion forestière par les gouverneurs démocrates ». Même si l’argument peut s’entendre en partie, on pense, pour le coup, à l’Évangile de Matthieu : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. »

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve

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Paris, octobre 2020 © THOMAS COEX / AFP.

Douce nuit, sainte nuit
Tout s’endort, l’astre luit
Chant de Noël

Il y a peut-être un monde des vivants et un monde des morts, qui mourra verra.

Il y a en tout cas à coup sûr le monde du jour et le monde de la nuit. Dans cette séparation immémoriale, chacun trouve plus ou moins sa place : le jour pour les créatures actives (la lumière du jour : un appel au mouvement), la nuit pour les êtres lunaires (l’éclat nocturne : un appel à la contemplation), la nuit ayant toujours eu ce statut particulier d’être comme l’autre monde : passé une certaine heure, l’homme devient un curieux solitaire, son horizon se dépeuple, son rythme intime ralentit (il marche plus lentement, il pense plus précisément), sa vie s’enrobe d’un mystère.

La nuit aussi, quand « tout s’endort et que l’astre luit », des angoisses cachées dans le fond d’une grotte se réveillent subitement : les démons intérieurs nous rendent visite, le sommeil semble avoir barricadé sa porte, le marchand de sable a tracé sa route, alors il faut sortir marcher, s’aérer l’esprit, écouter les bruits de la ville ; on sent en soi un appel à l’exil.

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La rue la nuit est ainsi un pays de gens désœuvrés : insomniaques, rêveurs, amoureux, prostituées, promeneurs sans but, mendiants fatigués. Des inconnus qui se croisent sans se voir, s’approchent sans se parler, un simple geste de la tête suffit, ça cohabite dans un étrange mélange de défiance et de complicité silencieuse. Le monde de la nuit est un pays rassurant. « Peut-être que la nuit le monde fait la trêve » (Alain Bashung, Sur un trapèze).

Mais voyez, finie la sainte nuit, amis lunaires, finie la douceur sous les astres et les réverbères, fermé le pays de la flânerie, cancel le monde des rêveurs, au placard les insomniaques : dès samedi 21h, la journée ne durera plus que quinze heures ; le reste sera un grand trou noir interdit. Les patrouilles veilleront à ce qu’on ne s’y aventure plus, d’ailleurs.

Après le discours du président Macron, mercredi, je me suis empressé de téléphoner à mon amie Louise pour que nous dînions ensemble avant qu’il soit trop tard. Elle me confesse :

« Le couvre-feu, pour moi qui suis insomniaque, est un enfer. Plus de vie nocturne, plus de promenade, me voilà condamnée à vivre avec les gens du jour, à leur rythme, dans un monde blafard. Mon seul répit m’est confisqué, impossible de sortir après 21h sans passe-droit ? Cela veut dire en définitive : impossible de flâner en rêvant sans autorisation. C’est encore pire que le confinement d’avril : nous pouvions au moins sortir une heure faire du footing ou promener notre chien. Désormais, les seules dérogations qui seront données après 21h auront des raisons professionnelles. Comme si seuls l’économique et le professionnel pouvaient encore expliquer qu’on vive la nuit. Crois-moi, il y a beaucoup de victimes non-économiques, et beaucoup de dommages en dehors de la sphère du travail ! Ceux-là, on n’entend pas en parler, parce qu’on ne voit plus le monde des rêveurs. Pourquoi a-t-on tellement oublié qu’il y avait d’autres vies possibles ?… »

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Louise n’a pas tort, dans son genre : c’est tout un pays de l’ombre qui voit se perdre, sans autre forme de procès, sa raison d’être. Qui voudra entendre les habitants de ce pays, puisque leur plainte ne s’exprime pas en langue comptable ? Sommes-nous même capables encore de comprendre que le temps lent, perdu, la contemplation, la flânerie inutile, le silence et l’ombre de la nuit sont des richesses propres, précieusement vacantes, autant que celles qui palpitent dans les comptes de résultat ? Le monde est-il condamné à n’avoir plus jamais de trêve ?

Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

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Les micros de Mediapart grands ouverts pour les sornettes antirépublicaines de Fatima Ouassak (à droite). Image: capture d'écran YouTube.

Entre deux entretiens où elle dénonce le racisme d’État, la militante indigéniste travaille pour la Commission nationale du débat public (CNDP), garante de l’impartialité des pouvoirs publics.


Elle se nomme Fatima Ouassak, elle est Française d’origine marocaine, et elle a publié le 27 août à la Découverte un bref essai intitulé La Puissance des mères. Le fil conducteur de son analyse est que les mères des quartiers populaires doivent se transformer en « dragons » dans l’intérêt de leurs enfants, appelés à grandir dans un pays structurellement raciste. « Je lutte pour mes enfants. J’y pense tout le temps. J’ai vraiment peur qu’on me les prenne pour les mettre dans un train. J’estime que l’on se dirige vers un régime autoritaire et que du jour au lendemain, il peut devenir fasciste », déclarait la jeune femme au magazine Reporterre le 15 juin 2019. Dans une tribune publiée en février 2017, elle évoquait une société française « hiérarchisée racialement », dans laquelle « les Blancs font en sorte d’être privilégiés dans l’accès à la propriété, au pouvoir, aux soins, à la reconnaissance ou au confort, au détriment des Non-Blancs qui voient leur accès à ces ressources constamment entravé. » Un pays capitaliste-raciste, dirigé par un appareil d’État qui ne le serait pas moins. En deux mots, l’Afrique du Sud.

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Fatima Ouassak travaille pourtant en ce moment pour une entité publique qui n’avait pas vraiment d’équivalent à Pretoria au temps de l’Apartheid. Elle est garante au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP). Créé en 1995, la CNDP est une autorité administrative indépendante, qui organise des consultations sur de grands projets d’aménagement, dans un esprit d’impartialité absolue, garantie par des dispositions statutaires très détaillées. Elle est composée de parlementaires, d’élus locaux, de membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du patronat, des syndicats, etc. Bref, elle incarne cette superstructure étatique dont Fatima Ouassak s’époumone à dénoncer le racisme.

Les garants des débats ne sont pas en contrat à durée indéterminée. Ils interviennent ponctuellement, « avec impartialité, équité et intégrité », dit leur charte d’éthique. Le nom de Fatima Ouassak apparait dans plusieurs dossiers, dont deux qui concernent précisément des secteurs populaires présumés « racisés ». Il y a d’abord eu le complexe de loisirs et de commerce EuropaCity dans le Val D’Oise, en 2015-2016 (projet abandonné en 2019). Pour l’heure, elle travaille sur les consultations liées au grand centre hospitalier qui doit sortir de terre à Saint-Ouen en 2027. Si jamais l’AP-HP, maitre d’ouvrage, décidait de rafler les habitants expropriables pour les entasser dans des wagons plombés afin d’accélérer le chantier, Fatima Ouassak serait rapidement avertie.

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Croit-elle vraiment à ses propres outrances ? Causeur lui a posé la question. Elle n’a pas trouvé le temps de nous répondre, mais son parcours parle un peu pour elle. Fille d’immigré, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille. À son poste de garante, elle voit tourner au jour le jour la machine lente, lourde, impersonnelle et impartiale de l’administration française. L’entretien qu’elle avait accordé à Reporterre contient une phrase lucide : « c’est typique de la France, on peut avoir un discours radical à partir du moment où il est hors-sol ». Sur ce point précis, son intégration semble tout à fait aboutie.

Le CV de la militante est consultable ici: 

Automobile: le retour du malus au poids

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Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique le 12 octobre 2020 © Louise MERESSE/SIPA Numéro de reportage: 00985509_000031.

Finalement, la taxe supplémentaire sur le poids des véhicules neufs fait son retour et sera instaurée l’an prochain. Pour contenter la ministre de la Transition énergétique, Barbara Pompili, qui en a fait une question de principe, et ménager l’industrie automobile française, le seuil fixé de 1 800 kilos concernera avant tout les véhicules importés et en petit nombre. Les voitures électriques devraient bénéficier d’exemptions.


La bataille entre le ministère de l’économie et celui de la transition écologique semblait avoir tourné en faveur du premier. Il n’était plus question de taxe nouvelle sur le poids des véhicules, afin notamment de ne pas encore affaiblir un peu plus la production de voitures sur le sol français, en déclin depuis quinze ans. Mais les considérations politiques ont repris le dessus. Emmanuel Macron entend montrer que la Convention citoyenne sur le climat n’était pas un gadget et tenir compte des recommandations, même absurdes, de ces 150 citoyens tirés au sort et devenus par la grâce d’une formation accélérée, dispensée par des organisations militantes, des experts de la transition.  Ils ont hérité d’ailleurs de ces organisations l’obsession anti-automobile.

Contrer la mode des SUV

En tout cas, la caution écologiste du gouvernement, la ministre Barbara Pompili, a finalement confirmé qu’un malus au poids, allait bien s’ajouter l’an prochain au malus sur les émissions de CO2 sur les ventes de voitures neuves. Les acheteurs de véhicules de plus de 1 800 kg paieront l’an prochain un sur-malus. Le débat a été tranché par le premier ministre Jean Castex qui, suprême astuce, a fixé un seuil qui épargne les voitures françaises à l’exception de la Renault Espace 2,0 dCi et touchera en fait très peu de véhicules. Il s’agit en fait avant tout d’une mesure symbolique… N’auraient été théoriquement concernés moins de 1% des véhicules particuliers thermiques neufs vendus en France au cours des 9 premiers mois de l’année 2020 et 2% en 2019. Il s’agit essentiellement de gros SUV et de grandes berlines.

Un amendement sera introduit au projet de loi de finances pour 2021. «Le malus au poids que nous instaurons est un signal fort et nécessaire pour mieux prendre en compte l’empreinte écologique des véhicules les plus lourds», a tweeté la ministre. «L’alourdissement du parc automobile, c’est plus de matériaux et d’énergie consommés, plus de pollution, moins d’espace public disponible», a-t-elle justifié.

Depuis 2010, le poids moyen des voitures diesel a augmenté de 7%, et celui des modèles à essence de 14% explique-t-on au ministère de la transition. On oublie allégrement que les choses sont en fait plus compliquées. La hausse du poids des véhicules, quand elle est liée à l’augmentation continue de leur taille et à la mode difficilement justifiable des SUV, est une aberration. Ce n’est pas pour rien qu’une ville comme Berlin songe à interdire les SUV.

Ne pas pénaliser l’industrie automobile et épargner les véhicules électriques

En revanche, l’augmentation du poids des véhicules est totalement justifiée quand elle est la conséquence de l’augmentation des équipements de sécurité dans les véhicules, d’une plus grande résistance aux chocs et d’une plus grande rigidité qui améliore la tenue de route. Les renforts de chassis, les habitacles indéformables, les airbags… pèsent lourd. Il ne faut pas perdre de vue qu’en dépit des discours publics, la baisse de mortalité sur les routes depuis deux décennies n’est pas liée à la multiplication des radars mais est avant tout la conséquence de l’amélioration spectaculaire de la sécurité passive et active des véhicules.

Le problème du gouvernement était avant tout…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Transitions & Energies <<<

Drunk, un film fantast-hic!

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Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Drikke, dit le danois. Drink, dit l’anglais. Et l’allemand, Trinken. « Trink ! », ordonne Rabelais — c’est l’oracle de la Dive bouteille, c’est le « Enivrez-vous ! » baudelairien. Tout cela vient d’une très vieille racine indo-européenne, dhreg-, qui signifiait originairement glisser — et pour glisser, ça glisse bien, ça descend facile — surtout quand c’est bon. Le petit Jésus en culottes de velours, disait mon grand-père…

drunkVous n’êtes pas sans avoir appris par cœur les verbes irréguliers anglais. Drink, drank, drunk, ânonnions-nous. Et donc Drunk, le dernier film de Thomas Vinterberg — l’homme qui avait eu le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998 pour ce chef-d’œuvre de cruauté familiale (pléonasme !) qu’était Festen, et qui aurait dû décrocher cette fois la Palme d’or pour son dernier opus, si le festival 2020 n’avait pas été annulé au nom d’une politique sanitaire dont je ne dirai rien tant elle me met hors de moi.

Quatre enseignants qui s’aiment bien — une espèce assez rare, pour autant que je connaisse le milieu —, en pleine « midlife crisis » (ou crise de la cinquantaine, si vous préférez), mariés ou non, autrefois brillants, engoncés dans une routine sclérosante, enfants sur les bras, partenaire présente / absente, sans motivation, habitant un pays luthérien, circonstance aggravante, apprennent fortuitement qu’un psychologue norvégien, Finn Skårderud (qui existe vraiment) affirme que l’homme est en manque d’alcool dès sa naissance, et qu’il a besoin d’un taux à 0,5 — en moyenne — pour être au mieux de sa physiologie et de ses performances.

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Que risquent-ils ? Ils se lancent dans l’expérimentation, et comme on pouvait s’y attendre, ils deviennent rapidement plus brillants, plus performants et plus extravertis — y compris au lit.

Jusque-là, rien de très nouveau. Que l’alcool désinhibe, on le sait, il n’y a qu’à contempler les hordes de Vikings affalées sur les plages languedociennes et tétant leurs cubis de rosé pour s’en persuader. Qu’il rende même plus intelligent, il n’y a qu’à relire le Banquet pour s’en souvenir. Mais Drunk entre alors dans une autre dimension, que seul Ferreri avait explorée avec la Grande bouffe. Il ne s’agit plus d’être plus, d’être mieux, mais d’aller au-delà.

Voltaire disait de Rabelais que c’était « un philosophe ivre qui n’a écrit que dans le temps de son ivresse ». Propos d’abstinent. Rabelais, pour oser ses outrances, devait de temps en temps se murger méchamment. Nos quatre pédagogues, qui aiment explorer à fond, vont au-delà de la gaité, au-delà même de l’ivresse. Ils vont au fond. L’un d’eux n’en remontera pas.

Vinterberg a perdu sa fille — à qui le film est dédié — pendant le tournage. Il n’a pas pu tourner la scène de funérailles (qui vaut largement, au niveau émotion, celle de Quatre mariages et un enterrement, qui a fait découvrir Auden à tant d’ignorants), qu’il a laissé diriger par son scénariste. Il a aussi affirmé que les acteurs n’ont consommé aucun breuvage alcoolisé sur le plateau au moins, ce qui rend encore plus exceptionnelle la performance des quatre acteurs. En particulier celle de Thomas Bo Larsen (le frère quelque peu excité de Festen), et bien sûr celle de Mads Mikkelsen, qui n’en finit plus d’étonner son monde. Sa performance dans un précédent film de Vinterberg, la Chasse, était déjà sidérante. Là, il m’a rappelé celle de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer. Et comme Walken, il se révèle à la fin un remarquable danseur — car c’est bien de cela qu’il s’agit : danser au bord du gouffre est la seule solution pour encaisser ce monde, « pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre » — comme disait Baudelaire, encore.

Drunk, un film de Thomas Vinterberg (2020) avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang. 1h56. En salles le 14 octobre 2020.

Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.
Drunk (2020) Photo: Haut et Court.

Thomas Lévy-Lasne, grandeur de la nouvelle peinture figurative

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"Devant l'arbre", huile sur toile (détail) de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

Êtes-vous lassés par tous ces artistes qui ont tourné le dos au réel? Courez à la galerie Filles-du-Calvaire à Paris voir l’exposition de Thomas Lévy-Lasne! Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, l’artiste nous présente un ensemble inédit de peintures et de dessins. Vite, cela se termine le 24 octobre.


De retour de l’Académie de France à Rome (villa Médicis), Thomas Lévy-Lasne propose une exposition particulièrement brillante à la galerie Filles-du-Calvaire. Le rez-de-chaussée, tout en noir et blanc, est consacré aux fusains et gravures. À l’étage, dans la lumière de la verrière, les couleurs des huiles prennent toute leur ampleur.

Ce quadragénaire a des dons multiples. Il a fait du cinéma. Il a organisé un colloque remarqué au Collège de France en 2014. Enfin, il a abondamment sillonné l’histoire de l’art, notamment en compagnie d’Hector Obalk dont il était le collaborateur. Cependant, c’est avec la peinture et le dessin qu’il entend principalement s’exprimer.

Beaucoup d’artistes figuratifs du xxe siècle ont joyeusement tourné le dos au réel : coloris pétaradants, empâtements qu’on croirait sortis d’une bétonnière, compositions délirantes, références analytiques ou politiques à gogo, etc. Ils souhaitaient que la peinture sortît entièrement de leur tête. Ils voulaient ne rien devoir au réel, ne jamais prendre le risque d’être perçus comme trop photographiques. C’étaient de vrais créateurs, croyait-on. Cependant, à la longue, cette peinture très artificialisée est devenue fatigante. C’est comme une cuisine qui serait entièrement concoctée avec des arômes et des colorants chimiques. C’est créatif, si on veut, mais c’est trafiqué. Au bout du compte, on a envie de retrouver des saveurs plus vraies.

"Le Bosco", fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le Bosco », fusain sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Le guide de Tchernobyl", Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Le guide de Tchernobyl », Fusain sur papier de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Au Biodôme", Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Au Biodôme », Huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
"Bords de mer", huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.
« Bords de mer », huile sur toile de Thomas Lévy-Lasne © Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

L’humilité de se tourner vers le monde

Quelque chose de cet ordre pousse à une sorte d’humilité une nouvelle génération d’artistes. La modestie, c’est d’abord le fait d’être moins certain de l’intérêt de ses moindres vagissements. C’est ensuite le désir d’être plus attentif à la beauté et à la complexité du monde.

Thomas Lévy-Lasne est emblématique de cette sensibilité. Il observe, il dessine et il peint patiemment. S’il s’attaque au Bosco, petit bois dans l’enceinte de la Villa Médicis, c’est pour en observer le plus mince rameau, c’est pour rendre la façon dont les branchages se perdent dans l’obscurité ou se fondent dans la lumière, c’est pour saisir à la fois les détails et ce qui les lie. L’art de Thomas Lévy-Lasne est porté par un authentique désir d’explorer les formes du monde.

Pour ce qui est des dessins et gravures, les matières très réussies communiquent un lyrisme sourd à ses compositions. Pour la peinture, la facture est encore proche de l’hyperréalisme, mais on devine une évolution en gestation. Ici et là, il apporte une note ironique sur notre époque, comme avec ces touristes qu’on retrouve de toile en toile, confrontés sur un mode anodin à la gravité de l’histoire. Gageons que cet artiste va continuer à réserver de belles surprises.

À voir absolument : Thomas Lévy-Lasne, Galerie Filles-du-Calvaire, Paris, jusqu’au 24 octobre. 17, rue des Filles-du-Calvaire 75003 Paris.

François Sureau immortel

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François Sureau photographié en juillet 2020 © Hannah Assouline

François Sureau a été élu hier à l’Académie française au premier tour, par 19 voix sur 27, sans aucun bulletin blanc, ni croix, fait exceptionnel depuis dix ans. À 63 ans, l’avocat et écrivain devient immortel et prend le siège de l’historien Max Gallo disparu en 2017. À l’occasion de cette élection, Causeur vous propose de relire le grand débat sur les libertés entre François Sureau, Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy…


Sale temps pour nos libertés. Si Alain Finkielkraut et François Sureau s’alarment tous deux de l’esprit du temps, ils n’ont pas les mêmes motifs d’inquiétude. Quand l’un perçoit dans les revendications individuelles et communautaires les ferments d’une régression antidémocratique, l’autre dénonce la menace que ferait peser l’État sur nos libertés individuelles. Des Gilets jaunes à l’immigration en passant par le confinement et la liberté d’expression, les deux hussards ferraillent dans la plus pure tradition française.

Numéro disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine
Numéro 82 disponible à la vente ici https://www.causeur.fr/magazine

Nous autres modernes, pour reprendre le titre du beau livre d’Alain Finkielkraut, avons pensions qu’il nous avait suffi de tuer Dieu pour libérer l’homme. Délivrés de nos chaînes spirituelles et politiques, sans autres maîtres que nous-mêmes, nous avons découvert les possibilités illimitées ouvertes par la technique qui a fait de nous « les maîtres et possesseurs de la nature » et aujourd’hui de l’espace et du temps. Ce vertige nous a rendus capricieux, surtout depuis que, dans nos contrées, on ne fait plus la guerre. Contribuer, choisir ses représentants, tout cela est bel et bon, mais moi dans tout ça ? En quelques décennies la liberté politique du citoyen a donc été complétée par une foultitude de droits accordés à l’individu. Au point que chacun de nous se pense aujourd’hui fondé à exiger de l’État qu’il le reconnaisse pour ce qu’il est ou plutôt pour ce qu’il veut être et lui fournisse ce dont la vie l’a privé. Après le droit à l’enfant quasiment inscrit dans la loi, pourquoi ne pas instaurer un droit à l’amour qui obligerait l’État à fournir des partenaires aux empotés de la séduction ? 

A lire aussi: Entretien avec Ayyam Sureau

C’est peut-être cette confusion entre la liberté des Modernes et les droits des postmodernes (ou l’effacement progressif de la première par les seconds) qui explique que nous soyons incapables de répondre à une question apparemment simple, qui taraude régulièrement le débat public : souffrons-nous d’un excès ou d’une restriction de nos libertés ? Le cas de la liberté d’expression, consacrée par les rédacteurs de 1789 comme « l’un des droits les plus précieux de l’homme », est emblématique de ce paradoxe contemporain. En effet, l’expérience sensible indique que les deux propositions « on peut dire n’importe quoi » et « on ne peut plus rien dire » sont également vraies : nous subissons, en même temps, le déchaînement de la « parole libérée » et l’étouffoir du politiquement correct. De même l’existence humaine est à la fois caractérisée par d’innombrables possibilités de choix et corsetée dans une multiplicité de règles et de normes.

Pour débattre de ce sujet moins ardu et plus actuel qu’il n’y paraît, nous avons convié deux penseurs qui ont en partage l’amour de la liberté à l’ancienne, si on ose dire, mais que leur diagnostic oppose. Pour Alain Finkielkraut, le danger vient d’abord d’une société devenue toute-puissante quand François Sureau l’attribue surtout à l’activisme de l’État. Qu’ils soient tous deux remerciés pour cet échange de haut vol.

Elisabeth Lévy.

Alain Finkielkraut / François Sureau: qui menace nos libertés?

L’entretien est à retrouver en trois parties ci-dessous (réservées aux abonnés):

De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.
De gauche à droite, François Sureau, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut. Juillet 2020. Photo: Hannah Assouline.