Faut-il lutter contre les fanatiques ou apprendre à vivre avec eux ? Sous couvert de dialogue interreligieux, l’association Coexister a choisi la seconde option et vend désormais le mode d’emploi du vivre-ensemble. Parmi ses clients, l’Éducation nationale. Grande enquête


Coexister est née en 2009, après un affrontement entre deux cortèges de manifestants, respectivement propalestinien et pro-israélien, près de la gare du Nord, à Paris, le 9 janvier. Suite à cet incident, une église, une mosquée et une synagogue du 15e arrondissement organisent une manifestation pacifiste au cours de laquelle Samuel Grzybowski, 16 ans, fils d’un journaliste de l’hebdomadaire catholique La Vie, prend la parole.

Depuis une visite à Auschwitz, l’année précédente, le jeune homme veut s’impliquer. En mai 2009, Samuel Grzybowski et une dizaine de jeunes organisent « Ensemble à Sang % », un don du sang par des juifs, des chrétiens, des musulmans et des athées. La symbolique est très appuyée, marquée du sceau d’un certain esprit boy-scout(1), mais la dynamique est réelle.

Coexister naît officiellement quelques mois plus tard. Seulement, pour dialoguer, il faut être au moins deux. Or, dans la grande famille de l’islam, quelques éléments turbulents veulent surtout faire parler les armes. D’autres encore, Frères musulmans ou imams salafistes, « dialoguent » exclusivement pour arracher des concessions visant à appliquer leur projet religieux et politique, non négociable et non amendable, car d’inspiration divine.

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Les premiers sont évidemment hors sujet, on ne dialogue pas avec des terroristes. Les seconds, moins sulfureux, posent un problème épineux, que Coexister n’a toujours pas résolu.

Immédiatement après les attentats de Paris de novembre 2015, l’association crée le collectif « #NousSommesTousUnis », où on retrouve, au côté d’élus, de syndicalistes, de rabbins et de quelques intellectuels, nombre de leaders de la mouvance frériste francophone, pourtant très minoritaire au sein de l’islam français(2) : Samy Debah, président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Anas Saghrouni, président des Étudiants musulmans de France (EMF), ou encore Nabil Ennasri, président du collectif des Musulmans de France (MF).

Il ne s’agit pas d’une coïncidence fortuite. En de nombreuses occasions, on verra Samuel Grzyboswki et d’autres membres de Coexister s’afficher avec des représentants des Frères musulmans, dont le but avoué est d’arracher au législateur des « accommodements raisonnables ».

Souvent interrogée sur ces liaisons surprenantes, Coexister avait la possibilité de rejeter fermement l’islam politique. Elle laisse planer le doute. Peut-on avoir un dialogue interreligieux avec quelqu’un qui n’exclut pas d’appliquer un jour la charia en France ? « Il n’est pas question de changer le modèle républicain », assure Radia Bakkouch, actuelle présidente de Coexister. Sauf, éventuellement, si c’était demandé gentiment… En effet, selon e

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