La séquence politique actuelle, marquée par la révolte de lycéens, est très favorable à Jean-Luc Mélenchon – déjà bien haut dans les sondages – et à sa stratégie islamo-gauchiste.
Des lycéens et des étudiants se heurtent à la police, les drapeaux palestiniens flottent devant leurs établissements : Mélenchon doit se dire que l’Histoire a enfin retrouvé son adresse. Le Vietnam est loin, Billancourt a disparu, mais les cortèges reviennent et leurs participants ont l’âge de ses petits-enfants. Quelle délicatesse envers un homme qui attend depuis si longtemps que le monde confirme ses vingt ans !
Le peuple a mal tourné
Il serait mesquin de ne voir là qu’une affaire de bulletins de vote. Mélenchon cherche davantage : la justification rétrospective d’une existence. Il lui faut des puissants à maudire, des opprimés à représenter et des jeunes pour croire que tout commence, puisque lui-même ne peut se résoudre à penser que quelque chose aurait pu finir.
Les costumes ont changé, ce qui permet de ne pas toucher à la pièce. Le prolétaire sort, le minoritaire entre ; la banlieue remplace l’usine, la Palestine recueille les anciens enthousiasmes pour le Vietnam. On rafraîchit les affiches, on recrute les figurants, puis on annonce la rupture avec un matériel idéologique qui devrait depuis longtemps intéresser les brocanteurs.
Le peuple ouvrier, il est vrai, avait mal tourné : il s’obstinait à vouloir rester français, sans comprendre que son émancipation exigeait qu’il s’en excuse. À force de rencontrer des gens qui souhaitaient qu’on les rejoigne dans leur pays plutôt qu’on le leur réinvente, il devenait urgent de découvrir une « nouvelle France ». Le peuple aurait enfin le bon goût de ressembler à son programme.
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La révolution de Mai avait échoué à renverser le capitalisme ; ses héritiers ont fait carrière. Cela aurait pu leur inspirer quelque modestie. Ils en ont tiré une autorité morale. Installée dans les lieux où se fabriquent les réputations, la contestation a continué de se croire clandestine, avec cette supériorité pratique sur les véritables proscrits qu’elle pouvait distribuer les brevets de respectabilité.
C’est le privilège rouge : avoir toujours le droit de juger au nom d’une promesse que personne ne vous demande plus de tenir. L’antifascisme sert de casier judiciaire vierge, l’antiracisme de sommation à se taire. Pourquoi répondre à une objection quand on peut découvrir chez celui qui la formule une inquiétante parenté avec les heures les plus sombres ?
Le pipeau de l’émancipation
La Palestine rend à ce vieux mécanisme sa fraîcheur supposée. Voici le faible et le puissant, l’Occident coupable et l’adversaire absous par sa seule hostilité. Quel repos de retrouver un monde où les coupables sont connus avant leurs actes ! Il suffit ensuite de détourner les yeux des fanatismes, des tyrannies et des victimes qui auraient le mauvais goût de déranger la distribution.
Et le cortège suit, des jeunes musulmans des quartiers aux enfants de la bourgeoisie des lycées et des universités. Mélenchon joue du pipeau de l’émancipation ; les enfants de Hamelin s’ébranlent et appellent cela penser par eux-mêmes. Il y a quelque chose de désolant à les voir prendre pour une découverte ce que leurs aînés ressortent des housses, et pour une pensée libre des slogans dont il suffirait de changer la date.
Pour qui a connu Mai 68, la copie est comique ; ce qu’elle recouvre l’est moins. Mélenchon ressort les barricades du magasin des accessoires, mais les armes qui circulent ne sont pas des accessoires, et rien ne garantit qu’elles resteront au service du trafic. Le rêve islamiste, lui, ne sent pas la naphtaline. Le tribun cherche une seconde jeunesse ; il pourrait surtout fournir une couverture à des ambitions qui n’attendent de lui ni permission ni leçon.
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