Accueil Société Les sociétés «bienveillantes» engendrent-elles des monstres ?

Les sociétés «bienveillantes» engendrent-elles des monstres ?

Et si les débordements graves des lycéens avaient pour cause l'éducation positive ?


Les sociétés «bienveillantes» engendrent-elles des monstres ?
Devant Sciences-Po, à Paris, la maréchaussée enverrait bien ces jeunes hommes que l'Ecole n'a pas su cadrer, dans leur chambre, 7 octobre 2026 © Thibault Camus/AP/SIPA

Les blocages lycéens, autrefois gentils empilements de poubelles autour d’échanges de blagues Carambar, ont pris une tournure beaucoup plus violente et incontrôlée. Comment ne pas y voir le résultat éclatant du déclin de l’autorité, facilité par une culture de la « bienveillance » dans l’éducation et la justice?


Enfin Goldman vint ! Je ne parle pas du chanteur, dont j’ignore à peu près tout, je parle de la vraie Goldman, Caroline, la psychologue pour enfants. Elle, Didier Pleux et d’autres ont osé lever l’étendard de la révolte contre la catastrophique « éducation bienveillante ». Vous en avez tous vu, de ces fins d’anniversaire infernales où les gamins courent partout en se souciant comme d’une guigne des appels suppliants des parents qui voudraient rentrer à la maison. Vous l’avez tous vue, cette fillette de huit ans qui bombarde d’une poignée de cailloux la table du jardin garnie d’invités — verres cassés, yeux épargnés par miracle — et la mère qui se borne à soupirer d’une voix lasse : « Maman n’est pas contente ». Si vous êtes de ma génération, la paume droite vous démangeait de s’appliquer au moins une fois sur les fesses de la petite délinquante. Caroline Goldman, Didier Pleux (De l’enfant roi à l’enfant tyran, 2002) et d’autres réhabilitent l’imposition de limites, jugent légitime le « time-out », c’est-à-dire l’ordre d’aller dans sa chambre donné à un enfant pour qu’il cuve sa colère. C’était devenu une injonction fasciste aux yeux des hordes de la bienveillance ! Un mot qui, significativement, rime avec bien-pensance.

Je veux entendre les mouches voler

Les joyeux bambins grandissent, vont au collège puis au lycée. Un professeur de lettres qui a travaillé dans ces deux étages, Matthieu Grimpret, a publié en 2025 Bullshit bienveillance : enquête sur la psychologie positive à l’école. Il y passe au vitriol « une amitié paresseuse aussi nuisible à l’élève qu’au professeur ». Lorsque j’étais enseignant, ce mot exaspérant de bienveillance n’était pas encore à la mode. Mais je me souviens de plusieurs dames professeurs principaux qui essayaient de me recadrer d’un ton doucereux : « Fais attention, tu es trop sévère avec les élèves, ils ont peur de toi. » J’étais ravi et ne changeais rien à mes méthodes : on distinguait fort bien le vol des mouches dans mes classes.

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La faute à qui, je vous le demande

Il faut maintenant accomplir un acte héroïque et suicidaire en ces temps de féminolâtrie : il faut dire du mal des femmes. Comme par hasard, c’était toujours des dames qui voulaient me gendarmer. Attitude qui n’était qu’un cas particulier d’une tendance générale, puisqu’à cette époque Martine Aubry proclamait que le care, le soin affectueux, résoudrait tous les conflits sociaux et politiques. Le corps professoral mériterait davantage de parité. À l’école et ailleurs, les valeurs féminines l’ont emporté sur les valeurs masculines : c’est un des ressorts inavouables de la crise générale de l’autorité.

Ces jeunes gens dont nous suivons le parcours vont quitter le lycée. Mais auparavant, ils se livrent à un rite d’initiation archaïque dénommé « blocage ». Longtemps, il s’est agi d’un folklore innocent qui ne suscitait qu’un haussement d’épaules chez les adultes. Ces jours-ci, il s’agit de tout autre chose : d’une vandalisation des bâtiments scolaires par leurs utilisateurs, aggravée par d’ignobles lynchages de policiers, d’enseignants ou de n’importe quel adulte qui leur tombe sous les souliers. La rivière des blocages a conflué avec le fleuve boueux des émeutes de banlieue ; la convergence des luttes fonctionne donc parfaitement.

Culture de l’excuse

Parmi ces jeunes gens de toutes les couleurs qui nous en font voir de toutes les couleurs, quelques-uns se retrouvent devant la justice. Or celle-ci, depuis une cinquantaine d’années, depuis Michel Foucault, la harangue de Baudot et le Syndicat de la magistrature, a été contaminée par le hideux virus de la bienveillance. Maurice Berger, spécialiste des enfants violents, écrit dans Le Figaro du 6 octobre : « l’absence d’un antécédent pénal vaudrait, avant même la sanction, une quasi-absolution », et plus loin il dénonce « une jeunesse qui semble prendre un plaisir jubilatoire à anéantir ». Le bienveillant ministre Geffray parle de la nécessité du dialogue, déclaration qui met en valeur sa vertu et son élévation d’âme, mais ne réglera rien. Emmanuel Grégoire veut inviter les lycéens à se réunir dans les mairies d’arrondissement si leur établissement est fermé. J’espère qu’il a prévu des fonds pour réparer les déprédations et incendies qui s’y commettront.

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Le 4 octobre, sur LCI, Ruth Elkrief a eu en direct une révélation : certains juges et le Syndicat de la magistrature seraient politisés ! Quelle surprise ! Peut-être que dans vingt ans, elle proclamera soudain la cruelle vérité : presque tous les juges sont politisés, donc bienveillants envers les délinquants, sauf Hervé Lehman et une poignée de courageux.

Le « syndrome Malik Oussekine » répété jusqu’à la nausée me met hors de moi. Bien sûr que cette mort est déplorable, mais elle résulte directement du droit à la violence légitime que les citoyens donnent à l’État. Même ce gauchiste de Montaigne le dit : « Le bien public requiert qu’on trahisse, et qu’on mente et qu’on massacre ». Rappelons la fin peu glorieuse de son mandat de maire à Bordeaux : il a fui la peste et laissé tomber ses administrés. Un siècle après Les Essais, le philosophe anglais Hobbes publie en 1651 Le Léviathan, où il explique que les hommes ont accepté la toute-puissance de l’État comme seul moyen d’éviter la guerre de tous contre tous. Jérôme Fourquet parlait d’archipélisation de la France ; nous voilà déjà un cran plus loin. Mes cauchemars à moi me ramènent à l’Espagne de 1934, quand les socialistes et les communistes ont entrepris de détruire la République à la manière bolchevique, comme nous l’apprend le très sérieux historien Pío Moa, qui était de gauche avant d’ouvrir les archives du Parti socialiste espagnol…

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Alain Neurohr a fait une carrière de professeur agrégé de Lettres Classiques dans le Secondaire et le Supérieur. Il a publié sous le pseudonyme d'Alain Nueil des romans chez Grasset, au Fleuve Noir et au Mercure de France.

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