Les lycéens qui se croient rebelles reproduisent en réalité, dans la violence comme dans leurs revendications qu’on nous présente comme légitimes, le conformisme idéologique navrant que l’école leur a inculqué, au détriment de l’esprit critique, de la responsabilité et de la liberté.
Depuis quinze jours, la France vit au rythme du « blocus lycéen » : des jeunes gens -pas tous lycéens il faut le dire !- se prenant pour des Gavroche contemporains, incendient des bâtiments scolaires, aspergent des gens d’essence et s’en prennent violemment à la police en scandant « du fric pour l’école publique ! » ou « non au 8h-18h, on n’est pas des bénévoles ». On a même entendu l’un d’entre eux se plaindre du fait qu’on ne le laisse pas dormir en classe… Un grand nombre de professeurs et de parents les soutiennent, invoquant une « colère légitime », la spontanéité de la jeunesse et le « droit à l’éducation ». Les médias et les responsables politiques s’empressent de faire la distinction entre les casseurs et les lycéens, qui seraient pacifiques…
Le lycée c’est pas rose, le lycée c’est morose
Les revendications sont connues : manque de professeurs, classes surchargées, bâtiments délabrés, absurdité de Parcoursup… Et il faut admettre que la réalité dans certains lycées n’est pas rose. Les promesses des gouvernements successifs, notamment l’objectif d’emmener coûte que coûte toute une classe d’âge au bac sans prendre en compte les effets pervers de cette massification (problèmes d’infrastructures, baisse mécanique du niveau et entrée tardive dans la vie active), ont perverti l’enseignement : il ne s’agit plus d’instruire les élèves mais de leur garantir l’égalité parfaite. Les gouvernements successifs ont tous échoué, ne voyant pas l’urgence d’autonomiser les établissements, en donnant aux directeurs la possibilité de gérer leur budget, de régler les problèmes simplement et de recruter les professeurs eux-mêmes. Changer une chaudière dans un lycée implique de passer par le président de Région !
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Notons que les revendications ne portent absolument pas sur ce manque de liberté et d’autonomie. En bons dépositaires des discours égalitaires auxquels ils ont été biberonnés toute leur enfance, nos lycéens se tournent d’abord vers l’Etat pour trouver des solutions puis, constatant l’inefficacité de cette démarche, menacent de le renverser. Hyperconformistes, ils reprennent la litanie officielle : on arrangera tout avec des chèques supplémentaires. Rien de surprenant : formés par des rebelles fonctionnaires, ils ne prennent aucun risque à détruire des biens qui n’appartiennent à personne, comme tout ce qui appartient à tout le monde. Au pire, ils seront « rappelés à la loi ». Quant aux enseignants, Spartacus syndiqués, qui encouragent leurs élèves à des actions illégales comme l’entrave aux services publics, ils ne sont visiblement pas inquiets des suites judiciaires les concernant. Il ne leur arrivera rien.
Petits monstres et monstre froid
Mais in fine, élèves et professeurs sont bien les dindons de la farce, comme tous ceux qui croient encore à l’Etat. Ils font l’amère expérience des mensonges institutionnels. Non, l’Etat ne sait pas éduquer, soigner, édifier. Il ne sait même plus remplir ses missions régaliennes, faire régner la sécurité et protéger sa propre population. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche écrivait : « l’Etat est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : Moi, l’Etat, je suis le peuple ». Si ces jeunes gens lisaient autre chose que les balivernes que les professeurs, « serviteurs de la République » tels qu’ils aiment à se définir, placent entre leurs mains, ils n’auraient pas cette mentalité d’esclaves. Car ils se croient rebelles, mais réclamer des solutions à celui qui a orchestré le chaos, est non seulement vain mais d’un conformisme achevé.
Aveuglés par l’idéologie, ils ignorent que l’argent qu’ils réclament n’existe plus et que même s’ils pendaient les derniers « riches » de ce pays pour leur faire les poches, ils ne feraient qu’alimenter davantage la monstrueuse machine bureaucratique qui les écrase déjà, qui préfère l’animation à l’instruction et l’engagement à la responsabilité. Dans cette grande garderie qu’est devenue l’école, on leur a enseigné que leur vrai devoir n’était pas d’apprendre, c’est-à-dire de prendre la connaissance pour la faire leur, mais de s’indigner.
Romantisme révolutionnaire puéril d’arrière-garde
La France cultive depuis deux siècles un romantisme révolutionnaire tenace. De 1789 à Mai 68, en passant par 1848 et la Commune, nous avons érigé la barricade en geste esthétique et le soulèvement en preuve de vertu. Nos manuels, nos films, nos chansons exaltent encore le jeune révolté contre un ordre injuste, capitaliste, patriarcal, stigmatisant… Et dans cette entreprise, l’école n’est pas en reste, faisant de la Révolution française l’alpha et l’oméga de notre histoire, ignorant sciemment les exactions de la Terreur et pourchassant en son sein tous les éléments qui pourraient tempérer cette passion, a fortiori s’ils rappellent l’apport de la religion catholique. Passer sous silence les crimes des révolutions, n’en garder que l’avènement des droits de l’homme, l’égalité, la République et le tyrannicide légitime, c’est normaliser le recours à la violence et au crime pour obtenir gain de cause. La torture, l’oppression, le complot, le meurtre se trouvent alors justifiés par la quête du bien de l’humanité. De là à excuser les violences et le vandalisme au nom de la lutte pour une société plus juste, de l’antiracisme voire de l’anticapitalisme, il n’y a qu’un pas que de nombreux « jeunes » n’hésitent plus à franchir, excusés voire encouragés par leurs professeurs.
Tous les enseignements sont prétexte à mettre l’accent sur les dominations, la violence de l’exploitation d’une classe par une autre. L’héritage de Mai 68 est visible dans le rejet de l’autorité magistrale, le socioconstructivisme (« l’élève construit son savoir »), la disparition des classements et la baisse des exigences comme la suppression du latin précoce, la notation par compétences et autres lubies pédagogistes. Même les parcours littéraires sont construits autour des luttes féministes ou anti-coloniales. Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne, célèbre révolutionnaire, proclamait en décembre 1792 devant la Convention : « L’éducation doit former le cœur. Elle demande des cirques, des gymnases, des armes, des jeux publics, des fêtes nationales ; le concours fraternel de tous les âges et de tous les sexes, et le spectacle imposant et doux de la société humaine rassemblée. » Voilà qui est clair !
Le fruit de décennies de socialisme et de la culture de l’excuse
Déjà Tocqueville dans L’Ancien Régime et la Révolution écrivait « les Français sont le peuple le plus littéraire et le plus révolutionnaire de l’Europe » ; il y a belle lurette que la France préfère la flamme purificatrice de l’insurrection au travail patient et ingrat, souvent imparfait il est vrai, de la réforme. Ce glissement vers une pédagogie de l’émotion et de l’engagement a transformé les élèves en militants. Des militants d’autant plus prompts à verser dans la violence qu’ils ignorent leur propre langue. Dépossédés du pouvoir de convaincre, incapables d’argumenter, ils hurlent, se roulent par terre, puis frappent, pillent, incendient.
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« Ce sont des jeunes qui s’expriment », entend-on. « La violence est le langage de ceux qu’on n’écoute pas. » Non. La violence est le langage de ceux à qui l’on n’a appris ni à raisonner ni à s’exprimer. Ces élèves descendent dans la rue avec les armes que nous leur avons fournies : la posture de victime, le goût de la confrontation, et l’assurance que la solution viendra de l’Etat qui cédera à leurs revendications. Dépourvus d’esprit critique, ils ne voient pas que leur situation est le fruit de décennies de socialisme plus ou moins assumé et que la solution ne peut pas être une fois de plus davantage de socialisme. Il faut au contraire rompre ce cercle vicieux. Albert Camus écrivait dans L’Homme révolté : « La révolte, si elle dégénère, devient ressentiment. » Nous y sommes. Ce qui commence par des revendications scolaires finit en incendies et en agressions, car on n’a pas formé des esprits libres, mais des consciences fragiles.
Les solutions existent. Mais elles requièrent une grande cohérence morale et beaucoup de patience, deux vertus dont nos responsables politiques sont absolument dépourvus. Elles passent par la recherche permanente de la liberté et de la responsabilité individuelle : en l’occurrence liberté des établissements de recruter afin que chaque classe soit pourvue d’un bon professeur, de choisir les méthodes les mieux adaptées aux élèves, liberté d’exclure réellement les fauteurs de trouble. Rappelons que l’obligation scolaire court jusqu’à 16 ans : rien n’oblige l’Etat à garder au lycée des individus de 17 ou 18 ans dont le seul objectif est de gagner du temps avant d’entrer sur le marché du travail. Il faut en finir avec le statut de fonctionnaire qui protège l’incompétence autant que le mérite, revenir à des programmes exigeants, axés sur les savoirs et non sur des compétences que personne ne sait vraiment définir ni évaluer. Il faut dépolitiser les programmes et laisser aux parents le choix de l’école de leurs enfants en finançant les écoles libres: peut-être cesseront-ils de les confier à des gens dont la vocation est le militantisme politique et non la transmission de notre patrimoine commun. Il faut aussi créer des filières professionnelles exigeantes : tous les jeunes gens n’ont pas vocation à se diriger vers des études longues. Il y a plus d’honneur à apprendre un métier qu’à perdre son temps sur les bancs d’un lycée qu’on finira par incendier.
Souhaitons que les candidats à l’élection prochaine se mettent eux aussi à parler de liberté, d’honneur et de responsabilité.
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