Professeurs manquants, formation insuffisante, bâtiments mal entretenus. Les rapports décrivent une Éducation nationale en difficulté, mais le taux de réussite au bac continue de progresser. Et si l’on avait enfin trouvé la bonne méthode?
Depuis des années, les critiques contre l’Éducation nationale (EN) reviennent sur les mêmes difficultés, manque de moyens humains, formation insuffisante des enseignants, bâtiments mal entretenus ou inadaptés. Ces alertes viennent des syndicats et des parlementaires. La Cour des comptes en documente également plusieurs aspects.
Constats sévères
Le manque de moyens se manifeste d’abord par l’absence d’enseignants. Le 6 septembre 2024, le SNES-FSU publiait une enquête portant sur 893 collèges et lycées indiquant que dans 56 % de ces établissements, soit presque 500, au moins un professeur manquait au lendemain de la rentrée. Le syndicat dénonçait une « crise structurelle » et réclamait une revalorisation des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail. Cette enquête syndicale illustre une difficulté bien connue, celle des élèves inscrits dans une classe sans bénéficier de tous les enseignements prévus.
Pour assurer les cours, l’institution recourt davantage aux contractuels. Dans son rapport budgétaire déposé le 24 novembre 2025, le Sénat dénombrait près de 52 000 enseignants contractuels en 2024. Dans l’enseignement public, ils représentaient 11,1 % des enseignants du second degré et 2,7 % du premier degré. Le recours à ces personnels permet de combler une partie des vacances, mais il pose la question de leur préparation au métier. Car la formation constitue un deuxième sujet de critique.
Dans un rapport du 11 juillet 2023, le sénateur Gérard Longuet soulignait que la formation initiale des contractuels était souvent « réduite à sa portion congrue », sans qu’un dispositif national de formation continue adapté compense cette faiblesse. Le problème dépasse toutefois les seuls contractuels. En s’appuyant sur l’enquête internationale TALIS de 2018, le rapport rappelait que 34 % des enseignants français de collège exprimaient un besoin élevé de formation pour enseigner aux élèves ayant des besoins spécifiques, contre 21 % en moyenne dans l’Union européenne.
Le 7 septembre 2023, la Cour des comptes dressait un constat tout aussi sévère. La formation continue apparaissait encore comme une « mission de second rang ». Le nombre de journées demeurait insuffisant, les formations ne correspondaient pas toujours aux attentes des enseignants et leur participation se heurtait au problème du remplacement. La Cour relevait également une qualité inégale de formation des formateurs. Autrement dit, les enseignants sont appelés à répondre à des exigences croissantes sans disposer systématiquement de l’accompagnement nécessaire.
Quand le bâti scolaire ne va pas
À ces difficultés humaines s’ajoutent celles des bâtiments. Dans son rapport du 28 juin 2023, le Sénat décrivait des établissements souvent mal isolés et insuffisamment adaptés aux fortes chaleurs, avec des protections solaires absentes, des fenêtres difficiles à ouvrir, des surfaces vitrées accumulant la chaleur et des cours sans ombre. Le rapport soulignait aussi les obstacles financiers et techniques qui retardent les rénovations. Il faut ici préciser les responsabilités. Puisque les écoles relèvent des communes, les collèges des départements et les lycées des régions, cette critique concerne l’ensemble de l’organisation publique de l’éducation.
Ce tableau ne signifie pourtant pas que les dépenses d’éducation diminuent globalement. Selon la DEPP[1], la France a consacré 197,1 milliards d’euros à l’éducation en 2024, soit 6,8 % du PIB. Mais la hausse de 3,6 % en euros courants se réduit à 1,4 % une fois l’inflation déduite. Ce montant couvre en outre l’ensemble du système éducatif et comprend les contributions au financement des retraites des fonctionnaires de l’État.
Dans son analyse du projet de budget pour 2026, le Sénat identifiait 25,16 milliards d’euros de contribution au compte d’affectation spéciale « Pensions », sur un budget total de l’enseignement scolaire de 89,64 milliards, soit 28 %. Surtout, 835 millions d’euros sur le milliard d’augmentation prévu correspondaient à la hausse de cette contribution. Cette augmentation ne finance ni des professeurs supplémentaires devant les élèves, ni des formations, ni des rénovations.
Pour apprécier l’évolution des moyens consacrés à l’enseignement, il faut raisonner en dépenses publiques par élève, corrigées de l’inflation et hors contributions au financement des retraites des fonctionnaires. Les chiffres de dépense par élève publiés par la DEPP incluent ces contributions et ne permettent donc pas de mesurer directement l’évolution des moyens consacrés effectivement à la mission principale de l’EN.
Dans son rapport du 18 juin 2025, le Sénat indiquait que les dépenses exécutées de la mission « Enseignement scolaire » avaient augmenté de 3,87 milliards d’euros entre 2023 et 2024, hors pensions. Mais cette progression est exprimée en euros courants et ne tient pas compte de l’évolution des effectifs. Elle ne constitue donc pas encore une hausse réelle de la dépense par élève. La comparaison doit porter sur ce qui reste, pour chaque élève, après retrait des contributions aux retraites et correction de l’inflation. Les chiffres précédemment cités ne permettent pas de trancher cette question pour la période 2010–2024.
Le tableau est donc celui d’un système qui, sans manquer cruellement de moyens globalement, peine à répondre aux besoins de ses établissements. Ce constat pointe un paradoxe. Car tandis que s’accumulent les critiques sur les conditions matérielles, morales et intellectuelles d’enseignement, le taux de réussite au baccalauréat progresse sur longue période. Il était de 85,6 % en 2010, puis de 88,1 % à la session de juin 2019. En juin 2020, les modalités exceptionnelles liées à la crise sanitaire l’ont porté à 95,7 %. Après ce sommet particulier, les résultats définitifs restent élevés, avec 91,2 % en 2024, puis 91,6 % en 2025, et même 96,2 % dans la voie générale cette dernière année.
L’école manquerait de professeurs, les enseignants de formation et les bâtiments d’entretien, d’isolation et de rénovation. Et pourtant, une proportion croissante de candidats obtient le diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires. Et si, dans cette forêt de chiffres, se trouvait la clé des problèmes de l’Éducation nationale ? Pendant des années, nous aurions donc consacré trop d’argent à l’Éducation nationale pour des taux de réussite médiocres. Il aurait fallu commencer à la négliger pour que ses performances s’améliorent. Plus on la néglige, moins on la soutient, mieux elle prépare les élèves au bac. Pour 100 % de réussite, coupons le budget de l’EN !
[1] Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance NDLR.
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