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Slavik, l’homme qui réinventa Paris

En imaginant l’univers des drugstores et de dizaines de brasseries et restaurants parisiens, Slavik a créé les décors qui ont abrité l’une des pages les plus brillantes de l’histoire de la capitale : la vie des années 1960-1980.


Un touche-à-tout, Slavik (1920-2014). Wiatscheslav Vassiliev, de son vrai nom, aura en tout cas touché Paris de plein fouet. Sous-titré « Les années Drugstore », un beau livre rend enfin hommage à ce grand oublié de l’histoire du design. Disparaissant derrière les marques de ses commanditaires, Slavik n’est jamais devenu une icône, tels Claude Parent, Jean Prouvé ou Charlotte Perriand. Et pourtant grâce à lui, la capitale, au temps où elle était encore une fête, s’est enrichie d’innombrables « lieux de vie », pour la plupart aujourd’hui disparus, qui ont marqué le dernier tiers du xxe siècle. L’inventaire de ses créations est impressionnant, à la mesure de la nostalgie qu’il inspire.

Né à Tallin, en Estonie, d’un père ancien officier du tsar et d’une mère russe blanche qui a fui Petrograd, l’ancienne Saint-Pétersbourg devenue bolchevique, l’enfant arrive avec sa mère à Paris à l’âge de 8 ans. En 1940, l’Union soviétique annexe l’Estonie : Slavik devient apatride et attendra 1956 pour se voir naturalisé français.

Des décors théâtraux à ceux des drugstores, en passant par le mobilier national

Celui qui se fait appeler ainsi dès l’adolescence n’en a pas moins été, sur notre sol, un créateur extraordinairement précoce. En pleine guerre, le diplôme des Arts déco en poche, il passe le concours de l’Idhec, section décoration. Slavik sait tout faire. Le théâtre du Vieux-Colombier lui confie la scénographie d’un Jupiter, tombé depuis aux oubliettes, et le chorégraphe Serge Lifar l’engage sur plusieurs de ses créations à l’Opéra de Paris – décors et costumes. Auprès d’Adolphe Jean-Marie Mouron, alias Cassandre, il devient publicitaire. Pourtant, Slavik se pense peintre : signer des marines à la gouache le distrait des duretés de l’Occupation. Il décore aussi des paravents, inspiré par Dalí, Chirico et Magritte. Plus étonnants encore sont ses cartons de tapisserie : commandes faites juste après-guerre sous le patronage de Jean Lurçat, par les manufactures d’Aubusson et des Gobelins alors qu’il est âgé d’à peine 24 ans. Le livre en reproduit plusieurs, en double-page : l’une a pour titre « Paris ma fête ». Repéré par la modiste Claude Saint-Cyr, chapelière des têtes couronnées, il dessine des paletots. Identifié comme décorateur, il brosse encore costumes et décors de ballets pour le Festival d’Aix-en-Provence, sous les auspices de Roland Petit. Sa carrière est lancée : engagé par les Galeries Lafayette, il en concevra les vitrines jusqu’en 1954. Cette année-là est charnière. Marcel Bleustein-Blanchet nomme Slavik « chef du service de l’esthétique industrielle » et conseiller artistique de l’agence Publicis. Il dessine meubles de rangement, flacons, radios, une station Shell et même…. un pick-up en forme d’œuf sur le plat !

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Puis la géniale invention du drugstore vient bouleverser sa vie. En 1958, Bleustein-Blanchet rachète l’Astoria, un hôtel suranné sis en haut des Champs-Élysées. Il décide de tout casser et confie le chantier à Slavik. « Parmi celles et ceux qui, par milliers, entrent dans ce Drugstore, qui connaît seulement le nom de Slavik ? Pas grand-monde. (…) C’est lui qui a, jusqu’aux moindres détails, tout conçu, c’est lui qui a distribué les espaces, dessiné le mobilier, aménagé les circulations, lesquelles réservent sans cesse des surprises, parce que comme dans une conversation l’on peut passer du coq à l’âne », dixit les auteurs du livre.

Une empreinte que l’on retrouve partout… y compris sur la Tour Eiffel

Le succès foudroyant n’est pas seulement commercial : le Drugstore, rendez-vous huppé, devient un lieu de drague où les minets s’exhibent. En 1963, toujours sur les « Champs », Slavik conçoit le Pub Renault, hymne à l’automobile : banquettes capitonnées, calandres et serveuses qu’on hèle… d’un coup de klaxon ! Sur cette lancée, le Drugstore Publicis de Saint-Germain-des-Prés ouvre en 1965, en face du mythique Café de Flore. Encore la patte Slavik, tout en courbes et matières nobles : cèdre du Liban, cuirs, bronzes. Un côté chic anglais qui tranche face à l’invasion du plastique. L’architecte de l’immeuble, Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome, pérore, rue, perd son latin devant cette déco flamboyante ! Qu’importe : ouvert 7 j./7 jusqu’à 2 heures du matin, il abrite pharmacie, bureau de tabac, librairie, parfumerie, boutique-cadeaux, cinéma, pique-nique store – que demande le peuple ? Jacques Dutronc y aura ses habitudes, Gainsbourg s’y fournira en Gitanes, les homos en garçons à vendre… À noter que si le texte de cet opus Slavik s’attarde sur l’inauguration du lieu, il ne dit rien de ce qui en a fait, pour toute une génération, l’emblème d’un Paris joyeux. Le ton d’une époque se lit dans ses enseignes : en 1995, le Drugstore cède la place à une boutique Armani. Tout est dit.

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Le Slavik de la maturité est indissociable de l’emblème de la capitale : la tour Eiffel. En 1983 il fait du Jules Verne, son restaurant étoilé, une alcôve aux tonalités grises et noires ouverte sur la ville. Douze ans plus tard, c’est encore à Slavik que le groupe Elitair Maxim’s confie l’aménagement, au premier étage de la Dame de fer, d’un autre restaurant baptisé Altitude 95. Autant d’arbres qui cachent la forêt : Paris ignore que l’infatigable transfuge estonien a conçu plus de 200 décors de restaurants, bistrots et brasseries. Sans compter la flopée de boutiques sur lesquelles Slavik a posé sa signature. La liste s’avère stupéfiante : du Bistrot de Paris, rue de Lille (1965) au Berkeley, avenue Matignon (1970) ; de L’Assiette au bœuf (1974) au Petit Mâchon (1976) et Bistro 121 (1972) dans le 15e arrondissement ; de la brasserie du Lutetia (1979) à celle du Dôme (1980) – ô Montparnasse ! On n’en finirait pas d’évoquer le London Tavern (1968), le Winston Churchill (1965), l’American Dream (1995) de la rue Daunou… Adresses qui font de Paris, non pas une banale ville-monde mais LA capitale vers quoi le monde aspire. Élégant et discret, Slavik en aura été le passeur.

Slavik: Les années Drugstore

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Macron, le bâtard de Hollande?

Jeudi, sur France Inter, l’insoumis François Ruffin a qualifié Emmanuel Macron de « bâtard » de François Hollande. Si une personnalité de droite avait commis un tel outrage au chef de l’État, elle ne bénéficierait assurément pas de la même indulgence politico-médiatique. Mais les médias semblent tout passer à cette « gauche vulgaire, grossière et gueularde », estime Benoît Rayski…


Macron, le bâtard de Hollande ? Ce diagnostic ne peut émaner que d’un éminent généticien. Pour ne pas vous faire languir trop longtemps, nous allons immédiatement vous révéler son nom : il s’agit de François Ruffin. Ce député insoumis refuse, en rebelle qu’il est, de se soumettre à la décence commune.

Il a certainement fait des études qui lui ont permis de percer tous les secrets du génome humain. Nous pensons que nuitamment il s’est introduit à l’Élysée pour se procurer un échantillon de l’ADN d’Emmanuel Macron. Il a dû en faire de même au domicile de François Hollande.

Puis, il a comparé les deux. Et, eurêka, sa religion était faite : Macron est bien le bâtard de Hollande. Un bâtard, selon la définition communément admise, est un enfant issu d’une relation illégitime et adultérine. Si on s’intéresse à l’âge de l’ancien président de la République et à celui de l’actuel, force est de constater que Hollande a dû faire Macron il y a une bonne quarantaine d’années. Avec qui ? On ne sait pas, car la mère a dû accoucher sous X.

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Ce goujat de Hollande a refusé de reconnaitre l’enfant issu de sa relation avec une inconnue que l’on suppose belle. Il est vrai qu’à l’époque où il a fauté, il était en couple avec Ségolène Royal, et les colères de cette dernière sont terribles !

Hollande est, à n’en pas douter, un sale type. Un coureur doublé d’un pleutre. De surcroit, il est, à suivre toujours la pensée de Ruffin, responsable de tous nos malheurs. C’est en effet à cause de lui que nous avons eu à supporter Macron pendant cinq ans et que nous allons gémir sous sa férule pendant cinq ans encore.

Plus sérieusement, les propos de Ruffin sont du niveau du caniveau. Il incarne à la perfection la gauche vulgaire, grossière et gueularde, encartée à LFI. Il a de qui tenir : son patron, Jean-Luc Mélenchon, excelle dans ce domaine. La tentation est grande d’écrire que Ruffin est le bâtard de Mélenchon. Nous n’y résistons pas.

 [Nos années Causeur] De l’esprit, des opinions et des faits!

Le professeur et écrivain Pierre Jolibert vous parle de ses années Causeur


À quoi tient qu’on retrouve la marque d’Élisabeth Lévy dans tout ce qu’elle entreprend ? Dès que j’ai lu son « Kosovo, l’insoutenable légèreté de l’information », un des plus grands bonheurs de ma vie d’étudiant, je l’ai suivie le plus fidèlement possible, sur ondes ou papier. Sur le vif ou de l’escalier, l’esprit est demeuré le même, et s’il peut animer toute une équipe, c’est qu’il n’est pas imposé, puisqu’il se trouve que « vous n’êtes pas d’accord ».

Eugénie Bastié, qui y a fait ses armes, s’inquiétait il y a peu dans un entretien: « Il y a un nouveau politiquement correct de droite qui est en train de naître. » Causeur nous handicape : le lecteur qui ne se rend qu’ici a du mal à ne pas s’étonner de cette idée, même en l’élargissant. Comment ? Une pensée unique à droite ? Où ça ? Et qu’il soit difficile de la voir et de l’imaginer n’est pas seulement dû à la présence permanente ou occasionnelle de voix de gauche diverses au long des 100 numéros que nous fêtons.

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De façon plus ou moins manifeste, les grands moments de tension et d’emballement donnent lieu à la même interrogation : les faits ; les opinions ; la conscience qu’ont celles-ci de ce qu’elles sont et font. Causeur a pour réputation d’être un média d’opinions, mais la question des faits y est assez souvent posée, comme il a été vu récemment à propos du président Sarkozy.

Quant aux opinions, en plus de leur tolérance, la sagesse a tout l’air de vouloir qu’il ne soit pas si grave qu’elles s’ignorent. Cyril Bennasar n’a pas détrompé le boucher qui semble le confondre dans sa clientèle bobo courante. Son récit m’a étonné, charmé et réconcilié avec le malentendu, la maldonne, les jugements de travers. Nous vivons dans le faux ; et si la rectification des faits stricts selon leur stricte exactitude est un devoir absolu, pour le reste il est peut-être inévitable, voire indispensable à l’équilibre même du monde, de s’accommoder, tant qu’elles ne versent pas dans le délire accusatoire dangereux, des erreurs d’appréciation. (Et pourtant, combien je regrette de m’être dit trop tard que P. commentait sous son vrai nom.)

La flûte enchantée

Sous le signe de l’hexagone, Monsieur Champagne, Martine au pays des Soviets


24 avril, 20H00… « Les rayons du soleil évincent la nuit ; Ruinent le pouvoir mensonger des imposteurs… ». Le Prince Tamino l’a emporté. La reine de la nuit et les forces du mal sont vaincus. Tout le monde respire… « Ah les cons ! S’ils savaient… » murmurait Daladier de retour de Munich devant une foule en liesse, au Bourget, le 30 septembre 1938. Sur le Champ-de-Mars, le vainqueur du jour improvise un programme : « l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux – qui à coup sûr ne seront pas tranquilles – au service de notre pays, de notre jeunesse ». Depuis 2017, Emmanuel Macron n’a cessé de se réinventer : Jupiter martial, Lucien Jeunesse-Jeu des 1000 euros pendant les forums citoyens, Monsieur Champagne de la Mirandole débattant huit heures d’affiliés avec 64 intellectuels, Maître Capello animateur d’ateliers Croq’ vacances-démocratie participative, Cambronne de la Covid, Super Résistant d’extrême-centre en 2022… Sans conviction, inventio, ni feu, le « président de toutes et tous » nous promet une « France plus indépendante, une Europe plus forte, une grande nation écologique, une société plus juste, une défense de l’égalité entre les femmes et les hommes… ». 

Flûte enchantée ou Requiem ?

Le Macron de Münchhausen

Le président obtiendra probablement une nouvelle majorité parlementaire mais il a échoué sur l’essentiel : réconcilier – a minima apaiser – l’archipel français. En triangulant ses opposants, désossant la droite et la gauche, il aggrave des fractures, accélère la métamorphose de la lutte des classes en lutte de blocs -élitaire contre populaire- : une confrontation mortifère, de valeurs autant que de richesses. Les souverainistes et gauchistes se disputent le bas de la cordée. Majoritaires, en colère, les ‘Somewhere’, pestent contre les ‘Anywhere’, les élites, le système. Lutter contre l’extrémisme en soufflant sur les braises, rejouer à chaque élection le chantage au danger fasciste, c’est cynique et irresponsable. La mythologie républicaine est minée par une re-féodalisation, les obsessions identitaires, le communautarisme. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. La patrie n’existe plus.

Une pensée flottante et un manque de virtù expliquent beaucoup d’impasses et déconvenues du quinquennat. La politique ne se réduit pas au marketing, management, ré-engineering, un nexus de contrats de tous avec tous, des mots creux qu’on dit avec les yeux. La politique à l’estomac et le virage du cirque… La politique n’est pas une science. Rue Saint-Guillaume, Emmanuel Macron a oublié les leçons de Baltasar Gracián, du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Le pouvoir est d’essence religieuse. Il faut trois forces pour subjuguer les consciences : l’autorité, le mystère, le miracle. Nous sommes loin du compte. Une énième métamorphose, pirouette, la navigation à vue, au fil des sondages, un cabinet de petits scribes bavards, sans envergure, la manne du « quoi qu’il en coûte », une femme à Matignon, ne suffiront pas pour calmer les colères, exorciser la guerre civile, arriver à bon port. On ne construit pas le contrat social sur un poteau rentrant, en finale de Coupe du monde, tous les 20 ans…

Martine au pays des Soviets

Jadis vivace et bien acclimaté, le progressisme canal historique (héritier des Lumières, nourri de tolérance, de rationalisme, d’universalisme), se meurt. C’est devenu la voiture balai des illusions perdues, un marqueur pour séparer les bons des méchants, une franchise permettant d’écouler au Bon Marché des bons sentiments, dans les eaux glacées du calcul hédoniste, une verroterie politique décorative, semblable aux petites figurines vendues en duty free dans les aéroports. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina, c’est l’extrême droite, dans la cinquième zone du neuvième cercle de l’enfer. Il est plus compliqué de se confronter au réel, ici-bas, que de faire tourner le monde sur son pouce dans un entre-soi woke, arrogant, sectaire, multiplier les crises d’indignation et les promesses de Limbes. « Les jeunes consciences ont le plumage raide et le vol bruyant. » (Henri Michaux).

Protégé par une garde de silentiaires, Bernard Tapie de l’insoumission, Jean-Luc Mélenchon rachète à la barre électorale, Martine, les Barbapapa, rouges, roses, verts, naïfs, déconstruits, dégenrés, éparpillés par petits bouts façon puzzle, au 1er tour de la présidentielle. Le Senhor Oliveira trotskiste emballe dans le pathos des anchois avariés : fallafels bio, peaux d’ours, moulins à vent, voile laïque, l’orgasme pour tout.e.s… Peu importe le réel, les contraintes économiques. Les gros paieront, nous sommes riches de nos différences ! L’Union Populaire c’est un Programme commun entre Jean, Luc et Mélenchon. Il faut de la brutalité pour fédérer le peuple de gauche. Le grand Mélenmouchi réussira-t-il la captation d’héritage, le vol d’ancêtres que son mentor François Mitterrand avait magistralement orchestré en son temps ? L’égo surdimensionné du Joueur de flûte de Hamelin pourrait lui jouer des tours : ce n’est pas large, un trou de souris.   

Sous le signe de l’hexagone  

Les démocraties solides plongent leurs racines dans le temps long, les coutumes, une culture de dialogue social, de compromis et décence commune. N’en déplaise aux politologues candides et historiens amnésiques, l’ADN national n’est pas athénien. Nous ne nous sommes jamais beaucoup aimés. Notre tradition c’est le vertical, une courtisanerie furieuse, depuis 1789 pour tous. Avec ou sans-culotte, gilet, le vice national c’est l’amour de l’État, des chefs (grands et petits), des statuts, et l’acceptation de tous les despotismes, caporalismes, carottes et bâtons. Sous le signe de l’hexagone, pas de liberté pour les amis de la liberté ; on tranche ce qui dépasse. Historiquement, politiquement, symboliquement, Marianne n’est pas démocrate.

Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. Le mot de Giono éclaire l’extraordinaire tour de passe-passe au cœur de notre mythologie nationale : faire passer l’amour du chef et la servitude volontaire pour un culte de l’égalité. Cette fable rassurante est colportée depuis des lustres, de l’école primaire au Collège de France. Idéalistes, révoltés, clercs, puissants, chacun joue sa partie, tout le monde y trouve son compte. Pour sauver les magistères, prébendes, privilèges (intellectuels, politiques ou économiques), il faut éviter de se regarder en face, il faut flatter les égos, calmer les impatients, arroser les idéaux et les idéalistes, endormir le vulgum pecus avec de beaux discours : lundi incendiaires, mardi apaisants.

Un seul maître nous manque et tout est dépeuplé. Vergniaud, naïf, s’imagine que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Personne ne marche sans référence aux idoles. Pas de société sans opéra, laudes, récit fondateur. Pas de pouvoir sans drapeau, hymnes, devises héroïques, archives. Les morts, l’imaginaire, l’impalpable édifice du souvenir, vivent en nous. Les monarchomaques, les Lumières, la laïcité ou la désobéissance civique, ne changent rien à l’affaire. Sieyès a vendu la mèche : le pouvoir vient d’en haut et la confiance d’en bas. « Dieu envoie l’empereur aux hommes comme loi vivante – la loi qui respire » (Novelle 105 de Justinien). Pour l’Occident, les grandes vérités, sur l’État, le pouvoir, l’obéissance, nous les trouvons dans Homère, Saint-Augustin, Shakespeare, la soupe primitive des scolastiques, les montages dogmatiques, savamment analysés par Pierre Legendre.

« Il faut savoir ce qu’on veut, quand on le sait avoir le courage de le dire, quand on l’a dit avoir le courage de le faire » (Clémenceau).

Ça va bien deux minutes, l’autocritique civilisationnelle de l’Occident!

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Oui, sans verser dans la russophobie, il faut se résigner à la supériorité morale de l’Occident.


Les Russes sont-ils responsables de Poutine ? Oui. Les Allemands furent-ils responsables d’Hitler ? Oui. Les Afghans sont-ils responsables des talibans ? Oui. Est-il juste de chasser un tennisman russe de Wimbledon quand son pays écrase de bombes l’Ukraine ? Oui. Etait-il juste de forcer les Allemands à se repentir de leur passé nazi ? Oui. Serait-il juste de refuser l’accueil aux jeunes hommes afghans qui se réfugient en Europe au lieu de combattre leurs oppresseurs ? Oui. En toutes ces circonstances, il est trop facile d’accabler les dirigeants criminels en exonérant les peuples qui les laissent agir.

Il existe une vénérable tradition occidentale qui remonte à l’Antiquité grecque : le devoir de tuer le tyran. Un devoir qui s’impose à tous les citoyens tyrannisés mais que seuls les plus courageux ou les mieux organisés peuvent mettre en œuvre. Harmodios et Aristogiton, meurtriers à Athènes du tyran Hipparque, furent célébrés par des statues et des odes. Brutus, meurtrier du dernier roi de Rome, resta pendant toute l’histoire romaine comme le parfait exemple héroïque du tyrannicide. L’autre Brutus, meurtrier de César, l’aurait été aussi si sa victime n’avait pas fondé un autre régime politique. Son dirigeant ne reçut surtout pas le titre maudit de roi, mais celui plus modeste d’imperator, général en chef. La littérature française a produit un chef-d’œuvre absolu, Lorenzaccio, écrit par Musset pour décrire les tourments et célébrer la gloire du meurtrier du tyran de Florence, Alexandre de Médicis.

Les russophiles accablés

Deux remarques. Le devoir de tuer le tyran ne s’applique qu’aux nationaux. Des gouvernements occidentaux animés de bonnes intentions, celles qui pavent l’enfer, se sont cru autorisés à liquider un tyran en Irak, un autre en Libye, interventions qui se sont révélées grosses de conséquences bien fâcheuses. La valeur de tyrannicide, typiquement occidentale, n’existe pas ailleurs. Aucun traité chinois ne recommande de mettre à mort l’Empereur quand il outrepasse ses fonctions. Aucun manuel arabe de mise à mort du calife, et je serais prêt à parier qu’on n’étudie la traduction de Lorenzaccio ni à Pékin ni à Damas. Quant aux Russes, on pourrait croire à première vue qu’ils ont adopté le tyrannicide, puisque le meurtre des oppresseurs fut une des pratiques favorites de l’anarchisme. Mais ce peuple, doué pour les idées brillantes, est particulièrement pagailleux et maladroit dans le passage à l’acte. Les anarchistes russes assassinèrent ce brave homme d’Alexandre II, tsar réformateur et libérateur du servage, et échouèrent à punir Alexandre III, le “tsar pendeur”.

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J’essentialise les Russes ? Alain Finkielkraut le fait aussi en déclarant dans sa dernière interview donnée au Figaro le 27 mars : “Ce qui est le plus frappant dans cette guerre, ce n’est pas la folie d’un homme seul (…), c’est la persistance de la fatalité russe. Tsarisme, communisme, poutinisme, la continuité impériale l’emporte sur toutes les ruptures.” [1] Qui dira la tristesse dans laquelle cette guerre a jeté les russisants et russophiles dont je m’honorais de faire partie ? Qu’on le veuille ou non, Poutine met un soupçon sur la culture russe, et surtout sur la littérature. En disant que la Russie est “le Christ des nations”, Dostoïevski ne donne-t-il pas à son pays une mission rédemptrice pour toute l’humanité, mission dont bien entendu nous n’avons que faire ? Le doux Tchekhov lui-même, mon idole, est-il à l’abri du soupçon ? Dans son théâtre comme dans ses nouvelles, il raille impitoyablement la bourgeoisie réformatrice, les bonnes dames qui fondent des écoles et des dispensaires et se gargarisent d’idées nouvelles. Dans La Maison à Mezzanine, la jeune réformatrice d’avant-garde, qui participe au zemtsvo local et se soucie de la santé et de l’éducation de ses anciens serfs, est copieusement ridiculisée. Condamner le réformisme, c’est un peu prêcher la révolution. Alors, le doux tuberculeux de Crimée précurseur des bolcheviques ? Ce n’est pas absurde.

L’autocritique civilisationnelle, notre spécialité

L’anti-occidentalisme occidental est lui aussi une vénérable valeur qui remonte à l’Antiquité. L’historien romain Tacite, dans la Vie d’Agricola, imagine le féroce discours anti-romain prononcé par un chef picte, ancêtre des Ecossais : c’est le plus parfait et le plus mordant des réquisitoires contre l’Empire Romain. Cette noble tradition se manifeste chez Montaigne, mais elle tourne un peu déjà à l’idéologie. Quand l’auteur des Essais dit qu’il n’est pas “d’hostilité excellente comme la chrétienne” (c’est-à-dire que les guerres européennes sont les plus féroces), on voit bien qu’il ne connaissait pas les guerres fleuries des Aztèques destinées à récupérer des cœurs saignants et palpitants pour les offrir aux dieux. Il admire les Iroquois qui à Rouen, s’étonnent que le roi soit ce jeune freluquet de François II plutôt qu’un des gaillards de son escorte. Preuve que Montaigne ne comprenait rien au principe dynastique français, qui nous a épargné bien des guerres de succession.

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L’anti-occidentalisme occidental s’est de nos jours rigidifié en idéologie, c’est-à-dire qu’il néglige les faits et s’en tient à son imperturbable doxa : tous les malheurs du monde viennent de l’Occident, et surtout de sa pointe la plus venimeuse : les Etats-Unis, antre du despotisme le moins éclairé, fabrique de crétins congénitaux et surtout place forte du capitalisme libéral, ce monstre prêt à vendre père et mère pour une poignée de dollars. Remarquons au passage qu’il n’existe point d’anti-chinoisisme chinois ni d’anti-arabisme arabe. Comme la démocratie libérale, comme les hamburgers Mac Do, l’autocritique civilisationnelle est une spécialité des Terres du Couchant, en-deçà et au-delà de l’Atlantique. Comme le politiquement correct, il donne une carrure morale impeccable à qui le pratique : je critique mes frères, mes semblables parce que je suis plus noble qu’eux et mieux renseigné qu’eux. La presse et la télévision mainstream, c’est pour les ballots, moi je vais te sortir de derrière les fagots la petite information qui ridiculisera Le Devoir, Le Figaro, Le Times, La Stampa et tous les clabaudeurs au service des méchants riches qui dirigent secrètement la planète. Au temps où « Hold Up » avait beaucoup de succès, un homme qui se moquait de mes sources d’information m’amena deux pages photocopiées, le rapport d’un adjudant de gendarmerie de la France profonde qui avait découvert que le Covid n’existait pas. Direction la corbeille à papier sans lecture.

Dans le sublime « Gladiator » de Ridley Scott, un officier romain s’écrie : “Oui, Rome a bien des défauts ; c’est pourtant la meilleure ville de la terre !” Voilà l’épouvantable chemin de croix que nous devrons désormais suivre : après l’échec des printemps arabes, après la glaçante invasion mercantile des Routes de la Soie chinoises, après cette lamentable guerre lancée par les Russes contre leurs frères, il nous faudra accepter cette terrible conclusion : la civilisation occidentale est la meilleure et la plus humaine de toutes celles qui ont paru sur la terre jusqu’à présent, le résultat d’une alchimie entre Jérusalem, Athènes, Rome, la presqu’île européenne et le continent nord-américain. Une alchimie qui aurait pu aussi bien ne pas se faire, aussi rare et complexe que l’apparition absolument improbable de la vie sur le caillou nommé Terre.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-cette-guerre-nous-rappelle-que-les-nations-doivent-etre-defendues-20220327

Garder Marine Le Pen sous le coude, pour empêcher une alternative politique?

Jusqu’au 10 avril, le monde politico-médiatique a globalement épargné la candidate du Rassemblement national, décochant toutes ses flèches contre Éric Zemmour. Mais sitôt la candidate qualifiée au second tour, les médias ont de nouveau sorti l’artillerie (« antifasciste ») lourde. Notre chroniqueur revient ici sur les principaux faits d’armes de cette période.


Dans un contexte de concentration des médias aux mains de quelques individus et où l’uniformité idéologique est plutôt de mise, le président sortant vient d’être réélu sans suspense. S’il est légitime que les médias aient leurs lignes éditoriales, les appels plus ou moins voilés à voter pour Macron n’ont fait que toujours plus confirmer qu’ils ne sont plus engagés en faveur de la démocratie qui suppose une information aussi honnête que possible, mais enfermés dans une impasse.

Macron, l’éternel candidat des médias ?

Par exemple, il y a cinq ans, les médias imposèrent Emmanuel Macron grâce à un matraquage médiatique décrypté par le politologue Thomas Guénolé dans Marianne [1] en février 2017. Alors que l’on pilonna François Fillon devenu un gendre peu idéal, on traita beaucoup moins de l’utilisation à des fins de campagne par Macron de 80% du budget dédié aux frais de représentation de tous les ministères de Bercy [2], au grand dam de Michel Sapin, son ministre de tutelle. Macron put se retrouver face à Le Pen et griller les feux rouge le soir du premier tour comme s’il venait de remporter la présidentielle.

Auraient-ils à nouveau voulu un second tour où s’opposeraient Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, les médias ne s’y seraient pas autrement employés ! Il est utile d’avoir cette dernière face à soi pour bénéficier du théâtre antifasciste dénoncé par l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin lui-même. La qualification de la candidate du Rassemblement national a été favorisée par l’aménité complaisante de nombre de journalistes à son endroit, avant le 10 avril 2022. Comme Macron, Le Pen a globalement bénéficié de la bienveillance des médias, mais la profession a par la suite assez souvent proposé une couverture négative de ses faits et dires, extrapolant largement, même si des vérifications de faits ont également été objectives et en sa faveur – ainsi l’admission, par TF1, des chiffres de l’endettement non lié au Covid opposés à Macron par sa rivale (voir ci-dessous). Reste que de nombreuses informations pouvant désavantager le président sortant ont bénéficié des ciseaux d’Anastasie s’imposant d’eux-mêmes dans les esprits.

Le 14 avril dernier, le New York Times affirma, dans l’indifférence générale des médias français, que l’Union européenne lancerait au plus tôt juste après l’élection présidentielle française des discussions quant à un embargo sur les produits pétroliers russes qui provoquerait une flambée des prix. Il s’agissait notamment de ne pas nuire aux chances de réélection d’Emmanuel Macron [3], selon le Times qui disait tenir l’information de diplomates et hauts fonctionnaires européens. Le Figaro fut le seul grand média français à le mentionner, sur un fil d’actualité…

Même la lampe du célèbre journal new-yorkais, tant prisé des médias français, fut mise sous le boisseau durant cette campagne !

Extrapoler sur le risque Le Pen, ne pas questionner le bilan de Macron

« Si Marine Le Pen était élue, voici l’arsenal nucléaire qui se trouverait entre ses mains », titra L’Obs trois jours après le premier tour [4], affirmant que la présidente disposerait alors de la possibilité de causer l’équivalent de 48 000 Hiroshima. Le sous-entendu était clair : prière de trembler dans les chaumières ! On n’était pas loin de la démocrate Nancy Pelosi qui avait prétendu craindre que Donald Trump ne déclenche une guerre nucléaire dans les derniers jours de son mandat. Peu importe que le Front national fût le seul grand parti à s’opposer à la guerre en Libye ou à l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire en 2011. Après avoir fait assaut d’amabilités envers la candidate du RN, une grande partie des médias feignirent de s’inquiéter de sa possible élection et sonnèrent si bien le tocsin de l’inquiétude républicaine que le candidat Emmanuel Macron creusa l’écart dans les sondages tout en fuyant autant que possible les débats, reprenant les poncifs d’une prétendue résistance au fascisme. On relèvera tout de même l’impartialité appréciable des deux modérateurs lors du débat du second tour, Léa Salamé et Gilles Bouleau.

Macron prit des points dans les sondages en dépit de toutes les révélations dernièrement parues – surtout sur les réseaux sociaux et l’incontournable Sud Radio – quant à de potentiels conflits d’intérêts dans l’attribution de missions à des cabinets privés ou au scandale Alstom / General Electric. Si les grands médias parlèrent de McKinsey, ils le firent surtout sous l’angle de l’optimisation fiscale et non sous celui de la participation bénévole supposée de salariés du cabinet à la campagne de 2017. Lorsqu’un citoyen interpelât Emmanuel Macron en Alsace sur le sujet de l’hôpital, traité à la va-vite par tant de journalistes, le président de la République put lui répondre sans se soucier des médias : « Mais vous êtes fou ou quoi ? […] Vous, ça se mélange quand même beaucoup dans la tête ! » Aurait-il pu objecter cela à des journalistes le questionnant fermement sur l’hôpital ?

Un répit pour Marine Le Pen, utile à une dédiabolisation provisoire

Marine Le Pen n’eut pas à faire face à l’équivalent de cette rue de 2002 occupée par l’angélisme, dont parlait Philippe Muray, mais, dès après le premier tour de la présidentielle, on feignit soudainement de se rappeler que l’éleveuse de chats surveillerait en réalité des camps nazis à l’aide de bergers allemands, ou plutôt russes si elle remportait l’élection.

Alors qu’ils avaient pilonné la campagne d’Éric Zemmour, coupable d’avoir notamment dit ne pas croire que Vladimir Poutine attaquerait l’Ukraine, sans l’exclure – comme Dominique de Villepin ou Emmanuel Macron qui se mettait en scène en sauveur de la paix qu’il semblait croire acquise -, les journalistes avaient dans l’ensemble légèrement critiqué le précédent soutien de Marine Le Pen à la Russie avant le premier tour. Juste ce qu’il fallait pour la forme. Mais après le 10 avril, il fût même jugé professionnel de laisser entendre que la candidate soutenait encore l’autocrate russe [5] ; et l’on évita de s’indigner que Macron se mît indécemment en scène quant au drame qui frappe le peuple ukrainien. De même, il convint de ne pas trop s’interroger concernant la possibilité d’un grand parti macronien allant des chevènementistes aux sarkozystes et du risque que le Conseil constitutionnel ne devienne une simple chambre d’enregistrement validant tous les projets de lois votés par des parlementaires godillots.

Marine Le Pen avait toute l’attention des médias lorsqu’elle prétendait, sans donner de noms, que des néo-nazis avaient rejoint Éric Zemmour, elle bénéficiait de leur bienveillance affichée lorsqu’elle affectait d’être très peinée d’apprendre que sa nièce Marion Maréchal avait choisi de rejoindre « Reconquête ». Ils reprenaient en chœur et en boucle le mot « trahison », laissant entendre que l’on devait forcément partager les mêmes idées que ses aînés dans sa famille. Il pouvait exceptionnellement arriver que l’on se montrât agressif envers elle, mais c’était bien moins qu’à l’endroit de son rival direct. Ainsi, sur France 2, Julien Bugier alla jusqu’à demander à Marine Le Pen si elle pensait comme Éric Zemmour qu’un immigré était forcément un voleur (voir ci-dessous), sachant qu’elle serait heureuse de se démarquer de tels propos dont elle ne pouvait cependant ignorer qu’ils n’avaient jamais été tenus par son rival.

Sur les réseaux sociaux, on put voir des partisans de Le Pen ronronner de plaisir, heureux de ne plus être mis au ban de la société. Certains naïfs poussèrent même le délice jusqu’à taxer d’extrémisme de droite les partisans de Zemmour. La réalité doit leur être rude, leur championne est redevenue un danger pour les médias après une éphémère dédiabolisation.

Censé être l’un des acteurs majeurs de la vie publique, le journalisme ne représente plus un quatrième pouvoir, mais est devenu à bien des égards une énième chambre d’enregistrement des politiques et déclarations de l’exécutif, même quand celui-ci remet sa casquette de candidat. On se souvient encore de l’émoi suscité par la directrice de la rédaction de BFMTV, Céline Pigalle, lorsqu’elle avait affirmé, maladroitement, que sa chaîne avait choisi de ne « pas trop aller à rebours de la parole officielle, puisque ce serait fragiliser un consensus social »…


[1] https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/oui-le-phenomene-macron-etait-bien-une-enorme-bulle-mediatique

[2] https://www.leparisien.fr/politique/le-livre-polemique-sur-ses-depenses-a-bercy-25-01-2017-6614616.php

[3] https://www.nytimes.com/2022/04/14/world/europe/european-union-oil-embargo-russia-ukraine.html

[4] https://www.nouvelobs.com/affaires-secretes/20220413.OBS57082/si-marine-le-pen-etait-elue-voici-l-arsenal-nucleaire-qui-se-trouverait-entre-ses-mains.html

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-dangereuse-fascination-de-marine-le-pen-pour-poutine-1401265

Panique chez les wokes: Elon Musk a acheté Twitter

Le multimilliardaire Elon Musk vient de s’emparer du réseau Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. L’entrepreneur, qui se revendique libertarien, promet d’y garantir une liberté d’expression totale et de rétablir tous les comptes bannis ces cinq dernières années.


Michelle Blanc, experte québécoise des réseaux sociaux, analyse les effets de cette transaction historique. Selon elle, Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de Twitter, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de la plateforme.

Jérôme Blanchet-Gravel. Pourquoi un grand nombre de personnalités associées au mouvement woke s’indignent-elles autant de l’achat par Elon Musk de Twitter ?

Michelle Blanc. Elon Musk a plusieurs fois fait des remarques désobligeantes envers les tenants du wokisme. Comme il est un homme de tendance libertarienne et conservatrice, ses positions politiques vont à l’encontre de l’idéologie woke. Par ailleurs, aux États-Unis surtout, le phénomène du « shadow banning » a principalement affecté les gens de tendance conservatrice en épargnant les Démocrates et la gauche en général. Or, il s’avère que Musk a justement fait un gazouillis contre cette pratique la journée précédant son acquisition de Twitter.

Précisons que le «shadow banning » est le fait pour un média social de bannir ou de rendre invisible en partie ou totalement un utilisateur ou le contenu qu’il publie sans qu’il n’en ait été informé. Les publications de l’utilisateur se retrouvent alors à être « cachées » ou marginalisées sur la plateforme, et donc moins vues par la communauté. 

Quels seront les principaux changements opérés par Musk à la barre de Twitter ?

Le principal changement annoncé par Musk est qu’il rendra l’algorithme de Twitter (qui est présentement secret) Open Source. Cela veut dire que le code informatique qui régit l’automatisation de la modération sera ouvert et dévoilé à tous. Certains critiques jugent que cette volonté de transparence ouvrira grande la porte aux failles de sécurité. Je rappellerai cependant que contrairement à la croyance populaire, le code source ouvert n’est pas plus dangereux qu’un code secret. En fait, il est même possiblement plus sécuritaire qu’un code source propriétaire et fermé. D’ailleurs, la Gendarmerie française, la NSA, la CIA et le Département de la défense américaine valorisent tous le code source ouvert.

Elon Musk veut aussi s’attaquer en priorité au problème des bots et des fermes de bots (robots qui produisent des contenus et qui peuvent augmenter la visibilité d’un contenu tierce). Ces comptes automatisés (donc non administrés par une personne réelle) sont un facteur majeur de pollution des contenus.

Par ailleurs, Musk répète qu’il respectera les limites légales (judiciaires) des lois sur la liberté d’expression, puisque ces lois reflètent une volonté du peuple qu’il dit vouloir honorer. Par contre, il bannira les pratiques de modération qui vont plus loin que ce que la loi demande en interdisant des contenus encore considérés comme légaux.

Peut-on vraiment dire qu’Elon Musk a un agenda politique libertarien ?

On peut considérer sa vision large de la liberté d’expression comme étant une position « libertarienne », mais il se définit lui-même comme étant à moitié démocrate et à moitié conservateur. Dans une certaine mesure, il est donc centriste. Rappelons aussi à ses détracteurs qu’il s’est publiquement montré inquiet des changements climatiques et des avancées de l’intelligence artificielle. Il a également sévèrement critiqué les confinements durant la pandémie, appuyé les camionneurs canadiens et mis en doute l’efficacité des tests covid. Il est donc un personnage doté d’une pensée complexe et dont les points de vue peuvent à la fois être de gauche ou de droite sur l’échiquier politique.

Le marché des réseaux sociaux sera-t-il transformé par cette transaction ?

Twitter est unique dans le « marché des médias sociaux », en ce sens qu’il a introduit la notion de « web en temps direct » lors de la mort de Michael Jackson. C’est aussi le média social de choix pour l’élite politique internationale, les médias, les artistes internationaux et des communicants qui créent 80% des contenus du web, hors de Twitter. C’est donc l’un des hauts lieux de l’influence du web, de la politique et des médias. On parle même de « diplomatie Twitter », expression qui n’a jamais encore été utilisée pour d’autres médias sociaux. Il est difficile de se projeter dans l’avenir, mais je suis enthousiaste face aux changements que compte mettre en place Elon Musk pour Twitter. Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de ce média social, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de Twitter.

[Nos années Causeur] L’Escale

À l’occasion de ce centième numéro de Causeur, l’écrivain Renaud Camus a tenu à nous adresser quelques mots…


C’est avec grand plaisir que je contribuerai de quelques paragraphes au centième numéro de Causeur, pour rendre hommage à tant de persévérance, d’intelligence, d’ouverture d’esprit, d’intelligence et de succès. La date de cette célébration n’arrange personne, néanmoins. On nous dit qu’on peut écrire ce qu’on veut. Très bien, mais écrire ce qu’on veut, en France, au tout début du printemps 2022, c’est écrire sur de l’eau, tant notre situation paraît instable.

Ce qui va advenir semble bien clair, il est vrai. Cependant c’est tellement horrible, tellement définitif, tellement final pour notre pays et pour notre peuple, qu’on ne peut contraindre sa sensibilité à l’accepter tout à fait et qu’on espère, contre toute raison, que quelque chose va subvenir qui l’empêchera : une révélation, une illumination, un réveil, une révolte, un grand refus. Pour changer le cours des événements mieux vaudrait s’en remettre à soi-même, bien sûr, plutôt qu’au sort ou à la chance – d’autant qu’ils ne se sont pas montrés particulièrement serviables, jusqu’à présent. Cependant nos efforts n’aboutissent guère. Peut-être l’ennemi est-il trop fort. En ce cas nous sommes déjà morts. Mais l’on peut toujours se tromper. L’erreur est la seule espérance du pessimiste conséquent.

A lire aussi, Driss Ghali: Le grand remplacement tuera la diversité du monde!

J’aime mieux célébrer Causeur, et d’autant plus volontiers que le magazine tient une place considérable dans ma petite famille. On en guette l’arrivée dans la boîte. On s’en dispute la première lecture. On en discute à la veillée. Ses effets sont aussi divers que lui-même : c’est à lui que je dois non seulement Bérénice Levet, Olivier Rey, Françoise Bonardel et tant d’autres, mais d’avoir été traîné à la gare de Stuttgart à cause de Luc Rosenzweig, d’avoir fait étape au cinéma Eden de La Souterraine en nageant vers la Norvège derrière Jérôme Leroy, d’avoir chassé les Flandrin qui se décollent dans des églises de Nîmes, suivant des pistes ouvertes par Pierre Lamalattie, ou de ne pouvoir plus faire escale, entre ma lointaine campagne et Paris, qu’à L’Escale, à Déols, le restaurant le moins paritaire de France, parce qu’Emmanuel Tresmontant a établi une fois pour toutes, entre les fidèles de la Patronne, qu’on ne pouvait s’arrêter que là, parmi les routiers.

Me permettrez-vous d’évoquer, en guise de contribution à un travail du deuil, une des figures les plus inattendues de votre lectorat, dont je suis sûr pourtant qu’il n’en manque pas : je songe à ma très chère amie Jeanne Lloan, institutrice longuement communiste – elle a sa place dans le Maitron –, et passée de là à Causeur, un peu sous mon influence, si ce n’est pas trop me vanter. Elle vient de mourir à 87 ans, et à mon grand chagrin. Elle habitait un lotissement de Fleurance, au bout de la rue Arnaud-de-Meyrenx, vous connaissez peut-être. Chaque mois elle vous guettait au portillon de son petit jardin, comme elle avait fait plus tôt pour Aragon, ou Pierre Daix. Élisabeth Lévy fut son ultime Elsa (je ne dis pas « Triolet »). Paix à son âme ardente, gloire à la vôtre.


En kiosques, notre numéro 100. Retrouvez les souvenirs d’Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Marcel Gauchet, Philippe Caubère, Natacha Polony et beaucoup d’autres…

Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni

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La chaîne Talk TV réussit son lancement, avec un entretien en deux parties avec Donald Trump. À la différence de GB News, elle prétend ne pas convoiter exclusivement le créneau conservateur. Causeur s’est branché sur la nouvelle chaîne…


Dans quelle mesure le marché des médias d’information est-il extensible ? Au Royaume Uni, on conduit une expérience pour trouver la réponse. Car le soir du 25 avril, Rupert Murdoch y a lancé une nouvelle chaîne, TalkTV, destinée, selon lui, à perturber les majors du secteur. Ce lancement est d’autant plus surprenant qu’il intervient moins d’un an après celui d’une autre chaîne, GB News. Cette dernière a essayé de déstabiliser la BBC et Sky News en proposant un format fondé, moins sur les reportages, que sur des magazines d’opinion présentés par des personnalités aux grandes gueules. Qu’est-ce qui, dans un paysage déjà assez saturé, a motivé la création d’un média de plus ? Depuis que le magnat australo-américain avait vendu sa participation dans Sky News en 2018, il manquait une chaîne de télévision britannique à son empire médiatique. Il possède déjà une radio, TalkRadio, dont la notoriété et l’audience ont fourni une base pour sa nouvelle opération télévisuelle. D’ailleurs, pour le moment, les émissions radiophoniques prennent la relève des émissions de TalkTV aux heures de moindre écoute.

Le retour de Piers Morgan

Le premier défi pour la chaîne de Murdoch consistait à mieux réussir son lancement que GB News, dont les débuts ont été marqués par une suite de bourdes sur le plan technique, ainsi que par des tensions au niveau de sa direction. Après seulement deux semaines, son président, le journaliste chevronné, Andrew Neil, a pris des vacances prolongées qui se sont soldées par sa démission. Pour TalkTV, tout a commencé sans couac. Le deuxième défi consistait à embaucher comme animateur-vedette quelque monstre sacré capable de rivaliser avec ceux des chaînes rivales. Ils ont trouvé Piers Morgan, dont l’image de gueulard aux opinions arrêtées a été façonnée par une carrière dans les tabloïds et la télévision des deux côtés de l’Atlantique. En mars 2021, il avait démissionné avec fracas de son magazine matinal, « Good Morning Britain », après une dispute à l’antenne avec sa co-animatrice. L’occasion en était des remarques de Meghan Markle à propos des problèmes de santé mentale auxquels elle aurait fait face. Morgan, qui n’apprécie pas la personnalité de l’épouse du prince Harry, a mis en doute sa sincérité, déclenchant un esclandre qui a opposé des wokistes hystérisés aux défenseurs de la liberté d’expression. Pour TalkTV, Morgan présentera une émission tous les soirs en semaine, avec le titre racoleur, « Uncensored », non censuré. Le troisième défi, qui était de démarrer avec un audimat respectable, a été relevé aussi. Les deux premiers soirs, Morgan a interviewé un homme tout sauf inconnu : Donald Trump. Le résultat a été une audience qui, en diffusion continue, a dépassé largement celles de la BBC et de Sky News.

A lire aussi, du même auteur: Que devient Nigel Farage?

Qu’est-ce qui permet de croire que ce succès ne se révélera pas être un simple feu de paille ? L’exemple de GB News ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme, puisque la chaîne a un audimat bien au-dessous de celui escompté au moment de sa création. En mars, GB News a cumulé 2,65 millions de téléspectateurs, loin derrière les 16,6 millions de la BBC ou les 11,9 millions de Sky News. Son incapacité à rattraper ses concurrents est due en partie à ses moyens financiers limités. A l’heure où l’attention du public est accaparée par la guerre en Ukraine, la chaîne n’a pas été en mesure d’envoyer sur place des grands reporters. Les problèmes budgétaires ont été exacerbés, peu après son lancement, par un exode des publicitaires sous la pression de groupes progressistes qui ont dénoncé le côté politiquement incorrect adopté exprès par la chaîne.

Nigel Farage VS Piers Morgan

TalkTV prétend ne pas se positionner clairement sur l’échiquier politique et surtout pas à droite. En dépit de ses harangues souvent anti-progressistes, Morgan nie être conservateur. Cependant, une autre difficulté rencontrée par GB News pourrait hanter TalkTV. La première chaîne, dans la mesure où elle tire son épingle du jeu aujourd’hui, dépend étroitement de l’émission quotidienne, en semaine, présentée par le roi des Brexiteurs, Nigel Farage, dont la côte de popularité personnelle reste très élevée. Son audience est trois fois plus grande que celle de n’importe quelle autre émission de la chaîne. Cette dépendance excessive à l’égard d’une seule personnalité pourrait être le sort de TalkTV, si Morgan s’avère être le seul grand atout de la chaîne.

Nous ne savons pas encore si le marché se révèlera extensible ou non. Autre grand mystère : Donald Trump briguera-t-il la fonction suprême de nouveau, en 2024 ? Interrogé par Morgan, le showman ex-président a préféré entretenir le suspense…

Le militantisme étudiant, c’était mieux avant

Entre la montée de l’abstentionnisme des jeunes et le folklore ridicule et lassant des crétins qui ont occupé la Sorbonne entre les deux tours, il y a de quoi s’inquiéter de l’éducation politique de la génération qui vient !


Parmi les analyses qui sont ressorties de la sociologie du vote de ces dernières élections, la « fracture générationnelle » a occupé une place de choix. D’après les sondages post-premier tour en effet, les 70 ans et plus auraient voté à 41% pour Macron, les 18-35 ans à 34% pour Mélenchon. En bref : d’un côté, les vieux qui ont eu peur de claquer et ont cru que c’était la personne du président qui les avait sauvés du coronavirus ; et d’un autre côté, les jeunes qui se sont largement ralliés à l’étendard d’un gauchiste démago plein de compromissions – quelques-uns d’entre eux parmi les plus démocrates ayant d’ailleurs proposé qu’on fixe une limite d’âge au droit de vote, pour que les vieux croûtons ne puissent plus leur « voler leur élection »

A lire aussi, du même auteur: [Nos années Causeur] Mon safe space à moi

Pseudo-contestation

Dans la même veine, pour exprimer leur « colère » face à la tenue d’un second tour Macron-Le Pen, quelques centaines d’étudiants réunis en AG ont décidé d’occuper leurs universités, la Sorbonne au premier chef, largement dégradée (taguée de slogans ineptes, avec un laboratoire de recherche gratuitement saccagé) ; Sciences Po, l’ENS ou Montpellier III ont suivi le mouvement, sans parler des lycées bloqués. Évidemment, il y a à peine besoin de préciser que les établissements concernés sont ceux qui sont fréquentés par les enfants de la meilleure bourgeoisie. Ce spectacle pseudo-contestataire est d’autant plus affligeant qu’il a l’âge des vieux croûtons sus-cités : il s’agirait de changer de répertoire. La gauche radicale étudiante, qui ne souffre aucune concurrence depuis les années 80, s’enlise depuis cette date dans une forme d’auto-escalade grotesque. Pour ne rien arranger, juste après la réélection de Macron, des groupes plus ou moins antifas ont battu le pavé à Toulouse, Rennes, Paris… contre les fachos et pour la révolution.

À lire aussi, Daniel Pendanx: Et maintenant?

Évidemment et heureusement, tous ceux-là ne constituent pas la jeunesse. Mais ils sont hélas la seule partie émergée de la jeunesse militante, celle qui gueule ses revendications sur tous les toits. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aussi bien sur la forme que sur le fond, son état est assez pitoyable. Cela depuis une double disparition déjà ancienne, celle d’une autorité qui appliquerait les sanctions prévues par la loi à son encontre, et celle de ses partenaires de bagarre de droite.

Institutions complaisantes

Je viens de lire dans la dernière biographie de Georges Bernanos, avec un effarement un peu nostalgique, le récit d’un haut fait militant du temps où il était aux Camelots du roi : un conférencier de la Sorbonne, jugé coupable d’opinions trop iconoclastes sur Jeanne d’Arc, se trouva empêché de dispenser ses cours par Bernanos et ses amis. « C’est le 14 février 1909, rapporte François Angelier, lors du onzième et avant-dernier cours prévu, qu’est portée l’estocade d’une humiliation publique : saisi, couché sur sa chaire, déculotté, Amédée Thalamas est dûment fessé à tour de rôle par tous les membres de l’escouade : contre-attaquant, il parvient à briser une chaise sur le crâne du Camelot Lucien Lacour ». Pour cet assaut qui ne manque pas de comique, Bernanos est condamné à dix jours de prison, où il se bat avec des militants socialistes (ce dont il gardera un excellent souvenir). C’est peu de dire que pour une enfant de la « génération Z » (née entre 1997 et 2010), c’est dépaysant. Mais même sans remonter au début du XXème siècle, mon grand-père m’a souvent raconté un épisode glorieux de ses années estudiantines, au milieu des années 50 : la prise éphémère du local des communistes de la Sorbonne et la saisie de tous leurs tracts, après une poursuite endiablée et des affrontements verbaux dans les classes de philosophie.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

Aujourd’hui, le militantisme étudiant est mort. On l’a tué en supprimant sa binarité gauche-droite, en n’opposant plus rien aux gauchistes s’embourbant en toute tranquillité dans les dégradations et les injures. C’est pour cela qu’il y a de quoi être sceptique quand on parle aujourd’hui de la tendance « contestataire » des jeunes : une contestation qui recueille l’indifférence, si ce n’est l’assentiment, des institutions qui sont en charge de vous, paraît pour le moins usurpée. Il m’a d’ailleurs toujours semblé qu’à chacune des soi-disant expressions de la « colère de la jeunesse », comme les blocages universitaires ou les manifestations pour le climat, ce sont en réalité leurs parents ou ceux qui sont en âge de l’être qui les alimentent. Vieux profs dans les amphis criant à la révolution ; parlementaires écoutant religieusement Greta Thunberg les sermonner de sa voix nasillarde. Comme des parents qui se penchent sur le berceau de leur bébé avec émerveillement, et qui font gouzi gouzi en le voyant remuer les doigts de pied.

Si la jeunesse est bien un risque à courir, manifestement, nous sommes plutôt en train de former une génération de petits vieux, menant de vieux combats avec de vieilles armes. Ce n’est pas nouveau. Fracture générationnelle, mon œil. 

Slavik, l’homme qui réinventa Paris

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Slavik (1920-2014) décorateur des drugstores Publicis © D.R.

En imaginant l’univers des drugstores et de dizaines de brasseries et restaurants parisiens, Slavik a créé les décors qui ont abrité l’une des pages les plus brillantes de l’histoire de la capitale : la vie des années 1960-1980.


Un touche-à-tout, Slavik (1920-2014). Wiatscheslav Vassiliev, de son vrai nom, aura en tout cas touché Paris de plein fouet. Sous-titré « Les années Drugstore », un beau livre rend enfin hommage à ce grand oublié de l’histoire du design. Disparaissant derrière les marques de ses commanditaires, Slavik n’est jamais devenu une icône, tels Claude Parent, Jean Prouvé ou Charlotte Perriand. Et pourtant grâce à lui, la capitale, au temps où elle était encore une fête, s’est enrichie d’innombrables « lieux de vie », pour la plupart aujourd’hui disparus, qui ont marqué le dernier tiers du xxe siècle. L’inventaire de ses créations est impressionnant, à la mesure de la nostalgie qu’il inspire.

Né à Tallin, en Estonie, d’un père ancien officier du tsar et d’une mère russe blanche qui a fui Petrograd, l’ancienne Saint-Pétersbourg devenue bolchevique, l’enfant arrive avec sa mère à Paris à l’âge de 8 ans. En 1940, l’Union soviétique annexe l’Estonie : Slavik devient apatride et attendra 1956 pour se voir naturalisé français.

Des décors théâtraux à ceux des drugstores, en passant par le mobilier national

Celui qui se fait appeler ainsi dès l’adolescence n’en a pas moins été, sur notre sol, un créateur extraordinairement précoce. En pleine guerre, le diplôme des Arts déco en poche, il passe le concours de l’Idhec, section décoration. Slavik sait tout faire. Le théâtre du Vieux-Colombier lui confie la scénographie d’un Jupiter, tombé depuis aux oubliettes, et le chorégraphe Serge Lifar l’engage sur plusieurs de ses créations à l’Opéra de Paris – décors et costumes. Auprès d’Adolphe Jean-Marie Mouron, alias Cassandre, il devient publicitaire. Pourtant, Slavik se pense peintre : signer des marines à la gouache le distrait des duretés de l’Occupation. Il décore aussi des paravents, inspiré par Dalí, Chirico et Magritte. Plus étonnants encore sont ses cartons de tapisserie : commandes faites juste après-guerre sous le patronage de Jean Lurçat, par les manufactures d’Aubusson et des Gobelins alors qu’il est âgé d’à peine 24 ans. Le livre en reproduit plusieurs, en double-page : l’une a pour titre « Paris ma fête ». Repéré par la modiste Claude Saint-Cyr, chapelière des têtes couronnées, il dessine des paletots. Identifié comme décorateur, il brosse encore costumes et décors de ballets pour le Festival d’Aix-en-Provence, sous les auspices de Roland Petit. Sa carrière est lancée : engagé par les Galeries Lafayette, il en concevra les vitrines jusqu’en 1954. Cette année-là est charnière. Marcel Bleustein-Blanchet nomme Slavik « chef du service de l’esthétique industrielle » et conseiller artistique de l’agence Publicis. Il dessine meubles de rangement, flacons, radios, une station Shell et même…. un pick-up en forme d’œuf sur le plat !

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Puis la géniale invention du drugstore vient bouleverser sa vie. En 1958, Bleustein-Blanchet rachète l’Astoria, un hôtel suranné sis en haut des Champs-Élysées. Il décide de tout casser et confie le chantier à Slavik. « Parmi celles et ceux qui, par milliers, entrent dans ce Drugstore, qui connaît seulement le nom de Slavik ? Pas grand-monde. (…) C’est lui qui a, jusqu’aux moindres détails, tout conçu, c’est lui qui a distribué les espaces, dessiné le mobilier, aménagé les circulations, lesquelles réservent sans cesse des surprises, parce que comme dans une conversation l’on peut passer du coq à l’âne », dixit les auteurs du livre.

Une empreinte que l’on retrouve partout… y compris sur la Tour Eiffel

Le succès foudroyant n’est pas seulement commercial : le Drugstore, rendez-vous huppé, devient un lieu de drague où les minets s’exhibent. En 1963, toujours sur les « Champs », Slavik conçoit le Pub Renault, hymne à l’automobile : banquettes capitonnées, calandres et serveuses qu’on hèle… d’un coup de klaxon ! Sur cette lancée, le Drugstore Publicis de Saint-Germain-des-Prés ouvre en 1965, en face du mythique Café de Flore. Encore la patte Slavik, tout en courbes et matières nobles : cèdre du Liban, cuirs, bronzes. Un côté chic anglais qui tranche face à l’invasion du plastique. L’architecte de l’immeuble, Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome, pérore, rue, perd son latin devant cette déco flamboyante ! Qu’importe : ouvert 7 j./7 jusqu’à 2 heures du matin, il abrite pharmacie, bureau de tabac, librairie, parfumerie, boutique-cadeaux, cinéma, pique-nique store – que demande le peuple ? Jacques Dutronc y aura ses habitudes, Gainsbourg s’y fournira en Gitanes, les homos en garçons à vendre… À noter que si le texte de cet opus Slavik s’attarde sur l’inauguration du lieu, il ne dit rien de ce qui en a fait, pour toute une génération, l’emblème d’un Paris joyeux. Le ton d’une époque se lit dans ses enseignes : en 1995, le Drugstore cède la place à une boutique Armani. Tout est dit.

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Le Slavik de la maturité est indissociable de l’emblème de la capitale : la tour Eiffel. En 1983 il fait du Jules Verne, son restaurant étoilé, une alcôve aux tonalités grises et noires ouverte sur la ville. Douze ans plus tard, c’est encore à Slavik que le groupe Elitair Maxim’s confie l’aménagement, au premier étage de la Dame de fer, d’un autre restaurant baptisé Altitude 95. Autant d’arbres qui cachent la forêt : Paris ignore que l’infatigable transfuge estonien a conçu plus de 200 décors de restaurants, bistrots et brasseries. Sans compter la flopée de boutiques sur lesquelles Slavik a posé sa signature. La liste s’avère stupéfiante : du Bistrot de Paris, rue de Lille (1965) au Berkeley, avenue Matignon (1970) ; de L’Assiette au bœuf (1974) au Petit Mâchon (1976) et Bistro 121 (1972) dans le 15e arrondissement ; de la brasserie du Lutetia (1979) à celle du Dôme (1980) – ô Montparnasse ! On n’en finirait pas d’évoquer le London Tavern (1968), le Winston Churchill (1965), l’American Dream (1995) de la rue Daunou… Adresses qui font de Paris, non pas une banale ville-monde mais LA capitale vers quoi le monde aspire. Élégant et discret, Slavik en aura été le passeur.

Slavik: Les années Drugstore

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Macron, le bâtard de Hollande?

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Le député LFI François Ruffin interrogé sur France Inter par Léa Salamé, 28 avril 2022. Capture d'écran YouTube.

Jeudi, sur France Inter, l’insoumis François Ruffin a qualifié Emmanuel Macron de « bâtard » de François Hollande. Si une personnalité de droite avait commis un tel outrage au chef de l’État, elle ne bénéficierait assurément pas de la même indulgence politico-médiatique. Mais les médias semblent tout passer à cette « gauche vulgaire, grossière et gueularde », estime Benoît Rayski…


Macron, le bâtard de Hollande ? Ce diagnostic ne peut émaner que d’un éminent généticien. Pour ne pas vous faire languir trop longtemps, nous allons immédiatement vous révéler son nom : il s’agit de François Ruffin. Ce député insoumis refuse, en rebelle qu’il est, de se soumettre à la décence commune.

Il a certainement fait des études qui lui ont permis de percer tous les secrets du génome humain. Nous pensons que nuitamment il s’est introduit à l’Élysée pour se procurer un échantillon de l’ADN d’Emmanuel Macron. Il a dû en faire de même au domicile de François Hollande.

Puis, il a comparé les deux. Et, eurêka, sa religion était faite : Macron est bien le bâtard de Hollande. Un bâtard, selon la définition communément admise, est un enfant issu d’une relation illégitime et adultérine. Si on s’intéresse à l’âge de l’ancien président de la République et à celui de l’actuel, force est de constater que Hollande a dû faire Macron il y a une bonne quarantaine d’années. Avec qui ? On ne sait pas, car la mère a dû accoucher sous X.

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Ce goujat de Hollande a refusé de reconnaitre l’enfant issu de sa relation avec une inconnue que l’on suppose belle. Il est vrai qu’à l’époque où il a fauté, il était en couple avec Ségolène Royal, et les colères de cette dernière sont terribles !

Hollande est, à n’en pas douter, un sale type. Un coureur doublé d’un pleutre. De surcroit, il est, à suivre toujours la pensée de Ruffin, responsable de tous nos malheurs. C’est en effet à cause de lui que nous avons eu à supporter Macron pendant cinq ans et que nous allons gémir sous sa férule pendant cinq ans encore.

Plus sérieusement, les propos de Ruffin sont du niveau du caniveau. Il incarne à la perfection la gauche vulgaire, grossière et gueularde, encartée à LFI. Il a de qui tenir : son patron, Jean-Luc Mélenchon, excelle dans ce domaine. La tentation est grande d’écrire que Ruffin est le bâtard de Mélenchon. Nous n’y résistons pas.

 [Nos années Causeur] De l’esprit, des opinions et des faits!

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De gauche à droite, Eugénie Bastié, Elisabeth Lévy et Pablo Pillaud Vivien. Image: capture d'écran REACnROLL.

Le professeur et écrivain Pierre Jolibert vous parle de ses années Causeur


À quoi tient qu’on retrouve la marque d’Élisabeth Lévy dans tout ce qu’elle entreprend ? Dès que j’ai lu son « Kosovo, l’insoutenable légèreté de l’information », un des plus grands bonheurs de ma vie d’étudiant, je l’ai suivie le plus fidèlement possible, sur ondes ou papier. Sur le vif ou de l’escalier, l’esprit est demeuré le même, et s’il peut animer toute une équipe, c’est qu’il n’est pas imposé, puisqu’il se trouve que « vous n’êtes pas d’accord ».

Eugénie Bastié, qui y a fait ses armes, s’inquiétait il y a peu dans un entretien: « Il y a un nouveau politiquement correct de droite qui est en train de naître. » Causeur nous handicape : le lecteur qui ne se rend qu’ici a du mal à ne pas s’étonner de cette idée, même en l’élargissant. Comment ? Une pensée unique à droite ? Où ça ? Et qu’il soit difficile de la voir et de l’imaginer n’est pas seulement dû à la présence permanente ou occasionnelle de voix de gauche diverses au long des 100 numéros que nous fêtons.

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De façon plus ou moins manifeste, les grands moments de tension et d’emballement donnent lieu à la même interrogation : les faits ; les opinions ; la conscience qu’ont celles-ci de ce qu’elles sont et font. Causeur a pour réputation d’être un média d’opinions, mais la question des faits y est assez souvent posée, comme il a été vu récemment à propos du président Sarkozy.

Quant aux opinions, en plus de leur tolérance, la sagesse a tout l’air de vouloir qu’il ne soit pas si grave qu’elles s’ignorent. Cyril Bennasar n’a pas détrompé le boucher qui semble le confondre dans sa clientèle bobo courante. Son récit m’a étonné, charmé et réconcilié avec le malentendu, la maldonne, les jugements de travers. Nous vivons dans le faux ; et si la rectification des faits stricts selon leur stricte exactitude est un devoir absolu, pour le reste il est peut-être inévitable, voire indispensable à l’équilibre même du monde, de s’accommoder, tant qu’elles ne versent pas dans le délire accusatoire dangereux, des erreurs d’appréciation. (Et pourtant, combien je regrette de m’être dit trop tard que P. commentait sous son vrai nom.)

La flûte enchantée

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Emmanuel Macron réélu président, 24 avril 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Sous le signe de l’hexagone, Monsieur Champagne, Martine au pays des Soviets


24 avril, 20H00… « Les rayons du soleil évincent la nuit ; Ruinent le pouvoir mensonger des imposteurs… ». Le Prince Tamino l’a emporté. La reine de la nuit et les forces du mal sont vaincus. Tout le monde respire… « Ah les cons ! S’ils savaient… » murmurait Daladier de retour de Munich devant une foule en liesse, au Bourget, le 30 septembre 1938. Sur le Champ-de-Mars, le vainqueur du jour improvise un programme : « l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux – qui à coup sûr ne seront pas tranquilles – au service de notre pays, de notre jeunesse ». Depuis 2017, Emmanuel Macron n’a cessé de se réinventer : Jupiter martial, Lucien Jeunesse-Jeu des 1000 euros pendant les forums citoyens, Monsieur Champagne de la Mirandole débattant huit heures d’affiliés avec 64 intellectuels, Maître Capello animateur d’ateliers Croq’ vacances-démocratie participative, Cambronne de la Covid, Super Résistant d’extrême-centre en 2022… Sans conviction, inventio, ni feu, le « président de toutes et tous » nous promet une « France plus indépendante, une Europe plus forte, une grande nation écologique, une société plus juste, une défense de l’égalité entre les femmes et les hommes… ». 

Flûte enchantée ou Requiem ?

Le Macron de Münchhausen

Le président obtiendra probablement une nouvelle majorité parlementaire mais il a échoué sur l’essentiel : réconcilier – a minima apaiser – l’archipel français. En triangulant ses opposants, désossant la droite et la gauche, il aggrave des fractures, accélère la métamorphose de la lutte des classes en lutte de blocs -élitaire contre populaire- : une confrontation mortifère, de valeurs autant que de richesses. Les souverainistes et gauchistes se disputent le bas de la cordée. Majoritaires, en colère, les ‘Somewhere’, pestent contre les ‘Anywhere’, les élites, le système. Lutter contre l’extrémisme en soufflant sur les braises, rejouer à chaque élection le chantage au danger fasciste, c’est cynique et irresponsable. La mythologie républicaine est minée par une re-féodalisation, les obsessions identitaires, le communautarisme. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. La patrie n’existe plus.

Une pensée flottante et un manque de virtù expliquent beaucoup d’impasses et déconvenues du quinquennat. La politique ne se réduit pas au marketing, management, ré-engineering, un nexus de contrats de tous avec tous, des mots creux qu’on dit avec les yeux. La politique à l’estomac et le virage du cirque… La politique n’est pas une science. Rue Saint-Guillaume, Emmanuel Macron a oublié les leçons de Baltasar Gracián, du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Le pouvoir est d’essence religieuse. Il faut trois forces pour subjuguer les consciences : l’autorité, le mystère, le miracle. Nous sommes loin du compte. Une énième métamorphose, pirouette, la navigation à vue, au fil des sondages, un cabinet de petits scribes bavards, sans envergure, la manne du « quoi qu’il en coûte », une femme à Matignon, ne suffiront pas pour calmer les colères, exorciser la guerre civile, arriver à bon port. On ne construit pas le contrat social sur un poteau rentrant, en finale de Coupe du monde, tous les 20 ans…

Martine au pays des Soviets

Jadis vivace et bien acclimaté, le progressisme canal historique (héritier des Lumières, nourri de tolérance, de rationalisme, d’universalisme), se meurt. C’est devenu la voiture balai des illusions perdues, un marqueur pour séparer les bons des méchants, une franchise permettant d’écouler au Bon Marché des bons sentiments, dans les eaux glacées du calcul hédoniste, une verroterie politique décorative, semblable aux petites figurines vendues en duty free dans les aéroports. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina, c’est l’extrême droite, dans la cinquième zone du neuvième cercle de l’enfer. Il est plus compliqué de se confronter au réel, ici-bas, que de faire tourner le monde sur son pouce dans un entre-soi woke, arrogant, sectaire, multiplier les crises d’indignation et les promesses de Limbes. « Les jeunes consciences ont le plumage raide et le vol bruyant. » (Henri Michaux).

Protégé par une garde de silentiaires, Bernard Tapie de l’insoumission, Jean-Luc Mélenchon rachète à la barre électorale, Martine, les Barbapapa, rouges, roses, verts, naïfs, déconstruits, dégenrés, éparpillés par petits bouts façon puzzle, au 1er tour de la présidentielle. Le Senhor Oliveira trotskiste emballe dans le pathos des anchois avariés : fallafels bio, peaux d’ours, moulins à vent, voile laïque, l’orgasme pour tout.e.s… Peu importe le réel, les contraintes économiques. Les gros paieront, nous sommes riches de nos différences ! L’Union Populaire c’est un Programme commun entre Jean, Luc et Mélenchon. Il faut de la brutalité pour fédérer le peuple de gauche. Le grand Mélenmouchi réussira-t-il la captation d’héritage, le vol d’ancêtres que son mentor François Mitterrand avait magistralement orchestré en son temps ? L’égo surdimensionné du Joueur de flûte de Hamelin pourrait lui jouer des tours : ce n’est pas large, un trou de souris.   

Sous le signe de l’hexagone  

Les démocraties solides plongent leurs racines dans le temps long, les coutumes, une culture de dialogue social, de compromis et décence commune. N’en déplaise aux politologues candides et historiens amnésiques, l’ADN national n’est pas athénien. Nous ne nous sommes jamais beaucoup aimés. Notre tradition c’est le vertical, une courtisanerie furieuse, depuis 1789 pour tous. Avec ou sans-culotte, gilet, le vice national c’est l’amour de l’État, des chefs (grands et petits), des statuts, et l’acceptation de tous les despotismes, caporalismes, carottes et bâtons. Sous le signe de l’hexagone, pas de liberté pour les amis de la liberté ; on tranche ce qui dépasse. Historiquement, politiquement, symboliquement, Marianne n’est pas démocrate.

Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. Le mot de Giono éclaire l’extraordinaire tour de passe-passe au cœur de notre mythologie nationale : faire passer l’amour du chef et la servitude volontaire pour un culte de l’égalité. Cette fable rassurante est colportée depuis des lustres, de l’école primaire au Collège de France. Idéalistes, révoltés, clercs, puissants, chacun joue sa partie, tout le monde y trouve son compte. Pour sauver les magistères, prébendes, privilèges (intellectuels, politiques ou économiques), il faut éviter de se regarder en face, il faut flatter les égos, calmer les impatients, arroser les idéaux et les idéalistes, endormir le vulgum pecus avec de beaux discours : lundi incendiaires, mardi apaisants.

Un seul maître nous manque et tout est dépeuplé. Vergniaud, naïf, s’imagine que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Personne ne marche sans référence aux idoles. Pas de société sans opéra, laudes, récit fondateur. Pas de pouvoir sans drapeau, hymnes, devises héroïques, archives. Les morts, l’imaginaire, l’impalpable édifice du souvenir, vivent en nous. Les monarchomaques, les Lumières, la laïcité ou la désobéissance civique, ne changent rien à l’affaire. Sieyès a vendu la mèche : le pouvoir vient d’en haut et la confiance d’en bas. « Dieu envoie l’empereur aux hommes comme loi vivante – la loi qui respire » (Novelle 105 de Justinien). Pour l’Occident, les grandes vérités, sur l’État, le pouvoir, l’obéissance, nous les trouvons dans Homère, Saint-Augustin, Shakespeare, la soupe primitive des scolastiques, les montages dogmatiques, savamment analysés par Pierre Legendre.

« Il faut savoir ce qu’on veut, quand on le sait avoir le courage de le dire, quand on l’a dit avoir le courage de le faire » (Clémenceau).

Ça va bien deux minutes, l’autocritique civilisationnelle de l’Occident!

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Réfugiés ukrainiens photographiés dans la région de Zaporijia, 21 avril 2022 © Leo Correa/AP/SIPA

Oui, sans verser dans la russophobie, il faut se résigner à la supériorité morale de l’Occident.


Les Russes sont-ils responsables de Poutine ? Oui. Les Allemands furent-ils responsables d’Hitler ? Oui. Les Afghans sont-ils responsables des talibans ? Oui. Est-il juste de chasser un tennisman russe de Wimbledon quand son pays écrase de bombes l’Ukraine ? Oui. Etait-il juste de forcer les Allemands à se repentir de leur passé nazi ? Oui. Serait-il juste de refuser l’accueil aux jeunes hommes afghans qui se réfugient en Europe au lieu de combattre leurs oppresseurs ? Oui. En toutes ces circonstances, il est trop facile d’accabler les dirigeants criminels en exonérant les peuples qui les laissent agir.

Il existe une vénérable tradition occidentale qui remonte à l’Antiquité grecque : le devoir de tuer le tyran. Un devoir qui s’impose à tous les citoyens tyrannisés mais que seuls les plus courageux ou les mieux organisés peuvent mettre en œuvre. Harmodios et Aristogiton, meurtriers à Athènes du tyran Hipparque, furent célébrés par des statues et des odes. Brutus, meurtrier du dernier roi de Rome, resta pendant toute l’histoire romaine comme le parfait exemple héroïque du tyrannicide. L’autre Brutus, meurtrier de César, l’aurait été aussi si sa victime n’avait pas fondé un autre régime politique. Son dirigeant ne reçut surtout pas le titre maudit de roi, mais celui plus modeste d’imperator, général en chef. La littérature française a produit un chef-d’œuvre absolu, Lorenzaccio, écrit par Musset pour décrire les tourments et célébrer la gloire du meurtrier du tyran de Florence, Alexandre de Médicis.

Les russophiles accablés

Deux remarques. Le devoir de tuer le tyran ne s’applique qu’aux nationaux. Des gouvernements occidentaux animés de bonnes intentions, celles qui pavent l’enfer, se sont cru autorisés à liquider un tyran en Irak, un autre en Libye, interventions qui se sont révélées grosses de conséquences bien fâcheuses. La valeur de tyrannicide, typiquement occidentale, n’existe pas ailleurs. Aucun traité chinois ne recommande de mettre à mort l’Empereur quand il outrepasse ses fonctions. Aucun manuel arabe de mise à mort du calife, et je serais prêt à parier qu’on n’étudie la traduction de Lorenzaccio ni à Pékin ni à Damas. Quant aux Russes, on pourrait croire à première vue qu’ils ont adopté le tyrannicide, puisque le meurtre des oppresseurs fut une des pratiques favorites de l’anarchisme. Mais ce peuple, doué pour les idées brillantes, est particulièrement pagailleux et maladroit dans le passage à l’acte. Les anarchistes russes assassinèrent ce brave homme d’Alexandre II, tsar réformateur et libérateur du servage, et échouèrent à punir Alexandre III, le “tsar pendeur”.

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J’essentialise les Russes ? Alain Finkielkraut le fait aussi en déclarant dans sa dernière interview donnée au Figaro le 27 mars : “Ce qui est le plus frappant dans cette guerre, ce n’est pas la folie d’un homme seul (…), c’est la persistance de la fatalité russe. Tsarisme, communisme, poutinisme, la continuité impériale l’emporte sur toutes les ruptures.” [1] Qui dira la tristesse dans laquelle cette guerre a jeté les russisants et russophiles dont je m’honorais de faire partie ? Qu’on le veuille ou non, Poutine met un soupçon sur la culture russe, et surtout sur la littérature. En disant que la Russie est “le Christ des nations”, Dostoïevski ne donne-t-il pas à son pays une mission rédemptrice pour toute l’humanité, mission dont bien entendu nous n’avons que faire ? Le doux Tchekhov lui-même, mon idole, est-il à l’abri du soupçon ? Dans son théâtre comme dans ses nouvelles, il raille impitoyablement la bourgeoisie réformatrice, les bonnes dames qui fondent des écoles et des dispensaires et se gargarisent d’idées nouvelles. Dans La Maison à Mezzanine, la jeune réformatrice d’avant-garde, qui participe au zemtsvo local et se soucie de la santé et de l’éducation de ses anciens serfs, est copieusement ridiculisée. Condamner le réformisme, c’est un peu prêcher la révolution. Alors, le doux tuberculeux de Crimée précurseur des bolcheviques ? Ce n’est pas absurde.

L’autocritique civilisationnelle, notre spécialité

L’anti-occidentalisme occidental est lui aussi une vénérable valeur qui remonte à l’Antiquité. L’historien romain Tacite, dans la Vie d’Agricola, imagine le féroce discours anti-romain prononcé par un chef picte, ancêtre des Ecossais : c’est le plus parfait et le plus mordant des réquisitoires contre l’Empire Romain. Cette noble tradition se manifeste chez Montaigne, mais elle tourne un peu déjà à l’idéologie. Quand l’auteur des Essais dit qu’il n’est pas “d’hostilité excellente comme la chrétienne” (c’est-à-dire que les guerres européennes sont les plus féroces), on voit bien qu’il ne connaissait pas les guerres fleuries des Aztèques destinées à récupérer des cœurs saignants et palpitants pour les offrir aux dieux. Il admire les Iroquois qui à Rouen, s’étonnent que le roi soit ce jeune freluquet de François II plutôt qu’un des gaillards de son escorte. Preuve que Montaigne ne comprenait rien au principe dynastique français, qui nous a épargné bien des guerres de succession.

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L’anti-occidentalisme occidental s’est de nos jours rigidifié en idéologie, c’est-à-dire qu’il néglige les faits et s’en tient à son imperturbable doxa : tous les malheurs du monde viennent de l’Occident, et surtout de sa pointe la plus venimeuse : les Etats-Unis, antre du despotisme le moins éclairé, fabrique de crétins congénitaux et surtout place forte du capitalisme libéral, ce monstre prêt à vendre père et mère pour une poignée de dollars. Remarquons au passage qu’il n’existe point d’anti-chinoisisme chinois ni d’anti-arabisme arabe. Comme la démocratie libérale, comme les hamburgers Mac Do, l’autocritique civilisationnelle est une spécialité des Terres du Couchant, en-deçà et au-delà de l’Atlantique. Comme le politiquement correct, il donne une carrure morale impeccable à qui le pratique : je critique mes frères, mes semblables parce que je suis plus noble qu’eux et mieux renseigné qu’eux. La presse et la télévision mainstream, c’est pour les ballots, moi je vais te sortir de derrière les fagots la petite information qui ridiculisera Le Devoir, Le Figaro, Le Times, La Stampa et tous les clabaudeurs au service des méchants riches qui dirigent secrètement la planète. Au temps où « Hold Up » avait beaucoup de succès, un homme qui se moquait de mes sources d’information m’amena deux pages photocopiées, le rapport d’un adjudant de gendarmerie de la France profonde qui avait découvert que le Covid n’existait pas. Direction la corbeille à papier sans lecture.

Dans le sublime « Gladiator » de Ridley Scott, un officier romain s’écrie : “Oui, Rome a bien des défauts ; c’est pourtant la meilleure ville de la terre !” Voilà l’épouvantable chemin de croix que nous devrons désormais suivre : après l’échec des printemps arabes, après la glaçante invasion mercantile des Routes de la Soie chinoises, après cette lamentable guerre lancée par les Russes contre leurs frères, il nous faudra accepter cette terrible conclusion : la civilisation occidentale est la meilleure et la plus humaine de toutes celles qui ont paru sur la terre jusqu’à présent, le résultat d’une alchimie entre Jérusalem, Athènes, Rome, la presqu’île européenne et le continent nord-américain. Une alchimie qui aurait pu aussi bien ne pas se faire, aussi rare et complexe que l’apparition absolument improbable de la vie sur le caillou nommé Terre.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-cette-guerre-nous-rappelle-que-les-nations-doivent-etre-defendues-20220327

Garder Marine Le Pen sous le coude, pour empêcher une alternative politique?

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Marine Le Pen et ses soutiens regardent les résultats du second tour de l'élection présidentielle à la télévision, Paris, 24 avril 2022 © ALAIN ROBERT/SIPA

Jusqu’au 10 avril, le monde politico-médiatique a globalement épargné la candidate du Rassemblement national, décochant toutes ses flèches contre Éric Zemmour. Mais sitôt la candidate qualifiée au second tour, les médias ont de nouveau sorti l’artillerie (« antifasciste ») lourde. Notre chroniqueur revient ici sur les principaux faits d’armes de cette période.


Dans un contexte de concentration des médias aux mains de quelques individus et où l’uniformité idéologique est plutôt de mise, le président sortant vient d’être réélu sans suspense. S’il est légitime que les médias aient leurs lignes éditoriales, les appels plus ou moins voilés à voter pour Macron n’ont fait que toujours plus confirmer qu’ils ne sont plus engagés en faveur de la démocratie qui suppose une information aussi honnête que possible, mais enfermés dans une impasse.

Macron, l’éternel candidat des médias ?

Par exemple, il y a cinq ans, les médias imposèrent Emmanuel Macron grâce à un matraquage médiatique décrypté par le politologue Thomas Guénolé dans Marianne [1] en février 2017. Alors que l’on pilonna François Fillon devenu un gendre peu idéal, on traita beaucoup moins de l’utilisation à des fins de campagne par Macron de 80% du budget dédié aux frais de représentation de tous les ministères de Bercy [2], au grand dam de Michel Sapin, son ministre de tutelle. Macron put se retrouver face à Le Pen et griller les feux rouge le soir du premier tour comme s’il venait de remporter la présidentielle.

Auraient-ils à nouveau voulu un second tour où s’opposeraient Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, les médias ne s’y seraient pas autrement employés ! Il est utile d’avoir cette dernière face à soi pour bénéficier du théâtre antifasciste dénoncé par l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin lui-même. La qualification de la candidate du Rassemblement national a été favorisée par l’aménité complaisante de nombre de journalistes à son endroit, avant le 10 avril 2022. Comme Macron, Le Pen a globalement bénéficié de la bienveillance des médias, mais la profession a par la suite assez souvent proposé une couverture négative de ses faits et dires, extrapolant largement, même si des vérifications de faits ont également été objectives et en sa faveur – ainsi l’admission, par TF1, des chiffres de l’endettement non lié au Covid opposés à Macron par sa rivale (voir ci-dessous). Reste que de nombreuses informations pouvant désavantager le président sortant ont bénéficié des ciseaux d’Anastasie s’imposant d’eux-mêmes dans les esprits.

Le 14 avril dernier, le New York Times affirma, dans l’indifférence générale des médias français, que l’Union européenne lancerait au plus tôt juste après l’élection présidentielle française des discussions quant à un embargo sur les produits pétroliers russes qui provoquerait une flambée des prix. Il s’agissait notamment de ne pas nuire aux chances de réélection d’Emmanuel Macron [3], selon le Times qui disait tenir l’information de diplomates et hauts fonctionnaires européens. Le Figaro fut le seul grand média français à le mentionner, sur un fil d’actualité…

Même la lampe du célèbre journal new-yorkais, tant prisé des médias français, fut mise sous le boisseau durant cette campagne !

Extrapoler sur le risque Le Pen, ne pas questionner le bilan de Macron

« Si Marine Le Pen était élue, voici l’arsenal nucléaire qui se trouverait entre ses mains », titra L’Obs trois jours après le premier tour [4], affirmant que la présidente disposerait alors de la possibilité de causer l’équivalent de 48 000 Hiroshima. Le sous-entendu était clair : prière de trembler dans les chaumières ! On n’était pas loin de la démocrate Nancy Pelosi qui avait prétendu craindre que Donald Trump ne déclenche une guerre nucléaire dans les derniers jours de son mandat. Peu importe que le Front national fût le seul grand parti à s’opposer à la guerre en Libye ou à l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire en 2011. Après avoir fait assaut d’amabilités envers la candidate du RN, une grande partie des médias feignirent de s’inquiéter de sa possible élection et sonnèrent si bien le tocsin de l’inquiétude républicaine que le candidat Emmanuel Macron creusa l’écart dans les sondages tout en fuyant autant que possible les débats, reprenant les poncifs d’une prétendue résistance au fascisme. On relèvera tout de même l’impartialité appréciable des deux modérateurs lors du débat du second tour, Léa Salamé et Gilles Bouleau.

Macron prit des points dans les sondages en dépit de toutes les révélations dernièrement parues – surtout sur les réseaux sociaux et l’incontournable Sud Radio – quant à de potentiels conflits d’intérêts dans l’attribution de missions à des cabinets privés ou au scandale Alstom / General Electric. Si les grands médias parlèrent de McKinsey, ils le firent surtout sous l’angle de l’optimisation fiscale et non sous celui de la participation bénévole supposée de salariés du cabinet à la campagne de 2017. Lorsqu’un citoyen interpelât Emmanuel Macron en Alsace sur le sujet de l’hôpital, traité à la va-vite par tant de journalistes, le président de la République put lui répondre sans se soucier des médias : « Mais vous êtes fou ou quoi ? […] Vous, ça se mélange quand même beaucoup dans la tête ! » Aurait-il pu objecter cela à des journalistes le questionnant fermement sur l’hôpital ?

Un répit pour Marine Le Pen, utile à une dédiabolisation provisoire

Marine Le Pen n’eut pas à faire face à l’équivalent de cette rue de 2002 occupée par l’angélisme, dont parlait Philippe Muray, mais, dès après le premier tour de la présidentielle, on feignit soudainement de se rappeler que l’éleveuse de chats surveillerait en réalité des camps nazis à l’aide de bergers allemands, ou plutôt russes si elle remportait l’élection.

Alors qu’ils avaient pilonné la campagne d’Éric Zemmour, coupable d’avoir notamment dit ne pas croire que Vladimir Poutine attaquerait l’Ukraine, sans l’exclure – comme Dominique de Villepin ou Emmanuel Macron qui se mettait en scène en sauveur de la paix qu’il semblait croire acquise -, les journalistes avaient dans l’ensemble légèrement critiqué le précédent soutien de Marine Le Pen à la Russie avant le premier tour. Juste ce qu’il fallait pour la forme. Mais après le 10 avril, il fût même jugé professionnel de laisser entendre que la candidate soutenait encore l’autocrate russe [5] ; et l’on évita de s’indigner que Macron se mît indécemment en scène quant au drame qui frappe le peuple ukrainien. De même, il convint de ne pas trop s’interroger concernant la possibilité d’un grand parti macronien allant des chevènementistes aux sarkozystes et du risque que le Conseil constitutionnel ne devienne une simple chambre d’enregistrement validant tous les projets de lois votés par des parlementaires godillots.

Marine Le Pen avait toute l’attention des médias lorsqu’elle prétendait, sans donner de noms, que des néo-nazis avaient rejoint Éric Zemmour, elle bénéficiait de leur bienveillance affichée lorsqu’elle affectait d’être très peinée d’apprendre que sa nièce Marion Maréchal avait choisi de rejoindre « Reconquête ». Ils reprenaient en chœur et en boucle le mot « trahison », laissant entendre que l’on devait forcément partager les mêmes idées que ses aînés dans sa famille. Il pouvait exceptionnellement arriver que l’on se montrât agressif envers elle, mais c’était bien moins qu’à l’endroit de son rival direct. Ainsi, sur France 2, Julien Bugier alla jusqu’à demander à Marine Le Pen si elle pensait comme Éric Zemmour qu’un immigré était forcément un voleur (voir ci-dessous), sachant qu’elle serait heureuse de se démarquer de tels propos dont elle ne pouvait cependant ignorer qu’ils n’avaient jamais été tenus par son rival.

Sur les réseaux sociaux, on put voir des partisans de Le Pen ronronner de plaisir, heureux de ne plus être mis au ban de la société. Certains naïfs poussèrent même le délice jusqu’à taxer d’extrémisme de droite les partisans de Zemmour. La réalité doit leur être rude, leur championne est redevenue un danger pour les médias après une éphémère dédiabolisation.

Censé être l’un des acteurs majeurs de la vie publique, le journalisme ne représente plus un quatrième pouvoir, mais est devenu à bien des égards une énième chambre d’enregistrement des politiques et déclarations de l’exécutif, même quand celui-ci remet sa casquette de candidat. On se souvient encore de l’émoi suscité par la directrice de la rédaction de BFMTV, Céline Pigalle, lorsqu’elle avait affirmé, maladroitement, que sa chaîne avait choisi de ne « pas trop aller à rebours de la parole officielle, puisque ce serait fragiliser un consensus social »…


[1] https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/oui-le-phenomene-macron-etait-bien-une-enorme-bulle-mediatique

[2] https://www.leparisien.fr/politique/le-livre-polemique-sur-ses-depenses-a-bercy-25-01-2017-6614616.php

[3] https://www.nytimes.com/2022/04/14/world/europe/european-union-oil-embargo-russia-ukraine.html

[4] https://www.nouvelobs.com/affaires-secretes/20220413.OBS57082/si-marine-le-pen-etait-elue-voici-l-arsenal-nucleaire-qui-se-trouverait-entre-ses-mains.html

[5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-dangereuse-fascination-de-marine-le-pen-pour-poutine-1401265

Panique chez les wokes: Elon Musk a acheté Twitter

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© Andrea Ronchini/Pacific Press/Sh/SIPA

Le multimilliardaire Elon Musk vient de s’emparer du réseau Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. L’entrepreneur, qui se revendique libertarien, promet d’y garantir une liberté d’expression totale et de rétablir tous les comptes bannis ces cinq dernières années.


Michelle Blanc, experte québécoise des réseaux sociaux, analyse les effets de cette transaction historique. Selon elle, Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de Twitter, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de la plateforme.

Jérôme Blanchet-Gravel. Pourquoi un grand nombre de personnalités associées au mouvement woke s’indignent-elles autant de l’achat par Elon Musk de Twitter ?

Michelle Blanc. Elon Musk a plusieurs fois fait des remarques désobligeantes envers les tenants du wokisme. Comme il est un homme de tendance libertarienne et conservatrice, ses positions politiques vont à l’encontre de l’idéologie woke. Par ailleurs, aux États-Unis surtout, le phénomène du « shadow banning » a principalement affecté les gens de tendance conservatrice en épargnant les Démocrates et la gauche en général. Or, il s’avère que Musk a justement fait un gazouillis contre cette pratique la journée précédant son acquisition de Twitter.

Précisons que le «shadow banning » est le fait pour un média social de bannir ou de rendre invisible en partie ou totalement un utilisateur ou le contenu qu’il publie sans qu’il n’en ait été informé. Les publications de l’utilisateur se retrouvent alors à être « cachées » ou marginalisées sur la plateforme, et donc moins vues par la communauté. 

Quels seront les principaux changements opérés par Musk à la barre de Twitter ?

Le principal changement annoncé par Musk est qu’il rendra l’algorithme de Twitter (qui est présentement secret) Open Source. Cela veut dire que le code informatique qui régit l’automatisation de la modération sera ouvert et dévoilé à tous. Certains critiques jugent que cette volonté de transparence ouvrira grande la porte aux failles de sécurité. Je rappellerai cependant que contrairement à la croyance populaire, le code source ouvert n’est pas plus dangereux qu’un code secret. En fait, il est même possiblement plus sécuritaire qu’un code source propriétaire et fermé. D’ailleurs, la Gendarmerie française, la NSA, la CIA et le Département de la défense américaine valorisent tous le code source ouvert.

Elon Musk veut aussi s’attaquer en priorité au problème des bots et des fermes de bots (robots qui produisent des contenus et qui peuvent augmenter la visibilité d’un contenu tierce). Ces comptes automatisés (donc non administrés par une personne réelle) sont un facteur majeur de pollution des contenus.

Par ailleurs, Musk répète qu’il respectera les limites légales (judiciaires) des lois sur la liberté d’expression, puisque ces lois reflètent une volonté du peuple qu’il dit vouloir honorer. Par contre, il bannira les pratiques de modération qui vont plus loin que ce que la loi demande en interdisant des contenus encore considérés comme légaux.

Peut-on vraiment dire qu’Elon Musk a un agenda politique libertarien ?

On peut considérer sa vision large de la liberté d’expression comme étant une position « libertarienne », mais il se définit lui-même comme étant à moitié démocrate et à moitié conservateur. Dans une certaine mesure, il est donc centriste. Rappelons aussi à ses détracteurs qu’il s’est publiquement montré inquiet des changements climatiques et des avancées de l’intelligence artificielle. Il a également sévèrement critiqué les confinements durant la pandémie, appuyé les camionneurs canadiens et mis en doute l’efficacité des tests covid. Il est donc un personnage doté d’une pensée complexe et dont les points de vue peuvent à la fois être de gauche ou de droite sur l’échiquier politique.

Le marché des réseaux sociaux sera-t-il transformé par cette transaction ?

Twitter est unique dans le « marché des médias sociaux », en ce sens qu’il a introduit la notion de « web en temps direct » lors de la mort de Michael Jackson. C’est aussi le média social de choix pour l’élite politique internationale, les médias, les artistes internationaux et des communicants qui créent 80% des contenus du web, hors de Twitter. C’est donc l’un des hauts lieux de l’influence du web, de la politique et des médias. On parle même de « diplomatie Twitter », expression qui n’a jamais encore été utilisée pour d’autres médias sociaux. Il est difficile de se projeter dans l’avenir, mais je suis enthousiaste face aux changements que compte mettre en place Elon Musk pour Twitter. Elon Musk est à la fois un avide critique et un chaud partisan de ce média social, ce qui s’annonce positif pour l’évolution technologique de Twitter.

[Nos années Causeur] L’Escale

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Renaud Camus © Hannah Assouline

À l’occasion de ce centième numéro de Causeur, l’écrivain Renaud Camus a tenu à nous adresser quelques mots…


C’est avec grand plaisir que je contribuerai de quelques paragraphes au centième numéro de Causeur, pour rendre hommage à tant de persévérance, d’intelligence, d’ouverture d’esprit, d’intelligence et de succès. La date de cette célébration n’arrange personne, néanmoins. On nous dit qu’on peut écrire ce qu’on veut. Très bien, mais écrire ce qu’on veut, en France, au tout début du printemps 2022, c’est écrire sur de l’eau, tant notre situation paraît instable.

Ce qui va advenir semble bien clair, il est vrai. Cependant c’est tellement horrible, tellement définitif, tellement final pour notre pays et pour notre peuple, qu’on ne peut contraindre sa sensibilité à l’accepter tout à fait et qu’on espère, contre toute raison, que quelque chose va subvenir qui l’empêchera : une révélation, une illumination, un réveil, une révolte, un grand refus. Pour changer le cours des événements mieux vaudrait s’en remettre à soi-même, bien sûr, plutôt qu’au sort ou à la chance – d’autant qu’ils ne se sont pas montrés particulièrement serviables, jusqu’à présent. Cependant nos efforts n’aboutissent guère. Peut-être l’ennemi est-il trop fort. En ce cas nous sommes déjà morts. Mais l’on peut toujours se tromper. L’erreur est la seule espérance du pessimiste conséquent.

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J’aime mieux célébrer Causeur, et d’autant plus volontiers que le magazine tient une place considérable dans ma petite famille. On en guette l’arrivée dans la boîte. On s’en dispute la première lecture. On en discute à la veillée. Ses effets sont aussi divers que lui-même : c’est à lui que je dois non seulement Bérénice Levet, Olivier Rey, Françoise Bonardel et tant d’autres, mais d’avoir été traîné à la gare de Stuttgart à cause de Luc Rosenzweig, d’avoir fait étape au cinéma Eden de La Souterraine en nageant vers la Norvège derrière Jérôme Leroy, d’avoir chassé les Flandrin qui se décollent dans des églises de Nîmes, suivant des pistes ouvertes par Pierre Lamalattie, ou de ne pouvoir plus faire escale, entre ma lointaine campagne et Paris, qu’à L’Escale, à Déols, le restaurant le moins paritaire de France, parce qu’Emmanuel Tresmontant a établi une fois pour toutes, entre les fidèles de la Patronne, qu’on ne pouvait s’arrêter que là, parmi les routiers.

Me permettrez-vous d’évoquer, en guise de contribution à un travail du deuil, une des figures les plus inattendues de votre lectorat, dont je suis sûr pourtant qu’il n’en manque pas : je songe à ma très chère amie Jeanne Lloan, institutrice longuement communiste – elle a sa place dans le Maitron –, et passée de là à Causeur, un peu sous mon influence, si ce n’est pas trop me vanter. Elle vient de mourir à 87 ans, et à mon grand chagrin. Elle habitait un lotissement de Fleurance, au bout de la rue Arnaud-de-Meyrenx, vous connaissez peut-être. Chaque mois elle vous guettait au portillon de son petit jardin, comme elle avait fait plus tôt pour Aragon, ou Pierre Daix. Élisabeth Lévy fut son ultime Elsa (je ne dis pas « Triolet »). Paix à son âme ardente, gloire à la vôtre.


En kiosques, notre numéro 100. Retrouvez les souvenirs d’Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Marcel Gauchet, Philippe Caubère, Natacha Polony et beaucoup d’autres…

Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni

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Le journaliste Piers Morgan sur le plateau de sa nouvelle émission, Londres, 25 avril 2022 © Vianney Le Caer/Piers Morgan Unc/SIPA

La chaîne Talk TV réussit son lancement, avec un entretien en deux parties avec Donald Trump. À la différence de GB News, elle prétend ne pas convoiter exclusivement le créneau conservateur. Causeur s’est branché sur la nouvelle chaîne…


Dans quelle mesure le marché des médias d’information est-il extensible ? Au Royaume Uni, on conduit une expérience pour trouver la réponse. Car le soir du 25 avril, Rupert Murdoch y a lancé une nouvelle chaîne, TalkTV, destinée, selon lui, à perturber les majors du secteur. Ce lancement est d’autant plus surprenant qu’il intervient moins d’un an après celui d’une autre chaîne, GB News. Cette dernière a essayé de déstabiliser la BBC et Sky News en proposant un format fondé, moins sur les reportages, que sur des magazines d’opinion présentés par des personnalités aux grandes gueules. Qu’est-ce qui, dans un paysage déjà assez saturé, a motivé la création d’un média de plus ? Depuis que le magnat australo-américain avait vendu sa participation dans Sky News en 2018, il manquait une chaîne de télévision britannique à son empire médiatique. Il possède déjà une radio, TalkRadio, dont la notoriété et l’audience ont fourni une base pour sa nouvelle opération télévisuelle. D’ailleurs, pour le moment, les émissions radiophoniques prennent la relève des émissions de TalkTV aux heures de moindre écoute.

Le retour de Piers Morgan

Le premier défi pour la chaîne de Murdoch consistait à mieux réussir son lancement que GB News, dont les débuts ont été marqués par une suite de bourdes sur le plan technique, ainsi que par des tensions au niveau de sa direction. Après seulement deux semaines, son président, le journaliste chevronné, Andrew Neil, a pris des vacances prolongées qui se sont soldées par sa démission. Pour TalkTV, tout a commencé sans couac. Le deuxième défi consistait à embaucher comme animateur-vedette quelque monstre sacré capable de rivaliser avec ceux des chaînes rivales. Ils ont trouvé Piers Morgan, dont l’image de gueulard aux opinions arrêtées a été façonnée par une carrière dans les tabloïds et la télévision des deux côtés de l’Atlantique. En mars 2021, il avait démissionné avec fracas de son magazine matinal, « Good Morning Britain », après une dispute à l’antenne avec sa co-animatrice. L’occasion en était des remarques de Meghan Markle à propos des problèmes de santé mentale auxquels elle aurait fait face. Morgan, qui n’apprécie pas la personnalité de l’épouse du prince Harry, a mis en doute sa sincérité, déclenchant un esclandre qui a opposé des wokistes hystérisés aux défenseurs de la liberté d’expression. Pour TalkTV, Morgan présentera une émission tous les soirs en semaine, avec le titre racoleur, « Uncensored », non censuré. Le troisième défi, qui était de démarrer avec un audimat respectable, a été relevé aussi. Les deux premiers soirs, Morgan a interviewé un homme tout sauf inconnu : Donald Trump. Le résultat a été une audience qui, en diffusion continue, a dépassé largement celles de la BBC et de Sky News.

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Qu’est-ce qui permet de croire que ce succès ne se révélera pas être un simple feu de paille ? L’exemple de GB News ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme, puisque la chaîne a un audimat bien au-dessous de celui escompté au moment de sa création. En mars, GB News a cumulé 2,65 millions de téléspectateurs, loin derrière les 16,6 millions de la BBC ou les 11,9 millions de Sky News. Son incapacité à rattraper ses concurrents est due en partie à ses moyens financiers limités. A l’heure où l’attention du public est accaparée par la guerre en Ukraine, la chaîne n’a pas été en mesure d’envoyer sur place des grands reporters. Les problèmes budgétaires ont été exacerbés, peu après son lancement, par un exode des publicitaires sous la pression de groupes progressistes qui ont dénoncé le côté politiquement incorrect adopté exprès par la chaîne.

Nigel Farage VS Piers Morgan

TalkTV prétend ne pas se positionner clairement sur l’échiquier politique et surtout pas à droite. En dépit de ses harangues souvent anti-progressistes, Morgan nie être conservateur. Cependant, une autre difficulté rencontrée par GB News pourrait hanter TalkTV. La première chaîne, dans la mesure où elle tire son épingle du jeu aujourd’hui, dépend étroitement de l’émission quotidienne, en semaine, présentée par le roi des Brexiteurs, Nigel Farage, dont la côte de popularité personnelle reste très élevée. Son audience est trois fois plus grande que celle de n’importe quelle autre émission de la chaîne. Cette dépendance excessive à l’égard d’une seule personnalité pourrait être le sort de TalkTV, si Morgan s’avère être le seul grand atout de la chaîne.

Nous ne savons pas encore si le marché se révèlera extensible ou non. Autre grand mystère : Donald Trump briguera-t-il la fonction suprême de nouveau, en 2024 ? Interrogé par Morgan, le showman ex-président a préféré entretenir le suspense…

Le militantisme étudiant, c’était mieux avant

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Manifestation Ni Le Pen Ni Macron, Paris, 16 avril 2022 © Chang Martin/SIPA

Entre la montée de l’abstentionnisme des jeunes et le folklore ridicule et lassant des crétins qui ont occupé la Sorbonne entre les deux tours, il y a de quoi s’inquiéter de l’éducation politique de la génération qui vient !


Parmi les analyses qui sont ressorties de la sociologie du vote de ces dernières élections, la « fracture générationnelle » a occupé une place de choix. D’après les sondages post-premier tour en effet, les 70 ans et plus auraient voté à 41% pour Macron, les 18-35 ans à 34% pour Mélenchon. En bref : d’un côté, les vieux qui ont eu peur de claquer et ont cru que c’était la personne du président qui les avait sauvés du coronavirus ; et d’un autre côté, les jeunes qui se sont largement ralliés à l’étendard d’un gauchiste démago plein de compromissions – quelques-uns d’entre eux parmi les plus démocrates ayant d’ailleurs proposé qu’on fixe une limite d’âge au droit de vote, pour que les vieux croûtons ne puissent plus leur « voler leur élection »

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Pseudo-contestation

Dans la même veine, pour exprimer leur « colère » face à la tenue d’un second tour Macron-Le Pen, quelques centaines d’étudiants réunis en AG ont décidé d’occuper leurs universités, la Sorbonne au premier chef, largement dégradée (taguée de slogans ineptes, avec un laboratoire de recherche gratuitement saccagé) ; Sciences Po, l’ENS ou Montpellier III ont suivi le mouvement, sans parler des lycées bloqués. Évidemment, il y a à peine besoin de préciser que les établissements concernés sont ceux qui sont fréquentés par les enfants de la meilleure bourgeoisie. Ce spectacle pseudo-contestataire est d’autant plus affligeant qu’il a l’âge des vieux croûtons sus-cités : il s’agirait de changer de répertoire. La gauche radicale étudiante, qui ne souffre aucune concurrence depuis les années 80, s’enlise depuis cette date dans une forme d’auto-escalade grotesque. Pour ne rien arranger, juste après la réélection de Macron, des groupes plus ou moins antifas ont battu le pavé à Toulouse, Rennes, Paris… contre les fachos et pour la révolution.

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Évidemment et heureusement, tous ceux-là ne constituent pas la jeunesse. Mais ils sont hélas la seule partie émergée de la jeunesse militante, celle qui gueule ses revendications sur tous les toits. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aussi bien sur la forme que sur le fond, son état est assez pitoyable. Cela depuis une double disparition déjà ancienne, celle d’une autorité qui appliquerait les sanctions prévues par la loi à son encontre, et celle de ses partenaires de bagarre de droite.

Institutions complaisantes

Je viens de lire dans la dernière biographie de Georges Bernanos, avec un effarement un peu nostalgique, le récit d’un haut fait militant du temps où il était aux Camelots du roi : un conférencier de la Sorbonne, jugé coupable d’opinions trop iconoclastes sur Jeanne d’Arc, se trouva empêché de dispenser ses cours par Bernanos et ses amis. « C’est le 14 février 1909, rapporte François Angelier, lors du onzième et avant-dernier cours prévu, qu’est portée l’estocade d’une humiliation publique : saisi, couché sur sa chaire, déculotté, Amédée Thalamas est dûment fessé à tour de rôle par tous les membres de l’escouade : contre-attaquant, il parvient à briser une chaise sur le crâne du Camelot Lucien Lacour ». Pour cet assaut qui ne manque pas de comique, Bernanos est condamné à dix jours de prison, où il se bat avec des militants socialistes (ce dont il gardera un excellent souvenir). C’est peu de dire que pour une enfant de la « génération Z » (née entre 1997 et 2010), c’est dépaysant. Mais même sans remonter au début du XXème siècle, mon grand-père m’a souvent raconté un épisode glorieux de ses années estudiantines, au milieu des années 50 : la prise éphémère du local des communistes de la Sorbonne et la saisie de tous leurs tracts, après une poursuite endiablée et des affrontements verbaux dans les classes de philosophie.

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Aujourd’hui, le militantisme étudiant est mort. On l’a tué en supprimant sa binarité gauche-droite, en n’opposant plus rien aux gauchistes s’embourbant en toute tranquillité dans les dégradations et les injures. C’est pour cela qu’il y a de quoi être sceptique quand on parle aujourd’hui de la tendance « contestataire » des jeunes : une contestation qui recueille l’indifférence, si ce n’est l’assentiment, des institutions qui sont en charge de vous, paraît pour le moins usurpée. Il m’a d’ailleurs toujours semblé qu’à chacune des soi-disant expressions de la « colère de la jeunesse », comme les blocages universitaires ou les manifestations pour le climat, ce sont en réalité leurs parents ou ceux qui sont en âge de l’être qui les alimentent. Vieux profs dans les amphis criant à la révolution ; parlementaires écoutant religieusement Greta Thunberg les sermonner de sa voix nasillarde. Comme des parents qui se penchent sur le berceau de leur bébé avec émerveillement, et qui font gouzi gouzi en le voyant remuer les doigts de pied.

Si la jeunesse est bien un risque à courir, manifestement, nous sommes plutôt en train de former une génération de petits vieux, menant de vieux combats avec de vieilles armes. Ce n’est pas nouveau. Fracture générationnelle, mon œil.