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Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni

Le marché des télés conservatrices est-il extensible à ce point?

Encore une nouvelle chaîne info lancée au Royaume Uni
Le journaliste Piers Morgan sur le plateau de sa nouvelle émission, Londres, 25 avril 2022 © Vianney Le Caer/Piers Morgan Unc/SIPA

La chaîne Talk TV réussit son lancement, avec un entretien en deux parties avec Donald Trump. À la différence de GB News, elle prétend ne pas convoiter exclusivement le créneau conservateur. Causeur s’est branché sur la nouvelle chaîne…


Dans quelle mesure le marché des médias d’information est-il extensible ? Au Royaume Uni, on conduit une expérience pour trouver la réponse. Car le soir du 25 avril, Rupert Murdoch y a lancé une nouvelle chaîne, TalkTV, destinée, selon lui, à perturber les majors du secteur. Ce lancement est d’autant plus surprenant qu’il intervient moins d’un an après celui d’une autre chaîne, GB News. Cette dernière a essayé de déstabiliser la BBC et Sky News en proposant un format fondé, moins sur les reportages, que sur des magazines d’opinion présentés par des personnalités aux grandes gueules. Qu’est-ce qui, dans un paysage déjà assez saturé, a motivé la création d’un média de plus ? Depuis que le magnat australo-américain avait vendu sa participation dans Sky News en 2018, il manquait une chaîne de télévision britannique à son empire médiatique. Il possède déjà une radio, TalkRadio, dont la notoriété et l’audience ont fourni une base pour sa nouvelle opération télévisuelle. D’ailleurs, pour le moment, les émissions radiophoniques prennent la relève des émissions de TalkTV aux heures de moindre écoute.

Le retour de Piers Morgan

Le premier défi pour la chaîne de Murdoch consistait à mieux réussir son lancement que GB News, dont les débuts ont été marqués par une suite de bourdes sur le plan technique, ainsi que par des tensions au niveau de sa direction. Après seulement deux semaines, son président, le journaliste chevronné, Andrew Neil, a pris des vacances prolongées qui se sont soldées par sa démission. Pour TalkTV, tout a commencé sans couac. Le deuxième défi consistait à embaucher comme animateur-vedette quelque monstre sacré capable de rivaliser avec ceux des chaînes rivales. Ils ont trouvé Piers Morgan, dont l’image de gueulard aux opinions arrêtées a été façonnée par une carrière dans les tabloïds et la télévision des deux côtés de l’Atlantique. En mars 2021, il avait démissionné avec fracas de son magazine matinal, « Good Morning Britain », après une dispute à l’antenne avec sa co-animatrice. L’occasion en était des remarques de Meghan Markle à propos des problèmes de santé mentale auxquels elle aurait fait face. Morgan, qui n’apprécie pas la personnalité de l’épouse du prince Harry, a mis en doute sa sincérité, déclenchant un esclandre qui a opposé des wokistes hystérisés aux défenseurs de la liberté d’expression. Pour TalkTV, Morgan présentera une émission tous les soirs en semaine, avec le titre racoleur, « Uncensored », non censuré. Le troisième défi, qui était de démarrer avec un audimat respectable, a été relevé aussi. Les deux premiers soirs, Morgan a interviewé un homme tout sauf inconnu : Donald Trump. Le résultat a été une audience qui, en diffusion continue, a dépassé largement celles de la BBC et de Sky News.

A lire aussi, du même auteur: Que devient Nigel Farage?

Qu’est-ce qui permet de croire que ce succès ne se révélera pas être un simple feu de paille ? L’exemple de GB News ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme, puisque la chaîne a un audimat bien au-dessous de celui escompté au moment de sa création. En mars, GB News a cumulé 2,65 millions de téléspectateurs, loin derrière les 16,6 millions de la BBC ou les 11,9 millions de Sky News. Son incapacité à rattraper ses concurrents est due en partie à ses moyens financiers limités. A l’heure où l’attention du public est accaparée par la guerre en Ukraine, la chaîne n’a pas été en mesure d’envoyer sur place des grands reporters. Les problèmes budgétaires ont été exacerbés, peu après son lancement, par un exode des publicitaires sous la pression de groupes progressistes qui ont dénoncé le côté politiquement incorrect adopté exprès par la chaîne.

Nigel Farage VS Piers Morgan

TalkTV prétend ne pas se positionner clairement sur l’échiquier politique et surtout pas à droite. En dépit de ses harangues souvent anti-progressistes, Morgan nie être conservateur. Cependant, une autre difficulté rencontrée par GB News pourrait hanter TalkTV. La première chaîne, dans la mesure où elle tire son épingle du jeu aujourd’hui, dépend étroitement de l’émission quotidienne, en semaine, présentée par le roi des Brexiteurs, Nigel Farage, dont la côte de popularité personnelle reste très élevée. Son audience est trois fois plus grande que celle de n’importe quelle autre émission de la chaîne. Cette dépendance excessive à l’égard d’une seule personnalité pourrait être le sort de TalkTV, si Morgan s’avère être le seul grand atout de la chaîne.

Nous ne savons pas encore si le marché se révèlera extensible ou non. Autre grand mystère : Donald Trump briguera-t-il la fonction suprême de nouveau, en 2024 ? Interrogé par Morgan, le showman ex-président a préféré entretenir le suspense…


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