Cet ensauvagement que les happy few du Carré VIP du Parc font semblant de ne pas voir
Porté sur les fonts baptismaux à l’aube des années 70, le Paris-Saint-Germain raconte, par l’évolution de sa base de supporters, une petite histoire de ce que sont devenues la France et son auguste capitale. Du nationalisme bleu-blanc-rouge de la tribune Boulogne dans les années 80 à la diversité qui peuple aujourd’hui le CUP, collectif ultra qui accompagne un club devenu plus qatari que français, il ne reste au fond qu’un invariant : le parterre de célébrités qui se pressent dans la corbeille présidentielle, moins pour encourager un club, une équipe et des joueurs que pour être vues.
Guéguerres de tribunes
A ses débuts donc, le pourtant ambitieux PSG restait sportivement modeste, ne remportant ses premiers trophées qu’au début des années 80. On se souvient du président Francis Borelli embrassant la pelouse après la victoire en Coupe de France face à Sainté en 1982, acquise aux tirs aux buts après l’égalisation à la dernière minute de Dominique Rocheteau. Dans les travées du Parc des Princes, les supporters adverses, souvent des provinciaux exilés à Paris pour raisons professionnelles, avaient l’habitude de faire leur loi.
La naissance du Kop de Boulogne, profondément nationaliste et marqué par des influences anglaises à l’époque où le hooliganisme connaissait ses heures de gloire outre-Manche, allait finir par changer les choses. Drapeaux français en étendard, chants puissants à la gloire du club de la capitale et bombers comme uniforme, la tribune se singularisait par sa violence, une certaine homogénéité culturelle et, surtout, faisait régner la terreur au Parc des Princes et ailleurs en France.
Sportivement, le Marseille de Bernard Tapie dominait le football hexagonal, concurrencé par le Bordeaux de Claude Bez. Paris en était une province éloignée. La décennie 90 fut celle de la prise de pouvoir de Canal+, des succès sportifs avec, pour chef d’orchestre, Raï en maillot Hechter et de la fabrication de toutes pièces d’une rivalité avec l’OM. La nouvelle direction flaira le bon filon et œuvra à la création du virage Auteuil, plus en phase avec l’idéologie élitaire. Comprenez : multiculturelle. La cohabitation entre les deux tribunes du club de la capitale vira à la guerre, avec en point d’orgue le décès, en 2010, d’un habitué de Boulogne. Robin Leproux, président du club, siffla la fin de la récréation et les groupes organisés furent mis en sommeil.
Tifo à la gloire de la Palestine
L’arrivée des Qataris, qui rachetèrent le PSG en même temps qu’ils mirent d’autres joyaux de la République sous leur coupe, signifia, après quelque temps, le retour des ultras en tribune Auteuil. Le CUP, dont il faut avoir un master en géopolitique pour comprendre les influences internes, est en phase avec la nouvelle sociologie de Paris et de sa banlieue. En novembre 2024, les ultras parisiens déployèrent un tifo à la gloire de la Palestine, présentant un combattant armé et une carte du territoire « From the river to the sea ». Le rap inspire régulièrement la teneur et le ton des messages. Les images du parcage parisien à Munich finissent d’entériner la prise de pouvoir par les chefs de clan de la « nouvelle France ».
Celle-ci se sait dominante et, surtout, n’ignore plus qu’elle n’a pas besoin de l’appui des apôtres de la diversité, mais des masses venues de la banlieue pour casser et marquer son territoire. Yann Arthus-Bertrand l’a appris à ses dépens ; son exposition consacrée au « vivre ensemble » a été vandalisée dans la foulée de la demi-finale de Champions League ; cela n’a pas suffi pour atténuer sa foi dans le multiculturalisme – et ne lui dites surtout pas qu’il serait atteint du syndrome de Stockholm.
Ailleurs, des policiers furent pris pour cibles, des biens ont été vandalisés et des domiciles furent violés. Mais tout va bien, Monsieur l’émir : le PSG est en finale et peut reconduire son titre – ce qui ne fait, je le concède, ni chaud, ni froid au supporter de l’OL que je suis. Dans le « Carré du Parc », comme est désormais appelé l’espace présidentiel, et aux alentours, Nasser Al-Khelaïfi et sa suite, Nicolas Sarkozy – avec ou sans bracelet -, les stars du showbiz, Cyril Hanouna et ses chroniqueurs peuvent continuer à deviser, à réseauter, à s’épier et, plus que tout, à aimer être vus.
Paul Morand a écrit seul sa légende littéraire. Mais c’est avec Hélène Soutzo qu’il a forgé sa caricature mondaine. David Bonneau retrace la vie de ce couple inséparable dans la grandeur et la décadence.
Paul Morand n’ignorait sans doute pas qu’il deviendrait une caricature malgré lui. On le sait, quelques mots inlassablement répétés par des centaines de journalistes au fil du temps forment souvent une légende facile, quoique tenace. Pour lui, ce furent d’abord vitesse, style, voitures, fêtes, modernité ; avant de se transformer en diplomate, Vichy, rance, antisémite, voire collabo. Aucun n’est tout à fait faux ni entièrement vrai pour peindre cet homme avec justesse. En revanche, il y a un prénom qui n’est pas toujours associé au sien : celui d’Hélène. David Bonneau démontre l’importance de cette dernière dans la vie de l’un de nos plus grands écrivains du XXe siècle.
Amie de Proust
Compagne essentielle de Paul dès leur rencontre en 1916 et jusqu’à sa mort en 1975 (Morand, de dix ans son cadet, ne lui survit que d’un an), Hélène, « dont le prénom est à lui seul un étendard de la civilisation européenne », se marie d’abord en 1903, à 24 ans, avec le prince roumain Dimitri Soutzo. Cette union se fissure vite. Soutzo est volage et Hélène lasse de ses infidélités. Treize ans plus tard, en pleine guerre mondiale, à Londres, elle rencontre le jeune Morand : « Elle est alors riche, elle a 37 ans, un mari parti ailleurs et un amant qui ne la comble pas. Quatre bonnes raisons de prendre feu à la première étincelle. » Si le coup de foudre n’est pas immédiat, la passion qui suit est réelle.
Amie de Marcel Proust, qui voyait en elle « la personne qui reçoit le mieux, ou plutôt la seule personne qui reçoive bien », elle réunit le Tout-Paris dans son hôtel particulier de l’avenue Charles-Floquet, tandis que Paul parcourt le monde. Quand il est à Paris, il fuit les mondanités d’Hélène et passe ses nuits au Bœuf sur le Toit entouré de Jean Cocteau, Marie Laurencin, Valentine Hugo, Auric, Milhaud, Tzara ou Stravinsky. Et de femmes. « Être physiquement fidèle, je ne l’ai jamais été, je n’imagine même pas ce que c’est. Mais moralement fidèle, personne ne le fut plus que moi »,confie Morand dans son Journal inutile. Hélène ne l’ignore pas : « C’est effrayant ce que tu aimes les femmes ; partout, tu ne vois qu’elles. » Jalouse un temps, elle finit par être la confidente des nombreux succès féminins de son époux.
De toutes les réceptions pendant l’Occupation
L’Occupation n’entame en rien la vie mondaine du couple : toute la société collaborationniste se presse chez les Morand. Paul parlera de cette période comme d’un « paradis […] où les femmes avaient dans le métro les plus jolis chapeaux, où les bars-restaurants pullulaient, où la vie n’était pour rien ». Ils sont de toutes les réceptions nazies à Paris. Lors d’un dîner, Hélène est placée à la droite d’Otto Abetz ; une autre fois, c’est en voiture avec Albert Speer qu’elle quitte une soirée. La défaite de la France, son pays de cœur, a libéré ses sentiments progermaniques qu’elle conservera jusqu’à sa mort. David Bonneau note : « Face aux nouveaux empires américain et soviétique qui se dessinent, ils font le choix de l’Europe allemande. » Bravache, fière et terrible, elle déclarera à son mari qu’ils peuvent mourir la tête haute.
Leur cavalcade luxueuse se lit comme un roman picaresque à la fois chic et tragique. Ainsi, la guerre se termine laissant, comme un écho inversé, l’opprobre prendre la place des splendeurs passées. Jusqu’au bout, les anecdotes pleuvent à chaque page de ce beau livre qui mériterait sans doute un titre moins banal, tant il l’est peu.
Hélène et Paul Morand : Un couple sulfureux, David Bonneau, Plon, 2026, 352 pages.
Ça commence par une famille américaine sur un sentier pierreux du Vercors durant l’été 2026. La petite fille, Lauren, découvre par hasard une boite à biscuits rouillée contenant des documents appartenant à d’anciens maquisards – on l’apprendra plus tard. Le grand-père de la famille, parachutiste, sauta sur le massif en 1944. Il appartenait à la 101e Airborne Division. Il a connu le trio qui forme le cœur du roman Les amants du Vercors, de Jessica L. Nelson. L’auteure est critique littéraire à Point de Vue. Cofondatrice du Prix des Lilas et des Éditions des Saints-Pères, elle est membre du prix Nimier.
Ce trio est composé d’enfants qui ont partagé les premières années de leur existence dans les montagnes du Vercors dont la lumière est d’une intraitable pureté, l’été. Le vent du vertige souffle fort sur les hauts plateaux. Il y a Marie, née de père inconnu, future infirmière ; Marc, berger passionné par les étoiles, qui a la particularité d’être nyctalope ; Louis, aimant la spéléologie et le silence, bientôt attiré par la religion jusqu’à devenir séminariste. La première partie du roman les décrit assez insouciants, passionnés par la nature âpre de leur région. L’un des trois déclare : « Jurez qu’on ne se séparera jamais. »
La métamorphose de Marie ne laisse pas indifférent les deux garçons. « La sauterelle aux crins emmêlés, écrit l’auteure, curieuse et timorée, avait cédé la place à une adolescente mince aux seins ronds, énigmatique comme un sphinx ». Les présentations sont faites, le décor est planté, le fil rouge annoncé : la recherche du père de Marie. Sans oublier la boite contenant un plan militaire secret. Tout paraît bien huilé et, en effet, ça l’est, comme dans une tragédie de Shakespeare, la trahison, la volupté, le soupçon d’inceste, l’intolérable interdit, la violence, le sang, la mort.
Le trio se sépare. Puis se retrouve au printemps 1943 parmi les montagnes percées de couloirs souterrains, dans des paysages que domine la beauté brutale. C’est la guerre des maquisards contre les soldats allemands épaulés par la milice de Joseph Darnand. Une vraie guerre civile, presque identique à celle de l’Espagne. Les pires. L’alpiniste et architecte Pierre Dalloz fera du Vercors un bastion de la résistance. Le poète Jean Prévost, alias capitaine Goderville, tombera les armes à la main, le 1er août 1944. Simon Nora, dont le fils, Olivier Nora, est actuellement sous les feux de l’actualité littéraire, sera le seul rescapé du massacre de la grotte des Fées. Bref, cette terre de refuge pour les juifs persécutés, les réfractaires du STO, les patriotes de tous horizons, ne fut pas pour les mauviettes aux épaules étroites. Marc s’occupe d’accueillir les damnés de l’époque ; Marie les soigne ; Louis devient chef de maquis. Le temps des combats laisse peu de place aux sentiments et à la résolution de l’énigme. Et pourtant, à Lys-le-Haut, en mai 1944, la folie amoureuse rattrape les trois personnages. Jessica L. Nelson écrit : « Leur félicité était si grande qu’elle était dévastatrice, car elle portait en elle sa propre fin. La guerre, d’une certaine façon, autorisait tout, y compris cette situation incongrue. »
Comme l’a souligné Malraux : « Ce n’est pas le bruit qui fait la guerre, c’est la mort. » Le sacrifice élève les hommes. Ce roman, qui mélange habilement événements historiques et éléments fictionnels, voire liens familiaux de l’auteure, le prouve. Il se lit d’une traite, avec un respect infini pour celles et ceux qui ont combattu pour défendre les valeurs suprêmes.
Jessica L. Nelson, Les Amants du Vercors, 336 pages.
On ne dira pas que la littérature contemporaine manque de romans sur le désir – elle en fait même l’un de ses laboratoires les plus constants, à mesure que nos façons d’aimer se déplacent, se dédoublent, se commentent. Passion libre de Julien Tribotté (L’Arpenteur/Gallimard, 2026)s’inscrit dans cette ligne, mais sans chercher ni à diagnostiquer ni à dénoncer. Le livre prend acte, plus simplement – et plus froidement – d’un état des choses: celui d’un désir qui ne se vit plus sans reste, toujours accompagné de son propre récit, de sa mise en forme, de son retour réflexif. Ici, l’expérience ne précède pas sa trace; elle se confond avec elle.
On suit ici un narrateur pris dans les dynamiques du désir contemporain, entre applications de rencontre, images numériques et relations ouvertes. À travers une écriture proche du journal, il explore une succession de liaisons où l’intime se fragmente et se recompose sans cesse. Le roman met en jeu une expérience amoureuse médiatisée, où corps, écrans et parole se confondent. Ce n’est pas un territoire nouveau dans son travail : formé à l’ENS, passé par l’université Johns Hopkins où il a travaillé sur les formes contemporaines du désir, Tribotté s’attache depuis Chronique d’un amour à déplier les états du sentiment lorsqu’il est saisi dans son propre commentaire. Ici encore, quelque chose de cet arrière-plan demeure – une manière de tenir ensemble précision presque analytique et attention au trouble, sans jamais trancher entre les deux.
Journal d’un séducteur
Pas d’entrée en matière spectaculaire – et c’est ce qui déroute d’abord. Le livre s’ouvre sur une forme de calme presque appliqué, une mise en ordre immédiate de ce qui, ailleurs, surgirait dans le déséquilibre. « Toute ma vie s’est réorganisée autour d’elle. Attendre un message… » L’énoncé est limpide, sans détour, mais déjà travaillé par une conscience qui précède l’élan. Rien ne se répand encore ; tout semble s’installer dans une parole qui sait ce qu’elle dit.
Ce choix engage tout le texte. La passion n’y apparaît pas comme une irruption, mais comme une matière que l’on observe en train de se former. Le narrateur écrit depuis l’intérieur même de l’expérience, mais avec un léger décalage, comme s’il cherchait à la fixer au moment où elle lui échappe. « j’ai tenu un journal, noté chaque rendez-vous, chaque détail » : cette phrase pourrait presque servir de principe poétique. Il ne s’agit pas de brûler, mais de retenir – de suivre les traces, d’enregistrer les variations.
D’où cette impression, au début, d’une écriture qui se bride. Elle ne cède pas à l’emportement, elle préfère la précision, quitte à différer l’intensité. Mais ce qui pourrait passer pour une réserve devient progressivement une manière d’approcher le réel au plus près. Le texte ne force pas la passion ; il en explore les conditions, les déplacements, les intermittences.
Les scènes de rencontre sont révélatrices de ce parti pris. Elles évitent l’emphase, déjouent les attentes. « Tout s’est passé sans émotion, comme si on répétait un rôle. » La formule, presque sèche, ouvre un espace inattendu : celui d’un écart entre le geste et ce qu’il est censé contenir. Rien n’est dramatisé, et c’est précisément ce refus de sursignifier qui donne à ces moments leur pouvoir de trouble.
Le roman avance ainsi, par touches successives, en laissant affleurer une question plus diffuse : que reste-t-il de la passion lorsqu’elle est traversée par la conscience de soi, par le regard que l’on porte sur sa propre expérience ? À cette interrogation s’ajoute celle, très contemporaine, du rôle des images. « J’ai l’impression qu’elle est plus réelle que la chair même » : la phrase ne relève pas seulement de l’excès, elle signale un déplacement profond. Le désir ne se loge plus uniquement dans la présence ; il circule, se reconfigure à travers les écrans, les projections, les absences.
Riley, dans ce dispositif, échappe à toute fixation. Elle n’est ni entièrement donnée ni totalement absente – plutôt une figure mouvante, sans cesse recomposée par le regard du narrateur. Cette instabilité nourrit le texte sans jamais le résoudre. La passion ne trouve pas de point d’arrêt ; elle persiste dans son incertitude même, comme si elle refusait toute forme d’achèvement narratif.
Médiations
Le style accompagne ce mouvement avec une sobriété constante. Il privilégie la continuité, la clarté, au risque parfois d’une certaine uniformité dans les premières pages. Mais cette retenue s’accorde à la logique du livre : elle traduit une volonté de ne pas forcer l’intensité, de laisser apparaître les choses dans leur progression propre, presque organique.
Ce qui se joue alors dépasse le simple récit d’une relation. Le texte interroge une manière contemporaine d’aimer, ou plutôt de vivre le désir dans un monde saturé de médiations. L’expérience affective y devient fragmentée, filtrée, parfois plus intense dans sa représentation que dans sa présence effective. Cette tension permanente entre vécu et représentation donne au livre sa respiration particulière.
Ainsi, Passion libre ne s’impose pas par un choc initial, mais par une forme de persistance. Il s’installe dans la durée, dans une attention aux détails, aux écarts, aux zones de flottement. Ce qu’il propose n’est pas une exaltation de la passion, mais une exploration de ses formes contemporaines – traversées par la lucidité, par la médiation des images, par une difficulté à coïncider pleinement avec ce que l’on vit.
Et c’est dans cette approche, discrète mais tenace, que le roman trouve peu à peu sa cohérence, non pas comme une résolution, mais comme une tenue dans l’incertain, une manière de maintenir la tension sans jamais la résoudre complètement, laissant au lecteur le soin de demeurer dans cet entre-deux où l’émotion existe précisément parce qu’elle ne se fixe pas.
La proposition de loi autorisant le travail le 1er-Mai ne concernait pas uniquement les boulangers et les fleuristes artisanaux. Elle a été enterrée. Heureusement que ce jour férié demeure obligatoirement chômé et payé.
Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais manqué de pain un 1er-Mai. On ne trouvera trace, dans ma mémoire d’enfance, dans mes jeunes années puis, après quelques décennies, dans les toutes récentes « journées internationales des travailleurs », d’un traumatisme provoqué par un fournil barricadé, une chocolatine interdite ou une fougasse prohibée.
Gabriel Attal semble avoir connu cette violence. Il sait ce que peut être une privation longue comme un jour sans pain.
La motion de censure déposée par son groupe à l’Assemblée nationale, pour ne pas débattre du texte et aller directement en commission mixte paritaire, sans la moindre consultation en amont des partenaires sociaux, a mis le gouvernement dans le pétrin.
Cette proposition de loi permettant d’autoriser le travail des salariés le 1er-Mai ne portait absolument pas sur les seuls boulangers et fleuristes artisanaux. La ficelle législative consistait à élargir les ouvertures aux filières industrielles, avec un décret d’exception de plus de treize pages et, finalement, plus d’un million et demi de personnes concernées.
Alors, un mot magique a été sorti : volontariat. Il n’a pas été question du niveau des salaires. S’il ne veut pas gagner son pain ce jour-là et rester chez lui à bayer aux corneilles, le salarié de chez Paul ou d’Interflora (n’oublions pas l’insupportable pénurie de fleurs qui touche notre pays chaque 1er-Mai) n’a plus qu’à dire : « Désolé patron, pour le 1er, ce sera sans moi ! ». Oui, cela peut exister, comme il existe des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité de l’espèce (Audiard).
C’est bien vite oublier le rapport de subordination entre un salarié et son employeur. Et la réalité même du travail. Depuis 2019, dans le privé, les arrêts maladie ont augmenté de plus de 50 %. De quoi ce chiffre est-il le nom ? D’un mal-travail, de comportements abusifs, de risques psychosociaux qui ne sont toujours pas pris en considération. Je rêve d’une modulation des cotisations sociales patronales, avec un mécanisme de bonus-malus : des avantages pour les entreprises qui se comportent bien et des sanctions pour celles qui ne prennent pas de mesures correctives.
J’ai vu les dirigeants du centre (pas tous) et de droite sauter sur leur chaise comme des cabris en disant : « Volontariat ! Volontariat ! Volontariat ! » Seulement, comme disait de Gaulle : « La propriété, la direction et le bénéfice des entreprises, dans le système capitaliste, n’appartiennent qu’au capital. Dès lors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent. Non, le capitalisme, du point de vue de l’homme, n’offre pas de solution satisfaisante. »
C’est pourquoi le 1er-Mai, seul jour férié obligatoirement chômé et payé, participe à un tout autre imaginaire. Un levain pour consacrer cette journée à autre chose. À la famille, aux loisirs, à tout ce qui tremble et palpite.
Notre problème n’est pas le temps de travail, ni le nombre de journées travaillées, mais le taux d’activité. Trop de personnes, notamment les jeunes et les plus de 55 ans, ne sont pas en activité. Débattons de cela, un brin de muguet à la boutonnière !
Six mois d’auditions houleuses, des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, de violentes attaques dans la presse… pour un rapport qui a failli être enterré. Charles Alloncle raconte ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.
Causeur. Quel baptême du feu ! Il y a six mois, vous étiez inconnu. Aujourd’hui, des passants vous disent : « Tenez bon ! », vous êtes la bête noire du camp progressiste, Macronie comprise, et une tête de Turc de la presse de gauche. Imaginiez-vous être au centre d’une telle tempête ?
Charles Alloncle. Le Système a montré qu’il avait une sacrée force de résistance ! Il était prévisible que nos travaux intéressent les Français. C’est la première fois que l’Assemblée se penche ainsi sur le cas de l’audiovisuel public dans le cadre d’une commission d’enquête. Ensuite, ces résistances ont bien montré qu’il y avait là un enjeu démocratique essentiel.
Le Système, c’est vague et impersonnel. De quelles résistances parlez-vous ?
Celles de certains journalistes, animateurs et producteurs, dont les intérêts sont liés à ceux de l’audiovisuel public. Je pense aussi à Matthieu Pigasse et à Xavier Niel, qui sont fondateurs et actionnaires de la société de production Mediawan, premier fournisseur privé de programmes pour France Télévisions (FTV), à hauteur de 110 millions d’euros par an. Quand on soulève le capot de tels intérêts financiers et médiatiques, on se fait forcément beaucoup d’ennemis.
En attendant, les auditions de la commission ont bien eu lieu et votre rapport a été publié…
Oui, mais c’était moins une. Jusqu’au dernier moment ça a tangué. Et rappelez-vous les quelques jours qui ont suivi la remise de mon rapport. Seuls les trente députés membres de la commission pouvaient le consulter dans des conditions strictes de confidentialité : cela se passait dans une pièce de l’Assemblée avec des créneaux horaires fixés, les téléphones portables étaient interdits. J’ai scrupuleusement respecté la règle de non-divulgation mais très vite, on a vu apparaître des articles et des échos sur son contenu, de prétendues révélations truffées d’approximations et de fake news. Jamais dans les annales de l’Assemblée, il n’y avait eu autant de fuites à ce stade d’une commission d’enquête. L’objectif était évidemment de brouiller le vrai avec du faux et de jeter le discrédit sur l’ensemble de notre travail pour qu’à la fin, le rapport ne soit pas voté.
Quel sens aurait eu une telle censure ?
Elle m’aurait strictement interdit, sous peine de poursuites pénales, de mentionner pendant vingt-cinq ans ce que contient le rapport. Ce qui veut dire que je n’aurais même pas été autorisé à démentir les fake newsqui ont circulé à son sujet. De plus, n’oubliez pas que, dans ce cas, tout disparaît : les vidéos, les comptes-rendus des auditions. Bref, c’est une censure très efficace, qui n’a été utilisée qu’une fois, pour la commission sur le financement des syndicats en 2011.
Sans doute, mais à qui aurait profité le crime ? Le scandale d’un rapport enterré aurait fait un tort considérable à l’audiovisuel public !
Et pourtant, dès le départ, on m’a mis de surprenants bâtons dans les roues. La coutume veut qu’à l’Assemblée, les groupes d’opposition puissent créer chaque année une commission d’enquête sur le thème de leur choix et que les autres groupes n’y fassent pas obstruction. Notre proposition est passée à quelques voix seulement lors du vote en commission des Affaires culturelles, avec contre nous un front inhabituel de députés de gauche, d’extrême gauche et de macronistes. Ce sont les mêmes, je pense, qui, à quelques heures du vote du rapport, ont alimenté la presse. Mais les obstacles ne se sont pas arrêtés là. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, proche d’Édouard Philippe, a interrompu les travaux entre le 19 décembre et le 21 janvier sans faire approuver cette décision par le bureau de la commission. Il n’a pas été rappelé à l’ordre par la présidente Yaël Braun-Pivet. Il a refusé un certain nombre d’auditions pourtant importantes, notamment celle de Caroline Lang, qui a été à la tête du Syndicat des producteurs indépendants jusqu’à récemment, et la patronne entre 2003 et 2022 de Warner France, l’un des principaux fournisseurs de programmes de France Télévisions.
Quelles concessions avez-vous dû faire pour arracher le vote de votre rapport ?
Il y a eu un chantage parfaitement indécent de la part des macronistes, qui ont monnayé leur abstention contre deux retraits du rapport. Le premier a consisté à enlever quelques lignes qui indiquaient que Yaël Braun-Pivet avait donné une interview à la matinale de France Inter le jour même de l’audition de la présidente de Radio France, ce qui est une entorse aux principes censés garantir les pouvoirs d’une commission d’enquête. La deuxième demande concernait le président de la commission, qui ne supportait pas que l’on rappelle qu’il est administrateur de France Médias Monde (la maison mère de France 24) et qu’il a été administrateur de Radio France en 2023 et 2024. Les deux faits sont pourtant avérés. Cette demande de suppression dit beaucoup de leur rapport à la vérité et de leur incapacité d’assumer le dévoiement de nos institutions.
Venons-en au contenu du rapport. Certains respirent ! En particulier les responsables de Radio France et France Inter. En effet, alors que le sinistrisme de leurs antennes est scandaleusement évident, la foudre est plutôt tombée sur France Télévisions où c’est beaucoup moins flagrant.
Vous avez raison et le rapport pointe nombre de ces errements répétés sur Radio France. La commission avait deux grands domaines d’investigation, la gestion et les finances d’un côté, la neutralité et l’éditorial de l’autre. Pour résumer à grands traits, je dirais qu’il y a surtout des entorses préoccupantes au principe de neutralité à Radio France, et surtout des problèmes de gestion financière et de conflits d’intérêts à France Télévisions.
Commençons par l’éditorial. On vous a reproché de ne pas connaître les métiers de l’audiovisuel. Il nous semble par exemple qu’en reprochant à France Inter d’avoir interrogé l’ambassadeur d’Iran, vous faisiez fausse route. Le pluralisme, c’est aussi cela. À Causeur, nous aurions interviewé Hitler !
Oui, mais sans doute avec plus de contradiction que sur France Inter dans le cas que vous citez. Plus généralement, on a le droit de donner la parole à n’importe qui, encore faut-il bien indiquer au public qui sont les personnes et d’où elles parlent. J’ai dressé une liste non exhaustive, mais déjà très longue, de personnes conviées sur les antennes de Radio France et France Télévisions sans qu’il soit mentionné le parti, l’organisation ou le régime qu’elles soutiennent. Ce défaut de clarté est préjudiciable à l’honnêteté de l’information, surtout quand la question traitée est un sujet diplomatique de haute sensibilité. D’autant qu’un deuxième problème vient se greffer : la surreprésentation à l’antenne d’invités favorables à un camp plutôt qu’à un autre. Quand on décortique par exemple le traitement par Radio France de la question iranienne, on constate que parmi les opposants aux mollahs, on a très peu entendu les partisans de Reza Pahlavi et beaucoup plus les Moudjahidines du peuple.
Nul ne peut nier le tropisme de gauche des journalistes du service public. Mais aucun pouvoir ne pourra jamais les obliger à changer d’idées.
On pourrait au moins demander que les rédactions de France Télévision ne soient pas placées sous la supervision de Stéphane Sitbon-Gomez, le numéro 2 du groupe à qui vient d’échoir la responsabilité de l’information en plus des programmes. Or, non seulement il n’a pas sa carte de presse, mais il n’avait travaillé avant France Télévisions que pour Europe Ecologie Les Verts.
Avoir sa carte de presse n’est pas toujours un critère de compétence et d’honnêteté.
Le service public s’est quand même longtemps honoré en nommant à la tête de l’information des journalistes reconnus pour leur indépendance et leur expérience, comme Arlette Chabot ou Thierry Thuillier.
Vous reprochez surtout à Stéphane Sitbon son passé partisan. Mais si vous désirez quitter la politique un jour, ne souhaiterez-vous pas pouvoir aller où bon vous semble, sans qu’on vous reproche votre passé politique ?
Si cela arrive, je ne postulerai pas dans un média de service public censé garantir une indépendance effective. L’information est trop précieuse pour être confiée à d’anciens activistes politiques, quel que soit leur bord.
À moins qu’il y ait eu de grands changements, il n’est pas sûr qu’ils vous courront après. En attendant, vous ne pouvez pas empêcher les gens de changer d’avis, de changer de vie.
Non, mais on doit éviter le mélange des genres. Il est inadmissible, par exemple, qu’une responsable de la cellule de fact-checking de France Info TV, Linh-Lan Dao, ait participé comme tête d’affiche à un meeting de La France insoumise il y a quelques mois à Toulouse, avec le député François Piquemal.
Mais elle a été sanctionnée par son employeur pour cela.
Certes, mais sa direction a refusé en audition d’indiquer la sanction prononcée, si bien que je doute de sa sévérité et même de son effectivité. De toute façon, dès lors qu’elle est militante, elle ne devrait pas occuper ce poste.
Et si on la touche, les syndicats se rebifferont. Vous vous en prenez là à un tabou, ou au moins un non-dit : le pouvoir considérable de syndicats de journalistes face auxquels les directions sont passablement impuissantes.
C’est pourquoi il faut muscler les comités d’éthique de l’audiovisuel public, en particulier celui de France Télévisions, qui est totalement défaillant. Rendez-vous compte qu’il ne s’est réuni que quatre fois en 2024 ! Surtout, il est présidé par Christine Albanel qui, par le passé, a eu sous ses ordres Christophe Tardieu, l’actuel secrétaire général de France Télévisions. Et elle a aussi été une collègue de Delphine Ernotte pendant plusieurs années chez Orange, où toutes deux étaient directrices. Je recommande pour ces comités davantage de moyens, des prérogatives élargies et une composition plus indépendante, avec des membres n’ayant aucun lien avec la direction.
Passons aux questions de gestion qui concernent essentiellement FTV, Radio France n’achetant pas ses contenus à des sociétés extérieures. Précisons immédiatement que vous n’avez débusqué aucun cas de trafic d’influence, de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts qui devrait être signalé à la justice. En revanche, vous avez identifié des pratiques qui manquent de rigueur et de clarté dans les procédures de décision d’achat de programmes auprès des sociétés de production.
J’ai déploré en premier lieu le volume de cette externalisation. Pourquoi faire autant appel à des sociétés privées quand on paye déjà tant de journalistes, de techniciens et directeurs d’unité, tous compétents et sincèrement engagés dans leur mission ? Il s’agit tout de même d’un milliard d’euros de commande publique annuelle. C’est considérable, surtout si l’on sait que ces contrats sont signés en dehors des règles communes des marchés publics, dans la mesure où les programmes télévisés sont considérés comme des œuvres. Il n’y a pas d’appels d’offres, ni la moindre transparence. Ce qui favorise évidemment le choix à la tête du client, voire le copinage.
Sauf que cette externalisation est imposée par la loi Léotard et les décrets Tasca, qui visaient à favoriser l’émergence d’un écosystème français de production audiovisuelle.
Oui, mais France Télévisions outrepasse totalement ses obligations en la matière, comprises entre 300 et 400 millions d’euros par an. J’appelle cela de l’« infra-privatisation », phénomène d’autant plus fâcheux qu’il profite en partie à des intérêts étrangers comme ceux du fonds américain KKR, actionnaire important de Mediawan. Autrement dit, France Télévisions pourrait internaliser davantage sa production. En particulier ses programmes « sensibles » au plan éditorial, les émissions d’information, de débats, de politiques et d’opinions, telles que « C dans l’air », « C à vous », « C ce soir » et « C politique », toutes produites soit par Mediawan, soit par Together. Et puis, il y a le problème des comités d’investissement, très peu transparents. Le secrétaire général de France Télévisions, Christophe Tardieu, m’a transmis en tout et pour tout à ce sujet un simple tableau récapitulant les décisions d’achats. Un tableau édifiant, quasiment dépourvu d’explication sur les raisons formelles qui justifient les choix de FTV. Et puis quand on entre dans le détail, on découvre des pratiques choquantes. Par exemple, quand Anne Holmes, qui est à la tête d’un des budgets de programmes les plus importants de France Télévisions, celui de la fiction, doit statuer sur la proposition d’un producteur chez qui il lui arrive de passer des vacances, elle se déporte en faisant instruire le dossier par ses subordonnés.
D’après Stéphane Sitbon-Gomez, ses subordonnés instruisent le dossier, mais la décision est prise par ses supérieurs. Cela dit, on comprend que vous tiquiez sur cette méthode baroque de déport. En revanche, on ne vous suit pas sur l’affaire des vacances. Oui, l’audiovisuel est un milieu professionnel qui, comme beaucoup d’autres, est très consanguin. On travaille ensemble, on devient amis, on s’invite, on passe d’une boîte à l’autre : c’est la vie, cher Charles !
Dans la vie, on déclare à son entreprise (et au fisc) tout cadeau d’un fournisseur lorsqu’il dépasse même une centaine d’euros.
Oui, mais là on parle de passer des vacances avec des copains. Vous voulez établir un prix de journée ?
Quand vous passez des contrats à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros, cela doit être encadré et à minima il faudrait un document qui formalise les procédures de déport avec exposé du motif ainsi que tout lien d’intérêt. Il devrait aussi exister, pour tous les postes de responsabilité, une procédure de validation auprès de la Haute Autorité de la transparence de la vie publique, comme pour les fonctionnaires, afin de prévenir ces conflits d’intérêts. Je vais prendre un exemple, celui de Bernard-Henri Lévy,qui est président du conseil de surveillance d’Arte depuis trente-deux ans et qui a fait modifier à deux reprises la règle de limite d’âge pour rester en fonction. Je rappelle que le conseil de surveillance nomme le président de la chaîne, il dispose donc d’un pouvoir hiérarchique important. Or on apprend qu’entre 2011 et 2022, BHL a vendu ses propres films et documentaires à la chaîne Arte pour un montant total de 750 000 euros.
Précisons que ce montant correspond à l’achat des programmes, en aucun cas à ce que BHL a empoché. Si on considère que ces programmes sont coûteux à fabriquer, ce n’est pas une somme effarante…
Peut-être, mais il est président du conseil de surveillance, cela devrait être zéro euro, ou alors dans des conditions très encadrées. Vous avez aussi le cas de Nathalie Darrigrand, qui a été directrice exécutive de France 5 et a signé à ce titre des contrats avec la société Together pour l’achat d’émissions phares. Elle est licenciée de France Télévisions, moyennant une indemnité d’environ 400 000 euros, pour finalement se retrouver quelques mois plus tard à Together. Même chose pour Takis Candilis, qui a fait la navette entre France Télévisions et Banijay, où il a fait fortement augmenter le volume de contrats passés avec le service public audiovisuel.
Vous ne pouvez pas demander aux anciens dirigeants de France Télévisions de mettre une robe de bure et d’aller travailler dans un monastère ! Montesquieu disait que « la modération est le cordon de soie qui court à travers le rang de perles de toutes les vertus », autrement dit que, même en matière de vertu il faut de la modération. D’ailleurs, n’avez-vous pas manqué de modération en vous en prenant à Nagui sur les réseaux sociaux avant même de l’auditionner ?
Je me suis contenté de rappeler qu’en 1995, la direction de France 2 ainsi que la société de Nagui avaient été condamnées pour favoritisme et que vingt-cinq ans plus tard, en 2020, Mediapart révélait que France Télévisions avait signé un contrat de 100 millions d’euros sur trois ans avec la société de Nagui.
Là encore, ces 100 millions ne sont pas l’argent de Nagui, mais celui versé à sa société. Nagui objecte par ailleurs que ces sommes sont méritées, car ses émissions rapportent beaucoup de recettes publicitaires à France Télévisions.
Pour juger de la pertinence de cet argument, j’aurais aimé voir ses contrats et ses fiches de paie, afin de pouvoir évaluer ses marges et ses encaissements. Nagui m’avait promis ces éléments lors son audition, mais après un certain nombre de relances, la société dont il est co-actionnaire a envoyé un mail pour indiquer qu’elle ne fournirait rien. Donc j’assume mes propos : je vous mets au défi de trouver quelqu’un, chirurgien d’hôpital public, haut fonctionnaire, ministre, patron d’entreprise publique, qui sur les dix dernières années a gagné autant d’argent que lui grâce au service public.
On sent que la riposte de Nagui qui a, de façon assez minable, parlé de votre père dans « Quotidien », vous a beaucoup touché. Cette bataille a dû être très éprouvante…
J’ai pris des coups, certes. Mais j’ai appris à les encaisser et surtout ne pas y accorder la moindre importance Je bénéficie d’un soutien populaire très fort. Heureusement d’ailleurs, parce que si je me contentais de lire la presse, j’aurais rendu mon tablier depuis longtemps.
Vous avez toutefois profité de la bienveillance des médias de Vincent Bolloré…
C’est la preuve qu’il y a au moins un pluralisme externe à la télévision !
Certains vous accusent de carrément rouler pour l’homme d’affaires breton…
Si c’était le cas, je ne me serais pas intéressé à Banijay, dont il est actionnaire, je ne me serais pas intéressé aux rémunérations et aux marges de Nagui, qui en est coactionnaire. Et puis Vincent Bolloré nous a indiqué lors de son audition qu’il était plutôt favorable à un auto-financement de France Télévisions, alors que pour ma part, malgré les affirmations erronées de Jérémie Patrier-Leitus, qui me prête des intentions de privatisation, je propose dans le rapport des dizaines de piste d’optimisation, portant sur près d’un tiers du budget total de l’audiovisuel public, mais sans privatisation à la clé.
Un tiers du budget, il y aura du sang sur les murs ! Vous recommandez la fusion de France 2 et France 5 d’une part, et d’autre part celle de France 24 et de France Info TV. Vous préconisez aussi la fermeture de France 4. Ce qui revient quand même à diminuer considérablement la surface de l’audiovisuel public sur nos écrans.
Oui, mais cela aurait du sens. Un temps connue pour être une chaîne dédiée au jeune public, un temps plutôt orientée sur des contenus culturels, France 4 n’a jamais trouvé son public ni une identité propre. Les doublons de programmes d’animation le matin entre France 4 et France 5 indiquent des pistes d’optimisation évidentes, tout comme les rediffusions récurrentes en deuxième partie de soirée sur France 2, que déplorent nombre de téléspectateurs. Où sont passés les contenus inédits ? Où sont passés les programmes de vacances et d’été ? Alors que France 2 compte neuf cases de jeu par jour, soit neuf fois plus que sur les chaînes concurrentes TF1 et M6, la fusion entre France 2 et France 5 permettrait de garder le meilleur des programmes de magazine d’information, d’émission de flux et de documentaire de France 5 avec le meilleur de l’information, de la fiction et des programmes culturels et sportifs de France 2. En plus de permettre des économies très substantielles, la fin des rediffusions et la diminution des cases de jeu permettrait aisément de fusionner les deux antennes pour une nouvelle chaîne généraliste qui, à n’en pas douter, rencontrerait son public et se distinguerait des chaînes privées commerciales.
Mais les jeux rapportent de la pub. Et que faites-vous de France 3 ?
France 3 a selon moi vocation à rester la chaîne des territoires, pas simplement en termes d’information locale mais aussi de valorisation des événements culturels régionaux. En un sens, une vraie chaîne de proximité rendant hommage à toute la richesse de notre pays. Seulement, je crois qu’il faut fusionner ses antennes locales avec celles d’Ici, ex France Bleu, pour créer de vrais pôles régionaux capables d’assumer ces missions avec des moyens à la hauteur de cette exigence.
On ne sait pas si vous aurez votre place à France Télévisions, mais comme ministre du Budget, vous feriez merveille ! Vous êtes un sacré « cost killer » !
Je vous laisse à vos pronostics, je ne suis candidat à rien. J’espère seulement avec la commission avoir pu contribuer à introduire un surplus d’esprit de responsabilité, de gravité et de précaution dans l’utilisation de l’argent des Français. Demain, davantage de responsables d’administration et de responsables d’entreprises publiques engageront cet argent et nos budgets avec une vigilance accrue, peut-être aussi parce qu’ils auront à cœur d’être irréprochables, s’ils doivent à répondre à une commission d’enquête similaire à celle que nous avons menée. Ce sera déjà une victoire de notre travail parlementaire.
On parle de l’endettement de la France depuis belle lurette, semble-t-il. En réalité, la situation financière actuelle est le résultat de la gestion pratiquée par Emmanuel Macron depuis son avènement au pouvoir. Au cours des neuf dernières années, il a augmenté la dette française d’un tiers. Notamment, le « quoi qu’il en coûte » de l’époque du Coronavirus a non seulement coûté très cher au pays, mais il a aussi maintenu en vie de nombreuses entreprises dont le modèle économique ne s’est jamais remis du choc de la pandémie. Ces sociétés n’ont rien contribué à une quelconque reprise économique depuis.
Les gouvernements successifs ont dépensé pour acheter la paix sociale, surtout en subventionnant un système des retraites qui n’est plus du tout adapté à la situation démographique et économique de la France d’aujourd’hui et qui grève l’avenir de la génération actuelle des jeunes et celles à venir.
La France emprunte chaque année, moins pour investir dans son développement futur que pour payer la différence entre la recette fiscale (qui dépend d’une minorité de contribuables parmi la population) et les dépenses courantes de l’Etat. Il faudrait un Milei français qui soit capable de faire des coupes dans les budgets et de réformer l’économie. Mais trop de personnes profitent du système actuel pour tolérer un tel chamboulement, pour nécessaire qu’il soit.
Cette crise bien française sera inévitablement aggravée par le bouleversement de l’économie mondiale résultant du conflit au Moyen Orient. Elle sera aggravée aussi par la révolution de l’intelligence artificielle dont le saccage des emplois parmi les cols blancs ne sera qu’une des conséquences. Dans le domaine de l’IA, la France comme l’UE a pris trop de retard sur le plan technologique – en dépit de la qualité des ingénieurs qu’elle forme et qui partent travailler à l’étranger. Et la sur-régulation de ce secteur est à l’image de toute la problématique économique française: d’un côté, il y a un capital intellectuel de haut niveau, de l’autre, un caste parasitique de bureaucrates dont la mission est d’entraver le progrès et la croissance.
Sylvain Loganadin est expert financier, fondateur d’Ultra Bourse, et influenceur économique sur YouTube et d’autres réseaux sociaux sous le nom de Sylvain Tiger.
Emmanuel Macron a été élu sur des promesses: fin du «clivage artificiel» gauche/droite, modernité et esprit «startup» nation. Dix ans plus tard, il suffit d’ouvrir les yeux pour mesurer l’ampleur du fiasco: dette abyssale, surenchère de normes soviétoïdes, immigration de peuplement incontrôlée, insécurité sur l’ensemble du territoire, antisémitisme arabo-musulman exponentiel, effondrement du système éducatif, perte des valeurs républicaines, services publics aux abois…
Économie: croissance amorphe, dette folle
Le volet économique, cœur du projet macroniste en 2016, devait libérer les énergies par la réforme et la compétitivité. À l’arrivée, la France apparaît en 2026 comme la lanterne rouge d’une Europe qu’elle prétendait moderniser. La dette publique atteint environ 120% du PIB (près de 3500 milliards €), soit la proportion la plus élevée de la zone euro. En 2017, elle plafonnait à 101%. La politique budgétaire s’est figée dans le « quoi qu’il en coûte » permanent : pour le Covid, certes, mais aussi par clientélisme électoral, avec la politique du chèque pour tout et n’importe quoi.
Une de l’hebdomadaire « Le Point », 23 avril 2026
Le déficit structurel persiste malgré la hausse des prélèvements. L’État obèse dépense toujours plus, tandis que la France a perdu plusieurs rangs en productivité. Le pays reste industriellement anémié: plus de 100 usines ferment chaque année, contre 70 en 2017. La promesse de réindustrialisation « verte » s’est dissoute dans les annonces sans suite, rongée par un coût de l’énergie explosif, conséquence de l’imprudence initiale sur le nucléaire et de la dépendance vis-à-vis du gaz importé. La charge des intérêts de la dette dépasse désormais 62 milliards € par an… Autant que le budget de l’Éducation nationale ! Une folie.
Ce tableau de recul industriel et de dette chronique illustre une France en voie de paupérisation : les Français sont écrasés par l’explosion des prix (dont celui de l’énergie, bravo pour Fessenheim) et la hausse constante de la fiscalité. Cette hausse globale des impôts, prélèvements et taxes déguisées rend probable une légitime rébellion populaire de type gilet Jaune. Et pire, à un soulèvement des Français qui travaillent, asphyxiés financièrement, dont le consentement à l’impôt s’effrite jour après jour.
Le déclassement éducatif et culturel
L’école française, jadis moteur de l’ascension sociale, a subi sous Emmanuel Macron une double crise : celle des résultats et celle du sens. Comme sur tous les sujets, le « en même temps » a frappé : entre le très républicain Jean-Michel Blanquer et son successeur woke Pap Ndiaye, quelle cohérence idéologique ? Les études internationales confirment la dégringolade du niveau en mathématiques et en lecture. La France, autrefois première en Europe pour sa rigueur scolaire, n’est plus qu’en milieu de classement. Le décrochage affecte d’abord les milieux populaires, révélant l’incapacité de l’école de la République à corriger les inégalités qu’elle promet de réduire.
Le mal n’est pas seulement quantitatif : il est aussi culturel. Les réformes successives ont substitué la communication à la transmission. L’enseignement supérieur, massifié sans moyens, s’uniformise dans la médiocrité et les « bullshit studies ». Dans ce contexte, la culture française a perdu son statut de phare intellectuel. Les institutions publiques culturelles, longtemps gardiennes du patrimoine, sombrent dans l’activisme woke. L’entre-soi de gauche règne dans la culture institutionnelle comme dans l’audiovisuel public, comme l’a montré la Commission parlementaire qui vient de s’achever. La propagande éco-citoyenne et progressiste a remplacé la neutralité et l’exigence éditoriale, le tout payé par le contribuable qui n’a rien demandé.
Immigration et insécurité culturelle : la « nouvelle France » chérie par les progressistes, de Macron à Mélenchon
L’un des angles morts du macronisme est sa politique migratoire, plus marquée par la communication que par l’action. Les flux migratoires ont continué d’augmenter depuis 2017, et les retours forcés des OQTF demeurent marginaux.
Macron, en refusant de rompre avec la logique de ses prédécesseurs, a favorisé une immigration économique et familiale africaine et subsaharienne que les structures d’intégration ne parviennent pas à absorber. Et que la France n’a pas les moyens de financer, sauf par la dette publique que paieront nos enfants et petits-enfants.
Sur ce terreau, l’entrisme des Frères musulmans s’est amplifié. Les lois de 2021 sur le « séparatisme » ont certes affiché une volonté d’ordre, mais elles ne sont pas appliquées : associations dissoutes reconstituées, financements étrangers tolérés, influence idéologique grandissante. Dans les banlieues françaises, l’islam politique s’impose comme une norme sociale acceptable, avec la complaisance d’élus locaux de gauche et d’extrême gauche dépendants électoralement de ces réseaux communautaires.
À cette sécession rampante s’ajoute la montée de l’antisémitisme de banlieue, longtemps niée par le pouvoir. Les tensions importées du Proche-Orient trouvent un écho brutal dans les cités françaises, où la haine d’Israël sert de masque à une hostilité générale envers la République et ses valeurs, dont la laïcité. Le gouvernement, paralysé entre le déni et la peur de « stigmatiser », n’a pas enrayé cette régression. Malgré les alertes de Boualem Sansal et de nombreux intellectuels spécialistes de cet entrisme, le pouvoir laisse faire. Mieux vaut vanter les mérites de la créolisation du pays à marche forcée que de passer pour un « islamophobe ». A cet égard, Macron ne vaut pas mieux que Starmer, Sanchez, et Merkel avant eux. Cette lâcheté se paiera cher.
Institutions verrouillées et effondrement démocratique
Le macronisme devait « libérer » la République de ses vieux carcans. Il aura au contraire multiplié les verrouillages. Dans la haute administration comme dans les grandes entreprises publiques, les nominations politiques ont consolidé un système de cooptation idéologique, tourné presque exclusivement vers des profils issus de la technostructure ou de la gauche sociale-libérale. De l’ARCOM au Conseil constitutionnel, en passant par la Cour des comptes et France Télévisions, les postes stratégiques sont entre les mains de fidèles et des compagnons de route de la gauche.
Cette concentration du pouvoir, alliée à l’usage inflationniste du 49.3 et à deux gouvernements censurés, a creusé un fossé inédit entre le pouvoir et les Français. Le pays cumule désormais déficit économique, déficit démocratique, instabilité politique et perte de confiance : près de 80% des Français affirment que « la démocratie ne fonctionne plus ».
Un pays déclassé
Emmanuel Macron restera le président de l’illusion réformatrice. Son règne aura marié la rhétorique du progrès et les résultats d’un déclin. La France qu’il laissera en 2027 est plus endettée, plus fracturée, moins instruite, moins confiante dans son avenir que sous François Hollande. Une forme d’exploit dans l’échec. Le prochain président — qui espérons-le sera libéral et rationnel —aura du pain sur la planche pour enrayer l’effondrement général du pays, et la radicalité politique qui fracture la société. Il devra redonner la parole aux Français, par la voie du référendum, sur tous les grands sujets évoqués plus haut, sur lesquels ils n’ont jamais été consultés. Ainsi seulement pourra-t-on sortir le pays du fossé, et calmer la fièvre insurrectionnelle qui monte dans les rangs de la majorité silencieuse.
L’Observatoire des décisions de Justice publie un rapport alarmant sur la syndicalisation de la Justice en France, et sur ses conséquences pour les justiciables. De quoi alimenter la défiance grandissante envers une institution capable de se jouer des lois.
Derrière robe noire et hermine, certains militent plus qu’ils jugent. C’est le constat explosif du dossier « Syndicalisation de la justice : Enquête sur un pouvoir parallèle » publié par l’Observatoire des décisions de Justice1.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : seuls 5 % des Français trouvent la justice « efficace » et 31 % la voient « politisée » . Derrière ces chiffres alarmants, une réalité longtemps cachée : le poids écrasant des syndicats de magistrats ancrés à gauche, influençant nominations, promotions et même jugements. Le sentiment qui domine aujourd’hui n’est plus celui d’une justice protectrice, mais celui d’une institution lente et laxiste ; le juge n’est plus une figure neutre mais un acteur dont les convictions personnelles peuvent dicter le verdict.
La syndicalisation: un pouvoir invisible qui contrôle tout
Depuis cinquante ans, ce syndicalisme a pris une tournure unique en Europe. Le Syndicat de la magistrature et l’Union syndicale des magistrats ne défendent pas les conditions de travail, mais pèsent sur le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui décide de qui est promu, muté ou sanctionné. Résultat ? Une justice parfois rendue « au nom de l’idéologie » plutôt qu’en celui du peuple.
Le formatage commence dès l’École nationale de la magistrature : priorité à la réinsertion, critique des politiques sécuritaires, prison vue comme un « mal absolu ». L’héritage deRobert Badinter et de la « Défense sociale nouvelle » est passé de l’humanisme à ce que beaucoup dénoncent comme du laxisme systémique.
L’héritage empoisonné du syndicalisme radical
Pour comprendre cette dérive, il faut remonter à la source : la naissance du Syndicat de la magistrature dans les soubresauts de mai 68 ; tout commence par un séisme : la « harangue de Baudot ». Ce magistrat appelait ses collègues à « mépriser la loi » et se montrer « partiaux » pour favoriser les plus démunis contre l’expression d’un « droit bourgeois ». Un appel à la partialité assumée qui résonne comme le manifeste d’une justice idéologique.
Ce qui devait rester une provocation militante est devenue, pour certains, une méthode de travail ; une « justice de rupture » qui voit le juge chercher à transformer la société. Est-on encore en République quand ceux qui doivent appliquer la loi s’arrogent le droit de l’interpréter selon leur boussole idéologique ?
Du naufrage d’Outreau au « Mur des cons »
D’autant que si l’on a vu une « chasses au scalp » des politiques (Sarkozy, Fillon, Le Pen), les victimes de la « morgue » des juges sont souvent des gens ordinaires. De l’affaire du petit Grégory au naufrage d’Outreau, on a vu des vies brisées par des magistrats grisés par leur pouvoir et protégés par une inamovibilité qui semble les rendre irresponsables. En quinze ans, sur des milliers de plaintes de justiciables contre des magistrats, une seule a abouti à une sanction disciplinaire en 2024 (un blâme !). Ce constat de l’impunité totale de ceux qui jugent les autres est devenu insupportable.
En 2013, le « Mur des cons » : dans les locaux du Syndicat de la magistrature (SM), un panneau affiche les photos de personnalités de droite, de policiers… Et même de victimes, comme le père d’Anne-Lorraine Schmitt, assassinée par un récidiviste. Le tout sous la mention : « Avant d’ajouter un con, vérifiez qu’il n’y est pas déjà ». Françoise Martres, présidente du SM, est condamnée pour injure publique… Sans que sa carrière n’en souffre puisqu’elle sera promue à un poste prestigieux ; symbole parfait du corporatisme.
Des communiqués partisans et des blocages
Cela se poursuit en février 2026, après le meurtre de Quentin Deranque. Le SM accuse le gouvernement de « silence complice » face à « la montée de l’extrême droite » ; alors que l’enquête confirme l’intention mortifère des proches de Raphaël Arnault ! Le mois dernier, le SM saisit encore le Conseil d’État contre l’interdiction des permissions de sortie « ludiques » pour les détenus (après une évasion au Louvre), tout en dénonçant un « trumpisme pénitentiaire ». Même l’USM, présentée comme modérée, attaque une circulaire du ministre visant à mieux protéger les victimes. Le message est clair : la réinsertion avant tout, la sécurité publique… après.
Que font nos voisins ? En Espagne, les syndicats de magistrats sont interdits ; en Allemagne, très encadrés. En Roumanie, c’est plus radical : interdiction constitutionnelle d’appartenance politique, déclaration de patrimoine et d’intérêts accessible au public sur internet (y compris l’affiliation maçonnique), sanctions disciplinaires. Résultat ? Une facilité de récusation des magistrats et une neutralité renforcée.
Des propositions concrètes pour réveiller la justice
L’Observatoire ne se contente pas de dénoncer, il souhaite redéfinir le droit syndical et désolidariser le CSM des syndicats. Le préalable pourrait en être l’interdiction du Syndicat de la magistrature ; avec un argument de droit : il est interdit à un syndicat professionnel de poursuivre des objectifs politiques.
Ce dossier repose sur une étude documentée, avec cartes des syndicats, portraits de leurs présidents (du SM à Unité Magistrats, sans oublier le juge administratif), témoignages de magistrats et annexes explosives. Il pose la question qui fâche : comment un juge peut-il rester impartial quand son syndicat appelle à voter contre un candidat, manifeste contre le gouvernement ou désigne des victimes comme des « cons » ?
La confiance des Français est déjà au plus bas. Restaurer l’impartialité, c’est restaurer la démocratie. Car la justice n’est pas un champ de bataille idéologique mais le dernier rempart du peuple.
L’Observatoire des Décisions de Justice est une initiative citoyenne et indépendante, créée en juin 2025 par des juristes, universitaires, professionnels du droit et citoyens engagés, qui ne vit que de dons. Cet observatoire a pour objectif d’analyser les décisions de justice, révéler les failles juridiques ainsi que les dérives idéologiques de certains magistrats, tout en proposant des réformes concrètes pour restaurer une justice ferme et impartiale. ↩︎
L’élu d’extrême gauche Bally Bagayoko, qui décidément semble avoir pris la grosse tête, a décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans sa mairie. La loi ne l’oblige pas à l’afficher. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.
Le maire de Saint-Denis (93) refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron. Bally Bagayoko expliquait sur LCI, dimanche, qu’il avait décroché le portrait parce que, selon lui, la République ne corrige pas les inégalités. Il attend l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président qui sera, espère-t-il, Jean-Luc Mélenchon, pour le raccrocher :
— Darius Rochebin : « Dans votre bureau, vous avez décroché le portrait du président de la République ? »
— Bally Bagayoko : « C’est vrai, je l’ai décroché parce que j’ai considéré que, tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités… »
— Darius Rochebin (l’interrompant) : « Où l’avez-vous mis ? »
— Bally Bagayoko : « Il est dans un coin, retourné, en attendant, bien sûr, l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président… »
Cela a déplu au préfet de Seine-Saint-Denis, qui lui a adressé une lettre hier. Tout en admettant que ce n’est pas une obligation légale, Julien Charles demande au maire de respecter un usage consacré par la tradition républicaine. Usage qui, au passage, s’est installé et généralisé sous le Second Empire. Le maire n’en démord pas : « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations [du pacte républicain], notamment envers les habitants de notre territoire. » Emmanuel Macron restera donc au coin.
Faut-il l’obliger à accrocher le portrait du président ? Non ! La République ne se résume pas à des interdits, des règles et des obligations. Il faut une forme d’amour, et l’amour ne se décrète pas. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage de la bobine présidentielle s’est ensablée au Sénat.
Oui, Bally Bagayoko a le droit de décrocher le portrait du président, et on a le droit de trouver cet affront potache, pathétique et symbolique. Ces accusations et récriminations sont infondées. Nous sommes l’un des pays les plus redistributifs et les plus égalitaires d’Europe, et les quartiers « populaires », comme on dit, ont bénéficié d’innombrables dispositifs publics visant précisément à corriger ces inégalités. Faire croire aux habitants de Saint-Denis qu’ils sont abandonnés n’aboutit qu’à enkyster chez eux un sentiment victimaire stérile, car il pousse à la plainte et à la récrimination, plutôt qu’à l’action.
Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte selon que les gouvernants élus vous plaisent ou non. Ce n’est pas non plus un marché — je te reconnais si tu me donnes ceci ou cela. Le préfet souligne que le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, vise à rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques. Robert Ménard, maire de Béziers, dit qu’il accrocherait le portrait, y compris si Jean-Luc Mélenchon était président, alors même qu’il est plutôt un adversaire politique pour lui. En refusant de le faire, Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine et, surtout, prend le risque de convaincre ses concitoyens que la « Nouvelle France », dont il est une figure flamboyante, ne peut se construire qu’en tournant le dos aux usages et aux mœurs de l’ancienne.
🇫🇷 @BallyBagayoko refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron
🗣️ @ELevyCauseur :"Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte […] Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine" #GrandMatin
Cet ensauvagement que les happy few du Carré VIP du Parc font semblant de ne pas voir
Porté sur les fonts baptismaux à l’aube des années 70, le Paris-Saint-Germain raconte, par l’évolution de sa base de supporters, une petite histoire de ce que sont devenues la France et son auguste capitale. Du nationalisme bleu-blanc-rouge de la tribune Boulogne dans les années 80 à la diversité qui peuple aujourd’hui le CUP, collectif ultra qui accompagne un club devenu plus qatari que français, il ne reste au fond qu’un invariant : le parterre de célébrités qui se pressent dans la corbeille présidentielle, moins pour encourager un club, une équipe et des joueurs que pour être vues.
Guéguerres de tribunes
A ses débuts donc, le pourtant ambitieux PSG restait sportivement modeste, ne remportant ses premiers trophées qu’au début des années 80. On se souvient du président Francis Borelli embrassant la pelouse après la victoire en Coupe de France face à Sainté en 1982, acquise aux tirs aux buts après l’égalisation à la dernière minute de Dominique Rocheteau. Dans les travées du Parc des Princes, les supporters adverses, souvent des provinciaux exilés à Paris pour raisons professionnelles, avaient l’habitude de faire leur loi.
La naissance du Kop de Boulogne, profondément nationaliste et marqué par des influences anglaises à l’époque où le hooliganisme connaissait ses heures de gloire outre-Manche, allait finir par changer les choses. Drapeaux français en étendard, chants puissants à la gloire du club de la capitale et bombers comme uniforme, la tribune se singularisait par sa violence, une certaine homogénéité culturelle et, surtout, faisait régner la terreur au Parc des Princes et ailleurs en France.
Sportivement, le Marseille de Bernard Tapie dominait le football hexagonal, concurrencé par le Bordeaux de Claude Bez. Paris en était une province éloignée. La décennie 90 fut celle de la prise de pouvoir de Canal+, des succès sportifs avec, pour chef d’orchestre, Raï en maillot Hechter et de la fabrication de toutes pièces d’une rivalité avec l’OM. La nouvelle direction flaira le bon filon et œuvra à la création du virage Auteuil, plus en phase avec l’idéologie élitaire. Comprenez : multiculturelle. La cohabitation entre les deux tribunes du club de la capitale vira à la guerre, avec en point d’orgue le décès, en 2010, d’un habitué de Boulogne. Robin Leproux, président du club, siffla la fin de la récréation et les groupes organisés furent mis en sommeil.
Tifo à la gloire de la Palestine
L’arrivée des Qataris, qui rachetèrent le PSG en même temps qu’ils mirent d’autres joyaux de la République sous leur coupe, signifia, après quelque temps, le retour des ultras en tribune Auteuil. Le CUP, dont il faut avoir un master en géopolitique pour comprendre les influences internes, est en phase avec la nouvelle sociologie de Paris et de sa banlieue. En novembre 2024, les ultras parisiens déployèrent un tifo à la gloire de la Palestine, présentant un combattant armé et une carte du territoire « From the river to the sea ». Le rap inspire régulièrement la teneur et le ton des messages. Les images du parcage parisien à Munich finissent d’entériner la prise de pouvoir par les chefs de clan de la « nouvelle France ».
Celle-ci se sait dominante et, surtout, n’ignore plus qu’elle n’a pas besoin de l’appui des apôtres de la diversité, mais des masses venues de la banlieue pour casser et marquer son territoire. Yann Arthus-Bertrand l’a appris à ses dépens ; son exposition consacrée au « vivre ensemble » a été vandalisée dans la foulée de la demi-finale de Champions League ; cela n’a pas suffi pour atténuer sa foi dans le multiculturalisme – et ne lui dites surtout pas qu’il serait atteint du syndrome de Stockholm.
Ailleurs, des policiers furent pris pour cibles, des biens ont été vandalisés et des domiciles furent violés. Mais tout va bien, Monsieur l’émir : le PSG est en finale et peut reconduire son titre – ce qui ne fait, je le concède, ni chaud, ni froid au supporter de l’OL que je suis. Dans le « Carré du Parc », comme est désormais appelé l’espace présidentiel, et aux alentours, Nasser Al-Khelaïfi et sa suite, Nicolas Sarkozy – avec ou sans bracelet -, les stars du showbiz, Cyril Hanouna et ses chroniqueurs peuvent continuer à deviser, à réseauter, à s’épier et, plus que tout, à aimer être vus.
Paul Morand a écrit seul sa légende littéraire. Mais c’est avec Hélène Soutzo qu’il a forgé sa caricature mondaine. David Bonneau retrace la vie de ce couple inséparable dans la grandeur et la décadence.
Paul Morand n’ignorait sans doute pas qu’il deviendrait une caricature malgré lui. On le sait, quelques mots inlassablement répétés par des centaines de journalistes au fil du temps forment souvent une légende facile, quoique tenace. Pour lui, ce furent d’abord vitesse, style, voitures, fêtes, modernité ; avant de se transformer en diplomate, Vichy, rance, antisémite, voire collabo. Aucun n’est tout à fait faux ni entièrement vrai pour peindre cet homme avec justesse. En revanche, il y a un prénom qui n’est pas toujours associé au sien : celui d’Hélène. David Bonneau démontre l’importance de cette dernière dans la vie de l’un de nos plus grands écrivains du XXe siècle.
Amie de Proust
Compagne essentielle de Paul dès leur rencontre en 1916 et jusqu’à sa mort en 1975 (Morand, de dix ans son cadet, ne lui survit que d’un an), Hélène, « dont le prénom est à lui seul un étendard de la civilisation européenne », se marie d’abord en 1903, à 24 ans, avec le prince roumain Dimitri Soutzo. Cette union se fissure vite. Soutzo est volage et Hélène lasse de ses infidélités. Treize ans plus tard, en pleine guerre mondiale, à Londres, elle rencontre le jeune Morand : « Elle est alors riche, elle a 37 ans, un mari parti ailleurs et un amant qui ne la comble pas. Quatre bonnes raisons de prendre feu à la première étincelle. » Si le coup de foudre n’est pas immédiat, la passion qui suit est réelle.
Amie de Marcel Proust, qui voyait en elle « la personne qui reçoit le mieux, ou plutôt la seule personne qui reçoive bien », elle réunit le Tout-Paris dans son hôtel particulier de l’avenue Charles-Floquet, tandis que Paul parcourt le monde. Quand il est à Paris, il fuit les mondanités d’Hélène et passe ses nuits au Bœuf sur le Toit entouré de Jean Cocteau, Marie Laurencin, Valentine Hugo, Auric, Milhaud, Tzara ou Stravinsky. Et de femmes. « Être physiquement fidèle, je ne l’ai jamais été, je n’imagine même pas ce que c’est. Mais moralement fidèle, personne ne le fut plus que moi »,confie Morand dans son Journal inutile. Hélène ne l’ignore pas : « C’est effrayant ce que tu aimes les femmes ; partout, tu ne vois qu’elles. » Jalouse un temps, elle finit par être la confidente des nombreux succès féminins de son époux.
De toutes les réceptions pendant l’Occupation
L’Occupation n’entame en rien la vie mondaine du couple : toute la société collaborationniste se presse chez les Morand. Paul parlera de cette période comme d’un « paradis […] où les femmes avaient dans le métro les plus jolis chapeaux, où les bars-restaurants pullulaient, où la vie n’était pour rien ». Ils sont de toutes les réceptions nazies à Paris. Lors d’un dîner, Hélène est placée à la droite d’Otto Abetz ; une autre fois, c’est en voiture avec Albert Speer qu’elle quitte une soirée. La défaite de la France, son pays de cœur, a libéré ses sentiments progermaniques qu’elle conservera jusqu’à sa mort. David Bonneau note : « Face aux nouveaux empires américain et soviétique qui se dessinent, ils font le choix de l’Europe allemande. » Bravache, fière et terrible, elle déclarera à son mari qu’ils peuvent mourir la tête haute.
Leur cavalcade luxueuse se lit comme un roman picaresque à la fois chic et tragique. Ainsi, la guerre se termine laissant, comme un écho inversé, l’opprobre prendre la place des splendeurs passées. Jusqu’au bout, les anecdotes pleuvent à chaque page de ce beau livre qui mériterait sans doute un titre moins banal, tant il l’est peu.
Hélène et Paul Morand : Un couple sulfureux, David Bonneau, Plon, 2026, 352 pages.
Ça commence par une famille américaine sur un sentier pierreux du Vercors durant l’été 2026. La petite fille, Lauren, découvre par hasard une boite à biscuits rouillée contenant des documents appartenant à d’anciens maquisards – on l’apprendra plus tard. Le grand-père de la famille, parachutiste, sauta sur le massif en 1944. Il appartenait à la 101e Airborne Division. Il a connu le trio qui forme le cœur du roman Les amants du Vercors, de Jessica L. Nelson. L’auteure est critique littéraire à Point de Vue. Cofondatrice du Prix des Lilas et des Éditions des Saints-Pères, elle est membre du prix Nimier.
Ce trio est composé d’enfants qui ont partagé les premières années de leur existence dans les montagnes du Vercors dont la lumière est d’une intraitable pureté, l’été. Le vent du vertige souffle fort sur les hauts plateaux. Il y a Marie, née de père inconnu, future infirmière ; Marc, berger passionné par les étoiles, qui a la particularité d’être nyctalope ; Louis, aimant la spéléologie et le silence, bientôt attiré par la religion jusqu’à devenir séminariste. La première partie du roman les décrit assez insouciants, passionnés par la nature âpre de leur région. L’un des trois déclare : « Jurez qu’on ne se séparera jamais. »
La métamorphose de Marie ne laisse pas indifférent les deux garçons. « La sauterelle aux crins emmêlés, écrit l’auteure, curieuse et timorée, avait cédé la place à une adolescente mince aux seins ronds, énigmatique comme un sphinx ». Les présentations sont faites, le décor est planté, le fil rouge annoncé : la recherche du père de Marie. Sans oublier la boite contenant un plan militaire secret. Tout paraît bien huilé et, en effet, ça l’est, comme dans une tragédie de Shakespeare, la trahison, la volupté, le soupçon d’inceste, l’intolérable interdit, la violence, le sang, la mort.
Le trio se sépare. Puis se retrouve au printemps 1943 parmi les montagnes percées de couloirs souterrains, dans des paysages que domine la beauté brutale. C’est la guerre des maquisards contre les soldats allemands épaulés par la milice de Joseph Darnand. Une vraie guerre civile, presque identique à celle de l’Espagne. Les pires. L’alpiniste et architecte Pierre Dalloz fera du Vercors un bastion de la résistance. Le poète Jean Prévost, alias capitaine Goderville, tombera les armes à la main, le 1er août 1944. Simon Nora, dont le fils, Olivier Nora, est actuellement sous les feux de l’actualité littéraire, sera le seul rescapé du massacre de la grotte des Fées. Bref, cette terre de refuge pour les juifs persécutés, les réfractaires du STO, les patriotes de tous horizons, ne fut pas pour les mauviettes aux épaules étroites. Marc s’occupe d’accueillir les damnés de l’époque ; Marie les soigne ; Louis devient chef de maquis. Le temps des combats laisse peu de place aux sentiments et à la résolution de l’énigme. Et pourtant, à Lys-le-Haut, en mai 1944, la folie amoureuse rattrape les trois personnages. Jessica L. Nelson écrit : « Leur félicité était si grande qu’elle était dévastatrice, car elle portait en elle sa propre fin. La guerre, d’une certaine façon, autorisait tout, y compris cette situation incongrue. »
Comme l’a souligné Malraux : « Ce n’est pas le bruit qui fait la guerre, c’est la mort. » Le sacrifice élève les hommes. Ce roman, qui mélange habilement événements historiques et éléments fictionnels, voire liens familiaux de l’auteure, le prouve. Il se lit d’une traite, avec un respect infini pour celles et ceux qui ont combattu pour défendre les valeurs suprêmes.
Jessica L. Nelson, Les Amants du Vercors, 336 pages.
On ne dira pas que la littérature contemporaine manque de romans sur le désir – elle en fait même l’un de ses laboratoires les plus constants, à mesure que nos façons d’aimer se déplacent, se dédoublent, se commentent. Passion libre de Julien Tribotté (L’Arpenteur/Gallimard, 2026)s’inscrit dans cette ligne, mais sans chercher ni à diagnostiquer ni à dénoncer. Le livre prend acte, plus simplement – et plus froidement – d’un état des choses: celui d’un désir qui ne se vit plus sans reste, toujours accompagné de son propre récit, de sa mise en forme, de son retour réflexif. Ici, l’expérience ne précède pas sa trace; elle se confond avec elle.
On suit ici un narrateur pris dans les dynamiques du désir contemporain, entre applications de rencontre, images numériques et relations ouvertes. À travers une écriture proche du journal, il explore une succession de liaisons où l’intime se fragmente et se recompose sans cesse. Le roman met en jeu une expérience amoureuse médiatisée, où corps, écrans et parole se confondent. Ce n’est pas un territoire nouveau dans son travail : formé à l’ENS, passé par l’université Johns Hopkins où il a travaillé sur les formes contemporaines du désir, Tribotté s’attache depuis Chronique d’un amour à déplier les états du sentiment lorsqu’il est saisi dans son propre commentaire. Ici encore, quelque chose de cet arrière-plan demeure – une manière de tenir ensemble précision presque analytique et attention au trouble, sans jamais trancher entre les deux.
Journal d’un séducteur
Pas d’entrée en matière spectaculaire – et c’est ce qui déroute d’abord. Le livre s’ouvre sur une forme de calme presque appliqué, une mise en ordre immédiate de ce qui, ailleurs, surgirait dans le déséquilibre. « Toute ma vie s’est réorganisée autour d’elle. Attendre un message… » L’énoncé est limpide, sans détour, mais déjà travaillé par une conscience qui précède l’élan. Rien ne se répand encore ; tout semble s’installer dans une parole qui sait ce qu’elle dit.
Ce choix engage tout le texte. La passion n’y apparaît pas comme une irruption, mais comme une matière que l’on observe en train de se former. Le narrateur écrit depuis l’intérieur même de l’expérience, mais avec un léger décalage, comme s’il cherchait à la fixer au moment où elle lui échappe. « j’ai tenu un journal, noté chaque rendez-vous, chaque détail » : cette phrase pourrait presque servir de principe poétique. Il ne s’agit pas de brûler, mais de retenir – de suivre les traces, d’enregistrer les variations.
D’où cette impression, au début, d’une écriture qui se bride. Elle ne cède pas à l’emportement, elle préfère la précision, quitte à différer l’intensité. Mais ce qui pourrait passer pour une réserve devient progressivement une manière d’approcher le réel au plus près. Le texte ne force pas la passion ; il en explore les conditions, les déplacements, les intermittences.
Les scènes de rencontre sont révélatrices de ce parti pris. Elles évitent l’emphase, déjouent les attentes. « Tout s’est passé sans émotion, comme si on répétait un rôle. » La formule, presque sèche, ouvre un espace inattendu : celui d’un écart entre le geste et ce qu’il est censé contenir. Rien n’est dramatisé, et c’est précisément ce refus de sursignifier qui donne à ces moments leur pouvoir de trouble.
Le roman avance ainsi, par touches successives, en laissant affleurer une question plus diffuse : que reste-t-il de la passion lorsqu’elle est traversée par la conscience de soi, par le regard que l’on porte sur sa propre expérience ? À cette interrogation s’ajoute celle, très contemporaine, du rôle des images. « J’ai l’impression qu’elle est plus réelle que la chair même » : la phrase ne relève pas seulement de l’excès, elle signale un déplacement profond. Le désir ne se loge plus uniquement dans la présence ; il circule, se reconfigure à travers les écrans, les projections, les absences.
Riley, dans ce dispositif, échappe à toute fixation. Elle n’est ni entièrement donnée ni totalement absente – plutôt une figure mouvante, sans cesse recomposée par le regard du narrateur. Cette instabilité nourrit le texte sans jamais le résoudre. La passion ne trouve pas de point d’arrêt ; elle persiste dans son incertitude même, comme si elle refusait toute forme d’achèvement narratif.
Médiations
Le style accompagne ce mouvement avec une sobriété constante. Il privilégie la continuité, la clarté, au risque parfois d’une certaine uniformité dans les premières pages. Mais cette retenue s’accorde à la logique du livre : elle traduit une volonté de ne pas forcer l’intensité, de laisser apparaître les choses dans leur progression propre, presque organique.
Ce qui se joue alors dépasse le simple récit d’une relation. Le texte interroge une manière contemporaine d’aimer, ou plutôt de vivre le désir dans un monde saturé de médiations. L’expérience affective y devient fragmentée, filtrée, parfois plus intense dans sa représentation que dans sa présence effective. Cette tension permanente entre vécu et représentation donne au livre sa respiration particulière.
Ainsi, Passion libre ne s’impose pas par un choc initial, mais par une forme de persistance. Il s’installe dans la durée, dans une attention aux détails, aux écarts, aux zones de flottement. Ce qu’il propose n’est pas une exaltation de la passion, mais une exploration de ses formes contemporaines – traversées par la lucidité, par la médiation des images, par une difficulté à coïncider pleinement avec ce que l’on vit.
Et c’est dans cette approche, discrète mais tenace, que le roman trouve peu à peu sa cohérence, non pas comme une résolution, mais comme une tenue dans l’incertain, une manière de maintenir la tension sans jamais la résoudre complètement, laissant au lecteur le soin de demeurer dans cet entre-deux où l’émotion existe précisément parce qu’elle ne se fixe pas.
La proposition de loi autorisant le travail le 1er-Mai ne concernait pas uniquement les boulangers et les fleuristes artisanaux. Elle a été enterrée. Heureusement que ce jour férié demeure obligatoirement chômé et payé.
Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais manqué de pain un 1er-Mai. On ne trouvera trace, dans ma mémoire d’enfance, dans mes jeunes années puis, après quelques décennies, dans les toutes récentes « journées internationales des travailleurs », d’un traumatisme provoqué par un fournil barricadé, une chocolatine interdite ou une fougasse prohibée.
Gabriel Attal semble avoir connu cette violence. Il sait ce que peut être une privation longue comme un jour sans pain.
La motion de censure déposée par son groupe à l’Assemblée nationale, pour ne pas débattre du texte et aller directement en commission mixte paritaire, sans la moindre consultation en amont des partenaires sociaux, a mis le gouvernement dans le pétrin.
Cette proposition de loi permettant d’autoriser le travail des salariés le 1er-Mai ne portait absolument pas sur les seuls boulangers et fleuristes artisanaux. La ficelle législative consistait à élargir les ouvertures aux filières industrielles, avec un décret d’exception de plus de treize pages et, finalement, plus d’un million et demi de personnes concernées.
Alors, un mot magique a été sorti : volontariat. Il n’a pas été question du niveau des salaires. S’il ne veut pas gagner son pain ce jour-là et rester chez lui à bayer aux corneilles, le salarié de chez Paul ou d’Interflora (n’oublions pas l’insupportable pénurie de fleurs qui touche notre pays chaque 1er-Mai) n’a plus qu’à dire : « Désolé patron, pour le 1er, ce sera sans moi ! ». Oui, cela peut exister, comme il existe des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité de l’espèce (Audiard).
C’est bien vite oublier le rapport de subordination entre un salarié et son employeur. Et la réalité même du travail. Depuis 2019, dans le privé, les arrêts maladie ont augmenté de plus de 50 %. De quoi ce chiffre est-il le nom ? D’un mal-travail, de comportements abusifs, de risques psychosociaux qui ne sont toujours pas pris en considération. Je rêve d’une modulation des cotisations sociales patronales, avec un mécanisme de bonus-malus : des avantages pour les entreprises qui se comportent bien et des sanctions pour celles qui ne prennent pas de mesures correctives.
J’ai vu les dirigeants du centre (pas tous) et de droite sauter sur leur chaise comme des cabris en disant : « Volontariat ! Volontariat ! Volontariat ! » Seulement, comme disait de Gaulle : « La propriété, la direction et le bénéfice des entreprises, dans le système capitaliste, n’appartiennent qu’au capital. Dès lors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent. Non, le capitalisme, du point de vue de l’homme, n’offre pas de solution satisfaisante. »
C’est pourquoi le 1er-Mai, seul jour férié obligatoirement chômé et payé, participe à un tout autre imaginaire. Un levain pour consacrer cette journée à autre chose. À la famille, aux loisirs, à tout ce qui tremble et palpite.
Notre problème n’est pas le temps de travail, ni le nombre de journées travaillées, mais le taux d’activité. Trop de personnes, notamment les jeunes et les plus de 55 ans, ne sont pas en activité. Débattons de cela, un brin de muguet à la boutonnière !
Six mois d’auditions houleuses, des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, de violentes attaques dans la presse… pour un rapport qui a failli être enterré. Charles Alloncle raconte ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.
Causeur. Quel baptême du feu ! Il y a six mois, vous étiez inconnu. Aujourd’hui, des passants vous disent : « Tenez bon ! », vous êtes la bête noire du camp progressiste, Macronie comprise, et une tête de Turc de la presse de gauche. Imaginiez-vous être au centre d’une telle tempête ?
Charles Alloncle. Le Système a montré qu’il avait une sacrée force de résistance ! Il était prévisible que nos travaux intéressent les Français. C’est la première fois que l’Assemblée se penche ainsi sur le cas de l’audiovisuel public dans le cadre d’une commission d’enquête. Ensuite, ces résistances ont bien montré qu’il y avait là un enjeu démocratique essentiel.
Le Système, c’est vague et impersonnel. De quelles résistances parlez-vous ?
Celles de certains journalistes, animateurs et producteurs, dont les intérêts sont liés à ceux de l’audiovisuel public. Je pense aussi à Matthieu Pigasse et à Xavier Niel, qui sont fondateurs et actionnaires de la société de production Mediawan, premier fournisseur privé de programmes pour France Télévisions (FTV), à hauteur de 110 millions d’euros par an. Quand on soulève le capot de tels intérêts financiers et médiatiques, on se fait forcément beaucoup d’ennemis.
En attendant, les auditions de la commission ont bien eu lieu et votre rapport a été publié…
Oui, mais c’était moins une. Jusqu’au dernier moment ça a tangué. Et rappelez-vous les quelques jours qui ont suivi la remise de mon rapport. Seuls les trente députés membres de la commission pouvaient le consulter dans des conditions strictes de confidentialité : cela se passait dans une pièce de l’Assemblée avec des créneaux horaires fixés, les téléphones portables étaient interdits. J’ai scrupuleusement respecté la règle de non-divulgation mais très vite, on a vu apparaître des articles et des échos sur son contenu, de prétendues révélations truffées d’approximations et de fake news. Jamais dans les annales de l’Assemblée, il n’y avait eu autant de fuites à ce stade d’une commission d’enquête. L’objectif était évidemment de brouiller le vrai avec du faux et de jeter le discrédit sur l’ensemble de notre travail pour qu’à la fin, le rapport ne soit pas voté.
Quel sens aurait eu une telle censure ?
Elle m’aurait strictement interdit, sous peine de poursuites pénales, de mentionner pendant vingt-cinq ans ce que contient le rapport. Ce qui veut dire que je n’aurais même pas été autorisé à démentir les fake newsqui ont circulé à son sujet. De plus, n’oubliez pas que, dans ce cas, tout disparaît : les vidéos, les comptes-rendus des auditions. Bref, c’est une censure très efficace, qui n’a été utilisée qu’une fois, pour la commission sur le financement des syndicats en 2011.
Sans doute, mais à qui aurait profité le crime ? Le scandale d’un rapport enterré aurait fait un tort considérable à l’audiovisuel public !
Et pourtant, dès le départ, on m’a mis de surprenants bâtons dans les roues. La coutume veut qu’à l’Assemblée, les groupes d’opposition puissent créer chaque année une commission d’enquête sur le thème de leur choix et que les autres groupes n’y fassent pas obstruction. Notre proposition est passée à quelques voix seulement lors du vote en commission des Affaires culturelles, avec contre nous un front inhabituel de députés de gauche, d’extrême gauche et de macronistes. Ce sont les mêmes, je pense, qui, à quelques heures du vote du rapport, ont alimenté la presse. Mais les obstacles ne se sont pas arrêtés là. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, proche d’Édouard Philippe, a interrompu les travaux entre le 19 décembre et le 21 janvier sans faire approuver cette décision par le bureau de la commission. Il n’a pas été rappelé à l’ordre par la présidente Yaël Braun-Pivet. Il a refusé un certain nombre d’auditions pourtant importantes, notamment celle de Caroline Lang, qui a été à la tête du Syndicat des producteurs indépendants jusqu’à récemment, et la patronne entre 2003 et 2022 de Warner France, l’un des principaux fournisseurs de programmes de France Télévisions.
Quelles concessions avez-vous dû faire pour arracher le vote de votre rapport ?
Il y a eu un chantage parfaitement indécent de la part des macronistes, qui ont monnayé leur abstention contre deux retraits du rapport. Le premier a consisté à enlever quelques lignes qui indiquaient que Yaël Braun-Pivet avait donné une interview à la matinale de France Inter le jour même de l’audition de la présidente de Radio France, ce qui est une entorse aux principes censés garantir les pouvoirs d’une commission d’enquête. La deuxième demande concernait le président de la commission, qui ne supportait pas que l’on rappelle qu’il est administrateur de France Médias Monde (la maison mère de France 24) et qu’il a été administrateur de Radio France en 2023 et 2024. Les deux faits sont pourtant avérés. Cette demande de suppression dit beaucoup de leur rapport à la vérité et de leur incapacité d’assumer le dévoiement de nos institutions.
Venons-en au contenu du rapport. Certains respirent ! En particulier les responsables de Radio France et France Inter. En effet, alors que le sinistrisme de leurs antennes est scandaleusement évident, la foudre est plutôt tombée sur France Télévisions où c’est beaucoup moins flagrant.
Vous avez raison et le rapport pointe nombre de ces errements répétés sur Radio France. La commission avait deux grands domaines d’investigation, la gestion et les finances d’un côté, la neutralité et l’éditorial de l’autre. Pour résumer à grands traits, je dirais qu’il y a surtout des entorses préoccupantes au principe de neutralité à Radio France, et surtout des problèmes de gestion financière et de conflits d’intérêts à France Télévisions.
Commençons par l’éditorial. On vous a reproché de ne pas connaître les métiers de l’audiovisuel. Il nous semble par exemple qu’en reprochant à France Inter d’avoir interrogé l’ambassadeur d’Iran, vous faisiez fausse route. Le pluralisme, c’est aussi cela. À Causeur, nous aurions interviewé Hitler !
Oui, mais sans doute avec plus de contradiction que sur France Inter dans le cas que vous citez. Plus généralement, on a le droit de donner la parole à n’importe qui, encore faut-il bien indiquer au public qui sont les personnes et d’où elles parlent. J’ai dressé une liste non exhaustive, mais déjà très longue, de personnes conviées sur les antennes de Radio France et France Télévisions sans qu’il soit mentionné le parti, l’organisation ou le régime qu’elles soutiennent. Ce défaut de clarté est préjudiciable à l’honnêteté de l’information, surtout quand la question traitée est un sujet diplomatique de haute sensibilité. D’autant qu’un deuxième problème vient se greffer : la surreprésentation à l’antenne d’invités favorables à un camp plutôt qu’à un autre. Quand on décortique par exemple le traitement par Radio France de la question iranienne, on constate que parmi les opposants aux mollahs, on a très peu entendu les partisans de Reza Pahlavi et beaucoup plus les Moudjahidines du peuple.
Nul ne peut nier le tropisme de gauche des journalistes du service public. Mais aucun pouvoir ne pourra jamais les obliger à changer d’idées.
On pourrait au moins demander que les rédactions de France Télévision ne soient pas placées sous la supervision de Stéphane Sitbon-Gomez, le numéro 2 du groupe à qui vient d’échoir la responsabilité de l’information en plus des programmes. Or, non seulement il n’a pas sa carte de presse, mais il n’avait travaillé avant France Télévisions que pour Europe Ecologie Les Verts.
Avoir sa carte de presse n’est pas toujours un critère de compétence et d’honnêteté.
Le service public s’est quand même longtemps honoré en nommant à la tête de l’information des journalistes reconnus pour leur indépendance et leur expérience, comme Arlette Chabot ou Thierry Thuillier.
Vous reprochez surtout à Stéphane Sitbon son passé partisan. Mais si vous désirez quitter la politique un jour, ne souhaiterez-vous pas pouvoir aller où bon vous semble, sans qu’on vous reproche votre passé politique ?
Si cela arrive, je ne postulerai pas dans un média de service public censé garantir une indépendance effective. L’information est trop précieuse pour être confiée à d’anciens activistes politiques, quel que soit leur bord.
À moins qu’il y ait eu de grands changements, il n’est pas sûr qu’ils vous courront après. En attendant, vous ne pouvez pas empêcher les gens de changer d’avis, de changer de vie.
Non, mais on doit éviter le mélange des genres. Il est inadmissible, par exemple, qu’une responsable de la cellule de fact-checking de France Info TV, Linh-Lan Dao, ait participé comme tête d’affiche à un meeting de La France insoumise il y a quelques mois à Toulouse, avec le député François Piquemal.
Mais elle a été sanctionnée par son employeur pour cela.
Certes, mais sa direction a refusé en audition d’indiquer la sanction prononcée, si bien que je doute de sa sévérité et même de son effectivité. De toute façon, dès lors qu’elle est militante, elle ne devrait pas occuper ce poste.
Et si on la touche, les syndicats se rebifferont. Vous vous en prenez là à un tabou, ou au moins un non-dit : le pouvoir considérable de syndicats de journalistes face auxquels les directions sont passablement impuissantes.
C’est pourquoi il faut muscler les comités d’éthique de l’audiovisuel public, en particulier celui de France Télévisions, qui est totalement défaillant. Rendez-vous compte qu’il ne s’est réuni que quatre fois en 2024 ! Surtout, il est présidé par Christine Albanel qui, par le passé, a eu sous ses ordres Christophe Tardieu, l’actuel secrétaire général de France Télévisions. Et elle a aussi été une collègue de Delphine Ernotte pendant plusieurs années chez Orange, où toutes deux étaient directrices. Je recommande pour ces comités davantage de moyens, des prérogatives élargies et une composition plus indépendante, avec des membres n’ayant aucun lien avec la direction.
Passons aux questions de gestion qui concernent essentiellement FTV, Radio France n’achetant pas ses contenus à des sociétés extérieures. Précisons immédiatement que vous n’avez débusqué aucun cas de trafic d’influence, de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts qui devrait être signalé à la justice. En revanche, vous avez identifié des pratiques qui manquent de rigueur et de clarté dans les procédures de décision d’achat de programmes auprès des sociétés de production.
J’ai déploré en premier lieu le volume de cette externalisation. Pourquoi faire autant appel à des sociétés privées quand on paye déjà tant de journalistes, de techniciens et directeurs d’unité, tous compétents et sincèrement engagés dans leur mission ? Il s’agit tout de même d’un milliard d’euros de commande publique annuelle. C’est considérable, surtout si l’on sait que ces contrats sont signés en dehors des règles communes des marchés publics, dans la mesure où les programmes télévisés sont considérés comme des œuvres. Il n’y a pas d’appels d’offres, ni la moindre transparence. Ce qui favorise évidemment le choix à la tête du client, voire le copinage.
Sauf que cette externalisation est imposée par la loi Léotard et les décrets Tasca, qui visaient à favoriser l’émergence d’un écosystème français de production audiovisuelle.
Oui, mais France Télévisions outrepasse totalement ses obligations en la matière, comprises entre 300 et 400 millions d’euros par an. J’appelle cela de l’« infra-privatisation », phénomène d’autant plus fâcheux qu’il profite en partie à des intérêts étrangers comme ceux du fonds américain KKR, actionnaire important de Mediawan. Autrement dit, France Télévisions pourrait internaliser davantage sa production. En particulier ses programmes « sensibles » au plan éditorial, les émissions d’information, de débats, de politiques et d’opinions, telles que « C dans l’air », « C à vous », « C ce soir » et « C politique », toutes produites soit par Mediawan, soit par Together. Et puis, il y a le problème des comités d’investissement, très peu transparents. Le secrétaire général de France Télévisions, Christophe Tardieu, m’a transmis en tout et pour tout à ce sujet un simple tableau récapitulant les décisions d’achats. Un tableau édifiant, quasiment dépourvu d’explication sur les raisons formelles qui justifient les choix de FTV. Et puis quand on entre dans le détail, on découvre des pratiques choquantes. Par exemple, quand Anne Holmes, qui est à la tête d’un des budgets de programmes les plus importants de France Télévisions, celui de la fiction, doit statuer sur la proposition d’un producteur chez qui il lui arrive de passer des vacances, elle se déporte en faisant instruire le dossier par ses subordonnés.
D’après Stéphane Sitbon-Gomez, ses subordonnés instruisent le dossier, mais la décision est prise par ses supérieurs. Cela dit, on comprend que vous tiquiez sur cette méthode baroque de déport. En revanche, on ne vous suit pas sur l’affaire des vacances. Oui, l’audiovisuel est un milieu professionnel qui, comme beaucoup d’autres, est très consanguin. On travaille ensemble, on devient amis, on s’invite, on passe d’une boîte à l’autre : c’est la vie, cher Charles !
Dans la vie, on déclare à son entreprise (et au fisc) tout cadeau d’un fournisseur lorsqu’il dépasse même une centaine d’euros.
Oui, mais là on parle de passer des vacances avec des copains. Vous voulez établir un prix de journée ?
Quand vous passez des contrats à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros, cela doit être encadré et à minima il faudrait un document qui formalise les procédures de déport avec exposé du motif ainsi que tout lien d’intérêt. Il devrait aussi exister, pour tous les postes de responsabilité, une procédure de validation auprès de la Haute Autorité de la transparence de la vie publique, comme pour les fonctionnaires, afin de prévenir ces conflits d’intérêts. Je vais prendre un exemple, celui de Bernard-Henri Lévy,qui est président du conseil de surveillance d’Arte depuis trente-deux ans et qui a fait modifier à deux reprises la règle de limite d’âge pour rester en fonction. Je rappelle que le conseil de surveillance nomme le président de la chaîne, il dispose donc d’un pouvoir hiérarchique important. Or on apprend qu’entre 2011 et 2022, BHL a vendu ses propres films et documentaires à la chaîne Arte pour un montant total de 750 000 euros.
Précisons que ce montant correspond à l’achat des programmes, en aucun cas à ce que BHL a empoché. Si on considère que ces programmes sont coûteux à fabriquer, ce n’est pas une somme effarante…
Peut-être, mais il est président du conseil de surveillance, cela devrait être zéro euro, ou alors dans des conditions très encadrées. Vous avez aussi le cas de Nathalie Darrigrand, qui a été directrice exécutive de France 5 et a signé à ce titre des contrats avec la société Together pour l’achat d’émissions phares. Elle est licenciée de France Télévisions, moyennant une indemnité d’environ 400 000 euros, pour finalement se retrouver quelques mois plus tard à Together. Même chose pour Takis Candilis, qui a fait la navette entre France Télévisions et Banijay, où il a fait fortement augmenter le volume de contrats passés avec le service public audiovisuel.
Vous ne pouvez pas demander aux anciens dirigeants de France Télévisions de mettre une robe de bure et d’aller travailler dans un monastère ! Montesquieu disait que « la modération est le cordon de soie qui court à travers le rang de perles de toutes les vertus », autrement dit que, même en matière de vertu il faut de la modération. D’ailleurs, n’avez-vous pas manqué de modération en vous en prenant à Nagui sur les réseaux sociaux avant même de l’auditionner ?
Je me suis contenté de rappeler qu’en 1995, la direction de France 2 ainsi que la société de Nagui avaient été condamnées pour favoritisme et que vingt-cinq ans plus tard, en 2020, Mediapart révélait que France Télévisions avait signé un contrat de 100 millions d’euros sur trois ans avec la société de Nagui.
Là encore, ces 100 millions ne sont pas l’argent de Nagui, mais celui versé à sa société. Nagui objecte par ailleurs que ces sommes sont méritées, car ses émissions rapportent beaucoup de recettes publicitaires à France Télévisions.
Pour juger de la pertinence de cet argument, j’aurais aimé voir ses contrats et ses fiches de paie, afin de pouvoir évaluer ses marges et ses encaissements. Nagui m’avait promis ces éléments lors son audition, mais après un certain nombre de relances, la société dont il est co-actionnaire a envoyé un mail pour indiquer qu’elle ne fournirait rien. Donc j’assume mes propos : je vous mets au défi de trouver quelqu’un, chirurgien d’hôpital public, haut fonctionnaire, ministre, patron d’entreprise publique, qui sur les dix dernières années a gagné autant d’argent que lui grâce au service public.
On sent que la riposte de Nagui qui a, de façon assez minable, parlé de votre père dans « Quotidien », vous a beaucoup touché. Cette bataille a dû être très éprouvante…
J’ai pris des coups, certes. Mais j’ai appris à les encaisser et surtout ne pas y accorder la moindre importance Je bénéficie d’un soutien populaire très fort. Heureusement d’ailleurs, parce que si je me contentais de lire la presse, j’aurais rendu mon tablier depuis longtemps.
Vous avez toutefois profité de la bienveillance des médias de Vincent Bolloré…
C’est la preuve qu’il y a au moins un pluralisme externe à la télévision !
Certains vous accusent de carrément rouler pour l’homme d’affaires breton…
Si c’était le cas, je ne me serais pas intéressé à Banijay, dont il est actionnaire, je ne me serais pas intéressé aux rémunérations et aux marges de Nagui, qui en est coactionnaire. Et puis Vincent Bolloré nous a indiqué lors de son audition qu’il était plutôt favorable à un auto-financement de France Télévisions, alors que pour ma part, malgré les affirmations erronées de Jérémie Patrier-Leitus, qui me prête des intentions de privatisation, je propose dans le rapport des dizaines de piste d’optimisation, portant sur près d’un tiers du budget total de l’audiovisuel public, mais sans privatisation à la clé.
Un tiers du budget, il y aura du sang sur les murs ! Vous recommandez la fusion de France 2 et France 5 d’une part, et d’autre part celle de France 24 et de France Info TV. Vous préconisez aussi la fermeture de France 4. Ce qui revient quand même à diminuer considérablement la surface de l’audiovisuel public sur nos écrans.
Oui, mais cela aurait du sens. Un temps connue pour être une chaîne dédiée au jeune public, un temps plutôt orientée sur des contenus culturels, France 4 n’a jamais trouvé son public ni une identité propre. Les doublons de programmes d’animation le matin entre France 4 et France 5 indiquent des pistes d’optimisation évidentes, tout comme les rediffusions récurrentes en deuxième partie de soirée sur France 2, que déplorent nombre de téléspectateurs. Où sont passés les contenus inédits ? Où sont passés les programmes de vacances et d’été ? Alors que France 2 compte neuf cases de jeu par jour, soit neuf fois plus que sur les chaînes concurrentes TF1 et M6, la fusion entre France 2 et France 5 permettrait de garder le meilleur des programmes de magazine d’information, d’émission de flux et de documentaire de France 5 avec le meilleur de l’information, de la fiction et des programmes culturels et sportifs de France 2. En plus de permettre des économies très substantielles, la fin des rediffusions et la diminution des cases de jeu permettrait aisément de fusionner les deux antennes pour une nouvelle chaîne généraliste qui, à n’en pas douter, rencontrerait son public et se distinguerait des chaînes privées commerciales.
Mais les jeux rapportent de la pub. Et que faites-vous de France 3 ?
France 3 a selon moi vocation à rester la chaîne des territoires, pas simplement en termes d’information locale mais aussi de valorisation des événements culturels régionaux. En un sens, une vraie chaîne de proximité rendant hommage à toute la richesse de notre pays. Seulement, je crois qu’il faut fusionner ses antennes locales avec celles d’Ici, ex France Bleu, pour créer de vrais pôles régionaux capables d’assumer ces missions avec des moyens à la hauteur de cette exigence.
On ne sait pas si vous aurez votre place à France Télévisions, mais comme ministre du Budget, vous feriez merveille ! Vous êtes un sacré « cost killer » !
Je vous laisse à vos pronostics, je ne suis candidat à rien. J’espère seulement avec la commission avoir pu contribuer à introduire un surplus d’esprit de responsabilité, de gravité et de précaution dans l’utilisation de l’argent des Français. Demain, davantage de responsables d’administration et de responsables d’entreprises publiques engageront cet argent et nos budgets avec une vigilance accrue, peut-être aussi parce qu’ils auront à cœur d’être irréprochables, s’ils doivent à répondre à une commission d’enquête similaire à celle que nous avons menée. Ce sera déjà une victoire de notre travail parlementaire.
On parle de l’endettement de la France depuis belle lurette, semble-t-il. En réalité, la situation financière actuelle est le résultat de la gestion pratiquée par Emmanuel Macron depuis son avènement au pouvoir. Au cours des neuf dernières années, il a augmenté la dette française d’un tiers. Notamment, le « quoi qu’il en coûte » de l’époque du Coronavirus a non seulement coûté très cher au pays, mais il a aussi maintenu en vie de nombreuses entreprises dont le modèle économique ne s’est jamais remis du choc de la pandémie. Ces sociétés n’ont rien contribué à une quelconque reprise économique depuis.
Les gouvernements successifs ont dépensé pour acheter la paix sociale, surtout en subventionnant un système des retraites qui n’est plus du tout adapté à la situation démographique et économique de la France d’aujourd’hui et qui grève l’avenir de la génération actuelle des jeunes et celles à venir.
La France emprunte chaque année, moins pour investir dans son développement futur que pour payer la différence entre la recette fiscale (qui dépend d’une minorité de contribuables parmi la population) et les dépenses courantes de l’Etat. Il faudrait un Milei français qui soit capable de faire des coupes dans les budgets et de réformer l’économie. Mais trop de personnes profitent du système actuel pour tolérer un tel chamboulement, pour nécessaire qu’il soit.
Cette crise bien française sera inévitablement aggravée par le bouleversement de l’économie mondiale résultant du conflit au Moyen Orient. Elle sera aggravée aussi par la révolution de l’intelligence artificielle dont le saccage des emplois parmi les cols blancs ne sera qu’une des conséquences. Dans le domaine de l’IA, la France comme l’UE a pris trop de retard sur le plan technologique – en dépit de la qualité des ingénieurs qu’elle forme et qui partent travailler à l’étranger. Et la sur-régulation de ce secteur est à l’image de toute la problématique économique française: d’un côté, il y a un capital intellectuel de haut niveau, de l’autre, un caste parasitique de bureaucrates dont la mission est d’entraver le progrès et la croissance.
Sylvain Loganadin est expert financier, fondateur d’Ultra Bourse, et influenceur économique sur YouTube et d’autres réseaux sociaux sous le nom de Sylvain Tiger.
Emmanuel Macron a été élu sur des promesses: fin du «clivage artificiel» gauche/droite, modernité et esprit «startup» nation. Dix ans plus tard, il suffit d’ouvrir les yeux pour mesurer l’ampleur du fiasco: dette abyssale, surenchère de normes soviétoïdes, immigration de peuplement incontrôlée, insécurité sur l’ensemble du territoire, antisémitisme arabo-musulman exponentiel, effondrement du système éducatif, perte des valeurs républicaines, services publics aux abois…
Économie: croissance amorphe, dette folle
Le volet économique, cœur du projet macroniste en 2016, devait libérer les énergies par la réforme et la compétitivité. À l’arrivée, la France apparaît en 2026 comme la lanterne rouge d’une Europe qu’elle prétendait moderniser. La dette publique atteint environ 120% du PIB (près de 3500 milliards €), soit la proportion la plus élevée de la zone euro. En 2017, elle plafonnait à 101%. La politique budgétaire s’est figée dans le « quoi qu’il en coûte » permanent : pour le Covid, certes, mais aussi par clientélisme électoral, avec la politique du chèque pour tout et n’importe quoi.
Une de l’hebdomadaire « Le Point », 23 avril 2026
Le déficit structurel persiste malgré la hausse des prélèvements. L’État obèse dépense toujours plus, tandis que la France a perdu plusieurs rangs en productivité. Le pays reste industriellement anémié: plus de 100 usines ferment chaque année, contre 70 en 2017. La promesse de réindustrialisation « verte » s’est dissoute dans les annonces sans suite, rongée par un coût de l’énergie explosif, conséquence de l’imprudence initiale sur le nucléaire et de la dépendance vis-à-vis du gaz importé. La charge des intérêts de la dette dépasse désormais 62 milliards € par an… Autant que le budget de l’Éducation nationale ! Une folie.
Ce tableau de recul industriel et de dette chronique illustre une France en voie de paupérisation : les Français sont écrasés par l’explosion des prix (dont celui de l’énergie, bravo pour Fessenheim) et la hausse constante de la fiscalité. Cette hausse globale des impôts, prélèvements et taxes déguisées rend probable une légitime rébellion populaire de type gilet Jaune. Et pire, à un soulèvement des Français qui travaillent, asphyxiés financièrement, dont le consentement à l’impôt s’effrite jour après jour.
Le déclassement éducatif et culturel
L’école française, jadis moteur de l’ascension sociale, a subi sous Emmanuel Macron une double crise : celle des résultats et celle du sens. Comme sur tous les sujets, le « en même temps » a frappé : entre le très républicain Jean-Michel Blanquer et son successeur woke Pap Ndiaye, quelle cohérence idéologique ? Les études internationales confirment la dégringolade du niveau en mathématiques et en lecture. La France, autrefois première en Europe pour sa rigueur scolaire, n’est plus qu’en milieu de classement. Le décrochage affecte d’abord les milieux populaires, révélant l’incapacité de l’école de la République à corriger les inégalités qu’elle promet de réduire.
Le mal n’est pas seulement quantitatif : il est aussi culturel. Les réformes successives ont substitué la communication à la transmission. L’enseignement supérieur, massifié sans moyens, s’uniformise dans la médiocrité et les « bullshit studies ». Dans ce contexte, la culture française a perdu son statut de phare intellectuel. Les institutions publiques culturelles, longtemps gardiennes du patrimoine, sombrent dans l’activisme woke. L’entre-soi de gauche règne dans la culture institutionnelle comme dans l’audiovisuel public, comme l’a montré la Commission parlementaire qui vient de s’achever. La propagande éco-citoyenne et progressiste a remplacé la neutralité et l’exigence éditoriale, le tout payé par le contribuable qui n’a rien demandé.
Immigration et insécurité culturelle : la « nouvelle France » chérie par les progressistes, de Macron à Mélenchon
L’un des angles morts du macronisme est sa politique migratoire, plus marquée par la communication que par l’action. Les flux migratoires ont continué d’augmenter depuis 2017, et les retours forcés des OQTF demeurent marginaux.
Macron, en refusant de rompre avec la logique de ses prédécesseurs, a favorisé une immigration économique et familiale africaine et subsaharienne que les structures d’intégration ne parviennent pas à absorber. Et que la France n’a pas les moyens de financer, sauf par la dette publique que paieront nos enfants et petits-enfants.
Sur ce terreau, l’entrisme des Frères musulmans s’est amplifié. Les lois de 2021 sur le « séparatisme » ont certes affiché une volonté d’ordre, mais elles ne sont pas appliquées : associations dissoutes reconstituées, financements étrangers tolérés, influence idéologique grandissante. Dans les banlieues françaises, l’islam politique s’impose comme une norme sociale acceptable, avec la complaisance d’élus locaux de gauche et d’extrême gauche dépendants électoralement de ces réseaux communautaires.
À cette sécession rampante s’ajoute la montée de l’antisémitisme de banlieue, longtemps niée par le pouvoir. Les tensions importées du Proche-Orient trouvent un écho brutal dans les cités françaises, où la haine d’Israël sert de masque à une hostilité générale envers la République et ses valeurs, dont la laïcité. Le gouvernement, paralysé entre le déni et la peur de « stigmatiser », n’a pas enrayé cette régression. Malgré les alertes de Boualem Sansal et de nombreux intellectuels spécialistes de cet entrisme, le pouvoir laisse faire. Mieux vaut vanter les mérites de la créolisation du pays à marche forcée que de passer pour un « islamophobe ». A cet égard, Macron ne vaut pas mieux que Starmer, Sanchez, et Merkel avant eux. Cette lâcheté se paiera cher.
Institutions verrouillées et effondrement démocratique
Le macronisme devait « libérer » la République de ses vieux carcans. Il aura au contraire multiplié les verrouillages. Dans la haute administration comme dans les grandes entreprises publiques, les nominations politiques ont consolidé un système de cooptation idéologique, tourné presque exclusivement vers des profils issus de la technostructure ou de la gauche sociale-libérale. De l’ARCOM au Conseil constitutionnel, en passant par la Cour des comptes et France Télévisions, les postes stratégiques sont entre les mains de fidèles et des compagnons de route de la gauche.
Cette concentration du pouvoir, alliée à l’usage inflationniste du 49.3 et à deux gouvernements censurés, a creusé un fossé inédit entre le pouvoir et les Français. Le pays cumule désormais déficit économique, déficit démocratique, instabilité politique et perte de confiance : près de 80% des Français affirment que « la démocratie ne fonctionne plus ».
Un pays déclassé
Emmanuel Macron restera le président de l’illusion réformatrice. Son règne aura marié la rhétorique du progrès et les résultats d’un déclin. La France qu’il laissera en 2027 est plus endettée, plus fracturée, moins instruite, moins confiante dans son avenir que sous François Hollande. Une forme d’exploit dans l’échec. Le prochain président — qui espérons-le sera libéral et rationnel —aura du pain sur la planche pour enrayer l’effondrement général du pays, et la radicalité politique qui fracture la société. Il devra redonner la parole aux Français, par la voie du référendum, sur tous les grands sujets évoqués plus haut, sur lesquels ils n’ont jamais été consultés. Ainsi seulement pourra-t-on sortir le pays du fossé, et calmer la fièvre insurrectionnelle qui monte dans les rangs de la majorité silencieuse.
L’Observatoire des décisions de Justice publie un rapport alarmant sur la syndicalisation de la Justice en France, et sur ses conséquences pour les justiciables. De quoi alimenter la défiance grandissante envers une institution capable de se jouer des lois.
Derrière robe noire et hermine, certains militent plus qu’ils jugent. C’est le constat explosif du dossier « Syndicalisation de la justice : Enquête sur un pouvoir parallèle » publié par l’Observatoire des décisions de Justice1.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : seuls 5 % des Français trouvent la justice « efficace » et 31 % la voient « politisée » . Derrière ces chiffres alarmants, une réalité longtemps cachée : le poids écrasant des syndicats de magistrats ancrés à gauche, influençant nominations, promotions et même jugements. Le sentiment qui domine aujourd’hui n’est plus celui d’une justice protectrice, mais celui d’une institution lente et laxiste ; le juge n’est plus une figure neutre mais un acteur dont les convictions personnelles peuvent dicter le verdict.
La syndicalisation: un pouvoir invisible qui contrôle tout
Depuis cinquante ans, ce syndicalisme a pris une tournure unique en Europe. Le Syndicat de la magistrature et l’Union syndicale des magistrats ne défendent pas les conditions de travail, mais pèsent sur le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui décide de qui est promu, muté ou sanctionné. Résultat ? Une justice parfois rendue « au nom de l’idéologie » plutôt qu’en celui du peuple.
Le formatage commence dès l’École nationale de la magistrature : priorité à la réinsertion, critique des politiques sécuritaires, prison vue comme un « mal absolu ». L’héritage deRobert Badinter et de la « Défense sociale nouvelle » est passé de l’humanisme à ce que beaucoup dénoncent comme du laxisme systémique.
L’héritage empoisonné du syndicalisme radical
Pour comprendre cette dérive, il faut remonter à la source : la naissance du Syndicat de la magistrature dans les soubresauts de mai 68 ; tout commence par un séisme : la « harangue de Baudot ». Ce magistrat appelait ses collègues à « mépriser la loi » et se montrer « partiaux » pour favoriser les plus démunis contre l’expression d’un « droit bourgeois ». Un appel à la partialité assumée qui résonne comme le manifeste d’une justice idéologique.
Ce qui devait rester une provocation militante est devenue, pour certains, une méthode de travail ; une « justice de rupture » qui voit le juge chercher à transformer la société. Est-on encore en République quand ceux qui doivent appliquer la loi s’arrogent le droit de l’interpréter selon leur boussole idéologique ?
Du naufrage d’Outreau au « Mur des cons »
D’autant que si l’on a vu une « chasses au scalp » des politiques (Sarkozy, Fillon, Le Pen), les victimes de la « morgue » des juges sont souvent des gens ordinaires. De l’affaire du petit Grégory au naufrage d’Outreau, on a vu des vies brisées par des magistrats grisés par leur pouvoir et protégés par une inamovibilité qui semble les rendre irresponsables. En quinze ans, sur des milliers de plaintes de justiciables contre des magistrats, une seule a abouti à une sanction disciplinaire en 2024 (un blâme !). Ce constat de l’impunité totale de ceux qui jugent les autres est devenu insupportable.
En 2013, le « Mur des cons » : dans les locaux du Syndicat de la magistrature (SM), un panneau affiche les photos de personnalités de droite, de policiers… Et même de victimes, comme le père d’Anne-Lorraine Schmitt, assassinée par un récidiviste. Le tout sous la mention : « Avant d’ajouter un con, vérifiez qu’il n’y est pas déjà ». Françoise Martres, présidente du SM, est condamnée pour injure publique… Sans que sa carrière n’en souffre puisqu’elle sera promue à un poste prestigieux ; symbole parfait du corporatisme.
Des communiqués partisans et des blocages
Cela se poursuit en février 2026, après le meurtre de Quentin Deranque. Le SM accuse le gouvernement de « silence complice » face à « la montée de l’extrême droite » ; alors que l’enquête confirme l’intention mortifère des proches de Raphaël Arnault ! Le mois dernier, le SM saisit encore le Conseil d’État contre l’interdiction des permissions de sortie « ludiques » pour les détenus (après une évasion au Louvre), tout en dénonçant un « trumpisme pénitentiaire ». Même l’USM, présentée comme modérée, attaque une circulaire du ministre visant à mieux protéger les victimes. Le message est clair : la réinsertion avant tout, la sécurité publique… après.
Que font nos voisins ? En Espagne, les syndicats de magistrats sont interdits ; en Allemagne, très encadrés. En Roumanie, c’est plus radical : interdiction constitutionnelle d’appartenance politique, déclaration de patrimoine et d’intérêts accessible au public sur internet (y compris l’affiliation maçonnique), sanctions disciplinaires. Résultat ? Une facilité de récusation des magistrats et une neutralité renforcée.
Des propositions concrètes pour réveiller la justice
L’Observatoire ne se contente pas de dénoncer, il souhaite redéfinir le droit syndical et désolidariser le CSM des syndicats. Le préalable pourrait en être l’interdiction du Syndicat de la magistrature ; avec un argument de droit : il est interdit à un syndicat professionnel de poursuivre des objectifs politiques.
Ce dossier repose sur une étude documentée, avec cartes des syndicats, portraits de leurs présidents (du SM à Unité Magistrats, sans oublier le juge administratif), témoignages de magistrats et annexes explosives. Il pose la question qui fâche : comment un juge peut-il rester impartial quand son syndicat appelle à voter contre un candidat, manifeste contre le gouvernement ou désigne des victimes comme des « cons » ?
La confiance des Français est déjà au plus bas. Restaurer l’impartialité, c’est restaurer la démocratie. Car la justice n’est pas un champ de bataille idéologique mais le dernier rempart du peuple.
L’Observatoire des Décisions de Justice est une initiative citoyenne et indépendante, créée en juin 2025 par des juristes, universitaires, professionnels du droit et citoyens engagés, qui ne vit que de dons. Cet observatoire a pour objectif d’analyser les décisions de justice, révéler les failles juridiques ainsi que les dérives idéologiques de certains magistrats, tout en proposant des réformes concrètes pour restaurer une justice ferme et impartiale. ↩︎
L’élu d’extrême gauche Bally Bagayoko, qui décidément semble avoir pris la grosse tête, a décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans sa mairie. La loi ne l’oblige pas à l’afficher. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.
Le maire de Saint-Denis (93) refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron. Bally Bagayoko expliquait sur LCI, dimanche, qu’il avait décroché le portrait parce que, selon lui, la République ne corrige pas les inégalités. Il attend l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président qui sera, espère-t-il, Jean-Luc Mélenchon, pour le raccrocher :
— Darius Rochebin : « Dans votre bureau, vous avez décroché le portrait du président de la République ? »
— Bally Bagayoko : « C’est vrai, je l’ai décroché parce que j’ai considéré que, tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités… »
— Darius Rochebin (l’interrompant) : « Où l’avez-vous mis ? »
— Bally Bagayoko : « Il est dans un coin, retourné, en attendant, bien sûr, l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président… »
Cela a déplu au préfet de Seine-Saint-Denis, qui lui a adressé une lettre hier. Tout en admettant que ce n’est pas une obligation légale, Julien Charles demande au maire de respecter un usage consacré par la tradition républicaine. Usage qui, au passage, s’est installé et généralisé sous le Second Empire. Le maire n’en démord pas : « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations [du pacte républicain], notamment envers les habitants de notre territoire. » Emmanuel Macron restera donc au coin.
Faut-il l’obliger à accrocher le portrait du président ? Non ! La République ne se résume pas à des interdits, des règles et des obligations. Il faut une forme d’amour, et l’amour ne se décrète pas. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage de la bobine présidentielle s’est ensablée au Sénat.
Oui, Bally Bagayoko a le droit de décrocher le portrait du président, et on a le droit de trouver cet affront potache, pathétique et symbolique. Ces accusations et récriminations sont infondées. Nous sommes l’un des pays les plus redistributifs et les plus égalitaires d’Europe, et les quartiers « populaires », comme on dit, ont bénéficié d’innombrables dispositifs publics visant précisément à corriger ces inégalités. Faire croire aux habitants de Saint-Denis qu’ils sont abandonnés n’aboutit qu’à enkyster chez eux un sentiment victimaire stérile, car il pousse à la plainte et à la récrimination, plutôt qu’à l’action.
Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte selon que les gouvernants élus vous plaisent ou non. Ce n’est pas non plus un marché — je te reconnais si tu me donnes ceci ou cela. Le préfet souligne que le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, vise à rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques. Robert Ménard, maire de Béziers, dit qu’il accrocherait le portrait, y compris si Jean-Luc Mélenchon était président, alors même qu’il est plutôt un adversaire politique pour lui. En refusant de le faire, Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine et, surtout, prend le risque de convaincre ses concitoyens que la « Nouvelle France », dont il est une figure flamboyante, ne peut se construire qu’en tournant le dos aux usages et aux mœurs de l’ancienne.
🇫🇷 @BallyBagayoko refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron
🗣️ @ELevyCauseur :"Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte […] Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine" #GrandMatin