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Les fausses promesses de l’euthanasie

Alors que le texte portant sur la fin de vie est de nouveau débattu par les sénateurs aujourd’hui, la chambre se fracture entre des progressistes qui réclament une adoption du «droit à l’aide à mourir», et la droite qui craint, selon les mots de Bruno Retailleau, qu’il devienne plus aisé «de demander la mort que d’obtenir un soin.» L’ultime liberté revendiquée est en réalité l’ultime étape dans le processus de désocialisation de l’homme à qui l’on donnerait l’illusion de maîtriser sa condition de mortel.


Ultime liberté. Tel est le nom de l’association dont douze militants ont été condamnés, le 9 janvier 2026, pour avoir aidé des dizaines de personnes malades ou non, à se procurer une substance létale. Choisir l’heure et le moyen de sa mort, est-ce là l’ultime liberté à conquérir ? C’est la question vertigineuse que le Sénat s’apprête à poser une seconde fois en examinant le texte visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. 

Alors que cette loi provoquerait un basculement anthropologique en proposant dans tous les hôpitaux une pratique aujourd’hui qualifiée d’assassinat, il nous faut interroger ce terme trop souvent galvaudé de « liberté », derrière lequel se cachent parfois de sombres réalités.

Le triomphe de la volonté individuelle

Par la conquête de nouveaux droits sacralisés dans les textes législatifs, l’homme moderne, érigé en individu autonome, s’est progressivement libéré de ce qu’il considérait comme des contraintes. Un à un, des éléments religieux, biologiques, sociaux qui structuraient son existence ont cédé à la volonté individuelle. L’individu décide de sa morale et de sa religion, il détermine son « genre » et la conception de ses enfants. Mais une limite, la plus symbolique de notre condition, reste encore à franchir ; la mort. 

La fameuse « aide à mourir » promue par la proposition de loi Falorni, offrirait le « droit de choisir sa mort ». Au terme d’une procédure légère, le malade seul déciderait de mettre fin à sa vie. Cette liberté soi-disant ultime ne va pourtant pas de soi. En témoigne le nombre important de rétractations des patients ayant demandé l’euthanasie : selon plusieurs études, entre 50% et 90% des demandes initiales ne persistent pas dans le temps

« L’euthanasie, c’est une loi pour les forts, ceux qui peuvent regarder la mort en face, ceux qui sont capables d’en choisir l’heure. Ils sont peu nombreux » relève le Dr Fourcade, forte de 25 ans d’expérience en soins palliatifs. Jean-Paul Sartre, penseur par excellence d’une liberté auto-déterminatrice, le soulignait : « Ma liberté s’angoisse d’être le fondement sans fondement des valeurs. » Alors que le malade lutte dans une solitude existentielle face à la souffrance, est-ce réellement une liberté pour lui de choisir sa mort ?

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Dans le discours en faveur de « l’ultime liberté », il semble que, parce que décidée et maîtrisée, la mort serait plus douce. Pourtant, la mort est violente par nature. Notre finitude terrestre a toujours indigné l’homme porté naturellement à la vie. « Pourquoi suis-je né si ce n’était pas pour toujours ?» s’exclame le Roi de Ionesco. Mettre fin à sa vie n’est pas anodin. Les promoteurs de l’euthanasie nous parlent à tout-va « d’éteindre la lumière ». Mais une lumière s’éteint… et se rallume ! 

Par l’euthanasie, l’homme prend la responsabilité d’hâter un instant irréversible, il s’exclut du corps social, écartant tout imprévu heureux qu’apportent parfois les derniers instants. Il n’est pas juste de dire qu’une mort « choisie » est nécessairement plus facile à vivre pour le malade et ses proches. Le suicide assisté reste un suicide. Lorsque la mort apparaît comme l’unique solution, pouvons-nous seulement parler de choix ? De même, une telle mort ne demeure-t-elle pas imposée pour l’entourage ? Seuls l’accompagnement et les soins peuvent adoucir le moment tragique de la mort.

Maîtrise totale

Selon les partisans de ce texte, la maîtrise totale de notre existence serait un gage de bonheur. La liberté pensée ainsi est non seulement irréaliste, mais considère l’homme comme un électron libre, détaché de toute communauté humaine. Si, par peur de l’inconnu ou volonté de puissance, nous cherchons à tout contrôler, quelle place est alors laissée à l’autre ? 

À force d’autodétermination, l’homme nie sa dimension profondément sociale, renonce à la possibilité d’un réconfort extérieur, allant jusqu’à devenir esclave de ses propres peurs : peur de la mort, de la dépendance, de l’imprévu. « L’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude. » écrivait Platon dans La République.

51ème Marche pour la Vie, le 18 janvier 2026, place Vauban.

À l’échelle de la société, voter l’euthanasie et le suicide assisté est contraire à la liberté. Au malade en état de faiblesse physique et de bouleversement psychologique, nous proposerions la mort médicale, simple et rapide. Aux familles aidantes épuisées, nous la présenterions comme l’acte d’amour suprême. Au soignant angoissé de ne pas assez soulager son patient, nous donnerions le droit de l’éliminer. 

Dans les pays où cette pratique a été légalisée, on observe un phénomène d’appel d’air particulièrement inquiétant. Au Canada, le rapport annuel sur l’AMM montre que près de 50% des personnes y ayant eu recours mentionnent leur solitude comme facteur de décision. Une telle législation enferme chacun dans sa propre faiblesse, tandis que la société doit au contraire signifier aux plus vulnérables la valeur de leur vie, en renforçant notre solidarité.

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Quelle est donc cette « ultime liberté” qui pousse les plus vulnérables à demander la mort, contredit notre prévention au suicide, renverse les valeurs civilisationnelles de dignité et de soin, et nie le principe universel du « Tu ne tueras point » ?

À l’inverse, les soins palliatifs et l’accompagnement des personnes malades sont au service de leur liberté. Ils leur donnent la liberté d’aimer et d’être aimés, d’exprimer leur souffrance sans craindre qu’on leur propose l’euthanasie ni qu’on s’acharne inutilement sur elles, de vivre sans se sentir indignes… 

Ce que défendent ces militants « pro-choix », ce n’est pas la liberté, c’est l’autonomie. Le Secrétaire général du Choix / Ultime liberté, Pierre Blanchet, réagissait à la condamnation de ses militants : « C’est un combat pour le droit à l’autodétermination du choix de fin de vie. » 

Les promesses de ces partisans sont non seulement déconnectées du réel, mais nient les fondements de notre humanité. Plutôt que l’abandon face à la souffrance et la mort, offrons à nos malades l’attention, les soins, et l’amour dont ils ont besoin, pour que jusqu’au bout, ils soient libres de vivre !

Bingo pour l’antiracisme!

Inquiets de voir Jordan Bardella toujours plus haut dans les sondages, les Insoumis et leurs compagnons de route tentent, depuis les élections municipales, d’imposer le thème du racisme dans le débat politique. Une stratégie cynique mais payante.


Ça commence par un petit tour sur le voile islamique. Le 16 mars, profitant du fait qu’il n’existe pas de loi claire sur les signes religieux pour les élus municipaux, et que beaucoup à gauche prétendent qu’il est raciste de s’opposer à la prolifération du voile en France, deux membres de LFI, Damien Saley et Lamia Sabrina Sari, saisissent en urgence le tribunal administratif de Dijon. Élus la veille à Chalon-sur-Saône, ils réclament la suspension de l’arrêté du maire ex-LR Gilles Platret, qui interdit les signes religieux ostensibles au conseil municipal.

Si, au bout de deux jours, le tribunal rejette sagement la demande, le duo Insoumis peut quand même se vanter de son action d’éclat, qui donne le la de l’après-municipales. C’est dans ce contexte que sont diffusés quelques jours après, à l’antenne de CNews, les commentaires un peu vaseux – au pire, malencontreux, mais pas racistes – du psychologue Jean Doridot et du philosophe Michel Onfray au sujet de l’autoritarisme du maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko.

Quelle opportunité inespérée pour l’extrême gauche ! De quoi rendre aux Insoumis, s’ils s’y prennent bien, leur respectabilité, disparue depuis la mort de Quentin Deranque et les blagues mélenchoniennes sur les noms juifs. En vingt-quatre heures, la machine s’emballe : plainte en justice contre la chaîne de Vincent Bolloré, saisine de l’Arcom par des parlementaires, annonce d’un grand rassemblement antiraciste le 4 avril à Saint-Denis.

Rapidement, les médias les plus progressistes, à l’instar de France Inter ou de l’émission « Quotidien », abandonnent le conditionnel pour affirmer que Doridot et Onfray ont assimilé l’élu à un singe, ce qui est factuellement faux. Le Monde trouve carrément dans l’événement « l’espoir d’un retour dans le débat de la lutte antiraciste », grâce à un édile qui, poursuit le quotidien du soir, se trouve au carrefour « de toutes les haines et de tous les espoirs ».

Le jour venu, devant l’hôtel de ville de Saint-Denis, Bagayoko sonne le tocsin. Avec des accents de Grand Soir, il fustige des institutions « défaillantes et parfois complices ». En liant antiracisme, antifascisme et « anti-impérialisme », il ponctue son intervention du cri « Résistance ! », qu’il scande trois fois de suite tout en se réjouissant de la fierté de ses camarades Insoumis lorsqu’ils dénoncent un « génocide en Palestine ». « Moment de l’Histoire de France » oblige, même Mélenchon sort de son retrait médiatique et salue une « bascule saine et nécessaire » pour l’unité du peuple.

Fractures à gauche et statistiques du malaise

Toutefois, à gauche, cette unité est pour le moins clairsemée. Fabien Roussel et Olivier Faure n’ont pas fait le déplacement à Saint-Denis. Marine Tondelier, indisposée par sa grossesse, est excusée. Et si le maire socialiste sortant du cru, Mathieu Hanotin, apporte son soutien à Bally Bagayoko, celui-ci ne joue pas la paix des braves. Il accuse son rival défait de ne pas vraiment être originaire de Saint-Denis, mais de Compiègne – encore un peu et il le traiterait de colon. La « révolution » antiraciste continue de dévorer ses propres enfants. D’ailleurs, si les noms de Jordan Bardella, CNews, Valérie Pécresse et Aurore Bergé sont, sans grande surprise, sifflés durant les discours, ceux de SOS Racisme et le Parti socialiste le sont tout autant.

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Le 9 avril, dans l’émission spéciale « Débrancher CNews »diffusée sur la chaîne YouTube de Mediapart, Danièle Obono donne un second souffle aux huées sectaires et haineuses de Saint-Denis : « CNews est l’arbre qui cache la forêt, France Info est un égout pour moi », lance-t-elle. Selon la députée de Paris, c’est donc l’ensemble du système médiatique (et ce compris la presse de centre gauche) qui doit être combattu, puisqu’il utilise « le racisme, la xénophobie et la logique sécuritaire ».

Le jour même, l’IFOP publie un sondage d’envergure (14 025 personnes interrogées), qui tombe à point. Il porte sur le racisme justement. Ses conclusions sont frappantes : 46 % de la population déclare en avoir déjà été victime. Mais alors, pourquoi les Français placent-ils toujours le pouvoir d’achat, l’emploi et l’insécurité en tête de leurs préoccupations si leurs concitoyens passent vraiment la majeure partie de leur temps à s’envoyer des injures racistes à la figure et à discriminer leurs voisins ? Mystère.

Toutefois, si on regarde l’étude dans le détail, les cas d’agressions racistes liées à la couleur de peau concernent en réalité moins de 5 % des sondés, et les agressions entrant dans cette catégorie restent heureusement très majoritairement verbales. Par ailleurs, l’enquête souligne l’explosion de l’antisémitisme (dont M. Bagayoko ne parle presque jamais, sauf pour affirmer que le rabbin de sa ville lui a apporté son soutien) et l’existence d’une « hostilité envers les Blancs », mais chut ! pas un mot chez les Insoumis.

Pari hasardeux

Le retour du petit théâtre antiraciste orchestré par LFI a-t-il eu en fin de compte le succès escompté ? On dirait bien que oui. Le 14 avril, dans l’émission de Karim Rissouli sur France 5, la malheureuse Laure Adler assure avoir perçu des « messages subliminaux » (comprenez : du racisme masqué) dans les déclarations de militants du RN interrogés, pour les besoins d’un documentaire, sur la percée de leur parti dans l’Orne. « Ils sont très intelligents, ajoute-t-elle. L’ADN est là. Comment s’en prévenir ? » Le lendemain, dans la matinale de RTL, Thomas Sotto offre le plus beau des cadeaux à son invité Bally Bagayoko : il lui demande si le président Macron ne serait pas raciste lui aussi !

Arrive le 21 avril, date symbole s’il en est, vingt-quatre ans après l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle. Cette année, le duel dont tout le monde parle se joue dans le 93, pour la présidence de la communauté de communes Plaine-Commune (450 000 habitants). Il oppose les deux gauches irréconciliables. À ma gauche Bally Bagayoko l’Insoumis. À ma droite Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen. Résultat sans appel : Bagayoko l’emporte avec 46 voix contre 32. Ici, comme dans presque toutes les banlieues de France, la gauche de compromis est en lambeaux. Et la gauche raciale-radicale en majesté.

Audiovisuel public: le calvaire des sans-croix

Le rapport Alloncle est à peine paru, qu’il faut d’ores et déjà envisager une « édition augmentée », observe notre chroniqueur. Certains événements récents confirment en effet que la commission sur l’audiovisuel public était nécessaire mais que rien n’a changé, bien au contraire…


Récemment, lors d’une émission de jeux sur France 2, une candidate a eu le malheur d’utiliser l’expression courante « chemin de croix ». Les quatre neurones de l’animateur Bruno Guillon se sont immédiatement mis en branle : Oh ! la la ! Qu’entends-je ? Ne serait-ce pas là une expression ayant un lien avec le christianisme ? Auquel cas, cela ne risque-t-il pas de choquer les téléspectateurs non-chrétiens et de turlupiner mes employeurs ? Ne m’exposé-je pas, si je ne redresse pas la barre, à un blâme de ces derniers ? À une remontrance du SAW (Syndicat des animateurs wokes) ? À une réprimande de l’Arcom ? Au courroux de la présidente de France TV qui n’attend peut-être qu’un prétexte pour me foutre à la porte – je suis un homme, je suis blanc, j’ai plus de cinquante ans… Vite, vite ! tâchons de réparer la boulette de cette candidate inconsciente : « Alors, chemin de croix !?… ou d’étoiles… ou de croissants ! On n’est pas attaché à une religion en particulier ! » Il semblerait surtout que « on » a décidé d’effacer toutes les traces de la religion qui, au moins depuis le baptême de Clovis, est au cœur de l’histoire de France : fêtes, saints, églises, croix, et même expressions courantes trouvant leur origine dans la Bible. Le plus impressionnant est la rapidité avec laquelle M. Guillon, animateur pavlovien et spécimen exemplaire de cette nouvelle race de moutons issue du système de dressage de la population élaboré par nos dirigeants via l’Éducation nationale et les médias, a réagi ; mais aussi le malaise évident qu’a provoqué chez ce triste individu la simple évocation d’une expression issue de l’histoire chrétienne – si nous ne craignions pas de déclencher chez lui un nouveau collapsus cérébral, nous dirions que, pendant un court mais dérangeant instant, M. Guillon a vécu un véritable calvaire…

Les regrets de Jérémie Patrier-Leitus

Après un passage sur France Inter[1] où, en à peine vingt minutes, il est parvenu à utiliser une douzaine de fois le terme « extrême droite » pour désigner tour à tour Charles Alloncle, une chaîne d’info continue, l’actionnaire principal d’icelle, le RN, la plupart des personnes qui remettent en cause le fonctionnement de l’audiovisuel public, etc., Jérémie Patrier-Leitus, ex-président de la commission parlementaire sur ledit audiovisuel public, a posté sur son compte X un message critiquant Marion Maréchal pour avoir entonné, lors d’un banquet en l’honneur de Jeanne d’Arc, le chant traditionnel « Au 31 du mois d’août », dont le refrain est :« Buvons un coup, buvons-en deux, à la santé des amoureux ! À la santé du Roi de France, et merde pour le Roi d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre ! » Oublieux de l’histoire de son pays, M. Patrier-Leitus en a fait toute une salade : « Simplement à titre d’information, Marion Maréchal, la royauté a été abolie en 1792. En 2026, la France est une république ». L’ignorance est souvent sœur jumelle de la bêtise ; M. Patrier-Leitus ne sait visiblement pas – et, pire, n’a pas cherché à savoir – que cette chanson de marins rend hommage au corsaire Robert Surcouf, commandant de la frégate la Confiance qui, en 1800, captura le Kent, navire battant pavillon britannique. Nous conseillons au député du Calvados la lecture du récit de cette bataille rapporté dans les carnets de voyages, d’aventures et de combats de Louis Garneray, peintre de marines et compagnon de Surcouf[2]. Nous lui conseillons également de réviser son histoire de France : un Consulat, deux Empires, une Restauration suivie d’une Monarchie de juillet qui verra, pour principal changement, le roi de France devenir le roi des Français, ont émaillé le XIXe siècle avant l’instauration de la Troisième République. L’on pourrait d’ailleurs discuter l’évolution de ce régime républicain qui a vu émerger une caste persuadée d’être au-dessus de la plèbe et s’octroyant des privilèges – titres, fonctions, émoluments, etc. – incomparablement supérieurs, en nombre et en durée, aux prérogatives d’une partie de la noblesse de l’Ancien Régime. Mais c’est une autre histoire qui aura sûrement sa place, un jour, dans quelque long article…

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En attendant, signalons à M. Patrier-Leitus une autre chanson traditionnelle faisant allusion à la monarchie. Celle-ci aura sûrement son agrément puisqu’elle est parodique et se moque, à travers le Bon Roi Dagobert et son conseiller saint Éloi, de Louis XVI et de l’Église catholique. À moins que, n’en connaissant ni l’origine ni le but, obnubilé par la simple évocation de la monarchie honnie, il ne décide que cette comptine, toute bon enfant et ironique soit-elle, est une provocation, voire un défi aux valeurs républicaines qui lui tiennent tant à cœur.

Il se peut aussi que M. Patrier-Leitus n’ignore rien de la création du chant intitulé « Au 31 du mois d’août » et que son message n’ait été que le résultat d’une réflexion démagogique, politique au sens le moins noble du terme. Ce serait pire encore que l’ignorance ou la bêtise. Cela relèverait d’un double crime, celui de croire qu’on peut manipuler en toute impunité l’Histoire de France, sachant qu’on a fait en sorte qu’elle ne soit plus transmise. Nos élites dirigeantes ne s’inquiètent en effet nullement du déclin de l’École ; peut-être même espèrent-elles que celle-ci ne se relèvera jamais et continuera de voir sortir de ses rangs des troupeaux de moutons. En fin de compte, l’effondrement sera intégral : après quelques décennies de lavage de cerveaux et d’ignorance apprise dans les salles de classe, nous voyons de plus en plus de représentants politiques incultes poursuivant de leur ardeur républicaine et destructrice les dernières traces d’un monde écroulé, englouti sous les ruines d’un pays oublié. 

M. Patrier-Leitus a beau courir les plateaux de télé et de radio pour critiquer le rapport de son collègue Charles Alloncle, deux événements récents confirment, d’abord que la commission sur l’audiovisuel public était plus que nécessaire, ensuite que rien ne changera tant que les écuries d’Augias n’auront pas été nettoyées de fond en comble.

La revanche de Merwane Benlazar et de l’humour islamo-gauchiste

Premier événement. Le 4 mai dernier, la subversion subventionnée et la rebellocratie théâtrale se donnaient rendez-vous aux Folies Bergère. Alex Vizorek, maître de la 37e cérémonie des Molières diffusée sur la télévision publique, a croulé sous les applaudissements d’un public professionnel très politiquement correct, très woke, très comme il faut. Ce public a particulièrement apprécié le moment où l’humoriste a présenté une pièce de théâtre racontant l’histoire de la création du Chant des Partisans : « Une pièce d’actualité, a-t-il précisé en savourant d’avance la réaction de ses congénères, puisque, à la question : “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux ?”, la réponse est : Oui, sur CNews ! » Entre deux messages pour la diversité, contre l’homophobie, sur les bienfaits d’un art théâtral tolérant et ouvert et l’apport artistique des drag queens, la cérémonie des Tartuffes a accueilli Merwane Benlazar. Cet humoriste est réputé pour ses tweets misogynes, ainsi que pour avoir, sur France Inter, qualifié les téléspectateurs de l’émission Miss France de porcs et défendu l’idée d’un « cordon sanitaire » sur la radio publique française à l’image de ce qui existe déjà dans l’audiovisuel belge. Pour se moquer du Français franchouillard qui a l’audace de ne pas apprécier son humour, M. Benlazar est apparu affublé d’une marinière, d’un béret et d’une baguette de pain – le stéréotype est un peu éculé mais semble avoir ravi les insurgés de théâtre qui composaient le parterre. Ces derniers ont hautement apprécié le tacle que le comique rancunier a destiné à l’ex-ministre Rachida Dati: « Il y a un an, la ministre de la Culture m’a banni de France Télévisions pendant sa conquête de la mairie de Paris. Aujourd’hui, elle n’est plus ministre, ni à la mairie, et moi, je suis de retour à France Télévisions. Tout le monde est de retour à sa place, j’ai l’impression. » Les théâtreux applaudirent et s’esclaffèrent. Certains, parce qu’ils trouvèrent ça drôle. D’autres, pour ne pas passer pour xénophobes ou islamophobes.

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Eugénie Bastié, la petite concession du camp du Bien

Le journaliste Benjamin Duhamel © LIONEL GUERICOLAS/MPP/SIPA

Deuxième événement. À un an des présidentielles, la direction de France TV a décidé de ressusciter l’émission politique L’Heure de vérité. Benjamin Duhamel, Marc-Olivier Fogiel et Eugénie Bastié doivent composer le trio de journalistes qui animera cette émission – mais les journalistes tolérants, ouverts et pluralistes de la SDJ (société des journalistes) et de la rédaction de France TV ont immédiatement émis des réserves à propos d’Eugénie Bastié. Celle-ci serait « une polémiste, identifiée pour ses idées conservatrices et souverainistes » et « ne peut donc pas incarner et animer le débat politique sur France 2 », écrivent-ils dans un communiqué intitulé : « “L’information n’est pas une opinion” doit rester notre boussole. » Surtout que, précisent-ils, France TV avait le choix en interne. Les journalistes et chroniqueurs préférant partager objectivement une information plutôt que de se laisser influencer par leur opinion sont en effet légion sur le service public : Nathalie Saint-Cricq, Tristan Waleckx (Complément d’enquête), Élise Lucet (Envoyé spécial), Patrick Cohen ou Mohamed Bouhafsi (C à vous), Karim Rissouli ou Laure Adler (C ce soir), Thomas Snégaroff (C politique), Caroline Roux (C dans l’air) et quelques autres pourraient aisément remplacer celle que les journalistes du service public ont d’abord qualifiée de conservatrice, puis de très conservatrice, puis d’ultra conservatrice, puis finalement, c’est plus simple comme ça, d’extrême droite. Benjamin Duhamel, lui, n’a eu à essuyer aucun grief de la part de ses collègues. Il faut dire qu’il est réputé pour sa neutralité, son impartialité, ses entretiens mesurés, équilibrés et objectifs (voir à ce sujet la note 1). Soulignons au passage que les qualités professionnelles de Benjamin Duhamel mentionnées ci-dessus sont un héritage familial, issu d’une longue lignée de journalistes ayant traversé les dernières décennies de la vie politique française sans autre accroc que celui qu’il a fallu faire au revers de la veste de tonton Alain pour y épingler une Légion d’honneur bien méritée. Bon sang ne saurait mentir…


[1] La Grande Matinale de France Inter du mardi 28 avril. Quelques jours plus tard, France Inter recevait Pierre-Antoine Capton, co-actionnaire, avec Matthieu Pigasse et Xavier Niel, de Mediawan, la société qui produit entre autres l’émission co-animée par Patrick Cohen, C à vous, sur France 5. À cette occasion, Benjamin Duhamel s’est livré à un spectaculaire cirage de pompes. Maniant avec dextérité la brosse à reluire sémantique, le plumeau à chasser les mauvaises questions et le chiffon doux pour parachever l’opération de lustrage, le jeune journaliste a dépeint Mediawan et ses dirigeants comme des visionnaires, des entrepreneurs hors du commun, des concepteurs de rêves cinématographiques et de productions télévisuelles lucratives mais culturellement impeccables. « Le bilan peut donner le vertige », a finalement lâché un Benjamin Duhamel en pâmoison devant celui qui pourrait devenir un jour, qui sait, son patron…        

[2] Louis Garneray, Corsaire de la République, 1991, éditions Payot. Au moment de la prise du Kent, qui a eu lieu non le 31 août mais le 7 octobre 1800 et à laquelle Garneray a participé, la France est dirigée par Bonaparte qui vient de mettre en place le Consulat, premier jalon du régime impérial à venir. 

2027: pourquoi tout le monde se croit présidentiable

Alors que le maire de Saint-Denis (93) Bally Bagayoko affirme qu’une insurrection populaire en cas de victoire du RN à la présidentielle n’est pas à exclure («Soit c’est nous, soit c’est eux»), tout le monde se pense légitime pour accéder à l’Elysée. Selon Le Monde, alors que LFI et le RN bénéficient d’une « prime à la clarté dans l’opinion », la multiplication des candidatures ailleurs affaiblit les partis de gouvernement et entretient une « précampagne présidentielle confuse ».


Bien sûr il y a, dans la sphère officielle, une multitude d’espérances et d’ambitions pour 2027, dont presque toutes seront déçues, puisque la vie démocratique et la campagne électorale n’en retiendront que deux à l’issue du premier tour, pour élire notre président lors du second.

Tous candidats

Si le Rassemblement national l’emporte, le maire de Saint-Denis a déjà évoqué « l’insurrection populaire » qui en résulterait. Une telle menace, loin de paraître invraisemblable, viendrait confirmer que l’extrême gauche, dans notre pays, demeure toujours prête à la violence, au désordre et à la contestation lorsque le verdict des urnes contrarie ses vœux. La conviction qu’une victoire du camp honni pourrait provoquer de graves troubles aura vraisemblablement une incidence sur les choix au moment du second tour.

Au-delà du seul univers des professionnels de la politique, comment ne pas être frappé par une évolution qui nourrit, au mieux, une immense illusion présidentielle et, au pire, l’idée désinvolte que la conquête du pouvoir serait devenue une aventure individuelle ouverte à tous ?

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Plusieurs éléments expliquent cette banalisation. D’abord, le constat morose que ceux pour qui la politique est un métier, quels qu’aient été leurs postes ou le prestige de leurs fonctions, ne se sont pas montrés assez remarquables pour dissuader d’autres de vouloir, à leur tour, tenter l’aventure.

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017, à un âge précoce, avec une formation et une expérience professionnelle dont la richesse avait été sous-estimée, a donné le sentiment que la jeunesse n’était plus un handicap mais un atout.

Présomptions de compétence

Par ailleurs, une forme de starisation, faisant sortir tel ou tel candidat du seul registre politique – où l’on ne peut durablement faire croire n’importe quoi – pour l’installer dans une lumière et une esthétique où les approximations, voire l’éventuelle incompétence, cessent presque d’être perçues, tant les fans ont parfois remplacé les citoyens, a eu pour conséquence ce bouleversement des critères traditionnels des campagnes : désormais, n’importe qui peut s’imaginer dépositaire d’enseignements capitaux pour le pays et plus personne n’est intimidé face à quelques savoirs supérieurs en politique.

Par exemple, il est probable que, pour affronter demain Jordan Bardella, si c’est lui qui représente le RN, ses adversaires ne pourront plus se contenter des argumentaires classiques et convenus.

Quoi qu’on en dise, le succès d’Éric Zemmour à la tête de Reconquête!, et la légitimité qu’il a acquise dans le rôle d’agitateur politique – alors qu’il était indépassable dans le débat et la confrontation médiatiques (personne ne l’a remplacé) -, ont laissé croire à certains que le journalisme n’était plus une fin en soi mais le commencement d’autre chose : non plus analyser et commenter, mais agir et transformer.

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Les imperfections mêmes de la vie publique traditionnelle, avec ses vices (une probité parfois défaillante, des promesses non tenues) mais aussi ses quelques fraîcheurs (de l’idéalisme, de l’enthousiasme, parfois de la naïveté) favorisent cette prolifération de candidatures qui n’exigent souvent, pour éclore et se légitimer, qu’une ambition personnelle soutenue par une solide présomption de leur propre importance.

Le paradoxe est qu’après tous ces détours, qui semblent plaider pour le citoyen-roi s’imaginant capable de tout, on en revient finalement à l’homme ou à la femme politique ayant traversé les épreuves, perdu et gagné des élections, endurci sans être devenu cynique, courageux mais habile, manœuvrier juste ce qu’il faut, ayant de la tenue, promettant seulement ce qu’il pourra tenir, humaniste enfin, mais sans naïveté.Une sorte de Georges Pompidou du quotidien. Un Bruno Retailleau qui n’aurait pas Laurent Wauquiez dans les pattes. Un Emmanuel Macron qui se serait souvenu de ses engagements et aurait oublié le « en même temps ». La grande illusion présidentielle ou le retour au réel ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Goût Caraïbes

Nous savions notre chroniqueur féru de gastronomies diverses. Le voici qui s’est pris d’amour pour la cuisine exotique: sans doute avec l’âge a-t-on besoin d’un bon coup de piment pour rehausser la vie, qui est si terne…


Notre paresse, conjuguée à un ethnocentrisme de mauvais aloi, nous a confortés dans l’idée que la cuisine créole se résume aux acras de morue et au rougail saucisses (qui vient de la Réunion, mais bon, tout ça, c’est le lointain « là-bas »). La plupart des restaurants qui prétendent proposer une « vraie » cuisine antillaise nous confortent d’ailleurs dans cette paresse ignorante.

Mais voici qu’un cuisinier éclairé, Thomas Mathee, qui a eu plusieurs vies avant de se mettre aux fourneaux, et qui s’est adjoint le renfort d’une universitaire spécialiste de l’amour courtois, sort un livre de recettes cum commento à s’en lécher les papilles.

La Caraïbe est vaste, et les auteurs nous convoquent à une errance gastronomique qui va de la Guyane aux Antilles françaises. C’est un voyage gustatif moins onéreux qu’un aller-retour sur Air France, et tout aussi enchanteur. Car si nous sommes, nous, des assis, comme disait Rimbaud, les épices qui enchantent et magnifient les produits de la cuisine caraïbe voyagent jusqu’à nous. Un ragoût de bœuf, a priori, cela ne dépayse guère, nous qui flirtons volontiers avec la daube et le bourguignon. Mais rehaussé de curcuma, de cumin, de gingembre, de curry et de cannelle, le bœuf vous invite au voyage…

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Il en est de même pour le filet de vivaneau (un poisson local, d’un beau rouge assassin, le plus fréquent dans les menus des restaurants des Antilles), mâtiné de piment Bondamanjak (le nom local du piment habanero), de colombo, de gingembre et de combawa — tiens, je viens d’en planter un pied dans mon jardin… Tout est dans la marinade — un joli mot qui vient de « marin » et qui nous fait flotter sur un océan de délices inouïes.

Je ne voudrais pas vous faire saliver en vous laissant au bord de l’eau. Voici la recette, tirée de ce livre aux saveurs colorées et aux illustrations parlantes, du poulet boucané — le plat préféré des boucaniers qui, au début du XVIIIe siècle, semèrent la terreur dans ces îles en prenant à l’abordage les galions espagnols chargés des pillages du Nouveau Monde. Imaginez Long John Silver se délectant d’un gallinacé fumé sur un boucan — qui, comme le précisait Antoine Furetière, auteur du premier vrai Dictionnaire français, servait aux îliens à « rôtir et fumer les prisonniers qu’ils ont pris, et qu’ils mangent ensuite » — et accessoirement à préparer viandes et poissons.

Recette du poulet boucané

Ingrédients (pour 4 personnes) :

Poulet boucané sauce chien
  • 4 cuisses de poulet
  • 1 oignon rouge
  • 2 gousses d’ail
  • 3 piments végétariens
  • 5cl d’eau
  • 10g de sucre de canne
  • 1 citron vert
  • 4 branches de cive
  • 2 branches de thym
  • sel
  • poivre
  • pour le fumage : morceaux de canne à sucre ou mie de pain humidifiée

Préparation : Pour la marinade : hacher finement la cive, l’oignon et l’ail. Couper le piment en deux, en retirer les graines avant de le hacher finement.

Dans un saladier, presser le jus du citron, verser les 5cl d’eau, saler et poivrer avant d’y ajouter les ingrédients précédemment hachés. Bien mélanger le tout.

Entailler les cuisses de poulet avant de les placer dans la marinade. Laisser reposer toute une nuit.

Le lendemain : couper la canne à sucre en fins tronçons et les déposer sur la braise d’un barbecue (ou la mie de pain humidifiée, en l’absence de canne à sucre).

Déposer les cuisses sur la grille du barbecue et les placer sous un couvercle.

Les laisser cuire 1h30 en les retournant régulièrement.


Suggestion d’accompagnement :

Servir avec des frites de patate douce et arroser le tout d’une sauce chien.

Quant à la sauce chien, qui ne vous est peut-être pas familière, voici ce que nos auteurs en disent :

Ingrédients (pour 4 personnes) :

  • 1 oignon
  • 1 échalote
  • 4 branches de cives
  • 2 gousses d’ail
  • 1 branche de persil plat
  • 1 citron vert
  • 1 tomate
  • 10cl d’huile de tournesol
  • 15cl d’eau bouillante
  • 2 piments végétariens
  • Sel et poivre

Préparation :

Émincer et ciseler finement en julienne tous les ingrédients.

Verser le tout dans un bol, ajouter l’huile, le jus du citron vert et l’eau bouillante.

Saler et poivrer à votre convenance.

Allons, voyagez donc sur le parfum qui monte de ces plats colorés. En ces temps de grisaille idéologique, un peu d’exotisme ne nuit pas.


Thomas Mathee et Adeline Richard, Goût Caraïbes, Guyane et Martinique en cuisine, photos et dégustations poétiques, L’Harmattan, mai 2026, 108 p. — et sur Kindle.

Thomas Mathee est pour le moment traiteur en ligne et ouvrira très prochainement une boutique à Aix-en-Provence.

La millième!

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Monsieur Nostalgie fête ce dimanche sa millième chronique dans Causeur. Depuis plus de dix ans, au rythme de parfois deux « papiers » culturels (littérature, théâtre, cinéma, expo, etc.) par semaine, il a creusé un sillon singulier dans la presse française. Il nous parle de son goût intact pour ce genre littéraire auquel il a consacré une partie de sa vie professionnelle…


D’abord, il y a le goût de la performance. Autant l’avouer tout de suite, derrière chaque chroniqueur sommeille un sportif en pantoufles, une sorte de marathonien du clavier qui tape du matin au soir, un chercheur en records absurdes. J’ai battu Alexandre Vialatte, l’ogre de papier clermontois et ses à-peine 900 chroniques parues dans La Montagne. Battu au moins sur le nombre, sur la qualité, je ne m’aventurerai pas dans la comparaison. La régularité de l’exercice, l’endurance et le « french flair », voilà à mon sens, les ingrédients pour faire décoller une chronique, lui insuffler un peu de mouvement et d’onde nostalgique, la dérouter de son chemin initial. Les chemins de traverse ont toujours été mon terrain de jeu favori. Ce genre journalistique fait pencher l’article plutôt du côté de la littérature que de l’information pure. Enfin, je le crois. Un bon chroniqueur ne doit pas avoir de certitudes, une seule règle préexiste : attaquer son sujet avec une forme de virginité sinon votre prose sentira la sueur du labeur. La mécanique de la répétition est une facilité que l’on doit sans cesse repousser physiquement. Avec des années de métier, on peut être tenté par l’écriture automatique, la formule toute faite, l’entame fainéante et la chute convenue. La chronique perd alors de sa fraîcheur.

Malle aux souvenirs

Je ne me suis jamais considéré comme un journaliste à part entière, encarté et « fact-checké », je n’ai pas le culte des événements et l’objectivité de façade se révèle être souvent une fausse vertu. Un cache-misère. Je ne suis ni militant, ni professeur. Je pratique donc un « art » de la dérive. Je n’ai pas peur du divertissement et du sentiment, ce qui est une faute pour certains confrères, les faits froids ne m’intéressent pas. Une bonne chronique, c’est avant tout un « papier » gourmand, charnu, prêt à croquer, juteux à souhait, plaisant à regarder dans son agencement, oui beau à regarder dans son oscillation nerveuse ; quelques phrases, trois feuillets maximum, qui s’enroulent autour d’un livre, d’un film, d’une pièce, d’une personnalité ; dans cet espace limité, il faut varier, accélérer, amuser, charmer, provoquer, surtout ne pas ennuyer le lecteur. Son temps de lecture est notre bien le plus précieux. N’en abusons pas ! Ne le gavons pas de théories ! Au début de l’aventure Causeur, j’ai démarré par la critique littéraire, puis assez vite, j’ai pu, en toute liberté, ouvrir ma malle aux souvenirs et bifurquer vers la nécrologie de l’instant. Nous avons inventé ensemble une nécrologie sur le vif, complémentaire à la nécrologie documentée celle qui est préparée de longue date dans les journaux. À ma façon, je me dis que j’ai aidé à mourir, sur le papier, des dizaines de légendes aimées, à poser sur la feuille blanche, sans lourdes archives, sans volonté de tout raconter d’une vie, en trouvant seulement un élément déclencheur, un film, une attitude, un geste et dérouler ainsi le fil de l’admiration.

Brocante des jours heureux

Et puis Causeur m’a permis de déployer ma quincaille, ma brocante des jours heureux, d’en abuser parfois, veuillez m’en excuser, mais comment résister à Belmondo, aux Mustang, à Hardellet, à Cossery, à Boudard, à Villon, à Broca, à Charles Denner, à Rome, à la Vespa, à Michel Delpech et à Bill Withers, aux cover-girls et à Maureen Kerwin, à Morand et Zidi, à Audiard et Audiberti, aux AMC Pacer et au Finistère, au Berry et à Pino d’Angio, aux rognons et au baby-foot, à La Nueve et à la Cathédrale Saint-Etienne, ce bric-à-brac est autant refuge que phare avancée dans la mer. La chronique libre est un laboratoire de l’écriture, on y tente des choses improbables, on y brave les interdits de la presse traditionnelle, on ose le « je », on mêle nos tranches personnelles à l’actualité culturelle, on y témoigne de notre gratitude et aussi de notre agacement sur la marche du monde, on peut citer Demis Roussos et Emmanuel Berl dans le même paragraphe, on ne se refuse rien. Durant ces mille chroniques, j’ai grandi avec vous. Me laisserez-vous encore la permission d’en écrire mille autres ?

Les tendresses de Zanzibar

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Tendre est la province

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Monsieur Nostalgie

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La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Un historien est révisionniste par essence. Il se doit de réviser ce qui a été écrit par ses pairs afin d’éclairer d’un jour nouveau certaines périodes peu ou mal documentées. Voire réhabiliter des époques ou des hommes malmenés par les historiens eux-mêmes. Ainsi assiste-t-on depuis quelques années à la restauration du prestige du Second Empire et à la reconnaissance de Napoléon III comme grand chef d’État – mais le tirer de sa damnatio memoriae est une entreprise de longue haleine. Dans un autre domaine, l’exploration d’archives oubliées, ou jusque-là mal lues, permet à une nouvelle école de médiévistes de révéler que le Moyen Âge n’avait rien de « moyen » et que les mille ans recouverts par cette obscure appellation n’ont pas été arriérés, comme l’ont imposé dans la culture commune la Renaissance puis les Lumières – les femmes étaient notamment bien plus libres et indépendantes qu’au xixe siècle, et l’hygiène corporelle était une préoccupation quotidienne.

Cette voie à contre-courant de la doxa a été dégagée par Jean Gimpel (1918-1996) dans les années 1950. Très méfiant à l’égard des méthodes et des certitudes universitaires, cet historien de l’art et essayiste iconoclaste a entrepris de décrasser le Moyen Âge et de démontrer sa modernité à travers deux ouvrages : Les Bâtisseurs de cathédrales (1958) et La Révolution industrielle du Moyen Âge (1975) – sa bibliographie compte moins de dix livres, mais ses colloques et séminaires en France comme aux États-Unis sont innombrables. Dans ce dernier livre, Gimpel démontre qu’il n’y a pas d’anachronisme à parler d’industrie médiévale car, du XIe au XIIIe siècle, l’Europe occidentale a connu une période d’intense activité technologique, l’une des époques de l’histoire les plus fécondes en inventions – et il en dresse la liste. Selon lui, la première révolution industrielle date donc du Moyen Âge, non de la fin du xviiie siècle. Pour imager son propos, il se prête au jeu des équivalences entre la France médiévale et l’Amérique contemporaine : « La Beauce et les Grandes Plaines ; la charrue et la mécanisation ; la foi et la liberté ; la cathédrale et l’automobile ; Beauvais et l’Empire State Building ; les cisterciens et Henri Ford ; Chartres et Times Square ; l’écu d’or et le dollar ; le moulin à eau et la machine à vapeur. » Et l’on découvre l’incroyable mécanisation du travail médiéval avec la maîtrise des moulins à eau et à vent : en meulant et en pilant, ils révolutionnent le traitement des récoltes, du fer et du tissage. Il s’en ouvre en ville et à la campagne. Ils ont plusieurs propriétaires et le cours des actions varie selon leurs rendements. Le moulin est « une usine médiévale ».

Gimpel estime que l’histoire de la technique est restée longtemps ignorée car les universitaires ont presque toujours dédaigné le travail manuel. « Dans notre civilisation occidentale, deux systèmes d’éducation, celui des arts mécaniques et celui des arts libéraux, forment respectivement deux types d’hommes : les ingénieurs et les littéraires. Quant aux historiens, ayant adopté les préjugés des intellectuels, ils se sont rarement penchés sur l’histoire des techniques. » Décidément, une histoire de l’Histoire reste à écrire.


La révolution industrielle du Moyen Âge, Jean Gimpel, Seuil, 1975, 288 pages

La Révolution industrielle au Moyen Âge

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Fin de régime pour la France des mandarins

La France est plongée dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. Il est urgent de briser le silence que les promoteurs du malheur français veulent maintenir.


Jusqu’à quand le régime va-t-il tenir ? La question se pose pour l’Iran des mollahs. Mais elle vaut aussi pour la France des mandarins. La dictature théocratique de la république islamique n’a certes rien de commun avec le despotisme progressiste de la république laïque. Cependant, dans les deux cas, le peuple méprisé a, seul, le pouvoir de rompre avec des systèmes à bout de souffle. Les castes s’accrochent d’autant plus au pouvoir qu’elles se savent fragilisées. Dans sa gestion de l’immobilité, Sébastien Lecornu a apparemment réussi, comme Premier ministre, la prouesse d’endormir la France. Il est vrai que sa silhouette pateline de moine tonsuré et indifférent aux flagorneries de la cour est opportunément reposante. D’autant qu’Emmanuel Macron a, pour sa part, choisi de disparaître de la scène nationale pour parler au monde, c’est-à-dire prêcher dans le désert. Mais ce théâtre d’ombres joue son dernier acte.

Rien ne fonctionne plus dans la France suradministrée et surendettée. Bien sûr, les trains arrivent encore majoritairement à l’heure. Le système public hospitalier essoré, pris d’assaut pour ses générosités, continue de produire des prouesses médicales et humaines. Cependant le gouvernement n’a plus, faute de courage, la maîtrise de sa politique. Il s’interdit de baisser les taxes sur le carburant, dont les prix flambent, faute de vouloir envisager des économies sur la promotion des coûteuses énergies éoliennes. Il a renoncé à assouplir par la loi l’interdiction de travailler le 1er-Mai pour tous les petits commerces alors que le chômage reste endémique. L’immigration de masse tiers-mondise les ghettos urbains et déborde jusque dans les petites villes, cibles de violences claniques jusqu’alors inconnues. Ceux qui, comme Jean-François Copé, font des populistes les boucs émissaires de leurs échecs, refusent d’assumer leurs responsabilités.

A lire aussi: Commission Alloncle: le rapport consenti!

L’épreuve de vérité est arrivée. Elle oblige à un bouleversement des mentalités. L’enjeu est d’abattre les citadelles abritant une oligarchie politique et médiatique hostile aux Français oubliés. L’assaut de Vincent Bolloré contre le Landerneau de l’édition a dévoilé l’entre-soi conformiste de Grasset, ébranlé par l’éviction d’Olivier Nora. Le mérite du député (UDR) Charles Alloncle qui, durant cinq mois et deux cents heures d’auditions, a mené à la hussarde la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, a été d’oser demander des comptes à un monde privilégié, habitué à donner des leçons. Les critiques virulentes que subit Alloncle sont proportionnelles à ses révélations sur les conflits d’intérêts de sociétés de production, les dysfonctionnements budgétaires, l’information militante, etc. Les menaces sur la publication de son rapport font partie des dernières armes d’un « monde intellectuel » finissant.

Il y a quarante ans, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986) a accéléré la glasnost (« transparence ») décidée par Mikhaïl Gorbatchev. L’accident a obligé la Russie soviétique à en finir avec ces propagandes, pour admettre l’usure du système communiste. Gorbatchev lui-même a reconnu que ce drame avait précipité l’effondrement de l’URSS construite sur des mensonges. La France est aujourd’hui plongée, pareillement, dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. L’urgence est de briser le silence qu’aimeraient maintenir les promoteurs du malheur français.

La révolution des oubliés

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Soupe de langues

Une étude récente du CNRS démontre que «genrer» les mots n’est finalement pas aussi grave que l’affirmaient certains psycholinguistes.


Le caractère « genré » des mots que nous employons influence-t-il notre conception des choses qu’ils représentent ?

Pour les intellectuels woke, la réponse est oui, et c’est la raison pour laquelle ils militent activement pour imposer l’écriture inclusive, notamment dans les facultés. Pour étayer leur combat, ils citent souvent deux célèbres linguistes américains, Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf. Selon ces professeurs de l’université de Yale, dont les publications, en particulier sur l’idiome de la tribu amérindienne Hopi, remontent à l’entre-deux-guerres, notre vision du monde serait déterminée par la langue que nous parlons. Dans les années 1960, Noam Chomsky s’est inscrit en faux contre cette thèse en lui opposant sa théorie des structures fondamentales du langage, dont il postule qu’elles sont innées et communes à tous les humains.

A lire aussi: Le travail, première maladie professionnelle

Mais les recherches de terrain confirmant son idée sont rares. À cet égard, une récente étude du CNRS mérite d’être saluée. Menée par Sharon Peperkamp, du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de Paris, et Brent Strickland, de l’Institut Jean-Nicod (Paris), elle a été réalisée auprès de plusieurs centaines de participants de divers pays européens. Il s’agissait de vérifier si, par exemple, le mot pont, qui est féminin dans la langue de Goethe (« die Brücke »), mais masculin dans celle de Cervantes (« el puente »), inspire plutôt aux Allemands une image de force et aux Espagnols une image de beauté. La conclusion est assez catégorique : « Les résultats ont montré l’absence d’effet de genre chez les locuteurs et locutrices français. » En d’autres termes, nous autres Gaulois romanisés, arrivons à penser de façon universelle malgré l’odieuse obligation qui nous est imposée par notre grammaire issue du bas latin d’assigner, contrairement à l’anglais, un sexe à chaque mot. Il ne reste plus maintenant aux psycholinguistes qu’à se pencher sur le cas de l’écriture inclusive et à analyser ses éventuels dégâts sur l’intelligence de ceux qui l’utilisent dans leurs travaux académiques…

Le Long Poids d’Horloge me met en retard

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Ma Sauvageonne adorée m’attendait à la Comédie de Picardie où l’on donnait Scène de la vie conjugale, d’après Ingmar Bergman (1918-2007), adapté et mis en scène par Christophe Perton, avec notamment ce dernier, Astrid Bas, Romane Bohringer (dans le rôle de Marianne) et Stanislas Nordey (dans celui de Johan). « Ça commence à 19h30 ; j’espère que tu seras à l’heure, vieux Yak », dit-elle en me décochant un sourire aussi ensoleillé que sa crinière de petite lionne blonde, sourire qui me rend complètement cinglé. La Sauvageonne me connaît bien ; elle sait que la ponctualité, depuis que je suis en retraite, n’est pas ma qualité première. 

Au cours de toute ma vie professionnelle, à cause de mon activité de journaliste, je me suis pressé comme un vieux cédrat ridé. Aujourd’hui, me dépêcher me dégoûte. J’ai horreur de ça. Ma retraite, je l’imaginais, lente, paresseuse et tranquille comme la Vesle à l’entrée de Sept-Saulx, dans la Marne, ou la Cisse près du lavoir de Bury, à Molineuf, dans le Loir-et-Cher. Pêche et jardinage. Tu parles ! Je ne peux consacrer à mes deux loisirs préférés que très peu de temps. J’étais justement en train de jardiner avant de rejoindre ma Sauvageonne. Quand je jardine, je ne pense plus à rien : ni aux piges que je dois assurer, ni à mon compte bancaire claudiquant de la Caisse d’Epargne, compte qui me crée beaucoup de soucis. En semant deux routes de radis noirs (des « Longs Poids d’Horloge » ; graines de chez Vilmorin) et une de radis ronds écarlates, je surveillais l’heure et pensais, ravi et terriblement amoureux, à mon ébouriffée. « J’ai encore un peu de temps », songeai-je. « La pièce ne commencera que vers 19h45. » Je rangeai tout de même mes outils, et fonçai (enfin, il faut le dire vite!) vers la Comédie de Picardie.

A lire du même auteur: Le rock se niche dans les détails

Foncer est un bien grand mot : sur la route, je me farcis tous les feux rouges. Une horreur ! J’arrivai essoufflé vers 19h35 au théâtre, accueilli par une personne du service de sécurité qui me confia qu’il était trop tard, que la salle était pleine à craquer ; qu’il me serait impossible d’entrer. Nicolas Auvray, le directeur, arriva et me dit la même chose. Devant ma mine déconfite, il eut l’amabilité de me trouver une petite chaise près de l’entrée, loin, si loin, de ma Sauvageonne qui se trouvait au troisième rang dans un confortable fauteuil de velours incarnat. Qu’allait-elle bien pouvoir penser ? Involontairement, j’allais la plonger dans la panique. Peut-être imaginait-elle son vieux Yak coincé dans sa Twingo accidentée et broyée par un poids lourd. Je m’en voulais ; ces cinq minutes de retard me pesaient comme une tortilla aux œufs de mulets sur un estomac délicat.

Je contemplais les Scènes de la vie conjugale d’un regard absent, le ventre noué par ma goujaterie. J’apercevais, au loin, Romane Bohringer en train de se disputer avec Stanislas Nordey, impeccable dans son rôle de sacré petit salopard. A cause de mes inquiétudes, la pièce, pourtant d’une durée d’une heure quarante-cinq, fila comme un collant de Micheline Presle. Le rideau tombé, je filais à mon tour vers ma belle pour la rassurer. Elle semblait peinée ; je me sentais dans la peau d’un monstre non ponctuel. Je l’avais fait souffrir ; je m’en voulais, maudissant intérieurement les radis ronds écarlates et les radis noirs « Long Poids d’Horloge ». Allait-elle me faire une scène de la vie conjugale ? Point. J’eusse pourtant mérité que, pour ce retard navrant, elle m’assommât avec un « Long Poids d’Horloge », sombre matraque dure et turgescente, dont les graines pitoyables avaient été incapables de sonner l’heure. Les jours s’en vont je demeure.

Scènes de la vie conjugale

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Les fausses promesses de l’euthanasie

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Jean-Luc Romero (au centre), président de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), Line Renaud (deuxième à gauche), et Olivier Minne , à gauche, assistent à un rassemblement à Paris, le 30 juin 2017. © SOLAL/SIPA/1707011107

Alors que le texte portant sur la fin de vie est de nouveau débattu par les sénateurs aujourd’hui, la chambre se fracture entre des progressistes qui réclament une adoption du «droit à l’aide à mourir», et la droite qui craint, selon les mots de Bruno Retailleau, qu’il devienne plus aisé «de demander la mort que d’obtenir un soin.» L’ultime liberté revendiquée est en réalité l’ultime étape dans le processus de désocialisation de l’homme à qui l’on donnerait l’illusion de maîtriser sa condition de mortel.


Ultime liberté. Tel est le nom de l’association dont douze militants ont été condamnés, le 9 janvier 2026, pour avoir aidé des dizaines de personnes malades ou non, à se procurer une substance létale. Choisir l’heure et le moyen de sa mort, est-ce là l’ultime liberté à conquérir ? C’est la question vertigineuse que le Sénat s’apprête à poser une seconde fois en examinant le texte visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. 

Alors que cette loi provoquerait un basculement anthropologique en proposant dans tous les hôpitaux une pratique aujourd’hui qualifiée d’assassinat, il nous faut interroger ce terme trop souvent galvaudé de « liberté », derrière lequel se cachent parfois de sombres réalités.

Le triomphe de la volonté individuelle

Par la conquête de nouveaux droits sacralisés dans les textes législatifs, l’homme moderne, érigé en individu autonome, s’est progressivement libéré de ce qu’il considérait comme des contraintes. Un à un, des éléments religieux, biologiques, sociaux qui structuraient son existence ont cédé à la volonté individuelle. L’individu décide de sa morale et de sa religion, il détermine son « genre » et la conception de ses enfants. Mais une limite, la plus symbolique de notre condition, reste encore à franchir ; la mort. 

La fameuse « aide à mourir » promue par la proposition de loi Falorni, offrirait le « droit de choisir sa mort ». Au terme d’une procédure légère, le malade seul déciderait de mettre fin à sa vie. Cette liberté soi-disant ultime ne va pourtant pas de soi. En témoigne le nombre important de rétractations des patients ayant demandé l’euthanasie : selon plusieurs études, entre 50% et 90% des demandes initiales ne persistent pas dans le temps

« L’euthanasie, c’est une loi pour les forts, ceux qui peuvent regarder la mort en face, ceux qui sont capables d’en choisir l’heure. Ils sont peu nombreux » relève le Dr Fourcade, forte de 25 ans d’expérience en soins palliatifs. Jean-Paul Sartre, penseur par excellence d’une liberté auto-déterminatrice, le soulignait : « Ma liberté s’angoisse d’être le fondement sans fondement des valeurs. » Alors que le malade lutte dans une solitude existentielle face à la souffrance, est-ce réellement une liberté pour lui de choisir sa mort ?

A lire aussi: Le pays blessé

Dans le discours en faveur de « l’ultime liberté », il semble que, parce que décidée et maîtrisée, la mort serait plus douce. Pourtant, la mort est violente par nature. Notre finitude terrestre a toujours indigné l’homme porté naturellement à la vie. « Pourquoi suis-je né si ce n’était pas pour toujours ?» s’exclame le Roi de Ionesco. Mettre fin à sa vie n’est pas anodin. Les promoteurs de l’euthanasie nous parlent à tout-va « d’éteindre la lumière ». Mais une lumière s’éteint… et se rallume ! 

Par l’euthanasie, l’homme prend la responsabilité d’hâter un instant irréversible, il s’exclut du corps social, écartant tout imprévu heureux qu’apportent parfois les derniers instants. Il n’est pas juste de dire qu’une mort « choisie » est nécessairement plus facile à vivre pour le malade et ses proches. Le suicide assisté reste un suicide. Lorsque la mort apparaît comme l’unique solution, pouvons-nous seulement parler de choix ? De même, une telle mort ne demeure-t-elle pas imposée pour l’entourage ? Seuls l’accompagnement et les soins peuvent adoucir le moment tragique de la mort.

Maîtrise totale

Selon les partisans de ce texte, la maîtrise totale de notre existence serait un gage de bonheur. La liberté pensée ainsi est non seulement irréaliste, mais considère l’homme comme un électron libre, détaché de toute communauté humaine. Si, par peur de l’inconnu ou volonté de puissance, nous cherchons à tout contrôler, quelle place est alors laissée à l’autre ? 

À force d’autodétermination, l’homme nie sa dimension profondément sociale, renonce à la possibilité d’un réconfort extérieur, allant jusqu’à devenir esclave de ses propres peurs : peur de la mort, de la dépendance, de l’imprévu. « L’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude. » écrivait Platon dans La République.

51ème Marche pour la Vie, le 18 janvier 2026, place Vauban.

À l’échelle de la société, voter l’euthanasie et le suicide assisté est contraire à la liberté. Au malade en état de faiblesse physique et de bouleversement psychologique, nous proposerions la mort médicale, simple et rapide. Aux familles aidantes épuisées, nous la présenterions comme l’acte d’amour suprême. Au soignant angoissé de ne pas assez soulager son patient, nous donnerions le droit de l’éliminer. 

Dans les pays où cette pratique a été légalisée, on observe un phénomène d’appel d’air particulièrement inquiétant. Au Canada, le rapport annuel sur l’AMM montre que près de 50% des personnes y ayant eu recours mentionnent leur solitude comme facteur de décision. Une telle législation enferme chacun dans sa propre faiblesse, tandis que la société doit au contraire signifier aux plus vulnérables la valeur de leur vie, en renforçant notre solidarité.

A lire aussi: Agriculture française: «Une saignée silencieuse»

Quelle est donc cette « ultime liberté” qui pousse les plus vulnérables à demander la mort, contredit notre prévention au suicide, renverse les valeurs civilisationnelles de dignité et de soin, et nie le principe universel du « Tu ne tueras point » ?

À l’inverse, les soins palliatifs et l’accompagnement des personnes malades sont au service de leur liberté. Ils leur donnent la liberté d’aimer et d’être aimés, d’exprimer leur souffrance sans craindre qu’on leur propose l’euthanasie ni qu’on s’acharne inutilement sur elles, de vivre sans se sentir indignes… 

Ce que défendent ces militants « pro-choix », ce n’est pas la liberté, c’est l’autonomie. Le Secrétaire général du Choix / Ultime liberté, Pierre Blanchet, réagissait à la condamnation de ses militants : « C’est un combat pour le droit à l’autodétermination du choix de fin de vie. » 

Les promesses de ces partisans sont non seulement déconnectées du réel, mais nient les fondements de notre humanité. Plutôt que l’abandon face à la souffrance et la mort, offrons à nos malades l’attention, les soins, et l’amour dont ils ont besoin, pour que jusqu’au bout, ils soient libres de vivre !

Bingo pour l’antiracisme!

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Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, prend la parole lors d’un rassemblement antiraciste devant l’hôtel de ville, Saint-Denis, 4 avril 2026 © Sophie Garcia/SIPA

Inquiets de voir Jordan Bardella toujours plus haut dans les sondages, les Insoumis et leurs compagnons de route tentent, depuis les élections municipales, d’imposer le thème du racisme dans le débat politique. Une stratégie cynique mais payante.


Ça commence par un petit tour sur le voile islamique. Le 16 mars, profitant du fait qu’il n’existe pas de loi claire sur les signes religieux pour les élus municipaux, et que beaucoup à gauche prétendent qu’il est raciste de s’opposer à la prolifération du voile en France, deux membres de LFI, Damien Saley et Lamia Sabrina Sari, saisissent en urgence le tribunal administratif de Dijon. Élus la veille à Chalon-sur-Saône, ils réclament la suspension de l’arrêté du maire ex-LR Gilles Platret, qui interdit les signes religieux ostensibles au conseil municipal.

Si, au bout de deux jours, le tribunal rejette sagement la demande, le duo Insoumis peut quand même se vanter de son action d’éclat, qui donne le la de l’après-municipales. C’est dans ce contexte que sont diffusés quelques jours après, à l’antenne de CNews, les commentaires un peu vaseux – au pire, malencontreux, mais pas racistes – du psychologue Jean Doridot et du philosophe Michel Onfray au sujet de l’autoritarisme du maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko.

Quelle opportunité inespérée pour l’extrême gauche ! De quoi rendre aux Insoumis, s’ils s’y prennent bien, leur respectabilité, disparue depuis la mort de Quentin Deranque et les blagues mélenchoniennes sur les noms juifs. En vingt-quatre heures, la machine s’emballe : plainte en justice contre la chaîne de Vincent Bolloré, saisine de l’Arcom par des parlementaires, annonce d’un grand rassemblement antiraciste le 4 avril à Saint-Denis.

Rapidement, les médias les plus progressistes, à l’instar de France Inter ou de l’émission « Quotidien », abandonnent le conditionnel pour affirmer que Doridot et Onfray ont assimilé l’élu à un singe, ce qui est factuellement faux. Le Monde trouve carrément dans l’événement « l’espoir d’un retour dans le débat de la lutte antiraciste », grâce à un édile qui, poursuit le quotidien du soir, se trouve au carrefour « de toutes les haines et de tous les espoirs ».

Le jour venu, devant l’hôtel de ville de Saint-Denis, Bagayoko sonne le tocsin. Avec des accents de Grand Soir, il fustige des institutions « défaillantes et parfois complices ». En liant antiracisme, antifascisme et « anti-impérialisme », il ponctue son intervention du cri « Résistance ! », qu’il scande trois fois de suite tout en se réjouissant de la fierté de ses camarades Insoumis lorsqu’ils dénoncent un « génocide en Palestine ». « Moment de l’Histoire de France » oblige, même Mélenchon sort de son retrait médiatique et salue une « bascule saine et nécessaire » pour l’unité du peuple.

Fractures à gauche et statistiques du malaise

Toutefois, à gauche, cette unité est pour le moins clairsemée. Fabien Roussel et Olivier Faure n’ont pas fait le déplacement à Saint-Denis. Marine Tondelier, indisposée par sa grossesse, est excusée. Et si le maire socialiste sortant du cru, Mathieu Hanotin, apporte son soutien à Bally Bagayoko, celui-ci ne joue pas la paix des braves. Il accuse son rival défait de ne pas vraiment être originaire de Saint-Denis, mais de Compiègne – encore un peu et il le traiterait de colon. La « révolution » antiraciste continue de dévorer ses propres enfants. D’ailleurs, si les noms de Jordan Bardella, CNews, Valérie Pécresse et Aurore Bergé sont, sans grande surprise, sifflés durant les discours, ceux de SOS Racisme et le Parti socialiste le sont tout autant.

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Le 9 avril, dans l’émission spéciale « Débrancher CNews »diffusée sur la chaîne YouTube de Mediapart, Danièle Obono donne un second souffle aux huées sectaires et haineuses de Saint-Denis : « CNews est l’arbre qui cache la forêt, France Info est un égout pour moi », lance-t-elle. Selon la députée de Paris, c’est donc l’ensemble du système médiatique (et ce compris la presse de centre gauche) qui doit être combattu, puisqu’il utilise « le racisme, la xénophobie et la logique sécuritaire ».

Le jour même, l’IFOP publie un sondage d’envergure (14 025 personnes interrogées), qui tombe à point. Il porte sur le racisme justement. Ses conclusions sont frappantes : 46 % de la population déclare en avoir déjà été victime. Mais alors, pourquoi les Français placent-ils toujours le pouvoir d’achat, l’emploi et l’insécurité en tête de leurs préoccupations si leurs concitoyens passent vraiment la majeure partie de leur temps à s’envoyer des injures racistes à la figure et à discriminer leurs voisins ? Mystère.

Toutefois, si on regarde l’étude dans le détail, les cas d’agressions racistes liées à la couleur de peau concernent en réalité moins de 5 % des sondés, et les agressions entrant dans cette catégorie restent heureusement très majoritairement verbales. Par ailleurs, l’enquête souligne l’explosion de l’antisémitisme (dont M. Bagayoko ne parle presque jamais, sauf pour affirmer que le rabbin de sa ville lui a apporté son soutien) et l’existence d’une « hostilité envers les Blancs », mais chut ! pas un mot chez les Insoumis.

Pari hasardeux

Le retour du petit théâtre antiraciste orchestré par LFI a-t-il eu en fin de compte le succès escompté ? On dirait bien que oui. Le 14 avril, dans l’émission de Karim Rissouli sur France 5, la malheureuse Laure Adler assure avoir perçu des « messages subliminaux » (comprenez : du racisme masqué) dans les déclarations de militants du RN interrogés, pour les besoins d’un documentaire, sur la percée de leur parti dans l’Orne. « Ils sont très intelligents, ajoute-t-elle. L’ADN est là. Comment s’en prévenir ? » Le lendemain, dans la matinale de RTL, Thomas Sotto offre le plus beau des cadeaux à son invité Bally Bagayoko : il lui demande si le président Macron ne serait pas raciste lui aussi !

Arrive le 21 avril, date symbole s’il en est, vingt-quatre ans après l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle. Cette année, le duel dont tout le monde parle se joue dans le 93, pour la présidence de la communauté de communes Plaine-Commune (450 000 habitants). Il oppose les deux gauches irréconciliables. À ma gauche Bally Bagayoko l’Insoumis. À ma droite Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen. Résultat sans appel : Bagayoko l’emporte avec 46 voix contre 32. Ici, comme dans presque toutes les banlieues de France, la gauche de compromis est en lambeaux. Et la gauche raciale-radicale en majesté.

Audiovisuel public: le calvaire des sans-croix

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Sur France 2, l'animateur de jeux Bruno Guillon a semblé trouver déplacé l'emploi de l'expression "chemin de croix". Capture d'écran.

Le rapport Alloncle est à peine paru, qu’il faut d’ores et déjà envisager une « édition augmentée », observe notre chroniqueur. Certains événements récents confirment en effet que la commission sur l’audiovisuel public était nécessaire mais que rien n’a changé, bien au contraire…


Récemment, lors d’une émission de jeux sur France 2, une candidate a eu le malheur d’utiliser l’expression courante « chemin de croix ». Les quatre neurones de l’animateur Bruno Guillon se sont immédiatement mis en branle : Oh ! la la ! Qu’entends-je ? Ne serait-ce pas là une expression ayant un lien avec le christianisme ? Auquel cas, cela ne risque-t-il pas de choquer les téléspectateurs non-chrétiens et de turlupiner mes employeurs ? Ne m’exposé-je pas, si je ne redresse pas la barre, à un blâme de ces derniers ? À une remontrance du SAW (Syndicat des animateurs wokes) ? À une réprimande de l’Arcom ? Au courroux de la présidente de France TV qui n’attend peut-être qu’un prétexte pour me foutre à la porte – je suis un homme, je suis blanc, j’ai plus de cinquante ans… Vite, vite ! tâchons de réparer la boulette de cette candidate inconsciente : « Alors, chemin de croix !?… ou d’étoiles… ou de croissants ! On n’est pas attaché à une religion en particulier ! » Il semblerait surtout que « on » a décidé d’effacer toutes les traces de la religion qui, au moins depuis le baptême de Clovis, est au cœur de l’histoire de France : fêtes, saints, églises, croix, et même expressions courantes trouvant leur origine dans la Bible. Le plus impressionnant est la rapidité avec laquelle M. Guillon, animateur pavlovien et spécimen exemplaire de cette nouvelle race de moutons issue du système de dressage de la population élaboré par nos dirigeants via l’Éducation nationale et les médias, a réagi ; mais aussi le malaise évident qu’a provoqué chez ce triste individu la simple évocation d’une expression issue de l’histoire chrétienne – si nous ne craignions pas de déclencher chez lui un nouveau collapsus cérébral, nous dirions que, pendant un court mais dérangeant instant, M. Guillon a vécu un véritable calvaire…

Les regrets de Jérémie Patrier-Leitus

Après un passage sur France Inter[1] où, en à peine vingt minutes, il est parvenu à utiliser une douzaine de fois le terme « extrême droite » pour désigner tour à tour Charles Alloncle, une chaîne d’info continue, l’actionnaire principal d’icelle, le RN, la plupart des personnes qui remettent en cause le fonctionnement de l’audiovisuel public, etc., Jérémie Patrier-Leitus, ex-président de la commission parlementaire sur ledit audiovisuel public, a posté sur son compte X un message critiquant Marion Maréchal pour avoir entonné, lors d’un banquet en l’honneur de Jeanne d’Arc, le chant traditionnel « Au 31 du mois d’août », dont le refrain est :« Buvons un coup, buvons-en deux, à la santé des amoureux ! À la santé du Roi de France, et merde pour le Roi d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre ! » Oublieux de l’histoire de son pays, M. Patrier-Leitus en a fait toute une salade : « Simplement à titre d’information, Marion Maréchal, la royauté a été abolie en 1792. En 2026, la France est une république ». L’ignorance est souvent sœur jumelle de la bêtise ; M. Patrier-Leitus ne sait visiblement pas – et, pire, n’a pas cherché à savoir – que cette chanson de marins rend hommage au corsaire Robert Surcouf, commandant de la frégate la Confiance qui, en 1800, captura le Kent, navire battant pavillon britannique. Nous conseillons au député du Calvados la lecture du récit de cette bataille rapporté dans les carnets de voyages, d’aventures et de combats de Louis Garneray, peintre de marines et compagnon de Surcouf[2]. Nous lui conseillons également de réviser son histoire de France : un Consulat, deux Empires, une Restauration suivie d’une Monarchie de juillet qui verra, pour principal changement, le roi de France devenir le roi des Français, ont émaillé le XIXe siècle avant l’instauration de la Troisième République. L’on pourrait d’ailleurs discuter l’évolution de ce régime républicain qui a vu émerger une caste persuadée d’être au-dessus de la plèbe et s’octroyant des privilèges – titres, fonctions, émoluments, etc. – incomparablement supérieurs, en nombre et en durée, aux prérogatives d’une partie de la noblesse de l’Ancien Régime. Mais c’est une autre histoire qui aura sûrement sa place, un jour, dans quelque long article…

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En attendant, signalons à M. Patrier-Leitus une autre chanson traditionnelle faisant allusion à la monarchie. Celle-ci aura sûrement son agrément puisqu’elle est parodique et se moque, à travers le Bon Roi Dagobert et son conseiller saint Éloi, de Louis XVI et de l’Église catholique. À moins que, n’en connaissant ni l’origine ni le but, obnubilé par la simple évocation de la monarchie honnie, il ne décide que cette comptine, toute bon enfant et ironique soit-elle, est une provocation, voire un défi aux valeurs républicaines qui lui tiennent tant à cœur.

Il se peut aussi que M. Patrier-Leitus n’ignore rien de la création du chant intitulé « Au 31 du mois d’août » et que son message n’ait été que le résultat d’une réflexion démagogique, politique au sens le moins noble du terme. Ce serait pire encore que l’ignorance ou la bêtise. Cela relèverait d’un double crime, celui de croire qu’on peut manipuler en toute impunité l’Histoire de France, sachant qu’on a fait en sorte qu’elle ne soit plus transmise. Nos élites dirigeantes ne s’inquiètent en effet nullement du déclin de l’École ; peut-être même espèrent-elles que celle-ci ne se relèvera jamais et continuera de voir sortir de ses rangs des troupeaux de moutons. En fin de compte, l’effondrement sera intégral : après quelques décennies de lavage de cerveaux et d’ignorance apprise dans les salles de classe, nous voyons de plus en plus de représentants politiques incultes poursuivant de leur ardeur républicaine et destructrice les dernières traces d’un monde écroulé, englouti sous les ruines d’un pays oublié. 

M. Patrier-Leitus a beau courir les plateaux de télé et de radio pour critiquer le rapport de son collègue Charles Alloncle, deux événements récents confirment, d’abord que la commission sur l’audiovisuel public était plus que nécessaire, ensuite que rien ne changera tant que les écuries d’Augias n’auront pas été nettoyées de fond en comble.

La revanche de Merwane Benlazar et de l’humour islamo-gauchiste

Premier événement. Le 4 mai dernier, la subversion subventionnée et la rebellocratie théâtrale se donnaient rendez-vous aux Folies Bergère. Alex Vizorek, maître de la 37e cérémonie des Molières diffusée sur la télévision publique, a croulé sous les applaudissements d’un public professionnel très politiquement correct, très woke, très comme il faut. Ce public a particulièrement apprécié le moment où l’humoriste a présenté une pièce de théâtre racontant l’histoire de la création du Chant des Partisans : « Une pièce d’actualité, a-t-il précisé en savourant d’avance la réaction de ses congénères, puisque, à la question : “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux ?”, la réponse est : Oui, sur CNews ! » Entre deux messages pour la diversité, contre l’homophobie, sur les bienfaits d’un art théâtral tolérant et ouvert et l’apport artistique des drag queens, la cérémonie des Tartuffes a accueilli Merwane Benlazar. Cet humoriste est réputé pour ses tweets misogynes, ainsi que pour avoir, sur France Inter, qualifié les téléspectateurs de l’émission Miss France de porcs et défendu l’idée d’un « cordon sanitaire » sur la radio publique française à l’image de ce qui existe déjà dans l’audiovisuel belge. Pour se moquer du Français franchouillard qui a l’audace de ne pas apprécier son humour, M. Benlazar est apparu affublé d’une marinière, d’un béret et d’une baguette de pain – le stéréotype est un peu éculé mais semble avoir ravi les insurgés de théâtre qui composaient le parterre. Ces derniers ont hautement apprécié le tacle que le comique rancunier a destiné à l’ex-ministre Rachida Dati: « Il y a un an, la ministre de la Culture m’a banni de France Télévisions pendant sa conquête de la mairie de Paris. Aujourd’hui, elle n’est plus ministre, ni à la mairie, et moi, je suis de retour à France Télévisions. Tout le monde est de retour à sa place, j’ai l’impression. » Les théâtreux applaudirent et s’esclaffèrent. Certains, parce qu’ils trouvèrent ça drôle. D’autres, pour ne pas passer pour xénophobes ou islamophobes.

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Eugénie Bastié, la petite concession du camp du Bien

Le journaliste Benjamin Duhamel © LIONEL GUERICOLAS/MPP/SIPA

Deuxième événement. À un an des présidentielles, la direction de France TV a décidé de ressusciter l’émission politique L’Heure de vérité. Benjamin Duhamel, Marc-Olivier Fogiel et Eugénie Bastié doivent composer le trio de journalistes qui animera cette émission – mais les journalistes tolérants, ouverts et pluralistes de la SDJ (société des journalistes) et de la rédaction de France TV ont immédiatement émis des réserves à propos d’Eugénie Bastié. Celle-ci serait « une polémiste, identifiée pour ses idées conservatrices et souverainistes » et « ne peut donc pas incarner et animer le débat politique sur France 2 », écrivent-ils dans un communiqué intitulé : « “L’information n’est pas une opinion” doit rester notre boussole. » Surtout que, précisent-ils, France TV avait le choix en interne. Les journalistes et chroniqueurs préférant partager objectivement une information plutôt que de se laisser influencer par leur opinion sont en effet légion sur le service public : Nathalie Saint-Cricq, Tristan Waleckx (Complément d’enquête), Élise Lucet (Envoyé spécial), Patrick Cohen ou Mohamed Bouhafsi (C à vous), Karim Rissouli ou Laure Adler (C ce soir), Thomas Snégaroff (C politique), Caroline Roux (C dans l’air) et quelques autres pourraient aisément remplacer celle que les journalistes du service public ont d’abord qualifiée de conservatrice, puis de très conservatrice, puis d’ultra conservatrice, puis finalement, c’est plus simple comme ça, d’extrême droite. Benjamin Duhamel, lui, n’a eu à essuyer aucun grief de la part de ses collègues. Il faut dire qu’il est réputé pour sa neutralité, son impartialité, ses entretiens mesurés, équilibrés et objectifs (voir à ce sujet la note 1). Soulignons au passage que les qualités professionnelles de Benjamin Duhamel mentionnées ci-dessus sont un héritage familial, issu d’une longue lignée de journalistes ayant traversé les dernières décennies de la vie politique française sans autre accroc que celui qu’il a fallu faire au revers de la veste de tonton Alain pour y épingler une Légion d’honneur bien méritée. Bon sang ne saurait mentir…


[1] La Grande Matinale de France Inter du mardi 28 avril. Quelques jours plus tard, France Inter recevait Pierre-Antoine Capton, co-actionnaire, avec Matthieu Pigasse et Xavier Niel, de Mediawan, la société qui produit entre autres l’émission co-animée par Patrick Cohen, C à vous, sur France 5. À cette occasion, Benjamin Duhamel s’est livré à un spectaculaire cirage de pompes. Maniant avec dextérité la brosse à reluire sémantique, le plumeau à chasser les mauvaises questions et le chiffon doux pour parachever l’opération de lustrage, le jeune journaliste a dépeint Mediawan et ses dirigeants comme des visionnaires, des entrepreneurs hors du commun, des concepteurs de rêves cinématographiques et de productions télévisuelles lucratives mais culturellement impeccables. « Le bilan peut donner le vertige », a finalement lâché un Benjamin Duhamel en pâmoison devant celui qui pourrait devenir un jour, qui sait, son patron…        

[2] Louis Garneray, Corsaire de la République, 1991, éditions Payot. Au moment de la prise du Kent, qui a eu lieu non le 31 août mais le 7 octobre 1800 et à laquelle Garneray a participé, la France est dirigée par Bonaparte qui vient de mettre en place le Consulat, premier jalon du régime impérial à venir. 

2027: pourquoi tout le monde se croit présidentiable

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Emmanuel Macron, président de la République lors d'une déclaration à la presse, le 21 avril 2026 à l'Elysee. Candidat, il avait donné l'impression que la jeunesse est un atout dans l'élection présidentielle © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Alors que le maire de Saint-Denis (93) Bally Bagayoko affirme qu’une insurrection populaire en cas de victoire du RN à la présidentielle n’est pas à exclure («Soit c’est nous, soit c’est eux»), tout le monde se pense légitime pour accéder à l’Elysée. Selon Le Monde, alors que LFI et le RN bénéficient d’une « prime à la clarté dans l’opinion », la multiplication des candidatures ailleurs affaiblit les partis de gouvernement et entretient une « précampagne présidentielle confuse ».


Bien sûr il y a, dans la sphère officielle, une multitude d’espérances et d’ambitions pour 2027, dont presque toutes seront déçues, puisque la vie démocratique et la campagne électorale n’en retiendront que deux à l’issue du premier tour, pour élire notre président lors du second.

Tous candidats

Si le Rassemblement national l’emporte, le maire de Saint-Denis a déjà évoqué « l’insurrection populaire » qui en résulterait. Une telle menace, loin de paraître invraisemblable, viendrait confirmer que l’extrême gauche, dans notre pays, demeure toujours prête à la violence, au désordre et à la contestation lorsque le verdict des urnes contrarie ses vœux. La conviction qu’une victoire du camp honni pourrait provoquer de graves troubles aura vraisemblablement une incidence sur les choix au moment du second tour.

Au-delà du seul univers des professionnels de la politique, comment ne pas être frappé par une évolution qui nourrit, au mieux, une immense illusion présidentielle et, au pire, l’idée désinvolte que la conquête du pouvoir serait devenue une aventure individuelle ouverte à tous ?

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Plusieurs éléments expliquent cette banalisation. D’abord, le constat morose que ceux pour qui la politique est un métier, quels qu’aient été leurs postes ou le prestige de leurs fonctions, ne se sont pas montrés assez remarquables pour dissuader d’autres de vouloir, à leur tour, tenter l’aventure.

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017, à un âge précoce, avec une formation et une expérience professionnelle dont la richesse avait été sous-estimée, a donné le sentiment que la jeunesse n’était plus un handicap mais un atout.

Présomptions de compétence

Par ailleurs, une forme de starisation, faisant sortir tel ou tel candidat du seul registre politique – où l’on ne peut durablement faire croire n’importe quoi – pour l’installer dans une lumière et une esthétique où les approximations, voire l’éventuelle incompétence, cessent presque d’être perçues, tant les fans ont parfois remplacé les citoyens, a eu pour conséquence ce bouleversement des critères traditionnels des campagnes : désormais, n’importe qui peut s’imaginer dépositaire d’enseignements capitaux pour le pays et plus personne n’est intimidé face à quelques savoirs supérieurs en politique.

Par exemple, il est probable que, pour affronter demain Jordan Bardella, si c’est lui qui représente le RN, ses adversaires ne pourront plus se contenter des argumentaires classiques et convenus.

Quoi qu’on en dise, le succès d’Éric Zemmour à la tête de Reconquête!, et la légitimité qu’il a acquise dans le rôle d’agitateur politique – alors qu’il était indépassable dans le débat et la confrontation médiatiques (personne ne l’a remplacé) -, ont laissé croire à certains que le journalisme n’était plus une fin en soi mais le commencement d’autre chose : non plus analyser et commenter, mais agir et transformer.

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Les imperfections mêmes de la vie publique traditionnelle, avec ses vices (une probité parfois défaillante, des promesses non tenues) mais aussi ses quelques fraîcheurs (de l’idéalisme, de l’enthousiasme, parfois de la naïveté) favorisent cette prolifération de candidatures qui n’exigent souvent, pour éclore et se légitimer, qu’une ambition personnelle soutenue par une solide présomption de leur propre importance.

Le paradoxe est qu’après tous ces détours, qui semblent plaider pour le citoyen-roi s’imaginant capable de tout, on en revient finalement à l’homme ou à la femme politique ayant traversé les épreuves, perdu et gagné des élections, endurci sans être devenu cynique, courageux mais habile, manœuvrier juste ce qu’il faut, ayant de la tenue, promettant seulement ce qu’il pourra tenir, humaniste enfin, mais sans naïveté.Une sorte de Georges Pompidou du quotidien. Un Bruno Retailleau qui n’aurait pas Laurent Wauquiez dans les pattes. Un Emmanuel Macron qui se serait souvenu de ses engagements et aurait oublié le « en même temps ». La grande illusion présidentielle ou le retour au réel ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Goût Caraïbes

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Nous savions notre chroniqueur féru de gastronomies diverses. Le voici qui s’est pris d’amour pour la cuisine exotique: sans doute avec l’âge a-t-on besoin d’un bon coup de piment pour rehausser la vie, qui est si terne…


Notre paresse, conjuguée à un ethnocentrisme de mauvais aloi, nous a confortés dans l’idée que la cuisine créole se résume aux acras de morue et au rougail saucisses (qui vient de la Réunion, mais bon, tout ça, c’est le lointain « là-bas »). La plupart des restaurants qui prétendent proposer une « vraie » cuisine antillaise nous confortent d’ailleurs dans cette paresse ignorante.

Mais voici qu’un cuisinier éclairé, Thomas Mathee, qui a eu plusieurs vies avant de se mettre aux fourneaux, et qui s’est adjoint le renfort d’une universitaire spécialiste de l’amour courtois, sort un livre de recettes cum commento à s’en lécher les papilles.

La Caraïbe est vaste, et les auteurs nous convoquent à une errance gastronomique qui va de la Guyane aux Antilles françaises. C’est un voyage gustatif moins onéreux qu’un aller-retour sur Air France, et tout aussi enchanteur. Car si nous sommes, nous, des assis, comme disait Rimbaud, les épices qui enchantent et magnifient les produits de la cuisine caraïbe voyagent jusqu’à nous. Un ragoût de bœuf, a priori, cela ne dépayse guère, nous qui flirtons volontiers avec la daube et le bourguignon. Mais rehaussé de curcuma, de cumin, de gingembre, de curry et de cannelle, le bœuf vous invite au voyage…

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Il en est de même pour le filet de vivaneau (un poisson local, d’un beau rouge assassin, le plus fréquent dans les menus des restaurants des Antilles), mâtiné de piment Bondamanjak (le nom local du piment habanero), de colombo, de gingembre et de combawa — tiens, je viens d’en planter un pied dans mon jardin… Tout est dans la marinade — un joli mot qui vient de « marin » et qui nous fait flotter sur un océan de délices inouïes.

Je ne voudrais pas vous faire saliver en vous laissant au bord de l’eau. Voici la recette, tirée de ce livre aux saveurs colorées et aux illustrations parlantes, du poulet boucané — le plat préféré des boucaniers qui, au début du XVIIIe siècle, semèrent la terreur dans ces îles en prenant à l’abordage les galions espagnols chargés des pillages du Nouveau Monde. Imaginez Long John Silver se délectant d’un gallinacé fumé sur un boucan — qui, comme le précisait Antoine Furetière, auteur du premier vrai Dictionnaire français, servait aux îliens à « rôtir et fumer les prisonniers qu’ils ont pris, et qu’ils mangent ensuite » — et accessoirement à préparer viandes et poissons.

Recette du poulet boucané

Ingrédients (pour 4 personnes) :

Poulet boucané sauce chien
  • 4 cuisses de poulet
  • 1 oignon rouge
  • 2 gousses d’ail
  • 3 piments végétariens
  • 5cl d’eau
  • 10g de sucre de canne
  • 1 citron vert
  • 4 branches de cive
  • 2 branches de thym
  • sel
  • poivre
  • pour le fumage : morceaux de canne à sucre ou mie de pain humidifiée

Préparation : Pour la marinade : hacher finement la cive, l’oignon et l’ail. Couper le piment en deux, en retirer les graines avant de le hacher finement.

Dans un saladier, presser le jus du citron, verser les 5cl d’eau, saler et poivrer avant d’y ajouter les ingrédients précédemment hachés. Bien mélanger le tout.

Entailler les cuisses de poulet avant de les placer dans la marinade. Laisser reposer toute une nuit.

Le lendemain : couper la canne à sucre en fins tronçons et les déposer sur la braise d’un barbecue (ou la mie de pain humidifiée, en l’absence de canne à sucre).

Déposer les cuisses sur la grille du barbecue et les placer sous un couvercle.

Les laisser cuire 1h30 en les retournant régulièrement.


Suggestion d’accompagnement :

Servir avec des frites de patate douce et arroser le tout d’une sauce chien.

Quant à la sauce chien, qui ne vous est peut-être pas familière, voici ce que nos auteurs en disent :

Ingrédients (pour 4 personnes) :

  • 1 oignon
  • 1 échalote
  • 4 branches de cives
  • 2 gousses d’ail
  • 1 branche de persil plat
  • 1 citron vert
  • 1 tomate
  • 10cl d’huile de tournesol
  • 15cl d’eau bouillante
  • 2 piments végétariens
  • Sel et poivre

Préparation :

Émincer et ciseler finement en julienne tous les ingrédients.

Verser le tout dans un bol, ajouter l’huile, le jus du citron vert et l’eau bouillante.

Saler et poivrer à votre convenance.

Allons, voyagez donc sur le parfum qui monte de ces plats colorés. En ces temps de grisaille idéologique, un peu d’exotisme ne nuit pas.


Thomas Mathee et Adeline Richard, Goût Caraïbes, Guyane et Martinique en cuisine, photos et dégustations poétiques, L’Harmattan, mai 2026, 108 p. — et sur Kindle.

Thomas Mathee est pour le moment traiteur en ligne et ouvrira très prochainement une boutique à Aix-en-Provence.

La millième!

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Le chroniqueur et écrivain Thomas Morales © Hannah Assouline

Monsieur Nostalgie fête ce dimanche sa millième chronique dans Causeur. Depuis plus de dix ans, au rythme de parfois deux « papiers » culturels (littérature, théâtre, cinéma, expo, etc.) par semaine, il a creusé un sillon singulier dans la presse française. Il nous parle de son goût intact pour ce genre littéraire auquel il a consacré une partie de sa vie professionnelle…


D’abord, il y a le goût de la performance. Autant l’avouer tout de suite, derrière chaque chroniqueur sommeille un sportif en pantoufles, une sorte de marathonien du clavier qui tape du matin au soir, un chercheur en records absurdes. J’ai battu Alexandre Vialatte, l’ogre de papier clermontois et ses à-peine 900 chroniques parues dans La Montagne. Battu au moins sur le nombre, sur la qualité, je ne m’aventurerai pas dans la comparaison. La régularité de l’exercice, l’endurance et le « french flair », voilà à mon sens, les ingrédients pour faire décoller une chronique, lui insuffler un peu de mouvement et d’onde nostalgique, la dérouter de son chemin initial. Les chemins de traverse ont toujours été mon terrain de jeu favori. Ce genre journalistique fait pencher l’article plutôt du côté de la littérature que de l’information pure. Enfin, je le crois. Un bon chroniqueur ne doit pas avoir de certitudes, une seule règle préexiste : attaquer son sujet avec une forme de virginité sinon votre prose sentira la sueur du labeur. La mécanique de la répétition est une facilité que l’on doit sans cesse repousser physiquement. Avec des années de métier, on peut être tenté par l’écriture automatique, la formule toute faite, l’entame fainéante et la chute convenue. La chronique perd alors de sa fraîcheur.

Malle aux souvenirs

Je ne me suis jamais considéré comme un journaliste à part entière, encarté et « fact-checké », je n’ai pas le culte des événements et l’objectivité de façade se révèle être souvent une fausse vertu. Un cache-misère. Je ne suis ni militant, ni professeur. Je pratique donc un « art » de la dérive. Je n’ai pas peur du divertissement et du sentiment, ce qui est une faute pour certains confrères, les faits froids ne m’intéressent pas. Une bonne chronique, c’est avant tout un « papier » gourmand, charnu, prêt à croquer, juteux à souhait, plaisant à regarder dans son agencement, oui beau à regarder dans son oscillation nerveuse ; quelques phrases, trois feuillets maximum, qui s’enroulent autour d’un livre, d’un film, d’une pièce, d’une personnalité ; dans cet espace limité, il faut varier, accélérer, amuser, charmer, provoquer, surtout ne pas ennuyer le lecteur. Son temps de lecture est notre bien le plus précieux. N’en abusons pas ! Ne le gavons pas de théories ! Au début de l’aventure Causeur, j’ai démarré par la critique littéraire, puis assez vite, j’ai pu, en toute liberté, ouvrir ma malle aux souvenirs et bifurquer vers la nécrologie de l’instant. Nous avons inventé ensemble une nécrologie sur le vif, complémentaire à la nécrologie documentée celle qui est préparée de longue date dans les journaux. À ma façon, je me dis que j’ai aidé à mourir, sur le papier, des dizaines de légendes aimées, à poser sur la feuille blanche, sans lourdes archives, sans volonté de tout raconter d’une vie, en trouvant seulement un élément déclencheur, un film, une attitude, un geste et dérouler ainsi le fil de l’admiration.

Brocante des jours heureux

Et puis Causeur m’a permis de déployer ma quincaille, ma brocante des jours heureux, d’en abuser parfois, veuillez m’en excuser, mais comment résister à Belmondo, aux Mustang, à Hardellet, à Cossery, à Boudard, à Villon, à Broca, à Charles Denner, à Rome, à la Vespa, à Michel Delpech et à Bill Withers, aux cover-girls et à Maureen Kerwin, à Morand et Zidi, à Audiard et Audiberti, aux AMC Pacer et au Finistère, au Berry et à Pino d’Angio, aux rognons et au baby-foot, à La Nueve et à la Cathédrale Saint-Etienne, ce bric-à-brac est autant refuge que phare avancée dans la mer. La chronique libre est un laboratoire de l’écriture, on y tente des choses improbables, on y brave les interdits de la presse traditionnelle, on ose le « je », on mêle nos tranches personnelles à l’actualité culturelle, on y témoigne de notre gratitude et aussi de notre agacement sur la marche du monde, on peut citer Demis Roussos et Emmanuel Berl dans le même paragraphe, on ne se refuse rien. Durant ces mille chroniques, j’ai grandi avec vous. Me laisserez-vous encore la permission d’en écrire mille autres ?

Les tendresses de Zanzibar

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Tendre est la province

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Monsieur Nostalgie

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La boîte du bouquiniste

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D.R.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Un historien est révisionniste par essence. Il se doit de réviser ce qui a été écrit par ses pairs afin d’éclairer d’un jour nouveau certaines périodes peu ou mal documentées. Voire réhabiliter des époques ou des hommes malmenés par les historiens eux-mêmes. Ainsi assiste-t-on depuis quelques années à la restauration du prestige du Second Empire et à la reconnaissance de Napoléon III comme grand chef d’État – mais le tirer de sa damnatio memoriae est une entreprise de longue haleine. Dans un autre domaine, l’exploration d’archives oubliées, ou jusque-là mal lues, permet à une nouvelle école de médiévistes de révéler que le Moyen Âge n’avait rien de « moyen » et que les mille ans recouverts par cette obscure appellation n’ont pas été arriérés, comme l’ont imposé dans la culture commune la Renaissance puis les Lumières – les femmes étaient notamment bien plus libres et indépendantes qu’au xixe siècle, et l’hygiène corporelle était une préoccupation quotidienne.

Cette voie à contre-courant de la doxa a été dégagée par Jean Gimpel (1918-1996) dans les années 1950. Très méfiant à l’égard des méthodes et des certitudes universitaires, cet historien de l’art et essayiste iconoclaste a entrepris de décrasser le Moyen Âge et de démontrer sa modernité à travers deux ouvrages : Les Bâtisseurs de cathédrales (1958) et La Révolution industrielle du Moyen Âge (1975) – sa bibliographie compte moins de dix livres, mais ses colloques et séminaires en France comme aux États-Unis sont innombrables. Dans ce dernier livre, Gimpel démontre qu’il n’y a pas d’anachronisme à parler d’industrie médiévale car, du XIe au XIIIe siècle, l’Europe occidentale a connu une période d’intense activité technologique, l’une des époques de l’histoire les plus fécondes en inventions – et il en dresse la liste. Selon lui, la première révolution industrielle date donc du Moyen Âge, non de la fin du xviiie siècle. Pour imager son propos, il se prête au jeu des équivalences entre la France médiévale et l’Amérique contemporaine : « La Beauce et les Grandes Plaines ; la charrue et la mécanisation ; la foi et la liberté ; la cathédrale et l’automobile ; Beauvais et l’Empire State Building ; les cisterciens et Henri Ford ; Chartres et Times Square ; l’écu d’or et le dollar ; le moulin à eau et la machine à vapeur. » Et l’on découvre l’incroyable mécanisation du travail médiéval avec la maîtrise des moulins à eau et à vent : en meulant et en pilant, ils révolutionnent le traitement des récoltes, du fer et du tissage. Il s’en ouvre en ville et à la campagne. Ils ont plusieurs propriétaires et le cours des actions varie selon leurs rendements. Le moulin est « une usine médiévale ».

Gimpel estime que l’histoire de la technique est restée longtemps ignorée car les universitaires ont presque toujours dédaigné le travail manuel. « Dans notre civilisation occidentale, deux systèmes d’éducation, celui des arts mécaniques et celui des arts libéraux, forment respectivement deux types d’hommes : les ingénieurs et les littéraires. Quant aux historiens, ayant adopté les préjugés des intellectuels, ils se sont rarement penchés sur l’histoire des techniques. » Décidément, une histoire de l’Histoire reste à écrire.


La révolution industrielle du Moyen Âge, Jean Gimpel, Seuil, 1975, 288 pages

La Révolution industrielle au Moyen Âge

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Fin de régime pour la France des mandarins

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Portrait rapproché du président Macron et du Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une cérémonie de remise de médailles en l'honneur des athlètes français ayant participé aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026, au palais de l'Élysée à Paris, le 29 avril 2026. © Jumeau Alexis/POOL/SIPA

La France est plongée dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. Il est urgent de briser le silence que les promoteurs du malheur français veulent maintenir.


Jusqu’à quand le régime va-t-il tenir ? La question se pose pour l’Iran des mollahs. Mais elle vaut aussi pour la France des mandarins. La dictature théocratique de la république islamique n’a certes rien de commun avec le despotisme progressiste de la république laïque. Cependant, dans les deux cas, le peuple méprisé a, seul, le pouvoir de rompre avec des systèmes à bout de souffle. Les castes s’accrochent d’autant plus au pouvoir qu’elles se savent fragilisées. Dans sa gestion de l’immobilité, Sébastien Lecornu a apparemment réussi, comme Premier ministre, la prouesse d’endormir la France. Il est vrai que sa silhouette pateline de moine tonsuré et indifférent aux flagorneries de la cour est opportunément reposante. D’autant qu’Emmanuel Macron a, pour sa part, choisi de disparaître de la scène nationale pour parler au monde, c’est-à-dire prêcher dans le désert. Mais ce théâtre d’ombres joue son dernier acte.

Rien ne fonctionne plus dans la France suradministrée et surendettée. Bien sûr, les trains arrivent encore majoritairement à l’heure. Le système public hospitalier essoré, pris d’assaut pour ses générosités, continue de produire des prouesses médicales et humaines. Cependant le gouvernement n’a plus, faute de courage, la maîtrise de sa politique. Il s’interdit de baisser les taxes sur le carburant, dont les prix flambent, faute de vouloir envisager des économies sur la promotion des coûteuses énergies éoliennes. Il a renoncé à assouplir par la loi l’interdiction de travailler le 1er-Mai pour tous les petits commerces alors que le chômage reste endémique. L’immigration de masse tiers-mondise les ghettos urbains et déborde jusque dans les petites villes, cibles de violences claniques jusqu’alors inconnues. Ceux qui, comme Jean-François Copé, font des populistes les boucs émissaires de leurs échecs, refusent d’assumer leurs responsabilités.

A lire aussi: Commission Alloncle: le rapport consenti!

L’épreuve de vérité est arrivée. Elle oblige à un bouleversement des mentalités. L’enjeu est d’abattre les citadelles abritant une oligarchie politique et médiatique hostile aux Français oubliés. L’assaut de Vincent Bolloré contre le Landerneau de l’édition a dévoilé l’entre-soi conformiste de Grasset, ébranlé par l’éviction d’Olivier Nora. Le mérite du député (UDR) Charles Alloncle qui, durant cinq mois et deux cents heures d’auditions, a mené à la hussarde la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, a été d’oser demander des comptes à un monde privilégié, habitué à donner des leçons. Les critiques virulentes que subit Alloncle sont proportionnelles à ses révélations sur les conflits d’intérêts de sociétés de production, les dysfonctionnements budgétaires, l’information militante, etc. Les menaces sur la publication de son rapport font partie des dernières armes d’un « monde intellectuel » finissant.

Il y a quarante ans, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986) a accéléré la glasnost (« transparence ») décidée par Mikhaïl Gorbatchev. L’accident a obligé la Russie soviétique à en finir avec ces propagandes, pour admettre l’usure du système communiste. Gorbatchev lui-même a reconnu que ce drame avait précipité l’effondrement de l’URSS construite sur des mensonges. La France est aujourd’hui plongée, pareillement, dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. L’urgence est de briser le silence qu’aimeraient maintenir les promoteurs du malheur français.

La révolution des oubliés

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Soupe de langues

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D.R.

Une étude récente du CNRS démontre que «genrer» les mots n’est finalement pas aussi grave que l’affirmaient certains psycholinguistes.


Le caractère « genré » des mots que nous employons influence-t-il notre conception des choses qu’ils représentent ?

Pour les intellectuels woke, la réponse est oui, et c’est la raison pour laquelle ils militent activement pour imposer l’écriture inclusive, notamment dans les facultés. Pour étayer leur combat, ils citent souvent deux célèbres linguistes américains, Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf. Selon ces professeurs de l’université de Yale, dont les publications, en particulier sur l’idiome de la tribu amérindienne Hopi, remontent à l’entre-deux-guerres, notre vision du monde serait déterminée par la langue que nous parlons. Dans les années 1960, Noam Chomsky s’est inscrit en faux contre cette thèse en lui opposant sa théorie des structures fondamentales du langage, dont il postule qu’elles sont innées et communes à tous les humains.

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Mais les recherches de terrain confirmant son idée sont rares. À cet égard, une récente étude du CNRS mérite d’être saluée. Menée par Sharon Peperkamp, du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de Paris, et Brent Strickland, de l’Institut Jean-Nicod (Paris), elle a été réalisée auprès de plusieurs centaines de participants de divers pays européens. Il s’agissait de vérifier si, par exemple, le mot pont, qui est féminin dans la langue de Goethe (« die Brücke »), mais masculin dans celle de Cervantes (« el puente »), inspire plutôt aux Allemands une image de force et aux Espagnols une image de beauté. La conclusion est assez catégorique : « Les résultats ont montré l’absence d’effet de genre chez les locuteurs et locutrices français. » En d’autres termes, nous autres Gaulois romanisés, arrivons à penser de façon universelle malgré l’odieuse obligation qui nous est imposée par notre grammaire issue du bas latin d’assigner, contrairement à l’anglais, un sexe à chaque mot. Il ne reste plus maintenant aux psycholinguistes qu’à se pencher sur le cas de l’écriture inclusive et à analyser ses éventuels dégâts sur l’intelligence de ceux qui l’utilisent dans leurs travaux académiques…

Le Long Poids d’Horloge me met en retard

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Romane Bohringer et Stanislas Nordey. D.R.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Ma Sauvageonne adorée m’attendait à la Comédie de Picardie où l’on donnait Scène de la vie conjugale, d’après Ingmar Bergman (1918-2007), adapté et mis en scène par Christophe Perton, avec notamment ce dernier, Astrid Bas, Romane Bohringer (dans le rôle de Marianne) et Stanislas Nordey (dans celui de Johan). « Ça commence à 19h30 ; j’espère que tu seras à l’heure, vieux Yak », dit-elle en me décochant un sourire aussi ensoleillé que sa crinière de petite lionne blonde, sourire qui me rend complètement cinglé. La Sauvageonne me connaît bien ; elle sait que la ponctualité, depuis que je suis en retraite, n’est pas ma qualité première. 

Au cours de toute ma vie professionnelle, à cause de mon activité de journaliste, je me suis pressé comme un vieux cédrat ridé. Aujourd’hui, me dépêcher me dégoûte. J’ai horreur de ça. Ma retraite, je l’imaginais, lente, paresseuse et tranquille comme la Vesle à l’entrée de Sept-Saulx, dans la Marne, ou la Cisse près du lavoir de Bury, à Molineuf, dans le Loir-et-Cher. Pêche et jardinage. Tu parles ! Je ne peux consacrer à mes deux loisirs préférés que très peu de temps. J’étais justement en train de jardiner avant de rejoindre ma Sauvageonne. Quand je jardine, je ne pense plus à rien : ni aux piges que je dois assurer, ni à mon compte bancaire claudiquant de la Caisse d’Epargne, compte qui me crée beaucoup de soucis. En semant deux routes de radis noirs (des « Longs Poids d’Horloge » ; graines de chez Vilmorin) et une de radis ronds écarlates, je surveillais l’heure et pensais, ravi et terriblement amoureux, à mon ébouriffée. « J’ai encore un peu de temps », songeai-je. « La pièce ne commencera que vers 19h45. » Je rangeai tout de même mes outils, et fonçai (enfin, il faut le dire vite!) vers la Comédie de Picardie.

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Foncer est un bien grand mot : sur la route, je me farcis tous les feux rouges. Une horreur ! J’arrivai essoufflé vers 19h35 au théâtre, accueilli par une personne du service de sécurité qui me confia qu’il était trop tard, que la salle était pleine à craquer ; qu’il me serait impossible d’entrer. Nicolas Auvray, le directeur, arriva et me dit la même chose. Devant ma mine déconfite, il eut l’amabilité de me trouver une petite chaise près de l’entrée, loin, si loin, de ma Sauvageonne qui se trouvait au troisième rang dans un confortable fauteuil de velours incarnat. Qu’allait-elle bien pouvoir penser ? Involontairement, j’allais la plonger dans la panique. Peut-être imaginait-elle son vieux Yak coincé dans sa Twingo accidentée et broyée par un poids lourd. Je m’en voulais ; ces cinq minutes de retard me pesaient comme une tortilla aux œufs de mulets sur un estomac délicat.

Je contemplais les Scènes de la vie conjugale d’un regard absent, le ventre noué par ma goujaterie. J’apercevais, au loin, Romane Bohringer en train de se disputer avec Stanislas Nordey, impeccable dans son rôle de sacré petit salopard. A cause de mes inquiétudes, la pièce, pourtant d’une durée d’une heure quarante-cinq, fila comme un collant de Micheline Presle. Le rideau tombé, je filais à mon tour vers ma belle pour la rassurer. Elle semblait peinée ; je me sentais dans la peau d’un monstre non ponctuel. Je l’avais fait souffrir ; je m’en voulais, maudissant intérieurement les radis ronds écarlates et les radis noirs « Long Poids d’Horloge ». Allait-elle me faire une scène de la vie conjugale ? Point. J’eusse pourtant mérité que, pour ce retard navrant, elle m’assommât avec un « Long Poids d’Horloge », sombre matraque dure et turgescente, dont les graines pitoyables avaient été incapables de sonner l’heure. Les jours s’en vont je demeure.

Scènes de la vie conjugale

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