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Le maire et le président

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Le maire et le président
Open AI / Causeur.

L’élu d’extrême gauche Bally Bagayoko, qui décidément semble avoir pris la grosse tête, a décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans sa mairie. La loi ne l’oblige pas à l’afficher. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


Le maire de Saint-Denis (93) refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron. Bally Bagayoko expliquait sur LCI, dimanche, qu’il avait décroché le portrait parce que, selon lui, la République ne corrige pas les inégalités. Il attend l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président qui sera, espère-t-il, Jean-Luc Mélenchon, pour le raccrocher :

— Darius Rochebin : « Dans votre bureau, vous avez décroché le portrait du président de la République ? »

— Bally Bagayoko : « C’est vrai, je l’ai décroché parce que j’ai considéré que, tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités… »

— Darius Rochebin (l’interrompant) : « Où l’avez-vous mis ? »

— Bally Bagayoko : « Il est dans un coin, retourné, en attendant, bien sûr, l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président… »

Cela a déplu au préfet de Seine-Saint-Denis, qui lui a adressé une lettre hier. Tout en admettant que ce n’est pas une obligation légale, Julien Charles demande au maire de respecter un usage consacré par la tradition républicaine. Usage qui, au passage, s’est installé et généralisé sous le Second Empire. Le maire n’en démord pas : « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations [du pacte républicain], notamment envers les habitants de notre territoire. » Emmanuel Macron restera donc au coin.

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Faut-il l’obliger à accrocher le portrait du président ? Non ! La République ne se résume pas à des interdits, des règles et des obligations. Il faut une forme d’amour, et l’amour ne se décrète pas. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage de la bobine présidentielle s’est ensablée au Sénat.

Oui, Bally Bagayoko a le droit de décrocher le portrait du président, et on a le droit de trouver cet affront potache, pathétique et symbolique. Ces accusations et récriminations sont infondées. Nous sommes l’un des pays les plus redistributifs et les plus égalitaires d’Europe, et les quartiers « populaires », comme on dit, ont bénéficié d’innombrables dispositifs publics visant précisément à corriger ces inégalités. Faire croire aux habitants de Saint-Denis qu’ils sont abandonnés n’aboutit qu’à enkyster chez eux un sentiment victimaire stérile, car il pousse à la plainte et à la récrimination, plutôt qu’à l’action.

Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte selon que les gouvernants élus vous plaisent ou non. Ce n’est pas non plus un marché — je te reconnais si tu me donnes ceci ou cela. Le préfet souligne que le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, vise à rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques. Robert Ménard, maire de Béziers, dit qu’il accrocherait le portrait, y compris si Jean-Luc Mélenchon était président, alors même qu’il est plutôt un adversaire politique pour lui. En refusant de le faire, Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine et, surtout, prend le risque de convaincre ses concitoyens que la « Nouvelle France », dont il est une figure flamboyante, ne peut se construire qu’en tournant le dos aux usages et aux mœurs de l’ancienne.




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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