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Charles Alloncle: «J’ai pris des coups, mais j’ai appris à les encaisser»

Entretien avec Charles Alloncle


Charles Alloncle: «J’ai pris des coups, mais j’ai appris à les encaisser»
Charles Alloncle © Hannah Assouline

Six mois d’auditions houleuses, des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, de violentes attaques dans la presse… pour un rapport qui a failli être enterré. Charles Alloncle raconte ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.


Causeur. Quel baptême du feu ! Il y a six mois, vous étiez inconnu. Aujourd’hui, des passants vous disent : « Tenez bon ! », vous êtes la bête noire du camp progressiste, Macronie comprise, et une tête de Turc de la presse de gauche. Imaginiez-vous être au centre d’une telle tempête ?

Charles Alloncle. Le Système a montré qu’il avait une sacrée force de résistance ! Il était prévisible que nos travaux intéressent les Français. C’est la première fois que l’Assemblée se penche ainsi sur le cas de l’audiovisuel public dans le cadre d’une commission d’enquête. Ensuite, ces résistances ont bien montré qu’il y avait là un enjeu démocratique essentiel.

Le Système, c’est vague et impersonnel. De quelles résistances parlez-vous ?

Celles de certains journalistes, animateurs et producteurs, dont les intérêts sont liés à ceux de l’audiovisuel public. Je pense aussi à Matthieu Pigasse et à Xavier Niel, qui sont fondateurs et actionnaires de la société de production Mediawan, premier fournisseur privé de programmes pour France Télévisions (FTV), à hauteur de 110 millions d’euros par an. Quand on soulève le capot de tels intérêts financiers et médiatiques, on se fait forcément beaucoup d’ennemis.

En attendant, les auditions de la commission ont bien eu lieu et votre rapport a été publié…

Oui, mais c’était moins une. Jusqu’au dernier moment ça a tangué. Et rappelez-vous les quelques jours qui ont suivi la remise de mon rapport. Seuls les trente députés membres de la commission pouvaient le consulter dans des conditions strictes de confidentialité : cela se passait dans une pièce de l’Assemblée avec des créneaux horaires fixés, les téléphones portables étaient interdits. J’ai scrupuleusement respecté la règle de non-divulgation mais très vite, on a vu apparaître des articles et des échos sur son contenu, de prétendues révélations truffées d’approximations et de fake news. Jamais dans les annales de l’Assemblée, il n’y avait eu autant de fuites à ce stade d’une commission d’enquête. L’objectif était évidemment de brouiller le vrai avec du faux et de jeter le discrédit sur l’ensemble de notre travail pour qu’à la fin, le rapport ne soit pas voté.

Quel sens aurait eu une telle censure ?

Elle m’aurait strictement interdit, sous peine de poursuites pénales, de mentionner pendant vingt-cinq ans ce que contient le rapport. Ce qui veut dire que je n’aurais même pas été autorisé à démentir les fake news qui ont circulé à son sujet. De plus, n’oubliez pas que, dans ce cas, tout disparaît : les vidéos, les comptes-rendus des auditions. Bref, c’est une censure très efficace, qui n’a été utilisée qu’une fois, pour la commission sur le financement des syndicats en 2011.

Sans doute, mais à qui aurait profité le crime ? Le scandale d’un rapport enterré aurait fait un tort considérable à l’audiovisuel public !

Et pourtant, dès le départ, on m’a mis de surprenants bâtons dans les roues. La coutume veut qu’à l’Assemblée, les groupes d’opposition puissent créer chaque année une commission d’enquête sur le thème de leur choix et que les autres groupes n’y fassent pas obstruction. Notre proposition est passée à quelques voix seulement lors du vote en commission des Affaires culturelles, avec contre nous un front inhabituel de députés de gauche, d’extrême gauche et de macronistes. Ce sont les mêmes, je pense, qui, à quelques heures du vote du rapport, ont alimenté la presse. Mais les obstacles ne se sont pas arrêtés là. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, proche d’Édouard Philippe, a interrompu les travaux entre le 19 décembre et le 21 janvier sans faire approuver cette décision par le bureau de la commission. Il n’a pas été rappelé à l’ordre par la présidente Yaël Braun-Pivet. Il a refusé un certain nombre d’auditions pourtant importantes, notamment celle de Caroline Lang, qui a été à la tête du Syndicat des producteurs indépendants jusqu’à récemment, et la patronne entre 2003 et 2022 de Warner France, l’un des principaux fournisseurs de programmes de France Télévisions.

Quelles concessions avez-vous dû faire pour arracher le vote de votre rapport ?

Il y a eu un chantage parfaitement indécent de la part des macronistes, qui ont monnayé leur abstention contre deux retraits du rapport. Le premier a consisté à enlever quelques lignes qui indiquaient que Yaël Braun-Pivet avait donné une interview à la matinale de France Inter le jour même de l’audition de la présidente de Radio France, ce qui est une entorse aux principes censés garantir les pouvoirs d’une commission d’enquête. La deuxième demande concernait le président de la commission, qui ne supportait pas que l’on rappelle qu’il est administrateur de France Médias Monde (la maison mère de France 24) et qu’il a été administrateur de Radio France en 2023 et 2024. Les deux faits sont pourtant avérés. Cette demande de suppression dit beaucoup de leur rapport à la vérité et de leur incapacité d’assumer le dévoiement de nos institutions.

Venons-en au contenu du rapport. Certains respirent ! En particulier les responsables de Radio France et France Inter. En effet, alors que le sinistrisme de leurs antennes est scandaleusement évident, la foudre est plutôt tombée sur France Télévisions où c’est beaucoup moins flagrant.

Vous avez raison et le rapport pointe nombre de ces errements répétés sur Radio France. La commission avait deux grands domaines d’investigation, la gestion et les finances d’un côté, la neutralité et l’éditorial de l’autre. Pour résumer à grands traits, je dirais qu’il y a surtout des entorses préoccupantes au principe de neutralité à Radio France, et surtout des problèmes de gestion financière et de conflits d’intérêts à France Télévisions.

Commençons par l’éditorial. On vous a reproché de ne pas connaître les métiers de l’audiovisuel. Il nous semble par exemple qu’en reprochant à France Inter d’avoir interrogé l’ambassadeur d’Iran, vous faisiez fausse route. Le pluralisme, c’est aussi cela. À Causeur, nous aurions interviewé Hitler !

Oui, mais sans doute avec plus de contradiction que sur France Inter dans le cas que vous citez. Plus généralement, on a le droit de donner la parole à n’importe qui, encore faut-il bien indiquer au public qui sont les personnes et d’où elles parlent. J’ai dressé une liste non exhaustive, mais déjà très longue, de personnes conviées sur les antennes de Radio France et France Télévisions sans qu’il soit mentionné le parti, l’organisation ou le régime qu’elles soutiennent. Ce défaut de clarté est préjudiciable à l’honnêteté de l’information, surtout quand la question traitée est un sujet diplomatique de haute sensibilité. D’autant qu’un deuxième problème vient se greffer : la surreprésentation à l’antenne d’invités favorables à un camp plutôt qu’à un autre. Quand on décortique par exemple le traitement par Radio France de la question iranienne, on constate que parmi les opposants aux mollahs, on a très peu entendu les partisans de Reza Pahlavi et beaucoup plus les Moudjahidines du peuple.

Nul ne peut nier le tropisme de gauche des journalistes du service public. Mais aucun pouvoir ne pourra jamais les obliger à changer d’idées.

On pourrait au moins demander que les rédactions de France Télévision ne soient pas placées sous la supervision de Stéphane Sitbon-Gomez, le numéro 2 du groupe à qui vient d’échoir la responsabilité de l’information en plus des programmes. Or, non seulement il n’a pas sa carte de presse, mais il n’avait travaillé avant France Télévisions que pour Europe Ecologie Les Verts.

Avoir sa carte de presse n’est pas toujours un critère de compétence et d’honnêteté.

Le service public s’est quand même longtemps honoré en nommant à la tête de l’information des journalistes reconnus pour leur indépendance et leur expérience, comme Arlette Chabot ou Thierry Thuillier.

Vous reprochez surtout à Stéphane Sitbon son passé partisan. Mais si vous désirez quitter la politique un jour, ne souhaiterez-vous pas pouvoir aller où bon vous semble, sans qu’on vous reproche votre passé politique ?

Si cela arrive, je ne postulerai pas dans un média de service public censé garantir une indépendance effective. L’information est trop précieuse pour être confiée à d’anciens activistes politiques, quel que soit leur bord.

À moins qu’il y ait eu de grands changements, il n’est pas sûr qu’ils vous courront après. En attendant, vous ne pouvez pas empêcher les gens de changer d’avis, de changer de vie.

Non, mais on doit éviter le mélange des genres. Il est inadmissible, par exemple, qu’une responsable de la cellule de fact-checking de France Info TV, Linh-Lan Dao, ait participé comme tête d’affiche à un meeting de La France insoumise il y a quelques mois à Toulouse, avec le député François Piquemal.

Mais elle a été sanctionnée par son employeur pour cela.

Certes, mais sa direction a refusé en audition d’indiquer la sanction prononcée, si bien que je doute de sa sévérité et même de son effectivité. De toute façon, dès lors qu’elle est militante, elle ne devrait pas occuper ce poste.

Et si on la touche, les syndicats se rebifferont. Vous vous en prenez là à un tabou, ou au moins un non-dit : le pouvoir considérable de syndicats de journalistes face auxquels les directions sont passablement impuissantes.

C’est pourquoi il faut muscler les comités d’éthique de l’audiovisuel public, en particulier celui de France Télévisions, qui est totalement défaillant. Rendez-vous compte qu’il ne s’est réuni que quatre fois en 2024 ! Surtout, il est présidé par Christine Albanel qui, par le passé, a eu sous ses ordres Christophe Tardieu, l’actuel secrétaire général de France Télévisions. Et elle a aussi été une collègue de Delphine Ernotte pendant plusieurs années chez Orange, où toutes deux étaient directrices. Je recommande pour ces comités davantage de moyens, des prérogatives élargies et une composition plus indépendante, avec des membres n’ayant aucun lien avec la direction.

Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, lors d’une séance de questions au gouvernement, Paris, 25 mars 2026. © Franck Derouda/SIPA

Passons aux questions de gestion qui concernent essentiellement FTV, Radio France n’achetant pas ses contenus à des sociétés extérieures. Précisons immédiatement que vous n’avez débusqué aucun cas de trafic d’influence, de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts qui devrait être signalé à la justice. En revanche, vous avez identifié des pratiques qui manquent de rigueur et de clarté dans les procédures de décision d’achat de programmes auprès des sociétés de production.

J’ai déploré en premier lieu le volume de cette externalisation. Pourquoi faire autant appel à des sociétés privées quand on paye déjà tant de journalistes, de techniciens et directeurs d’unité, tous compétents et sincèrement engagés dans leur mission ? Il s’agit tout de même d’un milliard d’euros de commande publique annuelle. C’est considérable, surtout si l’on sait que ces contrats sont signés en dehors des règles communes des marchés publics, dans la mesure où les programmes télévisés sont considérés comme des œuvres. Il n’y a pas d’appels d’offres, ni la moindre transparence. Ce qui favorise évidemment le choix à la tête du client, voire le copinage.

Sauf que cette externalisation est imposée par la loi Léotard et les décrets Tasca, qui visaient à favoriser l’émergence d’un écosystème français de production audiovisuelle.

Oui, mais France Télévisions outrepasse totalement ses obligations en la matière, comprises entre 300 et 400 millions d’euros par an. J’appelle cela de l’« infra-privatisation », phénomène d’autant plus fâcheux qu’il profite en partie à des intérêts étrangers comme ceux du fonds américain KKR, actionnaire important de Mediawan. Autrement dit, France Télévisions pourrait internaliser davantage sa production. En particulier ses programmes « sensibles » au plan éditorial, les émissions d’information, de débats, de politiques et d’opinions, telles que « C dans l’air », « C à vous », « C ce soir » et « C politique », toutes produites soit par Mediawan, soit par Together. Et puis, il y a le problème des comités d’investissement, très peu transparents. Le secrétaire général de France Télévisions, Christophe Tardieu, m’a transmis en tout et pour tout à ce sujet un simple tableau récapitulant les décisions d’achats. Un tableau édifiant, quasiment dépourvu d’explication sur les raisons formelles qui justifient les choix de FTV. Et puis quand on entre dans le détail, on découvre des pratiques choquantes. Par exemple, quand Anne Holmes, qui est à la tête d’un des budgets de programmes les plus importants de France Télévisions, celui de la fiction, doit statuer sur la proposition d’un producteur chez qui il lui arrive de passer des vacances, elle se déporte en faisant instruire le dossier par ses subordonnés.

D’après Stéphane Sitbon-Gomez, ses subordonnés instruisent le dossier, mais la décision est prise par ses supérieurs. Cela dit, on comprend que vous tiquiez sur cette méthode baroque de déport. En revanche, on ne vous suit pas sur l’affaire des vacances. Oui, l’audiovisuel est un milieu professionnel qui, comme beaucoup d’autres, est très consanguin. On travaille ensemble, on devient amis, on s’invite, on passe d’une boîte à l’autre : c’est la vie, cher Charles !

Dans la vie, on déclare à son entreprise (et au fisc) tout cadeau d’un fournisseur lorsqu’il dépasse même une centaine d’euros.

Oui, mais là on parle de passer des vacances avec des copains. Vous voulez établir un prix de journée ?

Quand vous passez des contrats à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros, cela doit être encadré et à minima il faudrait un document qui formalise les procédures de déport avec exposé du motif ainsi que tout lien d’intérêt. Il devrait aussi exister, pour tous les postes de responsabilité, une procédure de validation auprès de la Haute Autorité de la transparence de la vie publique, comme pour les fonctionnaires, afin de prévenir ces conflits d’intérêts. Je vais prendre un exemple, celui de Bernard-Henri Lévy, qui est président du conseil de surveillance d’Arte depuis trente-deux ans et qui a fait modifier à deux reprises la règle de limite d’âge pour rester en fonction. Je rappelle que le conseil de surveillance nomme le président de la chaîne, il dispose donc d’un pouvoir hiérarchique important. Or on apprend qu’entre 2011 et 2022, BHL a vendu ses propres films et documentaires à la chaîne Arte pour un montant total de 750 000 euros.

Précisons que ce montant correspond à l’achat des programmes, en aucun cas à ce que BHL a empoché. Si on considère que ces programmes sont coûteux à fabriquer, ce n’est pas une somme effarante…

Peut-être, mais il est président du conseil de surveillance, cela devrait être zéro euro, ou alors dans des conditions très encadrées. Vous avez aussi le cas de Nathalie Darrigrand, qui a été directrice exécutive de France 5 et a signé à ce titre des contrats avec la société Together pour l’achat d’émissions phares. Elle est licenciée de France Télévisions, moyennant une indemnité d’environ 400 000 euros, pour finalement se retrouver quelques mois plus tard à Together. Même chose pour Takis Candilis, qui a fait la navette entre France Télévisions et Banijay, où il a fait fortement augmenter le volume de contrats passés avec le service public audiovisuel.

Vous ne pouvez pas demander aux anciens dirigeants de France Télévisions de mettre une robe de bure et d’aller travailler dans un monastère ! Montesquieu disait que « la modération est le cordon de soie qui court à travers le rang de perles de toutes les vertus », autrement dit que, même en matière de vertu il faut de la modération. D’ailleurs, n’avez-vous pas manqué de modération en vous en prenant à Nagui sur les réseaux sociaux avant même de l’auditionner ?

Je me suis contenté de rappeler qu’en 1995, la direction de France 2 ainsi que la société de Nagui avaient été condamnées pour favoritisme et que vingt-cinq ans plus tard, en 2020, Mediapart révélait que France Télévisions avait signé un contrat de 100 millions d’euros sur trois ans avec la société de Nagui.

Nagui auditionné devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 1er avril 2026. © Karim Abou Rialah/SIPA

Là encore, ces 100 millions ne sont pas l’argent de Nagui, mais celui versé à sa société. Nagui objecte par ailleurs que ces sommes sont méritées, car ses émissions rapportent beaucoup de recettes publicitaires à France Télévisions.

Pour juger de la pertinence de cet argument, j’aurais aimé voir ses contrats et ses fiches de paie, afin de pouvoir évaluer ses marges et ses encaissements. Nagui m’avait promis ces éléments lors son audition, mais après un certain nombre de relances, la société dont il est co-actionnaire a envoyé un mail pour indiquer qu’elle ne fournirait rien. Donc j’assume mes propos : je vous mets au défi de trouver quelqu’un, chirurgien d’hôpital public, haut fonctionnaire, ministre, patron d’entreprise publique, qui sur les dix dernières années a gagné autant d’argent que lui grâce au service public.

On sent que la riposte de Nagui qui a, de façon assez minable, parlé de votre père dans « Quotidien », vous a beaucoup touché. Cette bataille a dû être très éprouvante…

J’ai pris des coups, certes. Mais j’ai appris à les encaisser et surtout ne pas y accorder la moindre importance Je bénéficie d’un soutien populaire très fort. Heureusement d’ailleurs, parce que si je me contentais de lire la presse, j’aurais rendu mon tablier depuis longtemps. 

Vous avez toutefois profité de la bienveillance des médias de Vincent Bolloré…

C’est la preuve qu’il y a au moins un pluralisme externe à la télévision !

Certains vous accusent de carrément rouler pour l’homme d’affaires breton…

Si c’était le cas, je ne me serais pas intéressé à Banijay, dont il est actionnaire, je ne me serais pas intéressé aux rémunérations et aux marges de Nagui, qui en est coactionnaire. Et puis Vincent Bolloré nous a indiqué lors de son audition qu’il était plutôt favorable à un auto-financement de France Télévisions, alors que pour ma part, malgré les affirmations erronées de Jérémie Patrier-Leitus, qui me prête des intentions de privatisation, je propose dans le rapport des dizaines de piste d’optimisation, portant sur près d’un tiers du budget total de l’audiovisuel public, mais sans privatisation à la clé.

Un tiers du budget, il y aura du sang sur les murs ! Vous recommandez la fusion de France 2 et France 5 d’une part, et d’autre part celle de France 24 et de France Info TV. Vous préconisez aussi la fermeture de France 4. Ce qui revient quand même à diminuer considérablement la surface de l’audiovisuel public sur nos écrans.

Oui, mais cela aurait du sens. Un temps connue pour être une chaîne dédiée au jeune public, un temps plutôt orientée sur des contenus culturels, France 4 n’a jamais trouvé son public ni une identité propre. Les doublons de programmes d’animation le matin entre France 4 et France 5 indiquent des pistes d’optimisation évidentes, tout comme les rediffusions récurrentes en deuxième partie de soirée sur France 2, que déplorent nombre de téléspectateurs. Où sont passés les contenus inédits ? Où sont passés les programmes de vacances et d’été ? Alors que France 2 compte neuf cases de jeu par jour, soit neuf fois plus que sur les chaînes concurrentes TF1 et M6, la fusion entre France 2 et France 5 permettrait de garder le meilleur des programmes de magazine d’information, d’émission de flux et de documentaire de France 5 avec le meilleur de l’information, de la fiction et des programmes culturels et sportifs de France 2. En plus de permettre des économies très substantielles, la fin des rediffusions et la diminution des cases de jeu permettrait aisément de fusionner les deux antennes pour une nouvelle chaîne généraliste qui, à n’en pas douter, rencontrerait son public et se distinguerait des chaînes privées commerciales. 

Mais les jeux rapportent de la pub. Et que faites-vous de France 3 ?

France 3 a selon moi vocation à rester la chaîne des territoires, pas simplement en termes d’information locale mais aussi de valorisation des événements culturels régionaux. En un sens, une vraie chaîne de proximité rendant hommage à toute la richesse de notre pays. Seulement, je crois qu’il faut fusionner ses antennes locales avec celles d’Ici, ex France Bleu, pour créer de vrais pôles régionaux capables d’assumer ces missions avec des moyens à la hauteur de cette exigence.

On ne sait pas si vous aurez votre place à France Télévisions, mais comme ministre du Budget, vous feriez merveille ! Vous êtes un sacré « cost killer » !

Je vous laisse à vos pronostics, je ne suis candidat à rien. J’espère seulement avec la commission avoir pu contribuer à introduire un surplus d’esprit de responsabilité, de gravité et de précaution dans l’utilisation de l’argent des Français. Demain, davantage de responsables d’administration et de responsables d’entreprises publiques engageront cet argent et nos budgets avec une vigilance accrue, peut-être aussi parce qu’ils auront à cœur d’être irréprochables, s’ils doivent à répondre à une commission d’enquête similaire à celle que nous avons menée. Ce sera déjà une victoire de notre travail parlementaire.

Mai 2026 – #145

Article extrait du Magazine Causeur