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Le maire et le président

L’élu d’extrême gauche Bally Bagayoko, qui décidément semble avoir pris la grosse tête, a décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans sa mairie. La loi ne l’oblige pas à l’afficher. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


Le maire de Saint-Denis (93) refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron. Bally Bagayoko expliquait sur LCI, dimanche, qu’il avait décroché le portrait parce que, selon lui, la République ne corrige pas les inégalités. Il attend l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président qui sera, espère-t-il, Jean-Luc Mélenchon, pour le raccrocher :

— Darius Rochebin : « Dans votre bureau, vous avez décroché le portrait du président de la République ? »

— Bally Bagayoko : « C’est vrai, je l’ai décroché parce que j’ai considéré que, tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités… »

— Darius Rochebin (l’interrompant) : « Où l’avez-vous mis ? »

— Bally Bagayoko : « Il est dans un coin, retourné, en attendant, bien sûr, l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président… »

Cela a déplu au préfet de Seine-Saint-Denis, qui lui a adressé une lettre hier. Tout en admettant que ce n’est pas une obligation légale, Julien Charles demande au maire de respecter un usage consacré par la tradition républicaine. Usage qui, au passage, s’est installé et généralisé sous le Second Empire. Le maire n’en démord pas : « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations [du pacte républicain], notamment envers les habitants de notre territoire. » Emmanuel Macron restera donc au coin.

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Faut-il l’obliger à accrocher le portrait du président ? Non ! La République ne se résume pas à des interdits, des règles et des obligations. Il faut une forme d’amour, et l’amour ne se décrète pas. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage de la bobine présidentielle s’est ensablée au Sénat.

Oui, Bally Bagayoko a le droit de décrocher le portrait du président, et on a le droit de trouver cet affront potache, pathétique et symbolique. Ces accusations et récriminations sont infondées. Nous sommes l’un des pays les plus redistributifs et les plus égalitaires d’Europe, et les quartiers « populaires », comme on dit, ont bénéficié d’innombrables dispositifs publics visant précisément à corriger ces inégalités. Faire croire aux habitants de Saint-Denis qu’ils sont abandonnés n’aboutit qu’à enkyster chez eux un sentiment victimaire stérile, car il pousse à la plainte et à la récrimination, plutôt qu’à l’action.

Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte selon que les gouvernants élus vous plaisent ou non. Ce n’est pas non plus un marché — je te reconnais si tu me donnes ceci ou cela. Le préfet souligne que le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, vise à rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques. Robert Ménard, maire de Béziers, dit qu’il accrocherait le portrait, y compris si Jean-Luc Mélenchon était président, alors même qu’il est plutôt un adversaire politique pour lui. En refusant de le faire, Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine et, surtout, prend le risque de convaincre ses concitoyens que la « Nouvelle France », dont il est une figure flamboyante, ne peut se construire qu’en tournant le dos aux usages et aux mœurs de l’ancienne.


Z comme Zizou…

Le journaliste français Christophe Gleizes, injustement emprisonné en Algérie, vient de renoncer à son pourvoi en cassation, ouvrant ainsi la voie à une éventuelle grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune. Dans le milieu du football, la FFF et la Ligue se sont exprimées sur l’affaire, mais le silence du PSG et de Zinédine Zidane demeure inexplicable. « Si M. Zidane devient demain sélectionneur de l’équipe de France, on attendra de lui une prise de position aussi claire que celle de Didier Deschamps. Il est essentiel que nous puissions entendre un engagement sans détour », a déclaré à la presse Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.


On ne rappellera jamais assez le sort inique, infâme fait à notre confrère Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis maintenant une année pour avoir fait son boulot de journaliste. Poser des questions. Enquêter. Il se trouve en effet que c’est son job. Cela n’a pas plu au pouvoir en place là-bas dont la conception de la liberté de la presse n’est pas très exactement celle que nous en avons ici, et plus généralement dans les pays libres, les démocraties véritables. Résultat pour le jeune reporter, le cachot. Direct.

Les jours, les semaines, les mois s’écoulent mais rien ne se passe. Certains de nos chefs à plume, y compris des plus hautes sphères, mais aussi des zélateurs du régime en vigueur à Alger, dont l’éblouissante Rima Hassam pour qui « la Mecque des révolutionnaires et de la liberté est et restera l’Algérie », n’ont pas craint d’aller là-bas livrer le spectacle pitoyable de leur soumission. Soumission ardemment assumée chez Hassan et ses potes encartés LFI, ridiculement ensevelie dans le déni chez nos caciques, dont le premier d’entre eux, l’hôte de l’Élysée.

Donc, bilan nul. Rien n’a bougé.

Christophe Gleizes croupit toujours dans les geôles de M. Tebboune dont on se demande si le bras ne va pas finir par se détacher de son buste à force de nous adresser tant et tant de bras d’honneur. Et avec une telle manifeste jouissance ! Apparemment, en haut lieu on aime ça puisqu’on n’entreprend pas grand-chose pour que ça cesse. Même que ceux qui osent prétendre qu’on devrait mettre tout de même un peu plus de biceps dans ce bras de fer interminable n’y sont considérés que comme de pauvres minables, des mabouls. C’est cela des mabouls, a dit celui-qui-sait.

Pour lui et sa cour, la stratégie en vigueur, encore et toujours, en réponse à la violence qui nous est infligée – à nous tous, à travers le sort et la personne de Christophe – se résume à offrir le spectacle tant prisé là-bas de la danse des sept voiles. Voilà le formidable plan !

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Aussi, ne voyant rien venir de positif de ce côté, et peut-être bien n’espérant plus rien, la famille de Christophe Gleizes se tourne-t-elle vers Zinédine Zidane, le futur sélectionneur de notre équipe nationale, notre champion du monde, dont le fils joue lui-même dans la sélection nationale algérienne, du fait de sa double nationalité.

On comprend évidemment la démarche de la famille et des proches du prisonnier. Voir en Zidane une sorte de Zorro, pouvoir un jour chanter en pleurant de joie quelque chose comme « Zizou est arrivé et Christophe est rentré » – bien sûr on en rêverait tous.

L’intéressé fera-t-il quelque chose qui réponde aux espoirs mis en lui par ces parents à bout d’espérance ? Le peut-il seulement ? S’y sent-il légitime, lui qui avec une habileté, une prudence, une réserve jamais démenties a si bien su se tenir à l’écart, au long de ces années, de toute implication peu ou prou politique ? Question délicate. Lui seul à la réponse.

Il reste que l’appel au secours, déchirant, des parents de Christophe, n’est autre, en réalité, qu’un sacré camouflet, une satanée paire de baffes lâchée à la figure de nos prétendus gouvernants, président de la République, Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ministre des Affaires étrangères, toute la clique quoi ! C’est leur cracher au visage qu’on a pris acte de leur indicible médiocrité.

Même tirer un gosse de France embastillé arbitrairement entre les quatre murs d’une taule algérienne, ils en sont incapables ! Voilà ce que l’appel des parents de Christophe leur assène le plus clairement du monde.

Ce que eux sont incapables de faire, ce que Zizou ne peut sans doute pas, les quelques millions de Franco-algériens présents ici, sur le sol de France, ne le pourraient-ils pas, eux ? Ne pourraient-ils pas se mobiliser en masse pour la libération de Christophe Gleizes ? voilà qui aurait non seulement de l’allure mais qui ne contribuerait pas peu à vivifier le sacro-saint vivre ensemble dont tout un chacun se réclame. Et qui en a bien besoin.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Agriculture française: «Une saignée silencieuse»

Pour la première fois depuis un demi-siècle, la balance commerciale agricole française est déficitaire. Concurrence déloyale, normes européennes asphyxiantes, accords de libre-échange et chaos géopolitique: nos paysans paient le prix fort. Sans filtre ni victimisation, Maguelonne de Sèze, éleveuse d’ovins et céréalière dans le Berry, dit cash ce que signifie être paysan en France en 2026, entre colère qui monte, espoir fragile et résignation.


Causeur. L’agriculture française traverse une crise existentielle. Comment en est-on arrivés là ?

Maguelonne de Sèze. Les causes conjoncturelles sont très lourdes. Dès 2022, le prix des intrants chimiques et des engrais a flambé. Puis 2024 a été une année maudite, avec un climat chaotique qui a ravagé les céréales et la vigne. En outre, les importations de blé ukrainien ont, au cours de cette période, au moins été multipliées par dix, sur décision de Bruxelles qui entend ainsi aider Kiev dans son effort de guerre –  or l’Ukraine n’est même pas encore membre de l’UE. Sans oublier, plus récemment, les tensions avec les États-Unis de Donald Trump, dont les annonces tarifaires tonitruantes, mais souvent non suivies d’effets, compliquent tout. Enfin, l’inflation post-Covid nous a achevés : l’achat d’un tracteur de 170 chevaux est passé de 100 000 euros à 130 000 euros en quatre ans seulement, l’heure de réparation est montée à 90 euros, les pièces détachées coûtent des fortunes. Quand les rendements chutent, que les prix s’effondrent sous la pression internationale et que les charges explosent, on n’a plus de trésorerie pour investir. On tourne en rond.

Et au-delà de tous ces chocs conjoncturels, quels sont les maux structurels qui minent le secteur ?

Le vrai drame est effectivement plus profond et ancien, presque institutionnalisé. Sur le long terme, la main-d’œuvre est de plus en plus rare et chère, et les charges sociales à la Mutualité sociale agricole (MSA) sont devenues écrasantes. C’est aberrant. Ajoutez les impôts de toutes sortes, et en fin de compte les retraites agricoles tournent autour de mille euros par mois. C’est une insulte pour des gens qui ont travaillé quarante ans de leur vie. Par-dessus le marché, vous avez la fiscalité sur transmission des exploitations familiales, qui est une véritable spoliation. En Italie, les droits de succession sont à zéro, chez nous on oblige les familles à pratiquer des montages fiscaux compliqués et coûteux pour essayer de ne pas tout perdre.

Le modèle de l’agriculture française est-il encore viable ?

On accuse un retard technologique criant. On est trop resté sur un schéma traditionnel alors que nos voisins – Allemagne, Espagne, Pologne – ont massivement investi dans l’automatisation, les drones, l’IA, les semences de précision. Mais pour investir, il faut de l’argent, or on n’en a plus. Le modèle français, c’est aussi celui de la grande distribution, qui nous étrangle. Quand les groupes d’hypermarchés négocient les prix, nous ne sommes même pas autour de la table. En plus, ils développent leurs marques propres qui marchent très bien, souvent avec des ingrédients importés, sans étiquetage clair sur l’origine pour les produits transformés – miel, confitures, plats préparés. C’est une désindustrialisation lente mais inexorable de notre agroalimentaire qui est à l’œuvre.

On dit aussi que les normes vous asphyxient…

Et c’est vrai ! Bruxelles impose déjà des règles très strictes, mais Paris en remet systématiquement dix couches. Exemple récent : la pénurie d’œufs. En France, il faut des années pour obtenir les autorisations pour un poulailler. Car dans notre pays, le syndrome NIMBY (Not In My BackYard – pas près de chez moi) est généralisé. Personne ne veut d’une porcherie, d’un méthaniseur, d’un élevage ou d’un poulailler près de chez soi, mais tout le monde veut continuer à manger de la viande, des œufs, du lait. Les écologistes et les nouveaux arrivants en campagne en rajoutent en tentant d’introduire des interdictions absurdes sur les horaires d’arrosage, des dates de fauchage des fossés, des plaintes pour le chant du coq ou les odeurs d’animaux. À Paris on adore l’écologie, à la campagne on veut une nature aseptisée, sans bruit, sans odeur, sans travail agricole visible. Résultat, on abandonne des filières entières. Je pense en particulier à celle de la cerise ou de la noisette. En France, certains traitements sont interdits sur les cerisiers ou les noisettes alors que l’Espagne et l’Italie continuent à les utiliser. Je pense aussi aux fruits et légumes transformés (pour les conserves, les surgelés et les préparations), qui ont été laissés à nos voisins. Or la consommation change radicalement. Les snacks, les plats ultra-préparés, les food-trucks, les pains industriels, les boulangeries industrielles (qui vendent de tout sauf du vrai pain) sont en plein boom. Le petit retour au « fait maison » pendant le Covid n’a représenté qu’un sursaut éphémère. Au fond de tout ça, il manque cruellement une vision politique claire et assumée. On a l’impression que tout est fait pour réduire progressivement l’agriculture française sans jamais le dire franchement. Pourtant, l’agriculture et l’agroalimentaire restent notre dernier grand secteur de production industrielle et artisanale. On a subventionné l’automobile à mort, on a failli tuer le nucléaire (qui redémarre heureusement), mais pour l’agriculture, silence radio. La question est simple et dramatique : veut-on encore produire en France, oui ou non ? Sinon, dites-le-nous clairement, qu’on arrête demain, dans cinq ans ou dans dix ans. Parce que là, on ne sait plus où on va.

Comment votre propre exploitation a-t-elle évolué depuis votre installation, et comment voyez-vous l’avenir ?

Mon mari s’est installé en 1992, moi en 1999. On est sur une exploitation typique du Berry, avec des céréales principalement – blé, orge, colza, tournesol – et un peu de prairie. Au fil des ans, on a dû simplifier pour survivre économiquement. On a arrêté les lentilles parce qu’on n’avait plus les moyens techniques pour les valoriser correctement. En 1996, on a supprimé le labour pour réduire les coûts et préserver le sol. Après la récolte catastrophique de 2016, on a franchi un cap.  On est passés à l’agriculture de conservation des sols, une forme d’agroécologie pragmatique et non dogmatique. On ne travaille plus le sol, on le traite comme un être vivant en le couvrant de végétaux permanents pour le protéger de l’érosion, enrichir la matière organique et fixer l’azote. Pour valoriser ces couverts et diversifier les revenus, on a introduit un troupeau d’environ trois cents brebis. Contrairement aux céréales où on subit les cours mondiaux, là on maîtrise toute la chaîne. On engraisse et on vend directement nos agneaux à des particuliers, des bouchers locaux et des restaurateurs. Ça nous permet d’avoir un revenu plus stable et de créer du lien avec les consommateurs. Dans l’Indre, on compte près de trois mille exploitations. La moitié des chefs d’exploitation partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Beaucoup, en fin de carrière, n’ont plus l’envie ni l’énergie de changer radicalement leurs pratiques – c’est humain. La vraie bascule viendra des jeunes qui s’installent aujourd’hui. L’agroécologie, quand elle est bien menée, peut être un levier puissant pour rendre les fermes plus résilientes au climat, moins dépendantes des intrants chimiques, plus économes en énergie. Mais il faut du temps. Pour changer les rotations, reconstituer le sol, apprendre les nouvelles techniques, tester, se tromper, ajuster. On arrive à la fin d’un modèle productiviste qui a fait ses preuves pendant des décennies mais qui ne tient plus face aux aléas climatiques, aux coûts et aux attentes sociétales. L’agriculture de 2050 ne ressemblera pas du tout à celle de 2026 si elle veut survivre. Il faudra des modèles plus diversifiés, plus circulaires, plus locaux, mais sans tomber dans le dogme. Chaque exploitation reste une entreprise à part entière, avec son sol, son climat, son marché, son histoire familiale. Il n’y a pas de recette unique.

Les aides européennes n’aident-elles pas les agriculteurs ?

Avant la grande réforme de 1992, les aides étaient liées à la production réelle. Plus tu produisais, plus tu touchais. C’était clair, motivant. Depuis, la PAC (Politique agricole commune) est devenue un système d’aides à l’hectare, déconnecté de ce qu’on produit vraiment. Dans l’Indre, le rendement de référence historique a été bloqué à 55 quintaux de blé par hectare à l’époque de la réforme, alors qu’aujourd’hui on est souvent à 63 quintaux, et bien au-delà dans le Nord ou le Bassin parisien où on dépasse fréquemment les 100 quintaux. Les aides ont donc mécaniquement fondu pour beaucoup d’entre nous. Un agriculteur que je connais touchait 389 euros par hectare en 2000 ; en 2024, il n’en reçoit plus que 189 euros. Sur vingt-trois ans, ça représente un manque à gagner de près de 600 000 euros – alors que les charges, les normes environnementales, les aléas climatiques et les coûts d’investissement n’ont fait qu’augmenter. C’est une saignée silencieuse.

Sommes-nous performants en recherche agronomique ?

On a des instituts de recherche de très haut niveau : l’INRA (devenu INRAE), Arvalis, Terres Inovia… Ils font un excellent travail. Mais la recherche variétale, notamment sur le blé, avance trop lentement par rapport aux besoins. Les semences certifiées sont devenues extrêmement chères – parfois 30 à 40 % du coût de la culture. Beaucoup d’agriculteurs reviennent donc à leurs propres semences, les « semences fermières ». On s’est battus à la Coordination rurale pour défendre ce droit fondamental : pouvoir réutiliser une partie de notre récolte comme semence l’année suivante, sans payer des royalties exorbitantes à des multinationales. C’est une question de souveraineté et de survie économique.

Concrètement, comment les prix de vos productions sont-ils fixés ?

Pour le blé, l’orge ou le colza, le cours se décide sur les marchés internationaux – Chicago, Paris-Euronext, etc. On appelle la coopérative ou le négociant, ils nous disent : « Aujourd’hui c’est tant la tonne. » Ils font la facture, parfois avec des lignes aberrantes du type « contribution volontaire obligatoire » pour tel ou tel fonds. On est complètement pieds et poings liés : on produit, on livre, on prend le prix qu’on nous donne. Pas de négociation, pas de pouvoir de marché. Le statut est hybride et ambigu à l’extrême.

Etes-vous beaucoup contrôlés ?

On subit des contrôles permanents, de plus en plus intrusifs. Depuis les manifestations massives de 2024, un « contrôle unique » a été mis en place pour simplifier, mais certains organismes échappent encore au dispositif, notamment l’Office français de la biodiversité (OFB), dont la directrice générale déléguée est depuis janvier Anne Le Strat, une ancienne conseillère municipale de Paris encartée chez les écolos, autant vous dire que sa nomination a été vécue comme une provocation. Et c’est souvent l’OFB que les agriculteurs redoutent le plus, avec ses descentes surprises, ses verbalisations à la chaîne, son interprétation maximalistes des règles. Depuis 2024, on demande la suppression pure et simple de cet organisme ou, à minima, une réforme profonde de son fonctionnement, de ses méthodes et de sa culture. Au lieu de calmer le jeu, on place une militante écologiste assumée à sa tête. Beaucoup se demandent si l’OFB ne va pas devenir le bras armé d’une écologie punitive, déconnectée du terrain et du quotidien des paysans.

Comment va la Coordination rurale ?

Depuis les grandes colères agricoles de 2024, la Coordination rurale a nettement gagné en influence, surtout dans les zones les plus en difficulté comme le Centre-Val de Loire, le Massif central ou certaines parties du Sud-Ouest. Aux dernières élections dans les chambres d’agriculture, on a progressé partout, on est beaucoup plus écoutés localement, et même au niveau national on commence à peser dans le débat. Beaucoup de jeunes agriculteurs nous rejoignent, et c’est encourageant. Ils viennent chercher plusieurs choses. D’abord de l’espoir. L’espoir d’une bonne récolte malgré le climat, d’un revenu qui permette de vivre dignement sans dépendre à cent pour cent des aides, d’une transmission possible à ses enfants. Ils viennent aussi pour un discours clair, sans langue de bois. On ne leur vend pas du rêve technocratique, on leur dit la vérité sur les coûts, les normes, la grande distribution, l’État. La Coordination rurale est née en 1992, juste après la grande réforme de la PAC qui a basculé vers les aides à la surface. Ses fondateurs avaient vu venir le piège de la déconnexion des aides avec la production réelle, de la baisse progressive des soutiens, de la fragilisation des petites et moyennes exploitations. Aujourd’hui, notre proposition centrale est l’« exception agriculturelle », sur le modèle de l’exception culturelle française. Comme on protège le cinéma, la musique, l’édition ou l’audiovisuel français contre la concurrence déloyale américaine ou mondiale, il faudrait protéger et privilégier ce qui est produit en France sous labels, AOP, IGP, et autres produits du terroir, viande bovine, ovine, laitière, céréales de qualité. C’est du bon sens. On a une image exceptionnelle à l’étranger grâce à nos produits, mais sur nos propres marchés on les laisse se faire écraser par des importations low-cost sans réciprocité. Il faut rétablir des filets de protection, des clauses miroirs efficaces, une préférence communautaire réelle, et arrêter de signer des accords de libre-échange qui nous tuent.

Si vous étiez nommée ministre de l’Agriculture demain, quelles seraient vos premières décisions concrètes ?

La toute première mesure, immédiate : instaurer l’exception agriculturelle pour donner la priorité aux produits français sur les marchés publics, dans la restauration collective, les cantines, et encourager fortement les consommateurs à choisir local et français quand c’est possible. Deuxième chantier urgent : revoir de fond en comble le système de protection sociale agricole, en particulier les cotisations à la MSA. On cotise énormément – 42 % du revenu d’exploitation pour certains –, on se demande où passe l’argent. Il faut une transparence totale et une refonte pour que les agriculteurs aient des droits sociaux dignes de ce nom. J’ai voulu comprendre le système de l’intérieur : je me suis présentée aux élections de la MSA dans mon canton. Avec peu de candidats et un taux de participation très faible, ceux qui se présentent sont souvent élus. J’ai donc été élue. C’est très instructif : on voit les rouages, les lourdeurs, les incohérences, l’opacité. Mais ça confirme aussi que le système est à bout de souffle et doit être réformé en profondeur si on veut garder des paysans en France.

Quand l’ingéniosité change le cours des conflits

En 1948, Israël gagne une bataille importante avec une arme artisanale appelée la Davidka dont l’effet psychologique a été plus important que sa puissance réelle. Aujourd’hui encore, les conflits actuels montrent que des armes simples et ingénieuses, comme les drones utilisés en Ukraine ou par le Hezbollah, peuvent menacer des armées beaucoup plus puissantes.


14 mai 1948. Les soldats anglais s’embarquent à Haïfa et l’indépendance d’Israël est proclamée à Tel-Aviv dans l’après-midi. C’est le Yom Haatzmaout. Mais depuis six mois déjà, se déroulaient des combats entre Juifs et Arabes dans la Palestine mandataire. Trois jours auparavant, dans la nuit du 10 au 11 mai, avait eu lieu la prise de Safed, qui a permis aux troupes juives de sécuriser Tibériade et de relier les kibboutzim du nord de la Galilée au centre du pays. Construite en hauteur sur une crête montagneuse, dominée par sa citadelle, Safed, Tzfat en hébreu, avait une importance stratégique majeure et l’offensive du Palmach partant du quartier juif situé en contre-bas paraissait très incertaine. Un nouvel engin de guerre a permis la victoire. C’était la Davidka, dont on voit un exemplaire près du marché Mahane Yehuda à Jérusalem, un mortier qui portait le nom de son concepteur, David Leibowitch.

Ingéniosités

Fabriquée dans la clandestinité sans usinage professionnel, avec un obus dépassant un tube trop court parce qu’on manquait de métal, la Davidka était imprécise et peu puissante, un désastre technique qui, à cause de ses imperfections, faisait un bruit épouvantable. Or ce vacarme fut son meilleur atout. Persuadés que les Juifs disposaient d’une arme dévastatrice, peut-être une bombe atomique, les défenseurs de Tzfat ont paniqué et lâché prise. Pendant longtemps, au moins jusqu’à la guerre des Six Jours, la Davidka a symbolisé l’ingéniosité d’un Israël numériquement débordé face à son environnement hostile. Puis les images se sont modifiées, le geek de la start-up nation a remplacé le kibboutznik en sandales et la Davidka a fait place au Dôme de fer. Israël ne bricole plus ses armes sous une blanchisserie, il est devenu une référence mondiale dans des industries de pointe. 

Mais aujourd’hui encore, l’efficacité des armes ne dépend pas uniquement de leur sophistication technologique. Dans la guerre du Liban contre le Hezbollah, Israël n’est plus le combattant sans moyens qu’il était en 1948. Mais certains de ses pires ennemis ne manquent pas non plus d’ingéniosité.

Pendant leur guerre contre le géant russe, les Ukrainiens ont développé l’usage des drones. Aujourd’hui on parle beaucoup des drones FPV, First person view, drones à la première personne. Le pilote, parfois à plusieurs kilomètres de distance, reçoit le signal d’une caméra embarquée sur l’appareil. Il manipule son petit drone comme dans un jeu vidéo et, s’il est bien entrainé, dépose  une charge explosive dans des tranchées, sur des véhicules ou des soldats.

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Depuis peu, on a recours à un guidage par fil, comme à l’ancienne, mais ici, le fil est une fibre optique. La vidéo, grâce aux énormes débits qu’elle permet, est d’une grande précision. Surtout, le signal, parce qu’il ne passe plus par une onde radio, est strictement insensible aux brouillages extérieurs.

Bien qu’ils aient à proprement parler un fil à la patte et qu’ils soient donc tributaires du terrain, ces petits drones sont redoutables. Leur fabrication nécessite des composants de télécoms assez banals. L’intégration dans l’appareil et la gestion du déroulement des câbles sont faits dans de petits ateliers de mécano-optique. Ces drones très peu coûteux, utilisables en masse, ont transformé le champ de bataille russo-ukrainien où les déplacements de troupes sont devenus problématiques. 

Le Hezbollah les utilise désormais aussi, et ils sont un danger pour les soldats israéliens, les blindés et les habitants proches de la frontière. La parade est difficile, comme l’a reconnu récemment le Premier ministre israélien et la décision de déplacer les populations au sud Liban a dû être influencée par le danger de ces drones filoguidés malaisément détectables.

David contre Goliath

Dans le détroit d’Ormuz, chacun est frappé par le contraste entre les massifs bâtiments américains et la flotte moustique iranienne et ses vedettes petites et agiles. L’histoire de David et Goliath, à laquelle renvoyait inévitablement le nom de Davidka, est un exemple de ce thème mythologique universel du petit astucieux narguant le colosse.

Certains observateurs, par haine des Etats Unis, en sont venus à oublier que le chétif iranien est avant tout un Etat criminel. 

Inversement, à posséder la force, on risque l’hubris, la tentation de se croire invincible. Soyons convaincus qu’Israel n’a pas acquis ce terrible défaut et qu’il n’a pas perdu son ingéniosité légendaire…

Le bruit d’une gifle et le silence des massacres

Une religieuse française de 48 ans a été violemment agressée et jetée au sol à Jérusalem le mardi 28 avril, près du mont Sion. La religieuse, membre de l’ordre des Dominicains et chercheuse à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), a été attaquée par derrière par un homme qui l’a poussée au sol. La victime a heurté un bac à fleurs en pierre et a été rouée de coups de pied. L’agresseur est un homme israélien de 36 ans, qui a été arrêté par la police israélienne. 


Il y a des images qui deviennent immédiatement des preuves. Non parce qu’elles disent toute la vérité, mais parce qu’elles arrivent au bon moment dans le théâtre moral de notre époque. Une religieuse catholique française jetée à terre dans une rue de Jérusalem par un homme portant des tsitsit : il n’en fallait pas davantage pour que la machine symbolique se mette en marche. Les réseaux s’embrasent, les chancelleries protestent, les commentaires affluent avec cette satisfaction sombre que procure toujours la confirmation d’un récit déjà écrit d’avance. Israël coupable. Le judaïsme fanatique. La Terre sainte devenue terre d’intolérance.

Un acte ignoble

Il faut pourtant commencer par dire ce qui est vrai. Oui, cet acte est ignoble. Oui, il existe en Israël des groupes extrémistes persuadés que le christianisme relève de l’idolâtrie, et que prêtres, moines ou religieuses souilleraient d’une certaine manière la sainteté du pays juif retrouvé. Ces groupes existent. Ils crachent parfois sur des prêtres arméniens ou grecs dans les ruelles de la vieille ville. Ils insultent des religieux. Il leur arrive de profaner des tombes chrétiennes. Leur existence ne doit ni être niée ni minimisée.

Mais précisément parce qu’il faut regarder les choses avec honnêteté, il faut dire aussi que ces individus demeurent ultra-minoritaires et qu’ils sont condamnés presque unanimement par la société israélienne elle-même. L’agresseur a été arrêté. La violence a été dénoncée publiquement. Aucun ministre israélien n’a justifié l’acte. Aucun rabbin officiel ne l’a sanctifié. Aucun mouvement populaire ne s’est levé pour applaudir l’humiliation d’une religieuse française. Cette distinction est essentielle. Car dans le climat intellectuel contemporain, il suffit qu’un juif fanatique agresse un chrétien pour que certains soient tentés d’y voir aussitôt le visage profond du judaïsme et même la vérité cachée d’Israël.

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Or c’est ici que commence le mensonge par omission.

Car pendant qu’une agression isolée — aussi odieuse soit-elle — produit des articles indignés dans Le Monde et des réactions diplomatiques immédiates, qui parle encore du lent massacre des chrétiens d’Orient ? Qui parle vraiment de leur disparition ? Qui ose encore nommer cette réalité sans être aussitôt soupçonné d’arrière-pensées idéologiques ?

Il faut avoir parcouru certaines villes du Moyen-Orient pour comprendre ce qui est en train de mourir dans l’indifférence occidentale. Des églises éventrées d’Irak aux villages fantômes de Syrie, des coptes assassinés en Égypte aux chrétiennes réduites à l’exil ou à la peur dans certaines régions palestiniennes, c’est toute une civilisation qui s’efface lentement, pierre après pierre, croix après croix, silence après silence.

Et pourtant l’Occident détourne les yeux.

Parce que cette disparition embarrasse. Parce qu’elle ne correspond pas au récit dominant. Parce qu’il est plus simple de filmer un extrémiste juif à Jérusalem que de penser l’effondrement historique du christianisme oriental sous la pression de l’islamisme, du nationalisme religieux ou du chaos régional. Le chrétien d’Orient est une victime sans utilité symbolique. Il ne permet ni indignation spectaculaire ni purification morale de l’Occident. Il meurt donc dans un demi-silence.

Minorités chrétiennes

Le cas de Bethléem est à cet égard d’une cruauté presque biblique. La ville de la Nativité, jadis massivement chrétienne, voit sa population chrétienne diminuer année après année. Les causes sont multiples : difficultés économiques, émigration, conflit permanent. Mais il faudrait être aveugle ou lâche pour nier également le climat d’intimidation, de pression sociale et parfois de peur qui pousse beaucoup de familles chrétiennes à partir. Non pas dans un grand fracas génocidaire, mais dans cette usure lente des minorités qui comprennent qu’elles ne sont plus tout à fait chez elles.

Cette vérité-là dérange énormément ceux qui ont transformé le conflit israélo-palestinien en religion morale simplifiée. Car elle oblige à reconnaître une réalité presque insupportable pour certains esprits européens : malgré ses fautes, malgré ses fanatiques, malgré ses dérives politiques parfois inquiétantes, Israël demeure aujourd’hui le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens disposent encore d’une véritable protection juridique, d’une liberté de culte réelle et d’institutions vivantes. C’est cela que beaucoup refusent de voir.

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Dans une grande partie du monde arabe, les communautés chrétiennes survivent désormais comme des vestiges. En Israël, elles vivent encore. Elles votent, enseignent, publient, débattent, célèbrent leurs fêtes, entretiennent leurs lieux saints. Et même lorsque des extrémistes les agressent, l’État intervient, la police arrête, la justice poursuit. Cette différence est immense. Elle sépare un désordre marginal — grave mais contenu — d’une dynamique historique d’effacement civilisationnel.

Mais notre époque ne pense plus en termes de civilisation. Elle pense en termes de culpabilité. Et dans cette théologie nouvelle, Israël joue le rôle du coupable universel. On lui demande davantage qu’aux autres nations, parce qu’il représente moins un État qu’un symbole chargé de toutes les passions occidentales : la colonisation, la mémoire juive, la religion, l’Occident, la guerre, la frontière, la puissance.

Indignation à géométrie très variable

Ainsi le moindre crachat d’un fanatique devient affaire mondiale, tandis que les églises brûlées du Nigeria, les monastères désertés de Syrie ou les familles chrétiennes fuyant certaines régions palestiniennes sombrent dans l’oubli médiatique.

Il ne s’agit pas ici d’excuser quoi que ce soit. Une religieuse agressée demeure une religieuse agressée. La vérité ne consiste pas à nier les fautes de ceux qu’on défend. Elle consiste à refuser la falsification des proportions. Or c’est précisément ce qui caractérise désormais une partie du regard occidental sur Israël : une obsession du détail israélien accompagnée d’une cécité presque totale devant l’immense catastrophe chrétienne du Moyen-Orient. Ce déséquilibre finit par produire une étrange inversion morale. Ceux qui vivent encore deviennent les bourreaux absolus ; ceux qui disparaissent réellement deviennent invisibles.

Et peut-être est-ce cela, au fond, le plus terrible : non la haine elle-même, mais la hiérarchie secrète des souffrances qu’impose notre époque — cette manière de choisir les victimes dignes d’être pleurées et celles qu’il vaut mieux laisser mourir en silence.

La société malade

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Audiovisuel public: de pieux mensonges, les yeux dans les yeux

Les pontes de l’audiovisuel public ont eu à répondre de leur manque de neutralité devant la commission d’enquête parlementaire. Contorsions, déni et mauvaise foi: le spectacle a été à la hauteur des attentes. Florilège des plus belles tartufferies entendues à l’Assemblée.


C’est presque devenu une loi du genre. À l’Assemblée nationale, les commissions d’enquête ressemblent de plus en plus à des champs de bataille culturelle. Qu’il s’agisse de celle consacrée à la TNT en 2024 (durant laquelle les journalistes de CNews n’ont pas été ménagés) ou de celle s’étant notamment penchée sur l’affaire Bétharram au printemps dernier (qui a fait passer un très mauvais moment à François Bayrou), tous les observateurs ont été frappés par l’acidité voire la hargne de bon nombre de députés qui s’y sont exprimés. Sans surprise, la commission sur l’audiovisuel public n’a pas dérogé à la règle. Au point que certaines des personnes auditionnées se sont, en séance, ostensiblement montrées excédées, tel Matthieu Pigasse lançant au rapporteur Charles Alloncle « Vous agressez en permanence tout le monde ! » ou Xavier Niel menaçant abruptement de quitter la salle. Mais si ces messieurs du privé, qui n’ont pas tant de comptes à rendre que cela aux élus du peuple, peuvent se permettre de bordéliser, du moins quelques instants, le Palais-Bourbon, les représentants et autres « incarnants » de France Télévisions et Radio France, eux, savaient bien qu’ils se mettraient en faute en perdant leur calme. Aussi ont-ils, pour la plupart, répondu aux questions sagement, presque scolairement, dévoilant là leur véritable « culture d’entreprise ». Car on aurait tort de penser que les hautes sphères du service public audiovisuel sont des bastions de la gauche décomplexée et arrogante. Elles sont bien plutôt un bel exemple de ce qu’on appelait pendant la Révolution française « le Marais » (pour reprendre le terme employé, pour désigner ses auditeurs, par Thomas Legrand dans la vidéo de L’Incorrect qui a mis le feu aux poudres). Une « Plaine » peuplée de dirigeants lisses et madrés, qui s’autorisent seulement de temps en temps, avec la bonne conscience que leur inspire la sainte lutte contre l’extrême droite, quelques entorses à la vérité. Florilège des plus édifiants mensonges formulés au nom du camp du Bien durant la commission Alloncle.

4 décembre : la leçon d’éthique de Christine Albanel

L’ancienne ministre de la Culture de Jacques Chirac a été l’une des premières personnalités auditionnées par la commission Alloncle. Elle exerce désormais un rôle éminent à France Télévisions, où elle préside le comité relatif à l’honnêteté, l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes (Chipip). Moins d’une semaine après la parution de la vidéo polémique de L’Incorrect, cette instance éthique a blanchi Patrick Cohen, seul collaborateur de France Télévisions concerné par l’affaire. Dans l’avis qu’elle a alors rendu, il est indiqué que « rien ne permet d’affirmer, au vu de cette séquence, que Patrick Cohen ait d’autres objectifs que l’exercice de son métier », car le journaliste, remarque-t-elle, « ne réagit pas aux propos et garde le silence ». Imparable. Sauf que la Chipip ne se borne pas dans son avis à absoudre l’éditorialiste de France Inter et France 5. Elle y consigne aussi une attaque en règle contre L’Incorrect, qu’elle accuse carrément d’avoir employé un « procédé illégal que rien, en l’espèce, ne saurait justifier » et d’avoir publié une séquence « au demeurant tronquée et montée ». Faut-il préciser que le comité d’éthique d’un média n’a pas vocation à se prononcer sur la déontologie d’un concurrent ? Et qu’il appartient à la justice et à elle seule de décider si la vidéo de L’Incorrect est d’intérêt public (par exemple les enregistrements volés de Liliane Bettencourt) ? En réponse aux allégations de montage, le mensuel d’Arthur de Watrigant a fait constater une semaine après, le 18 septembre, par huissier la « conformité des propos » de la vidéo. Interrogée par Charles Alloncle à ce sujet, Christine Albanel ne retire pourtant rien de son avis initial. « J’ai considéré qu’il n’y avait pas d’éléments nouveaux par rapport à la séquence », s’est-elle contentée de déclarer. Piquant quand on préside un comité relatif à « l’honnêteté de l’information ».

10 décembre : Delphine Ernotte-Cunci minimise les outrances de sa filiale Slash

Disponible sur YouTube, Instagram et Snapchat ainsi que sur la plateforme France.tv depuis 2018, Slash est le média numérique du groupe France Télévisions destiné aux adolescents. Et c’est peu dire que, grâce à la présence au sein de ses équipes de rédacteurs militants woke, il sert de chambre d’écho à bon nombre d’opérations d’agit-prop gauchiste. Durant l’audition du 10 décembre, Charles Alloncle résume bien les choses quand il demande à Delphine Ernotte-Cunci : « Quand vous voyez un appel aux dons pour le comité “Justice pour Adama”, quand vous voyez des posts successifs qui dénoncent le privilège blanc, quand vous voyez des incitations à ne pas dire “bonjour monsieur, bonjour madame” pour ne pas mégenrer, quand vous voyez des publications qui incitent ou invitent à consommer des contenus pornographiques transsexuels alors que c’est une plateforme payée par nos impôts à destination des mineurs, vous, à titre personnel, qu’est-ce que vous en pensez, est-ce que c’est l’ADN du service public de fournir ce type de contenus à destination des jeunes ? » La réponse de Delphine Ernotte-Cunci devrait être enseignée en école de communication : « J’entends ce que vous dites bien sûr, mais je rappelle quand même que notre offre ne peut pas se résumer à un exemple pris ici ou là, ça ne m’empêchera pas de répondre plus avant, mais c’est impossible sur une offre aussi large, aussi variée, aussi diverse que celle de Slash ou de l’ensemble de notre offre d’avoir une gestion par l’anecdote. » Conseil aux dirigeants de CNews : la prochaine fois que vous devez vous défendre d’un dérapage sur votre antenne, refusez, vous aussi, de vous abaisser à « la gestion par l’anecdote » et abritez-vous derrière la « variété de l’offre » du groupe Canal+ !

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17 décembre : Sibyle Veil essaie de retomber sur ses pieds progressistes

Avant de se présenter devant la commission, la PDG de Radio France se doutait bien que la commission Alloncle l’interrogerait sur le terme « progressisme », employé bien imprudemment en mars 2024 par la directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, dans une interview au Figaro, où il était question de l’orientation politique de la station publique. « Trop macroniste, trop libérale, trop à droite, trop à gauche… chacun voit France Inter par le bout de sa lorgnette, avait-elle alors répliqué. Les faits, c’est que nous sommes une radio progressiste, et nous l’assumons. » Le jour venu, Charles Alloncle interroge donc Sibyle Veil à propos de ces paroles un rien compromettantes : « Comment pouvez-vous affirmer devant la représentation nationale qu’on ne peut absolument pas qualifier politiquement France Inter quand votre propre directrice assume et est fière de dire que France Inter est une radio résolument progressiste ? » La jeune femme déroule alors des éléments de langage soigneusement préparés. Le progressisme, assure-t-elle, « ne date pas des dernières années, mais de la philosophie des Lumières, et a été la matrice des valeurs républicaines. Si on lit attentivement ce que la loi et notre cahier des missions et des charges nous fixent comme obligations, on constate que nous devons éduquer, informer et divertir. Certains pourraient dire qu’éduquer les gens est une valeur progressiste. » Beau comme l’antique, n’est-ce pas ? Sauf que c’est faux ! Si la notion de progrès irrigue évidemment le siècle des Lumières, le progressisme, lui, c’est-à-dire le projet politique qui fixe le progrès comme objectif prioritaire, est un néologisme forgé seulement dans les années 1830 par les saint-simoniens et aussitôt employé comme étiquette par la gauche d’alors. On pourra objecter toutefois que, depuis lors, cette doctrine a pu voir sa signification évoluer. C’est du reste ce que Sibyle Veil a tenté de faire devant la commission. « L’ouvrage “Cinquante Nuances de progressisme”, a-t-elle avancé, montre qu’il y a toute une histoire de ce courant, que l’on ne peut pas rattacher à un courant politique particulier dans la durée. » Renseignements pris, jamais, dans les annales de l’édition, aucun ouvrage n’a paru sous le titre « Cinquante Nuances de progressisme ». Il s’agit en fait d’une expression de Frédéric Rouvillois, professeur à l’université Paris-Cité et coauteur du Dictionnaire du progressisme (Cerf), qui dans un entretien en 2022 au Figaro confirmait bien que « le progressisme n’est pas seulement une vague mentalité plus ou moins optimiste, ouverte et humaniste, c’est une véritable idéologie ». Caramba, Sibyle, encore raté !

Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions, auditionnée devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Paris, 4 décembre 2025. DR

5 février : Laurence Bloch feint de ne pas comprendre pourquoi France Inter a essentiellement un public de gauche…

Figure historique de Radio France aujourd’hui à la retraite, Laurence Bloch a été directrice de France Inter entre 2014 et 2022. Elle ne passe pas pour une compagne de route de Jean-Luc Mélenchon. Bien au contraire, elle s’est fait de nombreux ennemis gauchistes au sein de la Maison ronde, notamment pour avoir congédié en 2019 Daniel Mermet, à qui elle a un jour lancé, non sans raison, que son émission ressemblait « à un tract de la CGT ». Une sensibilité centriste donc, qui à l’instar d’Adèle Van Reeth et de Sibyle Veil, revendique son progressisme en prétendant contre toute évidence qu’il s’agit d’un terme neutre. Dans son autobiographie parue l’an dernier (Radioactive, Stock), elle écrivait en effet que France Inter n’est « pas de gauche, mais du côté du combat pour l’égalité et la liberté. J’avais, d’ailleurs, trouvé un adjectif que je trouvais pertinent pour qualifier son identité : progressiste. » Le jour de son audition, Charles revient logiquement sur le sujet. « Cette position ne marque-t-elle pas une rupture majeure avec l’obligation d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme incombant aux chaînes de l’audiovisuel public ? », demande-t-il à Bloch, qui lui rétorque : « Je n’ai pas sorti le mot “progressisme” de mon chapeau, mais du cahier des charges. » Drôle de défense. « Progressisme » ne figure pas dans les textes qui encadrent l’audiovisuel public. Alors Alloncle continue de creuser : « Une enquête d’audience réalisée par l’IFOP en 2025 révèle que 70 % des auditeurs de France Inter ont voté pour la gauche aux élections européennes, contre à peine plus de 30 % sur le plan national. Maintenez-vous que France Inter n’est pas une radio de gauche ? » Objection de Bloch : « On n’est pas responsable du vote de ses auditeurs ou de ses téléspectateurs. » Alloncle insiste : « Comment expliquer cette polarisation de l’audience ? » Bloch, laconique : « Je ne peux pas vous répondre parce que tout est fait pour s’adresser à tous les auditeurs. » Tout, vraiment ?

2 avril : On avait dit pas les papas, Nagui…

Nagui a sans doute de bonnes raisons d’en vouloir à Charles Alloncle. Le 21 décembre, alors qu’il n’avait pas encore été auditionné par la commission, le député UDR a affirmé sur la chaîne YouTube « Les Incorrectibles » que l’animateur-producteur était « la personne qui s’est le plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France » et qu’il aurait empoché « plusieurs centaines de millions d’euros ». L’estimation ne sortait pas de nulle part : en 2020, Mediapart a révélé que la société de Nagui avait signé un contrat de 100 millions d’euros avec France Télévisions pour plusieurs émissions pendant trois ans, dont le jeu quotidien « N’oubliez pas les paroles » et le programme musical « Taratata », sans indiquer toutefois la part destinée personnellement à l’animateur-producteur. Formuler ainsi publiquement des accusations sans prendre le soin de prendre connaissance de la version de l’intéressé est évidemment problématique. Mais cela donne-t-il à Nagui le droit de dépasser encore davantage les bornes ? Le 2 avril, soit au lendemain de son audition à l’Assemblée nationale, reçu dans l’émission « Quotidien », il se lâche sur Charles Alloncle : « Je me suis documenté sur son papa qui soutenait Charles Pasqua, qui a voté des lois sur l’Algérie, contre l’immigration. C’est bien de savoir aussi qui sont ces personnes et ce qu’ils ont dans la tête. » Évidemment, personne sur ce plateau progressiste n’a jugé utile de le recadrer, alors qu’il venait pourtant de cibler quelqu’un en raison de ses origines familiales et sans prendre le soin du contradictoire. Selon nos informations, le père de Charles Alloncle n’a jamais travaillé pour Charles Pasqua.

Hilarant pastiche canadien du Satyricon

Canada. Le NPD (progressistes) a élu Avi Lewis à sa tête lors de son congrès fin mars. L’événement a aussi suscité des critiques sur son fonctionnement interne pour la prise de parole.


Au Canada, le Nouveau parti démocratique (NPD) a élu son nouveau chef au terme d’un congrès tenu à Winnipeg du 27 au 29 mars. Les organisateurs ont conçu un système original pour distribuer les prises de parole des délégués en favorisant les « equity-seeking groups », c’est-à-dire les minorités.

Rappelons que « l’équité » consiste non pas à imposer l’égalité (au sens français du terme) des chances, mais à avantager les personnes défavorisées. Au fameux congrès, celles-ci étaient catégorisées en cinq groupes : les racisés, les autochtones, les membres de la communauté « 2SLGBTQ+ » (on finira par épuiser l’alphabet latin), les personnes « en situation de handicap », et les femmes et femmes trans (dans la même catégorie). Les intervenants devaient annoncer les couleurs, au propre comme au figuré, en brandissant une carte de couleur différente. Mais comment choisir sa classification en cas de chevauchement des catégories ? Et quid d’un cumul de cartes ? La « personne » exerçant la présidence des débats, Adrienne Smith, qui a rappelé, fermement, qu’elle était « non binaire » (révélation inattendue), a été appelée à trancher des épineux et déchirants problèmes de priorité. Exemple : un transgenre noir devait-il précéder une lesbienne monoparentale asiatique ? Ce fut encore plus inspirant que les disputatios d’antan sur le sexe des anges !

Mais tout est bien qui finit bien : le chaos fit place à la lumière. Pour finir, fut triomphalement élu au premier tour de scrutin Avi Lewis, documentariste blanc, juif et très binaire cisgenre. Quel héroïsme pour surmonter ce triple… handicap. L’oint du NPD remet tout en ordre en promettant avec aplomb la résurrection de son parti actuellement en mort cérébrale. Et foin des sceptiques qui osent dire que ce felliniesque congrès a ignoré les cruciales questions nationales de fond en raison de quelques controverses procédurales. Sa plus crédible proposition économique ? Nationaliser les épiceries ! Simple, mais il fallait y penser.

https://www.youtube.com/watch?v=aUVrrlArqjM

Le pays blessé

Une statue de la Vierge Marie à Notre-Dame des Monts d’Or (nord de Lyon) a été décapitée dans la nuit du 3 au 4 mai 2026, probablement à la masse. Cette statue a été retrouvée le visage brisé, rejeté au sol parmi les herbes et les pierres.


Cet acte de vandalisme, qui a également visé l’Enfant Jésus, suscite l’émoi et fait l’objet d’une enquête de la gendarmerie.

D’autres dégradations similaires ont été dernièrement rapportées, notamment en Corse et à Angers.

Mauvaise « habitude »

Quelques jours plus tôt, en Moselle, une église du XIXe siècle avait brûlé : Saint-Cyriaque de Montenach (notre photo principale), clocher effondré, charpente consumée, mémoire réduite à l’odeur du bois calciné. Une église a brûlé en Moselle. Encore une. Il faudrait dire : une de plus dans la longue litanie des pierres sacrées livrées au feu, comme si la France, désormais, ne savait plus mourir que par fragments, en consumant lentement ce qui la tenait debout. Ce n’est pas un événement : c’est une répétition. Une habitude presque. Une manière de disparition.

Car ce qui brûle, ce ne sont pas seulement des poutres, des statues, des autels — c’est une langue ancienne que les flammes lèchent et effacent, une mémoire que plus personne ne parle, sinon pour la regretter à voix basse, avec cette honte particulière des héritiers qui ne savent plus ce qu’ils ont reçu. Le feu, ici, n’est pas seulement destructeur : il est révélateur. Il éclaire, dans sa brutalité orange, l’immense fatigue d’un pays qui n’a plus la force de se défendre, ni même de se nommer.

La France ne tombe pas, elle se retire. Elle s’absente d’elle-même. Elle laisse faire. Elle regarde ses églises brûler comme elle regarde ses frontières se dissoudre, ses villes se fragmenter, son histoire devenir suspecte. Tout cela se passe dans une étrange douceur, presque une politesse du désastre. On ne veut blesser personne, surtout pas en nommant ce qui advient. Alors on se tait. Et le silence devient la forme la plus accomplie de la défaite.

Il existe pourtant une corrélation que l’on refuse obstinément de voir: plus le catholicisme disparaît de la vie réelle du pays, plus les symboles chrétiens deviennent vulnérables. Les églises abandonnées, désertées par les fidèles, réduites à de simples éléments du patrimoine, deviennent des corps sans défense. Un sanctuaire vivant protège encore ce qu’il représente ; un sanctuaire vidé devient disponible. Disponible au vandalisme, à l’indifférence, parfois à la haine.

Déchristianisation terminale

Pendant des siècles, ces lieux étaient habités : par des prêtres, des croyants, des rites, des chants, des processions, des morts et des vivants mêlés dans une même continuité. Aujourd’hui, beaucoup de ces églises ne sont plus ouvertes que quelques heures par semaine, parfois quelques jours par an. Les villages ont gardé leurs clochers mais perdu leurs paroisses. On continue d’entretenir les pierres comme on entretient les tombes d’une famille disparue. La foi s’est retirée avant les murs.

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Et c’est précisément cette vacance qui transforme les édifices chrétiens en cibles. Non pas toujours au sens d’un complot organisé, mais parce qu’une civilisation qui ne protège plus ses symboles signale inconsciemment qu’ils peuvent être profanés. On n’attaque pas seulement ce qui est haï: on attaque ce qui paraît abandonné. Une société qui cesse de considérer ses églises comme essentielles finit par envoyer à tous le message qu’elles ne sont plus sacrées.

Cruelle métaphore

La Vierge décapitée du Rhône n’est pas seulement une statue vandalisée. Elle est une métaphore involontaire du pays lui-même : un corps encore debout, mais privé de visage. Une civilisation dont on conserve parfois les monuments, mais dont on efface silencieusement l’âme. On restaure les façades, on éclaire les cathédrales pour les touristes, mais on détourne les yeux de ce qui les faisait vivre. Comme si l’on voulait garder le décor en supprimant la foi, la mémoire, la continuité intérieure qui leur donnaient sens.

On dira: accident, dégradation, hasard, vandalisme — ou pire. Le soupçon est là: les mosquées ne brûlent jamais. Les synagogues sont protégées par des murs de béton et des militaires en armes. Les églises, elles, demeurent ouvertes, isolées, parfois vides, dans un pays qui hésite même à reconnaître qu’elles furent le cœur de sa civilisation. On dira tout, et l’on dira surtout cela, pour ne pas avoir à dire autre chose. Mais à force de répétition, le hasard lui-même devient suspect, et l’explication une manière de se rassurer. Car ces feux disent moins une cause qu’un état : notre incapacité à habiter ce que nous avons été. Une civilisation ne meurt pas parce qu’on l’attaque, mais parce qu’elle ne croit plus à sa propre nécessité. Elle cesse de se transmettre, et dès lors, elle devient disponible à toutes les substitutions.

Dans les campagnes, pourtant, quelque chose résiste encore — mais à peine. Un clocher debout suffit à donner l’illusion d’une continuité. Mais ce n’est déjà plus qu’un décor, une silhouette vidée de sa voix. Les cloches ne sonnent plus que pour des cérémonies raréfiées, comme si le temps lui-même hésitait à continuer.

Et les vivants ? Ils passent. Ils regardent parfois. Ils photographient. Ils commentent. Mais ils ne pleurent plus vraiment. Car pour pleurer, il faut croire que ce qui disparaît avait un sens. Or c’est précisément ce sens qui s’est retiré avant même les pierres.

Suicide français

La vérité est peut-être là, dans cette brûlure répétée: nous assistons non pas à la destruction de la France, mais à son effacement consenti. Une forme de suicide lent, sans violence apparente, où chaque incendie n’est qu’un signe de plus de notre renoncement à être.

Et pourtant — car il faut bien que quelque chose résiste à cette évidence — il se pourrait que ces feux, à force de revenir, finissent par produire l’inverse de ce qu’ils accomplissent. Non plus l’habitude, mais le choc. Non plus l’indifférence, mais une fatigue de l’indifférence elle-même.

Car il arrive que les peuples ne se réveillent pas devant une catastrophe unique, mais devant sa répétition. Lorsque ce qui disparaît devient trop visible pour être ignoré. Lorsque la perte cesse d’être abstraite pour devenir une expérience commune. Alors, parfois, quelque chose se relève — non pas un passé retrouvé, mais une volonté. Il restera des ruines, bien sûr. Des images. Des souvenirs imprécis. Mais peut-être aussi, dans ces ruines mêmes, une question qui ne pourra plus être évitée: qu’est-ce qui, dans ce pays, mérite encore d’être sauvé — et qui est prêt à le défendre ? Mais ce monde-là s’éloigne — à moins que, précisément, cette lumière que l’on ne regardait plus ne soit rendue visible par l’obscurité elle-même. Et qu’il suffise, pour qu’elle revienne, de consentir enfin à la regarder.

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Jamais trois sans quatre!

Lors de sa troisième défaite en 2022, le candidat lfiste semblait vouloir passer la main. « Faites mieux », lançait-il alors à ses jeunes soutiens, avant d’en faire un livre (Robert Laffont, 2024). Mais voilà, il a finalement changé d’avis. La Nouvelle France, c’est lui !


À force de s’entendre dire, à l’extrême gauche, qu’on est l’homme providentiel, on finit par le croire. Et comment Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pas dénué d’une haute conception de lui-même, assortie d’une forme d’arrogance envers autrui, aurait-il pu ne pas valider cette qualification élogieuse ?

Ce qui apparaissait impossible il y a encore quelques mois, tant le bruit, la fureur et les argumentations bassement clientélistes de Jean-Luc Mélenchon semblaient indignes de la démocratie, est devenu plausible. D’excellents esprits et politologues n’excluent plus qu’il puisse être présent au second tour, probablement face au RN, représenté, dans la joute finale, par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Ce ne serait pas la même configuration, mais cela n’altérerait pas fondamentalement mon point de vue.

Souriant comme rarement, sur TF1

Quand on a observé le comportement de Jean-Luc Mélenchon sur TF1, excellemment questionné par Anne-Claire Coudray, il est clair qu’il a entamé la mue qu’il avait annoncée. Il y a le Mélenchon de la vie politique ordinaire, si j’ose dire, et celui qui revêt ses habits de gala pour tenter d’atteindre son rêve présidentiel. Au point de ne pas craindre une quatrième et dernière candidature, au terme d’une absence totale de débat interne. Comme s’il était acquis, par une pente collective partisane, que plus ses chances étaient réduites, plus il convenait de le plébisciter ! Que Jean-Luc Mélenchon veuille, contre vents et marées, et malgré des enquêtes d’opinion allant toutes dans le même sens négatif pour lui, demeurer sur le pavois de LFI peut se comprendre, tant l’intelligence et la rationalité n’ont rigoureusement rien à voir avec l’ivresse de s’imaginer, toujours, nécessaire et irremplaçable. Mais, de la part de certaines fortes personnalités qui l’entourent, et dont il a vanté la qualité pour mieux justifier sa propre domination, cette passivité est un mystère. Fait-il donc tellement peur que nulle contradiction ne puisse lui être opposée ? Un Manuel Bompard ou une Clémence Guetté sont-ils voués à demeurer muets devant une catastrophe programmée ? Aveuglement d’autant plus étrange que leur soumission va, à coup sûr, faciliter la victoire de leur pire ennemi politique : le RN.

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Il y a, dans l’attitude du chef comme dans celle de ses soutiens, quelque chose qui relève d’une forme de désinvolture suicidaire. « Je vais y retourner, peu importe le résultat. » « Il va y retourner, et l’on ne peut rien y faire ». Mais comment, toute lucidité mise au rancart, Jean-Luc Mélenchon a-t-il le culot d’annoncer qu’il battra Marine Le Pen ou Jordan Bardella à plate couture ? La politique conduit-elle forcément à ce délitement de la pensée, à cet abus de langage, à cette présomption fabriquée ?

Comme Beregovoy, aussi vite que Senna, il veut atteindre le Nirvana

Même s’il déteste cela, la psychologie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender le parcours exceptionnel et contrasté de Jean-Luc Mélenchon ? Sénateur socialiste, inconditionnel de François Mitterrand, il s’est transformé, pour faire oublier ce classicisme originel et sans éclat, en une sorte de révolutionnaire pétaradant, doté d’une oralité brillante dans un monde du verbe politique, il est vrai anémié, et en gourou, cru sur parole et sur ses outrances.

Mais l’échéance présidentielle constituerait probablement pour lui l’ultime étape où pourraient se concilier l’envie de subvertir, sa passion de la pompe et, surtout, son appétence pour toutes les formes d’inconditionnalité. Il moque ce qu’il appelle la vanité d’Emmanuel Macron, mais lui-même au pouvoir serait pire. Il aspire tellement à ce nirvana républicain qu’il est prêt à offrir à la France son inéluctable défaite.

Faites mieux ! Vers la Révolution citoyenne

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L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Enfin des mauvaises notes!

Une chute sévère des résultats au brevet des collèges en troisième est attendue. Ces mauvais résultats annoncés sont une bonne nouvelle, selon Élisabeth Lévy, dont nous vous proposons d’écouter la chronique radio.


D’après le ministre de l’Éducation nationale, le taux de réussite au brevet des collèges devrait chuter drastiquement dès cette année. C’est une excellente nouvelle.

Jusqu’à présent, le taux de réussite avoisinait les 85 %. Selon le ministre Édouard Geffray, il devrait chuter à 75 %, son niveau à la fin du XXe siècle, avec moins de mentions.

Les pédagogistes et leurs attendus scolaires

Pourquoi ? Cette année sont entrées en vigueur des modalités fixées par Gabriel Attal dans le cadre du « choc des savoirs » (2023). La note de contrôle continu ne comptera plus pour 50 % face à l’examen, mais pour 40 %, et surtout, le brevet ne sera plus cette évaluation fumeuse et généreuse des compétences par le conseil de classe. On revient aux bonnes vieilles moyennes, aux bonnes vieilles notes en rouge en marge des copies.

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Un long article du Monde[1], assez réprobateur, interroge des syndicalistes mécontents. « Tout est fait pour mettre en difficulté les élèves qui rentrent le moins dans les attendus purement scolaires », dit l’un d’eux. Traduction de cette novlangue syndicale : des jeunes qui ne savent pas écrire en français ou comprendre un texte simple devraient avoir leur brevet parce qu’ils ont d’autres compétences et qu’il ne faut pas les décourager… Face à la baisse catastrophique du niveau, cet argument n’est plus tellement défendable.

J’espère que nous sommes au début de la fin du grand mensonge. Souvenons-nous du fameux livre publié en 1989, Le niveau monte, des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet. Cette fiction a duré trente ans. Pour obtenir des taux de réussite mirifiques, on obligeait les professeurs à remonter les notes. C’est fini depuis 2024 pour le brevet, mais cela continue pour le baccalauréat. Quand des professeurs refusent de monter leurs notes au bac, l’académie le fait pour eux. L’objectif, c’est de fabriquer la bonne statistique.

Le niveau baisse !

Cette réforme du brevet est salutaire, mais donc un peu symbolique. Le brevet reste un examen un peu gratuit : on peut entrer au lycée sans l’avoir. Et il a fallu en outre pas moins de trois ans pour faire bouger le pachyderme.

L’urgence, c’est de faire la même chose pour le bac. Alors qu’on a promis le bac pour tous ou presque, quand on annoncera 70 % (et pourquoi pas moins) de réussite, tout le monde hurlera, à commencer par les parents.

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Des années durant, on a fait croire à des élèves qu’ils avaient le niveau. C’était méprisant pour eux, particulièrement pour les plus pauvres, dont on pense qu’avec de vraies notes ils n’y arriveront pas. Résultat : des milliers de détenteurs d’un bac +4/5 totalement inutile sont chômeurs ou smicards, ce qui nourrit le ressentiment (et le vote LFI).

Si on veut le bien des élèves, il faut avant tout une exigence de vérité. Alors que la connaissance est le premier déterminant de la hiérarchie mondiale, que les pays produisant les meilleurs scientifiques gagneront la grande compétition internationale, la chute du niveau scolaire et intellectuel devrait obséder les gouvernants. Saluons ce premier pas : au lieu de maquiller le désastre, on le regarde enfin en face. Cela donne le vague espoir qu’on peut peut-être l’enrayer.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/05/brevet-des-colleges-2026-avec-les-nouvelles-regles-d-obtention-le-ministere-s-attend-a-une-chute-drastique-des-resultats_6685523_3224.html

Le maire et le président

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Open AI / Causeur.

L’élu d’extrême gauche Bally Bagayoko, qui décidément semble avoir pris la grosse tête, a décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans sa mairie. La loi ne l’oblige pas à l’afficher. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


Le maire de Saint-Denis (93) refuse de raccrocher le portrait d’Emmanuel Macron. Bally Bagayoko expliquait sur LCI, dimanche, qu’il avait décroché le portrait parce que, selon lui, la République ne corrige pas les inégalités. Il attend l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président qui sera, espère-t-il, Jean-Luc Mélenchon, pour le raccrocher :

— Darius Rochebin : « Dans votre bureau, vous avez décroché le portrait du président de la République ? »

— Bally Bagayoko : « C’est vrai, je l’ai décroché parce que j’ai considéré que, tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités… »

— Darius Rochebin (l’interrompant) : « Où l’avez-vous mis ? »

— Bally Bagayoko : « Il est dans un coin, retourné, en attendant, bien sûr, l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président… »

Cela a déplu au préfet de Seine-Saint-Denis, qui lui a adressé une lettre hier. Tout en admettant que ce n’est pas une obligation légale, Julien Charles demande au maire de respecter un usage consacré par la tradition républicaine. Usage qui, au passage, s’est installé et généralisé sous le Second Empire. Le maire n’en démord pas : « Le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations [du pacte républicain], notamment envers les habitants de notre territoire. » Emmanuel Macron restera donc au coin.

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Faut-il l’obliger à accrocher le portrait du président ? Non ! La République ne se résume pas à des interdits, des règles et des obligations. Il faut une forme d’amour, et l’amour ne se décrète pas. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l’accrochage de la bobine présidentielle s’est ensablée au Sénat.

Oui, Bally Bagayoko a le droit de décrocher le portrait du président, et on a le droit de trouver cet affront potache, pathétique et symbolique. Ces accusations et récriminations sont infondées. Nous sommes l’un des pays les plus redistributifs et les plus égalitaires d’Europe, et les quartiers « populaires », comme on dit, ont bénéficié d’innombrables dispositifs publics visant précisément à corriger ces inégalités. Faire croire aux habitants de Saint-Denis qu’ils sont abandonnés n’aboutit qu’à enkyster chez eux un sentiment victimaire stérile, car il pousse à la plainte et à la récrimination, plutôt qu’à l’action.

Le pacte républicain n’est pas un choix à la carte selon que les gouvernants élus vous plaisent ou non. Ce n’est pas non plus un marché — je te reconnais si tu me donnes ceci ou cela. Le préfet souligne que le portrait présidentiel, comme la devise ou le drapeau, vise à rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques. Robert Ménard, maire de Béziers, dit qu’il accrocherait le portrait, y compris si Jean-Luc Mélenchon était président, alors même qu’il est plutôt un adversaire politique pour lui. En refusant de le faire, Bally Bagayoko manque à la courtoisie républicaine et, surtout, prend le risque de convaincre ses concitoyens que la « Nouvelle France », dont il est une figure flamboyante, ne peut se construire qu’en tournant le dos aux usages et aux mœurs de l’ancienne.


Z comme Zizou…

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Le footballeur Zinedine Zidane et le journaliste Christophe Gleizes. DR.

Le journaliste français Christophe Gleizes, injustement emprisonné en Algérie, vient de renoncer à son pourvoi en cassation, ouvrant ainsi la voie à une éventuelle grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune. Dans le milieu du football, la FFF et la Ligue se sont exprimées sur l’affaire, mais le silence du PSG et de Zinédine Zidane demeure inexplicable. « Si M. Zidane devient demain sélectionneur de l’équipe de France, on attendra de lui une prise de position aussi claire que celle de Didier Deschamps. Il est essentiel que nous puissions entendre un engagement sans détour », a déclaré à la presse Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.


On ne rappellera jamais assez le sort inique, infâme fait à notre confrère Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis maintenant une année pour avoir fait son boulot de journaliste. Poser des questions. Enquêter. Il se trouve en effet que c’est son job. Cela n’a pas plu au pouvoir en place là-bas dont la conception de la liberté de la presse n’est pas très exactement celle que nous en avons ici, et plus généralement dans les pays libres, les démocraties véritables. Résultat pour le jeune reporter, le cachot. Direct.

Les jours, les semaines, les mois s’écoulent mais rien ne se passe. Certains de nos chefs à plume, y compris des plus hautes sphères, mais aussi des zélateurs du régime en vigueur à Alger, dont l’éblouissante Rima Hassam pour qui « la Mecque des révolutionnaires et de la liberté est et restera l’Algérie », n’ont pas craint d’aller là-bas livrer le spectacle pitoyable de leur soumission. Soumission ardemment assumée chez Hassan et ses potes encartés LFI, ridiculement ensevelie dans le déni chez nos caciques, dont le premier d’entre eux, l’hôte de l’Élysée.

Donc, bilan nul. Rien n’a bougé.

Christophe Gleizes croupit toujours dans les geôles de M. Tebboune dont on se demande si le bras ne va pas finir par se détacher de son buste à force de nous adresser tant et tant de bras d’honneur. Et avec une telle manifeste jouissance ! Apparemment, en haut lieu on aime ça puisqu’on n’entreprend pas grand-chose pour que ça cesse. Même que ceux qui osent prétendre qu’on devrait mettre tout de même un peu plus de biceps dans ce bras de fer interminable n’y sont considérés que comme de pauvres minables, des mabouls. C’est cela des mabouls, a dit celui-qui-sait.

Pour lui et sa cour, la stratégie en vigueur, encore et toujours, en réponse à la violence qui nous est infligée – à nous tous, à travers le sort et la personne de Christophe – se résume à offrir le spectacle tant prisé là-bas de la danse des sept voiles. Voilà le formidable plan !

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Aussi, ne voyant rien venir de positif de ce côté, et peut-être bien n’espérant plus rien, la famille de Christophe Gleizes se tourne-t-elle vers Zinédine Zidane, le futur sélectionneur de notre équipe nationale, notre champion du monde, dont le fils joue lui-même dans la sélection nationale algérienne, du fait de sa double nationalité.

On comprend évidemment la démarche de la famille et des proches du prisonnier. Voir en Zidane une sorte de Zorro, pouvoir un jour chanter en pleurant de joie quelque chose comme « Zizou est arrivé et Christophe est rentré » – bien sûr on en rêverait tous.

L’intéressé fera-t-il quelque chose qui réponde aux espoirs mis en lui par ces parents à bout d’espérance ? Le peut-il seulement ? S’y sent-il légitime, lui qui avec une habileté, une prudence, une réserve jamais démenties a si bien su se tenir à l’écart, au long de ces années, de toute implication peu ou prou politique ? Question délicate. Lui seul à la réponse.

Il reste que l’appel au secours, déchirant, des parents de Christophe, n’est autre, en réalité, qu’un sacré camouflet, une satanée paire de baffes lâchée à la figure de nos prétendus gouvernants, président de la République, Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ministre des Affaires étrangères, toute la clique quoi ! C’est leur cracher au visage qu’on a pris acte de leur indicible médiocrité.

Même tirer un gosse de France embastillé arbitrairement entre les quatre murs d’une taule algérienne, ils en sont incapables ! Voilà ce que l’appel des parents de Christophe leur assène le plus clairement du monde.

Ce que eux sont incapables de faire, ce que Zizou ne peut sans doute pas, les quelques millions de Franco-algériens présents ici, sur le sol de France, ne le pourraient-ils pas, eux ? Ne pourraient-ils pas se mobiliser en masse pour la libération de Christophe Gleizes ? voilà qui aurait non seulement de l’allure mais qui ne contribuerait pas peu à vivifier le sacro-saint vivre ensemble dont tout un chacun se réclame. Et qui en a bien besoin.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Agriculture française: «Une saignée silencieuse»

L'agricultrice Maguelonne de Sèze. DR.

Pour la première fois depuis un demi-siècle, la balance commerciale agricole française est déficitaire. Concurrence déloyale, normes européennes asphyxiantes, accords de libre-échange et chaos géopolitique: nos paysans paient le prix fort. Sans filtre ni victimisation, Maguelonne de Sèze, éleveuse d’ovins et céréalière dans le Berry, dit cash ce que signifie être paysan en France en 2026, entre colère qui monte, espoir fragile et résignation.


Causeur. L’agriculture française traverse une crise existentielle. Comment en est-on arrivés là ?

Maguelonne de Sèze. Les causes conjoncturelles sont très lourdes. Dès 2022, le prix des intrants chimiques et des engrais a flambé. Puis 2024 a été une année maudite, avec un climat chaotique qui a ravagé les céréales et la vigne. En outre, les importations de blé ukrainien ont, au cours de cette période, au moins été multipliées par dix, sur décision de Bruxelles qui entend ainsi aider Kiev dans son effort de guerre –  or l’Ukraine n’est même pas encore membre de l’UE. Sans oublier, plus récemment, les tensions avec les États-Unis de Donald Trump, dont les annonces tarifaires tonitruantes, mais souvent non suivies d’effets, compliquent tout. Enfin, l’inflation post-Covid nous a achevés : l’achat d’un tracteur de 170 chevaux est passé de 100 000 euros à 130 000 euros en quatre ans seulement, l’heure de réparation est montée à 90 euros, les pièces détachées coûtent des fortunes. Quand les rendements chutent, que les prix s’effondrent sous la pression internationale et que les charges explosent, on n’a plus de trésorerie pour investir. On tourne en rond.

Et au-delà de tous ces chocs conjoncturels, quels sont les maux structurels qui minent le secteur ?

Le vrai drame est effectivement plus profond et ancien, presque institutionnalisé. Sur le long terme, la main-d’œuvre est de plus en plus rare et chère, et les charges sociales à la Mutualité sociale agricole (MSA) sont devenues écrasantes. C’est aberrant. Ajoutez les impôts de toutes sortes, et en fin de compte les retraites agricoles tournent autour de mille euros par mois. C’est une insulte pour des gens qui ont travaillé quarante ans de leur vie. Par-dessus le marché, vous avez la fiscalité sur transmission des exploitations familiales, qui est une véritable spoliation. En Italie, les droits de succession sont à zéro, chez nous on oblige les familles à pratiquer des montages fiscaux compliqués et coûteux pour essayer de ne pas tout perdre.

Le modèle de l’agriculture française est-il encore viable ?

On accuse un retard technologique criant. On est trop resté sur un schéma traditionnel alors que nos voisins – Allemagne, Espagne, Pologne – ont massivement investi dans l’automatisation, les drones, l’IA, les semences de précision. Mais pour investir, il faut de l’argent, or on n’en a plus. Le modèle français, c’est aussi celui de la grande distribution, qui nous étrangle. Quand les groupes d’hypermarchés négocient les prix, nous ne sommes même pas autour de la table. En plus, ils développent leurs marques propres qui marchent très bien, souvent avec des ingrédients importés, sans étiquetage clair sur l’origine pour les produits transformés – miel, confitures, plats préparés. C’est une désindustrialisation lente mais inexorable de notre agroalimentaire qui est à l’œuvre.

On dit aussi que les normes vous asphyxient…

Et c’est vrai ! Bruxelles impose déjà des règles très strictes, mais Paris en remet systématiquement dix couches. Exemple récent : la pénurie d’œufs. En France, il faut des années pour obtenir les autorisations pour un poulailler. Car dans notre pays, le syndrome NIMBY (Not In My BackYard – pas près de chez moi) est généralisé. Personne ne veut d’une porcherie, d’un méthaniseur, d’un élevage ou d’un poulailler près de chez soi, mais tout le monde veut continuer à manger de la viande, des œufs, du lait. Les écologistes et les nouveaux arrivants en campagne en rajoutent en tentant d’introduire des interdictions absurdes sur les horaires d’arrosage, des dates de fauchage des fossés, des plaintes pour le chant du coq ou les odeurs d’animaux. À Paris on adore l’écologie, à la campagne on veut une nature aseptisée, sans bruit, sans odeur, sans travail agricole visible. Résultat, on abandonne des filières entières. Je pense en particulier à celle de la cerise ou de la noisette. En France, certains traitements sont interdits sur les cerisiers ou les noisettes alors que l’Espagne et l’Italie continuent à les utiliser. Je pense aussi aux fruits et légumes transformés (pour les conserves, les surgelés et les préparations), qui ont été laissés à nos voisins. Or la consommation change radicalement. Les snacks, les plats ultra-préparés, les food-trucks, les pains industriels, les boulangeries industrielles (qui vendent de tout sauf du vrai pain) sont en plein boom. Le petit retour au « fait maison » pendant le Covid n’a représenté qu’un sursaut éphémère. Au fond de tout ça, il manque cruellement une vision politique claire et assumée. On a l’impression que tout est fait pour réduire progressivement l’agriculture française sans jamais le dire franchement. Pourtant, l’agriculture et l’agroalimentaire restent notre dernier grand secteur de production industrielle et artisanale. On a subventionné l’automobile à mort, on a failli tuer le nucléaire (qui redémarre heureusement), mais pour l’agriculture, silence radio. La question est simple et dramatique : veut-on encore produire en France, oui ou non ? Sinon, dites-le-nous clairement, qu’on arrête demain, dans cinq ans ou dans dix ans. Parce que là, on ne sait plus où on va.

Comment votre propre exploitation a-t-elle évolué depuis votre installation, et comment voyez-vous l’avenir ?

Mon mari s’est installé en 1992, moi en 1999. On est sur une exploitation typique du Berry, avec des céréales principalement – blé, orge, colza, tournesol – et un peu de prairie. Au fil des ans, on a dû simplifier pour survivre économiquement. On a arrêté les lentilles parce qu’on n’avait plus les moyens techniques pour les valoriser correctement. En 1996, on a supprimé le labour pour réduire les coûts et préserver le sol. Après la récolte catastrophique de 2016, on a franchi un cap.  On est passés à l’agriculture de conservation des sols, une forme d’agroécologie pragmatique et non dogmatique. On ne travaille plus le sol, on le traite comme un être vivant en le couvrant de végétaux permanents pour le protéger de l’érosion, enrichir la matière organique et fixer l’azote. Pour valoriser ces couverts et diversifier les revenus, on a introduit un troupeau d’environ trois cents brebis. Contrairement aux céréales où on subit les cours mondiaux, là on maîtrise toute la chaîne. On engraisse et on vend directement nos agneaux à des particuliers, des bouchers locaux et des restaurateurs. Ça nous permet d’avoir un revenu plus stable et de créer du lien avec les consommateurs. Dans l’Indre, on compte près de trois mille exploitations. La moitié des chefs d’exploitation partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Beaucoup, en fin de carrière, n’ont plus l’envie ni l’énergie de changer radicalement leurs pratiques – c’est humain. La vraie bascule viendra des jeunes qui s’installent aujourd’hui. L’agroécologie, quand elle est bien menée, peut être un levier puissant pour rendre les fermes plus résilientes au climat, moins dépendantes des intrants chimiques, plus économes en énergie. Mais il faut du temps. Pour changer les rotations, reconstituer le sol, apprendre les nouvelles techniques, tester, se tromper, ajuster. On arrive à la fin d’un modèle productiviste qui a fait ses preuves pendant des décennies mais qui ne tient plus face aux aléas climatiques, aux coûts et aux attentes sociétales. L’agriculture de 2050 ne ressemblera pas du tout à celle de 2026 si elle veut survivre. Il faudra des modèles plus diversifiés, plus circulaires, plus locaux, mais sans tomber dans le dogme. Chaque exploitation reste une entreprise à part entière, avec son sol, son climat, son marché, son histoire familiale. Il n’y a pas de recette unique.

Les aides européennes n’aident-elles pas les agriculteurs ?

Avant la grande réforme de 1992, les aides étaient liées à la production réelle. Plus tu produisais, plus tu touchais. C’était clair, motivant. Depuis, la PAC (Politique agricole commune) est devenue un système d’aides à l’hectare, déconnecté de ce qu’on produit vraiment. Dans l’Indre, le rendement de référence historique a été bloqué à 55 quintaux de blé par hectare à l’époque de la réforme, alors qu’aujourd’hui on est souvent à 63 quintaux, et bien au-delà dans le Nord ou le Bassin parisien où on dépasse fréquemment les 100 quintaux. Les aides ont donc mécaniquement fondu pour beaucoup d’entre nous. Un agriculteur que je connais touchait 389 euros par hectare en 2000 ; en 2024, il n’en reçoit plus que 189 euros. Sur vingt-trois ans, ça représente un manque à gagner de près de 600 000 euros – alors que les charges, les normes environnementales, les aléas climatiques et les coûts d’investissement n’ont fait qu’augmenter. C’est une saignée silencieuse.

Sommes-nous performants en recherche agronomique ?

On a des instituts de recherche de très haut niveau : l’INRA (devenu INRAE), Arvalis, Terres Inovia… Ils font un excellent travail. Mais la recherche variétale, notamment sur le blé, avance trop lentement par rapport aux besoins. Les semences certifiées sont devenues extrêmement chères – parfois 30 à 40 % du coût de la culture. Beaucoup d’agriculteurs reviennent donc à leurs propres semences, les « semences fermières ». On s’est battus à la Coordination rurale pour défendre ce droit fondamental : pouvoir réutiliser une partie de notre récolte comme semence l’année suivante, sans payer des royalties exorbitantes à des multinationales. C’est une question de souveraineté et de survie économique.

Concrètement, comment les prix de vos productions sont-ils fixés ?

Pour le blé, l’orge ou le colza, le cours se décide sur les marchés internationaux – Chicago, Paris-Euronext, etc. On appelle la coopérative ou le négociant, ils nous disent : « Aujourd’hui c’est tant la tonne. » Ils font la facture, parfois avec des lignes aberrantes du type « contribution volontaire obligatoire » pour tel ou tel fonds. On est complètement pieds et poings liés : on produit, on livre, on prend le prix qu’on nous donne. Pas de négociation, pas de pouvoir de marché. Le statut est hybride et ambigu à l’extrême.

Etes-vous beaucoup contrôlés ?

On subit des contrôles permanents, de plus en plus intrusifs. Depuis les manifestations massives de 2024, un « contrôle unique » a été mis en place pour simplifier, mais certains organismes échappent encore au dispositif, notamment l’Office français de la biodiversité (OFB), dont la directrice générale déléguée est depuis janvier Anne Le Strat, une ancienne conseillère municipale de Paris encartée chez les écolos, autant vous dire que sa nomination a été vécue comme une provocation. Et c’est souvent l’OFB que les agriculteurs redoutent le plus, avec ses descentes surprises, ses verbalisations à la chaîne, son interprétation maximalistes des règles. Depuis 2024, on demande la suppression pure et simple de cet organisme ou, à minima, une réforme profonde de son fonctionnement, de ses méthodes et de sa culture. Au lieu de calmer le jeu, on place une militante écologiste assumée à sa tête. Beaucoup se demandent si l’OFB ne va pas devenir le bras armé d’une écologie punitive, déconnectée du terrain et du quotidien des paysans.

Comment va la Coordination rurale ?

Depuis les grandes colères agricoles de 2024, la Coordination rurale a nettement gagné en influence, surtout dans les zones les plus en difficulté comme le Centre-Val de Loire, le Massif central ou certaines parties du Sud-Ouest. Aux dernières élections dans les chambres d’agriculture, on a progressé partout, on est beaucoup plus écoutés localement, et même au niveau national on commence à peser dans le débat. Beaucoup de jeunes agriculteurs nous rejoignent, et c’est encourageant. Ils viennent chercher plusieurs choses. D’abord de l’espoir. L’espoir d’une bonne récolte malgré le climat, d’un revenu qui permette de vivre dignement sans dépendre à cent pour cent des aides, d’une transmission possible à ses enfants. Ils viennent aussi pour un discours clair, sans langue de bois. On ne leur vend pas du rêve technocratique, on leur dit la vérité sur les coûts, les normes, la grande distribution, l’État. La Coordination rurale est née en 1992, juste après la grande réforme de la PAC qui a basculé vers les aides à la surface. Ses fondateurs avaient vu venir le piège de la déconnexion des aides avec la production réelle, de la baisse progressive des soutiens, de la fragilisation des petites et moyennes exploitations. Aujourd’hui, notre proposition centrale est l’« exception agriculturelle », sur le modèle de l’exception culturelle française. Comme on protège le cinéma, la musique, l’édition ou l’audiovisuel français contre la concurrence déloyale américaine ou mondiale, il faudrait protéger et privilégier ce qui est produit en France sous labels, AOP, IGP, et autres produits du terroir, viande bovine, ovine, laitière, céréales de qualité. C’est du bon sens. On a une image exceptionnelle à l’étranger grâce à nos produits, mais sur nos propres marchés on les laisse se faire écraser par des importations low-cost sans réciprocité. Il faut rétablir des filets de protection, des clauses miroirs efficaces, une préférence communautaire réelle, et arrêter de signer des accords de libre-échange qui nous tuent.

Si vous étiez nommée ministre de l’Agriculture demain, quelles seraient vos premières décisions concrètes ?

La toute première mesure, immédiate : instaurer l’exception agriculturelle pour donner la priorité aux produits français sur les marchés publics, dans la restauration collective, les cantines, et encourager fortement les consommateurs à choisir local et français quand c’est possible. Deuxième chantier urgent : revoir de fond en comble le système de protection sociale agricole, en particulier les cotisations à la MSA. On cotise énormément – 42 % du revenu d’exploitation pour certains –, on se demande où passe l’argent. Il faut une transparence totale et une refonte pour que les agriculteurs aient des droits sociaux dignes de ce nom. J’ai voulu comprendre le système de l’intérieur : je me suis présentée aux élections de la MSA dans mon canton. Avec peu de candidats et un taux de participation très faible, ceux qui se présentent sont souvent élus. J’ai donc été élue. C’est très instructif : on voit les rouages, les lourdeurs, les incohérences, l’opacité. Mais ça confirme aussi que le système est à bout de souffle et doit être réformé en profondeur si on veut garder des paysans en France.

Quand l’ingéniosité change le cours des conflits

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Un drapeau libanais se dresse parmi les décombres de bâtiments détruits à Saïda, au Liban, le 3 mai 2026 © Silvia Casadei/MEI/SIPA

En 1948, Israël gagne une bataille importante avec une arme artisanale appelée la Davidka dont l’effet psychologique a été plus important que sa puissance réelle. Aujourd’hui encore, les conflits actuels montrent que des armes simples et ingénieuses, comme les drones utilisés en Ukraine ou par le Hezbollah, peuvent menacer des armées beaucoup plus puissantes.


14 mai 1948. Les soldats anglais s’embarquent à Haïfa et l’indépendance d’Israël est proclamée à Tel-Aviv dans l’après-midi. C’est le Yom Haatzmaout. Mais depuis six mois déjà, se déroulaient des combats entre Juifs et Arabes dans la Palestine mandataire. Trois jours auparavant, dans la nuit du 10 au 11 mai, avait eu lieu la prise de Safed, qui a permis aux troupes juives de sécuriser Tibériade et de relier les kibboutzim du nord de la Galilée au centre du pays. Construite en hauteur sur une crête montagneuse, dominée par sa citadelle, Safed, Tzfat en hébreu, avait une importance stratégique majeure et l’offensive du Palmach partant du quartier juif situé en contre-bas paraissait très incertaine. Un nouvel engin de guerre a permis la victoire. C’était la Davidka, dont on voit un exemplaire près du marché Mahane Yehuda à Jérusalem, un mortier qui portait le nom de son concepteur, David Leibowitch.

Ingéniosités

Fabriquée dans la clandestinité sans usinage professionnel, avec un obus dépassant un tube trop court parce qu’on manquait de métal, la Davidka était imprécise et peu puissante, un désastre technique qui, à cause de ses imperfections, faisait un bruit épouvantable. Or ce vacarme fut son meilleur atout. Persuadés que les Juifs disposaient d’une arme dévastatrice, peut-être une bombe atomique, les défenseurs de Tzfat ont paniqué et lâché prise. Pendant longtemps, au moins jusqu’à la guerre des Six Jours, la Davidka a symbolisé l’ingéniosité d’un Israël numériquement débordé face à son environnement hostile. Puis les images se sont modifiées, le geek de la start-up nation a remplacé le kibboutznik en sandales et la Davidka a fait place au Dôme de fer. Israël ne bricole plus ses armes sous une blanchisserie, il est devenu une référence mondiale dans des industries de pointe. 

Mais aujourd’hui encore, l’efficacité des armes ne dépend pas uniquement de leur sophistication technologique. Dans la guerre du Liban contre le Hezbollah, Israël n’est plus le combattant sans moyens qu’il était en 1948. Mais certains de ses pires ennemis ne manquent pas non plus d’ingéniosité.

Pendant leur guerre contre le géant russe, les Ukrainiens ont développé l’usage des drones. Aujourd’hui on parle beaucoup des drones FPV, First person view, drones à la première personne. Le pilote, parfois à plusieurs kilomètres de distance, reçoit le signal d’une caméra embarquée sur l’appareil. Il manipule son petit drone comme dans un jeu vidéo et, s’il est bien entrainé, dépose  une charge explosive dans des tranchées, sur des véhicules ou des soldats.

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Depuis peu, on a recours à un guidage par fil, comme à l’ancienne, mais ici, le fil est une fibre optique. La vidéo, grâce aux énormes débits qu’elle permet, est d’une grande précision. Surtout, le signal, parce qu’il ne passe plus par une onde radio, est strictement insensible aux brouillages extérieurs.

Bien qu’ils aient à proprement parler un fil à la patte et qu’ils soient donc tributaires du terrain, ces petits drones sont redoutables. Leur fabrication nécessite des composants de télécoms assez banals. L’intégration dans l’appareil et la gestion du déroulement des câbles sont faits dans de petits ateliers de mécano-optique. Ces drones très peu coûteux, utilisables en masse, ont transformé le champ de bataille russo-ukrainien où les déplacements de troupes sont devenus problématiques. 

Le Hezbollah les utilise désormais aussi, et ils sont un danger pour les soldats israéliens, les blindés et les habitants proches de la frontière. La parade est difficile, comme l’a reconnu récemment le Premier ministre israélien et la décision de déplacer les populations au sud Liban a dû être influencée par le danger de ces drones filoguidés malaisément détectables.

David contre Goliath

Dans le détroit d’Ormuz, chacun est frappé par le contraste entre les massifs bâtiments américains et la flotte moustique iranienne et ses vedettes petites et agiles. L’histoire de David et Goliath, à laquelle renvoyait inévitablement le nom de Davidka, est un exemple de ce thème mythologique universel du petit astucieux narguant le colosse.

Certains observateurs, par haine des Etats Unis, en sont venus à oublier que le chétif iranien est avant tout un Etat criminel. 

Inversement, à posséder la force, on risque l’hubris, la tentation de se croire invincible. Soyons convaincus qu’Israel n’a pas acquis ce terrible défaut et qu’il n’a pas perdu son ingéniosité légendaire…

Le bruit d’une gifle et le silence des massacres

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DR.

Une religieuse française de 48 ans a été violemment agressée et jetée au sol à Jérusalem le mardi 28 avril, près du mont Sion. La religieuse, membre de l’ordre des Dominicains et chercheuse à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), a été attaquée par derrière par un homme qui l’a poussée au sol. La victime a heurté un bac à fleurs en pierre et a été rouée de coups de pied. L’agresseur est un homme israélien de 36 ans, qui a été arrêté par la police israélienne. 


Il y a des images qui deviennent immédiatement des preuves. Non parce qu’elles disent toute la vérité, mais parce qu’elles arrivent au bon moment dans le théâtre moral de notre époque. Une religieuse catholique française jetée à terre dans une rue de Jérusalem par un homme portant des tsitsit : il n’en fallait pas davantage pour que la machine symbolique se mette en marche. Les réseaux s’embrasent, les chancelleries protestent, les commentaires affluent avec cette satisfaction sombre que procure toujours la confirmation d’un récit déjà écrit d’avance. Israël coupable. Le judaïsme fanatique. La Terre sainte devenue terre d’intolérance.

Un acte ignoble

Il faut pourtant commencer par dire ce qui est vrai. Oui, cet acte est ignoble. Oui, il existe en Israël des groupes extrémistes persuadés que le christianisme relève de l’idolâtrie, et que prêtres, moines ou religieuses souilleraient d’une certaine manière la sainteté du pays juif retrouvé. Ces groupes existent. Ils crachent parfois sur des prêtres arméniens ou grecs dans les ruelles de la vieille ville. Ils insultent des religieux. Il leur arrive de profaner des tombes chrétiennes. Leur existence ne doit ni être niée ni minimisée.

Mais précisément parce qu’il faut regarder les choses avec honnêteté, il faut dire aussi que ces individus demeurent ultra-minoritaires et qu’ils sont condamnés presque unanimement par la société israélienne elle-même. L’agresseur a été arrêté. La violence a été dénoncée publiquement. Aucun ministre israélien n’a justifié l’acte. Aucun rabbin officiel ne l’a sanctifié. Aucun mouvement populaire ne s’est levé pour applaudir l’humiliation d’une religieuse française. Cette distinction est essentielle. Car dans le climat intellectuel contemporain, il suffit qu’un juif fanatique agresse un chrétien pour que certains soient tentés d’y voir aussitôt le visage profond du judaïsme et même la vérité cachée d’Israël.

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Or c’est ici que commence le mensonge par omission.

Car pendant qu’une agression isolée — aussi odieuse soit-elle — produit des articles indignés dans Le Monde et des réactions diplomatiques immédiates, qui parle encore du lent massacre des chrétiens d’Orient ? Qui parle vraiment de leur disparition ? Qui ose encore nommer cette réalité sans être aussitôt soupçonné d’arrière-pensées idéologiques ?

Il faut avoir parcouru certaines villes du Moyen-Orient pour comprendre ce qui est en train de mourir dans l’indifférence occidentale. Des églises éventrées d’Irak aux villages fantômes de Syrie, des coptes assassinés en Égypte aux chrétiennes réduites à l’exil ou à la peur dans certaines régions palestiniennes, c’est toute une civilisation qui s’efface lentement, pierre après pierre, croix après croix, silence après silence.

Et pourtant l’Occident détourne les yeux.

Parce que cette disparition embarrasse. Parce qu’elle ne correspond pas au récit dominant. Parce qu’il est plus simple de filmer un extrémiste juif à Jérusalem que de penser l’effondrement historique du christianisme oriental sous la pression de l’islamisme, du nationalisme religieux ou du chaos régional. Le chrétien d’Orient est une victime sans utilité symbolique. Il ne permet ni indignation spectaculaire ni purification morale de l’Occident. Il meurt donc dans un demi-silence.

Minorités chrétiennes

Le cas de Bethléem est à cet égard d’une cruauté presque biblique. La ville de la Nativité, jadis massivement chrétienne, voit sa population chrétienne diminuer année après année. Les causes sont multiples : difficultés économiques, émigration, conflit permanent. Mais il faudrait être aveugle ou lâche pour nier également le climat d’intimidation, de pression sociale et parfois de peur qui pousse beaucoup de familles chrétiennes à partir. Non pas dans un grand fracas génocidaire, mais dans cette usure lente des minorités qui comprennent qu’elles ne sont plus tout à fait chez elles.

Cette vérité-là dérange énormément ceux qui ont transformé le conflit israélo-palestinien en religion morale simplifiée. Car elle oblige à reconnaître une réalité presque insupportable pour certains esprits européens : malgré ses fautes, malgré ses fanatiques, malgré ses dérives politiques parfois inquiétantes, Israël demeure aujourd’hui le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens disposent encore d’une véritable protection juridique, d’une liberté de culte réelle et d’institutions vivantes. C’est cela que beaucoup refusent de voir.

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Dans une grande partie du monde arabe, les communautés chrétiennes survivent désormais comme des vestiges. En Israël, elles vivent encore. Elles votent, enseignent, publient, débattent, célèbrent leurs fêtes, entretiennent leurs lieux saints. Et même lorsque des extrémistes les agressent, l’État intervient, la police arrête, la justice poursuit. Cette différence est immense. Elle sépare un désordre marginal — grave mais contenu — d’une dynamique historique d’effacement civilisationnel.

Mais notre époque ne pense plus en termes de civilisation. Elle pense en termes de culpabilité. Et dans cette théologie nouvelle, Israël joue le rôle du coupable universel. On lui demande davantage qu’aux autres nations, parce qu’il représente moins un État qu’un symbole chargé de toutes les passions occidentales : la colonisation, la mémoire juive, la religion, l’Occident, la guerre, la frontière, la puissance.

Indignation à géométrie très variable

Ainsi le moindre crachat d’un fanatique devient affaire mondiale, tandis que les églises brûlées du Nigeria, les monastères désertés de Syrie ou les familles chrétiennes fuyant certaines régions palestiniennes sombrent dans l’oubli médiatique.

Il ne s’agit pas ici d’excuser quoi que ce soit. Une religieuse agressée demeure une religieuse agressée. La vérité ne consiste pas à nier les fautes de ceux qu’on défend. Elle consiste à refuser la falsification des proportions. Or c’est précisément ce qui caractérise désormais une partie du regard occidental sur Israël : une obsession du détail israélien accompagnée d’une cécité presque totale devant l’immense catastrophe chrétienne du Moyen-Orient. Ce déséquilibre finit par produire une étrange inversion morale. Ceux qui vivent encore deviennent les bourreaux absolus ; ceux qui disparaissent réellement deviennent invisibles.

Et peut-être est-ce cela, au fond, le plus terrible : non la haine elle-même, mais la hiérarchie secrète des souffrances qu’impose notre époque — cette manière de choisir les victimes dignes d’être pleurées et celles qu’il vaut mieux laisser mourir en silence.

La société malade

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Audiovisuel public: de pieux mensonges, les yeux dans les yeux

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Sibyle Veil, Laurence Bloch et Delphine Ernotte-Cunci, « incarnants » d’un audiovisuel public révélant sa culture d’entreprise © D.R./OpenAI/Causeur

Les pontes de l’audiovisuel public ont eu à répondre de leur manque de neutralité devant la commission d’enquête parlementaire. Contorsions, déni et mauvaise foi: le spectacle a été à la hauteur des attentes. Florilège des plus belles tartufferies entendues à l’Assemblée.


C’est presque devenu une loi du genre. À l’Assemblée nationale, les commissions d’enquête ressemblent de plus en plus à des champs de bataille culturelle. Qu’il s’agisse de celle consacrée à la TNT en 2024 (durant laquelle les journalistes de CNews n’ont pas été ménagés) ou de celle s’étant notamment penchée sur l’affaire Bétharram au printemps dernier (qui a fait passer un très mauvais moment à François Bayrou), tous les observateurs ont été frappés par l’acidité voire la hargne de bon nombre de députés qui s’y sont exprimés. Sans surprise, la commission sur l’audiovisuel public n’a pas dérogé à la règle. Au point que certaines des personnes auditionnées se sont, en séance, ostensiblement montrées excédées, tel Matthieu Pigasse lançant au rapporteur Charles Alloncle « Vous agressez en permanence tout le monde ! » ou Xavier Niel menaçant abruptement de quitter la salle. Mais si ces messieurs du privé, qui n’ont pas tant de comptes à rendre que cela aux élus du peuple, peuvent se permettre de bordéliser, du moins quelques instants, le Palais-Bourbon, les représentants et autres « incarnants » de France Télévisions et Radio France, eux, savaient bien qu’ils se mettraient en faute en perdant leur calme. Aussi ont-ils, pour la plupart, répondu aux questions sagement, presque scolairement, dévoilant là leur véritable « culture d’entreprise ». Car on aurait tort de penser que les hautes sphères du service public audiovisuel sont des bastions de la gauche décomplexée et arrogante. Elles sont bien plutôt un bel exemple de ce qu’on appelait pendant la Révolution française « le Marais » (pour reprendre le terme employé, pour désigner ses auditeurs, par Thomas Legrand dans la vidéo de L’Incorrect qui a mis le feu aux poudres). Une « Plaine » peuplée de dirigeants lisses et madrés, qui s’autorisent seulement de temps en temps, avec la bonne conscience que leur inspire la sainte lutte contre l’extrême droite, quelques entorses à la vérité. Florilège des plus édifiants mensonges formulés au nom du camp du Bien durant la commission Alloncle.

4 décembre : la leçon d’éthique de Christine Albanel

L’ancienne ministre de la Culture de Jacques Chirac a été l’une des premières personnalités auditionnées par la commission Alloncle. Elle exerce désormais un rôle éminent à France Télévisions, où elle préside le comité relatif à l’honnêteté, l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes (Chipip). Moins d’une semaine après la parution de la vidéo polémique de L’Incorrect, cette instance éthique a blanchi Patrick Cohen, seul collaborateur de France Télévisions concerné par l’affaire. Dans l’avis qu’elle a alors rendu, il est indiqué que « rien ne permet d’affirmer, au vu de cette séquence, que Patrick Cohen ait d’autres objectifs que l’exercice de son métier », car le journaliste, remarque-t-elle, « ne réagit pas aux propos et garde le silence ». Imparable. Sauf que la Chipip ne se borne pas dans son avis à absoudre l’éditorialiste de France Inter et France 5. Elle y consigne aussi une attaque en règle contre L’Incorrect, qu’elle accuse carrément d’avoir employé un « procédé illégal que rien, en l’espèce, ne saurait justifier » et d’avoir publié une séquence « au demeurant tronquée et montée ». Faut-il préciser que le comité d’éthique d’un média n’a pas vocation à se prononcer sur la déontologie d’un concurrent ? Et qu’il appartient à la justice et à elle seule de décider si la vidéo de L’Incorrect est d’intérêt public (par exemple les enregistrements volés de Liliane Bettencourt) ? En réponse aux allégations de montage, le mensuel d’Arthur de Watrigant a fait constater une semaine après, le 18 septembre, par huissier la « conformité des propos » de la vidéo. Interrogée par Charles Alloncle à ce sujet, Christine Albanel ne retire pourtant rien de son avis initial. « J’ai considéré qu’il n’y avait pas d’éléments nouveaux par rapport à la séquence », s’est-elle contentée de déclarer. Piquant quand on préside un comité relatif à « l’honnêteté de l’information ».

10 décembre : Delphine Ernotte-Cunci minimise les outrances de sa filiale Slash

Disponible sur YouTube, Instagram et Snapchat ainsi que sur la plateforme France.tv depuis 2018, Slash est le média numérique du groupe France Télévisions destiné aux adolescents. Et c’est peu dire que, grâce à la présence au sein de ses équipes de rédacteurs militants woke, il sert de chambre d’écho à bon nombre d’opérations d’agit-prop gauchiste. Durant l’audition du 10 décembre, Charles Alloncle résume bien les choses quand il demande à Delphine Ernotte-Cunci : « Quand vous voyez un appel aux dons pour le comité “Justice pour Adama”, quand vous voyez des posts successifs qui dénoncent le privilège blanc, quand vous voyez des incitations à ne pas dire “bonjour monsieur, bonjour madame” pour ne pas mégenrer, quand vous voyez des publications qui incitent ou invitent à consommer des contenus pornographiques transsexuels alors que c’est une plateforme payée par nos impôts à destination des mineurs, vous, à titre personnel, qu’est-ce que vous en pensez, est-ce que c’est l’ADN du service public de fournir ce type de contenus à destination des jeunes ? » La réponse de Delphine Ernotte-Cunci devrait être enseignée en école de communication : « J’entends ce que vous dites bien sûr, mais je rappelle quand même que notre offre ne peut pas se résumer à un exemple pris ici ou là, ça ne m’empêchera pas de répondre plus avant, mais c’est impossible sur une offre aussi large, aussi variée, aussi diverse que celle de Slash ou de l’ensemble de notre offre d’avoir une gestion par l’anecdote. » Conseil aux dirigeants de CNews : la prochaine fois que vous devez vous défendre d’un dérapage sur votre antenne, refusez, vous aussi, de vous abaisser à « la gestion par l’anecdote » et abritez-vous derrière la « variété de l’offre » du groupe Canal+ !

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17 décembre : Sibyle Veil essaie de retomber sur ses pieds progressistes

Avant de se présenter devant la commission, la PDG de Radio France se doutait bien que la commission Alloncle l’interrogerait sur le terme « progressisme », employé bien imprudemment en mars 2024 par la directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, dans une interview au Figaro, où il était question de l’orientation politique de la station publique. « Trop macroniste, trop libérale, trop à droite, trop à gauche… chacun voit France Inter par le bout de sa lorgnette, avait-elle alors répliqué. Les faits, c’est que nous sommes une radio progressiste, et nous l’assumons. » Le jour venu, Charles Alloncle interroge donc Sibyle Veil à propos de ces paroles un rien compromettantes : « Comment pouvez-vous affirmer devant la représentation nationale qu’on ne peut absolument pas qualifier politiquement France Inter quand votre propre directrice assume et est fière de dire que France Inter est une radio résolument progressiste ? » La jeune femme déroule alors des éléments de langage soigneusement préparés. Le progressisme, assure-t-elle, « ne date pas des dernières années, mais de la philosophie des Lumières, et a été la matrice des valeurs républicaines. Si on lit attentivement ce que la loi et notre cahier des missions et des charges nous fixent comme obligations, on constate que nous devons éduquer, informer et divertir. Certains pourraient dire qu’éduquer les gens est une valeur progressiste. » Beau comme l’antique, n’est-ce pas ? Sauf que c’est faux ! Si la notion de progrès irrigue évidemment le siècle des Lumières, le progressisme, lui, c’est-à-dire le projet politique qui fixe le progrès comme objectif prioritaire, est un néologisme forgé seulement dans les années 1830 par les saint-simoniens et aussitôt employé comme étiquette par la gauche d’alors. On pourra objecter toutefois que, depuis lors, cette doctrine a pu voir sa signification évoluer. C’est du reste ce que Sibyle Veil a tenté de faire devant la commission. « L’ouvrage “Cinquante Nuances de progressisme”, a-t-elle avancé, montre qu’il y a toute une histoire de ce courant, que l’on ne peut pas rattacher à un courant politique particulier dans la durée. » Renseignements pris, jamais, dans les annales de l’édition, aucun ouvrage n’a paru sous le titre « Cinquante Nuances de progressisme ». Il s’agit en fait d’une expression de Frédéric Rouvillois, professeur à l’université Paris-Cité et coauteur du Dictionnaire du progressisme (Cerf), qui dans un entretien en 2022 au Figaro confirmait bien que « le progressisme n’est pas seulement une vague mentalité plus ou moins optimiste, ouverte et humaniste, c’est une véritable idéologie ». Caramba, Sibyle, encore raté !

Christine Albanel, présidente du comité d’éthique de France Télévisions, auditionnée devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Paris, 4 décembre 2025. DR

5 février : Laurence Bloch feint de ne pas comprendre pourquoi France Inter a essentiellement un public de gauche…

Figure historique de Radio France aujourd’hui à la retraite, Laurence Bloch a été directrice de France Inter entre 2014 et 2022. Elle ne passe pas pour une compagne de route de Jean-Luc Mélenchon. Bien au contraire, elle s’est fait de nombreux ennemis gauchistes au sein de la Maison ronde, notamment pour avoir congédié en 2019 Daniel Mermet, à qui elle a un jour lancé, non sans raison, que son émission ressemblait « à un tract de la CGT ». Une sensibilité centriste donc, qui à l’instar d’Adèle Van Reeth et de Sibyle Veil, revendique son progressisme en prétendant contre toute évidence qu’il s’agit d’un terme neutre. Dans son autobiographie parue l’an dernier (Radioactive, Stock), elle écrivait en effet que France Inter n’est « pas de gauche, mais du côté du combat pour l’égalité et la liberté. J’avais, d’ailleurs, trouvé un adjectif que je trouvais pertinent pour qualifier son identité : progressiste. » Le jour de son audition, Charles revient logiquement sur le sujet. « Cette position ne marque-t-elle pas une rupture majeure avec l’obligation d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme incombant aux chaînes de l’audiovisuel public ? », demande-t-il à Bloch, qui lui rétorque : « Je n’ai pas sorti le mot “progressisme” de mon chapeau, mais du cahier des charges. » Drôle de défense. « Progressisme » ne figure pas dans les textes qui encadrent l’audiovisuel public. Alors Alloncle continue de creuser : « Une enquête d’audience réalisée par l’IFOP en 2025 révèle que 70 % des auditeurs de France Inter ont voté pour la gauche aux élections européennes, contre à peine plus de 30 % sur le plan national. Maintenez-vous que France Inter n’est pas une radio de gauche ? » Objection de Bloch : « On n’est pas responsable du vote de ses auditeurs ou de ses téléspectateurs. » Alloncle insiste : « Comment expliquer cette polarisation de l’audience ? » Bloch, laconique : « Je ne peux pas vous répondre parce que tout est fait pour s’adresser à tous les auditeurs. » Tout, vraiment ?

2 avril : On avait dit pas les papas, Nagui…

Nagui a sans doute de bonnes raisons d’en vouloir à Charles Alloncle. Le 21 décembre, alors qu’il n’avait pas encore été auditionné par la commission, le député UDR a affirmé sur la chaîne YouTube « Les Incorrectibles » que l’animateur-producteur était « la personne qui s’est le plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France » et qu’il aurait empoché « plusieurs centaines de millions d’euros ». L’estimation ne sortait pas de nulle part : en 2020, Mediapart a révélé que la société de Nagui avait signé un contrat de 100 millions d’euros avec France Télévisions pour plusieurs émissions pendant trois ans, dont le jeu quotidien « N’oubliez pas les paroles » et le programme musical « Taratata », sans indiquer toutefois la part destinée personnellement à l’animateur-producteur. Formuler ainsi publiquement des accusations sans prendre le soin de prendre connaissance de la version de l’intéressé est évidemment problématique. Mais cela donne-t-il à Nagui le droit de dépasser encore davantage les bornes ? Le 2 avril, soit au lendemain de son audition à l’Assemblée nationale, reçu dans l’émission « Quotidien », il se lâche sur Charles Alloncle : « Je me suis documenté sur son papa qui soutenait Charles Pasqua, qui a voté des lois sur l’Algérie, contre l’immigration. C’est bien de savoir aussi qui sont ces personnes et ce qu’ils ont dans la tête. » Évidemment, personne sur ce plateau progressiste n’a jugé utile de le recadrer, alors qu’il venait pourtant de cibler quelqu’un en raison de ses origines familiales et sans prendre le soin du contradictoire. Selon nos informations, le père de Charles Alloncle n’a jamais travaillé pour Charles Pasqua.

Hilarant pastiche canadien du Satyricon

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RS.

Canada. Le NPD (progressistes) a élu Avi Lewis à sa tête lors de son congrès fin mars. L’événement a aussi suscité des critiques sur son fonctionnement interne pour la prise de parole.


Au Canada, le Nouveau parti démocratique (NPD) a élu son nouveau chef au terme d’un congrès tenu à Winnipeg du 27 au 29 mars. Les organisateurs ont conçu un système original pour distribuer les prises de parole des délégués en favorisant les « equity-seeking groups », c’est-à-dire les minorités.

Rappelons que « l’équité » consiste non pas à imposer l’égalité (au sens français du terme) des chances, mais à avantager les personnes défavorisées. Au fameux congrès, celles-ci étaient catégorisées en cinq groupes : les racisés, les autochtones, les membres de la communauté « 2SLGBTQ+ » (on finira par épuiser l’alphabet latin), les personnes « en situation de handicap », et les femmes et femmes trans (dans la même catégorie). Les intervenants devaient annoncer les couleurs, au propre comme au figuré, en brandissant une carte de couleur différente. Mais comment choisir sa classification en cas de chevauchement des catégories ? Et quid d’un cumul de cartes ? La « personne » exerçant la présidence des débats, Adrienne Smith, qui a rappelé, fermement, qu’elle était « non binaire » (révélation inattendue), a été appelée à trancher des épineux et déchirants problèmes de priorité. Exemple : un transgenre noir devait-il précéder une lesbienne monoparentale asiatique ? Ce fut encore plus inspirant que les disputatios d’antan sur le sexe des anges !

Mais tout est bien qui finit bien : le chaos fit place à la lumière. Pour finir, fut triomphalement élu au premier tour de scrutin Avi Lewis, documentariste blanc, juif et très binaire cisgenre. Quel héroïsme pour surmonter ce triple… handicap. L’oint du NPD remet tout en ordre en promettant avec aplomb la résurrection de son parti actuellement en mort cérébrale. Et foin des sceptiques qui osent dire que ce felliniesque congrès a ignoré les cruciales questions nationales de fond en raison de quelques controverses procédurales. Sa plus crédible proposition économique ? Nationaliser les épiceries ! Simple, mais il fallait y penser.

https://www.youtube.com/watch?v=aUVrrlArqjM

Le pays blessé

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Incendie à Saint-Cyriaque de Montenach (57), 2026 © Anthony Bouges / Sapeurs-Pompiers de la Moselle

Une statue de la Vierge Marie à Notre-Dame des Monts d’Or (nord de Lyon) a été décapitée dans la nuit du 3 au 4 mai 2026, probablement à la masse. Cette statue a été retrouvée le visage brisé, rejeté au sol parmi les herbes et les pierres.


Cet acte de vandalisme, qui a également visé l’Enfant Jésus, suscite l’émoi et fait l’objet d’une enquête de la gendarmerie.

D’autres dégradations similaires ont été dernièrement rapportées, notamment en Corse et à Angers.

Mauvaise « habitude »

Quelques jours plus tôt, en Moselle, une église du XIXe siècle avait brûlé : Saint-Cyriaque de Montenach (notre photo principale), clocher effondré, charpente consumée, mémoire réduite à l’odeur du bois calciné. Une église a brûlé en Moselle. Encore une. Il faudrait dire : une de plus dans la longue litanie des pierres sacrées livrées au feu, comme si la France, désormais, ne savait plus mourir que par fragments, en consumant lentement ce qui la tenait debout. Ce n’est pas un événement : c’est une répétition. Une habitude presque. Une manière de disparition.

Car ce qui brûle, ce ne sont pas seulement des poutres, des statues, des autels — c’est une langue ancienne que les flammes lèchent et effacent, une mémoire que plus personne ne parle, sinon pour la regretter à voix basse, avec cette honte particulière des héritiers qui ne savent plus ce qu’ils ont reçu. Le feu, ici, n’est pas seulement destructeur : il est révélateur. Il éclaire, dans sa brutalité orange, l’immense fatigue d’un pays qui n’a plus la force de se défendre, ni même de se nommer.

La France ne tombe pas, elle se retire. Elle s’absente d’elle-même. Elle laisse faire. Elle regarde ses églises brûler comme elle regarde ses frontières se dissoudre, ses villes se fragmenter, son histoire devenir suspecte. Tout cela se passe dans une étrange douceur, presque une politesse du désastre. On ne veut blesser personne, surtout pas en nommant ce qui advient. Alors on se tait. Et le silence devient la forme la plus accomplie de la défaite.

Il existe pourtant une corrélation que l’on refuse obstinément de voir: plus le catholicisme disparaît de la vie réelle du pays, plus les symboles chrétiens deviennent vulnérables. Les églises abandonnées, désertées par les fidèles, réduites à de simples éléments du patrimoine, deviennent des corps sans défense. Un sanctuaire vivant protège encore ce qu’il représente ; un sanctuaire vidé devient disponible. Disponible au vandalisme, à l’indifférence, parfois à la haine.

Déchristianisation terminale

Pendant des siècles, ces lieux étaient habités : par des prêtres, des croyants, des rites, des chants, des processions, des morts et des vivants mêlés dans une même continuité. Aujourd’hui, beaucoup de ces églises ne sont plus ouvertes que quelques heures par semaine, parfois quelques jours par an. Les villages ont gardé leurs clochers mais perdu leurs paroisses. On continue d’entretenir les pierres comme on entretient les tombes d’une famille disparue. La foi s’est retirée avant les murs.

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Et c’est précisément cette vacance qui transforme les édifices chrétiens en cibles. Non pas toujours au sens d’un complot organisé, mais parce qu’une civilisation qui ne protège plus ses symboles signale inconsciemment qu’ils peuvent être profanés. On n’attaque pas seulement ce qui est haï: on attaque ce qui paraît abandonné. Une société qui cesse de considérer ses églises comme essentielles finit par envoyer à tous le message qu’elles ne sont plus sacrées.

Cruelle métaphore

La Vierge décapitée du Rhône n’est pas seulement une statue vandalisée. Elle est une métaphore involontaire du pays lui-même : un corps encore debout, mais privé de visage. Une civilisation dont on conserve parfois les monuments, mais dont on efface silencieusement l’âme. On restaure les façades, on éclaire les cathédrales pour les touristes, mais on détourne les yeux de ce qui les faisait vivre. Comme si l’on voulait garder le décor en supprimant la foi, la mémoire, la continuité intérieure qui leur donnaient sens.

On dira: accident, dégradation, hasard, vandalisme — ou pire. Le soupçon est là: les mosquées ne brûlent jamais. Les synagogues sont protégées par des murs de béton et des militaires en armes. Les églises, elles, demeurent ouvertes, isolées, parfois vides, dans un pays qui hésite même à reconnaître qu’elles furent le cœur de sa civilisation. On dira tout, et l’on dira surtout cela, pour ne pas avoir à dire autre chose. Mais à force de répétition, le hasard lui-même devient suspect, et l’explication une manière de se rassurer. Car ces feux disent moins une cause qu’un état : notre incapacité à habiter ce que nous avons été. Une civilisation ne meurt pas parce qu’on l’attaque, mais parce qu’elle ne croit plus à sa propre nécessité. Elle cesse de se transmettre, et dès lors, elle devient disponible à toutes les substitutions.

Dans les campagnes, pourtant, quelque chose résiste encore — mais à peine. Un clocher debout suffit à donner l’illusion d’une continuité. Mais ce n’est déjà plus qu’un décor, une silhouette vidée de sa voix. Les cloches ne sonnent plus que pour des cérémonies raréfiées, comme si le temps lui-même hésitait à continuer.

Et les vivants ? Ils passent. Ils regardent parfois. Ils photographient. Ils commentent. Mais ils ne pleurent plus vraiment. Car pour pleurer, il faut croire que ce qui disparaît avait un sens. Or c’est précisément ce sens qui s’est retiré avant même les pierres.

Suicide français

La vérité est peut-être là, dans cette brûlure répétée: nous assistons non pas à la destruction de la France, mais à son effacement consenti. Une forme de suicide lent, sans violence apparente, où chaque incendie n’est qu’un signe de plus de notre renoncement à être.

Et pourtant — car il faut bien que quelque chose résiste à cette évidence — il se pourrait que ces feux, à force de revenir, finissent par produire l’inverse de ce qu’ils accomplissent. Non plus l’habitude, mais le choc. Non plus l’indifférence, mais une fatigue de l’indifférence elle-même.

Car il arrive que les peuples ne se réveillent pas devant une catastrophe unique, mais devant sa répétition. Lorsque ce qui disparaît devient trop visible pour être ignoré. Lorsque la perte cesse d’être abstraite pour devenir une expérience commune. Alors, parfois, quelque chose se relève — non pas un passé retrouvé, mais une volonté. Il restera des ruines, bien sûr. Des images. Des souvenirs imprécis. Mais peut-être aussi, dans ces ruines mêmes, une question qui ne pourra plus être évitée: qu’est-ce qui, dans ce pays, mérite encore d’être sauvé — et qui est prêt à le défendre ? Mais ce monde-là s’éloigne — à moins que, précisément, cette lumière que l’on ne regardait plus ne soit rendue visible par l’obscurité elle-même. Et qu’il suffise, pour qu’elle revienne, de consentir enfin à la regarder.

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Jamais trois sans quatre!

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Jean-Luc Mélenchon, leader de l'extrème gauche, annonce une nouvelle fois sa candidature à l'élection présidentielle au journal télévisé de TF1, le 4 mai 2026 © Yassine Mahjoub/SIPA

Lors de sa troisième défaite en 2022, le candidat lfiste semblait vouloir passer la main. « Faites mieux », lançait-il alors à ses jeunes soutiens, avant d’en faire un livre (Robert Laffont, 2024). Mais voilà, il a finalement changé d’avis. La Nouvelle France, c’est lui !


À force de s’entendre dire, à l’extrême gauche, qu’on est l’homme providentiel, on finit par le croire. Et comment Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pas dénué d’une haute conception de lui-même, assortie d’une forme d’arrogance envers autrui, aurait-il pu ne pas valider cette qualification élogieuse ?

Ce qui apparaissait impossible il y a encore quelques mois, tant le bruit, la fureur et les argumentations bassement clientélistes de Jean-Luc Mélenchon semblaient indignes de la démocratie, est devenu plausible. D’excellents esprits et politologues n’excluent plus qu’il puisse être présent au second tour, probablement face au RN, représenté, dans la joute finale, par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Ce ne serait pas la même configuration, mais cela n’altérerait pas fondamentalement mon point de vue.

Souriant comme rarement, sur TF1

Quand on a observé le comportement de Jean-Luc Mélenchon sur TF1, excellemment questionné par Anne-Claire Coudray, il est clair qu’il a entamé la mue qu’il avait annoncée. Il y a le Mélenchon de la vie politique ordinaire, si j’ose dire, et celui qui revêt ses habits de gala pour tenter d’atteindre son rêve présidentiel. Au point de ne pas craindre une quatrième et dernière candidature, au terme d’une absence totale de débat interne. Comme s’il était acquis, par une pente collective partisane, que plus ses chances étaient réduites, plus il convenait de le plébisciter ! Que Jean-Luc Mélenchon veuille, contre vents et marées, et malgré des enquêtes d’opinion allant toutes dans le même sens négatif pour lui, demeurer sur le pavois de LFI peut se comprendre, tant l’intelligence et la rationalité n’ont rigoureusement rien à voir avec l’ivresse de s’imaginer, toujours, nécessaire et irremplaçable. Mais, de la part de certaines fortes personnalités qui l’entourent, et dont il a vanté la qualité pour mieux justifier sa propre domination, cette passivité est un mystère. Fait-il donc tellement peur que nulle contradiction ne puisse lui être opposée ? Un Manuel Bompard ou une Clémence Guetté sont-ils voués à demeurer muets devant une catastrophe programmée ? Aveuglement d’autant plus étrange que leur soumission va, à coup sûr, faciliter la victoire de leur pire ennemi politique : le RN.

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Il y a, dans l’attitude du chef comme dans celle de ses soutiens, quelque chose qui relève d’une forme de désinvolture suicidaire. « Je vais y retourner, peu importe le résultat. » « Il va y retourner, et l’on ne peut rien y faire ». Mais comment, toute lucidité mise au rancart, Jean-Luc Mélenchon a-t-il le culot d’annoncer qu’il battra Marine Le Pen ou Jordan Bardella à plate couture ? La politique conduit-elle forcément à ce délitement de la pensée, à cet abus de langage, à cette présomption fabriquée ?

Comme Beregovoy, aussi vite que Senna, il veut atteindre le Nirvana

Même s’il déteste cela, la psychologie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender le parcours exceptionnel et contrasté de Jean-Luc Mélenchon ? Sénateur socialiste, inconditionnel de François Mitterrand, il s’est transformé, pour faire oublier ce classicisme originel et sans éclat, en une sorte de révolutionnaire pétaradant, doté d’une oralité brillante dans un monde du verbe politique, il est vrai anémié, et en gourou, cru sur parole et sur ses outrances.

Mais l’échéance présidentielle constituerait probablement pour lui l’ultime étape où pourraient se concilier l’envie de subvertir, sa passion de la pompe et, surtout, son appétence pour toutes les formes d’inconditionnalité. Il moque ce qu’il appelle la vanité d’Emmanuel Macron, mais lui-même au pouvoir serait pire. Il aspire tellement à ce nirvana républicain qu’il est prêt à offrir à la France son inéluctable défaite.

Faites mieux ! Vers la Révolution citoyenne

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L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Enfin des mauvaises notes!

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© Edouard Gayet/SIPA

Une chute sévère des résultats au brevet des collèges en troisième est attendue. Ces mauvais résultats annoncés sont une bonne nouvelle, selon Élisabeth Lévy, dont nous vous proposons d’écouter la chronique radio.


D’après le ministre de l’Éducation nationale, le taux de réussite au brevet des collèges devrait chuter drastiquement dès cette année. C’est une excellente nouvelle.

Jusqu’à présent, le taux de réussite avoisinait les 85 %. Selon le ministre Édouard Geffray, il devrait chuter à 75 %, son niveau à la fin du XXe siècle, avec moins de mentions.

Les pédagogistes et leurs attendus scolaires

Pourquoi ? Cette année sont entrées en vigueur des modalités fixées par Gabriel Attal dans le cadre du « choc des savoirs » (2023). La note de contrôle continu ne comptera plus pour 50 % face à l’examen, mais pour 40 %, et surtout, le brevet ne sera plus cette évaluation fumeuse et généreuse des compétences par le conseil de classe. On revient aux bonnes vieilles moyennes, aux bonnes vieilles notes en rouge en marge des copies.

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Un long article du Monde[1], assez réprobateur, interroge des syndicalistes mécontents. « Tout est fait pour mettre en difficulté les élèves qui rentrent le moins dans les attendus purement scolaires », dit l’un d’eux. Traduction de cette novlangue syndicale : des jeunes qui ne savent pas écrire en français ou comprendre un texte simple devraient avoir leur brevet parce qu’ils ont d’autres compétences et qu’il ne faut pas les décourager… Face à la baisse catastrophique du niveau, cet argument n’est plus tellement défendable.

J’espère que nous sommes au début de la fin du grand mensonge. Souvenons-nous du fameux livre publié en 1989, Le niveau monte, des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet. Cette fiction a duré trente ans. Pour obtenir des taux de réussite mirifiques, on obligeait les professeurs à remonter les notes. C’est fini depuis 2024 pour le brevet, mais cela continue pour le baccalauréat. Quand des professeurs refusent de monter leurs notes au bac, l’académie le fait pour eux. L’objectif, c’est de fabriquer la bonne statistique.

Le niveau baisse !

Cette réforme du brevet est salutaire, mais donc un peu symbolique. Le brevet reste un examen un peu gratuit : on peut entrer au lycée sans l’avoir. Et il a fallu en outre pas moins de trois ans pour faire bouger le pachyderme.

L’urgence, c’est de faire la même chose pour le bac. Alors qu’on a promis le bac pour tous ou presque, quand on annoncera 70 % (et pourquoi pas moins) de réussite, tout le monde hurlera, à commencer par les parents.

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Des années durant, on a fait croire à des élèves qu’ils avaient le niveau. C’était méprisant pour eux, particulièrement pour les plus pauvres, dont on pense qu’avec de vraies notes ils n’y arriveront pas. Résultat : des milliers de détenteurs d’un bac +4/5 totalement inutile sont chômeurs ou smicards, ce qui nourrit le ressentiment (et le vote LFI).

Si on veut le bien des élèves, il faut avant tout une exigence de vérité. Alors que la connaissance est le premier déterminant de la hiérarchie mondiale, que les pays produisant les meilleurs scientifiques gagneront la grande compétition internationale, la chute du niveau scolaire et intellectuel devrait obséder les gouvernants. Saluons ce premier pas : au lieu de maquiller le désastre, on le regarde enfin en face. Cela donne le vague espoir qu’on peut peut-être l’enrayer.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/05/brevet-des-colleges-2026-avec-les-nouvelles-regles-d-obtention-le-ministere-s-attend-a-une-chute-drastique-des-resultats_6685523_3224.html