
Ça commence par une famille américaine sur un sentier pierreux du Vercors durant l’été 2026. La petite fille, Lauren, découvre par hasard une boite à biscuits rouillée contenant des documents appartenant à d’anciens maquisards – on l’apprendra plus tard. Le grand-père de la famille, parachutiste, sauta sur le massif en 1944. Il appartenait à la 101e Airborne Division. Il a connu le trio qui forme le cœur du roman Les amants du Vercors, de Jessica L. Nelson. L’auteure est critique littéraire à Point de Vue. Cofondatrice du Prix des Lilas et des Éditions des Saints-Pères, elle est membre du prix Nimier.
Ce trio est composé d’enfants qui ont partagé les premières années de leur existence dans les montagnes du Vercors dont la lumière est d’une intraitable pureté, l’été. Le vent du vertige souffle fort sur les hauts plateaux. Il y a Marie, née de père inconnu, future infirmière ; Marc, berger passionné par les étoiles, qui a la particularité d’être nyctalope ; Louis, aimant la spéléologie et le silence, bientôt attiré par la religion jusqu’à devenir séminariste. La première partie du roman les décrit assez insouciants, passionnés par la nature âpre de leur région. L’un des trois déclare : « Jurez qu’on ne se séparera jamais. »
La métamorphose de Marie ne laisse pas indifférent les deux garçons. « La sauterelle aux crins emmêlés, écrit l’auteure, curieuse et timorée, avait cédé la place à une adolescente mince aux seins ronds, énigmatique comme un sphinx ». Les présentations sont faites, le décor est planté, le fil rouge annoncé : la recherche du père de Marie. Sans oublier la boite contenant un plan militaire secret. Tout paraît bien huilé et, en effet, ça l’est, comme dans une tragédie de Shakespeare, la trahison, la volupté, le soupçon d’inceste, l’intolérable interdit, la violence, le sang, la mort.
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Le trio se sépare. Puis se retrouve au printemps 1943 parmi les montagnes percées de couloirs souterrains, dans des paysages que domine la beauté brutale. C’est la guerre des maquisards contre les soldats allemands épaulés par la milice de Joseph Darnand. Une vraie guerre civile, presque identique à celle de l’Espagne. Les pires. L’alpiniste et architecte Pierre Dalloz fera du Vercors un bastion de la résistance. Le poète Jean Prévost, alias capitaine Goderville, tombera les armes à la main, le 1er août 1944. Simon Nora, dont le fils, Olivier Nora, est actuellement sous les feux de l’actualité littéraire, sera le seul rescapé du massacre de la grotte des Fées. Bref, cette terre de refuge pour les juifs persécutés, les réfractaires du STO, les patriotes de tous horizons, ne fut pas pour les mauviettes aux épaules étroites. Marc s’occupe d’accueillir les damnés de l’époque ; Marie les soigne ; Louis devient chef de maquis. Le temps des combats laisse peu de place aux sentiments et à la résolution de l’énigme. Et pourtant, à Lys-le-Haut, en mai 1944, la folie amoureuse rattrape les trois personnages. Jessica L. Nelson écrit : « Leur félicité était si grande qu’elle était dévastatrice, car elle portait en elle sa propre fin. La guerre, d’une certaine façon, autorisait tout, y compris cette situation incongrue. »
Comme l’a souligné Malraux : « Ce n’est pas le bruit qui fait la guerre, c’est la mort. » Le sacrifice élève les hommes. Ce roman, qui mélange habilement événements historiques et éléments fictionnels, voire liens familiaux de l’auteure, le prouve. Il se lit d’une traite, avec un respect infini pour celles et ceux qui ont combattu pour défendre les valeurs suprêmes.
Jessica L. Nelson, Les Amants du Vercors, 336 pages.
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