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Le 1er-Mai, une journée pour penser à autre chose

L’humeur d’Olivier Dartigolles


Le 1er-Mai, une journée pour penser à autre chose
Le chroniqueur Olivier Dartigolles © Hannah Assouline

La proposition de loi autorisant le travail le 1er-Mai ne concernait pas uniquement les boulangers et les fleuristes artisanaux. Elle a été enterrée. Heureusement que ce jour férié demeure obligatoirement chômé et payé.


Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais manqué de pain un 1er-Mai. On ne trouvera trace, dans ma mémoire d’enfance, dans mes jeunes années puis, après quelques décennies, dans les toutes récentes « journées internationales des travailleurs », d’un traumatisme provoqué par un fournil barricadé, une chocolatine interdite ou une fougasse prohibée.

Gabriel Attal semble avoir connu cette violence. Il sait ce que peut être une privation longue comme un jour sans pain.

La motion de censure déposée par son groupe à l’Assemblée nationale, pour ne pas débattre du texte et aller directement en commission mixte paritaire, sans la moindre consultation en amont des partenaires sociaux, a mis le gouvernement dans le pétrin.

Cette proposition de loi permettant d’autoriser le travail des salariés le 1er-Mai ne portait absolument pas sur les seuls boulangers et fleuristes artisanaux. La ficelle législative consistait à élargir les ouvertures aux filières industrielles, avec un décret d’exception de plus de treize pages et, finalement, plus d’un million et demi de personnes concernées.

Alors, un mot magique a été sorti : volontariat. Il n’a pas été question du niveau des salaires. S’il ne veut pas gagner son pain ce jour-là et rester chez lui à bayer aux corneilles, le salarié de chez Paul ou d’Interflora (n’oublions pas l’insupportable pénurie de fleurs qui touche notre pays chaque 1er-Mai) n’a plus qu’à dire : « Désolé patron, pour le 1er, ce sera sans moi ! ». Oui, cela peut exister, comme il existe des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité de l’espèce (Audiard).

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C’est bien vite oublier le rapport de subordination entre un salarié et son employeur. Et la réalité même du travail. Depuis 2019, dans le privé, les arrêts maladie ont augmenté de plus de 50 %. De quoi ce chiffre est-il le nom ? D’un mal-travail, de comportements abusifs, de risques psychosociaux qui ne sont toujours pas pris en considération. Je rêve d’une modulation des cotisations sociales patronales, avec un mécanisme de bonus-malus : des avantages pour les entreprises qui se comportent bien et des sanctions pour celles qui ne prennent pas de mesures correctives.

J’ai vu les dirigeants du centre (pas tous) et de droite sauter sur leur chaise comme des cabris en disant : « Volontariat ! Volontariat ! Volontariat ! » Seulement, comme disait de Gaulle : « La propriété, la direction et le bénéfice des entreprises, dans le système capitaliste, n’appartiennent qu’au capital. Dès lors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent. Non, le capitalisme, du point de vue de l’homme, n’offre pas de solution satisfaisante. »

C’est pourquoi le 1er-Mai, seul jour férié obligatoirement chômé et payé, participe à un tout autre imaginaire. Un levain pour consacrer cette journée à autre chose. À la famille, aux loisirs, à tout ce qui tremble et palpite.

Notre problème n’est pas le temps de travail, ni le nombre de journées travaillées, mais le taux d’activité. Trop de personnes, notamment les jeunes et les plus de 55 ans, ne sont pas en activité. Débattons de cela, un brin de muguet à la boutonnière !

Mai 2026 – #145

Article extrait du Magazine Causeur




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Olivier Dartigolles est chroniqueur politique. Il intervient sur Cnews, Sud Radio et La Terre.

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