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Une brève histoire de la transformation de Paris à travers le PSG et ses supporters

Les violences et débordements graves survenus mercredi soir à Paris font craindre le pire pour la finale de la Ligue des Champions


Une brève histoire de la transformation de Paris à travers le PSG et ses supporters
Délinquants place de la Concorde à Paris, soir de la demi finales de Ligue des Champions, 6 mai 2026 © Emma Da Silva/AP/SIPA

Cet ensauvagement que les happy few du Carré VIP du Parc font semblant de ne pas voir


Porté sur les fonts baptismaux à l’aube des années 70, le Paris-Saint-Germain raconte, par l’évolution de sa base de supporters, une petite histoire de ce que sont devenues la France et son auguste capitale. Du nationalisme bleu-blanc-rouge de la tribune Boulogne dans les années 80 à la diversité qui peuple aujourd’hui le CUP, collectif ultra qui accompagne un club devenu plus qatari que français, il ne reste au fond qu’un invariant : le parterre de célébrités qui se pressent dans la corbeille présidentielle, moins pour encourager un club, une équipe et des joueurs que pour être vues.

Guéguerres de tribunes

A ses débuts donc, le pourtant ambitieux PSG restait sportivement modeste, ne remportant ses premiers trophées qu’au début des années 80. On se souvient du président Francis Borelli embrassant la pelouse après la victoire en Coupe de France face à Sainté en 1982, acquise aux tirs aux buts après l’égalisation à la dernière minute de Dominique Rocheteau. Dans les travées du Parc des Princes, les supporters adverses, souvent des provinciaux exilés à Paris pour raisons professionnelles, avaient l’habitude de faire leur loi. 

La naissance du Kop de Boulogne, profondément nationaliste et marqué par des influences anglaises à l’époque où le hooliganisme connaissait ses heures de gloire outre-Manche, allait finir par changer les choses. Drapeaux français en étendard, chants puissants à la gloire du club de la capitale et bombers comme uniforme, la tribune se singularisait par sa violence, une certaine homogénéité culturelle et, surtout, faisait régner la terreur au Parc des Princes et ailleurs en France.

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Sportivement, le Marseille de Bernard Tapie dominait le football hexagonal, concurrencé par le Bordeaux de Claude Bez. Paris en était une province éloignée. La décennie 90 fut celle de la prise de pouvoir de Canal+, des succès sportifs avec, pour chef d’orchestre, Raï en maillot Hechter et de la fabrication de toutes pièces d’une rivalité avec l’OM. La nouvelle direction flaira le bon filon et œuvra à la création du virage Auteuil, plus en phase avec l’idéologie élitaire. Comprenez : multiculturelle. La cohabitation entre les deux tribunes du club de la capitale vira à la guerre, avec en point d’orgue le décès, en 2010, d’un habitué de Boulogne. Robin Leproux, président du club, siffla la fin de la récréation et les groupes organisés furent mis en sommeil. 

Tifo à la gloire de la Palestine

L’arrivée des Qataris, qui rachetèrent le PSG en même temps qu’ils mirent d’autres joyaux de la République sous leur coupe, signifia, après quelque temps, le retour des ultras en tribune Auteuil. Le CUP, dont il faut avoir un master en géopolitique pour comprendre les influences internes, est en phase avec la nouvelle sociologie de Paris et de sa banlieue. En novembre 2024, les ultras parisiens déployèrent un tifo à la gloire de la Palestine, présentant un combattant armé et une carte du territoire « From the river to the sea ». Le rap inspire régulièrement la teneur et le ton des messages. Les images du parcage parisien à Munich finissent d’entériner la prise de pouvoir par les chefs de clan de la « nouvelle France ».  

Tifo pour la Palestine des ultras-parisiens pendant le match Atletico de Madrid – PSG, Paris, 6 novembre 2024 © JOHN SPENCER/SIPA

Celle-ci se sait dominante et, surtout, n’ignore plus qu’elle n’a pas besoin de l’appui des apôtres de la diversité, mais des masses venues de la banlieue pour casser et marquer son territoire. Yann Arthus-Bertrand l’a appris à ses dépens ; son exposition consacrée au « vivre ensemble » a été vandalisée dans la foulée de la demi-finale de Champions League ; cela n’a pas suffi pour atténuer sa foi dans le multiculturalisme – et ne lui dites surtout pas qu’il serait atteint du syndrome de Stockholm.

Ailleurs, des policiers furent pris pour cibles, des biens ont été vandalisés et des domiciles furent violés. Mais tout va bien, Monsieur l’émir : le PSG est en finale et peut reconduire son titre – ce qui ne fait, je le concède, ni chaud, ni froid au supporter de l’OL que je suis. Dans le « Carré du Parc », comme est désormais appelé l’espace présidentiel, et aux alentours, Nasser Al-Khelaïfi et sa suite, Nicolas Sarkozy – avec ou sans bracelet -, les stars du showbiz, Cyril Hanouna et ses chroniqueurs peuvent continuer à deviser, à réseauter, à s’épier et, plus que tout, à aimer être vus. 




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