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Humour gracieux

La galerie de Martine Gossieaux est un temple de poche où l’on vénère le dessin d’humour. À ses cimaises, Sempé, Chaval ou Savignac clabaudent gaiement dans leurs traits de crayons et leurs traits d’esprit, indifférents à jamais au catéchisme et au ricanement contemporains.


C’est un mouchoir de poche à l’orée du faubourg Saint-Germain, une boutique discrète dont l’auvent rayé de vert ombrage la devanture. La petite porte vitrée s’ouvre sur un quadrilatère aux murs tapissés de dessins encadrés. Bienvenue à la galerie Martine Gossieaux. De cette souriante urbanité à laquelle décidément le siècle n’est plus guère accoutumé, l’hôtesse des lieux se lève pour accueillir le visiteur. Coulés dans le sésame de ce timbre caressant, les mânes de Sempé hantent l’intimité congrue de cette enceinte.

Une galerie bien vivante 

C’est en 1979 que Martine Gossieaux rencontre le célèbre dessinateur ; elle deviendra sa femme. Disparu en 2022, à l’âge de 89 ans, le créateur du Petit Nicolas, le poète de Saint-Tropez Forever, d’Un peu de Paris, de Garder le cap, l’aquarelliste d’Un peu de la France, l’illustrateur de Modiano et de Süskind, célébré tant en France qu’à l’étranger par d’innombrables rétrospectives, est encore et toujours chez lui, ici, au 56 rue de l’Université.

Venue de la publicité, mais de longue date passionnée d’art graphique, son épouse n’a pas tardé à faire de cette galerie ouverte en 1992, non seulement le réceptacle de son travail, mais aussi, plus largement, le site divulgateur de cette expression artistique singulière, à la croisée de la BD et de la caricature : le dessin d’humour. Autant dire que cette joyeuse galerie n’a rien d’un cénotaphe ! C’est au contraire le lieu d’une mémoire vivante qui, sur ses cimaises, cristallise dans des formats, chromatismes, palettes infiniment variés, l’essence énigmatique d’un genre qui a ses codes, ses spécificités, ses hérauts. Pour Martine Gossieaux, cette forme de talent née de la presse s’en est détachée de façon progressive au cours du XXe siècle et se distingue par « l’immédiateté de la feuille blanche, la justesse du dessin, la fulgurance du trait, sans soutien préalable d’un texte : le dessin d’humour exprime tout en une seule image, fonctionne comme une idée visuelle, condense une situation en un clin d’œil. Beaucoup plus qu’il ne produit un effet comique, il manifeste un trait d’esprit ».

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L’esprit n’est pas farceur. Sempé ne dégage-t-il pas, bien souvent, en arrière-plan de sa surface humoristique, un fond de mélancolie ? C’est le cas de bien d’autres signatures dont les œuvres font le sel de l’exposition baptisée « La Passion du dessin d’humour », issues de la collection personnelle de Martine Gossieaux. Faisant suite à toute une série d’accrochages monographiques (Quentin Blake, Emmanuel Pierre, Nicola Magrin…), celui-ci a la densité d’un cabinet de curiosités : florilège, parcours sensible, traversée au long cours. Bien mieux qu’une rétrospective, une hétéroclite « chambre des merveilles ».Y voisinent, par exemple, un savoureux Paganini cuisinant avec son archet, feuille colorée signée Pierre Le-Tan ; un mystérieux collage polychrome d’Emmanuel Pierre ; une pure rareté de Steig, millésimée 1936 ; un grand format à la gouache de Savignac, pub pour la « Quinzaine de la laine » avec un souriant mouton rose ; ou encore ce joli Chaval à l’encre noire, titré Acrobates tentant l’impossible – soit une courte-échelle d’athlètes tenant un wagon retourné en équilibre… Ouverte cet été, l’exposition se promet ainsi de renouveler, au fil des mois, les éclectiques variations d’un art fort éloigné des ésotérismes fumeux propres à un certain « art contemporain ». Ultime provocation, par les temps qui courent : en tous points distant du féminisme revanchard d’aujourd’hui, le dessin d’humour reste un art essentiellement masculin – dans l’écurie, quasiment aucun artiste femme !

Paganini, Pierre Le-Tan. © Martine Gossieaux

« La Passion du dessin d’humour » reprend le titre d’un ouvrage qui, loin de toute visée anthologique, récapitule pourtant, au fil des pages, la genèse, les compagnonnages, le devenir d’une pratique venue des États-Unis, influencée par le cartoon, et dont les couvertures du New Yorker (hebdomadaire à la fabuleuse longévité, il fut créé en 1925 !) ont porté l’esthétique vers le plus extrême raffinement grâce au talent de Chas Addams, Abe Birnbaum, William Steig, Koren, Rea Irvin, Saul Steinberg, Frank Walts, pour ne citer que ces emblèmes… Côté français, à côté de Sempé, il y a Chaval, André François, Bosc, Aldebert, Savignac, Tetsu et puis, bien sûr, Topor, Copi, Reiser, le délicieux Pierre-le-Tan. Et tant d’autres !

Dessin de Saul Steinberg. © Martine Gossieaux

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L’humour, un art majeur

Art mineur ? Le dessin d’humour a mis du temps à se frayer un chemin de la feuille de presse au marché de l’art. Livres, gravures, sérigraphies attirent désormais toute une clientèle d’amateurs éclairés, séduits par la délicatesse, l’oblicité de ces approches où s’imprime, sur le blanc du papier, l’espace d’un récit : ce que l’écriture nomme litote se fait ici ellipse. Dans l’entretien qui ouvre La Passion du dessin d’humour, Martine Gossieaux fustige « le cynisme, la vulgarité, le ricanement », et confie que l’humour, « tel qu’il me passionne, est complètement inattendu, léger, il nous surprend, nous fait rire spontanément ou sourire, comme une chanson »… Et ajoute : « Il est toujours le fruit d’un long travail, d’une maturité, qui forcent l’admiration. » Le regretté Philippe Caubet (1956-2015) lui fait écho dans sa belle préface : « La fantaisie et l’acuité de ces dessinateurs nous dévoilent une réalité ignorée dont nous sommes les figurants ou les protagonistes, et à laquelle nous prétendons être étrangers. » Erreur ! Nous voilà saisis en miroir dans ces « flots de grâce jaillis – entre parenthèse de l’horreur des guerres – de l’insensé xxe siècle. Cette grâce a-t-elle un avenir quand tout, chaque jour, s’alourdit, s’abrutit, et se grise en féroce nullité ? » s’interrogeait encore l’écrivain avec prescience. Espérons-le.

À voir

« La Passion du dessin d’humour », galerie Martine Gossieaux, 56, rue de l’Université, 75007 Paris. Du mardi au samedi, 14 h 30 – 19 h, entrée libre.

À lire

La Passion du dessin d’humour, Martine Gossieaux (préface de Philippe Caubet), « Les Cahiers Dessinés », Buchet-Chastel/Martine Gossieaux, 2008 (en vente à la galerie), 164 pages.

Virées insulaires

Avec Ponant Express, Thierry Clermont nous donne – comme l’indique le sous-titre – « une lecture sensible des îles de la Manche et de l’Atlantique », un récit poétique et de haute qualité.


Journaliste et écrivain voyageur, Thierry Clermont, avec Ponant Express, nous fait découvrir un autre visage des îles de la Manche et de l’Atlantique. Comme le note l’éditeur en quatrième de couverture « en quinze escales entre Bretagne, Normandie, Vendée et Charente, il explore l’âme insulaire à travers ses paysages, ses dialectes, ses légendes et ses figures illustres. » Il nous promène d’île en île, égrène Chausey, Bréhat, Batz, Ouessant, Les Glénan, Groix, Belle-Île, Aix et quelques autres. C’est carrément délicieux. Car Thierry Clermont n’est pas seulement un intrépide voyageur ; c’est avant tout un sacré écrivain dont la plume subtile, légère, poétique et sans emphase nous séduit.

« Salauds »

« Islomanie : c’est le mot forgé par l’écrivain-voyageur Lawrence Durrell afin de désigner cette passion généreuse pour l’univers des îles, ces terres d’aventures, d’utopie, de mythes et de héros. Il me convient parfaitement », écrit-il dès l’ouverture de son récit. Car, bien plus qu’un essai, c’est bien d’un récit éminemment littéraire et poétique dont il s’agit. Poésie et histoire : ces îles ont également leurs héros. Lorsqu’il parcourt celle de Batz, Thierry Clermont se souvient de l’appel du 18-Juin du général de Gaulle : « Les premiers à embarquer pour l’Angleterre furent, dès la nuit du 18 au 19, ceux d’Ouessant, de Sein, puis de Molène (à bord du canot de sauvetage Jean-Charcot). Dans la soirée du 25 juin 1940, au son d’une Marseillaise chantée par la population massée sur l’île aux Moutons, une dizaine d’hommes de Batz rejoignent la France libre à bord de La Mouette, voilier de sept mètres non ponté, qui accoste à Dartmouth après avoir traversé une zone piégée par des mines. » Quel bonheur aussi, quand il cite ou parle d’écrivains qui nous sont chers et pour qui la mer était tout ou presque. « Et même le vent, qui ici a pris une couleur : grise. Mac Orlan appelait Ouessant l’île toujours en détresse. » Un peu plus loin, au chapitre « Houat » (« Superficie : 2,9 kilomètres carrés. Population permanente : environ 200 habitants »), il confie : « Après avoir sillonné les mers, bourlingué du côté des Carpates, traversé la Mongolie, l’Afrique et l’Europe jusqu’à la mer Noire, Elisabeth Prévost revient dans sa propriété des Ardennes, où elle invite Blaise Cendrars, cet homme dispersé dans un monde éclaté (…) » C’est tellement vrai qu’il y a du Mac Orlan et du Cendrars dans la prose de Thierry, lui aussi, conteur impénitent. La preuve ? « Aussi incroyable que cela puisse paraître, en mars 2024, une laie est parvenue à atteindre Groix à la nage et y a mis bas trois marcassins, réfugiés dans un roncier, dans les environs du hameau de Mène, à l’est. L’animal avait fui une battue à Larmor-Plage, au sud de Lorient, et se serait jeté à l’eau pour traverser les Courreaux. Le sort futur de la jeune famille a divisé l’île, partagée entre ceux qui étaient résolus à la tuer sans autre forme de procès et ceux qui voulaient, à juste titre, l’épargner. Finalement, le mammifère et ses petits ont été tués deux jours plus tard par des membres de l’association de chasse locale. Comme quoi, il y aura toujours autant de salauds sur terre que sur les îles. » On est en droit de ne pas lui donner tort.

Ponant Express, Thierry Clermont ; Stock ; 421 pages.

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En Syrie, on change les dirigeants, pas les ennemis

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Sous Ahmed al-Sharaa, les manuels scolaires révèlent une inquiétante continuité idéologique: glorification du jihad, héroïsation de terroristes et antisémitisme. Pendant que l’Occident applaudit le changement, que prépare-t-on dans les écoles syriennes?


Pendant que les dirigeants occidentaux accueillent et soutiennent Ahmed al-Sharaa, ancien chef djihadiste devenu président de la Syrie, pendant que les chancelleries saluent sa prétendue modération, quelque chose de beaucoup plus profond se joue loin des caméras, dans les salles de classe syriennes.

On y prépare la prochaine génération

Une enquête publiée le 19 octobre 2026 par l’organisation IMPACT-se1, spécialisée dans l’analyse des programmes scolaires, apporte des éléments particulièrement troublants. Ses chercheurs ont examiné 130 manuels scolaires syriens utilisés pendant l’année 2025-2026, en les comparant à ceux de l’époque Assad.

Le résultat est édifiant. Le culte du dictateur a disparu. Mais l’endoctrinement, lui, n’a pas disparu. Il change de langage, de références et de justification. Là où l’ancien régime exaltait le nationalisme arabe, le nouveau pouvoir privilégie une identité islamique dépassant les frontières syriennes. Et l’ennemi, lui, reste remarquablement le même.

La patrie s’efface devant la « Oumma »

L’un des changements les plus révélateurs concerne la définition même de l’appartenance. Sous Assad, les manuels mettaient en avant la patrie et le nationalisme arabe. Désormais, l’appartenance à la communauté musulmane, la « Oumma », prend progressivement le pas sur l’identité nationale syrienne.

Selon le rapport, dans un manuel de troisième année (environ 8–9 ans), la mission éducative n’est plus simplement présentée comme une préparation au service de la patrie, mais comme une préparation au service de la religion et de la communauté musulmane.

Que deviennent alors les chrétiens, les Druzes, les Alaouites, les Kurdes et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette définition de la nation ? Le rapport souligne justement la marginalisation des minorités et le recul des références à la coexistence religieuse.

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Que dit Monsieur Emmanuel Macron, qui avait loué « la pluralité de la Syrie » dans l’enceinte de la mosquée des Omeyyades le 6 juillet 2026 ? J’avais déjà attiré l’attention sur le symbole que constituait cette visite pour le président d’une République laïque. Il pouvait parfaitement signer ce registre ailleurs.

La Syrie, cette mosaïque historique de peuples, de religions et de cultures, risque de voir son identité nationale rétrécie à mesure que s’élargit la place de l’idéologie religieuse islamique. Le tout sous les sourires béats de ceux qui prétendent accompagner sa renaissance.

Dès l’enfance, apprendre à combattre

Les exemples reproduits dans l’enquête sont particulièrement préoccupants. Dans un manuel d’éducation islamique de quatrième année (environ 9–10 ans), une leçon enseigne que défendre la patrie et les lieux saints constitue un moyen d’échapper au feu de l’enfer. Une illustration représente des enfants palestiniens lançant des pierres sur un char portant une étoile de David. Les élèves sont invités à expliquer comment ces « enfants des pierres » défendent leur pays. Plus loin, en huitième année (environ 13–14 ans), un exercice demande aux élèves d’imaginer de nouvelles armes pour combattre « l’ennemi sioniste ».

Ce passage existait déjà sous Assad. Mais le nouveau régime a choisi de le conserver, alors même qu’il modifiait d’autres contenus.

En cinquième année (environ 10–11 ans), les élèves étudient également un poème consacré à Dalal al-Mughrabi, présentée comme une héroïne de la libération. En mars 1978, elle dirigea une attaque terroriste sur la route côtière israélienne, au cours de laquelle 38 civils furent tués, dont 12 enfants. Dans le manuel, les élèves sont invités à présenter sa personnalité devant leurs camarades.

Imaginons un instant ce que signifie cet enseignement pour un enfant. Une femme ayant participé au massacre de civils devient un modèle scolaire. Le terrorisme est absorbé dans un récit héroïque.

J’ai grandi en Syrie. Je connais cette manière de fabriquer des héros, de transformer des assassins en combattants glorieux, de présenter la haine comme une vertu patriotique. Je sais combien ces récits peuvent s’installer profondément dans l’esprit d’un enfant. On ne lui apprend pas nécessairement à tuer. On lui apprend d’abord à admirer ceux qui ont tué. La nuance que l’Occident ne comprend pas est pourtant là, très claire.

C’est ce que j’appelle le conditionnement à la haine et à la mort. L’endoctrinement.

Les Juifs, éternels coupables

Le rapport révèle également la persistance de stéréotypes antisémites dans plusieurs manuels. Dans une leçon de sixième année (environ 11–12 ans) consacrée à la bataille du Fossé, les élèves apprennent que la trahison et les coups portés dans le dos figurent parmi les caractéristiques des Juifs. Un exercice reprend cette idée en présentant la rupture des engagements et la trahison des promesses comme des traits propres aux Juifs.

On ne parle plus ici d’une critique de la politique israélienne. On ne parle même plus du conflit israélo-arabe. On attribue à un peuple entier des caractéristiques morales négatives, présentées comme des vérités transmissibles aux enfants.

En dixième année (environ 15–16 ans), un manuel conteste également la continuité historique entre les Juifs contemporains et les anciens Hébreux, contribuant ainsi à délégitimer le lien historique du peuple juif avec la terre d’Israël.

L’hostilité envers Israël traverse d’ailleurs les programmes. Les attentats-suicides de la seconde Intifada sont présentés comme des opérations de martyre, tandis que les tirs de roquettes contre des localités israéliennes sont valorisés.

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Dans un manuel de géographie, les nouvelles autorités ont supprimé les références à certains territoires revendiqués sous Assad, notamment en Turquie et en Iran. En revanche, la Palestine demeure présentée comme occupée par Israël. Autrement dit, le nouveau pouvoir sait parfaitement réviser les programmes lorsqu’il le souhaite. Les références susceptibles de contrarier certains partenaires régionaux disparaissent. Pourquoi, alors, l’Occident, qui soutient financièrement cette nouvelle Syrie, n’exige-t-il pas la révision des autres contenus, notamment ceux qui concernent Israël et perpétuent la haine et la violence ?

L’hostilité envers Israël, elle, demeure. Est-ce simplement un héritage du passé ? Ou le signe que le nouveau régime syrien s’accommode d’une idéologie qui continue à désigner Israël comme un ennemi fondamental ? La question mérite d’être posée aux partenaires occidentaux.

Ce que l’Occident refuse de regarder

Depuis la chute de Bachar al-Assad, les dirigeants occidentaux semblent fascinés par la transformation d’Ahmed al-Sharaa. L’ancien Joulani, passé par la mouvance d’Al-Qaïda, a abandonné son apparence de chef de guerre pour adopter celle d’un responsable politique fréquentable. Il parle désormais de stabilité, de reconstruction, de souveraineté et de coopération. Il a appris le langage que l’Occident souhaite entendre. Mais pendant que les chancelleries se félicitent de ses déclarations, qui examine sérieusement ce que son gouvernement enseigne aux enfants ? Qui conditionne la reconnaissance politique à des progrès mesurables dans l’éducation, la liberté de conscience et la protection des minorités ?

Abou Mohammed al-Joulani, Damas, Syrie, 8 décembre 2024 © Omar Albam/AP/SIPA

Car le rapport montre que le changement ne se limite pas à Israël. Les références à l’égalité entre les femmes et les hommes reculent. Certaines représentations féminines sont modifiées pour imposer des vêtements religieux plus stricts. Des éléments scientifiques, notamment concernant l’évolution, sont supprimés ou révisés.

Je ne prétends pas que tous les enfants syriens adhéreront à ces enseignements. La société syrienne est infiniment plus diverse que l’idéologie de ceux qui prétendent la gouverner. Mais les programmes scolaires indiquent ce qu’un pouvoir juge digne d’être transmis, valorisé et normalisé. Et lorsque l’antisémitisme, la glorification de la violence et la primauté d’une identité religieuse traversent ces programmes, il serait irresponsable de n’y voir que des détails secondaires.

La Syrie mérite mieux qu’un nouvel endoctrinement

La chute du régime Assad était une nécessité historique pour un peuple qui a subi des décennies de dictature, de répression et de terreur. Mais la disparition d’une dictature ne garantit pas la naissance d’une société libre. Et dénoncer les orientations idéologiques du nouveau pouvoir ne revient en aucune manière à regretter l’ancien.

Après tant de souffrances, les Syriens méritent autre chose qu’un changement de propagande. Ils méritent une école qui apprenne à penser plutôt qu’à obéir, à comprendre plutôt qu’à haïr. Une école dans laquelle chaque enfant, quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique, puisse se reconnaître comme citoyen à part entière. Une école qui prépare les enfants à vivre, pas à mourir en martyrs.

J’ai connu cette Syrie où Israël était présenté comme l’ennemi absolu, où les Juifs étaient enfermés dans des caricatures et où l’on nous apprenait très tôt ce qu’il fallait penser avant même de nous apprendre à réfléchir.

On ne déradicalise pas un pays avec des poignées de main

C’est peut-être la plus grande erreur de la diplomatie occidentale contemporaine : croire qu’un dirigeant qui change de discours a nécessairement changé de convictions. Mais les idéologies ne disparaissent pas parce que leurs représentants apprennent à changer de costume. Elles peuvent changer de vocabulaire, modifier leurs alliances, adapter leurs méthodes et attendre des circonstances plus favorables.

C’est précisément ce que j’appelle l’islamisme reconditionné. Non pas une transformation démontrée des convictions, mais une présentation nouvelle destinée à obtenir une acceptabilité politique.

L’enquête d’IMPACT-se ne permet pas, à elle seule, de prédire les intentions futures d’Ahmed al-Sharaa. Elle fournit néanmoins un indicateur concret de la direction idéologique prise par son administration.

La France, l’Europe et les États-Unis devraient demander des engagements vérifiables sur la réforme des programmes scolaires. Pas simplement des déclarations de tolérance. Des changements réels. Car le problème est de savoir quelle génération on contribue à former pour demain. La véritable transformation de la Syrie se mesurera au jour où un enfant syrien pourra ouvrir son manuel scolaire sans y apprendre à haïr les Juifs, à glorifier les terroristes ou à considérer Israël comme un ennemi héréditaire. Ce jour-là, nous pourrons commencer à parler de changement. En attendant, le nouveau pouvoir syrien a changé les portraits accrochés aux murs. Mais dans les livres des enfants, les vieux ennemis sont toujours là. Et l’Occident continue de sourire. N’est-ce pas, Monsieur Emmanuel Macron ?

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  1. IMPACT-se, l’Institut pour le suivi de la paix et de la tolérance culturelle dans l’éducation scolaire, est une organisation non gouvernementale de recherche israélienne qui promeut une éducation à la paix, à la tolérance et à la non-violence. Sa méthode publiée analyse les textes et les illustrations des manuels à partir de critères issus notamment de déclarations de l’UNESCO et de l’ONU. Ces critères explicites et la confrontation des exemples cités aux manuels permettent de vérifier ses analyses et d’en discuter les conclusions. Cette référence méthodologique ne constitue pas une validation de ses rapports par l’UNESCO. ↩︎

Air Vote

Les Israéliens expatriés ont l’obligation de rentrer au pays pour voter. Différentes agences facilitent leur voyage, au grand dam de Bibi car, bien souvent, ils ne votent pas pour lui !


Les algorithmes sont impitoyables. Depuis quelques mois, ils me poursuivent sur le Net avec des publicités m’incitant à aller voter en Israël, mon pays natal. La plus insistante, et la plus efficace, est celle d’un programme baptisé « Fly & Vote », qui propose aux expatriés comme moi des billets d’avion pour le 27 octobre. J’ai fini par céder. Je me suis inscrit et j’ai versé l’avance demandée.

Sauf exceptions très limitées, notamment pour les diplomates et certains fonctionnaires en mission, il est impossible pour un Israélien de voter depuis l’étranger, que ce soit par correspondance, par procuration ou dans un consulat. Pour accomplir leur devoir civique, la quasi-totalité des citoyens n’a donc d’autre choix que de se trouver sur le territoire national et de faire la queue dans le bureau de vote qui leur est assigné. Si, le jour du scrutin, les transports publics sont gratuits à l’intérieur du pays, les frais de transport incombant à ceux qui habitent en dehors des frontières ne sont en revanche pas remboursés par l’État.

Fly & Vote a été lancé par AID Coalition, une organisation américano-israélienne issue de la mobilisation de 2023 contre le projet de réforme judiciaire de Benyamin Netanyahou. Après avoir vérifié que vous êtes bien inscrit sur les listes électorales, elle recherche et propose des places sur des vols réguliers ou affrétés. Mais il lui est interdit d’offrir le billet. Son succès est toutefois considérable. Début septembre, plus de 30 000 personnes s’étaient inscrites, sur quelque 630 000 Israéliens établis hors du pays. La demande est particulièrement forte depuis les États-Unis, notamment New York, mais aussi depuis les grandes villes européennes comme Londres, Berlin et Lisbonne.

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Il est admis qu’une majorité des inscrits devrait soutenir l’opposition. Les expatriés israéliens sont le plus souvent issus des zones urbaines, diplômés, plutôt laïques et employés dans les nouvelles technologies, la recherche, la médecine ou d’autres professions qualifiées. Ces catégories, très présentes dans la région de Tel-Aviv, ont constitué le cœur de la contestation contre la réforme judiciaire et votent davantage pour le centre, la gauche ou la droite anti-Netanyahou.

La réussite de l’opération Fly & Vote inquiète donc grandement la majorité sortante. Le Likoud a menacé de saisir la commission électorale centrale contre AID Coalition, estimant que l’aide apportée aux voyageurs pouvait constituer un avantage matériel assimilable à une forme de corruption électorale ou à un don politique interdit. L’ONG répond qu’elle ne finance pas les billets et ne sélectionne pas les voyageurs selon leurs opinions.

Quant à moi, j’ai dû en définitive changer mes plans. À cause de mes propres contraintes d’agendas, les vols que Fly & Vote m’a proposés ne convenaient pas. Je me suis donc désinscrit du programme, qui m’a remboursé mon acompte. Et j’ai acheté moi-même un autre billet, directement auprès d’El Al. C’est le plus cher que j’aie jamais payé ! Mais probablement aussi le plus important… Sans doute aussi le plus sûr. Au cas où la guerre reprendrait avec l’Iran. Ou les Houthis. Ou le Hezbollah.

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Cucul-panpan sur les trouduc’


Les trouduc’, ce sont ces manifestants qui, suivant en cela la dérive démagogique de la mélenchonie, croient malin de faire allégeance à la pensée islamo-gauchiste actuellement dominante dans les cortèges. Ou du moins à ce qu’ils pensent être cette pensée.

On les voit brandir des pancartes sur lesquelles ils ont pris grand soin de situer le camp qui est le leur, piochant dans la langue d’importation. « Bismillah » est l’incontournable du moment. De même que l’est, oralement cette fois, le fameux et retentissant « Wallah » !

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Pour les trouduc’ en question cela n’est en réalité qu’un enjolivement de slogan, une coquetterie d’imitation comme une autre. Une sorte de jeu, voyez.

Sauf que la police religieuse veille. « L’islam n’est pas un jeu. On ne joue pas avec l’islam », scande au milieu des cortèges quelques gardiens de l’orthodoxie doctrinaire. Et joignant le geste à la parole, ils cisaillent, ils expurgent de ces pancartes tout ce qui a trait au nom de la divinité. Les trouduc’ n’en reviennent pas. Ils sont ridicules, à vrai dire. Il faut les voir se soumettre, se laisser arracher leurs écriteaux et donner la leçon. « On recommencera pas, mon frère, promis ! », se vautrent-ils.  La police de la République, ils la caillassent, l’insultent, la traînent dans la fange à la moindre tentative de leur faire respecter le droit et les biens communs, et là, face à cette agression – car c’en est une – face à cette atteinte à ce qu’ils pourraient considérer être du domaine de leur liberté, c’est tout juste s’ils ne se prosternent pas en s’excusant platement et en déversant des flots de « merci »…

Ils sont mûrs, les trouducs ! Mûrs pour la dictature religieuse et politique islamiste. Devant de telles scènes, on se persuade sans peine que le plus gros du boulot est fait. Voilà ce qu’ils nous montrent, ces égarés, piteux comme des morveux qu’on viendrait de prendre les doigts dans le pot de confiture.

Il reste que le croyant qui fait son boulot de croyant en remettant ainsi les pendules à l’heure – la sienne d’heure, évidemment -, mérite au moins un peu plus de respect que ces moutons de Panurge, à ce point décérébrés qu’ils ne se rendent même pas compte de ce qu’ils piétinent en s’emparant aussi cavalièrement de tabous religieux. S’abstenir de telles stupidités, ce serait attendre d’eux une subtilité de pensée, une délicatesse d’esprit, un souci du respect de l’autre dont ils sont tragiquement incapables. En fait, par le recours aux formules religieuses importées, ils ne font que tenter de meubler le vide de ce qu’ils prétendent porter. Ce n’est qu’un habillage, une concession à la mode, le must du moment. Et le gars qui est là pour leur lancer à la figure « l’islam n’est pas un jeu » leur semble débarqué d’une autre planète. Alors qu’il est juste celui qui, tel le prophète de malheur, vient leur annoncer l’avènement de temps très sombres et le triomphe de l’obscurantisme.

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Ce qu’on peut regretter aussi, c’est que personne, apparemment, n’ait l’amour de notre société assez fortement chevillé à l’âme pour aller crier dans les cortèges : « La République n’est pas un jeu… La liberté n’est pas un jeu… » Évidemment, celui-là ne tiendrait pas cinq minutes. Il ne faut quand même pas pousser trop loin la provocation, n’est-ce pas ?

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Qui est vraiment Lola-Fleur Whittaker, l’influenceuse mélenchoniste devenue célèbre sur TikTok ?

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Son échange très tendu avec David Lisnard sur le 17 octobre 1961 a fait le tour des réseaux sociaux. Mais Lola-Fleur Whittaker s’était déjà fait remarquer en affrontant une boulangère d’origine congolaise sur les pillages. Étudiante à Sciences Po, ancienne candidate LFI et créatrice de contenus politiques, la jeune femme n’est pas une simple spectatrice invitée au hasard sur un plateau.


Quelques minutes de télévision ont suffi à faire de Lola-Fleur Whittaker l’un des visages les plus commentés de la séquence politique. Sur LCI, la jeune femme a interpellé David Lisnard à propos du 17 octobre 1961 et de la présence de drapeaux algériens dans les manifestations. Le maire de Cannes lui a répondu sèchement avant de reconnaître que les événements de 1961 avaient été « très graves » et « dramatiques », tout en refusant d’en faire une grille d’explication des violences contemporaines.

Le 17 octobre 1961 est un fait historique documenté : une manifestation d’Algériens organisée à Paris contre un couvre-feu discriminatoire fut violemment réprimée sous l’autorité du préfet Maurice Papon et fit de nombreuses victimes. Le débat entre Lisnard et Whittaker ne portait donc pas sérieusement sur l’existence de cette répression, mais sur l’usage de cette mémoire pour interpréter les tensions politiques françaises de 2026.

Une influenceuse mélenchonniste sur TikTok : Lola-Fleur Whittaker, créatrice de contenus déjà engagée avec LFI

Présentée à l’antenne comme « étudiante et créatrice de contenus politiques », Lola-Fleur Whittaker possède un parcours déjà très politique. Elle étudie à Sciences Po Paris après un cursus en politique et relations internationales à l’université de Manchester. Elle indique également des expériences à l’Assemblée nationale et auprès des Nations unies. Aux municipales de mars 2026, elle figurait en 21e position sur la liste LFI « Le Nouveau Paris populaire 15e ».

Son activité sur les réseaux sociaux n’est pas davantage apolitique. La Dépêche rappelle qu’elle s’est affichée avec des responsables insoumis, notamment Sophia Chikirou, et qu’elle faisait partie des créateurs de contenus conviés aux conférences de presse organisées par Jean-Luc Mélenchon à destination des nouveaux médias. C’est ce mélange entre militantisme, formats courts et présence médiatique qui explique l’étiquette d’« influenceuse mélenchoniste » qui lui est désormais accolée.

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Son parcours social a lui aussi suscité des commentaires. Après son baccalauréat à Paris, elle a passé trois années à l’université de Manchester avant de rejoindre Sciences Po. Les frais affichés pour certains étudiants internationaux à Manchester peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Cela ne permet cependant pas de savoir ce qu’elle a personnellement payé, si elle bénéficiait d’aides ou quelle est exactement la situation patrimoniale de sa famille. Parler de « profil bourgeois » relève donc davantage d’une qualification politique ; ce qui est vérifiable est un parcours universitaire international et privilégié.

Avant Lisnard, le clash avec une boulangère congolaise

L’échange avec David Lisnard n’était pas son seul moment viral. Lors du débat sur les pillages, Lola-Fleur Whittaker avait déjà affronté Jhemima Sheilha, entrepreneuse et boulangère arrivée du Congo enfant. Cette dernière a raconté un parcours modeste avant de devenir cheffe d’entreprise et d’employer aujourd’hui de nombreux salariés. Lorsque l’étudiante a relativisé les pertes subies par certains commerçants en expliquant qu’ils avaient malgré tout « des choses à perdre », la boulangère lui a répondu en rappelant que ces entreprises pouvaient représenter le travail d’une vie.

La confrontation rendait plus difficile une lecture sociale trop simple. D’un côté, une jeune militante défendant l’idée que les pillages doivent aussi être replacés dans un contexte de colère sociale ; de l’autre, une entrepreneuse issue de l’immigration et d’un milieu modeste refusant que la destruction de commerces soit relativisée. Le débat opposait donc moins deux origines sociales évidentes que deux interprétations de la violence.

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En quelques jours, Lola-Fleur Whittaker est ainsi passée du statut de créatrice de contenus politiques connue dans les cercles militants à celui de personnage viral. Son échange avec Lisnard, son engagement à LFI, Sciences Po et ses confrontations télévisées fournissent tous les ingrédients des réseaux sociaux. Mais derrière le buzz se trouve un profil plus structuré qu’une simple étudiante surgie d’un plateau : celui d’une militante déjà candidate à une élection et intégrée à la nouvelle stratégie médiatique de Jean-Luc Mélenchon.

Dette : les marchés commencent-ils à s’attaquer à la France ?

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Le coût de la dette française se tend fortement et l’écart avec l’Allemagne se creuse. Les investisseurs sanctionnent une accumulation de risques budgétaires, politiques et économiques. Pour un État qui doit refinancer chaque année plusieurs centaines de milliards d’euros, le mouvement n’a plus rien d’abstrait.


La question a été posée frontalement mercredi matin sur BFM Business. Le taux français à dix ans s’est fortement tendu ces derniers jours et l’écart avec le Bund allemand s’élargit. Il ne s’agit pas d’une « attaque » coordonnée au sens littéral. Les investisseurs vendent ou demandent une rémunération plus élevée lorsqu’ils considèrent qu’un actif devient plus risqué. Pour la France, ce changement de perception commence à devenir visible.

Coût de la dette française : presque 5 % pour emprunter à dix ans

Le rendement de l’OAT française à dix ans évolue désormais à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans. La comparaison avec l’Allemagne est encore plus significative : le spread, c’est-à-dire le supplément de rémunération demandé pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, s’est fortement élargi. BFM Business consacrait ce mercredi une séquence entière à cette divergence entre les deux pays.

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La nervosité ne vient pas seulement des violences récentes. Les marchés regardent la faiblesse de la croissance, le déficit, une dette publique supérieure à 110 % du PIB et la difficulté politique à engager un redressement durable des comptes. Reuters décrit un risque de cercle vicieux : la croissance faible dégrade les finances publiques, la détérioration budgétaire augmente le coût du financement et les taux plus élevés pèsent ensuite à leur tour sur l’économie.

La dette devient un budget à elle seule

La hausse des taux finit par se transmettre progressivement aux finances publiques. Une partie des obligations émises lorsque l’argent ne coûtait presque rien arrive à échéance et doit être remplacée par de nouvelles émissions beaucoup plus chères. Si les conditions financières restaient durablement dégradées, le service de la dette pourrait devenir l’un des tout premiers postes de dépense publique.

Les marchés actions ont eux aussi montré des signes de nervosité, notamment sur les banques et les entreprises les plus exposées à l’économie française. Une nouvelle échéance approche avec l’examen de la notation souveraine par Moody’s. Une dégradation ne provoquerait pas automatiquement une crise, mais elle renforcerait l’idée que la dette française a changé de statut aux yeux des investisseurs.

La France continue de trouver des acheteurs pour sa dette. Elle n’est donc pas confrontée à une crise comparable à celle de la Grèce au début des années 2010. Mais le vrai signal d’alarme arrive avant qu’un État ne perde l’accès aux marchés : il apparaît lorsque la confiance devient progressivement plus chère. C’est précisément le mouvement que Paris doit désormais enrayer.

Sabotage des trains à Toulouse, mairie incendiée à Limoges : le retour du terrorisme d’ultragauche ?

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Le trafic ferroviaire est fortement perturbé autour de Toulouse après un acte de malveillance. Deux jours plus tôt, un militant d’ultragauche fiché S était arrêté dans l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges. Les deux affaires sont distinctes et, à ce stade, rien ne permet d’attribuer le sabotage ferroviaire à cette mouvance. Mais l’enchaînement ravive le spectre d’une violence politique visant les infrastructures et les symboles de l’État.


Nouvelle matinée noire pour les voyageurs toulousains. La circulation des trains a été interrompue ou fortement perturbée sur plusieurs axes autour de Toulouse-Matabiau après ce que la SNCF qualifie d’« acte de malveillance ». La nature exacte des dégradations et l’identité de leurs auteurs restent à établir. Il serait donc prématuré de présenter l’affaire comme une action de l’ultragauche. Mais le sabotage intervient dans une séquence où cette mouvance est de nouveau au centre de plusieurs enquêtes.

Sabotage et terrorisme d’ultragauche : le précédent des Jeux olympiques

Le rapprochement avec l’été 2024 vient immédiatement à l’esprit. Dans la nuit précédant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, plusieurs installations stratégiques de la SNCF avaient été attaquées presque simultanément. Des câbles indispensables au réseau avaient été endommagés ou incendiés et environ 800 000 voyageurs avaient subi les conséquences de cette opération coordonnée. L’hypothèse de l’ultragauche avait été étudiée par les enquêteurs, sans qu’une responsabilité judiciaire définitive de cette mouvance ait été établie.

L’intérêt de certains courants anarchistes insurrectionnels pour les infrastructures est ancien. Dans L’Insurrection qui vient, texte attribué au Comité invisible, la société moderne est décrite comme dépendante de flux permanents – transports, énergie, communications – et le blocage de ces flux comme un levier de rupture politique. L’idée est moins de conquérir directement l’État que de désorganiser les réseaux dont dépend la vie quotidienne afin de créer une situation de crise. Ce rappel doctrinal ne prouve évidemment aucun lien avec Toulouse. Il explique en revanche pourquoi la coupure des transports, de l’électricité ou des télécommunications est régulièrement examinée sous l’angle de l’insurrectionnalisme anarchiste.

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Terrorisme d’ultragauche, incendies et sabotage : à Limoges, un suspect fiché S

L’affaire de Limoges donne à ces interrogations une dimension plus concrète. Mardi, le Raid a interpellé un homme de 34 ans présenté par plusieurs sources policières comme un activiste d’ultragauche fiché S. Il est soupçonné d’avoir participé à l’incendie volontaire de l’hôtel de ville pendant les violences du 17 octobre. La sous-direction antiterroriste a été saisie. Le maire Guillaume Guérin affirme pour sa part que plusieurs centaines de militants d’ultragauche avaient infiltré la manifestation et que l’attaque de la mairie avait été préparée. Ces déclarations restent celles du maire et l’enquête doit déterminer les responsabilités individuelles.

Le profil du suspect retient l’attention des enquêteurs. Déjà connu pour des violences contre des personnes dépositaires de l’autorité publique, il appartient selon les informations policières disponibles à la mouvance d’ultragauche. Son environnement familial a également été évoqué dans la presse : son père a été condamné pour plusieurs incendies visant notamment des véhicules d’Enedis, un émetteur TDF et une antenne-relais. Cela ne permet ni de déduire une responsabilité du fils des actes du père, ni de conclure à l’existence d’une organisation familiale. Mais la récurrence de cibles liées aux institutions et aux infrastructures alimente les interrogations des services de sécurité.

Parler déjà d’un « retour du terrorisme d’ultragauche » serait donc une hypothèse, pas un constat judiciaire. La saisine de la SDAT à Limoges montre toutefois que la piste est prise au sérieux par l’État. Entre l’incendie d’un hôtel de ville, les précédents ferroviaires et une culture insurrectionnelle qui fait du sabotage des réseaux un outil politique, la question revient avec une force nouvelle : assiste-t-on à la résurgence d’une violence anarchiste susceptible de franchir le seuil du terrorisme ?

Le situationnisme du XXIe siècle

Dans le monde magique de Lena Situations, capitalisme et communisme ont fusionné. À coups de vidéos YouTube, l’influenceuse a inventé le kolkhoze en bikini ! Les prolétaires sont riches, à moitié à poil, et le cul au bord d’une piscine. Dieu merci ils ne travaillent pas – les sponsors paient le loyer.


À l’entrée des Essais, Montaigne avertit son lecteur : « Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre, ce n’est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Adieu donc, de Montaigne, ce premier de Mars 1580. » Plus de quatre siècles plus tard, Lena Situations se prend, à son tour, comme matière de ses vidéos sur YouTube mais, à la différence de Montaigne, elle n’en détourne pas les possibles followers, et que ce sujet (elle-même) puisse être frivole ne la rendra pas vaine, ni à ses propres yeux, ni à ceux de ses abonnés. Le grand mérite de Lena Situations, à mon avis, aura été de confirmer la nature profondément futile de l’être humain. Les vidéos de Lena m’ont rappelé le film de Sofia Coppola sur Marie-Antoinette : des jeunes gens occupés de jeux, de fêtes, de sexe, de masques, de mode, d’escarpins, de coiffures. Coppola, sans doute, travestissait la reine de France en s’inspirant de sa propre jeunesse du côté de Los Angeles, autour de piscines, sous le ciel bleu de la Californie : comment une gosse privilégiée voit-elle le début de la vie ? Comme une fête permanente et un prétexte à s’amuser. Marie-Antoinette – a dû se dire Coppola – était ce que je suis, ce que j’ai été. Lena s’inscrit dans cette tradition de la vie insouciante.

Une déconneuse à plein temps

Qu’on ne croie pas pour autant que cette frivolité soit réservée à l’adolescence : c’est bien malgré eux que beaucoup l’abandonnent avec l’âge, flanqués qu’ils sont d’une épouse, d’un mari et d’enfants qui contrarient leur goût pour la futilité. Les voilà chargés de responsabilités, impossible de déconner. Lena, elle, déconne – pour la plus grande joie de ses abonnés, des abonnés que je suppose jeunes et pour qui « la bande de copains » constitue un idéal, un groupe de happy few, se vannant, s’adorant, s’émerveillant les uns des autres. Si notre futur, pensent les followers, ressemble à ça, à ces ados qui déconnent ensemble, alors la vie mérite d’être vécue. Aucun problème matériel, pas de travail usant, pas de contremaître sur le dos, pas d’autre souci que de s’amuser entre potes trop gentils, capables de pleurer parce qu’ils se quittent toute une semaine. Monde de toutes les couleurs, monde d’animes et de mangas, usant d’un vocabulaire générationnel (« en mode », « trop », « en vrai », « eye contact », « truc de ouf », etc.), le monde de Lena Situations perpétue celui de l’enfance à l’âge adulte. Les abonnés, lorsque les vlogs d’été prennent fin (autrement dit, lorsqu’il n’y aura plus une vidéo postée chaque soir), pleurent à l’unisson des vacanciers de YouTube : « J’arrive pas à croire que demain c’est le dernier vlog de Lena j’ai envie de pleurer j’suis tellement tellement triste 🫢 » ; « c’est dingue comment tous les au revoir font mal dans ce vlog  ». Ils sont désespérés, comme s’ils avaient passé, eux aussi, l’été au Maroc, avec Lena et ses copains, sur son yacht ou dans sa villa luxueuse. Le génie de Lena est d’entraîner toute la galaxie des ados à sa suite, de tous les intégrer dans son univers rose bonbon : la répétition des journées crée un sentiment de familiarité en sorte que Lena devient une amie, ses amis des amis, son monde le monde des followers. On pourrait s’en moquer, on aurait tort : la littérature, elle aussi, donne très souvent l’impression d’une grande proximité entre le lecteur et l’écrivain, et tel qui lit le journal de Léautaud en entier finit par le considérer comme un ami. Je me souviens d’avoir lu, vers 20 ans, la correspondance de Flaubert d’une manière continue et passionnée au point de me sentir plus proche de Gustave que de la plupart des gens. Un grand roman produit le même effet : vivre dans l’intimité du narrateur de La Recherche au point de préférer les rencontres chez les Verdurin à sa propre vie. J’ai connu cette folie, je l’atteste. Lena se sépare de Proust par l’ingénuité de la réflexion et la naïveté des dialogues : Lena serait plutôt du côté de la littérature américaine et du dialogue réaliste, matérialiste, sans abstraction – comme les étudiants chez Brett Easton Ellis. Elle flotte sur la matérialité de l’existence. Jamais elle ne descend dans les profondeurs ni dans les labyrinthes de notre condition. Elle est trop heureuse pour ça. Ne comptez sur elle ni pour analyser l’âme humaine, ni pour s’offusquer des injustices sociales, ni pour dénoncer les impasses du capitalisme. Lena vit dans un rêve (qui pour d’autres serait un cauchemar), le rêve de la fête, des blagues, des bons sentiments. Le rêve américain, sans la misère sociale derrière le décor Coca-Cola ; la vie de Barbie, en plus trash (Lena et ses potes pratiquent la vanne scato et la blague de cul). Comme si les prisonniers de « Loft Story » s’étaient échappés du loft pour se filmer chez eux, au bowling, à Euro Disney et dans les boutiques de fringues : une dinguerie ! On aurait dû couper le fil des caméras et enfermer les Lofteurs à double tour, au lieu de quoi, ils ont envahi la planète, se sont reproduits, avant de prendre, bientôt, le contrôle de la politique et des médias. Trump, lui aussi, s’est enfui d’un jeu de télé-réalité. On mesure le danger.

La télé-réalité a inventé le scénario libre : on crée une situation, les acteurs improvisent, au plus près de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils ont envie de montrer d’eux. Pas si loin, au fond, de la révolution de la Nouvelle Vague : caméra à l’épaule, travellings tremblants, jeunesse, réalité des rues de Paris. Sauf que Godard et Truffaut cherchaient à capter la vie vivante, imparfaite, printanière, insolente. Lena se met en scène et s’amuse pour capter l’attention des followers, en créant un monde de luxe, sans misère, sans réelle souffrance. Un monde qui n’existe pas, et pourtant très proche, par les codes linguistiques et culturels, de celui de ses abonnés : la vie telle qu’ils la rêvent.

La vie selon Lena Situations, en quelques miniatures YouTube.

L’alliance du capitalisme et de l’évolution numérique devait aboutir à Lena Situations, attendu que cette alliance n’a pas d’autre but que le chiffre d’affaires. Lena n’est responsable de rien, inutile de lui taper dessus. Elle scénarise et filme sa vie, une vie assez agréable pour que des millions de jeunes gens la regardent sur internet. Sans YouTube, il aurait été impossible de poster régulièrement une vidéo sur de simples essayages de fringues : aucun producteur n’aurait misé un kopeck sur ce projet. Mais avec internet, émerge une nouvelle relation à l’image : et grâce à ce format, les abonnés croissent et se multiplient ; par l’abondance d’abonnés prolifèrent la publicité, les placements de produits, les partenariats avec des marques, les parrainages prestigieux. L’argent coule à flots. Il est difficile de ne pas penser à la définition que Debord donnait de la société du spectacle : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. » Le capital a donné naissance à Lena Situations. C’est toujours mieux que le goulag.

Mélenchon 2027

Balzac, marxiste avant Marx, décrit, dans La Fille aux yeux d’or, Paris comme un spectacle terrifiant, où tous courent sous une « tempête d’intérêts ». Il pose cette question : « Que veulent-ils ? De l’or, ou du plaisir. » Lena Situations aurait passionné Balzac : une Rastignac au féminin, et qui réussit. La nouvelle aristocratie a laissé tomber la particule, les terres, les châteaux, le prestige, le latin, l’arrogance, elle s’incarne dans une jeune femme, jolie, ambitieuse, maligne, qui, comme les situationnistes, crée des situations nouvelles. Debord songeait à la poésie et à la métaphysique, Lena à l’or et au plaisir. Les situationnistes de Debord fuyaient les diktats du capitalisme en dérivant, la nuit, dans les rues de Paris, loin de la marchandisation du monde ; les situationnistes de Lena ne vivent que pour les produits du capitalisme (yacht, fringues, coiffures, maquillage, etc.) tout en dérivant dans des parcs d’attraction.

Le jour où la pauvreté aura disparu, grâce au programme de Mélenchon, le monde entier ressemblera à la vie selon Lena Situations, puisqu’une fois les chaînes de la servitude brisées, il ne restera plus qu’à s’amuser entre gens gentils, loin des livres écrits par les mâles blancs de l’Ancien Régime et loin de la Ve Constitution. La peur de la mort sera vaincue, le sens de l’existence évident.

Quand David Lisnard se lâche

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Le maire de Cannes, candidat à l’élection présidentielle, réjouit ses soutiens – et au-delà – en répondant sèchement « j’en ai rien à foutre » à Lola-Fleur Whittaker, une militante gauchiste.


Rien de tel qu’une campagne présidentielle pour révéler la médiocrité ou l’intelligence et le courage… David Lisnard a démontré que ces deux dernières qualités ne lui étaient pas étrangères. Il a répondu grossièrement sur le plateau de LCI à une étudiante proche de LFI qui le questionnait sur le massacre du 17 octobre 1961 : « Non mais je m’en fous madame, j’en ai rien à foutre, j’en ai rien à cirer, j’étais pas né, depuis il y a eu l’indépendance de l’Algérie ». Que le remarquable maire de Cannes, candidat à la prochaine élection présidentielle, se soit laissé aller à un langage qui ne lui est pas habituel tient sans doute à un état d’exaspération que l’on peut comprendre. Cette étudiante n’était pas née en 1961 et son questionnement orienté n’avait d’autre finalité que d’entraîner M. Lisnard dans un débat qui, selon lui, n’était plus d’actualité depuis longtemps et de le contraindre à se sentir coupable de morts et de tragédies dont il n’était pas responsable. Il a parfaitement senti le piège, tout en étant conscient que sa culture historique aurait pu le conduire à évoquer cette journée du 17 octobre sur laquelle, en tant que citoyen, il avait évidemment un avis à donner.

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Mais cet échange vif va bien au-delà. Son irritation a probablement été nourrie aussi, plus profondément, par le caractère stérile de ce ressassement du passé qui permet trop souvent à la gauche de se croire légitime en dénonçant et condamnant certains épisodes de l’histoire de notre pays, comme si la droite d’aujourd’hui était vouée à assumer les pages sombres d’un passé lointain. Il conviendrait d’autant plus de changer de registre. La réaction de David Lisnard a été celle d’un responsable politique qui en avait assez de cette inquisition partiale et unilatérale. La droite ne devrait plus s’interdire de mettre en cause une certaine gauche extrémiste pour les horreurs imputables à des régimes ou à des groupes révolutionnaires qu’elle continue à louer et à admirer. Dans sa vision de l’Histoire, les morts innombrables ne comptent pas. Robespierre et la Terreur de 1793-1794 mériteraient, bien plus que cette journée du 17 octobre, d’être sans cesse questionnés.

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Peut-être faut-il aussi analyser cette libération de la parole de David Lisnard comme l’expression d’un soulagement, comme si elle lui permettait de sortir d’un corset historique, intellectuel et moral qui n’a que trop longtemps engoncé le camp conservateur. Il est temps que ce dernier n’accepte plus la présomption de culpabilité et la lancinante et masochiste mauvaise conscience que la gauche lui impose. Les hauts cris de la gauche contre le maire de Cannes n’ont pas la moindre importance. Ils révèlent qu’elle a compris que ce « rien à foutre » est une petite révolution.

Humour gracieux

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Le Cinéma, Chas Addams. © Martine Gosieaux

La galerie de Martine Gossieaux est un temple de poche où l’on vénère le dessin d’humour. À ses cimaises, Sempé, Chaval ou Savignac clabaudent gaiement dans leurs traits de crayons et leurs traits d’esprit, indifférents à jamais au catéchisme et au ricanement contemporains.


C’est un mouchoir de poche à l’orée du faubourg Saint-Germain, une boutique discrète dont l’auvent rayé de vert ombrage la devanture. La petite porte vitrée s’ouvre sur un quadrilatère aux murs tapissés de dessins encadrés. Bienvenue à la galerie Martine Gossieaux. De cette souriante urbanité à laquelle décidément le siècle n’est plus guère accoutumé, l’hôtesse des lieux se lève pour accueillir le visiteur. Coulés dans le sésame de ce timbre caressant, les mânes de Sempé hantent l’intimité congrue de cette enceinte.

Une galerie bien vivante 

C’est en 1979 que Martine Gossieaux rencontre le célèbre dessinateur ; elle deviendra sa femme. Disparu en 2022, à l’âge de 89 ans, le créateur du Petit Nicolas, le poète de Saint-Tropez Forever, d’Un peu de Paris, de Garder le cap, l’aquarelliste d’Un peu de la France, l’illustrateur de Modiano et de Süskind, célébré tant en France qu’à l’étranger par d’innombrables rétrospectives, est encore et toujours chez lui, ici, au 56 rue de l’Université.

Venue de la publicité, mais de longue date passionnée d’art graphique, son épouse n’a pas tardé à faire de cette galerie ouverte en 1992, non seulement le réceptacle de son travail, mais aussi, plus largement, le site divulgateur de cette expression artistique singulière, à la croisée de la BD et de la caricature : le dessin d’humour. Autant dire que cette joyeuse galerie n’a rien d’un cénotaphe ! C’est au contraire le lieu d’une mémoire vivante qui, sur ses cimaises, cristallise dans des formats, chromatismes, palettes infiniment variés, l’essence énigmatique d’un genre qui a ses codes, ses spécificités, ses hérauts. Pour Martine Gossieaux, cette forme de talent née de la presse s’en est détachée de façon progressive au cours du XXe siècle et se distingue par « l’immédiateté de la feuille blanche, la justesse du dessin, la fulgurance du trait, sans soutien préalable d’un texte : le dessin d’humour exprime tout en une seule image, fonctionne comme une idée visuelle, condense une situation en un clin d’œil. Beaucoup plus qu’il ne produit un effet comique, il manifeste un trait d’esprit ».

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L’esprit n’est pas farceur. Sempé ne dégage-t-il pas, bien souvent, en arrière-plan de sa surface humoristique, un fond de mélancolie ? C’est le cas de bien d’autres signatures dont les œuvres font le sel de l’exposition baptisée « La Passion du dessin d’humour », issues de la collection personnelle de Martine Gossieaux. Faisant suite à toute une série d’accrochages monographiques (Quentin Blake, Emmanuel Pierre, Nicola Magrin…), celui-ci a la densité d’un cabinet de curiosités : florilège, parcours sensible, traversée au long cours. Bien mieux qu’une rétrospective, une hétéroclite « chambre des merveilles ».Y voisinent, par exemple, un savoureux Paganini cuisinant avec son archet, feuille colorée signée Pierre Le-Tan ; un mystérieux collage polychrome d’Emmanuel Pierre ; une pure rareté de Steig, millésimée 1936 ; un grand format à la gouache de Savignac, pub pour la « Quinzaine de la laine » avec un souriant mouton rose ; ou encore ce joli Chaval à l’encre noire, titré Acrobates tentant l’impossible – soit une courte-échelle d’athlètes tenant un wagon retourné en équilibre… Ouverte cet été, l’exposition se promet ainsi de renouveler, au fil des mois, les éclectiques variations d’un art fort éloigné des ésotérismes fumeux propres à un certain « art contemporain ». Ultime provocation, par les temps qui courent : en tous points distant du féminisme revanchard d’aujourd’hui, le dessin d’humour reste un art essentiellement masculin – dans l’écurie, quasiment aucun artiste femme !

Paganini, Pierre Le-Tan. © Martine Gossieaux

« La Passion du dessin d’humour » reprend le titre d’un ouvrage qui, loin de toute visée anthologique, récapitule pourtant, au fil des pages, la genèse, les compagnonnages, le devenir d’une pratique venue des États-Unis, influencée par le cartoon, et dont les couvertures du New Yorker (hebdomadaire à la fabuleuse longévité, il fut créé en 1925 !) ont porté l’esthétique vers le plus extrême raffinement grâce au talent de Chas Addams, Abe Birnbaum, William Steig, Koren, Rea Irvin, Saul Steinberg, Frank Walts, pour ne citer que ces emblèmes… Côté français, à côté de Sempé, il y a Chaval, André François, Bosc, Aldebert, Savignac, Tetsu et puis, bien sûr, Topor, Copi, Reiser, le délicieux Pierre-le-Tan. Et tant d’autres !

Dessin de Saul Steinberg. © Martine Gossieaux

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L’humour, un art majeur

Art mineur ? Le dessin d’humour a mis du temps à se frayer un chemin de la feuille de presse au marché de l’art. Livres, gravures, sérigraphies attirent désormais toute une clientèle d’amateurs éclairés, séduits par la délicatesse, l’oblicité de ces approches où s’imprime, sur le blanc du papier, l’espace d’un récit : ce que l’écriture nomme litote se fait ici ellipse. Dans l’entretien qui ouvre La Passion du dessin d’humour, Martine Gossieaux fustige « le cynisme, la vulgarité, le ricanement », et confie que l’humour, « tel qu’il me passionne, est complètement inattendu, léger, il nous surprend, nous fait rire spontanément ou sourire, comme une chanson »… Et ajoute : « Il est toujours le fruit d’un long travail, d’une maturité, qui forcent l’admiration. » Le regretté Philippe Caubet (1956-2015) lui fait écho dans sa belle préface : « La fantaisie et l’acuité de ces dessinateurs nous dévoilent une réalité ignorée dont nous sommes les figurants ou les protagonistes, et à laquelle nous prétendons être étrangers. » Erreur ! Nous voilà saisis en miroir dans ces « flots de grâce jaillis – entre parenthèse de l’horreur des guerres – de l’insensé xxe siècle. Cette grâce a-t-elle un avenir quand tout, chaque jour, s’alourdit, s’abrutit, et se grise en féroce nullité ? » s’interrogeait encore l’écrivain avec prescience. Espérons-le.

À voir

« La Passion du dessin d’humour », galerie Martine Gossieaux, 56, rue de l’Université, 75007 Paris. Du mardi au samedi, 14 h 30 – 19 h, entrée libre.

À lire

La Passion du dessin d’humour, Martine Gossieaux (préface de Philippe Caubet), « Les Cahiers Dessinés », Buchet-Chastel/Martine Gossieaux, 2008 (en vente à la galerie), 164 pages.

Virées insulaires

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Le Port Clos, Île-de-Bréhat. Image Unsplash.

Avec Ponant Express, Thierry Clermont nous donne – comme l’indique le sous-titre – « une lecture sensible des îles de la Manche et de l’Atlantique », un récit poétique et de haute qualité.


Journaliste et écrivain voyageur, Thierry Clermont, avec Ponant Express, nous fait découvrir un autre visage des îles de la Manche et de l’Atlantique. Comme le note l’éditeur en quatrième de couverture « en quinze escales entre Bretagne, Normandie, Vendée et Charente, il explore l’âme insulaire à travers ses paysages, ses dialectes, ses légendes et ses figures illustres. » Il nous promène d’île en île, égrène Chausey, Bréhat, Batz, Ouessant, Les Glénan, Groix, Belle-Île, Aix et quelques autres. C’est carrément délicieux. Car Thierry Clermont n’est pas seulement un intrépide voyageur ; c’est avant tout un sacré écrivain dont la plume subtile, légère, poétique et sans emphase nous séduit.

« Salauds »

« Islomanie : c’est le mot forgé par l’écrivain-voyageur Lawrence Durrell afin de désigner cette passion généreuse pour l’univers des îles, ces terres d’aventures, d’utopie, de mythes et de héros. Il me convient parfaitement », écrit-il dès l’ouverture de son récit. Car, bien plus qu’un essai, c’est bien d’un récit éminemment littéraire et poétique dont il s’agit. Poésie et histoire : ces îles ont également leurs héros. Lorsqu’il parcourt celle de Batz, Thierry Clermont se souvient de l’appel du 18-Juin du général de Gaulle : « Les premiers à embarquer pour l’Angleterre furent, dès la nuit du 18 au 19, ceux d’Ouessant, de Sein, puis de Molène (à bord du canot de sauvetage Jean-Charcot). Dans la soirée du 25 juin 1940, au son d’une Marseillaise chantée par la population massée sur l’île aux Moutons, une dizaine d’hommes de Batz rejoignent la France libre à bord de La Mouette, voilier de sept mètres non ponté, qui accoste à Dartmouth après avoir traversé une zone piégée par des mines. » Quel bonheur aussi, quand il cite ou parle d’écrivains qui nous sont chers et pour qui la mer était tout ou presque. « Et même le vent, qui ici a pris une couleur : grise. Mac Orlan appelait Ouessant l’île toujours en détresse. » Un peu plus loin, au chapitre « Houat » (« Superficie : 2,9 kilomètres carrés. Population permanente : environ 200 habitants »), il confie : « Après avoir sillonné les mers, bourlingué du côté des Carpates, traversé la Mongolie, l’Afrique et l’Europe jusqu’à la mer Noire, Elisabeth Prévost revient dans sa propriété des Ardennes, où elle invite Blaise Cendrars, cet homme dispersé dans un monde éclaté (…) » C’est tellement vrai qu’il y a du Mac Orlan et du Cendrars dans la prose de Thierry, lui aussi, conteur impénitent. La preuve ? « Aussi incroyable que cela puisse paraître, en mars 2024, une laie est parvenue à atteindre Groix à la nage et y a mis bas trois marcassins, réfugiés dans un roncier, dans les environs du hameau de Mène, à l’est. L’animal avait fui une battue à Larmor-Plage, au sud de Lorient, et se serait jeté à l’eau pour traverser les Courreaux. Le sort futur de la jeune famille a divisé l’île, partagée entre ceux qui étaient résolus à la tuer sans autre forme de procès et ceux qui voulaient, à juste titre, l’épargner. Finalement, le mammifère et ses petits ont été tués deux jours plus tard par des membres de l’association de chasse locale. Comme quoi, il y aura toujours autant de salauds sur terre que sur les îles. » On est en droit de ne pas lui donner tort.

Ponant Express, Thierry Clermont ; Stock ; 421 pages.

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En Syrie, on change les dirigeants, pas les ennemis

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Idlib, Syrie, octobre 2026 © Moawia Atrash/DPA/SIPA

Sous Ahmed al-Sharaa, les manuels scolaires révèlent une inquiétante continuité idéologique: glorification du jihad, héroïsation de terroristes et antisémitisme. Pendant que l’Occident applaudit le changement, que prépare-t-on dans les écoles syriennes?


Pendant que les dirigeants occidentaux accueillent et soutiennent Ahmed al-Sharaa, ancien chef djihadiste devenu président de la Syrie, pendant que les chancelleries saluent sa prétendue modération, quelque chose de beaucoup plus profond se joue loin des caméras, dans les salles de classe syriennes.

On y prépare la prochaine génération

Une enquête publiée le 19 octobre 2026 par l’organisation IMPACT-se1, spécialisée dans l’analyse des programmes scolaires, apporte des éléments particulièrement troublants. Ses chercheurs ont examiné 130 manuels scolaires syriens utilisés pendant l’année 2025-2026, en les comparant à ceux de l’époque Assad.

Le résultat est édifiant. Le culte du dictateur a disparu. Mais l’endoctrinement, lui, n’a pas disparu. Il change de langage, de références et de justification. Là où l’ancien régime exaltait le nationalisme arabe, le nouveau pouvoir privilégie une identité islamique dépassant les frontières syriennes. Et l’ennemi, lui, reste remarquablement le même.

La patrie s’efface devant la « Oumma »

L’un des changements les plus révélateurs concerne la définition même de l’appartenance. Sous Assad, les manuels mettaient en avant la patrie et le nationalisme arabe. Désormais, l’appartenance à la communauté musulmane, la « Oumma », prend progressivement le pas sur l’identité nationale syrienne.

Selon le rapport, dans un manuel de troisième année (environ 8–9 ans), la mission éducative n’est plus simplement présentée comme une préparation au service de la patrie, mais comme une préparation au service de la religion et de la communauté musulmane.

Que deviennent alors les chrétiens, les Druzes, les Alaouites, les Kurdes et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette définition de la nation ? Le rapport souligne justement la marginalisation des minorités et le recul des références à la coexistence religieuse.

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Que dit Monsieur Emmanuel Macron, qui avait loué « la pluralité de la Syrie » dans l’enceinte de la mosquée des Omeyyades le 6 juillet 2026 ? J’avais déjà attiré l’attention sur le symbole que constituait cette visite pour le président d’une République laïque. Il pouvait parfaitement signer ce registre ailleurs.

La Syrie, cette mosaïque historique de peuples, de religions et de cultures, risque de voir son identité nationale rétrécie à mesure que s’élargit la place de l’idéologie religieuse islamique. Le tout sous les sourires béats de ceux qui prétendent accompagner sa renaissance.

Dès l’enfance, apprendre à combattre

Les exemples reproduits dans l’enquête sont particulièrement préoccupants. Dans un manuel d’éducation islamique de quatrième année (environ 9–10 ans), une leçon enseigne que défendre la patrie et les lieux saints constitue un moyen d’échapper au feu de l’enfer. Une illustration représente des enfants palestiniens lançant des pierres sur un char portant une étoile de David. Les élèves sont invités à expliquer comment ces « enfants des pierres » défendent leur pays. Plus loin, en huitième année (environ 13–14 ans), un exercice demande aux élèves d’imaginer de nouvelles armes pour combattre « l’ennemi sioniste ».

Ce passage existait déjà sous Assad. Mais le nouveau régime a choisi de le conserver, alors même qu’il modifiait d’autres contenus.

En cinquième année (environ 10–11 ans), les élèves étudient également un poème consacré à Dalal al-Mughrabi, présentée comme une héroïne de la libération. En mars 1978, elle dirigea une attaque terroriste sur la route côtière israélienne, au cours de laquelle 38 civils furent tués, dont 12 enfants. Dans le manuel, les élèves sont invités à présenter sa personnalité devant leurs camarades.

Imaginons un instant ce que signifie cet enseignement pour un enfant. Une femme ayant participé au massacre de civils devient un modèle scolaire. Le terrorisme est absorbé dans un récit héroïque.

J’ai grandi en Syrie. Je connais cette manière de fabriquer des héros, de transformer des assassins en combattants glorieux, de présenter la haine comme une vertu patriotique. Je sais combien ces récits peuvent s’installer profondément dans l’esprit d’un enfant. On ne lui apprend pas nécessairement à tuer. On lui apprend d’abord à admirer ceux qui ont tué. La nuance que l’Occident ne comprend pas est pourtant là, très claire.

C’est ce que j’appelle le conditionnement à la haine et à la mort. L’endoctrinement.

Les Juifs, éternels coupables

Le rapport révèle également la persistance de stéréotypes antisémites dans plusieurs manuels. Dans une leçon de sixième année (environ 11–12 ans) consacrée à la bataille du Fossé, les élèves apprennent que la trahison et les coups portés dans le dos figurent parmi les caractéristiques des Juifs. Un exercice reprend cette idée en présentant la rupture des engagements et la trahison des promesses comme des traits propres aux Juifs.

On ne parle plus ici d’une critique de la politique israélienne. On ne parle même plus du conflit israélo-arabe. On attribue à un peuple entier des caractéristiques morales négatives, présentées comme des vérités transmissibles aux enfants.

En dixième année (environ 15–16 ans), un manuel conteste également la continuité historique entre les Juifs contemporains et les anciens Hébreux, contribuant ainsi à délégitimer le lien historique du peuple juif avec la terre d’Israël.

L’hostilité envers Israël traverse d’ailleurs les programmes. Les attentats-suicides de la seconde Intifada sont présentés comme des opérations de martyre, tandis que les tirs de roquettes contre des localités israéliennes sont valorisés.

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Dans un manuel de géographie, les nouvelles autorités ont supprimé les références à certains territoires revendiqués sous Assad, notamment en Turquie et en Iran. En revanche, la Palestine demeure présentée comme occupée par Israël. Autrement dit, le nouveau pouvoir sait parfaitement réviser les programmes lorsqu’il le souhaite. Les références susceptibles de contrarier certains partenaires régionaux disparaissent. Pourquoi, alors, l’Occident, qui soutient financièrement cette nouvelle Syrie, n’exige-t-il pas la révision des autres contenus, notamment ceux qui concernent Israël et perpétuent la haine et la violence ?

L’hostilité envers Israël, elle, demeure. Est-ce simplement un héritage du passé ? Ou le signe que le nouveau régime syrien s’accommode d’une idéologie qui continue à désigner Israël comme un ennemi fondamental ? La question mérite d’être posée aux partenaires occidentaux.

Ce que l’Occident refuse de regarder

Depuis la chute de Bachar al-Assad, les dirigeants occidentaux semblent fascinés par la transformation d’Ahmed al-Sharaa. L’ancien Joulani, passé par la mouvance d’Al-Qaïda, a abandonné son apparence de chef de guerre pour adopter celle d’un responsable politique fréquentable. Il parle désormais de stabilité, de reconstruction, de souveraineté et de coopération. Il a appris le langage que l’Occident souhaite entendre. Mais pendant que les chancelleries se félicitent de ses déclarations, qui examine sérieusement ce que son gouvernement enseigne aux enfants ? Qui conditionne la reconnaissance politique à des progrès mesurables dans l’éducation, la liberté de conscience et la protection des minorités ?

Abou Mohammed al-Joulani, Damas, Syrie, 8 décembre 2024 © Omar Albam/AP/SIPA

Car le rapport montre que le changement ne se limite pas à Israël. Les références à l’égalité entre les femmes et les hommes reculent. Certaines représentations féminines sont modifiées pour imposer des vêtements religieux plus stricts. Des éléments scientifiques, notamment concernant l’évolution, sont supprimés ou révisés.

Je ne prétends pas que tous les enfants syriens adhéreront à ces enseignements. La société syrienne est infiniment plus diverse que l’idéologie de ceux qui prétendent la gouverner. Mais les programmes scolaires indiquent ce qu’un pouvoir juge digne d’être transmis, valorisé et normalisé. Et lorsque l’antisémitisme, la glorification de la violence et la primauté d’une identité religieuse traversent ces programmes, il serait irresponsable de n’y voir que des détails secondaires.

La Syrie mérite mieux qu’un nouvel endoctrinement

La chute du régime Assad était une nécessité historique pour un peuple qui a subi des décennies de dictature, de répression et de terreur. Mais la disparition d’une dictature ne garantit pas la naissance d’une société libre. Et dénoncer les orientations idéologiques du nouveau pouvoir ne revient en aucune manière à regretter l’ancien.

Après tant de souffrances, les Syriens méritent autre chose qu’un changement de propagande. Ils méritent une école qui apprenne à penser plutôt qu’à obéir, à comprendre plutôt qu’à haïr. Une école dans laquelle chaque enfant, quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique, puisse se reconnaître comme citoyen à part entière. Une école qui prépare les enfants à vivre, pas à mourir en martyrs.

J’ai connu cette Syrie où Israël était présenté comme l’ennemi absolu, où les Juifs étaient enfermés dans des caricatures et où l’on nous apprenait très tôt ce qu’il fallait penser avant même de nous apprendre à réfléchir.

On ne déradicalise pas un pays avec des poignées de main

C’est peut-être la plus grande erreur de la diplomatie occidentale contemporaine : croire qu’un dirigeant qui change de discours a nécessairement changé de convictions. Mais les idéologies ne disparaissent pas parce que leurs représentants apprennent à changer de costume. Elles peuvent changer de vocabulaire, modifier leurs alliances, adapter leurs méthodes et attendre des circonstances plus favorables.

C’est précisément ce que j’appelle l’islamisme reconditionné. Non pas une transformation démontrée des convictions, mais une présentation nouvelle destinée à obtenir une acceptabilité politique.

L’enquête d’IMPACT-se ne permet pas, à elle seule, de prédire les intentions futures d’Ahmed al-Sharaa. Elle fournit néanmoins un indicateur concret de la direction idéologique prise par son administration.

La France, l’Europe et les États-Unis devraient demander des engagements vérifiables sur la réforme des programmes scolaires. Pas simplement des déclarations de tolérance. Des changements réels. Car le problème est de savoir quelle génération on contribue à former pour demain. La véritable transformation de la Syrie se mesurera au jour où un enfant syrien pourra ouvrir son manuel scolaire sans y apprendre à haïr les Juifs, à glorifier les terroristes ou à considérer Israël comme un ennemi héréditaire. Ce jour-là, nous pourrons commencer à parler de changement. En attendant, le nouveau pouvoir syrien a changé les portraits accrochés aux murs. Mais dans les livres des enfants, les vieux ennemis sont toujours là. Et l’Occident continue de sourire. N’est-ce pas, Monsieur Emmanuel Macron ?

Un syrien en Israël: A la rencontre de l'ennemi désigné

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  1. IMPACT-se, l’Institut pour le suivi de la paix et de la tolérance culturelle dans l’éducation scolaire, est une organisation non gouvernementale de recherche israélienne qui promeut une éducation à la paix, à la tolérance et à la non-violence. Sa méthode publiée analyse les textes et les illustrations des manuels à partir de critères issus notamment de déclarations de l’UNESCO et de l’ONU. Ces critères explicites et la confrontation des exemples cités aux manuels permettent de vérifier ses analyses et d’en discuter les conclusions. Cette référence méthodologique ne constitue pas une validation de ses rapports par l’UNESCO. ↩︎

Air Vote

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DR

Les Israéliens expatriés ont l’obligation de rentrer au pays pour voter. Différentes agences facilitent leur voyage, au grand dam de Bibi car, bien souvent, ils ne votent pas pour lui !


Les algorithmes sont impitoyables. Depuis quelques mois, ils me poursuivent sur le Net avec des publicités m’incitant à aller voter en Israël, mon pays natal. La plus insistante, et la plus efficace, est celle d’un programme baptisé « Fly & Vote », qui propose aux expatriés comme moi des billets d’avion pour le 27 octobre. J’ai fini par céder. Je me suis inscrit et j’ai versé l’avance demandée.

Sauf exceptions très limitées, notamment pour les diplomates et certains fonctionnaires en mission, il est impossible pour un Israélien de voter depuis l’étranger, que ce soit par correspondance, par procuration ou dans un consulat. Pour accomplir leur devoir civique, la quasi-totalité des citoyens n’a donc d’autre choix que de se trouver sur le territoire national et de faire la queue dans le bureau de vote qui leur est assigné. Si, le jour du scrutin, les transports publics sont gratuits à l’intérieur du pays, les frais de transport incombant à ceux qui habitent en dehors des frontières ne sont en revanche pas remboursés par l’État.

Fly & Vote a été lancé par AID Coalition, une organisation américano-israélienne issue de la mobilisation de 2023 contre le projet de réforme judiciaire de Benyamin Netanyahou. Après avoir vérifié que vous êtes bien inscrit sur les listes électorales, elle recherche et propose des places sur des vols réguliers ou affrétés. Mais il lui est interdit d’offrir le billet. Son succès est toutefois considérable. Début septembre, plus de 30 000 personnes s’étaient inscrites, sur quelque 630 000 Israéliens établis hors du pays. La demande est particulièrement forte depuis les États-Unis, notamment New York, mais aussi depuis les grandes villes européennes comme Londres, Berlin et Lisbonne.

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Il est admis qu’une majorité des inscrits devrait soutenir l’opposition. Les expatriés israéliens sont le plus souvent issus des zones urbaines, diplômés, plutôt laïques et employés dans les nouvelles technologies, la recherche, la médecine ou d’autres professions qualifiées. Ces catégories, très présentes dans la région de Tel-Aviv, ont constitué le cœur de la contestation contre la réforme judiciaire et votent davantage pour le centre, la gauche ou la droite anti-Netanyahou.

La réussite de l’opération Fly & Vote inquiète donc grandement la majorité sortante. Le Likoud a menacé de saisir la commission électorale centrale contre AID Coalition, estimant que l’aide apportée aux voyageurs pouvait constituer un avantage matériel assimilable à une forme de corruption électorale ou à un don politique interdit. L’ONG répond qu’elle ne finance pas les billets et ne sélectionne pas les voyageurs selon leurs opinions.

Quant à moi, j’ai dû en définitive changer mes plans. À cause de mes propres contraintes d’agendas, les vols que Fly & Vote m’a proposés ne convenaient pas. Je me suis donc désinscrit du programme, qui m’a remboursé mon acompte. Et j’ai acheté moi-même un autre billet, directement auprès d’El Al. C’est le plus cher que j’aie jamais payé ! Mais probablement aussi le plus important… Sans doute aussi le plus sûr. Au cas où la guerre reprendrait avec l’Iran. Ou les Houthis. Ou le Hezbollah.

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Cucul-panpan sur les trouduc’

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"Y'a le nom d'Allah, il faut retirer ça tout de suite". Un manifestant avec une pancarte "Bismillah c'est les ténèbres" pris à partie. Capture vidéo RS.

Les trouduc’, ce sont ces manifestants qui, suivant en cela la dérive démagogique de la mélenchonie, croient malin de faire allégeance à la pensée islamo-gauchiste actuellement dominante dans les cortèges. Ou du moins à ce qu’ils pensent être cette pensée.

On les voit brandir des pancartes sur lesquelles ils ont pris grand soin de situer le camp qui est le leur, piochant dans la langue d’importation. « Bismillah » est l’incontournable du moment. De même que l’est, oralement cette fois, le fameux et retentissant « Wallah » !

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Pour les trouduc’ en question cela n’est en réalité qu’un enjolivement de slogan, une coquetterie d’imitation comme une autre. Une sorte de jeu, voyez.

Sauf que la police religieuse veille. « L’islam n’est pas un jeu. On ne joue pas avec l’islam », scande au milieu des cortèges quelques gardiens de l’orthodoxie doctrinaire. Et joignant le geste à la parole, ils cisaillent, ils expurgent de ces pancartes tout ce qui a trait au nom de la divinité. Les trouduc’ n’en reviennent pas. Ils sont ridicules, à vrai dire. Il faut les voir se soumettre, se laisser arracher leurs écriteaux et donner la leçon. « On recommencera pas, mon frère, promis ! », se vautrent-ils.  La police de la République, ils la caillassent, l’insultent, la traînent dans la fange à la moindre tentative de leur faire respecter le droit et les biens communs, et là, face à cette agression – car c’en est une – face à cette atteinte à ce qu’ils pourraient considérer être du domaine de leur liberté, c’est tout juste s’ils ne se prosternent pas en s’excusant platement et en déversant des flots de « merci »…

Ils sont mûrs, les trouducs ! Mûrs pour la dictature religieuse et politique islamiste. Devant de telles scènes, on se persuade sans peine que le plus gros du boulot est fait. Voilà ce qu’ils nous montrent, ces égarés, piteux comme des morveux qu’on viendrait de prendre les doigts dans le pot de confiture.

Il reste que le croyant qui fait son boulot de croyant en remettant ainsi les pendules à l’heure – la sienne d’heure, évidemment -, mérite au moins un peu plus de respect que ces moutons de Panurge, à ce point décérébrés qu’ils ne se rendent même pas compte de ce qu’ils piétinent en s’emparant aussi cavalièrement de tabous religieux. S’abstenir de telles stupidités, ce serait attendre d’eux une subtilité de pensée, une délicatesse d’esprit, un souci du respect de l’autre dont ils sont tragiquement incapables. En fait, par le recours aux formules religieuses importées, ils ne font que tenter de meubler le vide de ce qu’ils prétendent porter. Ce n’est qu’un habillage, une concession à la mode, le must du moment. Et le gars qui est là pour leur lancer à la figure « l’islam n’est pas un jeu » leur semble débarqué d’une autre planète. Alors qu’il est juste celui qui, tel le prophète de malheur, vient leur annoncer l’avènement de temps très sombres et le triomphe de l’obscurantisme.

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Ce qu’on peut regretter aussi, c’est que personne, apparemment, n’ait l’amour de notre société assez fortement chevillé à l’âme pour aller crier dans les cortèges : « La République n’est pas un jeu… La liberté n’est pas un jeu… » Évidemment, celui-là ne tiendrait pas cinq minutes. Il ne faut quand même pas pousser trop loin la provocation, n’est-ce pas ?

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Qui est vraiment Lola-Fleur Whittaker, l’influenceuse mélenchoniste devenue célèbre sur TikTok ?

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Jean-Luc Mélenchon peut désormais compter sur un certain nombre d'influenceurs et d'influenceuses sur les réseaux sociaux et notamment TikTok.
Jean-Luc Melenchon. Leftist party La France Insoumise (LFI) candidate in France's 2027 presidential election Jean-Luc Melenchon takes part in Politico s Major Interviews series in Paris, France on September 24, 2026. Jean-Luc Melenchon candidat pour La France Insoumise (LFI) pour l election presidentielle 2027 participe aux grands entretiens du site Politico a Paris, le jeudi 22 septembre 2026 //ALAINROBERT_1J6A9515/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2609250730

Son échange très tendu avec David Lisnard sur le 17 octobre 1961 a fait le tour des réseaux sociaux. Mais Lola-Fleur Whittaker s’était déjà fait remarquer en affrontant une boulangère d’origine congolaise sur les pillages. Étudiante à Sciences Po, ancienne candidate LFI et créatrice de contenus politiques, la jeune femme n’est pas une simple spectatrice invitée au hasard sur un plateau.


Quelques minutes de télévision ont suffi à faire de Lola-Fleur Whittaker l’un des visages les plus commentés de la séquence politique. Sur LCI, la jeune femme a interpellé David Lisnard à propos du 17 octobre 1961 et de la présence de drapeaux algériens dans les manifestations. Le maire de Cannes lui a répondu sèchement avant de reconnaître que les événements de 1961 avaient été « très graves » et « dramatiques », tout en refusant d’en faire une grille d’explication des violences contemporaines.

Le 17 octobre 1961 est un fait historique documenté : une manifestation d’Algériens organisée à Paris contre un couvre-feu discriminatoire fut violemment réprimée sous l’autorité du préfet Maurice Papon et fit de nombreuses victimes. Le débat entre Lisnard et Whittaker ne portait donc pas sérieusement sur l’existence de cette répression, mais sur l’usage de cette mémoire pour interpréter les tensions politiques françaises de 2026.

Une influenceuse mélenchonniste sur TikTok : Lola-Fleur Whittaker, créatrice de contenus déjà engagée avec LFI

Présentée à l’antenne comme « étudiante et créatrice de contenus politiques », Lola-Fleur Whittaker possède un parcours déjà très politique. Elle étudie à Sciences Po Paris après un cursus en politique et relations internationales à l’université de Manchester. Elle indique également des expériences à l’Assemblée nationale et auprès des Nations unies. Aux municipales de mars 2026, elle figurait en 21e position sur la liste LFI « Le Nouveau Paris populaire 15e ».

Son activité sur les réseaux sociaux n’est pas davantage apolitique. La Dépêche rappelle qu’elle s’est affichée avec des responsables insoumis, notamment Sophia Chikirou, et qu’elle faisait partie des créateurs de contenus conviés aux conférences de presse organisées par Jean-Luc Mélenchon à destination des nouveaux médias. C’est ce mélange entre militantisme, formats courts et présence médiatique qui explique l’étiquette d’« influenceuse mélenchoniste » qui lui est désormais accolée.

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Son parcours social a lui aussi suscité des commentaires. Après son baccalauréat à Paris, elle a passé trois années à l’université de Manchester avant de rejoindre Sciences Po. Les frais affichés pour certains étudiants internationaux à Manchester peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Cela ne permet cependant pas de savoir ce qu’elle a personnellement payé, si elle bénéficiait d’aides ou quelle est exactement la situation patrimoniale de sa famille. Parler de « profil bourgeois » relève donc davantage d’une qualification politique ; ce qui est vérifiable est un parcours universitaire international et privilégié.

Avant Lisnard, le clash avec une boulangère congolaise

L’échange avec David Lisnard n’était pas son seul moment viral. Lors du débat sur les pillages, Lola-Fleur Whittaker avait déjà affronté Jhemima Sheilha, entrepreneuse et boulangère arrivée du Congo enfant. Cette dernière a raconté un parcours modeste avant de devenir cheffe d’entreprise et d’employer aujourd’hui de nombreux salariés. Lorsque l’étudiante a relativisé les pertes subies par certains commerçants en expliquant qu’ils avaient malgré tout « des choses à perdre », la boulangère lui a répondu en rappelant que ces entreprises pouvaient représenter le travail d’une vie.

La confrontation rendait plus difficile une lecture sociale trop simple. D’un côté, une jeune militante défendant l’idée que les pillages doivent aussi être replacés dans un contexte de colère sociale ; de l’autre, une entrepreneuse issue de l’immigration et d’un milieu modeste refusant que la destruction de commerces soit relativisée. Le débat opposait donc moins deux origines sociales évidentes que deux interprétations de la violence.

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En quelques jours, Lola-Fleur Whittaker est ainsi passée du statut de créatrice de contenus politiques connue dans les cercles militants à celui de personnage viral. Son échange avec Lisnard, son engagement à LFI, Sciences Po et ses confrontations télévisées fournissent tous les ingrédients des réseaux sociaux. Mais derrière le buzz se trouve un profil plus structuré qu’une simple étudiante surgie d’un plateau : celui d’une militante déjà candidate à une élection et intégrée à la nouvelle stratégie médiatique de Jean-Luc Mélenchon.

Dette : les marchés commencent-ils à s’attaquer à la France ?

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Le coût de la dette française explose et pourrait engendrer des risques conséquents pour l'économie comme le fonctionnement du pays.
A person holds a Tshirt denouncing the Richs and the taxes they need during a united demonstration organized by unions during a national strike launched after the "Block Everything" call of September 10. The demonstrators are protesting against the brutal budgetary measures announced to alleviate the country's debt and the political climate. September 18, 2025, Toulouse, France. Une personne porte un tshirt pour Taxer les riches lors d une manifestation unitaire organisee par les syndicats olors d une greve nationale lancee apres l appel Bloquons Tout du 10 septembre. Les manifestants protestent contre les mesures budgetaires brutales annonces pour allÃ'ger la dette du pays et l ambiance politique. 18 septembre 2025, Toulouse, France.//SCHEIBER_10552/Credit:FRED SCHEIBER/SIPA/2509190649

Le coût de la dette française se tend fortement et l’écart avec l’Allemagne se creuse. Les investisseurs sanctionnent une accumulation de risques budgétaires, politiques et économiques. Pour un État qui doit refinancer chaque année plusieurs centaines de milliards d’euros, le mouvement n’a plus rien d’abstrait.


La question a été posée frontalement mercredi matin sur BFM Business. Le taux français à dix ans s’est fortement tendu ces derniers jours et l’écart avec le Bund allemand s’élargit. Il ne s’agit pas d’une « attaque » coordonnée au sens littéral. Les investisseurs vendent ou demandent une rémunération plus élevée lorsqu’ils considèrent qu’un actif devient plus risqué. Pour la France, ce changement de perception commence à devenir visible.

Coût de la dette française : presque 5 % pour emprunter à dix ans

Le rendement de l’OAT française à dix ans évolue désormais à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans. La comparaison avec l’Allemagne est encore plus significative : le spread, c’est-à-dire le supplément de rémunération demandé pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, s’est fortement élargi. BFM Business consacrait ce mercredi une séquence entière à cette divergence entre les deux pays.

A lire aussi : Dette française: au commencement était le déficit

La nervosité ne vient pas seulement des violences récentes. Les marchés regardent la faiblesse de la croissance, le déficit, une dette publique supérieure à 110 % du PIB et la difficulté politique à engager un redressement durable des comptes. Reuters décrit un risque de cercle vicieux : la croissance faible dégrade les finances publiques, la détérioration budgétaire augmente le coût du financement et les taux plus élevés pèsent ensuite à leur tour sur l’économie.

La dette devient un budget à elle seule

La hausse des taux finit par se transmettre progressivement aux finances publiques. Une partie des obligations émises lorsque l’argent ne coûtait presque rien arrive à échéance et doit être remplacée par de nouvelles émissions beaucoup plus chères. Si les conditions financières restaient durablement dégradées, le service de la dette pourrait devenir l’un des tout premiers postes de dépense publique.

Les marchés actions ont eux aussi montré des signes de nervosité, notamment sur les banques et les entreprises les plus exposées à l’économie française. Une nouvelle échéance approche avec l’examen de la notation souveraine par Moody’s. Une dégradation ne provoquerait pas automatiquement une crise, mais elle renforcerait l’idée que la dette française a changé de statut aux yeux des investisseurs.

La France continue de trouver des acheteurs pour sa dette. Elle n’est donc pas confrontée à une crise comparable à celle de la Grèce au début des années 2010. Mais le vrai signal d’alarme arrive avant qu’un État ne perde l’accès aux marchés : il apparaît lorsque la confiance devient progressivement plus chère. C’est précisément le mouvement que Paris doit désormais enrayer.

Sabotage des trains à Toulouse, mairie incendiée à Limoges : le retour du terrorisme d’ultragauche ?

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La mairie de Limoges, incendiée pendant les manifestations du 17 octobre. Ce sabotage est potentiellement le fait de l'ultra-gauche.
The roof and bell tower of Limoges town hall collapsed after the historic 19th-century building was engulfed in flames at the end of a demonstration on Saturday, October 17. Radical individuals set fire to the building during unrest following the protest, causing extensive damage to the landmark.//LERVALYAN_LERVAL1071/Credit:Yann Lerval/SIPA/2610180805

Le trafic ferroviaire est fortement perturbé autour de Toulouse après un acte de malveillance. Deux jours plus tôt, un militant d’ultragauche fiché S était arrêté dans l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges. Les deux affaires sont distinctes et, à ce stade, rien ne permet d’attribuer le sabotage ferroviaire à cette mouvance. Mais l’enchaînement ravive le spectre d’une violence politique visant les infrastructures et les symboles de l’État.


Nouvelle matinée noire pour les voyageurs toulousains. La circulation des trains a été interrompue ou fortement perturbée sur plusieurs axes autour de Toulouse-Matabiau après ce que la SNCF qualifie d’« acte de malveillance ». La nature exacte des dégradations et l’identité de leurs auteurs restent à établir. Il serait donc prématuré de présenter l’affaire comme une action de l’ultragauche. Mais le sabotage intervient dans une séquence où cette mouvance est de nouveau au centre de plusieurs enquêtes.

Sabotage et terrorisme d’ultragauche : le précédent des Jeux olympiques

Le rapprochement avec l’été 2024 vient immédiatement à l’esprit. Dans la nuit précédant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, plusieurs installations stratégiques de la SNCF avaient été attaquées presque simultanément. Des câbles indispensables au réseau avaient été endommagés ou incendiés et environ 800 000 voyageurs avaient subi les conséquences de cette opération coordonnée. L’hypothèse de l’ultragauche avait été étudiée par les enquêteurs, sans qu’une responsabilité judiciaire définitive de cette mouvance ait été établie.

L’intérêt de certains courants anarchistes insurrectionnels pour les infrastructures est ancien. Dans L’Insurrection qui vient, texte attribué au Comité invisible, la société moderne est décrite comme dépendante de flux permanents – transports, énergie, communications – et le blocage de ces flux comme un levier de rupture politique. L’idée est moins de conquérir directement l’État que de désorganiser les réseaux dont dépend la vie quotidienne afin de créer une situation de crise. Ce rappel doctrinal ne prouve évidemment aucun lien avec Toulouse. Il explique en revanche pourquoi la coupure des transports, de l’électricité ou des télécommunications est régulièrement examinée sous l’angle de l’insurrectionnalisme anarchiste.

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Terrorisme d’ultragauche, incendies et sabotage : à Limoges, un suspect fiché S

L’affaire de Limoges donne à ces interrogations une dimension plus concrète. Mardi, le Raid a interpellé un homme de 34 ans présenté par plusieurs sources policières comme un activiste d’ultragauche fiché S. Il est soupçonné d’avoir participé à l’incendie volontaire de l’hôtel de ville pendant les violences du 17 octobre. La sous-direction antiterroriste a été saisie. Le maire Guillaume Guérin affirme pour sa part que plusieurs centaines de militants d’ultragauche avaient infiltré la manifestation et que l’attaque de la mairie avait été préparée. Ces déclarations restent celles du maire et l’enquête doit déterminer les responsabilités individuelles.

Le profil du suspect retient l’attention des enquêteurs. Déjà connu pour des violences contre des personnes dépositaires de l’autorité publique, il appartient selon les informations policières disponibles à la mouvance d’ultragauche. Son environnement familial a également été évoqué dans la presse : son père a été condamné pour plusieurs incendies visant notamment des véhicules d’Enedis, un émetteur TDF et une antenne-relais. Cela ne permet ni de déduire une responsabilité du fils des actes du père, ni de conclure à l’existence d’une organisation familiale. Mais la récurrence de cibles liées aux institutions et aux infrastructures alimente les interrogations des services de sécurité.

Parler déjà d’un « retour du terrorisme d’ultragauche » serait donc une hypothèse, pas un constat judiciaire. La saisine de la SDAT à Limoges montre toutefois que la piste est prise au sérieux par l’État. Entre l’incendie d’un hôtel de ville, les précédents ferroviaires et une culture insurrectionnelle qui fait du sabotage des réseaux un outil politique, la question revient avec une force nouvelle : assiste-t-on à la résurgence d’une violence anarchiste susceptible de franchir le seuil du terrorisme ?

Le situationnisme du XXIe siècle

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Sous les pavés, les placements de produits : la dérive situationniste à l’heure de Lena. DR.

Dans le monde magique de Lena Situations, capitalisme et communisme ont fusionné. À coups de vidéos YouTube, l’influenceuse a inventé le kolkhoze en bikini ! Les prolétaires sont riches, à moitié à poil, et le cul au bord d’une piscine. Dieu merci ils ne travaillent pas – les sponsors paient le loyer.


À l’entrée des Essais, Montaigne avertit son lecteur : « Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre, ce n’est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Adieu donc, de Montaigne, ce premier de Mars 1580. » Plus de quatre siècles plus tard, Lena Situations se prend, à son tour, comme matière de ses vidéos sur YouTube mais, à la différence de Montaigne, elle n’en détourne pas les possibles followers, et que ce sujet (elle-même) puisse être frivole ne la rendra pas vaine, ni à ses propres yeux, ni à ceux de ses abonnés. Le grand mérite de Lena Situations, à mon avis, aura été de confirmer la nature profondément futile de l’être humain. Les vidéos de Lena m’ont rappelé le film de Sofia Coppola sur Marie-Antoinette : des jeunes gens occupés de jeux, de fêtes, de sexe, de masques, de mode, d’escarpins, de coiffures. Coppola, sans doute, travestissait la reine de France en s’inspirant de sa propre jeunesse du côté de Los Angeles, autour de piscines, sous le ciel bleu de la Californie : comment une gosse privilégiée voit-elle le début de la vie ? Comme une fête permanente et un prétexte à s’amuser. Marie-Antoinette – a dû se dire Coppola – était ce que je suis, ce que j’ai été. Lena s’inscrit dans cette tradition de la vie insouciante.

Une déconneuse à plein temps

Qu’on ne croie pas pour autant que cette frivolité soit réservée à l’adolescence : c’est bien malgré eux que beaucoup l’abandonnent avec l’âge, flanqués qu’ils sont d’une épouse, d’un mari et d’enfants qui contrarient leur goût pour la futilité. Les voilà chargés de responsabilités, impossible de déconner. Lena, elle, déconne – pour la plus grande joie de ses abonnés, des abonnés que je suppose jeunes et pour qui « la bande de copains » constitue un idéal, un groupe de happy few, se vannant, s’adorant, s’émerveillant les uns des autres. Si notre futur, pensent les followers, ressemble à ça, à ces ados qui déconnent ensemble, alors la vie mérite d’être vécue. Aucun problème matériel, pas de travail usant, pas de contremaître sur le dos, pas d’autre souci que de s’amuser entre potes trop gentils, capables de pleurer parce qu’ils se quittent toute une semaine. Monde de toutes les couleurs, monde d’animes et de mangas, usant d’un vocabulaire générationnel (« en mode », « trop », « en vrai », « eye contact », « truc de ouf », etc.), le monde de Lena Situations perpétue celui de l’enfance à l’âge adulte. Les abonnés, lorsque les vlogs d’été prennent fin (autrement dit, lorsqu’il n’y aura plus une vidéo postée chaque soir), pleurent à l’unisson des vacanciers de YouTube : « J’arrive pas à croire que demain c’est le dernier vlog de Lena j’ai envie de pleurer j’suis tellement tellement triste 🫢 » ; « c’est dingue comment tous les au revoir font mal dans ce vlog  ». Ils sont désespérés, comme s’ils avaient passé, eux aussi, l’été au Maroc, avec Lena et ses copains, sur son yacht ou dans sa villa luxueuse. Le génie de Lena est d’entraîner toute la galaxie des ados à sa suite, de tous les intégrer dans son univers rose bonbon : la répétition des journées crée un sentiment de familiarité en sorte que Lena devient une amie, ses amis des amis, son monde le monde des followers. On pourrait s’en moquer, on aurait tort : la littérature, elle aussi, donne très souvent l’impression d’une grande proximité entre le lecteur et l’écrivain, et tel qui lit le journal de Léautaud en entier finit par le considérer comme un ami. Je me souviens d’avoir lu, vers 20 ans, la correspondance de Flaubert d’une manière continue et passionnée au point de me sentir plus proche de Gustave que de la plupart des gens. Un grand roman produit le même effet : vivre dans l’intimité du narrateur de La Recherche au point de préférer les rencontres chez les Verdurin à sa propre vie. J’ai connu cette folie, je l’atteste. Lena se sépare de Proust par l’ingénuité de la réflexion et la naïveté des dialogues : Lena serait plutôt du côté de la littérature américaine et du dialogue réaliste, matérialiste, sans abstraction – comme les étudiants chez Brett Easton Ellis. Elle flotte sur la matérialité de l’existence. Jamais elle ne descend dans les profondeurs ni dans les labyrinthes de notre condition. Elle est trop heureuse pour ça. Ne comptez sur elle ni pour analyser l’âme humaine, ni pour s’offusquer des injustices sociales, ni pour dénoncer les impasses du capitalisme. Lena vit dans un rêve (qui pour d’autres serait un cauchemar), le rêve de la fête, des blagues, des bons sentiments. Le rêve américain, sans la misère sociale derrière le décor Coca-Cola ; la vie de Barbie, en plus trash (Lena et ses potes pratiquent la vanne scato et la blague de cul). Comme si les prisonniers de « Loft Story » s’étaient échappés du loft pour se filmer chez eux, au bowling, à Euro Disney et dans les boutiques de fringues : une dinguerie ! On aurait dû couper le fil des caméras et enfermer les Lofteurs à double tour, au lieu de quoi, ils ont envahi la planète, se sont reproduits, avant de prendre, bientôt, le contrôle de la politique et des médias. Trump, lui aussi, s’est enfui d’un jeu de télé-réalité. On mesure le danger.

La télé-réalité a inventé le scénario libre : on crée une situation, les acteurs improvisent, au plus près de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils ont envie de montrer d’eux. Pas si loin, au fond, de la révolution de la Nouvelle Vague : caméra à l’épaule, travellings tremblants, jeunesse, réalité des rues de Paris. Sauf que Godard et Truffaut cherchaient à capter la vie vivante, imparfaite, printanière, insolente. Lena se met en scène et s’amuse pour capter l’attention des followers, en créant un monde de luxe, sans misère, sans réelle souffrance. Un monde qui n’existe pas, et pourtant très proche, par les codes linguistiques et culturels, de celui de ses abonnés : la vie telle qu’ils la rêvent.

La vie selon Lena Situations, en quelques miniatures YouTube.

L’alliance du capitalisme et de l’évolution numérique devait aboutir à Lena Situations, attendu que cette alliance n’a pas d’autre but que le chiffre d’affaires. Lena n’est responsable de rien, inutile de lui taper dessus. Elle scénarise et filme sa vie, une vie assez agréable pour que des millions de jeunes gens la regardent sur internet. Sans YouTube, il aurait été impossible de poster régulièrement une vidéo sur de simples essayages de fringues : aucun producteur n’aurait misé un kopeck sur ce projet. Mais avec internet, émerge une nouvelle relation à l’image : et grâce à ce format, les abonnés croissent et se multiplient ; par l’abondance d’abonnés prolifèrent la publicité, les placements de produits, les partenariats avec des marques, les parrainages prestigieux. L’argent coule à flots. Il est difficile de ne pas penser à la définition que Debord donnait de la société du spectacle : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. » Le capital a donné naissance à Lena Situations. C’est toujours mieux que le goulag.

Mélenchon 2027

Balzac, marxiste avant Marx, décrit, dans La Fille aux yeux d’or, Paris comme un spectacle terrifiant, où tous courent sous une « tempête d’intérêts ». Il pose cette question : « Que veulent-ils ? De l’or, ou du plaisir. » Lena Situations aurait passionné Balzac : une Rastignac au féminin, et qui réussit. La nouvelle aristocratie a laissé tomber la particule, les terres, les châteaux, le prestige, le latin, l’arrogance, elle s’incarne dans une jeune femme, jolie, ambitieuse, maligne, qui, comme les situationnistes, crée des situations nouvelles. Debord songeait à la poésie et à la métaphysique, Lena à l’or et au plaisir. Les situationnistes de Debord fuyaient les diktats du capitalisme en dérivant, la nuit, dans les rues de Paris, loin de la marchandisation du monde ; les situationnistes de Lena ne vivent que pour les produits du capitalisme (yacht, fringues, coiffures, maquillage, etc.) tout en dérivant dans des parcs d’attraction.

Le jour où la pauvreté aura disparu, grâce au programme de Mélenchon, le monde entier ressemblera à la vie selon Lena Situations, puisqu’une fois les chaînes de la servitude brisées, il ne restera plus qu’à s’amuser entre gens gentils, loin des livres écrits par les mâles blancs de l’Ancien Régime et loin de la Ve Constitution. La peur de la mort sera vaincue, le sens de l’existence évident.

Quand David Lisnard se lâche

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Le maire de Cannes, candidat à l’élection présidentielle, réjouit ses soutiens – et au-delà – en répondant sèchement « j’en ai rien à foutre » à Lola-Fleur Whittaker, une militante gauchiste.


Rien de tel qu’une campagne présidentielle pour révéler la médiocrité ou l’intelligence et le courage… David Lisnard a démontré que ces deux dernières qualités ne lui étaient pas étrangères. Il a répondu grossièrement sur le plateau de LCI à une étudiante proche de LFI qui le questionnait sur le massacre du 17 octobre 1961 : « Non mais je m’en fous madame, j’en ai rien à foutre, j’en ai rien à cirer, j’étais pas né, depuis il y a eu l’indépendance de l’Algérie ». Que le remarquable maire de Cannes, candidat à la prochaine élection présidentielle, se soit laissé aller à un langage qui ne lui est pas habituel tient sans doute à un état d’exaspération que l’on peut comprendre. Cette étudiante n’était pas née en 1961 et son questionnement orienté n’avait d’autre finalité que d’entraîner M. Lisnard dans un débat qui, selon lui, n’était plus d’actualité depuis longtemps et de le contraindre à se sentir coupable de morts et de tragédies dont il n’était pas responsable. Il a parfaitement senti le piège, tout en étant conscient que sa culture historique aurait pu le conduire à évoquer cette journée du 17 octobre sur laquelle, en tant que citoyen, il avait évidemment un avis à donner.

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Mais cet échange vif va bien au-delà. Son irritation a probablement été nourrie aussi, plus profondément, par le caractère stérile de ce ressassement du passé qui permet trop souvent à la gauche de se croire légitime en dénonçant et condamnant certains épisodes de l’histoire de notre pays, comme si la droite d’aujourd’hui était vouée à assumer les pages sombres d’un passé lointain. Il conviendrait d’autant plus de changer de registre. La réaction de David Lisnard a été celle d’un responsable politique qui en avait assez de cette inquisition partiale et unilatérale. La droite ne devrait plus s’interdire de mettre en cause une certaine gauche extrémiste pour les horreurs imputables à des régimes ou à des groupes révolutionnaires qu’elle continue à louer et à admirer. Dans sa vision de l’Histoire, les morts innombrables ne comptent pas. Robespierre et la Terreur de 1793-1794 mériteraient, bien plus que cette journée du 17 octobre, d’être sans cesse questionnés.

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Peut-être faut-il aussi analyser cette libération de la parole de David Lisnard comme l’expression d’un soulagement, comme si elle lui permettait de sortir d’un corset historique, intellectuel et moral qui n’a que trop longtemps engoncé le camp conservateur. Il est temps que ce dernier n’accepte plus la présomption de culpabilité et la lancinante et masochiste mauvaise conscience que la gauche lui impose. Les hauts cris de la gauche contre le maire de Cannes n’ont pas la moindre importance. Ils révèlent qu’elle a compris que ce « rien à foutre » est une petite révolution.