Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, salué par la presse progressiste mondiale comme l’homme qui dit non à Trump et à Netanyahou, dit un grand oui à l’immigration. Elisabeth Lévy est revenue ce matin sur sa promesse de régulariser des centaines de milliers de migrants dans sa chronique.
En matière migratoire, la solidarité européenne, c’est : « je fais ce que je veux, débrouillez-vous avec les conséquences ». Pedro Sanchez annonce une régulation massive de clandestins. Pour le Premier ministre espagnol, si son pays veut être « un pays ouvert et prospère plutôt que fermé et pauvre », il doit absolument régulariser 500 000 clandestins, et peut-être plus selon un rapport de police.
Les critères de régularisation, très larges, n’imposent pas vraiment d’avoir un emploi. Cinq mois de résidence en Espagne seulement suffisent. Certes, parmi les régularisés, il y a une forte proportion d’hispanophones, portés à rester en Espagne, mais aussi de plus en plus d’Africains et de Maghrébins qui pourraient tout aussi bien se rendre en France, dont ils parlent la langue.
Certes, le visa Schengen ne donne pas le droit de s’installer ailleurs en Europe, mais seulement de circuler dans la zone et d’y rester trois mois. Mais comme il n’y a pas de contrôle des entrées légales aux frontières, il n’y aura aucun moyen de savoir s’ils sont repartis au bout de ces trois mois… Selon l’eurodéputé français LR François-Xavier Bellamy, la mesure de Sanchez est une récompense massive pour l’illégalité et pour les réseaux criminels de passeurs. Pour Bruno Retailleau, fort énervé et à raison, la France et d’autres pays vont devoir payer pour la générosité espagnole. Générosité peut-être intéressée car, comme le disait hier Nicolas Pouvreau-Monti, de l’Observatoire de l’immigration : les régularisés d’aujourd’hui sont les naturalisés de demain et les électeurs d’après-demain.
Au-delà de la France, ce cavalier seul agace tous les Européens. L’isolement du « Mélenchon espagnol » révèle que, sur la question migratoire, une véritable révolution copernicienne est en cours en Europe : dans les pays membres, à commencer par l’Allemagne, qui accélère les expulsions, mais aussi, ceci expliquant cela, dans la bureaucratie bruxelloise. Le pacte asile-immigration, qui entrera en vigueur en juin, tente notamment d’accélérer le retour des déboutés du droit d’asile.
En 2016, rappelez-vous, avec la guerre en Syrie, plus de dix millions de demandeurs d’asile affluent vers l’Europe. Merkel ouvre grand nos bras à tous. « Nous y arriverons », dit-elle. Nous n’y sommes pas arrivés. À l’époque, l’Europe est convaincue d’être un droit de l’homme ; le mauvais élève de la classe s’appelle Orban, il est de droite et ne veut pas d’immigration. Aujourd’hui, le mauvais élève s’appelle Sanchez, il est de gauche et c’est le dernier immigrationniste de la bande. Soucieux de gagner l’olympiade de l’ouverture morale, il a récemment publié dans le New York Times un texte ronflant[1] pour dire que l’Espagne aime l’immigration, ce qui justifie bien sûr d’imposer ses lubies à tous les autres.
Il a fallu dix ans pour que gouvernants et technocrates européens entendent les peuples et arrêtent de raconter des sornettes sur l’immigration heureuse. Espérons qu’il faudra moins de temps pour passer de la prise de conscience à une action résolue contre un phénomène qui menace sérieusement la cohésion des sociétés européennes.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale
[1] I’m the Prime Minister of Spain. This is why Europe needs migrants https://www.nytimes.com/2026/02/04/opinion/spain-migrants-europe.html
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