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Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.

La novlangue vous salue bien

Derrière les provocations verbales de plus en plus abjectes de Jean-Luc Mélenchon se cache aussi son aisance à exploiter les failles du pouvoir politico-médiatique – ce dernier cherchant, jusqu’à la nouvelle façon de prononcer les noms, il est vrai, à nous imposer son dictionnaire. Analyse.


« Ce n’est pas parce que Monsieur Le Pen disait qu’il préfère le soleil à la pluie que le soleil lui appartient » ; cette phrase, qui a marqué son époque, prononcée par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sujet de l’immigration en France1, pourrait aujourd’hui être pleinement associée à la récente remarque de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation du nom du criminel sexuel le plus décrié du monde, Jeffrey Epstein.

Derrière le parfum nauséabond utilisé par le patron de LFI autour de l’origine juive du roi déchu de la jet-set américaine, Mélenchon est loin d’être le seul à avoir remarqué la différence de prononciation des noms qui finissent par « stein », majoritairement d’origine juive allemande et dits depuis toujours « chteyn » en France, et la version « Epstine » que les médias américains, habités par ce dossier explosif, auraient imposée pour évoquer le scandale qui entache un nombre invraisemblable de gens influents de la société occidentale.

http://www.youtube.com/watch?v=utOcyFHOb5k

Si Mélenchon voit dans cette manœuvre politico-phonétique la volonté de ses auteurs de russifier le nom du prédateur financier — ce qui est, il est vrai, dans le contexte actuel de guerre hybride entre l’Occident et la Russie, de nature à diaboliser davantage le malfaiteur (« Epstine » sonne presque comme « Eltsine », sic) — cette astuce sémantique confirme surtout la tendance à la création d’un nouveau langage, dans lequel les mots sont soigneusement choisis par un pouvoir dont l’identité précise nous échappe, mais qui nous guide depuis plusieurs décennies déjà dans la définition collective — et même individuelle — du bien et du mal.

Supprimer les nuances de la langue pour diriger nos pensées

Malgré tout le déchirement que chacun de nous peut ressentir à l’égard des jeunes filles, mineures, manipulées et abusées par l’impitoyable empire de l’homme d’affaires new-yorkais, il serait aussi légitime d’interpeller le terme « survivantes » employé à leur égard. Les malheurs et les souffrances humaines ne sont ni des sujets de compétition ni des objets de comparaison sur une quelconque échelle de la douleur ou des dégâts physiques et moraux. Mais s’agissant des crimes, le terme « survivant », depuis la Seconde Guerre mondiale et l’horreur de la Shoah, a reçu un statut à part. Les revenants de l’enfer des camps de concentration l’avaient mérité et nous, les générations qui ont suivi, leur devons au moins cette définition.

Les victimes d’abus sexuels méritent elles aussi un mot juste pour décrire leur souffrance. Mais l’utilisation du terme « survivant » pourrait presque laisser penser qu’un pouvoir invisible politico-médiatique cherche à vulgariser et ainsi banaliser les crimes du nazisme.

A lire aussi: Jeffrey Epstein, l’homme aux 100 000 contacts

Mais le dictionnaire de la bien-pensance contemporaine ne se limite pas à l’affaire Epstein, bien évidemment. Depuis quelques années déjà, nous sommes habitués à l’usage du terme « complotisme » pour désigner un avis qui tranche avec la version courante des élites au pouvoir afin d’expliquer un événement social ou géopolitique, ou encore à celui de « propagande ». Ce dernier est utilisé, le plus souvent, pour lier les auteurs d’opinions alternatives au président russe Vladimir Poutine, champion toutes catégories des maux de l’Occident, ou à son acolyte asiatique Xi Jinping.

Ces mots « outils », utilisés pour dénigrer un désaccord profond avec la version officielle et pour anéantir la moindre tentative de débat — qui est pourtant la base vitale d’une démocratie — nous ramènent, encore et toujours, au livre qui, hélas, avait pressenti, il y a 80 ans, les risques de dérives totalitaires que pouvait courir l’Occident : 1984, de George Orwell. L’une des armes les plus redoutables du parti de « Big Brother » fut la création d’un dictionnaire idéologique, avec pour objectif de « restreindre les limites de la pensée » au point de « rendre littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer2 ». On se souvient des formules les plus efficaces du régime politique d’Océania, dans 1984 : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage » et « L’ignorance, c’est la force ».

Les mots justes pour une société juste

L’uniformisation de la pensée moderne mainstream, celle qui ne distingue plus la guerre contre un régime terroriste et le génocide, les élans populaires patriotes et les mouvements néo-nazis, les abus sexuels et l’extermination raciale, la volonté d’un peuple de choisir son leader et l’ingérence étrangère, est un véritable poison lent, qui a déjà vu les sociétés européennes sombrer dans le déni de la perte de leur souveraineté, de leur compétitivité et, tout simplement, de leur raison d’être dans le monde d’aujourd’hui.

« La Révolution (totalitaire) sera complète quand le langage sera parfait », a prédit Orwell par la voix de l’un des personnages de son livre ô combien prémonitoire. Et si la survie de la France et de l’Europe se trouvait peut-être d’abord dans la capacité d’appeler les choses par leur véritable nom, dans la préservation et l’usage de toutes les nuances de la langue que tant de gens exceptionnels nous ont laissées en héritage ?


  1. https://www.dailymotion.com/video/x3hg1q7 ↩︎
  2. https://www.librairal.org/wiki/George_Orwell:1984_-Premi%C3%A8re_Partie-_Chapitre_V ↩︎

La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui

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Pourim célèbre l’histoire de Esther, reine juive de Perse qui, selon le récit du Livre d’Esther sous le règne de Xerxès Ier, sauva son peuple d’un complot d’extermination mené par Aman. Les croyants peuvent voir un parallèle entre cette délivrance antique et les attaques récentes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, présenté ici comme l’« Amalek » contemporain menaçant l’existence d’Israël…


480 ans avant notre ère

Assuérus, alias Xerxès-le-grand, roi de Perse au Ve siècle avant Jésus-Christ, est plus connu du public français par la littérature que par l’Histoire : Racine l’a fait passer à la postérité comme vedette en compagnie d’Esther, son épouse juive, qui sauva son peuple de l’extermination voulue par le méchant vizir Aman.

Le véritable Assuérus a régné de 486 à 465 av. J.-C. À cette époque, les Amalécites, tribus nomades du Sinaï (aujourd’hui éteintes), représentaient l’archétype de l’ennemi acharné à l’éradication des Juifs. Aujourd’hui, les Juifs s’y réfèrent au singulier : le mal absolu se nomme Amalek et son souvenir doit appeler toutes les générations à la vigilance.

Aman, descendant de l’Amalek d’origine, était arrivé au plus haut poste de la hiérarchie perse : grand vizir et conseiller du roi. Il avait profité de sa position pour obtenir l’autorisation d’exterminer tous les Juifs du Royaume. C’était compter sans la reine Esther, à qui son oncle Mardochée avait conseillé de ne pas révéler sa religion à son époux lorsqu’elle avait gagné la compétition lancée sur tout le royaume. Elle ne lui avoua de quel peuple elle était issue que quand celui-ci fut promis à l’éradication. Cette révélation, au moment où Aman se voyait déjà en haut de l’affiche des tueurs de Juifs, fit basculer l’histoire. Le méchant fut vaincu et les époux royaux coulèrent des jours heureux, jusqu’à l’assassinat du roi en – 465 par un personnage oublié depuis.

Racine s’est inspiré de l’histoire d’Esther, telle qu’elle est narrée chaque année lors de la fête juive de Pourim, qui célèbre la victoire de la vie sur Amalek, le Terminator suprême.

Janvier 1689, Première d’Esther, tragédie de Racine en vers et en trois actes

Esther était une commande de Madame de Maintenon, dont la belle carrière, commencée à la Cour du roi Soleil comme gouvernante des enfants illégitimes qu’il avait eus avec Mme de Montespan, se termina par son mariage avec lui. Malgré (ou peut-être à cause de) sa relation adultère, elle était tombée en religion et observait à la Cour une attitude réservée et modeste. Son influence sur Louis XIV était considérable. Il fut très généreux avec sa danseuse, devenue son épouse secrète. Plutôt qu’en bijoux, celle-ci investit ses cadeaux sonnants et trébuchants dans un pensionnat pour jeunes filles nobles et désargentées. À la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, les jeunes pensionnaires recevaient une éducation de haut niveau et se voyaient offrir une dot afin de se marier « correctement ».

Mme de Maintenon eut l’idée de génie de mêler l’utile à l’agréable pour ses élèves. Afin d’encourager leurs penchants les plus nobles, elle commanda à Racine « quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit ». Il s’inspira du Livre d’Esther, un thème biblique exaltant le courage et le sacrifice personnel au profit du bien commun.

Amalek, la malédiction de tous les temps

Dans le Talmud, Amalek est l’archétype du mal absolu, symbole des forces qui s’opposent à Israël et à la Torah. Il est l’ennemi qui attaque sans raison, auquel l’Homme doit résister comme il résiste à ses propres péchés… mais aussi à ceux qui menacent sa fidélité à la Torah.

Jésus a préconisé de tendre la joue gauche, non sans avoir été, lui-même, un jeune rabbin indépendantiste, résistant à l’occupant romain, qui était l’Amalek de sa génération.

Dans le calendrier juif de 5786 (2026 de notre ère), Pourim est tombé le 2 mars.

En 2026, la Perse s’appelle République islamique d’Iran et Amalek/Aman est personnifié par Khamenei.

Il a été vaincu, la veille de Pourim, par l’alliance du Grand et du Petit Satan. Une fois de plus, la tentative d’éradication du peuple juif s’est soldée par la destitution du comploteur et par sa mort.

Les Juifs religieux voient la main divine dans cette concordance des temps. Les Juifs athées se réjouissent comme les autres de l’avoir échappée belle.

Tous vivaient dans l’angoisse depuis que le président américain Obama avait contourné le Congrès pour sauver la peau des mollahs en signant un accord léonin qui leur facilitait l’acquisition de l’arme atomique. Depuis Khomeini, ils ne faisaient pas mystère de son objectif : rayer Israël de la carte. En V.O, Emam Khomeini goft ke in rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad : « L’Imam Khomeini a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »

La première administration Trump n’avait éloigné le danger que pendant une petite parenthèse, refermée par son successeur démocrate, qui avait apporté aux tyrans islamistes une bouffée d’air indispensable et les millions de dollars nécessaires à leur entreprise éradicatrice.

Le Trump millésime 2026 est aussi imprévisible que sa cuvée 2017, mais avec l’expérience en plus et la perspective des élections en moins, puisqu’il ne peut pas candidater à sa propre succession.

Après des négociations infructueuses avec l’Iran, il a lancé, en collaboration avec Israël, une attaque de grande ampleur qui a étêté les différents états-majors voués à la destruction de l’Occident : 40 hauts responsables tués en une minute !

La tradition juive veut que chaque génération soit confrontée à son Amalek. Celui du 7-octobre, financé par l’Iran, eut mérité les vers de Racine :

On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés.
Les glaives, les couteaux sont déjà préparés.
Toute la nation à la fois est proscrite.

La pièce de Racine a été jouée, en 1689, par les pensionnaires de Saint-Cyr. Elles tenaient tous les rôles, ceux du roi et du vizir, comme celui de la reine.

Depuis 1979, Amalek a été successivement Khomeiny, Ahmadinedjad, Khamenei…

Quant à Esther, elle prend, depuis quelques jours, les traits de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou : la Meguilat Esther[1] en version gender fluid !


[1] En hébreu, « Meguilat Esther » est le rouleau sur lequel est inscrit l’épisode mettant en scène Assuérus, aman, Esther et Mardochée.

Macron, Trump: les copains d’abord

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

A lire aussi, du même auteur: Iran: quand la propagande du regime se retourne contre lui

Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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Sarah Knafo: la trouble-fête

La candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris est ce mois-ci en une de Causeur. Créditée de 12% dans les sondages, elle pourrait se maintenir au second tour.


De mémoire de Cinquième République, on avait rarement vu relooking politique plus spectaculaire. Quand, le 7 janvier, Sarah Knafo annonce au 20 heures de TF1 qu’elle part à l’assaut des municipales parisiennes (les 15 et 22 mars), la plupart des observateurs prévoient qu’elle profitera de cette campagne, à forte exposition médiatique, pour affirmer son style sage et sérieux de diplômée de Sciences-Po et d’ancienne élève de l’ENA. Qui aurait imaginé qu’elle opterait plutôt pour un ton sémillant et accessible ? Depuis qu’elle est entrée au Parlement européen en 2024, la secrétaire générale de Reconquête !, qui n’a certes jamais été une femme austère, s’est forgé l’image d’une « lanceuse d’alerte », en guerre contre les gaspillages publics, rédigeant ici un rapport au vitriol contre l’Agence française de développement, là une étude sans concession sur le poids de l’immigration algérienne en France. Un discours plus chiffré et technique que le registre lyrique et identitaire de son compagnon Éric Zemmour, qui passe presque pour le poète du couple. Mais voilà que la jeune mère de famille montre qu’elle sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à hauteur de citoyen. Normal, dira-t-on, quand on vise une mairie, serait-ce celle d’une des plus grandes métropoles occidentales. Sauf qu’en promettant « une ville heureuse », en publiant sur les réseaux sociaux des clips animés façon studio Pixar et en se revêtant de robes jaune flashy pour battre le pavé de la capitale, la native de Seine-Saint-Denis a cassé tous les codes de la communication politique. Depuis lors, c’est la panique dans les états-majors des vieux partis, où l’on se pince en regardant son ascension dans les sondages, avec désormais 12 % au dernier baromètre parisien de l’institut Harris Interactive, soit quatre points de mieux que le score d’Éric Zemmour à Paris intra-muros lors des présidentielles de 2022. Or, depuis la récente réforme électorale, tout candidat dépassant 10 % peut se maintenir au second tour dans la capitale. Pour Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’IFOP, malgré cette remarquable percée, la volonté de changement, voire de rupture, des Parisiens favorise une polarisation que Knafo aura du mal à ébranler. Toutefois, pour lui, celle qui a reçu le prix 2026 de la révélation politique du Trombinoscope « pourrait bien faire figure de trouble-fête et jouer les faiseuses de roi dans ce scrutin », d’autant plus qu’à Paris, elle s’est « libérée de la sociologie de la droite dure ». Si le scénario d’un duel final entre Emmanuel Grégoire (PS, 31 % d’intentions de vote) et Rachida Dati (LR, 27 %) demeure le plus probable, notre « outsideuse » pourrait donc être celle qui donnera les clés de la victoire à l’ex-ministre de la Culture en passant avec elle un accord de coalition dans la dernière ligne droite. On comprend mieux pourquoi, depuis le début de la campagne, Knafo se garde bien d’attaquer sa concurrente pourtant très macrono-compatible… Serait-elle en train de se chiraquiser ? La comparaison n’est pas absurde. Comme le Corrézien, Knafo est passée par la Cour des comptes et, comme lui, elle a été conseillée par l’inimitable Marie-France Garaud. Mais l’histoire ne dit pas si, comme lui, elle devra laisser passer dix-huit ans entre sa première campagne parisienne et son entrée à l’Élysée.

Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland

La maire de Nantes, numéro 2 du PS, est prise en étau entre possible défaite aux municipales et compromission avec LFI.


Il y a des images et des attitudes dont un parti ne se remet pas. Et il y a des mots qui, une fois prononcés, ne s’effacent plus. Et il y a un mort. Quentin Deranque avait 23 ans. Le 12 février 2026, en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ce jeune homme assurant la sécurité bénévole de militantes du collectif Némésis a été passé à tabac par au moins six antifas masqués et cagoulés. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot (assistant parlementaire en titre du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde). Malgré l’horreur de ce lynchage, LFI a choisi de ne pas rompre avec sa milice.

« Ok Jean-Marie Le Pen » : Mélenchon s’enfonce

Si l’assassinat du jeune Quentin constitue la plus grave ignominie récente impliquant LFI, c’est une autre séquence, survenue dans les jours suivants, qui a précipité l’isolement définitif de LFI. Et qui éclaire, à Nantes comme ailleurs, l’impossibilité croissante de toute alliance avec ce parti.

Le 26 février 2026, en meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon fait du Le Pen en « ironisant » sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. » La salle est hilare. Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen, le gourou insoumis joue sur la consonance juive d’un patronyme pour insinuer un complot visant à dissimuler l’origine d’Epstein. Un ressort antisémite classique : celui du nom comme marqueur d’appartenance.

Quelques jours plus tard, le 1er mars à Perpignan, il récidive en prononçant délibérément mal le nom de l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann : « Monsieur Gluckman… Glucksmann pardon… après j’en ai pour des heures. » Même mécanique, même public hilare. La réponse de Glucksmann sur X est cinglante et laconique : « Ok Jean-Marie Le Pen. » Le parallèle est dévastateur : Jean-Marie Le Pen avait été condamné par la justice pour son fameux « Durafour crématoire », jeu de mot associant le nom d’un ministre juif aux fours des camps nazis. Deux occurrences en moins d’une semaine ne constituent plus un lapsus. Elles dessinent une stratégie. Celle d’un Mélenchon qui a compris qu’il ne serait jamais président, et dévoile son vrai visage. A défaut de gagner dans les urnes, il cherche le chaos et la guerre civile.

Cette fois, plus personne ne peut faire semblant d’ignorer l’antisémitisme de LFI, y compris à gauche.

Au PS, la rupture se dit tout haut. Sauf pour l’instant à Nantes

L’onde de choc nationale a des conséquences directes sur la politique locale nantaise. François Hollande a été d’une clarté absolue sur BFMTV : « Je considère que la relation avec LFI est terminée, elle est rompue. Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliances entre les socialistes et La France insoumise. » Jérôme Guedj, Carole Delga, Pierre Jouvet — la liste des socialistes qui refusent toute alliance avec LFI s’allonge chaque jour. Le mouvement Place publique a, de son côté, confirmé sans équivoque n’avoir conclu « aucune alliance, même locale et isolée, avec La France insoumise » dans toute la France, rappelant que l’antisémitisme « n’a pas sa place dans notre société » et qu’ « aucune complaisance, aucune ambiguïté, aucun sous-entendu ne peuvent être tolérés ».

A lire aussi, Foulques Chombart de Lauwe et David Angevin : En finir avec la gauche radicale dans nos mairies

À Nantes, le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a clairement exprimé sur X — comme d’autres cadres du PS local — l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs républicaines et une alliance avec un parti qui accumule impunément les sorties antisémites. Sa position rejoint celle d’une majorité des leaders socialistes : après la mort de Quentin, après les blagues de Mélenchon sur les noms juifs, s’allier avec LFI reviendrait à cautionner la dérive raciste et violente de LFI.

Le dilemme cornélien de Johanna Rolland

Le sondage Odoxa commandé par Foulques Chombart de Lauwe (candidat unique de le droite et du centre à Nantes) et publié par Le Point a mis en lumière une réalité arithmétique : dans une triangulaire au second tour, la maire sortante est donnée perdante à 40 % contre 42 % pour son challenger de droite, avec LFI maintenu à 18 %. Si Johanna Rolland fait alliance avec LFI, elle atteindrait 54 % et la mairie serait conservée. Sans cette alliance, Nantes basculerait à droite pour la première fois depuis des décennies.

Numéro deux du Parti socialiste au plan national, Johanna Rolland se retrouve face au choix le plus difficile de sa vie politique. Si elle accepte la main des Insoumis pour conserver son fauteuil, elle envoie un signal dévastateur : que la conservation du pouvoir vaut plus que les principes, que les blagues de Mélenchon sur les noms juifs sont un détail négligeable, que le sang de Quentin et les milices encadrées par des élus LFI ne constituent pas un obstacle rédhibitoire. Elle contredirait frontalement la ligne de son propre camp. Elle affaiblirait la reconstruction du PS en tant que force républicaine identifiée à des valeurs claires. Et elle offre à Chombart de Lauwe l’argument massue pour la suite de la campagne : « Johanna Rolland s’est alliée aux antisémites pour garder sa mairie. »

Foulques Chombart de Lauwe l’a d’ailleurs exprimé sans détour, interpellant publiquement la maire sortante sur une éventuelle « alliance de la honte » : « Est-ce qu’elle vend ses propres valeurs politiques pour un poste ? »

Chombart de Lauwe ou la droite enfin soudée

De l’autre côté de l’échiquier, Foulques Chombart de Lauwe a réussi un pari qu’on jugeait impossible il y a dix-huit mois : fédérer l’intégralité de la droite et du centre nantais, de LR à Renaissance en passant par Horizons, le MoDem, et Nouvelle Énergie, parti de David Lisnard. L’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry figure en numéro deux sur sa liste. Bruno Retailleau, David Lisnard, Gabriel Attal se sont déplacés pour le soutenir. Son premier grand meeting à la Cité des congrès a réuni 1 200 personnes et refusé du monde. Une dynamique jamais vu dans le camp conservateur nantais. Il a exclu toute alliance avec le Rassemblement national, au premier comme au second tour, désarmant ainsi l’une des principales attaques de ses adversaires.

Sa stratégie de campagne est claire : outre le bilan calamiteux du PS à Nantes, devenue une ZAD géante, Chombard insiste sur l’ignominie morale de LFI. Il n’a pas attendu le sondage pour pointer le paradoxe : « Depuis 12 ans, rien ne va entre le PS et l’extrême gauche LFI. Tout les oppose, mais ils s’allient pour se maintenir au pouvoir. » Dans cette configuration, chaque jour sans réponse claire de Johanna Rolland sur l’alliance LFI est un jour supplémentaire où Chombart de Lauwe peut légitimement demander aux Nantais : sera-t-elle républicaine ?

À douze jours du premier tour, une seule question structure désormais la campagne nantaise, au-delà des programmes, des promesses et des sondages : Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste français, aura-t-elle le courage de dire ce que ses propres alliés disent déjà : qu’une alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, celui qui a laissé sa milice impunie et qui plaisante en meeting sur les noms juifs, est devenue moralement impossible ? La réponse à cette question ne sera pas seulement nantaise. Elle dira quelque chose de l’état de la gauche française, de sa capacité à choisir les principes plutôt que les strapontins, de sa sincérité dans la lutte contre l’antisémitisme quand ce combat a un coût électoral. Les Nantais attendent. Le silence de Johanna Rolland commence à ressembler à une réponse.

Alerte jaune sur Paris: elle leur casse les codes!

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Sarah Knafo est-elle une trouble-fête ? Présentant notre dossier sur la candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris, Jean-Baptiste Roques souligne un grand contraste : tandis que la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’elle affirme « son style sage et sérieux de diplômée de Sciences Po et d’ancienne élève de l’ENA », elle a choisi plutôt « un ton sémillant et accessible », montrant qu’elle « sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à la hauteur du citoyen ». Se confiant à Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, Sarah Knafo parle de son plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes. Éric Naulleau, président du parti foutuïste, qui ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo, salue en elle une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit. Martin Pimentel a suivi la candidate de Reconquête ! pendant toute une journée où elle est allée à la rencontre des commerçants et des hôteliers restaurateurs parisiens qui sont touchés de plein fouet par la circulation calamiteuse dans la capitale.

Le numéro de mars est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique et demain mercredi 4 dans les kioques !

L’édito d’Elisabeth Lévy commente l’incident des Bafta, l’équivalent british des Césars, qui a vu un homme atteint du syndrome de Gilles de La Tourette crier publiquement le « mot en n » quand deux acteurs noirs sont montés sur la scène. « Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correcte ». Dans un conflit entre l’antiracisme et le respect de la dignité des faibles, c’est le premier qui gagne. De surcroît, l’humour, qui autrefois permettait de parler de tout, a été livré aux maîtres-censeurs, et sa fonction cathartique bien oubliée. Sauf quand il s’agit de « l’humour officiel subventionné par vos impôts ». Pourquoi la droite, à la suite de la mort dramatique de Quentin Deranque, n’a-t-elle pas pu organiser l’ostracisation de LFI et l’érection d’un front républicain contre le parti mélenchoniste ? Selon l’analyse d’Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, c’est parce que les Insoumis et leur idéologie prospèrent dans un écosystème multiforme qui se déploie dans les universités, la Justice et les médias publics. Pour Gil Mihaely, si la gauche a réussi à diaboliser le FN dans les années 1980, en faisant passer ses propres divisions au second plan et en affaiblissant la droite, c’était grâce à l’habileté politique de François Mitterrand. La droite d’aujourd’hui cherche encore son Mitterrand. Selon l’analyse de Pierre Vermeren, la violence révolutionnaire légitimée par la Terreur de 1793 n’a jamais quitté la vie politique française : elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.

Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient sur le devant de la scène avec la sortie d’un livre très personnel, et propose, avec son mouvement Identité-Libertés, de servir de cheville ouvrière pour une union des droites en 2027. Dans une interview avec Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques, elle affirme que, malgré les profonds clivages, une alliance est possible sur le contrôle de l’immigration et la sécurité. Selon elle, « ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise ». Noémie Halioua se demande où en est la droite sociale aujourd’hui. Depuis la mort de Philippe Séguin, la tradition du gaullisme social n’est plus représentée au sein de la droite classique. Ironie de l’histoire, c’est dans un parti fondé par un ennemi du Général, le RN, que cet héritage est aujourd’hui revendiqué.

Le journaliste britannique, Gavin Mortimer, souligne la différence de traitement des soldats des forces spéciales par les gouvernements français et britannique. Ce dernier a fait voter une loi abrogeant l’immunité judiciaire des soldats britanniques ayant combattu en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan. Parmi eux, des membres du Special Air Service, une unité d’élite créée en 1941. Ces commandos s’estiment trahis par des responsables politiques censés les couvrir. Avec un article de Jean-Baptiste Roques et un autre de moi-même, nous revenons sur l’affaire Epstein qui, au-delà du mal réel qu’a fait le financier pédophile et ce que ses relations disent de beaucoup des membres des élites, a nourri les fantasmes complotistes les plus extravagants.

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Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles dénonce notre époque : à la campagne, les agriculteurs disparaissent peu à peu ; à l’Assemblée nationale, les élus débattent de « l’aide à mourir » ; à Lyon, Quentin a été massacré par des salopards. Pour Ivan Rioufol, l’écroulement du régime peut intervenir à tout moment. Il ne parle pas de l’Iran, mais de la France : après les médias d’État, d’autres citadelles de la gauche seront sommées de rendre des comptes. Jack Lang, tout un symbole, est déjà tombé. Emmanuelle Ménard décrie la proposition d’une députée LFI appelant à ce que la loi reconnaisse le rôle central joué dans notre société par l’amitié plutôt que par la famille « traditionnelle ». Elle vitupère le cynisme de Jean-Luc Mélenchon qui soutient à fond Raphaël Arnault et commente les hauts et les bas de la campagne électorale à Béziers. Selon Jean-Jacques Netter, les intérêts de la dette du Trésor public va bientôt dépasser le montant de ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Ce qui a plombé l’économie française, ce n’est pas un prétendu excès de néolibéralisme, mais la gestion délétère de l’État.

Des choses plus réjouissantes se trament – en partie littéralement – côté culture. L’art textile a la cote en ce moment, nous explique Georgia Ray. Certes, plusieurs expositions de sculptures en sisal, laine ou lin qui promeuvent le féminisme et le décolonialisme, sont peu propices au retissage du lien social. En revanche, Eva Jospin poursuit en solitaire une quête de beauté formelle en sachant tirer ce fil invisible qui, comme la conversation, relie les individus entre eux. Yannis Ezziadi rappelle à notre bon souvenir l’immense comédien qu’était Michel Galabru, mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé. Frédéric Magellan et Lucien Rabouille se penchent sur les rapports ambigus que, depuis les années 1870, la droite nationaliste entretient avec l’homosexualité. Loin de ses condamnations officielles, ses rangs fourmillent de célèbres homos que la société feint d’ignorer, comme le montre la thèse de doctorat de Mickaël Studnicki, soutenue en Sorbonne.

Alexandra Lemasson nous parle d’un livre sur le rapport mère-fille pas comme les autres, tandis qu’Emmanuel Domont trouve dans Les tendresses de Zanzibar de Thomas Morales l’histoire d’un bonheur rare, léger mais crépusculaire. Malraux maintenant de Pascal Louvrier n’est pas une énième biographie de l’aventurier-écrivain-ministre. Pour Julien San Frax, c’est le mémorial d’une passion quasi-filiale, un hommage à ce « dilettante planétaire ». Alain Paucard est un écrivain subtil et élégant, au savoir encyclopédique et à l’humour tranchant. Selon François Kasbi, il connaît actuellement une seconde jeunesse, car le président à vie du club des Ronchons voit son œuvre s’imposer auprès des fins lettrés. Emmanuel Tresmontant nous fait découvrir la gastronomie simple mais délicate de la cuisine mexicaine, l’une des plus anciennes de l’histoire. Et Jean Chauvet trois films français qui sont trois histoires de pères et de filles. Enfin, pour Gilles-William Goldnadel, un certain grand quotidien de gauche, journal dit « de référence », qui s’est encore surpassé le mois dernier, ne mérite plus aucune déférence. Sa conclusion est définitive : si Le Monde n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde. En revanche, si jamais Causeur n’existait plus, ce serait tout le contraire.

L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

Syndrome Gilles de la Tourette. Cette année, aux Bafta, un p’tit truc encore en plus…


Les organisateurs des Bafta, l’équivalent british de nos Césars, ne s’attendaient pas à se faire attraper par la patrouille des bonnes manières, encore moins pour cause de sortie de route raciste, alors qu’ils avaient concocté un événement bien sous tous rapports. Leur sélection merveilleusement progressiste comportait l’inévitable chef-d’œuvre anti-Trump, Une bataille après l’autre, de l’Américain Paul Thomas Anderson, reparti avec six statuettes, et dont Le Monde nous apprend qu’il « fait écho aux récentes actions de l’ICE, la police de l’immigration américaine », c’est dire si le gars est visionnaire. Et courageux, avec ça : il a appelé un parterre en smoking et robes du soir à « mener la révolution, sans violence si possible » – on appréciera la nuance. Dans la catégorie antiraciste, Sinners qui, paraît-il, parle de blues – sans doute pour l’approuver – et de ségrégation – probablement pour la dénoncer – a gagné trois prix. Pour faire bonne mesure et cocher toutes les cases de la tolérance, les membres de l’académie britannique du cinéma ont aussi retenu et récompensé I Swear, une œuvre qui célèbre le vivre-ensemble avec les fous (si on me permet ce résumé lapidaire et sans doute pénalement répréhensible), à travers la vie d’un homme atteint du syndrome de la Tourette, dont l’interprète, le jeune Robert Aramayo, a ravi le prix du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio.

Seulement, les fous, il vaut parfois mieux les avoir à l’écran qu’en pension. Soucieux de défendre dans la vie les mêmes nobles causes qu’à l’écran, les Bafta avaient, en plus de l’équipe du film, invité John Davidson, qui a servi de modèle au héros. Ce sympathique Écossais souffre donc réellement de cette affection neurologique qui le pousse irrépressiblement à proférer les propos les plus choquants possible pour ses interlocuteurs – comme un p’tit tic en plus. Pour faire court, les gens atteints de ce syndrome ont une tendance marquée et tout à fait involontaire à péter à table. Quand Davidson interrompt le speech introductif de la présidente par un sonore « shut the fuck up » (« ferme ta gueule »), la salle, qui a été préalablement mise en garde, fait semblant de ne pas entendre. Mais un peu plus tard, alors que deux acteurs noirs se trouvent sur scène, on entend clairement fuser le « n-word » – pas « nazi », « nigger », terme à connotation raciale et raciste, particulièrement radioactif aux États-Unis où il charrie la mémoire de la ségrégation. Stupeur et tremblement dans la salle dont le malheureux s’auto-exfiltre, mortifié d’avoir cassé l’ambiance. Ce dérapage non contrôlé fait autant de barouf, peut-être encore plus, que le bout de sein dévoilé par je ne sais plus quelle starlette lors d’une cérémonie des Oscars.

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L’affaire aurait pu en rester là, dès lors que, comme le résume délicieusement le critique de Libération, « le caractère pathologique de l’insulte » est établi. Sauf que, dans les deux heures séparant l’événement de sa diffusion, la BBC oublie de couper le passage offensant. La tornade de boue s’abat donc sur la chaîne publique qui pourtant fait et refait repentance. Sans calmer ses accusateurs qui ont en plus remarqué que le « Free Palestine ! » lancé par le cinéaste britannico-nigérien, Akinola Davies Jr, récompensé pour My Father’s Shadow, avait en revanche bien été effacé. Après ça, si vous ne savez pas qui dirige le monde et les médias, c’est que vous êtes bouchés.

Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correct. Au départ, il proscrit certains mots en postulant que cela fera disparaître la chose, logique déjà fort discutable. On ne sache pas que le racisme ait reculé parce qu’il est interdit de traiter quelqu’un de « sale ceci ou cela » ou que l’homophobie ait disparu depuis qu’on ne parle plus de « pédés ». Admettons cependant que la vie en société exige une certaine retenue. On ne cause pas à la télé comme dans son salon. Cependant, dans les années 1980 et 1990, il restait un territoire libre, celui de l’humour. Il était admis qu’on pouvait blaguer sur tout, y compris avec des propos qui, au premier degré, auraient conduit leur auteur au tribunal. Coluche pouvait affirmer que « la première étape africaine du Paris-Dakar, c’est Marseille », sans être excommunié.

Las, l’humour aussi a été livré aux prêchi-prêcheurs. Attention, ils n’ont rien contre l’humour officiel subventionné par vos impôts. Il est toujours permis et même encouragé de se payer la tête des ploucs, des riches et des cathos (pour les blondes, j’ai un doute). Pour le reste, toute blagounette sur l’origine, la religion ou la sexualité, passée à la moulinette du premier degré, peut valoir à son auteur un bannissement à vie et des ennuis judiciaires. Les maîtres-censeurs n’ont jamais entendu parler de la fonction cathartique de l’humour – cathartique ta mère.

Or voilà que les fous, pardon les personnes atteintes de troubles psychiques, sont désormais sommés eux aussi de rester dans les clous. C’est encore la bataille de Moderne contre Moderne, délicieusement dévoilée par Muray : à ma droite l’antiracisme, à ma gauche le respect de la dignité des faibles (deux idéaux parfaitement respectables). Eh bien, l’antiracisme a gagné. Un esprit chagrin comme celui de votre servante pourrait remarquer que dans les sociétés civilisées, on ne juge pas les malades mentaux, aussi insupportable soit-il pour des victimes d’entendre dire qu’un meurtrier est irresponsable. Mais les crimes de parole ne connaissent aucune atténuation de responsabilité, même si leur auteur, en plus d’être dérangé de là-haut, a fumé un joint. Dans le nouveau monde, même les fous n’ont pas le droit de déconner.

Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

Sarah Knafo © Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.

La novlangue vous salue bien

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Les blagues douteuses de JL-Mélenchon sur les patronymes juifs fonctionnent aussi parce que son public a l'impression que les médias imposent une façon de parler. Image d'illustration.

Derrière les provocations verbales de plus en plus abjectes de Jean-Luc Mélenchon se cache aussi son aisance à exploiter les failles du pouvoir politico-médiatique – ce dernier cherchant, jusqu’à la nouvelle façon de prononcer les noms, il est vrai, à nous imposer son dictionnaire. Analyse.


« Ce n’est pas parce que Monsieur Le Pen disait qu’il préfère le soleil à la pluie que le soleil lui appartient » ; cette phrase, qui a marqué son époque, prononcée par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sujet de l’immigration en France1, pourrait aujourd’hui être pleinement associée à la récente remarque de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation du nom du criminel sexuel le plus décrié du monde, Jeffrey Epstein.

Derrière le parfum nauséabond utilisé par le patron de LFI autour de l’origine juive du roi déchu de la jet-set américaine, Mélenchon est loin d’être le seul à avoir remarqué la différence de prononciation des noms qui finissent par « stein », majoritairement d’origine juive allemande et dits depuis toujours « chteyn » en France, et la version « Epstine » que les médias américains, habités par ce dossier explosif, auraient imposée pour évoquer le scandale qui entache un nombre invraisemblable de gens influents de la société occidentale.

http://www.youtube.com/watch?v=utOcyFHOb5k

Si Mélenchon voit dans cette manœuvre politico-phonétique la volonté de ses auteurs de russifier le nom du prédateur financier — ce qui est, il est vrai, dans le contexte actuel de guerre hybride entre l’Occident et la Russie, de nature à diaboliser davantage le malfaiteur (« Epstine » sonne presque comme « Eltsine », sic) — cette astuce sémantique confirme surtout la tendance à la création d’un nouveau langage, dans lequel les mots sont soigneusement choisis par un pouvoir dont l’identité précise nous échappe, mais qui nous guide depuis plusieurs décennies déjà dans la définition collective — et même individuelle — du bien et du mal.

Supprimer les nuances de la langue pour diriger nos pensées

Malgré tout le déchirement que chacun de nous peut ressentir à l’égard des jeunes filles, mineures, manipulées et abusées par l’impitoyable empire de l’homme d’affaires new-yorkais, il serait aussi légitime d’interpeller le terme « survivantes » employé à leur égard. Les malheurs et les souffrances humaines ne sont ni des sujets de compétition ni des objets de comparaison sur une quelconque échelle de la douleur ou des dégâts physiques et moraux. Mais s’agissant des crimes, le terme « survivant », depuis la Seconde Guerre mondiale et l’horreur de la Shoah, a reçu un statut à part. Les revenants de l’enfer des camps de concentration l’avaient mérité et nous, les générations qui ont suivi, leur devons au moins cette définition.

Les victimes d’abus sexuels méritent elles aussi un mot juste pour décrire leur souffrance. Mais l’utilisation du terme « survivant » pourrait presque laisser penser qu’un pouvoir invisible politico-médiatique cherche à vulgariser et ainsi banaliser les crimes du nazisme.

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Mais le dictionnaire de la bien-pensance contemporaine ne se limite pas à l’affaire Epstein, bien évidemment. Depuis quelques années déjà, nous sommes habitués à l’usage du terme « complotisme » pour désigner un avis qui tranche avec la version courante des élites au pouvoir afin d’expliquer un événement social ou géopolitique, ou encore à celui de « propagande ». Ce dernier est utilisé, le plus souvent, pour lier les auteurs d’opinions alternatives au président russe Vladimir Poutine, champion toutes catégories des maux de l’Occident, ou à son acolyte asiatique Xi Jinping.

Ces mots « outils », utilisés pour dénigrer un désaccord profond avec la version officielle et pour anéantir la moindre tentative de débat — qui est pourtant la base vitale d’une démocratie — nous ramènent, encore et toujours, au livre qui, hélas, avait pressenti, il y a 80 ans, les risques de dérives totalitaires que pouvait courir l’Occident : 1984, de George Orwell. L’une des armes les plus redoutables du parti de « Big Brother » fut la création d’un dictionnaire idéologique, avec pour objectif de « restreindre les limites de la pensée » au point de « rendre littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer2 ». On se souvient des formules les plus efficaces du régime politique d’Océania, dans 1984 : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage » et « L’ignorance, c’est la force ».

Les mots justes pour une société juste

L’uniformisation de la pensée moderne mainstream, celle qui ne distingue plus la guerre contre un régime terroriste et le génocide, les élans populaires patriotes et les mouvements néo-nazis, les abus sexuels et l’extermination raciale, la volonté d’un peuple de choisir son leader et l’ingérence étrangère, est un véritable poison lent, qui a déjà vu les sociétés européennes sombrer dans le déni de la perte de leur souveraineté, de leur compétitivité et, tout simplement, de leur raison d’être dans le monde d’aujourd’hui.

« La Révolution (totalitaire) sera complète quand le langage sera parfait », a prédit Orwell par la voix de l’un des personnages de son livre ô combien prémonitoire. Et si la survie de la France et de l’Europe se trouvait peut-être d’abord dans la capacité d’appeler les choses par leur véritable nom, dans la préservation et l’usage de toutes les nuances de la langue que tant de gens exceptionnels nous ont laissées en héritage ?


  1. https://www.dailymotion.com/video/x3hg1q7 ↩︎
  2. https://www.librairal.org/wiki/George_Orwell:1984_-Premi%C3%A8re_Partie-_Chapitre_V ↩︎

La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui

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L'ayatollah Ali Khamenei (1939-2026), ici photographié en 2012 © AY-COLLECTION/SIPA

Pourim célèbre l’histoire de Esther, reine juive de Perse qui, selon le récit du Livre d’Esther sous le règne de Xerxès Ier, sauva son peuple d’un complot d’extermination mené par Aman. Les croyants peuvent voir un parallèle entre cette délivrance antique et les attaques récentes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, présenté ici comme l’« Amalek » contemporain menaçant l’existence d’Israël…


480 ans avant notre ère

Assuérus, alias Xerxès-le-grand, roi de Perse au Ve siècle avant Jésus-Christ, est plus connu du public français par la littérature que par l’Histoire : Racine l’a fait passer à la postérité comme vedette en compagnie d’Esther, son épouse juive, qui sauva son peuple de l’extermination voulue par le méchant vizir Aman.

Le véritable Assuérus a régné de 486 à 465 av. J.-C. À cette époque, les Amalécites, tribus nomades du Sinaï (aujourd’hui éteintes), représentaient l’archétype de l’ennemi acharné à l’éradication des Juifs. Aujourd’hui, les Juifs s’y réfèrent au singulier : le mal absolu se nomme Amalek et son souvenir doit appeler toutes les générations à la vigilance.

Aman, descendant de l’Amalek d’origine, était arrivé au plus haut poste de la hiérarchie perse : grand vizir et conseiller du roi. Il avait profité de sa position pour obtenir l’autorisation d’exterminer tous les Juifs du Royaume. C’était compter sans la reine Esther, à qui son oncle Mardochée avait conseillé de ne pas révéler sa religion à son époux lorsqu’elle avait gagné la compétition lancée sur tout le royaume. Elle ne lui avoua de quel peuple elle était issue que quand celui-ci fut promis à l’éradication. Cette révélation, au moment où Aman se voyait déjà en haut de l’affiche des tueurs de Juifs, fit basculer l’histoire. Le méchant fut vaincu et les époux royaux coulèrent des jours heureux, jusqu’à l’assassinat du roi en – 465 par un personnage oublié depuis.

Racine s’est inspiré de l’histoire d’Esther, telle qu’elle est narrée chaque année lors de la fête juive de Pourim, qui célèbre la victoire de la vie sur Amalek, le Terminator suprême.

Janvier 1689, Première d’Esther, tragédie de Racine en vers et en trois actes

Esther était une commande de Madame de Maintenon, dont la belle carrière, commencée à la Cour du roi Soleil comme gouvernante des enfants illégitimes qu’il avait eus avec Mme de Montespan, se termina par son mariage avec lui. Malgré (ou peut-être à cause de) sa relation adultère, elle était tombée en religion et observait à la Cour une attitude réservée et modeste. Son influence sur Louis XIV était considérable. Il fut très généreux avec sa danseuse, devenue son épouse secrète. Plutôt qu’en bijoux, celle-ci investit ses cadeaux sonnants et trébuchants dans un pensionnat pour jeunes filles nobles et désargentées. À la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, les jeunes pensionnaires recevaient une éducation de haut niveau et se voyaient offrir une dot afin de se marier « correctement ».

Mme de Maintenon eut l’idée de génie de mêler l’utile à l’agréable pour ses élèves. Afin d’encourager leurs penchants les plus nobles, elle commanda à Racine « quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit ». Il s’inspira du Livre d’Esther, un thème biblique exaltant le courage et le sacrifice personnel au profit du bien commun.

Amalek, la malédiction de tous les temps

Dans le Talmud, Amalek est l’archétype du mal absolu, symbole des forces qui s’opposent à Israël et à la Torah. Il est l’ennemi qui attaque sans raison, auquel l’Homme doit résister comme il résiste à ses propres péchés… mais aussi à ceux qui menacent sa fidélité à la Torah.

Jésus a préconisé de tendre la joue gauche, non sans avoir été, lui-même, un jeune rabbin indépendantiste, résistant à l’occupant romain, qui était l’Amalek de sa génération.

Dans le calendrier juif de 5786 (2026 de notre ère), Pourim est tombé le 2 mars.

En 2026, la Perse s’appelle République islamique d’Iran et Amalek/Aman est personnifié par Khamenei.

Il a été vaincu, la veille de Pourim, par l’alliance du Grand et du Petit Satan. Une fois de plus, la tentative d’éradication du peuple juif s’est soldée par la destitution du comploteur et par sa mort.

Les Juifs religieux voient la main divine dans cette concordance des temps. Les Juifs athées se réjouissent comme les autres de l’avoir échappée belle.

Tous vivaient dans l’angoisse depuis que le président américain Obama avait contourné le Congrès pour sauver la peau des mollahs en signant un accord léonin qui leur facilitait l’acquisition de l’arme atomique. Depuis Khomeini, ils ne faisaient pas mystère de son objectif : rayer Israël de la carte. En V.O, Emam Khomeini goft ke in rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad : « L’Imam Khomeini a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »

La première administration Trump n’avait éloigné le danger que pendant une petite parenthèse, refermée par son successeur démocrate, qui avait apporté aux tyrans islamistes une bouffée d’air indispensable et les millions de dollars nécessaires à leur entreprise éradicatrice.

Le Trump millésime 2026 est aussi imprévisible que sa cuvée 2017, mais avec l’expérience en plus et la perspective des élections en moins, puisqu’il ne peut pas candidater à sa propre succession.

Après des négociations infructueuses avec l’Iran, il a lancé, en collaboration avec Israël, une attaque de grande ampleur qui a étêté les différents états-majors voués à la destruction de l’Occident : 40 hauts responsables tués en une minute !

La tradition juive veut que chaque génération soit confrontée à son Amalek. Celui du 7-octobre, financé par l’Iran, eut mérité les vers de Racine :

On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés.
Les glaives, les couteaux sont déjà préparés.
Toute la nation à la fois est proscrite.

La pièce de Racine a été jouée, en 1689, par les pensionnaires de Saint-Cyr. Elles tenaient tous les rôles, ceux du roi et du vizir, comme celui de la reine.

Depuis 1979, Amalek a été successivement Khomeiny, Ahmadinedjad, Khamenei…

Quant à Esther, elle prend, depuis quelques jours, les traits de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou : la Meguilat Esther[1] en version gender fluid !


[1] En hébreu, « Meguilat Esther » est le rouleau sur lequel est inscrit l’épisode mettant en scène Assuérus, aman, Esther et Mardochée.

Macron, Trump: les copains d’abord

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© Christian Liewig/SIPA

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Manifestants favorables à Ali Khamenei, Beyrouth, Liban, 1er mars 2026 © Marwan Naamani/DPA/SIPA

Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

A lire aussi, du même auteur: Iran: quand la propagande du regime se retourne contre lui

Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

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L'essayiste Ferghane Azihari © Ph. Matsas / Presses de la Cité

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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Sarah Knafo: la trouble-fête

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Sarah Knafo, candidate de Reconquête! à la Mairie de Paris © Hannah Assouline

La candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris est ce mois-ci en une de Causeur. Créditée de 12% dans les sondages, elle pourrait se maintenir au second tour.


De mémoire de Cinquième République, on avait rarement vu relooking politique plus spectaculaire. Quand, le 7 janvier, Sarah Knafo annonce au 20 heures de TF1 qu’elle part à l’assaut des municipales parisiennes (les 15 et 22 mars), la plupart des observateurs prévoient qu’elle profitera de cette campagne, à forte exposition médiatique, pour affirmer son style sage et sérieux de diplômée de Sciences-Po et d’ancienne élève de l’ENA. Qui aurait imaginé qu’elle opterait plutôt pour un ton sémillant et accessible ? Depuis qu’elle est entrée au Parlement européen en 2024, la secrétaire générale de Reconquête !, qui n’a certes jamais été une femme austère, s’est forgé l’image d’une « lanceuse d’alerte », en guerre contre les gaspillages publics, rédigeant ici un rapport au vitriol contre l’Agence française de développement, là une étude sans concession sur le poids de l’immigration algérienne en France. Un discours plus chiffré et technique que le registre lyrique et identitaire de son compagnon Éric Zemmour, qui passe presque pour le poète du couple. Mais voilà que la jeune mère de famille montre qu’elle sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à hauteur de citoyen. Normal, dira-t-on, quand on vise une mairie, serait-ce celle d’une des plus grandes métropoles occidentales. Sauf qu’en promettant « une ville heureuse », en publiant sur les réseaux sociaux des clips animés façon studio Pixar et en se revêtant de robes jaune flashy pour battre le pavé de la capitale, la native de Seine-Saint-Denis a cassé tous les codes de la communication politique. Depuis lors, c’est la panique dans les états-majors des vieux partis, où l’on se pince en regardant son ascension dans les sondages, avec désormais 12 % au dernier baromètre parisien de l’institut Harris Interactive, soit quatre points de mieux que le score d’Éric Zemmour à Paris intra-muros lors des présidentielles de 2022. Or, depuis la récente réforme électorale, tout candidat dépassant 10 % peut se maintenir au second tour dans la capitale. Pour Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’IFOP, malgré cette remarquable percée, la volonté de changement, voire de rupture, des Parisiens favorise une polarisation que Knafo aura du mal à ébranler. Toutefois, pour lui, celle qui a reçu le prix 2026 de la révélation politique du Trombinoscope « pourrait bien faire figure de trouble-fête et jouer les faiseuses de roi dans ce scrutin », d’autant plus qu’à Paris, elle s’est « libérée de la sociologie de la droite dure ». Si le scénario d’un duel final entre Emmanuel Grégoire (PS, 31 % d’intentions de vote) et Rachida Dati (LR, 27 %) demeure le plus probable, notre « outsideuse » pourrait donc être celle qui donnera les clés de la victoire à l’ex-ministre de la Culture en passant avec elle un accord de coalition dans la dernière ligne droite. On comprend mieux pourquoi, depuis le début de la campagne, Knafo se garde bien d’attaquer sa concurrente pourtant très macrono-compatible… Serait-elle en train de se chiraquiser ? La comparaison n’est pas absurde. Comme le Corrézien, Knafo est passée par la Cour des comptes et, comme lui, elle a été conseillée par l’inimitable Marie-France Garaud. Mais l’histoire ne dit pas si, comme lui, elle devra laisser passer dix-huit ans entre sa première campagne parisienne et son entrée à l’Élysée.

Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland

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La maire sortante de Nantes Johanna Rolland, Paris, 20 janvier 2026 © ISA HARSIN/SIPA

La maire de Nantes, numéro 2 du PS, est prise en étau entre possible défaite aux municipales et compromission avec LFI.


Il y a des images et des attitudes dont un parti ne se remet pas. Et il y a des mots qui, une fois prononcés, ne s’effacent plus. Et il y a un mort. Quentin Deranque avait 23 ans. Le 12 février 2026, en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ce jeune homme assurant la sécurité bénévole de militantes du collectif Némésis a été passé à tabac par au moins six antifas masqués et cagoulés. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot (assistant parlementaire en titre du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde). Malgré l’horreur de ce lynchage, LFI a choisi de ne pas rompre avec sa milice.

« Ok Jean-Marie Le Pen » : Mélenchon s’enfonce

Si l’assassinat du jeune Quentin constitue la plus grave ignominie récente impliquant LFI, c’est une autre séquence, survenue dans les jours suivants, qui a précipité l’isolement définitif de LFI. Et qui éclaire, à Nantes comme ailleurs, l’impossibilité croissante de toute alliance avec ce parti.

Le 26 février 2026, en meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon fait du Le Pen en « ironisant » sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. » La salle est hilare. Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen, le gourou insoumis joue sur la consonance juive d’un patronyme pour insinuer un complot visant à dissimuler l’origine d’Epstein. Un ressort antisémite classique : celui du nom comme marqueur d’appartenance.

Quelques jours plus tard, le 1er mars à Perpignan, il récidive en prononçant délibérément mal le nom de l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann : « Monsieur Gluckman… Glucksmann pardon… après j’en ai pour des heures. » Même mécanique, même public hilare. La réponse de Glucksmann sur X est cinglante et laconique : « Ok Jean-Marie Le Pen. » Le parallèle est dévastateur : Jean-Marie Le Pen avait été condamné par la justice pour son fameux « Durafour crématoire », jeu de mot associant le nom d’un ministre juif aux fours des camps nazis. Deux occurrences en moins d’une semaine ne constituent plus un lapsus. Elles dessinent une stratégie. Celle d’un Mélenchon qui a compris qu’il ne serait jamais président, et dévoile son vrai visage. A défaut de gagner dans les urnes, il cherche le chaos et la guerre civile.

Cette fois, plus personne ne peut faire semblant d’ignorer l’antisémitisme de LFI, y compris à gauche.

Au PS, la rupture se dit tout haut. Sauf pour l’instant à Nantes

L’onde de choc nationale a des conséquences directes sur la politique locale nantaise. François Hollande a été d’une clarté absolue sur BFMTV : « Je considère que la relation avec LFI est terminée, elle est rompue. Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliances entre les socialistes et La France insoumise. » Jérôme Guedj, Carole Delga, Pierre Jouvet — la liste des socialistes qui refusent toute alliance avec LFI s’allonge chaque jour. Le mouvement Place publique a, de son côté, confirmé sans équivoque n’avoir conclu « aucune alliance, même locale et isolée, avec La France insoumise » dans toute la France, rappelant que l’antisémitisme « n’a pas sa place dans notre société » et qu’ « aucune complaisance, aucune ambiguïté, aucun sous-entendu ne peuvent être tolérés ».

A lire aussi, Foulques Chombart de Lauwe et David Angevin : En finir avec la gauche radicale dans nos mairies

À Nantes, le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a clairement exprimé sur X — comme d’autres cadres du PS local — l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs républicaines et une alliance avec un parti qui accumule impunément les sorties antisémites. Sa position rejoint celle d’une majorité des leaders socialistes : après la mort de Quentin, après les blagues de Mélenchon sur les noms juifs, s’allier avec LFI reviendrait à cautionner la dérive raciste et violente de LFI.

Le dilemme cornélien de Johanna Rolland

Le sondage Odoxa commandé par Foulques Chombart de Lauwe (candidat unique de le droite et du centre à Nantes) et publié par Le Point a mis en lumière une réalité arithmétique : dans une triangulaire au second tour, la maire sortante est donnée perdante à 40 % contre 42 % pour son challenger de droite, avec LFI maintenu à 18 %. Si Johanna Rolland fait alliance avec LFI, elle atteindrait 54 % et la mairie serait conservée. Sans cette alliance, Nantes basculerait à droite pour la première fois depuis des décennies.

Numéro deux du Parti socialiste au plan national, Johanna Rolland se retrouve face au choix le plus difficile de sa vie politique. Si elle accepte la main des Insoumis pour conserver son fauteuil, elle envoie un signal dévastateur : que la conservation du pouvoir vaut plus que les principes, que les blagues de Mélenchon sur les noms juifs sont un détail négligeable, que le sang de Quentin et les milices encadrées par des élus LFI ne constituent pas un obstacle rédhibitoire. Elle contredirait frontalement la ligne de son propre camp. Elle affaiblirait la reconstruction du PS en tant que force républicaine identifiée à des valeurs claires. Et elle offre à Chombart de Lauwe l’argument massue pour la suite de la campagne : « Johanna Rolland s’est alliée aux antisémites pour garder sa mairie. »

Foulques Chombart de Lauwe l’a d’ailleurs exprimé sans détour, interpellant publiquement la maire sortante sur une éventuelle « alliance de la honte » : « Est-ce qu’elle vend ses propres valeurs politiques pour un poste ? »

Chombart de Lauwe ou la droite enfin soudée

De l’autre côté de l’échiquier, Foulques Chombart de Lauwe a réussi un pari qu’on jugeait impossible il y a dix-huit mois : fédérer l’intégralité de la droite et du centre nantais, de LR à Renaissance en passant par Horizons, le MoDem, et Nouvelle Énergie, parti de David Lisnard. L’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry figure en numéro deux sur sa liste. Bruno Retailleau, David Lisnard, Gabriel Attal se sont déplacés pour le soutenir. Son premier grand meeting à la Cité des congrès a réuni 1 200 personnes et refusé du monde. Une dynamique jamais vu dans le camp conservateur nantais. Il a exclu toute alliance avec le Rassemblement national, au premier comme au second tour, désarmant ainsi l’une des principales attaques de ses adversaires.

Sa stratégie de campagne est claire : outre le bilan calamiteux du PS à Nantes, devenue une ZAD géante, Chombard insiste sur l’ignominie morale de LFI. Il n’a pas attendu le sondage pour pointer le paradoxe : « Depuis 12 ans, rien ne va entre le PS et l’extrême gauche LFI. Tout les oppose, mais ils s’allient pour se maintenir au pouvoir. » Dans cette configuration, chaque jour sans réponse claire de Johanna Rolland sur l’alliance LFI est un jour supplémentaire où Chombart de Lauwe peut légitimement demander aux Nantais : sera-t-elle républicaine ?

À douze jours du premier tour, une seule question structure désormais la campagne nantaise, au-delà des programmes, des promesses et des sondages : Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste français, aura-t-elle le courage de dire ce que ses propres alliés disent déjà : qu’une alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, celui qui a laissé sa milice impunie et qui plaisante en meeting sur les noms juifs, est devenue moralement impossible ? La réponse à cette question ne sera pas seulement nantaise. Elle dira quelque chose de l’état de la gauche française, de sa capacité à choisir les principes plutôt que les strapontins, de sa sincérité dans la lutte contre l’antisémitisme quand ce combat a un coût électoral. Les Nantais attendent. Le silence de Johanna Rolland commence à ressembler à une réponse.

Alerte jaune sur Paris: elle leur casse les codes!

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© Causeur

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Sarah Knafo est-elle une trouble-fête ? Présentant notre dossier sur la candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris, Jean-Baptiste Roques souligne un grand contraste : tandis que la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’elle affirme « son style sage et sérieux de diplômée de Sciences Po et d’ancienne élève de l’ENA », elle a choisi plutôt « un ton sémillant et accessible », montrant qu’elle « sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à la hauteur du citoyen ». Se confiant à Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, Sarah Knafo parle de son plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes. Éric Naulleau, président du parti foutuïste, qui ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo, salue en elle une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit. Martin Pimentel a suivi la candidate de Reconquête ! pendant toute une journée où elle est allée à la rencontre des commerçants et des hôteliers restaurateurs parisiens qui sont touchés de plein fouet par la circulation calamiteuse dans la capitale.

Le numéro de mars est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique et demain mercredi 4 dans les kioques !

L’édito d’Elisabeth Lévy commente l’incident des Bafta, l’équivalent british des Césars, qui a vu un homme atteint du syndrome de Gilles de La Tourette crier publiquement le « mot en n » quand deux acteurs noirs sont montés sur la scène. « Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correcte ». Dans un conflit entre l’antiracisme et le respect de la dignité des faibles, c’est le premier qui gagne. De surcroît, l’humour, qui autrefois permettait de parler de tout, a été livré aux maîtres-censeurs, et sa fonction cathartique bien oubliée. Sauf quand il s’agit de « l’humour officiel subventionné par vos impôts ». Pourquoi la droite, à la suite de la mort dramatique de Quentin Deranque, n’a-t-elle pas pu organiser l’ostracisation de LFI et l’érection d’un front républicain contre le parti mélenchoniste ? Selon l’analyse d’Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, c’est parce que les Insoumis et leur idéologie prospèrent dans un écosystème multiforme qui se déploie dans les universités, la Justice et les médias publics. Pour Gil Mihaely, si la gauche a réussi à diaboliser le FN dans les années 1980, en faisant passer ses propres divisions au second plan et en affaiblissant la droite, c’était grâce à l’habileté politique de François Mitterrand. La droite d’aujourd’hui cherche encore son Mitterrand. Selon l’analyse de Pierre Vermeren, la violence révolutionnaire légitimée par la Terreur de 1793 n’a jamais quitté la vie politique française : elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.

Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient sur le devant de la scène avec la sortie d’un livre très personnel, et propose, avec son mouvement Identité-Libertés, de servir de cheville ouvrière pour une union des droites en 2027. Dans une interview avec Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques, elle affirme que, malgré les profonds clivages, une alliance est possible sur le contrôle de l’immigration et la sécurité. Selon elle, « ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise ». Noémie Halioua se demande où en est la droite sociale aujourd’hui. Depuis la mort de Philippe Séguin, la tradition du gaullisme social n’est plus représentée au sein de la droite classique. Ironie de l’histoire, c’est dans un parti fondé par un ennemi du Général, le RN, que cet héritage est aujourd’hui revendiqué.

Le journaliste britannique, Gavin Mortimer, souligne la différence de traitement des soldats des forces spéciales par les gouvernements français et britannique. Ce dernier a fait voter une loi abrogeant l’immunité judiciaire des soldats britanniques ayant combattu en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan. Parmi eux, des membres du Special Air Service, une unité d’élite créée en 1941. Ces commandos s’estiment trahis par des responsables politiques censés les couvrir. Avec un article de Jean-Baptiste Roques et un autre de moi-même, nous revenons sur l’affaire Epstein qui, au-delà du mal réel qu’a fait le financier pédophile et ce que ses relations disent de beaucoup des membres des élites, a nourri les fantasmes complotistes les plus extravagants.

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Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles dénonce notre époque : à la campagne, les agriculteurs disparaissent peu à peu ; à l’Assemblée nationale, les élus débattent de « l’aide à mourir » ; à Lyon, Quentin a été massacré par des salopards. Pour Ivan Rioufol, l’écroulement du régime peut intervenir à tout moment. Il ne parle pas de l’Iran, mais de la France : après les médias d’État, d’autres citadelles de la gauche seront sommées de rendre des comptes. Jack Lang, tout un symbole, est déjà tombé. Emmanuelle Ménard décrie la proposition d’une députée LFI appelant à ce que la loi reconnaisse le rôle central joué dans notre société par l’amitié plutôt que par la famille « traditionnelle ». Elle vitupère le cynisme de Jean-Luc Mélenchon qui soutient à fond Raphaël Arnault et commente les hauts et les bas de la campagne électorale à Béziers. Selon Jean-Jacques Netter, les intérêts de la dette du Trésor public va bientôt dépasser le montant de ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Ce qui a plombé l’économie française, ce n’est pas un prétendu excès de néolibéralisme, mais la gestion délétère de l’État.

Des choses plus réjouissantes se trament – en partie littéralement – côté culture. L’art textile a la cote en ce moment, nous explique Georgia Ray. Certes, plusieurs expositions de sculptures en sisal, laine ou lin qui promeuvent le féminisme et le décolonialisme, sont peu propices au retissage du lien social. En revanche, Eva Jospin poursuit en solitaire une quête de beauté formelle en sachant tirer ce fil invisible qui, comme la conversation, relie les individus entre eux. Yannis Ezziadi rappelle à notre bon souvenir l’immense comédien qu’était Michel Galabru, mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé. Frédéric Magellan et Lucien Rabouille se penchent sur les rapports ambigus que, depuis les années 1870, la droite nationaliste entretient avec l’homosexualité. Loin de ses condamnations officielles, ses rangs fourmillent de célèbres homos que la société feint d’ignorer, comme le montre la thèse de doctorat de Mickaël Studnicki, soutenue en Sorbonne.

Alexandra Lemasson nous parle d’un livre sur le rapport mère-fille pas comme les autres, tandis qu’Emmanuel Domont trouve dans Les tendresses de Zanzibar de Thomas Morales l’histoire d’un bonheur rare, léger mais crépusculaire. Malraux maintenant de Pascal Louvrier n’est pas une énième biographie de l’aventurier-écrivain-ministre. Pour Julien San Frax, c’est le mémorial d’une passion quasi-filiale, un hommage à ce « dilettante planétaire ». Alain Paucard est un écrivain subtil et élégant, au savoir encyclopédique et à l’humour tranchant. Selon François Kasbi, il connaît actuellement une seconde jeunesse, car le président à vie du club des Ronchons voit son œuvre s’imposer auprès des fins lettrés. Emmanuel Tresmontant nous fait découvrir la gastronomie simple mais délicate de la cuisine mexicaine, l’une des plus anciennes de l’histoire. Et Jean Chauvet trois films français qui sont trois histoires de pères et de filles. Enfin, pour Gilles-William Goldnadel, un certain grand quotidien de gauche, journal dit « de référence », qui s’est encore surpassé le mois dernier, ne mérite plus aucune déférence. Sa conclusion est définitive : si Le Monde n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde. En revanche, si jamais Causeur n’existait plus, ce serait tout le contraire.

L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

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John Davidson et Robert Aramayo à la cérémonie du cinéma britannique, Londres, le 21 février 2026 © Ash Knotek/Shutterstock/SIPA

Syndrome Gilles de la Tourette. Cette année, aux Bafta, un p’tit truc encore en plus…


Les organisateurs des Bafta, l’équivalent british de nos Césars, ne s’attendaient pas à se faire attraper par la patrouille des bonnes manières, encore moins pour cause de sortie de route raciste, alors qu’ils avaient concocté un événement bien sous tous rapports. Leur sélection merveilleusement progressiste comportait l’inévitable chef-d’œuvre anti-Trump, Une bataille après l’autre, de l’Américain Paul Thomas Anderson, reparti avec six statuettes, et dont Le Monde nous apprend qu’il « fait écho aux récentes actions de l’ICE, la police de l’immigration américaine », c’est dire si le gars est visionnaire. Et courageux, avec ça : il a appelé un parterre en smoking et robes du soir à « mener la révolution, sans violence si possible » – on appréciera la nuance. Dans la catégorie antiraciste, Sinners qui, paraît-il, parle de blues – sans doute pour l’approuver – et de ségrégation – probablement pour la dénoncer – a gagné trois prix. Pour faire bonne mesure et cocher toutes les cases de la tolérance, les membres de l’académie britannique du cinéma ont aussi retenu et récompensé I Swear, une œuvre qui célèbre le vivre-ensemble avec les fous (si on me permet ce résumé lapidaire et sans doute pénalement répréhensible), à travers la vie d’un homme atteint du syndrome de la Tourette, dont l’interprète, le jeune Robert Aramayo, a ravi le prix du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio.

Seulement, les fous, il vaut parfois mieux les avoir à l’écran qu’en pension. Soucieux de défendre dans la vie les mêmes nobles causes qu’à l’écran, les Bafta avaient, en plus de l’équipe du film, invité John Davidson, qui a servi de modèle au héros. Ce sympathique Écossais souffre donc réellement de cette affection neurologique qui le pousse irrépressiblement à proférer les propos les plus choquants possible pour ses interlocuteurs – comme un p’tit tic en plus. Pour faire court, les gens atteints de ce syndrome ont une tendance marquée et tout à fait involontaire à péter à table. Quand Davidson interrompt le speech introductif de la présidente par un sonore « shut the fuck up » (« ferme ta gueule »), la salle, qui a été préalablement mise en garde, fait semblant de ne pas entendre. Mais un peu plus tard, alors que deux acteurs noirs se trouvent sur scène, on entend clairement fuser le « n-word » – pas « nazi », « nigger », terme à connotation raciale et raciste, particulièrement radioactif aux États-Unis où il charrie la mémoire de la ségrégation. Stupeur et tremblement dans la salle dont le malheureux s’auto-exfiltre, mortifié d’avoir cassé l’ambiance. Ce dérapage non contrôlé fait autant de barouf, peut-être encore plus, que le bout de sein dévoilé par je ne sais plus quelle starlette lors d’une cérémonie des Oscars.

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L’affaire aurait pu en rester là, dès lors que, comme le résume délicieusement le critique de Libération, « le caractère pathologique de l’insulte » est établi. Sauf que, dans les deux heures séparant l’événement de sa diffusion, la BBC oublie de couper le passage offensant. La tornade de boue s’abat donc sur la chaîne publique qui pourtant fait et refait repentance. Sans calmer ses accusateurs qui ont en plus remarqué que le « Free Palestine ! » lancé par le cinéaste britannico-nigérien, Akinola Davies Jr, récompensé pour My Father’s Shadow, avait en revanche bien été effacé. Après ça, si vous ne savez pas qui dirige le monde et les médias, c’est que vous êtes bouchés.

Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correct. Au départ, il proscrit certains mots en postulant que cela fera disparaître la chose, logique déjà fort discutable. On ne sache pas que le racisme ait reculé parce qu’il est interdit de traiter quelqu’un de « sale ceci ou cela » ou que l’homophobie ait disparu depuis qu’on ne parle plus de « pédés ». Admettons cependant que la vie en société exige une certaine retenue. On ne cause pas à la télé comme dans son salon. Cependant, dans les années 1980 et 1990, il restait un territoire libre, celui de l’humour. Il était admis qu’on pouvait blaguer sur tout, y compris avec des propos qui, au premier degré, auraient conduit leur auteur au tribunal. Coluche pouvait affirmer que « la première étape africaine du Paris-Dakar, c’est Marseille », sans être excommunié.

Las, l’humour aussi a été livré aux prêchi-prêcheurs. Attention, ils n’ont rien contre l’humour officiel subventionné par vos impôts. Il est toujours permis et même encouragé de se payer la tête des ploucs, des riches et des cathos (pour les blondes, j’ai un doute). Pour le reste, toute blagounette sur l’origine, la religion ou la sexualité, passée à la moulinette du premier degré, peut valoir à son auteur un bannissement à vie et des ennuis judiciaires. Les maîtres-censeurs n’ont jamais entendu parler de la fonction cathartique de l’humour – cathartique ta mère.

Or voilà que les fous, pardon les personnes atteintes de troubles psychiques, sont désormais sommés eux aussi de rester dans les clous. C’est encore la bataille de Moderne contre Moderne, délicieusement dévoilée par Muray : à ma droite l’antiracisme, à ma gauche le respect de la dignité des faibles (deux idéaux parfaitement respectables). Eh bien, l’antiracisme a gagné. Un esprit chagrin comme celui de votre servante pourrait remarquer que dans les sociétés civilisées, on ne juge pas les malades mentaux, aussi insupportable soit-il pour des victimes d’entendre dire qu’un meurtrier est irresponsable. Mais les crimes de parole ne connaissent aucune atténuation de responsabilité, même si leur auteur, en plus d’être dérangé de là-haut, a fumé un joint. Dans le nouveau monde, même les fous n’ont pas le droit de déconner.