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Le roi est nu – la révolution s’habille en Prada

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Pour Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la Révolution française, l’histoire ne se répète pas. Selon lui, nos casseurs actuels sont « des consuméristes effrénés qui haïssent le capitalisme tout en le voulant gratuitement et tout de suite ».


La justification par 1789 et le précédent révolutionnaire des violences et des pillages est devenue fréquente, à gauche, dans le débat public qui suit le 17 octobre. Dans Le Monde, un historien a choisi de prendre la plume pour y remettre bon ordre.

Crise de l’obéissance

La Révolution française aura bientôt deux cent quarante ans, mais elle se porte admirablement bien. Elle est en pleine crise d’adolescence ! Elle descend dans la rue, bloque son lycée, sa fac, veut abolir Parcoursup, réclame 10/20 aux partiels, escalade la colonne de Juillet, filme son exploit sur TikTok. Le 6 octobre, une pancarte photographiée par l’AFP annonçait : « 2026 is the new 1789 ». Le 8 octobre, place de la Bastille, des manifestants promettaient au président de la République, piques à la main, le sort de Louis XVI. Le même jour, alors que des lycéens escaladaient la colonne de Juillet, Jean-Luc Mélenchon annonçait sur X que la Bastille avait été « reprise ».

Dans une tribune du Monde daté du 23 octobre, l’historien Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de l’événement, s’adresse à ses confrères : « Les historiens de la Révolution seraient inspirés de regarder par la fenêtre » et s’interroge : « Que peut dire un historien de la Révolution, de ses héritages ou de ses résonances, au vu de la situation actuelle ? » Regardons donc : il y a sûrement dans la rue quelques symptômes familiers d’un régime qui tombe. L’auteur de Sept jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution et de Juger la reine : 14, 15, 16 octobre 1793 rappelle qu’en 1789, « le roi était nu ».

L’administration n’obéissait plus, la troupe fraternisait avec la foule, les pamphlets obscènes et les caricatures avaient achevé de déshabiller la majesté royale et de désacraliser la personne du roi, déjà atteinte sous le règne de Louis XV par les scandales, les maîtresses, les intrigues d’alcôve. On insultait désormais le souverain sans craindre le sacrilège et, bientôt, on forcerait les grilles de Versailles sans craindre la poudre des gardes. La Révolution, avant d’être une crise politique, fut une crise de l’obéissance. Pourquoi obéir ?

En voilà une question. Les Français, note Waresquiel, se la posent depuis deux siècles et cherchent, pour y répondre, « une légitimité supérieure à celle de la légalité des pouvoirs », sans bien sûr la trouver. Deux siècles plus tard, en effet, on trouve le même soupçon, la même défiance, des insinuations infâmes sur le chef de l’État, sa famille et toute la classe dirigeante. Même impuissance à réformer, même banqueroute, même colère face à l’inflation. Même maladresse du pouvoir pour Waresquiel, qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir refusé, après la dissolution de 2024, l’issue gaullienne du référendum et de la démission ou celle mitterrandienne de la cohabitation. Ce n’est plus seulement le souverain présidentiel qui est nu, ce sont aussi nos institutions. Les pouvoirs se ressemblent souvent dans leur manière de vaciller. Quid des révolutionnaires ?

Des reliques aux fripes

À cette belle répétition de l’Histoire, il ne manque que quelques détails : quelque chose qui distingue une révolution d’une émeute et une émeute d’un simple déchaînement de violence. Emmanuel de Waresquiel cherche en vain parmi les émeutiers « les glorieux combattants de l’avenir » de Victor Hugo. Où sont passés le peuple de Michelet, souverain et magnifique, Gavroche sacrifié sur sa barricade ou le prolétaire de Marx, investi d’une mission historique ? Nos casseurs, en keffieh ou en survêtement Nike, n’ont pas l’embarras des missions historiques. On dévalise Kenzo et Céline, tandis que les écharpes Burberry sont revendues sur Vinted. On objectera que la Révolution fut aussi un grand pillage. Aux Tuileries, pillées le 10 août 1792, un insurgé aurait emporté un soulier de Marie-Antoinette, aujourd’hui conservé au musée Carnavalet. Dès juillet 1789, un entrepreneur, Pierre-François Palloy, commercialise des souvenirs fabriqués en pierres de la Bastille : maquettes, médailles, boutons, jeux. La différence tient à ce que ces objets révolutionnaires allaient devenir les reliques d’une nouvelle religion civique. La Révolution avait déjà ses produits dérivés ! Mais ces débris devenaient aussitôt des reliques : leur valeur tenait moins à leur prix de revente en ligne ou à l’usage qu’au symbole de la tyrannie abattue.

Dans Il nous fallait des mythes : La Révolution et ses imaginaires. De 1789 à nos jours (Éd. Tallandier, 2024), Emmanuel de Waresquiel raconte cette fabrique de serments, de martyrs, de cérémonies, de fêtes civiques, de processions laïques et d’objets de dévotion républicains. La Révolution est décidément une affaire de croyants. Derrière la légende du Jeu de paume, l’unanimité reconstruite a posteriori des députés, il y a aussi l’idée d’une Assemblée nationale ; derrière les pierres de la Bastille, sa violence et ses têtes coupées, il y avait la fin des lettres de cachet ; derrière la cocarde tricolore qu’ornaient des brutes sans-culottes, il y avait une nation qui cherchait à s’incarner elle-même. On ne s’échangeait pas, après le 14 Juillet, les croix de Saint-Louis, le cordon bleu du Saint-Esprit, les armoiries des carrosses, les portraits de famille ou les broderies sur les manteaux fleurdelysés. En tout cas, pas pour les arborer comme signes distinctifs de privilèges que l’on voulait abolir et remplacer. Même dans leur bricolage mythologique et leurs mensonges, les révolutions voulaient instituer quelque chose. Elles avaient quelque chose à vendre qui n’était pas à vendre : une idée neuve, la souveraineté nationale, et bientôt la République.

Les révolutions se suivent et ne se ressemblent pas

Le plus extraordinaire n’est pas que les casseurs pillent, les révolutions l’ont toujours fait, mais ce qu’ils pillent. On se jette sur Kenzo ou chez Céline, où s’étalent les fausses valeurs marchandes. Les ennemis déclarés du capitalisme en partagent les goûts, les petites vanités, le brutal fétichisme de la marchandise. La Révolution avait son bonnet phrygien ; la nouvelle revend les marques de prêt-à-porter. Ce n’est pas la négation de la société, mais son accomplissement le moins flatteur.

2026 connaît certes les gestes, les slogans, les signes, les violences, les pillages, les outrages et les outrances de 1789. On sait lever un poing, lancer un pavé, poser sur une barricade, mais on ne sait plus très bien contre quoi et surtout pourquoi. La Révolution de 1789, qui prétendait abolir les marques de naissance, se bat désormais pour les marques de fabrique. La conclusion appartient à Waresquiel : « Les révolutions se suivent. Elles se soutiennent par les rêves des uns, par les frustrations des autres. Elles ne se ressemblent pas. »

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Brésil: Lula tente un vaste achat de votes

Au coude à coude dans les sondages avec le fils Bolsonaro, le président sortant multiplie les mesures sociales ultra-coûteuses pour l’État. Au premier tour, le candidat de droite avait bénéficié d’un vote caché.


La campagne du second tour, très incertain, de la présidentielle brésilienne qui aura lieu ce dimanche 25 octobre est venue confirmer que Lula, le président sortant, est bel et bien, malgré son air bonhomme, un politicien retors toujours accro au pouvoir et aussi une bête électorale. Trois fois président (2003-2007, 2007-2011, puis à partir de 2023), il brigue un 4ᵉ mandat alors qu’il fêtera son 81ᵉ anniversaire deux jours seulement après la tenue de ce scrutin. En tout, il aura été candidat à la magistrature suprême sept fois et, qui plus est, a été l’éminence grise de celle qui lui avait succédé à la tête de l’État fédéral, Dilma Rousseff (2011-2016), destituée à l’entame de son 2ᵉ mandat pour falsification des comptes publics. On disait d’elle qu’elle n’était que l’ombre portée de Lula.

Si son rival de droite, Flávio Bolsonaro, 45 ans, sénateur et fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro — condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État « discutable » selon ses partisans —, l’emporte, ce qui se profile comme fort possible si l’on en croit les derniers sondages, sa victoire aura des conséquences cruciales pour tout le continent américain, mais aussi pour les BRICS qui regroupent, outre le Brésil, quelque 70 pays dits émergents dont, et non des moindres, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud.

La quasi-totalité de l’Amérique latine basculera alors à droite et, comme s’y est engagé Bolsonaro, son pays rejoindra le « Bouclier des Amériques », une alliance continentale contre le crime organisé lancée par Trump. En vérité, celle-ci est bien une alliance politique sous couvert technique, regroupant tous les régimes de droite du continent. Ne resteraient à gauche que le Mexique, l’Uruguay, le Nicaragua et Cuba. Concernant les BRICS, le Brésil en a été, sous le mandat de Lula, l’un des fondateurs avec la Russie, la Chine et l’Inde, et en est l’un des piliers. Son retrait annoncé par M. Bolsonaro rendrait leur avenir incertain. D’autant plus que l’accord Poutine-Trump sur le gazole, et d’autres probables à venir, incitera sans doute à terme la Russie à prendre ses distances avec ces derniers, dont la raison d’être était de se vouloir une alternative à la domination des États-Unis.

Une bombe

Deux semaines avant que les 156 millions d’électeurs ne retournent aux urnes pour ce second tour, Bolsonaro était donné vainqueur. La totalité des sondages lui accordait une moyenne de 52 % des intentions de vote contre 48 % à son rival, la marge d’erreur étant de 1 point en plus ou en moins. C’est alors, deux jours avant le premier débat télévisé entre les deux candidats, le dimanche 11 octobre, et douze jours avant la tenue du scrutin, que Lula a lancé une bombe. Il annonçait qu’il allait faire adopter d’urgence une loi qui exonérerait 3,6 millions d’autoentrepreneurs de leurs arriérés d’impôts et que le Trésor public rachèterait, en plus, 95 % de leurs dettes auprès des banques. Célérité législative surprenante, la loi a été adoptée et promulguée quatre jours avant que les urnes ne rendent leur verdict. Son coût serait de près de quatre milliards de dollars. En plus, s’ils le souhaitent, les bénéficiaires auront accès à une aide équivalente à 1 000 dollars[1] pour renouveler « leur outil de travail ».

Il convient de signaler qu’à l’issue du premier tour, remporté à la surprise générale par Bolsonaro, celui-ci a devancé Lula de deux millions de voix, 56 millions de suffrages s’étant portés sur son nom contre 54 sur celui de son rival (soit 47 % contre 45 %). Il a bénéficié d’un vote caché. Son score a été en effet supérieur de 7 à 10 points aux prédictions que lui attribuaient respectivement les différents sondages.

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Et comme si l’abandon de ce recouvrement d’impôts impayés ne suffisait pas à convaincre les indécis, Lula s’est entre-temps livré par décrets à une farandole de mesures sociales. Dans la foulée, il a majoré « la Bourse familiale », une allocation que reçoivent 50 millions des familles les plus pauvres, de 15 %, la portant à 137 dollars. Il a aussi annoncé que son versement serait exceptionnellement anticipé. Son octroi est subordonné à l’obligation pour ces familles de scolariser leurs enfants et de les faire vacciner. Pour se justifier, il a dit qu’il venait de découvrir qu’elle n’avait pas été revalorisée depuis des années.

Tout aussi surprenant, il a soudainement fixé la semaine de travail à 40 heures au lieu de 44 sans réduction de salaire, et promis la gratuité des transports urbains pour que « les travailleurs profitent de ce gain de temps libre ». Aux étudiants de l’enseignement public, il va allouer une bourse de 140 dollars qui leur sera versée mensuellement pendant les dix mois de l’année universitaire. Et à la fin de leurs quatre ans d’études, s’ils sont diplômés, ils auront droit à un livret d’épargne d’un montant total de 2 000 dollars, alimenté à raison de 500 dollars chaque année révolue, pour se lancer dans la vie active. Le montant de cette bourse mensuelle correspond presque à la moitié du salaire minimum, qui est de 324 dollars. Des prêts bonifiés seront également accordés aux taxis pour renouveler leurs véhicules, en plus d’une exemption exceptionnelle durant 60 jours des taxes sur les carburants.

Egalité technique

Le quotidien O Estado de S. Paulo, l’équivalent du Figaro au Brésil,a posé la question de savoir comment il comptait financer cette soudaine, tardive et sans précédent générosité sociale. Le déficit budgétaire brésilien s’élève déjà à un peu plus de 8 % du PIB (5,1 % en France). La croissance a brusquement ralenti ces deux dernières années : elle était de 3,2 % en 2024 et est estimée entre 1,6 et 1,9 % pour l’année en cours.

De toute évidence, cette débauche de mesures s’apparente à une vaste tentative d’achat de votes que la presse internationale, et notamment française, a passée sous silence. On imagine volontiers quelle aurait été l’indignation de celle-ci si un président sortant du bord politique opposé s’était montré aussi dispendieux…

Cependant, il semble que cette manne « providentielle » n’a pas eu l’effet escompté auprès de l’électorat, à savoir provoquer un renversement de tendance décisif. Certes, Lula a réduit son retard sur Bolsonaro. Selon l’ultime sondage de l’institut Quaest, ce dernier conserve un avantage d’un maigre petit point, 46 % contre 45 %. Les 9 % restants représentent les indécis (2 %) ainsi que les votes nuls et blancs (7 %). Pour les analystes, les deux candidats sont dans ce qu’ils qualifient d’« égalité technique », la différence entre eux s’inscrivant dans la marge d’erreur des 2 %.

Dès lors, le second débat sur Globo, la première chaîne télévisée, qui les opposera vendredi — moins de 48 heures avant l’ouverture des bureaux de vote —, s’annonce déterminant. La moindre faille peut être fatale. Le premier débat avait tourné à l’avantage de Bolsonaro, d’après la presse brésilienne. Et l’on ne peut pas exclure qu’il dispose, à l’instar du premier tour du 4 octobre, d’un vote caché conséquent, tant sa candidature a été diabolisée par la plupart des médias au point que bien des sondés se seraient gardés de confier aux instituts de sondage vers qui allait leur préférence.


[1] Le taux de change était le jeudi 23 octobre de 0,89 euro pour un dollar.

Midterms: quel bilan le bulldozer Trump peut-il présenter à ses électeurs?

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Une victoire des Républicains est souhaitable aux midterms le 3 novembre prochain, estime Alain Destexhe. S’il n’a pas obtenu la paix en Ukraine en 24 heures, promise pour se faire élire, la realpolitik brutale du populiste Trump obtient des résultats – que ce dernier peut mettre en avant auprès de son électorat. Les voici. Pendant que l’Europe pédale dans la semoule, Trump déroule…


La France s’est invitée dans la campagne américaine des midterms. Pour Donald Trump, les troubles qui frappent actuellement le pays illustrent les conséquences d’une immigration massive et non maîtrisée, à laquelle son administration a mis un terme aux États-Unis. Il y voit une menace explicite : le retour des Démocrates au pouvoir reproduirait la même politique et conduirait au chaos. Au prix d’une simplification, l’argument n’est pas dénué de fondement. Malgré le procès permanent que lui intentent la quasi-totalité des médias, le président américain a enregistré des résultats notables.

Une immigration illégale stoppée

L’immigration illégale, qui avait atteint neuf à douze millions de personnes sous Joe Biden, a été réduite dans des proportions spectaculaires. L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a mené une politique de reconduite à la frontière d’une ampleur inédite. Plus de 350 000 expulsions ont été enregistrées au cours de l’année fiscale 2026. À ces chiffres s’ajoutent plus de deux millions de départs volontaires.

La fin des politiques de DEI et le retour au mérite

Dans le cadre des compétences fédérales, le président a mis un terme aux politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) qui nient le mérite personnel et contreviennent aux droits de l’homme. Les universités souhaitant conserver leurs financements fédéraux ont dû y renoncer. La grande majorité s’y est conformée.

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L’administration a également réaffirmé l’existence de deux sexes biologiques et a restreint, dans la limite de ses pouvoirs, la participation des hommes biologiques aux compétitions sportives féminines. Ces orientations rencontrent une large adhésion aux États-Unis mais aussi ailleurs dans le monde.

Une économie en avance

Si l’inflation reste élevée en raison des effets de la guerre en Iran, elle demeure inférieure à celle observée sous Biden. La croissance américaine continue de surpasser celle du Vieux Continent et les marchés financiers ont atteint des sommets historiques malgré le risque permanent de correction. Les États-Unis dominent les secteurs appelés à structurer les décennies à venir, notamment l’intelligence artificielle et le spatial, domaines dans lesquels l’Europe accuse un important retard. La comparaison entre Ariane 6, financée quasi exclusivement par des fonds publics, et SpaceX en fournit une illustration éloquente.

Une politique étrangère qui redéfinit les priorités

La grande majorité des pays latino-américains sont revenus dans le giron de Washington, un succès considérable. Dès son premier mandat, Trump avait exigé que les alliés de l’OTAN relèvent leurs dépenses militaires. Ce mouvement s’est poursuivi et consolidé. En Europe, les gouvernements ont intégré la nécessité de contribuer davantage à leur propre défense.

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S’agissant de l’Ukraine, l’administration américaine a posé une évidence stratégique : l’intérêt des États-Unis dans ce conflit n’est pas majeur et la relation future avec la Russie, y compris la perspective de distendre un jour l’alliance sino-russe, prime sur le contrôle de quelques arpents de terre au Donbass. Des Européens paniqués doivent désormais financer la guerre de l’Ukraine sans en avoir réellement les moyens, observe-t-on froidement à Washington. Sur le Groenland, Donald Trump a obtenu un accord de défense élargi qui exclut durablement toute présence militaire chinoise et russe et limite les investissements sensibles de pays tiers dans cette zone stratégique. Un résultat important qui ridiculise des Européens champions de la gesticulation.

L’indépendance énergétique américaine

Contrairement à l’Europe, les États-Unis ne dépendent plus du Moyen-Orient pour leur approvisionnement en pétrole et en gaz. Ils subissent les variations des cours mondiaux mais ne sont pas menacés dans leur sécurité d’approvisionnement. Leurs coûts énergétiques restent nettement inférieurs à ceux du Vieux Continent, qui demeure dépendant et continue d’importer du gaz et du pétrole russes malgré la guerre en Ukraine et les sanctions en place depuis 2022.

La censure et l’érosion de la liberté d’expression sous Biden

Le bilan de l’administration américaine actuelle doit aussi être apprécié à l’aune de ce qu’aurait impliqué une victoire démocrate en 2024. Celle-ci aurait entraîné une restriction significative, voire une quasi-disparition, de la liberté d’expression, avance le camp républicain. Sous Biden, les plateformes numériques s’étaient transformées en instruments de censure à grande échelle. Twitter avait exclu le président Trump de son réseau. Il était, par exemple, devenu quasi impossible de soutenir publiquement que le virus du Covid pouvait provenir d’un laboratoire chinois, que l’épidémie ne résultait pas des non vaccinés ou encore de contester la thèse selon laquelle l’ordinateur portable de Hunter Biden relevait d’une opération de désinformation russe. Les « vérités officielles » n’étaient pas vraies ! Trump n’a en rien limité la liberté d’expression. Il est d’ailleurs le président le plus critiqué et caricaturé de l’histoire moderne.

Sous un régime démocrate, les politiques de diversité auraient été érigées en doctrine d’État. Les questions de genre et les dispositifs DEI seraient devenus des politiques publiques centrales, encouragées par les universités et relayées par les médias, avec des répercussions en Europe où la gauche et le centre se seraient empressés de les appliquer.

Les Démocrates sont devenus des socialistes

Le Parti démocrate n’a plus grand-chose en commun avec celui de Bill Clinton. Il est aujourd’hui dominé par son aile socialiste, incarnée par des figures comme Zohran Mamdani ou Alexandria Ocasio-Cortez. Conscients que leurs convictions restent peu acceptables pour une majorité d’Américains, les Démocrates adoptent pendant cette campagne un discours modéré, bien éloigné de leurs positions antérieures, notamment en 2020 lors du Black Lives Matter (BLM). Une fois au pouvoir, ils appliqueraient des politiques alignées sur celles de la gauche radicale européenne.

Pour l’ensemble de ces raisons, une victoire républicaine à la Chambre des représentants et, plus encore, au Sénat est souhaitable. Malgré les excès et les approximations du président, il existe selon moi de solides motifs de préférer la continuité, y compris en 2028 avec JD Vance ou Marco Rubio.

Paris : face aux pillages, des commerçants s’arment pour le 24 octobre

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Traumatisés par les dégradations du week-end du 17 octobre, des commerçants du centre de Paris ont fait le choix d’acquérir des armes de catégorie D pour défendre leur boutique avant la manifestation du 24 octobre.


Après les pillages, les commerçants s’arment à Paris en prévision de la prochaine manifestation

À deux jours de la nouvelle journée de mobilisation prévue ce jeudi 24 octobre, le souvenir des violences du week-end précédent est encore très présent dans le centre de Paris. Après les dégradations subies par de nombreux commerces en marge des cortèges, la crainte de nouvelles scènes de pillage pousse certains gérants à franchir un cap. Dans un reportage diffusé par France Info, plusieurs commerçants du quartier des Halles témoignent ouvertement de leur décision d’acquérir des armes de défense de catégorie D — bombes lacrymogènes, tasers ou matraques télescopiques — pour faire face aux éventuels casseurs.

L’initiative illustre le sentiment de vulnérabilité de professionnels qui estiment ne plus pouvoir compter uniquement sur la protection des forces de l’ordre lors de manifestations à haut risque. « On est obligés, on ne peut pas dépendre de la police », confie ainsi un commerçant au micro de France Info, traduisant la conviction que la police, souvent saturée ou concentrée sur des points stratégiques, intervient trop tard une fois la vitrine brisée.

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Commerçants armés à Paris : entre légitime défense et engrenage mortel, les risques de la justice privée

Sur le plan légal, la possession de ces équipements non létaux au sein d’un local professionnel reste autorisée. Mais si ce choix répond à une volonté de protection matérielle face à des dégradations répétées, il comporte d’importants risques d’escalade. La présence d’armes en boutique, manipulées par des citoyens sous stress et non formés à la gestion de foule, augmente considérablement le risque d’incident grave en cas de confrontation directe avec des pilleurs.

L’auto-équipement des commerçants marque un glissement sensible : en cherchant à sanctuariser eux-mêmes leur outil de travail, ces acteurs économiques prennent le risque d’alimenter un engrenage de violences croisées. L’affrontement entre casseurs et commerçants armés déplacerait la crise sur le terrain de la justice privée, au risque de multiplier les blessés et de compliquer davantage la tâche des services de secours et de maintien de l’ordre.

Les limites du dispositif public de sécurité

Cette dynamique survient dans un contexte de forte tension sur les effectifs policiers. Dans un courrier adressé aux fédérations de commerçants, la préfecture de police de Paris a d’ailleurs recommandé de « renforcer la sécurité des établissements », de faire appel à des sociétés privées ou d’adapter les horaires d’ouverture pendant les rassemblements. Une consigne pragmatique, mais qui entérinerait, selon les syndicats de commerçants, une forme d’impuissance logistique de l’État à sécuriser l’ensemble des axes marchands.

Parallèlement, la réquisition d’agents non spécialisés dans le maintien de l’ordre — comme des policiers aux frontières — suscite des inquiétudes au sein des forces de l’ordre elles-mêmes, soucieuses du manque d’entraînement face aux tactiques d’émeute urbaine. Entre la peur légitime des victimes de pillages et l’apparition de commerçants armés, cette situation met en lumière la fragilité de la paix civile lorsque la puissance publique peine à garantir seule la sécurité des biens et des personnes.

Premier cas humain et un mort à Lyon: que sait-on du mystérieux virus Shamonda ?

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Détecté pour la première fois chez l’homme, le virus Shamonda a provoqué le décès d’un patient lourdement immunodéprimé aux Hospices civils de Lyon. Alors que la nouvelle réveille les craintes d’une nouvelle menace pandémique, les autorités sanitaires se veulent rassurantes: il s’agit d’un cas d’infection opportuniste d’origine animale sans transmission interhumaine ni risque pour la population générale. Explications.


Un premier décès au virus Shamonda à Lyon : ce qu’il faut savoir

C’est une annonce médicale qui a immédiatement suscité l’attention des infectiologues et de la communauté scientifique. Un patient pris en charge aux Hospices civils de Lyon est décédé au début du mois d’octobre après avoir été infecté par le virus Shamonda, informe BFMTV.

Si ce pathogène circule depuis le printemps et l’été 2026 dans les élevages bovins, ovins et équidés d’Europe — et plus particulièrement dans une cinquantaine de départements français —, il s’agit de la toute première détection documentée de cette maladie chez l’être humain à l’échelle mondiale.

Selon les informations communiquées par le ministère de la Santé, le ministère de l’Agriculture et l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, la victime souffrait d’une immunodépression sévère et d’une pathologie préalable grave. L’hypothèse privilégiée par les épidémiologistes pointe vers une contamination opportuniste survenue au cours de l’été dans l’Est de la France, consécutive à la piqûre d’un moucherons vecteur.

Qu’est-ce que le virus Shamonda qui a fait un premier mort à Lyon ?

Appartenant à la famille des orthobunyavirus, Shamonda est un virus à ARN transmis par des insectes et qui affecte habituellement le monde animal. Contrairement à certaines idées reçues sur les épizooties, la maladie ne se transmet ni par le contact direct avec le bétail, ni par la consommation de viande ou de lait, qui restent parfaitement sûrs pour le consommateur. Le virus est véhiculé exclusivement par les piqûres de minuscules moucherons hématophages du genre Culicoides, particulièrement actifs pendant la saison chaude.

Chez les ruminants, l’infection passe la plupart du temps inaperçue ou se manifeste par de légers épisodes fébriles et des baisses temporaires de production laitière. Cependant, chez les femelles gestantes, le pathogène peut provoquer des malformations fœtales, se rapprochant ainsi du comportement d’autres virus vétérinaires bien connus comme celui de Schmallenberg.

Jusqu’à cette découverte lyonnaise, la communauté scientifique considérait Shamonda comme un virus strictement incapable de franchir la barrière de l’espèce humaine. Le cas d’octobre démontre que ce verrou biologique peut exceptionnellement sauter, mais uniquement dans des conditions d’extrême vulnérabilité immunitaire.

A lire aussi : Peste en Russie: qu’avons-nous appris du Covid?

Premier cas de Shamonda à Lyon : entre psychose médiatique et réalité, quel risque réel pour la France ?

À peine l’information rendue publique, la mécanique médiatique s’est emballée. Les formules alarmistes évoquant le « patient zéro », la « maladie venue des bovins » ou la « première victime humaine » se sont rapidement multipliées sur les réseaux sociaux. C’est le retour d’un réflexe anxiogène désormais bien rodé depuis la crise du Covid-19, où chaque signal d’origine zoonotique se trouve immédiatement réinterprété à travers le prisme d’une menace pandémique globale.

Pourtant, l’analyse froide des données médicales écarte formellement le scénario d’une crise sanitaire. D’abord parce que le virus Shamonda ne dispose d’aucune capacité de transmission interhumaine : il n’existe donc aucun risque de contagion dans la vie quotidienne, les transports ou le milieu professionnel. Ensuite, parce qu’il s’agit d’une infection purement opportuniste, incapable de proliférer dans un organisme doté d’un système immunitaire fonctionnel.

Enfin, l’isolement de ce pathogène rare témoigne de l’efficacité de nos réseaux de veille et du dispositif One Health. Les laboratoires de virologie sont aujourd’hui en mesure d’identifier un agent biologique marginal là où, par le passé, le décès aurait été classé sans suite médicale précise. Plutôt que l’annonce d’un nouveau péril épidémique, l’événement lyonnais illustre une réalité biologique ordinaire : les interactions fortuites entre l’homme et le monde animal existent, mais nos outils de pharmacovigilance permettent désormais d’en mesurer la portée exacte sans céder à la panique.

Quand une jeunesse sans avenir rencontre les effaceurs de notre passé

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Le monde entier se demande quelle fièvre dévastatrice s’est emparée du pays. La faillite des pères suscite le désarroi des fils, observe cette analyse. La jeunesse française vit une véritable et violente crise existentielle.


18 octobre au matin. La France se réveille avec la gueule de bois. A Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Rennes ou Lille, les rues évoquent des scènes de guerre : voitures calcinées, pavés jonchant la chaussée, commerces pillés. La mairie de Limoges et l’office du tourisme de Lyon sont partis en fumée.

Nouveau Mai 68 ?

Depuis trois semaines, les commentateurs de l’hexagone et au-delà se demandent si le mouvement lancé avec les émeutes étudiantes de septembre 2026 serait un nouveau mai 1968. On se souvient de la phrase de Marx, selon laquelle l’histoire se répète : d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce. Cette fois-ci, il semble bien que ce soit l’inverse : la gouaille déconneuse de Dany le Rouge, les slogans « l’imagination au pouvoir », « soyez réaliste, demandez l’impossible » ou « les motions tuent l’émotion » ont cédé la place à une rage des plus sombres. Un des slogans qui fait flores est d’ailleurs « Bismillah, c’est les ténèbres », dont on ne saurait dire si on la doit vraiment à l’inspiration juvénile des lycéens ou à des policiers infiltrés sur Snapchat pour s’informer des blocages.

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Quoi qu’il en soit, cette expression reflète bien l’imbroglio des revendications et de leurs auteurs qui confine au néant, voire au délire. Car on saisit mal le rapport entre le manque d’enseignants et de moyens, d’une part, et l’arrêt des cours et le saccage systématique de ces mêmes moyens, d’autre part; entre l’indigence du niveau scolaire en France et la cause palestinienne ou encore la fonte de la banquise.

Pour la mobilisation du 17, les organisateurs avaient élargi le mouvement aux syndicats, gilets jaunes et à tous ceux voulant dénoncer la « vie chère »; une manifestation en somme des plus classiques, voire rituelle pour un mois d’octobre gaulois. Mais le lendemain, le monde entier regardait, médusé, les images du New York Times ou de la China Central Television montrant une France ayant basculé dans le chaos. Et tous de s’interroger sur la fièvre dévastatrice qui s’est emparée du pays.

Sous les pavés, la panique

Oui bien sûr, on peut pointer des soucis de gestion, comme certaines pancartes brandies dans les cortèges, telles que le manque d’enseignants ou les emplois du temps déséquilibrés. Mais là n’est pas le vrai problème. Soyons sérieux, ce genre d’aménagements se résout toujours en interne par l’administration de l’établissement. La cause n’est pas non plus le manque d’argent : à eux seuls, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur concentrent 119 milliards pour 2026, soit 25% du budget de l’État, ce qui est considérable.

Le vrai problème, c’est la peur panique qui tenaille la jeune génération. Elle sent les autorités faibles et désemparées devant la faillite indéniable de leur modèle économique, social et moral : celui de l’État-providence datant de l’après-guerre. En effet, les dernières décennies ont été marquées par un chômage structurel ou, du moins, une importante précarité de l’emploi; par une dette abyssale de l’État dont les jeunes vont immanquablement hériter, par l’incapacité des pouvoirs publics à maîtriser les frontières et à garantir la sécurité physique des citoyens; par un déclassement généralisé dans le niveau scolaire, la production ou encore le prestige diplomatique. « Tout ce qu’on veut, c’est un avenir », lâche timidement une jeune fille devant le lycée Condorcet de Lens, où un élève a eu une main arrachée en ramassant une grenade assourdissante. Place de la Bastille, une autre tient un écriteau représentant un paquet de Marlboro dont les lettres ont été modifiées pour écrire « Mal barrés ». Au-delà du calembour, ce sont des paroles très fortes qu’il faut savoir entendre, et non les balayer d’un « c’est une génération de glandus [sic] avachis derrière leurs écrans ».

Il y a certes trop de temps passé devant les écrans (à cet égard, il n’est pas interdit aussi de s’interroger sur le rôle des parents de temps à autre), mais ce refuge dans les écrans est aussi le symptôme de la peur viscérale d’un avenir moins peuplé de promesses que d’angoisses. D’ailleurs, la plateforme Parcoursup est le symbole de ce trou noir, de ce néant d’algorithmes abscons qui leur est proposé en guise de futur. En outre, quand bien même ils parviendraient à s’inscrire dans la filière souhaitée, même la réussite dans les études n’est plus aujourd’hui le gage d’avoir une situation, ni simplement d’être à l’abri du besoin. A longueur d’année, on assiste au ballet des médecins, infirmiers, pompiers, policiers, avocats, enseignants, agriculteurs… tous témoignant de leurs aléas législatifs et économiques.

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La génération de 1968 percevait elle aussi une certaine défaite intérieure de ses aînés. A l’époque, ces derniers avaient été autant humiliés par l’occupation allemande que sidérés par la barbarie démontrée par les hommes au cours des deux guerres mondiales. Dans son ultime conférence donnée à Vienne en 1935, le philosophe Edmund Husserl affirmait que « la pire chose qui pourrait arriver à l’Europe, c’est d’être lasse ». C’était pourtant bien le cas des pères en 1968, et c’est celui de nombre d’entre eux aujourd’hui; ils sont accablés d’impôts, de paperasse bureaucratique, pris en étau entre les réglementations bruxelloises et la concurrence internationale à bas coût qui ont ravagé l’économie française; enfin, ils ont été achevés par la crise du Covid et la flambée des prix de l’énergie. Et, comme à chaque fois, la faillite des pères suscite le désarroi des fils, donc leur révolte.

Ainsi, les revendications lycéennes vont bien au-delà de problèmes de budget ou d’intendance. C’est un véritable cri du cœur d’une génération saisie d’une panique existentielle. Comme souvent avec les jeunes, elle cherche la confrontation avec une autorité qu’elle perçoit défaillante, mais qu’elle a besoin de tester pour se rassurer.

Ceci posé, une ambiguïté demeure quant au mouvement et elle tient à la diversité de ses sources. En effet, au récit national remontant au vingtième siècle, se surimpose une ligne narrative plus récente, puisqu’elle commence en 2005 dans les banlieues et obéit à une logique très éloignée.

Convergence des luttes ou apologie de la sédition ?

Comme le regrettait l’homme d’affaires Michel-Edouard Leclerc sur Cnews, « il y a des casseurs qui gâchent la revendication du mouvement étudiant, il y a de la récupération politique ».  Et, avec lui, on ne peut que constater le profit tiré par certains du désordre entourant les manifestations étudiantes pour répandre le chaos et s’attaquer à l’autorité de l’État et de ses représentants.

Plus grave, ces individus s’en prennent délibérément aux symboles de l’État, dans une logique de surenchère qui n’a plus aucun lien avec les demandes lycéennes et va jusqu’à menacer la paix civile. Hélas, ces agissements ne datent pas du mois de septembre. Depuis les émeutes de banlieue de 2005, la situation n’a fait qu’empirer : insécurité dans les établissements allant jusqu’à l’assassinat de Samuel Paty en 2020 et de Dominique Bernard en 2023. Depuis une vingtaine d’années, tout événement, même festif, tel que la Saint Sylvestre ou des rencontres sportives, est le prétexte à un déchaînement de violence dans le centre des grandes villes. Et il en va de même pour les récentes manifestations étudiantes.

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Ces dernières semaines, de l’avis même du Premier ministre, on a assisté à une « violence inédite », avec 149 personnels de l’Éducation nationale et 1934 policiers et gendarmes blessés, dont 997 pour la seule journée du 17 octobre. En amont de la manifestation, l’influenceur Rayan PSN avait appelé à rien de moins que la « warzone » et au recrutement de « chefs d’émeute », tandis que son acolyte avait évoqué un nouveau Bataclan.

Sous couvert de « convergence des luttes », des forces politiques encouragent la sédition et la guerre civile. « Saint-Denis, capitale de la résistance et de la convergence des luttes ! », se réjouissait Bally Bagayoko en réaction à la venue de Greta Thunberg. Il poursuivait : « solidarité, justice sociale et climatique ». Bien évidemment, tout cela n’a aucun sens et ce n’est pas en molestant des enseignants qu’on aidera les pingouins.

L’édile de Saint-Denis va encore plus loin dans la provocation, justifiant dans deux déclarations les 29 septembre et 1er octobre le recours à la violence. Ce qui ne l’empêche pas, dans une mise en scène grotesque, de se placer en défenseur de la jeunesse en faisant mine de protéger des lycéens (qui le dépassent d’une tête !) contre des policiers aussi placides qu’interloqués. Des images qui ont fait le tour du monde.

Des élèves bloquent l’accès au lycée technique Frédéric Bartholdi en Seine-Saint-Denis, le 28 septembre 2026. Le maire Bally Bagayoko a été aperçu tout sourire face aux fauteurs de trouble dans des vidéos très commentées © Frederic MUNSCH/SIPA

A ces attitudes factieuses inadmissibles, a fortiori de la part d’élus, s’ajoute un islamisme d’atmosphère. Ce sont les drapeaux palestiniens, le keffieh de Greta, la statue de Jeanne d’Arc voilée à Toulouse, une petite pancarte aperçue devant le lycée Colbert à Paris exigeant de « s’occuper de nos profs au lieu de s’occuper de nos voiles ». En outre, à Meyzieu, la statue d’Arnaud Beltrame, égorgé par un terroriste qui avait pris en otage un supermarché, a été vandalisée; le vandale a jugé bon d’en rayer l’inscription « islamisme » et d’y ajouter le graffiti NTM. Dans le Loiret, trois adolescents seront prochainement jugés pour apologie publique d’actes de terrorisme après la diffusion d’une vidéo prise devant le lycée François Villon de Beaugency, où ils reprenaient la chanson d’un rappeur faisant référence à Mohamed Merah et Salah Abdeslam. Autant de signaux qui font dire à la chercheuse au CNRS spécialiste des Frères musulmans Florence Bergeaud-Blackler que, dans les manifestations lycéennes, « l’ingérence islamiste est l’éléphant au milieu de la pièce. »

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A la manœuvre, on ne s’étonne pas de retrouver LFI. Le 6 octobre, son chef Jean-Luc Mélenchon encourageait la zizanie en s’enthousiasmant que le « signal [était] donné de la jonction des forces. » Par ailleurs, selon le JDD, des cadres LFI auraient distribué des tracts pour élargir la fronde, comme au lycée Robespierre d’Arras. Quant à la fine équipe composée des députés Louis Boyard, Gabrielle Cathala et Antoine Léaument, on pouvait compter sur eux pour galvaniser les petits bourgeois sur les barricades d’Assas et de Sciences Po. Enfin, à Nantes, des journalistes de Cnews ont raconté avoir échappé de peu à un lynchage par des meneurs de LFI, ne devant leur salut qu’à un restaurateur qui les a mis à l’abri dans son arrière-cour.

On le voit donc, les mots d’ordre partisans et étrangers ont relégué aux oubliettes les légitimes demandes des lycéens. Utilisés, bousculés et parfois blessés dans les cortèges par les casseurs, ces derniers ont fini par être oubliés. Le 17 octobre, avant même que les cortèges de manifestants ne se soient élancés, la rue a été investie par ceux qui voulaient substituer le chaos et une revanche identitaire à la France et à son histoire.

L’État est donc confronté à une double menace, celle de la pérennité de son modèle à réinventer et celle des attaques d’éléments factieux rêvant de faire table rase du glorieux passé français pour imposer, c’est selon, la charia ou la Terreur d’un Robespierre. On ne sortira pas de cette impasse sans renoncer à nombre de dogmes de cette société à la dérive. Mais ce n’est pas aux lycéens qu’incombe cette tâche. Pour l’heure, il va leur falloir être réalistes; non pas demander l’impossible, comme en 1968, mais simplement retourner en cours.

Élections israéliennes: des électeurs pris en sandwich

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Au marché Hatikva, un vendeur de shawarma est boycotté pour avoir annoncé qu’il abandonnait Netanyahou au profit de Gadi Eizenkot. À l’approche du scrutin du 27 octobre, cette petite histoire éclaire une grande question. Comment changer de gouvernement lorsque le vote est aussi une fidélité familiale, sociale et culturelle ?


Or Ohana tient un stand de shawarma à l’entrée du marché Hatikva, à Tel-Aviv (Hatikva signifie « espoir » en hébreu, comme le titre de l’hymne national). Un jour, un journaliste en mission de micro-trottoir passe dans ce lieu considéré par les rédactions comme « authentique » et l’interroge sur son vote aux prochaines élections. Sans trop réfléchir, Ohana répond qu’il a voté Likoud toute sa vie, mais que, depuis le 7-Octobre, il estime que le pays a besoin de changement. Cette fois, il choisira Gadi Eizenkot, principale figure du bloc de l’opposition. Il aurait probablement oublié cet échange si, le lendemain de la diffusion de la vidéo, le ciel ne lui était pas tombé sur la tête. Selon son témoignage publié par Haaretz, ses ventes chutent de 70 % en une journée. Ses sandwichs généreusement garnis de poulet, de dinde ou de veau, avec une préférence du patron pour le mélange des trois, sont soudain boudés. Les insultes et les menaces affluent, des habitués appellent au boycott. Puis l’histoire prend un autre tour. Des dizaines de personnes viennent spécialement manger chez lui pour le soutenir. Les broches continuent de tourner dans le même sens, mais acheter un shawarma en a pris un autre.

Fidélités et blessures

Ce micro-évènement ne résume pas Israël mais il révèle cependant une difficulté centrale de ces élections. Pour une partie des électeurs, quitter Netanyahou signifie davantage que sanctionner un bilan. Pour eux cela est vécu comme une défection, une rupture avec les siens. Ohana voulait changer de Premier ministre. Certains lui ont répondu qu’il avait changé de famille et l’ont ostracisé, mettant en péril sa capacité de nourrir sa famille.

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Hatikva appartient à cette autre Tel-Aviv que l’image internationale de la ville laisse hors champ. Au sud-est, loin des plages et de l’univers des start-ups, ce quartier populaire s’est constitué dans les années 1930 autour de travailleurs yéménites. Des familles irakiennes et d’autres populations juives orientales ont ensuite participé à son histoire. Le marché, ses commerces alimentaires et ses sociabilités de voisinage portent cette empreinte. Il ne faut pourtant confondre ni les vendeurs avec tous les habitants, ni le quartier actuel avec une photographie de ses fondateurs.

Quant à M. Ohana, comme le lieu où se trouve son commerce, il est presque la caricature du soutien inconditionnel à Netanyahou et au Likoud. Son nom évoque le judaïsme marocain (et non irlandais…) et fait entendre cette autre histoire israélienne. Celle des familles venues du Maroc, de Tunisie, d’Irak ou du Yémen, et de leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Regroupées sous le terme de « mizrahim », les populations juives originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’ont pourtant ni les mêmes parcours ni une opinion politique commune.

Leurs aînés venaient de sociétés souvent arabophones, parfois aussi berbérophones, où la religion structurait le calendrier, la vie familiale et les appartenances collectives. Ils y avaient été des minorités juives, avec des expériences très différentes selon les pays et les époques. Cet héritage ne fournit aucune explication automatique de leur vote. Il aide en revanche à comprendre pourquoi, dans certaines familles, la tradition représente bien davantage qu’un ensemble de rituelles et obligations religieuses.

On peut respecter le repas du vendredi soir, fréquenter la synagogue pour les grandes fêtes, demander la bénédiction d’un rabbin et vivre sans observer toutes les prescriptions. C’est l’univers des masortim, les juifs traditionalistes. La religion y est aussi une langue familiale et  une manière de rester fidèle aux parents et aux aïeux. Une campagne qui présente les traditions comme des survivances embarrassantes risque donc d’être perçue comme un jugement porté sur ceux qui les ont transmises. La gauche israélienne en a fait l’amère expérience plus d’une fois depuis 1977.

À cette fidélité s’ajoutent une mémoire et un imaginaire forgés par l’intégration à la société israélienne. L’État des premières décennies, dominé par des élites travaillistes largement ashkénazes et majoritairement athées, a accueilli les nouveaux immigrants tout en prétendant les transformer. Les camps de transit, les logements précaires, l’orientation vers les périphéries sont des expériences partagées par d’autres groupes. La dévalorisation de leurs cultures leur était en revanche propre, et elle a laissé des blessures durables. L’intégration fut réelle, et bien démontrée, mais le sentiment d’avoir été traités comme des citoyens de seconde catégorie l’était tout autant.

Ces expériences produisaient des ressentiments transformés en carburant politique. La victoire de Menahem Begin en 1977 en est la traduction. Cet homme, né en Europe orientale, Polonais jusqu’au baise main, n’avait pas besoin d’être ni marocain ni yéménite pour identifier le nœud de l’affaire – le lien avec la tradition et la synagogue – et reconnaître la dignité de ceux auxquels il s’adressait. Son parti, le Likoud leur a offert une place dans le récit national. Dans certaines familles, voter pour lui est devenu une partie des traditions et un marqueur identitaire fort. Netanyahou, aussi ashkénaze que Begin, a hérité de cette fidélité et l’a structurée. Il peut apparaître comme le défenseur des électeurs contre les milieux qui les jugent, même lorsque sa propre trajectoire le situe loin de leur condition sociale et leurs croyances. Les attaques contre lui sont alors reçues comme des attaques contre eux et plus ses adversaires méprisent les « bibistes », plus ils renforcent ce lien.

Querelles israéliennes

Cela permet aussi de comprendre un paradoxe apparent. Des électeurs sépharades peuvent soutenir une coalition comprenant des ultraorthodoxes ashkénazes, alors que des discriminations envers les séfarades ont été documentées dans leurs établissements scolaires, plus généralement dans leurs quartiers de résidence, et jusqu’à leurs stratégies matrimoniales.

C’est que toutes les humiliations ne sont pas ressenties de la même manière. L’exclusion pratiquée par un milieu religieux peut être combattue à l’intérieur d’un univers dont on reconnaît la légitimité. Le mépris attribué aux anciennes élites laïques semble, lui, disqualifier cet univers tout entier.

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Le 7-Octobre introduit dans cette histoire toute une série des questions susceptible de défier cette logique :  qui a protégé les familles ? Qui a failli ? Qui doit rendre des comptes ? Dans son témoignage à Haaretz, M. Ohana situe précisément là son changement de position. Son histoire suggère que le souvenir des humiliations passées peut rencontrer une exigence plus immédiate, celle de ne pas subir une nouvelle catastrophe.

Une autre question touche directement les familles qui ont porté la guerre. Qui doit servir ? Les exemptions des ultraorthodoxes ne relèvent plus seulement d’une controverse sur la place de la religion dans l’État. Pour les réservistes, leurs conjoints et leurs employeurs, elles posent la question du partage du fardeau et des sacrifices. Pour Ohana en particulier, la question est aussi de savoir qui financera la guerre et le manque à gagner structurel que représente le statut spécial des ultraorthodoxes. Que fera-t-il si l’alourdissement de la fiscalité rogne le pouvoir d’achat de ses clients et si le crédit se resserre ? Respecter la Torah et les traditions ne suffisent plus pour rallier la troupe.

Au marché Hatikva comme presque partout en Israël, à quelques jours du scrutin, ces débats prennent une forme intime. Ohana ne prétend pas avoir de réponse à toutes les questions. Il a simplement décidé que sa fidélité passée ne pouvait plus déterminer son vote à venir. La violence des réactions montre à quel point cette décision se vit comme une trahison. La solidarité qu’il a reçue montre qu’elle demeure possible. Et c’est peut-être là, aussi, l’un des enjeux du scrutin. Les Israéliens peuvent-ils juger leurs dirigeants sans avoir à renier leurs parents, leur quartier, leurs traditions ? Un électeur peut-il vouloir changer de gouvernement tout en restant parmi les siens ? Peut-on débattre, une pita à la main ? 

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« Sarah Knafo est une Calamity Jane qui rigole »

Franz-Olivier Giesbert salue le travail d’enquête mené par Sarah Knafo dans Le Casse du siècle, qui a le mérite de dénoncer notre modèle social avec un humour devenu rare. FOG brosse le portrait d’une talentueuse figure du libéralisme capable d’œuvrer à l’union des droites, tout en lui déconseillant, pour le moment, la course à l’Élysée.


Causeur. À quel personnage de la littérature ou de l’Histoire compareriez-vous Sarah Knafo ?

Franz-Olivier Giesbert. La plupart des grands personnages de l’histoire de France ont le sens du tragique : voyez de Gaulle, Jeanne d’Arc ou Charles V. À l’exception d’Henry IV, ce ne sont pas des joyeux drilles, même si le Général pouvait manier l’humour en certaines occasions. Or, ce qui caractérise Sarah Knafo, c’est précisément son rire, sa bonne humeur perpétuelle. Elle n’a rien à voir avec eux.

Au siècle de la plainte, ça tranche. De ce point de vue, elle se rattacherait plutôt, toutes proportions gardées, à une tradition anglo-saxonne incarnée tour à tour par Lincoln, Churchill ou Reagan, trois machines à fabriquer des bons mots ou des bonnes blagues dans toutes les situations. Mais si vous voulez que je la raccroche à tout prix à la France, on peut dire de Sarah Knafo qu’elle est une élève de Molière, notre monument national, praticien du rire thérapeutique.

Allons, son livre, Le Casse du siècle, n’est pas très drôle !

Certes, le sujet – la déglingue de notre soi-disant « modèle » – n’est pas drôle. Mais à y regarder de plus près, si elle flingue à longueur de pages, c’est en rigolant. Déjà, la couverture n’est pas celle d’un pensum économique, mais d’un livre où on va s’amuser : elle est présentée en fliquette devant son mur d’enquête avec des photos et des Post-it sur lesquels on lit : « À qui profite le crime ? » ou « Scènes de crime ». Sarah Knafo ne se prend pas au sérieux. C’est une Calamity Jane qui rigole. Là est, je crois, l’une des principales raisons de son succès. Elle imprime, comme on dit. Elle n’est pas la seule, notamment à droite. Marion Maréchal aussi imprime : elle reste populaire quand elle fait peu d’apparitions médiatiques, mais elle utilise d’autres méthodes, notamment des formules qui tuent.

À quelle star de cinéma confieriez-vous le soin de jouer son rôle ?

Comme vous y allez ! Si j’étais chargé de mettre en scène son « biopic », je rechercherais plutôt une comédienne qui a de l’humour. En France, on a l’embarras du choix. Mon premier choix serait une nouvelle Jacqueline Maillan à cause du rire gloussant, de l’énergie communicative et de l’art de balancer des vacheries, qu’elles ont toutes deux en commun.

Quel est le secret de son succès ? Son intelligence, son charisme, sa vie romanesque, son positionnement idéologique, ses sujets de prédilection ?

Tout cela, bien sûr, mais pas que. Dans une société où quasi tout le monde est assigné à un rôle de victime, Sarah Knafo ne victimise pas et n’infantilise pas non plus les électeurs potentiels auxquels elle s’adresse. Au contraire, elle les responsabilise et les traite en adultes : elle les emmène par la main pour leur montrer concrètement comment ils se font gruger par notre Léviathan national : l’État dit « providence », bien plus glouton que redistributeur.

Il est assez rare qu’une femme politique assume aussi bien sa féminité. On ne l’imagine pas brailler parce qu’un homme l’a complimentée. N’est-elle pas la meilleure représentante d’un féminisme victorieux ?

Sans doute, mais il y a d’autres femmes de ce genre dans la plupart des partis. Je pense encore à Marion Maréchal. Si l’on se penche sur le passé, il me semble que des femmes politiques comme Simone Veil, Françoise Giroud, Anne Hidalgo, Ségolène Royal ou Michèle Barzach ont toutes incarné, à un moment donné, avec plus ou moins de bonheur, ce féminisme victorieux que vous évoquez.

Une star est née, disiez-vous à propos de Sarah Knafo pendant les municipales.

Aux élections municipales de Paris, en mars dernier, elle est parvenue, sans implantation particulière, quasiment toute seule, à obtenir un score de plus de 10 %. Une sacrée performance. Ensuite, elle a eu la bonne idée de se retirer et de se désister en faveur de Rachida Dati, sans rien demander en échange. En somme, la classe.

Pensez-vous qu’elle sera un jour présidente ?

N’allons pas trop vite, elle vient à peine d’entrer en scène. Il me semble que vous devriez être instruite par l’expérience du frivolet inexpérimenté, même pas élu municipal, qui a gravement abîmé la France après être devenu président de la République à 37 ans en profitant d’un étrange concours de circonstances – la mise en examen du candidat favori François Fillon à quelques jours du premier tour. « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant », dit l’Ecclésiaste. La politique est un métier difficile et il s’apprend. Sarak Knafo a encore beaucoup à apprendre. Mieux vaut ne pas sauter les étapes.

Donc, elle a raison de ne pas se présenter. Il semble désormais acté qu’elle ne sera pas candidate. 

D’un point de vue personnel, cela vaut mieux pour elle. Elle n’aurait rien à y gagner, ç’aurait été perdu d’avance. J’espère par ailleurs que la France ne s’entichera plus de candidats prétendument jeunes et intelligents. Après l’épisode Macron, elle devrait être vaccinée à tout jamais contre des erreurs de ce genre. Ce qu’on attend de nos gouvernants, c’est avant tout du courage, de la volonté, de l’obstination. De l’expérience aussi.

Finalement, il semble que le candidat de Reconquête ! sera Éric Zemmour. Que vous inspire leur couple politique ? Y a-t-il des précédents dans notre histoire ?

Il y a un précédent qui saute aux yeux, celui de François Hollande et de Ségolène Royal. Un couple politique qui, à la fin, a mal tourné. C’était écrit. Disons, pour simplifier, qu’il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel pour les deux et, en plus, ils avaient le même âge. D’où d’insurmontables tensions. Dans le couple Zemmour, il y a, en revanche, une différence d’âge qui permet de se répartir les rôles. C’est plus pratique.

Contrairement à Zemmour, Knafo est digérable par une grande partie de la droite classique. Peut-elle initier ou favoriser la grande réconciliation des droites ?

Elle recrute ses partisans dans tous les milieux, y compris, comme j’ai pu le constater, dans les classes populaires à Marseille, où ses vidéos didactiques ont fait des ravages. Elle est une pièce importante d’une éventuelle grande réconciliation des droites, mais elle n’est pas la seule.

Comment expliquez-vous qu’elle cartonne avec un livre sur les impôts ? Son succès signifie-t-il que le mot libéral n’est plus honni en France ?

Comment ne pas se féliciter de cette résurgence du libéralisme, pardonnez le gros mot, après tant d’années de mensonges et de désinformation ? En France, la parole économique a été trop longtemps confisquée par l’extrême gauche crypto-marxiste ou par des farceurs comme Thomas Piketty et Gabriel Zucman, Laurel et Hardy d’un antilibéralisme primaire, soutenus par les médias, dont les « travaux » sont mis à mal par leurs collègues. Aujourd’hui, avec les incontestables succès de Javier Milei en Argentine, le libéralisme économique est en train de renaître un peu partout dans le monde. Chez nous, il est porté par trois personnalités de premier plan : Sarah Knafo chez Reconquête !, David Lisnard chez LR jusqu’à sa démission récente, Guillaume Kasbarian, proche d’Attal, chez Renaissance. Ces gens-là sont totalement en phase. S’il y a une grande réconciliation des droites, il serait logique qu’elle commence par un front commun des libéraux partisans de l’économie de marché qui ont, eux, des solutions pour faire repartir notre pays qui étouffe sous les taxes, les normes, les réglementations.

Une grande partie du discours de Sarah Knafo revient à expliquer aux gens que l’État les vole et qu’eux ne sont responsables de rien. La situation du pays n’est-elle pas une coproduction entre gouvernés et gouvernants ?

Oui, bien sûr, c’est une coproduction et je ne suis pas d’accord avec tout ce que Sarah Knafo écrit là-dessus. Mais bon, la responsabilité de nos gouvernants reste écrasante. Avec la complicité d’une grande partie des médias, ils ont par exemple longtemps menti en maquillant les comptes publics pour cacher aux Français que l’une des raisons de notre endettement démentiel est que l’État abonde aux déficits des régimes de retraite, notamment ceux des fonctionnaires. Cela, les Français n’avaient pas le droit de le savoir. Faut-il accepter ces tricheries de république bananière ? Comme tous les libéraux, je crois à la transparence et il est toujours sain qu’elle s’impose sur ce sujet comme sur d’autres. Ce n’est qu’un début, le combat continue !

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Faites comme s’il n’était déjà plus là…

Le président Macron est furieux contre MM. Trump et Netanyahou, qu’il accuse de faire campagne sur le dos de la France.


Le président de la République, en colère, a dénoncé, depuis Doha, les critiques acerbes, « inacceptables et stupides », de certains dirigeants étrangers sur la situation française. On songe notamment à Donald Trump1, Nayib Bukele2 ou Benjamin Netanyahou3. Emmanuel Macron a affirmé qu’ils n’aimaient pas la France et que celle-ci s’en souviendrait.

Joie mauvaise

L’orgueil d’Emmanuel Macron ne pouvait, en effet, qu’être offensé par les conseils dispensés, les analyses formulées ou les remèdes proposés par des dirigeants étrangers pour sortir notre pays de la situation tragique où il se trouve depuis peu.

C’est la manifestation la plus éclatante d’une humiliation sans pareille. Nous ne sommes plus au bord du gouffre, mais engagés dans un glissement peut-être fatal.

Au mépris de toute urbanité démocratique, et sans cette hypocrisie qui cultive, dans les apparences, sinon le respect, du moins la discrétion et la retenue, on n’hésite plus à faire comme si nous n’avions plus de président, comme si le Premier ministre était inexistant et la nation à l’agonie.

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Les autres pays s’en donnent à cœur joie, se comportant comme s’ils étaient les maîtres, répudiant toute pudeur dans l’expression comme dans l’immixtion, désignant les causes de nos difficultés, notamment une immigration que nous n’avons pas su maîtriser, ou trop mollement. Ils occupent, au moins par leur interventionnisme intellectuel, politique et économique constant, un pays qui cherche désespérément à sauver un peu de sa fierté. Ils prodiguent des conseils qu’on ne leur a pas demandés. Ils se mêlent de ce qui nous regarde parce que nous ne nous en préoccupons pas, ou si mal.

Les ennemis véritables de la France se réjouissent

Face à l’opprobre déversé par des nations qui, observant la France, savent désormais tout ce qu’il leur faudra absolument éviter, le président se rebiffe. Mais son récent discours, court pour une fois, a été calamiteux.

En Italie, Giorgia Meloni mobilise l’armée tandis que nous discutons du sexe des anges ou de l’état d’urgence. Les atermoiements sont devenus notre politique. Ailleurs, tout simplement, on agit, on réagit.

Imaginons combien nos adversaires véritables et constants doivent se réjouir, puisque nos alliés n’hésitent plus à proclamer haut et fort que le roi est nu et que la France est à prendre. On conçoit que de telles provocations – sermoner notre pays comme si son président n’était plus là, lui qui a parfois déplu par son arrogance – soient traumatisantes et qu’Emmanuel Macron ne les accepte pas.

Mais à qui la faute ?

En 2027, on verra revenir à la surface démocratique un beau, un magnifique sentiment, dont on déplorera l’absence ou on promettra la renaissance : l’honneur de la France.


Le regard d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio

  1. Le président américain a écrit sur Truth Social: « La France est en feu ! L’immigration de personnes venues d’un monde totalement différent, de personnes qui ont la haine au cœur, a brisé ce pays autrefois si grand. Fermez vos frontières et reprenez le contrôle avant qu’il ne soit trop tard ! » ↩︎
  2. Le président du Salvador a écrit sur Twitter « Nous avons surmonté en un an un problème cent fois plus grave, sans avoir les moyens dont dispose la France. La France pourrait y arriver en une semaine. » ↩︎
  3. « Ils ne se sont pas préparés à temps, ils ont simplement renoncé, ils ont cédé à l’invasion de l’islam extrémiste », a déclaré le Premier ministre israélien à la télévision. ↩︎

La voiture volante d’Elon Musk, ou la nostalgie d’un futur qui n’existe plus

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Elon Musk promettait une voiture volante, il nous offre surtout un spectacle digne de la science-fiction d’hier. Entre fascination technologique et inquiétudes, cette démonstration révèle peut-être une fracture plus profonde: celle d’une société occidentale qui ne sait plus si elle doit attendre son salut ou sa perte du progrès…


Notre société est politiquement tendue, ce n’est pas une surprise. Mais je n’en ai pas vu de meilleure illustration, tant elle est absurde, que les réactions suscitées par la démonstration de la Tesla volante d’Elon Musk. Le 15 octobre 2026, le milliardaire dévoile, dans un spectacle tonitruant, sa nouvelle Tesla Roadster, équipée de plusieurs dispositifs pour le moins surprenants : des propulseurs à gaz froid et un système d’aspiration sous le châssis. La voiture peut ainsi emprunter une rampe qui se retourne complètement, rouler à l’envers, se laisser tomber puis se redresser en plein air avant de retrouver ses roues.

Quand une voiture volante devient une querelle politique

Une prouesse technique présentée comme un véritable numéro de spectacle, sous une appellation racoleuse puisque, à l’évidence, cette Tesla n’est pas une voiture volante au sens où nous l’entendons habituellement. Elle ne permet pas de se déplacer durablement dans les airs, mais seulement d’effectuer de brèves acrobaties aériennes. Pourtant, c’est bien l’expression « voiture volante » qui a retenu l’attention des internautes, et tous ne se sont pas empressés d’en questionner la pertinence.

On voit alors se former deux camps. D’un côté, ceux qui saluent la réalisation d’un rêve de jeunesse, celui de voir enfin apparaître les voitures volantes promises par la science-fiction. De l’autre, ceux qui, une fois l’effet de surprise passé, n’y voient guère plus d’intérêt que dans les extravagances d’un salon du tuning.

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Mais pourquoi une simple démonstration automobile devient-elle une affaire politique ? Parce que l’image d’Elon Musk est elle-même désormais chargée d’un poids idéologique considérable. Pour ses admirateurs, il incarne l’entrepreneur libéral qui investit son capital dans la recherche et le développement, repousse les limites de la technique et réalise ce que les autres se contentent d’imaginer. À l’inverse, ceux qui tempèrent cet enthousiasme passent rapidement pour des pisse-froid ou des rabat-joie, lorsqu’ils font remarquer que l’Amérique fait encore de l’Amérique : toujours plus de spectacle pour des innovations dont on peine parfois à comprendre l’utilité.

La discussion dépasse alors la voiture elle-même. On en vient à opposer le libéralisme triomphant américain à un modèle français jugé trop administré, trop prudent, incapable d’innover avec la même audace. Une démonstration aussi grandiloquente, financée sur fonds publics, serait d’ailleurs probablement dénoncée comme un gaspillage d’argent. La voiture volante devient ainsi le prétexte d’un affrontement entre deux conceptions de l’économie et du progrès.

Elon Musk, l’apôtre du rétrofuturisme

Le rétrofuturisme désigne cet imaginaire du futur hérité des décennies passées, particulièrement de la seconde moitié du XXe siècle. Les tenues en spandex, l’hoverboard, les voitures volantes ou les cockpits de vaisseaux spatiaux en sont autant d’exemples. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Elon Musk semble particulièrement friand de cette vision de l’avenir qui a dû le faire rêver dans sa jeunesse.

Passionné de science-fiction, il appartient à une génération marquée par Star Trek, Retour vers le futur et ces univers qui dépeignent un avenir hypertechnologique, où chaque objet du quotidien semble poussé jusqu’à l’absurde. Un futur très américain, fait de conquête spatiale, de machines extraordinaires et d’une confiance presque illimitée dans les possibilités de la technique.

Le problème est que cet imaginaire est progressivement devenu anachronique, au point de ne plus parler de la même manière à ceux qui ne l’ont pas connu dans leur jeunesse. Musk a aujourd’hui 55 ans et poursuit depuis longtemps ses ambitions de voitures volantes et de voyages spatiaux. Il semble vouloir donner corps à un avenir imaginé plusieurs décennies auparavant.

Mais ce futur optimiste, qui se concentre sur les prouesses techniques et esthétiques, entre en contradiction avec les préoccupations matérielles d’une partie de la population. Crise du logement, précarité de l’emploi, endettement public : autant de difficultés qui rendent la perspective d’une voiture volante quelque peu incongrue. Elle arrive comme un cheveu sur la soupe. À tel point que ce futur promis ressemble parfois davantage à une dystopie qu’à une utopie. Celle d’un monde où de riches milliardaires vivent dans des intérieurs en bakélite blanc cassé, au sommet de gigantesques immeubles de verre, tandis qu’une population appauvrie peine à vivre à leurs pieds.

Mais alors, à quoi ça sert ?

En réalité, cette démonstration brouille quelque peu les pistes. Tesla sait entretenir l’engouement autour de ses technologies, attirer l’attention des investisseurs et alimenter son image d’entreprise visionnaire. Musk mobilise ici tout un imaginaire du futur pour convaincre, quitte à laisser planer une certaine ambiguïté sur les applications réelles de son invention.

Pourtant, les technologies présentées ne sont pas complètement dénuées d’intérêt. Au-delà du spectacle, la démonstration repose sur l’intégration de plusieurs systèmes capables de contrôler les mouvements du véhicule : aspiration pour le maintenir contre une surface, propulseurs pour modifier sa trajectoire et stabiliser sa chute. De telles technologies pourraient ouvrir des pistes de recherche intéressantes, notamment en matière de contrôle dynamique des véhicules. Encore faudrait-il démontrer leur efficacité, leur fiabilité et leur pertinence dans des conditions réelles. Ce qui est possible sur une piste d’essai ne l’est pas nécessairement sur une route ouverte à la circulation.

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Et c’est peut-être là que se trouve le paradoxe de cette présentation. Les applications techniques potentielles sont presque plus intéressantes que cette voiture volante qui fait beaucoup de bruit, mais dont l’utilité pratique reste difficile à discerner.

Car si l’on met de côté le coût de tels véhicules, quel pays autoriserait des milliers de voitures capables de se déplacer librement dans son espace aérien ? Comment organiser leur circulation, prévenir les collisions, encadrer les risques de détournement ou assurer la sécurité des populations au sol ? L’espace aérien est déjà soumis à des réglementations strictes, précisément parce que la liberté de voler ne peut être absolue.

On voit donc assez mal un avenir dans lequel chacun pourrait prendre sa voiture pour traverser le ciel à sa guise. Du moins, pas sans repenser entièrement notre conception des transports et de la sécurité ; une perspective qui semble bien éloignée des priorités actuelles, davantage tournées vers le développement des transports en commun et la rationalisation des ressources.

Le progrès, mais pour qui ?

Cet épisode pose une question bien plus profonde : qui décide exactement de ce à quoi devrait ressembler le futur ? On voit se dessiner une fracture entre les techno-optimistes, qui trouvent dans la technique une promesse d’émancipation et d’avenir radieux, et les « doomers », ces pessimistes convaincus que l’avenir nous réserve davantage de catastrophes que de progrès. Deux imaginaires opposés qui traduisent, chacun à leur manière, notre incertitude croissante face à l’avenir.

Mais alors que certains redoutent une essence à trois euros le litre, la voiture volante n’est plus vraiment une priorité pour ceux qui se demandent s’ils pourront encore mettre de la sauce sur leurs pâtes à la fin du mois.

À l’heure où les débats portent sur la taxation des grandes fortunes, la redistribution des richesses ou la transition écologique, cette démonstration semble illustrer une autre fracture. Elon Musk poursuit son propre imaginaire du futur, presque indifférent aux inquiétudes de ceux qui regardent sa voiture bondir dans les airs. Il serait pourtant injuste de lui reprocher de vouloir réaliser ses rêves de jeunesse, comme il serait injuste de nier les applications que pourraient trouver certaines de ces technologies. Mais cet épisode en dit peut-être davantage sur notre vision du présent que sur celle de l’avenir.

Car à mesure que le progrès technique s’accélère et que ce que nous pensions impossible hier devient possible aujourd’hui, notre avenir semble paradoxalement de plus en plus incertain. Les technologies évoluent parfois plus rapidement que notre capacité à nous y adapter. Intelligence artificielle, drones, automatisation, nouvelles formes de guerre : autant de bouleversements qui nous conduisent à nous demander non plus seulement ce que sera demain, mais ce qu’il restera de notre monde actuel.

Alors, progressivement, le présent semble perdre de son importance. À quoi bon se préoccuper de ce qui existe aujourd’hui si tout peut être bouleversé demain ? Les techno-optimistes nous promettent un avenir radieux, tandis que les plus pessimistes nous annoncent un monde en ruine. Mais les uns comme les autres semblent parfois oublier qu’entre ces deux futurs imaginaires, il existe encore un présent bien réel.

Avons-nous fini par abandonner notre époque pour nous réfugier dans celle qui n’existe pas encore ? Et si notre obsession pour l’avenir n’était finalement que le symptôme de notre incapacité à nous satisfaire du présent ? Il ne nous reste alors plus qu’à espérer un avenir meilleur, ou à tout faire pour empêcher que nos prédictions les plus dystopiques ne deviennent des prophéties autoréalisatrices. Car si Elon Musk est parvenu à donner corps aux rêves futuristes d’hier, rien ne nous oblige à réaliser les cauchemars de demain.

Le roi est nu – la révolution s’habille en Prada

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L'historien Emmanuel de Waresquiel. © Hannah ASSOULINE

Pour Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la Révolution française, l’histoire ne se répète pas. Selon lui, nos casseurs actuels sont « des consuméristes effrénés qui haïssent le capitalisme tout en le voulant gratuitement et tout de suite ».


La justification par 1789 et le précédent révolutionnaire des violences et des pillages est devenue fréquente, à gauche, dans le débat public qui suit le 17 octobre. Dans Le Monde, un historien a choisi de prendre la plume pour y remettre bon ordre.

Crise de l’obéissance

La Révolution française aura bientôt deux cent quarante ans, mais elle se porte admirablement bien. Elle est en pleine crise d’adolescence ! Elle descend dans la rue, bloque son lycée, sa fac, veut abolir Parcoursup, réclame 10/20 aux partiels, escalade la colonne de Juillet, filme son exploit sur TikTok. Le 6 octobre, une pancarte photographiée par l’AFP annonçait : « 2026 is the new 1789 ». Le 8 octobre, place de la Bastille, des manifestants promettaient au président de la République, piques à la main, le sort de Louis XVI. Le même jour, alors que des lycéens escaladaient la colonne de Juillet, Jean-Luc Mélenchon annonçait sur X que la Bastille avait été « reprise ».

Dans une tribune du Monde daté du 23 octobre, l’historien Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de l’événement, s’adresse à ses confrères : « Les historiens de la Révolution seraient inspirés de regarder par la fenêtre » et s’interroge : « Que peut dire un historien de la Révolution, de ses héritages ou de ses résonances, au vu de la situation actuelle ? » Regardons donc : il y a sûrement dans la rue quelques symptômes familiers d’un régime qui tombe. L’auteur de Sept jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution et de Juger la reine : 14, 15, 16 octobre 1793 rappelle qu’en 1789, « le roi était nu ».

L’administration n’obéissait plus, la troupe fraternisait avec la foule, les pamphlets obscènes et les caricatures avaient achevé de déshabiller la majesté royale et de désacraliser la personne du roi, déjà atteinte sous le règne de Louis XV par les scandales, les maîtresses, les intrigues d’alcôve. On insultait désormais le souverain sans craindre le sacrilège et, bientôt, on forcerait les grilles de Versailles sans craindre la poudre des gardes. La Révolution, avant d’être une crise politique, fut une crise de l’obéissance. Pourquoi obéir ?

En voilà une question. Les Français, note Waresquiel, se la posent depuis deux siècles et cherchent, pour y répondre, « une légitimité supérieure à celle de la légalité des pouvoirs », sans bien sûr la trouver. Deux siècles plus tard, en effet, on trouve le même soupçon, la même défiance, des insinuations infâmes sur le chef de l’État, sa famille et toute la classe dirigeante. Même impuissance à réformer, même banqueroute, même colère face à l’inflation. Même maladresse du pouvoir pour Waresquiel, qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir refusé, après la dissolution de 2024, l’issue gaullienne du référendum et de la démission ou celle mitterrandienne de la cohabitation. Ce n’est plus seulement le souverain présidentiel qui est nu, ce sont aussi nos institutions. Les pouvoirs se ressemblent souvent dans leur manière de vaciller. Quid des révolutionnaires ?

Des reliques aux fripes

À cette belle répétition de l’Histoire, il ne manque que quelques détails : quelque chose qui distingue une révolution d’une émeute et une émeute d’un simple déchaînement de violence. Emmanuel de Waresquiel cherche en vain parmi les émeutiers « les glorieux combattants de l’avenir » de Victor Hugo. Où sont passés le peuple de Michelet, souverain et magnifique, Gavroche sacrifié sur sa barricade ou le prolétaire de Marx, investi d’une mission historique ? Nos casseurs, en keffieh ou en survêtement Nike, n’ont pas l’embarras des missions historiques. On dévalise Kenzo et Céline, tandis que les écharpes Burberry sont revendues sur Vinted. On objectera que la Révolution fut aussi un grand pillage. Aux Tuileries, pillées le 10 août 1792, un insurgé aurait emporté un soulier de Marie-Antoinette, aujourd’hui conservé au musée Carnavalet. Dès juillet 1789, un entrepreneur, Pierre-François Palloy, commercialise des souvenirs fabriqués en pierres de la Bastille : maquettes, médailles, boutons, jeux. La différence tient à ce que ces objets révolutionnaires allaient devenir les reliques d’une nouvelle religion civique. La Révolution avait déjà ses produits dérivés ! Mais ces débris devenaient aussitôt des reliques : leur valeur tenait moins à leur prix de revente en ligne ou à l’usage qu’au symbole de la tyrannie abattue.

Dans Il nous fallait des mythes : La Révolution et ses imaginaires. De 1789 à nos jours (Éd. Tallandier, 2024), Emmanuel de Waresquiel raconte cette fabrique de serments, de martyrs, de cérémonies, de fêtes civiques, de processions laïques et d’objets de dévotion républicains. La Révolution est décidément une affaire de croyants. Derrière la légende du Jeu de paume, l’unanimité reconstruite a posteriori des députés, il y a aussi l’idée d’une Assemblée nationale ; derrière les pierres de la Bastille, sa violence et ses têtes coupées, il y avait la fin des lettres de cachet ; derrière la cocarde tricolore qu’ornaient des brutes sans-culottes, il y avait une nation qui cherchait à s’incarner elle-même. On ne s’échangeait pas, après le 14 Juillet, les croix de Saint-Louis, le cordon bleu du Saint-Esprit, les armoiries des carrosses, les portraits de famille ou les broderies sur les manteaux fleurdelysés. En tout cas, pas pour les arborer comme signes distinctifs de privilèges que l’on voulait abolir et remplacer. Même dans leur bricolage mythologique et leurs mensonges, les révolutions voulaient instituer quelque chose. Elles avaient quelque chose à vendre qui n’était pas à vendre : une idée neuve, la souveraineté nationale, et bientôt la République.

Les révolutions se suivent et ne se ressemblent pas

Le plus extraordinaire n’est pas que les casseurs pillent, les révolutions l’ont toujours fait, mais ce qu’ils pillent. On se jette sur Kenzo ou chez Céline, où s’étalent les fausses valeurs marchandes. Les ennemis déclarés du capitalisme en partagent les goûts, les petites vanités, le brutal fétichisme de la marchandise. La Révolution avait son bonnet phrygien ; la nouvelle revend les marques de prêt-à-porter. Ce n’est pas la négation de la société, mais son accomplissement le moins flatteur.

2026 connaît certes les gestes, les slogans, les signes, les violences, les pillages, les outrages et les outrances de 1789. On sait lever un poing, lancer un pavé, poser sur une barricade, mais on ne sait plus très bien contre quoi et surtout pourquoi. La Révolution de 1789, qui prétendait abolir les marques de naissance, se bat désormais pour les marques de fabrique. La conclusion appartient à Waresquiel : « Les révolutions se suivent. Elles se soutiennent par les rêves des uns, par les frustrations des autres. Elles ne se ressemblent pas. »

Il nous fallait des mythes: La Révolution et ses imaginaires de 1789 à nos jours

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Brésil: Lula tente un vaste achat de votes

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Le président Lula en campagne pour sa réélection, Belo Horizonte, Brésil, 21 octobre 2026 © Allan Calisto/Fotoarena/Sipa USA/SIPA

Au coude à coude dans les sondages avec le fils Bolsonaro, le président sortant multiplie les mesures sociales ultra-coûteuses pour l’État. Au premier tour, le candidat de droite avait bénéficié d’un vote caché.


La campagne du second tour, très incertain, de la présidentielle brésilienne qui aura lieu ce dimanche 25 octobre est venue confirmer que Lula, le président sortant, est bel et bien, malgré son air bonhomme, un politicien retors toujours accro au pouvoir et aussi une bête électorale. Trois fois président (2003-2007, 2007-2011, puis à partir de 2023), il brigue un 4ᵉ mandat alors qu’il fêtera son 81ᵉ anniversaire deux jours seulement après la tenue de ce scrutin. En tout, il aura été candidat à la magistrature suprême sept fois et, qui plus est, a été l’éminence grise de celle qui lui avait succédé à la tête de l’État fédéral, Dilma Rousseff (2011-2016), destituée à l’entame de son 2ᵉ mandat pour falsification des comptes publics. On disait d’elle qu’elle n’était que l’ombre portée de Lula.

Si son rival de droite, Flávio Bolsonaro, 45 ans, sénateur et fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro — condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État « discutable » selon ses partisans —, l’emporte, ce qui se profile comme fort possible si l’on en croit les derniers sondages, sa victoire aura des conséquences cruciales pour tout le continent américain, mais aussi pour les BRICS qui regroupent, outre le Brésil, quelque 70 pays dits émergents dont, et non des moindres, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud.

La quasi-totalité de l’Amérique latine basculera alors à droite et, comme s’y est engagé Bolsonaro, son pays rejoindra le « Bouclier des Amériques », une alliance continentale contre le crime organisé lancée par Trump. En vérité, celle-ci est bien une alliance politique sous couvert technique, regroupant tous les régimes de droite du continent. Ne resteraient à gauche que le Mexique, l’Uruguay, le Nicaragua et Cuba. Concernant les BRICS, le Brésil en a été, sous le mandat de Lula, l’un des fondateurs avec la Russie, la Chine et l’Inde, et en est l’un des piliers. Son retrait annoncé par M. Bolsonaro rendrait leur avenir incertain. D’autant plus que l’accord Poutine-Trump sur le gazole, et d’autres probables à venir, incitera sans doute à terme la Russie à prendre ses distances avec ces derniers, dont la raison d’être était de se vouloir une alternative à la domination des États-Unis.

Une bombe

Deux semaines avant que les 156 millions d’électeurs ne retournent aux urnes pour ce second tour, Bolsonaro était donné vainqueur. La totalité des sondages lui accordait une moyenne de 52 % des intentions de vote contre 48 % à son rival, la marge d’erreur étant de 1 point en plus ou en moins. C’est alors, deux jours avant le premier débat télévisé entre les deux candidats, le dimanche 11 octobre, et douze jours avant la tenue du scrutin, que Lula a lancé une bombe. Il annonçait qu’il allait faire adopter d’urgence une loi qui exonérerait 3,6 millions d’autoentrepreneurs de leurs arriérés d’impôts et que le Trésor public rachèterait, en plus, 95 % de leurs dettes auprès des banques. Célérité législative surprenante, la loi a été adoptée et promulguée quatre jours avant que les urnes ne rendent leur verdict. Son coût serait de près de quatre milliards de dollars. En plus, s’ils le souhaitent, les bénéficiaires auront accès à une aide équivalente à 1 000 dollars[1] pour renouveler « leur outil de travail ».

Il convient de signaler qu’à l’issue du premier tour, remporté à la surprise générale par Bolsonaro, celui-ci a devancé Lula de deux millions de voix, 56 millions de suffrages s’étant portés sur son nom contre 54 sur celui de son rival (soit 47 % contre 45 %). Il a bénéficié d’un vote caché. Son score a été en effet supérieur de 7 à 10 points aux prédictions que lui attribuaient respectivement les différents sondages.

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Et comme si l’abandon de ce recouvrement d’impôts impayés ne suffisait pas à convaincre les indécis, Lula s’est entre-temps livré par décrets à une farandole de mesures sociales. Dans la foulée, il a majoré « la Bourse familiale », une allocation que reçoivent 50 millions des familles les plus pauvres, de 15 %, la portant à 137 dollars. Il a aussi annoncé que son versement serait exceptionnellement anticipé. Son octroi est subordonné à l’obligation pour ces familles de scolariser leurs enfants et de les faire vacciner. Pour se justifier, il a dit qu’il venait de découvrir qu’elle n’avait pas été revalorisée depuis des années.

Tout aussi surprenant, il a soudainement fixé la semaine de travail à 40 heures au lieu de 44 sans réduction de salaire, et promis la gratuité des transports urbains pour que « les travailleurs profitent de ce gain de temps libre ». Aux étudiants de l’enseignement public, il va allouer une bourse de 140 dollars qui leur sera versée mensuellement pendant les dix mois de l’année universitaire. Et à la fin de leurs quatre ans d’études, s’ils sont diplômés, ils auront droit à un livret d’épargne d’un montant total de 2 000 dollars, alimenté à raison de 500 dollars chaque année révolue, pour se lancer dans la vie active. Le montant de cette bourse mensuelle correspond presque à la moitié du salaire minimum, qui est de 324 dollars. Des prêts bonifiés seront également accordés aux taxis pour renouveler leurs véhicules, en plus d’une exemption exceptionnelle durant 60 jours des taxes sur les carburants.

Egalité technique

Le quotidien O Estado de S. Paulo, l’équivalent du Figaro au Brésil,a posé la question de savoir comment il comptait financer cette soudaine, tardive et sans précédent générosité sociale. Le déficit budgétaire brésilien s’élève déjà à un peu plus de 8 % du PIB (5,1 % en France). La croissance a brusquement ralenti ces deux dernières années : elle était de 3,2 % en 2024 et est estimée entre 1,6 et 1,9 % pour l’année en cours.

De toute évidence, cette débauche de mesures s’apparente à une vaste tentative d’achat de votes que la presse internationale, et notamment française, a passée sous silence. On imagine volontiers quelle aurait été l’indignation de celle-ci si un président sortant du bord politique opposé s’était montré aussi dispendieux…

Cependant, il semble que cette manne « providentielle » n’a pas eu l’effet escompté auprès de l’électorat, à savoir provoquer un renversement de tendance décisif. Certes, Lula a réduit son retard sur Bolsonaro. Selon l’ultime sondage de l’institut Quaest, ce dernier conserve un avantage d’un maigre petit point, 46 % contre 45 %. Les 9 % restants représentent les indécis (2 %) ainsi que les votes nuls et blancs (7 %). Pour les analystes, les deux candidats sont dans ce qu’ils qualifient d’« égalité technique », la différence entre eux s’inscrivant dans la marge d’erreur des 2 %.

Dès lors, le second débat sur Globo, la première chaîne télévisée, qui les opposera vendredi — moins de 48 heures avant l’ouverture des bureaux de vote —, s’annonce déterminant. La moindre faille peut être fatale. Le premier débat avait tourné à l’avantage de Bolsonaro, d’après la presse brésilienne. Et l’on ne peut pas exclure qu’il dispose, à l’instar du premier tour du 4 octobre, d’un vote caché conséquent, tant sa candidature a été diabolisée par la plupart des médias au point que bien des sondés se seraient gardés de confier aux instituts de sondage vers qui allait leur préférence.


[1] Le taux de change était le jeudi 23 octobre de 0,89 euro pour un dollar.

Midterms: quel bilan le bulldozer Trump peut-il présenter à ses électeurs?

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Washington, 21 octobre 2026 © Samuel Corum - Pool via CNP/DPA/SIPA

Une victoire des Républicains est souhaitable aux midterms le 3 novembre prochain, estime Alain Destexhe. S’il n’a pas obtenu la paix en Ukraine en 24 heures, promise pour se faire élire, la realpolitik brutale du populiste Trump obtient des résultats – que ce dernier peut mettre en avant auprès de son électorat. Les voici. Pendant que l’Europe pédale dans la semoule, Trump déroule…


La France s’est invitée dans la campagne américaine des midterms. Pour Donald Trump, les troubles qui frappent actuellement le pays illustrent les conséquences d’une immigration massive et non maîtrisée, à laquelle son administration a mis un terme aux États-Unis. Il y voit une menace explicite : le retour des Démocrates au pouvoir reproduirait la même politique et conduirait au chaos. Au prix d’une simplification, l’argument n’est pas dénué de fondement. Malgré le procès permanent que lui intentent la quasi-totalité des médias, le président américain a enregistré des résultats notables.

Une immigration illégale stoppée

L’immigration illégale, qui avait atteint neuf à douze millions de personnes sous Joe Biden, a été réduite dans des proportions spectaculaires. L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a mené une politique de reconduite à la frontière d’une ampleur inédite. Plus de 350 000 expulsions ont été enregistrées au cours de l’année fiscale 2026. À ces chiffres s’ajoutent plus de deux millions de départs volontaires.

La fin des politiques de DEI et le retour au mérite

Dans le cadre des compétences fédérales, le président a mis un terme aux politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) qui nient le mérite personnel et contreviennent aux droits de l’homme. Les universités souhaitant conserver leurs financements fédéraux ont dû y renoncer. La grande majorité s’y est conformée.

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L’administration a également réaffirmé l’existence de deux sexes biologiques et a restreint, dans la limite de ses pouvoirs, la participation des hommes biologiques aux compétitions sportives féminines. Ces orientations rencontrent une large adhésion aux États-Unis mais aussi ailleurs dans le monde.

Une économie en avance

Si l’inflation reste élevée en raison des effets de la guerre en Iran, elle demeure inférieure à celle observée sous Biden. La croissance américaine continue de surpasser celle du Vieux Continent et les marchés financiers ont atteint des sommets historiques malgré le risque permanent de correction. Les États-Unis dominent les secteurs appelés à structurer les décennies à venir, notamment l’intelligence artificielle et le spatial, domaines dans lesquels l’Europe accuse un important retard. La comparaison entre Ariane 6, financée quasi exclusivement par des fonds publics, et SpaceX en fournit une illustration éloquente.

Une politique étrangère qui redéfinit les priorités

La grande majorité des pays latino-américains sont revenus dans le giron de Washington, un succès considérable. Dès son premier mandat, Trump avait exigé que les alliés de l’OTAN relèvent leurs dépenses militaires. Ce mouvement s’est poursuivi et consolidé. En Europe, les gouvernements ont intégré la nécessité de contribuer davantage à leur propre défense.

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S’agissant de l’Ukraine, l’administration américaine a posé une évidence stratégique : l’intérêt des États-Unis dans ce conflit n’est pas majeur et la relation future avec la Russie, y compris la perspective de distendre un jour l’alliance sino-russe, prime sur le contrôle de quelques arpents de terre au Donbass. Des Européens paniqués doivent désormais financer la guerre de l’Ukraine sans en avoir réellement les moyens, observe-t-on froidement à Washington. Sur le Groenland, Donald Trump a obtenu un accord de défense élargi qui exclut durablement toute présence militaire chinoise et russe et limite les investissements sensibles de pays tiers dans cette zone stratégique. Un résultat important qui ridiculise des Européens champions de la gesticulation.

L’indépendance énergétique américaine

Contrairement à l’Europe, les États-Unis ne dépendent plus du Moyen-Orient pour leur approvisionnement en pétrole et en gaz. Ils subissent les variations des cours mondiaux mais ne sont pas menacés dans leur sécurité d’approvisionnement. Leurs coûts énergétiques restent nettement inférieurs à ceux du Vieux Continent, qui demeure dépendant et continue d’importer du gaz et du pétrole russes malgré la guerre en Ukraine et les sanctions en place depuis 2022.

La censure et l’érosion de la liberté d’expression sous Biden

Le bilan de l’administration américaine actuelle doit aussi être apprécié à l’aune de ce qu’aurait impliqué une victoire démocrate en 2024. Celle-ci aurait entraîné une restriction significative, voire une quasi-disparition, de la liberté d’expression, avance le camp républicain. Sous Biden, les plateformes numériques s’étaient transformées en instruments de censure à grande échelle. Twitter avait exclu le président Trump de son réseau. Il était, par exemple, devenu quasi impossible de soutenir publiquement que le virus du Covid pouvait provenir d’un laboratoire chinois, que l’épidémie ne résultait pas des non vaccinés ou encore de contester la thèse selon laquelle l’ordinateur portable de Hunter Biden relevait d’une opération de désinformation russe. Les « vérités officielles » n’étaient pas vraies ! Trump n’a en rien limité la liberté d’expression. Il est d’ailleurs le président le plus critiqué et caricaturé de l’histoire moderne.

Sous un régime démocrate, les politiques de diversité auraient été érigées en doctrine d’État. Les questions de genre et les dispositifs DEI seraient devenus des politiques publiques centrales, encouragées par les universités et relayées par les médias, avec des répercussions en Europe où la gauche et le centre se seraient empressés de les appliquer.

Les Démocrates sont devenus des socialistes

Le Parti démocrate n’a plus grand-chose en commun avec celui de Bill Clinton. Il est aujourd’hui dominé par son aile socialiste, incarnée par des figures comme Zohran Mamdani ou Alexandria Ocasio-Cortez. Conscients que leurs convictions restent peu acceptables pour une majorité d’Américains, les Démocrates adoptent pendant cette campagne un discours modéré, bien éloigné de leurs positions antérieures, notamment en 2020 lors du Black Lives Matter (BLM). Une fois au pouvoir, ils appliqueraient des politiques alignées sur celles de la gauche radicale européenne.

Pour l’ensemble de ces raisons, une victoire républicaine à la Chambre des représentants et, plus encore, au Sénat est souhaitable. Malgré les excès et les approximations du président, il existe selon moi de solides motifs de préférer la continuité, y compris en 2028 avec JD Vance ou Marco Rubio.

Paris : face aux pillages, des commerçants s’arment pour le 24 octobre

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A Paris, les commerçants ont décider de s'armer en prévision de la prochaine manifestation prévue le 24 octobre.
Violent clashes and damage occurred before the start of a protest on the Canebiere and at the Old Port against the high cost of living in Marseille, as part of a nationwide call to action bringing together various groups to express their anger: former Yellow Vests, high school and college students, union members, climate activists, and even farmers. Following weeks of student protests, on October 17, 2026, France faced broader, nationwide demonstrations against the cost of living, foreshadowing a potentially tense six-month period leading up to the presidential election in Marseille Southern France, on October 17, 2026. Violent affrontements et degats survenus avant le debut d une manifestation sur la Canebiere et le vieux port contre le cout eleve de la vie, a Marseille dans le cadre d un appel a la mobilisation national rassemblant divers groupes venant exprimer leur colere : d anciens gilets jaunes des lyceens et des etudiants, des syndicaliste et des militants pour le climat et meme des agriculteurs. Suite a des semaines de manifestations etudiantes, la France fait face, le 17 octobre 2026, a des manifestations plus larges et d envergure nationale contre le cout de la vie, ce qui laisse presager six mois potentiellement tendus a l approche de l election presidentielle a Marseille le samedi 17 octobre 2026.//ALAINROBERT_A4_09238/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2610181555

Traumatisés par les dégradations du week-end du 17 octobre, des commerçants du centre de Paris ont fait le choix d’acquérir des armes de catégorie D pour défendre leur boutique avant la manifestation du 24 octobre.


Après les pillages, les commerçants s’arment à Paris en prévision de la prochaine manifestation

À deux jours de la nouvelle journée de mobilisation prévue ce jeudi 24 octobre, le souvenir des violences du week-end précédent est encore très présent dans le centre de Paris. Après les dégradations subies par de nombreux commerces en marge des cortèges, la crainte de nouvelles scènes de pillage pousse certains gérants à franchir un cap. Dans un reportage diffusé par France Info, plusieurs commerçants du quartier des Halles témoignent ouvertement de leur décision d’acquérir des armes de défense de catégorie D — bombes lacrymogènes, tasers ou matraques télescopiques — pour faire face aux éventuels casseurs.

L’initiative illustre le sentiment de vulnérabilité de professionnels qui estiment ne plus pouvoir compter uniquement sur la protection des forces de l’ordre lors de manifestations à haut risque. « On est obligés, on ne peut pas dépendre de la police », confie ainsi un commerçant au micro de France Info, traduisant la conviction que la police, souvent saturée ou concentrée sur des points stratégiques, intervient trop tard une fois la vitrine brisée.

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Commerçants armés à Paris : entre légitime défense et engrenage mortel, les risques de la justice privée

Sur le plan légal, la possession de ces équipements non létaux au sein d’un local professionnel reste autorisée. Mais si ce choix répond à une volonté de protection matérielle face à des dégradations répétées, il comporte d’importants risques d’escalade. La présence d’armes en boutique, manipulées par des citoyens sous stress et non formés à la gestion de foule, augmente considérablement le risque d’incident grave en cas de confrontation directe avec des pilleurs.

L’auto-équipement des commerçants marque un glissement sensible : en cherchant à sanctuariser eux-mêmes leur outil de travail, ces acteurs économiques prennent le risque d’alimenter un engrenage de violences croisées. L’affrontement entre casseurs et commerçants armés déplacerait la crise sur le terrain de la justice privée, au risque de multiplier les blessés et de compliquer davantage la tâche des services de secours et de maintien de l’ordre.

Les limites du dispositif public de sécurité

Cette dynamique survient dans un contexte de forte tension sur les effectifs policiers. Dans un courrier adressé aux fédérations de commerçants, la préfecture de police de Paris a d’ailleurs recommandé de « renforcer la sécurité des établissements », de faire appel à des sociétés privées ou d’adapter les horaires d’ouverture pendant les rassemblements. Une consigne pragmatique, mais qui entérinerait, selon les syndicats de commerçants, une forme d’impuissance logistique de l’État à sécuriser l’ensemble des axes marchands.

Parallèlement, la réquisition d’agents non spécialisés dans le maintien de l’ordre — comme des policiers aux frontières — suscite des inquiétudes au sein des forces de l’ordre elles-mêmes, soucieuses du manque d’entraînement face aux tactiques d’émeute urbaine. Entre la peur légitime des victimes de pillages et l’apparition de commerçants armés, cette situation met en lumière la fragilité de la paix civile lorsque la puissance publique peine à garantir seule la sécurité des biens et des personnes.

Premier cas humain et un mort à Lyon: que sait-on du mystérieux virus Shamonda ?

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Un premier cas humain du virus Shamonda a été observé à Lyon. Il a fait un mort.
Emergency at the Civil Hospices of the Lyon Sud Hospital on Friday, June 6, 2025. Urgence aux Hospices civils hopital Lyon Sud le vendredi 06 juin 2025.//DOUCELINROMAIN_DOUCELIN4311/Credit:Romain Doucelin/SIPA/2506071030

Détecté pour la première fois chez l’homme, le virus Shamonda a provoqué le décès d’un patient lourdement immunodéprimé aux Hospices civils de Lyon. Alors que la nouvelle réveille les craintes d’une nouvelle menace pandémique, les autorités sanitaires se veulent rassurantes: il s’agit d’un cas d’infection opportuniste d’origine animale sans transmission interhumaine ni risque pour la population générale. Explications.


Un premier décès au virus Shamonda à Lyon : ce qu’il faut savoir

C’est une annonce médicale qui a immédiatement suscité l’attention des infectiologues et de la communauté scientifique. Un patient pris en charge aux Hospices civils de Lyon est décédé au début du mois d’octobre après avoir été infecté par le virus Shamonda, informe BFMTV.

Si ce pathogène circule depuis le printemps et l’été 2026 dans les élevages bovins, ovins et équidés d’Europe — et plus particulièrement dans une cinquantaine de départements français —, il s’agit de la toute première détection documentée de cette maladie chez l’être humain à l’échelle mondiale.

Selon les informations communiquées par le ministère de la Santé, le ministère de l’Agriculture et l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, la victime souffrait d’une immunodépression sévère et d’une pathologie préalable grave. L’hypothèse privilégiée par les épidémiologistes pointe vers une contamination opportuniste survenue au cours de l’été dans l’Est de la France, consécutive à la piqûre d’un moucherons vecteur.

Qu’est-ce que le virus Shamonda qui a fait un premier mort à Lyon ?

Appartenant à la famille des orthobunyavirus, Shamonda est un virus à ARN transmis par des insectes et qui affecte habituellement le monde animal. Contrairement à certaines idées reçues sur les épizooties, la maladie ne se transmet ni par le contact direct avec le bétail, ni par la consommation de viande ou de lait, qui restent parfaitement sûrs pour le consommateur. Le virus est véhiculé exclusivement par les piqûres de minuscules moucherons hématophages du genre Culicoides, particulièrement actifs pendant la saison chaude.

Chez les ruminants, l’infection passe la plupart du temps inaperçue ou se manifeste par de légers épisodes fébriles et des baisses temporaires de production laitière. Cependant, chez les femelles gestantes, le pathogène peut provoquer des malformations fœtales, se rapprochant ainsi du comportement d’autres virus vétérinaires bien connus comme celui de Schmallenberg.

Jusqu’à cette découverte lyonnaise, la communauté scientifique considérait Shamonda comme un virus strictement incapable de franchir la barrière de l’espèce humaine. Le cas d’octobre démontre que ce verrou biologique peut exceptionnellement sauter, mais uniquement dans des conditions d’extrême vulnérabilité immunitaire.

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Premier cas de Shamonda à Lyon : entre psychose médiatique et réalité, quel risque réel pour la France ?

À peine l’information rendue publique, la mécanique médiatique s’est emballée. Les formules alarmistes évoquant le « patient zéro », la « maladie venue des bovins » ou la « première victime humaine » se sont rapidement multipliées sur les réseaux sociaux. C’est le retour d’un réflexe anxiogène désormais bien rodé depuis la crise du Covid-19, où chaque signal d’origine zoonotique se trouve immédiatement réinterprété à travers le prisme d’une menace pandémique globale.

Pourtant, l’analyse froide des données médicales écarte formellement le scénario d’une crise sanitaire. D’abord parce que le virus Shamonda ne dispose d’aucune capacité de transmission interhumaine : il n’existe donc aucun risque de contagion dans la vie quotidienne, les transports ou le milieu professionnel. Ensuite, parce qu’il s’agit d’une infection purement opportuniste, incapable de proliférer dans un organisme doté d’un système immunitaire fonctionnel.

Enfin, l’isolement de ce pathogène rare témoigne de l’efficacité de nos réseaux de veille et du dispositif One Health. Les laboratoires de virologie sont aujourd’hui en mesure d’identifier un agent biologique marginal là où, par le passé, le décès aurait été classé sans suite médicale précise. Plutôt que l’annonce d’un nouveau péril épidémique, l’événement lyonnais illustre une réalité biologique ordinaire : les interactions fortuites entre l’homme et le monde animal existent, mais nos outils de pharmacovigilance permettent désormais d’en mesurer la portée exacte sans céder à la panique.

Quand une jeunesse sans avenir rencontre les effaceurs de notre passé

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Bordeaux, 17 octobre 2026 © Fabrice Hebert/ZUMA/SIPA

Le monde entier se demande quelle fièvre dévastatrice s’est emparée du pays. La faillite des pères suscite le désarroi des fils, observe cette analyse. La jeunesse française vit une véritable et violente crise existentielle.


18 octobre au matin. La France se réveille avec la gueule de bois. A Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Rennes ou Lille, les rues évoquent des scènes de guerre : voitures calcinées, pavés jonchant la chaussée, commerces pillés. La mairie de Limoges et l’office du tourisme de Lyon sont partis en fumée.

Nouveau Mai 68 ?

Depuis trois semaines, les commentateurs de l’hexagone et au-delà se demandent si le mouvement lancé avec les émeutes étudiantes de septembre 2026 serait un nouveau mai 1968. On se souvient de la phrase de Marx, selon laquelle l’histoire se répète : d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce. Cette fois-ci, il semble bien que ce soit l’inverse : la gouaille déconneuse de Dany le Rouge, les slogans « l’imagination au pouvoir », « soyez réaliste, demandez l’impossible » ou « les motions tuent l’émotion » ont cédé la place à une rage des plus sombres. Un des slogans qui fait flores est d’ailleurs « Bismillah, c’est les ténèbres », dont on ne saurait dire si on la doit vraiment à l’inspiration juvénile des lycéens ou à des policiers infiltrés sur Snapchat pour s’informer des blocages.

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Quoi qu’il en soit, cette expression reflète bien l’imbroglio des revendications et de leurs auteurs qui confine au néant, voire au délire. Car on saisit mal le rapport entre le manque d’enseignants et de moyens, d’une part, et l’arrêt des cours et le saccage systématique de ces mêmes moyens, d’autre part; entre l’indigence du niveau scolaire en France et la cause palestinienne ou encore la fonte de la banquise.

Pour la mobilisation du 17, les organisateurs avaient élargi le mouvement aux syndicats, gilets jaunes et à tous ceux voulant dénoncer la « vie chère »; une manifestation en somme des plus classiques, voire rituelle pour un mois d’octobre gaulois. Mais le lendemain, le monde entier regardait, médusé, les images du New York Times ou de la China Central Television montrant une France ayant basculé dans le chaos. Et tous de s’interroger sur la fièvre dévastatrice qui s’est emparée du pays.

Sous les pavés, la panique

Oui bien sûr, on peut pointer des soucis de gestion, comme certaines pancartes brandies dans les cortèges, telles que le manque d’enseignants ou les emplois du temps déséquilibrés. Mais là n’est pas le vrai problème. Soyons sérieux, ce genre d’aménagements se résout toujours en interne par l’administration de l’établissement. La cause n’est pas non plus le manque d’argent : à eux seuls, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur concentrent 119 milliards pour 2026, soit 25% du budget de l’État, ce qui est considérable.

Le vrai problème, c’est la peur panique qui tenaille la jeune génération. Elle sent les autorités faibles et désemparées devant la faillite indéniable de leur modèle économique, social et moral : celui de l’État-providence datant de l’après-guerre. En effet, les dernières décennies ont été marquées par un chômage structurel ou, du moins, une importante précarité de l’emploi; par une dette abyssale de l’État dont les jeunes vont immanquablement hériter, par l’incapacité des pouvoirs publics à maîtriser les frontières et à garantir la sécurité physique des citoyens; par un déclassement généralisé dans le niveau scolaire, la production ou encore le prestige diplomatique. « Tout ce qu’on veut, c’est un avenir », lâche timidement une jeune fille devant le lycée Condorcet de Lens, où un élève a eu une main arrachée en ramassant une grenade assourdissante. Place de la Bastille, une autre tient un écriteau représentant un paquet de Marlboro dont les lettres ont été modifiées pour écrire « Mal barrés ». Au-delà du calembour, ce sont des paroles très fortes qu’il faut savoir entendre, et non les balayer d’un « c’est une génération de glandus [sic] avachis derrière leurs écrans ».

Il y a certes trop de temps passé devant les écrans (à cet égard, il n’est pas interdit aussi de s’interroger sur le rôle des parents de temps à autre), mais ce refuge dans les écrans est aussi le symptôme de la peur viscérale d’un avenir moins peuplé de promesses que d’angoisses. D’ailleurs, la plateforme Parcoursup est le symbole de ce trou noir, de ce néant d’algorithmes abscons qui leur est proposé en guise de futur. En outre, quand bien même ils parviendraient à s’inscrire dans la filière souhaitée, même la réussite dans les études n’est plus aujourd’hui le gage d’avoir une situation, ni simplement d’être à l’abri du besoin. A longueur d’année, on assiste au ballet des médecins, infirmiers, pompiers, policiers, avocats, enseignants, agriculteurs… tous témoignant de leurs aléas législatifs et économiques.

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La génération de 1968 percevait elle aussi une certaine défaite intérieure de ses aînés. A l’époque, ces derniers avaient été autant humiliés par l’occupation allemande que sidérés par la barbarie démontrée par les hommes au cours des deux guerres mondiales. Dans son ultime conférence donnée à Vienne en 1935, le philosophe Edmund Husserl affirmait que « la pire chose qui pourrait arriver à l’Europe, c’est d’être lasse ». C’était pourtant bien le cas des pères en 1968, et c’est celui de nombre d’entre eux aujourd’hui; ils sont accablés d’impôts, de paperasse bureaucratique, pris en étau entre les réglementations bruxelloises et la concurrence internationale à bas coût qui ont ravagé l’économie française; enfin, ils ont été achevés par la crise du Covid et la flambée des prix de l’énergie. Et, comme à chaque fois, la faillite des pères suscite le désarroi des fils, donc leur révolte.

Ainsi, les revendications lycéennes vont bien au-delà de problèmes de budget ou d’intendance. C’est un véritable cri du cœur d’une génération saisie d’une panique existentielle. Comme souvent avec les jeunes, elle cherche la confrontation avec une autorité qu’elle perçoit défaillante, mais qu’elle a besoin de tester pour se rassurer.

Ceci posé, une ambiguïté demeure quant au mouvement et elle tient à la diversité de ses sources. En effet, au récit national remontant au vingtième siècle, se surimpose une ligne narrative plus récente, puisqu’elle commence en 2005 dans les banlieues et obéit à une logique très éloignée.

Convergence des luttes ou apologie de la sédition ?

Comme le regrettait l’homme d’affaires Michel-Edouard Leclerc sur Cnews, « il y a des casseurs qui gâchent la revendication du mouvement étudiant, il y a de la récupération politique ».  Et, avec lui, on ne peut que constater le profit tiré par certains du désordre entourant les manifestations étudiantes pour répandre le chaos et s’attaquer à l’autorité de l’État et de ses représentants.

Plus grave, ces individus s’en prennent délibérément aux symboles de l’État, dans une logique de surenchère qui n’a plus aucun lien avec les demandes lycéennes et va jusqu’à menacer la paix civile. Hélas, ces agissements ne datent pas du mois de septembre. Depuis les émeutes de banlieue de 2005, la situation n’a fait qu’empirer : insécurité dans les établissements allant jusqu’à l’assassinat de Samuel Paty en 2020 et de Dominique Bernard en 2023. Depuis une vingtaine d’années, tout événement, même festif, tel que la Saint Sylvestre ou des rencontres sportives, est le prétexte à un déchaînement de violence dans le centre des grandes villes. Et il en va de même pour les récentes manifestations étudiantes.

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Ces dernières semaines, de l’avis même du Premier ministre, on a assisté à une « violence inédite », avec 149 personnels de l’Éducation nationale et 1934 policiers et gendarmes blessés, dont 997 pour la seule journée du 17 octobre. En amont de la manifestation, l’influenceur Rayan PSN avait appelé à rien de moins que la « warzone » et au recrutement de « chefs d’émeute », tandis que son acolyte avait évoqué un nouveau Bataclan.

Sous couvert de « convergence des luttes », des forces politiques encouragent la sédition et la guerre civile. « Saint-Denis, capitale de la résistance et de la convergence des luttes ! », se réjouissait Bally Bagayoko en réaction à la venue de Greta Thunberg. Il poursuivait : « solidarité, justice sociale et climatique ». Bien évidemment, tout cela n’a aucun sens et ce n’est pas en molestant des enseignants qu’on aidera les pingouins.

L’édile de Saint-Denis va encore plus loin dans la provocation, justifiant dans deux déclarations les 29 septembre et 1er octobre le recours à la violence. Ce qui ne l’empêche pas, dans une mise en scène grotesque, de se placer en défenseur de la jeunesse en faisant mine de protéger des lycéens (qui le dépassent d’une tête !) contre des policiers aussi placides qu’interloqués. Des images qui ont fait le tour du monde.

Des élèves bloquent l’accès au lycée technique Frédéric Bartholdi en Seine-Saint-Denis, le 28 septembre 2026. Le maire Bally Bagayoko a été aperçu tout sourire face aux fauteurs de trouble dans des vidéos très commentées © Frederic MUNSCH/SIPA

A ces attitudes factieuses inadmissibles, a fortiori de la part d’élus, s’ajoute un islamisme d’atmosphère. Ce sont les drapeaux palestiniens, le keffieh de Greta, la statue de Jeanne d’Arc voilée à Toulouse, une petite pancarte aperçue devant le lycée Colbert à Paris exigeant de « s’occuper de nos profs au lieu de s’occuper de nos voiles ». En outre, à Meyzieu, la statue d’Arnaud Beltrame, égorgé par un terroriste qui avait pris en otage un supermarché, a été vandalisée; le vandale a jugé bon d’en rayer l’inscription « islamisme » et d’y ajouter le graffiti NTM. Dans le Loiret, trois adolescents seront prochainement jugés pour apologie publique d’actes de terrorisme après la diffusion d’une vidéo prise devant le lycée François Villon de Beaugency, où ils reprenaient la chanson d’un rappeur faisant référence à Mohamed Merah et Salah Abdeslam. Autant de signaux qui font dire à la chercheuse au CNRS spécialiste des Frères musulmans Florence Bergeaud-Blackler que, dans les manifestations lycéennes, « l’ingérence islamiste est l’éléphant au milieu de la pièce. »

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A la manœuvre, on ne s’étonne pas de retrouver LFI. Le 6 octobre, son chef Jean-Luc Mélenchon encourageait la zizanie en s’enthousiasmant que le « signal [était] donné de la jonction des forces. » Par ailleurs, selon le JDD, des cadres LFI auraient distribué des tracts pour élargir la fronde, comme au lycée Robespierre d’Arras. Quant à la fine équipe composée des députés Louis Boyard, Gabrielle Cathala et Antoine Léaument, on pouvait compter sur eux pour galvaniser les petits bourgeois sur les barricades d’Assas et de Sciences Po. Enfin, à Nantes, des journalistes de Cnews ont raconté avoir échappé de peu à un lynchage par des meneurs de LFI, ne devant leur salut qu’à un restaurateur qui les a mis à l’abri dans son arrière-cour.

On le voit donc, les mots d’ordre partisans et étrangers ont relégué aux oubliettes les légitimes demandes des lycéens. Utilisés, bousculés et parfois blessés dans les cortèges par les casseurs, ces derniers ont fini par être oubliés. Le 17 octobre, avant même que les cortèges de manifestants ne se soient élancés, la rue a été investie par ceux qui voulaient substituer le chaos et une revanche identitaire à la France et à son histoire.

L’État est donc confronté à une double menace, celle de la pérennité de son modèle à réinventer et celle des attaques d’éléments factieux rêvant de faire table rase du glorieux passé français pour imposer, c’est selon, la charia ou la Terreur d’un Robespierre. On ne sortira pas de cette impasse sans renoncer à nombre de dogmes de cette société à la dérive. Mais ce n’est pas aux lycéens qu’incombe cette tâche. Pour l’heure, il va leur falloir être réalistes; non pas demander l’impossible, comme en 1968, mais simplement retourner en cours.

Élections israéliennes: des électeurs pris en sandwich

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Un homme passe à vélo devant une affiche publicitaire pour une télévision sur laquelle où l'on voit le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, à droite, et son principal rival, le candidat de l'opposition Gadi Eisenkot, à l'approche des élections législatives israéliennes, Ramat Gan, mercredi 23 septembre 2026 © Oded Balilty/AP/SIPA

Au marché Hatikva, un vendeur de shawarma est boycotté pour avoir annoncé qu’il abandonnait Netanyahou au profit de Gadi Eizenkot. À l’approche du scrutin du 27 octobre, cette petite histoire éclaire une grande question. Comment changer de gouvernement lorsque le vote est aussi une fidélité familiale, sociale et culturelle ?


Or Ohana tient un stand de shawarma à l’entrée du marché Hatikva, à Tel-Aviv (Hatikva signifie « espoir » en hébreu, comme le titre de l’hymne national). Un jour, un journaliste en mission de micro-trottoir passe dans ce lieu considéré par les rédactions comme « authentique » et l’interroge sur son vote aux prochaines élections. Sans trop réfléchir, Ohana répond qu’il a voté Likoud toute sa vie, mais que, depuis le 7-Octobre, il estime que le pays a besoin de changement. Cette fois, il choisira Gadi Eizenkot, principale figure du bloc de l’opposition. Il aurait probablement oublié cet échange si, le lendemain de la diffusion de la vidéo, le ciel ne lui était pas tombé sur la tête. Selon son témoignage publié par Haaretz, ses ventes chutent de 70 % en une journée. Ses sandwichs généreusement garnis de poulet, de dinde ou de veau, avec une préférence du patron pour le mélange des trois, sont soudain boudés. Les insultes et les menaces affluent, des habitués appellent au boycott. Puis l’histoire prend un autre tour. Des dizaines de personnes viennent spécialement manger chez lui pour le soutenir. Les broches continuent de tourner dans le même sens, mais acheter un shawarma en a pris un autre.

Fidélités et blessures

Ce micro-évènement ne résume pas Israël mais il révèle cependant une difficulté centrale de ces élections. Pour une partie des électeurs, quitter Netanyahou signifie davantage que sanctionner un bilan. Pour eux cela est vécu comme une défection, une rupture avec les siens. Ohana voulait changer de Premier ministre. Certains lui ont répondu qu’il avait changé de famille et l’ont ostracisé, mettant en péril sa capacité de nourrir sa famille.

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Hatikva appartient à cette autre Tel-Aviv que l’image internationale de la ville laisse hors champ. Au sud-est, loin des plages et de l’univers des start-ups, ce quartier populaire s’est constitué dans les années 1930 autour de travailleurs yéménites. Des familles irakiennes et d’autres populations juives orientales ont ensuite participé à son histoire. Le marché, ses commerces alimentaires et ses sociabilités de voisinage portent cette empreinte. Il ne faut pourtant confondre ni les vendeurs avec tous les habitants, ni le quartier actuel avec une photographie de ses fondateurs.

Quant à M. Ohana, comme le lieu où se trouve son commerce, il est presque la caricature du soutien inconditionnel à Netanyahou et au Likoud. Son nom évoque le judaïsme marocain (et non irlandais…) et fait entendre cette autre histoire israélienne. Celle des familles venues du Maroc, de Tunisie, d’Irak ou du Yémen, et de leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Regroupées sous le terme de « mizrahim », les populations juives originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’ont pourtant ni les mêmes parcours ni une opinion politique commune.

Leurs aînés venaient de sociétés souvent arabophones, parfois aussi berbérophones, où la religion structurait le calendrier, la vie familiale et les appartenances collectives. Ils y avaient été des minorités juives, avec des expériences très différentes selon les pays et les époques. Cet héritage ne fournit aucune explication automatique de leur vote. Il aide en revanche à comprendre pourquoi, dans certaines familles, la tradition représente bien davantage qu’un ensemble de rituelles et obligations religieuses.

On peut respecter le repas du vendredi soir, fréquenter la synagogue pour les grandes fêtes, demander la bénédiction d’un rabbin et vivre sans observer toutes les prescriptions. C’est l’univers des masortim, les juifs traditionalistes. La religion y est aussi une langue familiale et  une manière de rester fidèle aux parents et aux aïeux. Une campagne qui présente les traditions comme des survivances embarrassantes risque donc d’être perçue comme un jugement porté sur ceux qui les ont transmises. La gauche israélienne en a fait l’amère expérience plus d’une fois depuis 1977.

À cette fidélité s’ajoutent une mémoire et un imaginaire forgés par l’intégration à la société israélienne. L’État des premières décennies, dominé par des élites travaillistes largement ashkénazes et majoritairement athées, a accueilli les nouveaux immigrants tout en prétendant les transformer. Les camps de transit, les logements précaires, l’orientation vers les périphéries sont des expériences partagées par d’autres groupes. La dévalorisation de leurs cultures leur était en revanche propre, et elle a laissé des blessures durables. L’intégration fut réelle, et bien démontrée, mais le sentiment d’avoir été traités comme des citoyens de seconde catégorie l’était tout autant.

Ces expériences produisaient des ressentiments transformés en carburant politique. La victoire de Menahem Begin en 1977 en est la traduction. Cet homme, né en Europe orientale, Polonais jusqu’au baise main, n’avait pas besoin d’être ni marocain ni yéménite pour identifier le nœud de l’affaire – le lien avec la tradition et la synagogue – et reconnaître la dignité de ceux auxquels il s’adressait. Son parti, le Likoud leur a offert une place dans le récit national. Dans certaines familles, voter pour lui est devenu une partie des traditions et un marqueur identitaire fort. Netanyahou, aussi ashkénaze que Begin, a hérité de cette fidélité et l’a structurée. Il peut apparaître comme le défenseur des électeurs contre les milieux qui les jugent, même lorsque sa propre trajectoire le situe loin de leur condition sociale et leurs croyances. Les attaques contre lui sont alors reçues comme des attaques contre eux et plus ses adversaires méprisent les « bibistes », plus ils renforcent ce lien.

Querelles israéliennes

Cela permet aussi de comprendre un paradoxe apparent. Des électeurs sépharades peuvent soutenir une coalition comprenant des ultraorthodoxes ashkénazes, alors que des discriminations envers les séfarades ont été documentées dans leurs établissements scolaires, plus généralement dans leurs quartiers de résidence, et jusqu’à leurs stratégies matrimoniales.

C’est que toutes les humiliations ne sont pas ressenties de la même manière. L’exclusion pratiquée par un milieu religieux peut être combattue à l’intérieur d’un univers dont on reconnaît la légitimité. Le mépris attribué aux anciennes élites laïques semble, lui, disqualifier cet univers tout entier.

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Le 7-Octobre introduit dans cette histoire toute une série des questions susceptible de défier cette logique :  qui a protégé les familles ? Qui a failli ? Qui doit rendre des comptes ? Dans son témoignage à Haaretz, M. Ohana situe précisément là son changement de position. Son histoire suggère que le souvenir des humiliations passées peut rencontrer une exigence plus immédiate, celle de ne pas subir une nouvelle catastrophe.

Une autre question touche directement les familles qui ont porté la guerre. Qui doit servir ? Les exemptions des ultraorthodoxes ne relèvent plus seulement d’une controverse sur la place de la religion dans l’État. Pour les réservistes, leurs conjoints et leurs employeurs, elles posent la question du partage du fardeau et des sacrifices. Pour Ohana en particulier, la question est aussi de savoir qui financera la guerre et le manque à gagner structurel que représente le statut spécial des ultraorthodoxes. Que fera-t-il si l’alourdissement de la fiscalité rogne le pouvoir d’achat de ses clients et si le crédit se resserre ? Respecter la Torah et les traditions ne suffisent plus pour rallier la troupe.

Au marché Hatikva comme presque partout en Israël, à quelques jours du scrutin, ces débats prennent une forme intime. Ohana ne prétend pas avoir de réponse à toutes les questions. Il a simplement décidé que sa fidélité passée ne pouvait plus déterminer son vote à venir. La violence des réactions montre à quel point cette décision se vit comme une trahison. La solidarité qu’il a reçue montre qu’elle demeure possible. Et c’est peut-être là, aussi, l’un des enjeux du scrutin. Les Israéliens peuvent-ils juger leurs dirigeants sans avoir à renier leurs parents, leur quartier, leurs traditions ? Un électeur peut-il vouloir changer de gouvernement tout en restant parmi les siens ? Peut-on débattre, une pita à la main ? 

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« Sarah Knafo est une Calamity Jane qui rigole »

Sarah Knafo © Hannah Assouline

Franz-Olivier Giesbert salue le travail d’enquête mené par Sarah Knafo dans Le Casse du siècle, qui a le mérite de dénoncer notre modèle social avec un humour devenu rare. FOG brosse le portrait d’une talentueuse figure du libéralisme capable d’œuvrer à l’union des droites, tout en lui déconseillant, pour le moment, la course à l’Élysée.


Causeur. À quel personnage de la littérature ou de l’Histoire compareriez-vous Sarah Knafo ?

Franz-Olivier Giesbert. La plupart des grands personnages de l’histoire de France ont le sens du tragique : voyez de Gaulle, Jeanne d’Arc ou Charles V. À l’exception d’Henry IV, ce ne sont pas des joyeux drilles, même si le Général pouvait manier l’humour en certaines occasions. Or, ce qui caractérise Sarah Knafo, c’est précisément son rire, sa bonne humeur perpétuelle. Elle n’a rien à voir avec eux.

Au siècle de la plainte, ça tranche. De ce point de vue, elle se rattacherait plutôt, toutes proportions gardées, à une tradition anglo-saxonne incarnée tour à tour par Lincoln, Churchill ou Reagan, trois machines à fabriquer des bons mots ou des bonnes blagues dans toutes les situations. Mais si vous voulez que je la raccroche à tout prix à la France, on peut dire de Sarah Knafo qu’elle est une élève de Molière, notre monument national, praticien du rire thérapeutique.

Allons, son livre, Le Casse du siècle, n’est pas très drôle !

Certes, le sujet – la déglingue de notre soi-disant « modèle » – n’est pas drôle. Mais à y regarder de plus près, si elle flingue à longueur de pages, c’est en rigolant. Déjà, la couverture n’est pas celle d’un pensum économique, mais d’un livre où on va s’amuser : elle est présentée en fliquette devant son mur d’enquête avec des photos et des Post-it sur lesquels on lit : « À qui profite le crime ? » ou « Scènes de crime ». Sarah Knafo ne se prend pas au sérieux. C’est une Calamity Jane qui rigole. Là est, je crois, l’une des principales raisons de son succès. Elle imprime, comme on dit. Elle n’est pas la seule, notamment à droite. Marion Maréchal aussi imprime : elle reste populaire quand elle fait peu d’apparitions médiatiques, mais elle utilise d’autres méthodes, notamment des formules qui tuent.

À quelle star de cinéma confieriez-vous le soin de jouer son rôle ?

Comme vous y allez ! Si j’étais chargé de mettre en scène son « biopic », je rechercherais plutôt une comédienne qui a de l’humour. En France, on a l’embarras du choix. Mon premier choix serait une nouvelle Jacqueline Maillan à cause du rire gloussant, de l’énergie communicative et de l’art de balancer des vacheries, qu’elles ont toutes deux en commun.

Quel est le secret de son succès ? Son intelligence, son charisme, sa vie romanesque, son positionnement idéologique, ses sujets de prédilection ?

Tout cela, bien sûr, mais pas que. Dans une société où quasi tout le monde est assigné à un rôle de victime, Sarah Knafo ne victimise pas et n’infantilise pas non plus les électeurs potentiels auxquels elle s’adresse. Au contraire, elle les responsabilise et les traite en adultes : elle les emmène par la main pour leur montrer concrètement comment ils se font gruger par notre Léviathan national : l’État dit « providence », bien plus glouton que redistributeur.

Il est assez rare qu’une femme politique assume aussi bien sa féminité. On ne l’imagine pas brailler parce qu’un homme l’a complimentée. N’est-elle pas la meilleure représentante d’un féminisme victorieux ?

Sans doute, mais il y a d’autres femmes de ce genre dans la plupart des partis. Je pense encore à Marion Maréchal. Si l’on se penche sur le passé, il me semble que des femmes politiques comme Simone Veil, Françoise Giroud, Anne Hidalgo, Ségolène Royal ou Michèle Barzach ont toutes incarné, à un moment donné, avec plus ou moins de bonheur, ce féminisme victorieux que vous évoquez.

Une star est née, disiez-vous à propos de Sarah Knafo pendant les municipales.

Aux élections municipales de Paris, en mars dernier, elle est parvenue, sans implantation particulière, quasiment toute seule, à obtenir un score de plus de 10 %. Une sacrée performance. Ensuite, elle a eu la bonne idée de se retirer et de se désister en faveur de Rachida Dati, sans rien demander en échange. En somme, la classe.

Pensez-vous qu’elle sera un jour présidente ?

N’allons pas trop vite, elle vient à peine d’entrer en scène. Il me semble que vous devriez être instruite par l’expérience du frivolet inexpérimenté, même pas élu municipal, qui a gravement abîmé la France après être devenu président de la République à 37 ans en profitant d’un étrange concours de circonstances – la mise en examen du candidat favori François Fillon à quelques jours du premier tour. « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant », dit l’Ecclésiaste. La politique est un métier difficile et il s’apprend. Sarak Knafo a encore beaucoup à apprendre. Mieux vaut ne pas sauter les étapes.

Donc, elle a raison de ne pas se présenter. Il semble désormais acté qu’elle ne sera pas candidate. 

D’un point de vue personnel, cela vaut mieux pour elle. Elle n’aurait rien à y gagner, ç’aurait été perdu d’avance. J’espère par ailleurs que la France ne s’entichera plus de candidats prétendument jeunes et intelligents. Après l’épisode Macron, elle devrait être vaccinée à tout jamais contre des erreurs de ce genre. Ce qu’on attend de nos gouvernants, c’est avant tout du courage, de la volonté, de l’obstination. De l’expérience aussi.

Finalement, il semble que le candidat de Reconquête ! sera Éric Zemmour. Que vous inspire leur couple politique ? Y a-t-il des précédents dans notre histoire ?

Il y a un précédent qui saute aux yeux, celui de François Hollande et de Ségolène Royal. Un couple politique qui, à la fin, a mal tourné. C’était écrit. Disons, pour simplifier, qu’il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel pour les deux et, en plus, ils avaient le même âge. D’où d’insurmontables tensions. Dans le couple Zemmour, il y a, en revanche, une différence d’âge qui permet de se répartir les rôles. C’est plus pratique.

Contrairement à Zemmour, Knafo est digérable par une grande partie de la droite classique. Peut-elle initier ou favoriser la grande réconciliation des droites ?

Elle recrute ses partisans dans tous les milieux, y compris, comme j’ai pu le constater, dans les classes populaires à Marseille, où ses vidéos didactiques ont fait des ravages. Elle est une pièce importante d’une éventuelle grande réconciliation des droites, mais elle n’est pas la seule.

Comment expliquez-vous qu’elle cartonne avec un livre sur les impôts ? Son succès signifie-t-il que le mot libéral n’est plus honni en France ?

Comment ne pas se féliciter de cette résurgence du libéralisme, pardonnez le gros mot, après tant d’années de mensonges et de désinformation ? En France, la parole économique a été trop longtemps confisquée par l’extrême gauche crypto-marxiste ou par des farceurs comme Thomas Piketty et Gabriel Zucman, Laurel et Hardy d’un antilibéralisme primaire, soutenus par les médias, dont les « travaux » sont mis à mal par leurs collègues. Aujourd’hui, avec les incontestables succès de Javier Milei en Argentine, le libéralisme économique est en train de renaître un peu partout dans le monde. Chez nous, il est porté par trois personnalités de premier plan : Sarah Knafo chez Reconquête !, David Lisnard chez LR jusqu’à sa démission récente, Guillaume Kasbarian, proche d’Attal, chez Renaissance. Ces gens-là sont totalement en phase. S’il y a une grande réconciliation des droites, il serait logique qu’elle commence par un front commun des libéraux partisans de l’économie de marché qui ont, eux, des solutions pour faire repartir notre pays qui étouffe sous les taxes, les normes, les réglementations.

Une grande partie du discours de Sarah Knafo revient à expliquer aux gens que l’État les vole et qu’eux ne sont responsables de rien. La situation du pays n’est-elle pas une coproduction entre gouvernés et gouvernants ?

Oui, bien sûr, c’est une coproduction et je ne suis pas d’accord avec tout ce que Sarah Knafo écrit là-dessus. Mais bon, la responsabilité de nos gouvernants reste écrasante. Avec la complicité d’une grande partie des médias, ils ont par exemple longtemps menti en maquillant les comptes publics pour cacher aux Français que l’une des raisons de notre endettement démentiel est que l’État abonde aux déficits des régimes de retraite, notamment ceux des fonctionnaires. Cela, les Français n’avaient pas le droit de le savoir. Faut-il accepter ces tricheries de république bananière ? Comme tous les libéraux, je crois à la transparence et il est toujours sain qu’elle s’impose sur ce sujet comme sur d’autres. Ce n’est qu’un début, le combat continue !

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Faites comme s’il n’était déjà plus là…

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Doha, Qatar, hier © Emiri Diwan Office \ apaimages/SIPA

Le président Macron est furieux contre MM. Trump et Netanyahou, qu’il accuse de faire campagne sur le dos de la France.


Le président de la République, en colère, a dénoncé, depuis Doha, les critiques acerbes, « inacceptables et stupides », de certains dirigeants étrangers sur la situation française. On songe notamment à Donald Trump1, Nayib Bukele2 ou Benjamin Netanyahou3. Emmanuel Macron a affirmé qu’ils n’aimaient pas la France et que celle-ci s’en souviendrait.

Joie mauvaise

L’orgueil d’Emmanuel Macron ne pouvait, en effet, qu’être offensé par les conseils dispensés, les analyses formulées ou les remèdes proposés par des dirigeants étrangers pour sortir notre pays de la situation tragique où il se trouve depuis peu.

C’est la manifestation la plus éclatante d’une humiliation sans pareille. Nous ne sommes plus au bord du gouffre, mais engagés dans un glissement peut-être fatal.

Au mépris de toute urbanité démocratique, et sans cette hypocrisie qui cultive, dans les apparences, sinon le respect, du moins la discrétion et la retenue, on n’hésite plus à faire comme si nous n’avions plus de président, comme si le Premier ministre était inexistant et la nation à l’agonie.

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Les autres pays s’en donnent à cœur joie, se comportant comme s’ils étaient les maîtres, répudiant toute pudeur dans l’expression comme dans l’immixtion, désignant les causes de nos difficultés, notamment une immigration que nous n’avons pas su maîtriser, ou trop mollement. Ils occupent, au moins par leur interventionnisme intellectuel, politique et économique constant, un pays qui cherche désespérément à sauver un peu de sa fierté. Ils prodiguent des conseils qu’on ne leur a pas demandés. Ils se mêlent de ce qui nous regarde parce que nous ne nous en préoccupons pas, ou si mal.

Les ennemis véritables de la France se réjouissent

Face à l’opprobre déversé par des nations qui, observant la France, savent désormais tout ce qu’il leur faudra absolument éviter, le président se rebiffe. Mais son récent discours, court pour une fois, a été calamiteux.

En Italie, Giorgia Meloni mobilise l’armée tandis que nous discutons du sexe des anges ou de l’état d’urgence. Les atermoiements sont devenus notre politique. Ailleurs, tout simplement, on agit, on réagit.

Imaginons combien nos adversaires véritables et constants doivent se réjouir, puisque nos alliés n’hésitent plus à proclamer haut et fort que le roi est nu et que la France est à prendre. On conçoit que de telles provocations – sermoner notre pays comme si son président n’était plus là, lui qui a parfois déplu par son arrogance – soient traumatisantes et qu’Emmanuel Macron ne les accepte pas.

Mais à qui la faute ?

En 2027, on verra revenir à la surface démocratique un beau, un magnifique sentiment, dont on déplorera l’absence ou on promettra la renaissance : l’honneur de la France.


Le regard d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio

  1. Le président américain a écrit sur Truth Social: « La France est en feu ! L’immigration de personnes venues d’un monde totalement différent, de personnes qui ont la haine au cœur, a brisé ce pays autrefois si grand. Fermez vos frontières et reprenez le contrôle avant qu’il ne soit trop tard ! » ↩︎
  2. Le président du Salvador a écrit sur Twitter « Nous avons surmonté en un an un problème cent fois plus grave, sans avoir les moyens dont dispose la France. La France pourrait y arriver en une semaine. » ↩︎
  3. « Ils ne se sont pas préparés à temps, ils ont simplement renoncé, ils ont cédé à l’invasion de l’islam extrémiste », a déclaré le Premier ministre israélien à la télévision. ↩︎

La voiture volante d’Elon Musk, ou la nostalgie d’un futur qui n’existe plus

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Cette image, issue d'une vidéo, montre Tesla dévoilant sa nouvelle voiture de sport Roadster à McGregor, au Texas, le jeudi 15 octobre 2026 © AP/SIPA

Elon Musk promettait une voiture volante, il nous offre surtout un spectacle digne de la science-fiction d’hier. Entre fascination technologique et inquiétudes, cette démonstration révèle peut-être une fracture plus profonde: celle d’une société occidentale qui ne sait plus si elle doit attendre son salut ou sa perte du progrès…


Notre société est politiquement tendue, ce n’est pas une surprise. Mais je n’en ai pas vu de meilleure illustration, tant elle est absurde, que les réactions suscitées par la démonstration de la Tesla volante d’Elon Musk. Le 15 octobre 2026, le milliardaire dévoile, dans un spectacle tonitruant, sa nouvelle Tesla Roadster, équipée de plusieurs dispositifs pour le moins surprenants : des propulseurs à gaz froid et un système d’aspiration sous le châssis. La voiture peut ainsi emprunter une rampe qui se retourne complètement, rouler à l’envers, se laisser tomber puis se redresser en plein air avant de retrouver ses roues.

Quand une voiture volante devient une querelle politique

Une prouesse technique présentée comme un véritable numéro de spectacle, sous une appellation racoleuse puisque, à l’évidence, cette Tesla n’est pas une voiture volante au sens où nous l’entendons habituellement. Elle ne permet pas de se déplacer durablement dans les airs, mais seulement d’effectuer de brèves acrobaties aériennes. Pourtant, c’est bien l’expression « voiture volante » qui a retenu l’attention des internautes, et tous ne se sont pas empressés d’en questionner la pertinence.

On voit alors se former deux camps. D’un côté, ceux qui saluent la réalisation d’un rêve de jeunesse, celui de voir enfin apparaître les voitures volantes promises par la science-fiction. De l’autre, ceux qui, une fois l’effet de surprise passé, n’y voient guère plus d’intérêt que dans les extravagances d’un salon du tuning.

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Mais pourquoi une simple démonstration automobile devient-elle une affaire politique ? Parce que l’image d’Elon Musk est elle-même désormais chargée d’un poids idéologique considérable. Pour ses admirateurs, il incarne l’entrepreneur libéral qui investit son capital dans la recherche et le développement, repousse les limites de la technique et réalise ce que les autres se contentent d’imaginer. À l’inverse, ceux qui tempèrent cet enthousiasme passent rapidement pour des pisse-froid ou des rabat-joie, lorsqu’ils font remarquer que l’Amérique fait encore de l’Amérique : toujours plus de spectacle pour des innovations dont on peine parfois à comprendre l’utilité.

La discussion dépasse alors la voiture elle-même. On en vient à opposer le libéralisme triomphant américain à un modèle français jugé trop administré, trop prudent, incapable d’innover avec la même audace. Une démonstration aussi grandiloquente, financée sur fonds publics, serait d’ailleurs probablement dénoncée comme un gaspillage d’argent. La voiture volante devient ainsi le prétexte d’un affrontement entre deux conceptions de l’économie et du progrès.

Elon Musk, l’apôtre du rétrofuturisme

Le rétrofuturisme désigne cet imaginaire du futur hérité des décennies passées, particulièrement de la seconde moitié du XXe siècle. Les tenues en spandex, l’hoverboard, les voitures volantes ou les cockpits de vaisseaux spatiaux en sont autant d’exemples. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Elon Musk semble particulièrement friand de cette vision de l’avenir qui a dû le faire rêver dans sa jeunesse.

Passionné de science-fiction, il appartient à une génération marquée par Star Trek, Retour vers le futur et ces univers qui dépeignent un avenir hypertechnologique, où chaque objet du quotidien semble poussé jusqu’à l’absurde. Un futur très américain, fait de conquête spatiale, de machines extraordinaires et d’une confiance presque illimitée dans les possibilités de la technique.

Le problème est que cet imaginaire est progressivement devenu anachronique, au point de ne plus parler de la même manière à ceux qui ne l’ont pas connu dans leur jeunesse. Musk a aujourd’hui 55 ans et poursuit depuis longtemps ses ambitions de voitures volantes et de voyages spatiaux. Il semble vouloir donner corps à un avenir imaginé plusieurs décennies auparavant.

Mais ce futur optimiste, qui se concentre sur les prouesses techniques et esthétiques, entre en contradiction avec les préoccupations matérielles d’une partie de la population. Crise du logement, précarité de l’emploi, endettement public : autant de difficultés qui rendent la perspective d’une voiture volante quelque peu incongrue. Elle arrive comme un cheveu sur la soupe. À tel point que ce futur promis ressemble parfois davantage à une dystopie qu’à une utopie. Celle d’un monde où de riches milliardaires vivent dans des intérieurs en bakélite blanc cassé, au sommet de gigantesques immeubles de verre, tandis qu’une population appauvrie peine à vivre à leurs pieds.

Mais alors, à quoi ça sert ?

En réalité, cette démonstration brouille quelque peu les pistes. Tesla sait entretenir l’engouement autour de ses technologies, attirer l’attention des investisseurs et alimenter son image d’entreprise visionnaire. Musk mobilise ici tout un imaginaire du futur pour convaincre, quitte à laisser planer une certaine ambiguïté sur les applications réelles de son invention.

Pourtant, les technologies présentées ne sont pas complètement dénuées d’intérêt. Au-delà du spectacle, la démonstration repose sur l’intégration de plusieurs systèmes capables de contrôler les mouvements du véhicule : aspiration pour le maintenir contre une surface, propulseurs pour modifier sa trajectoire et stabiliser sa chute. De telles technologies pourraient ouvrir des pistes de recherche intéressantes, notamment en matière de contrôle dynamique des véhicules. Encore faudrait-il démontrer leur efficacité, leur fiabilité et leur pertinence dans des conditions réelles. Ce qui est possible sur une piste d’essai ne l’est pas nécessairement sur une route ouverte à la circulation.

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Et c’est peut-être là que se trouve le paradoxe de cette présentation. Les applications techniques potentielles sont presque plus intéressantes que cette voiture volante qui fait beaucoup de bruit, mais dont l’utilité pratique reste difficile à discerner.

Car si l’on met de côté le coût de tels véhicules, quel pays autoriserait des milliers de voitures capables de se déplacer librement dans son espace aérien ? Comment organiser leur circulation, prévenir les collisions, encadrer les risques de détournement ou assurer la sécurité des populations au sol ? L’espace aérien est déjà soumis à des réglementations strictes, précisément parce que la liberté de voler ne peut être absolue.

On voit donc assez mal un avenir dans lequel chacun pourrait prendre sa voiture pour traverser le ciel à sa guise. Du moins, pas sans repenser entièrement notre conception des transports et de la sécurité ; une perspective qui semble bien éloignée des priorités actuelles, davantage tournées vers le développement des transports en commun et la rationalisation des ressources.

Le progrès, mais pour qui ?

Cet épisode pose une question bien plus profonde : qui décide exactement de ce à quoi devrait ressembler le futur ? On voit se dessiner une fracture entre les techno-optimistes, qui trouvent dans la technique une promesse d’émancipation et d’avenir radieux, et les « doomers », ces pessimistes convaincus que l’avenir nous réserve davantage de catastrophes que de progrès. Deux imaginaires opposés qui traduisent, chacun à leur manière, notre incertitude croissante face à l’avenir.

Mais alors que certains redoutent une essence à trois euros le litre, la voiture volante n’est plus vraiment une priorité pour ceux qui se demandent s’ils pourront encore mettre de la sauce sur leurs pâtes à la fin du mois.

À l’heure où les débats portent sur la taxation des grandes fortunes, la redistribution des richesses ou la transition écologique, cette démonstration semble illustrer une autre fracture. Elon Musk poursuit son propre imaginaire du futur, presque indifférent aux inquiétudes de ceux qui regardent sa voiture bondir dans les airs. Il serait pourtant injuste de lui reprocher de vouloir réaliser ses rêves de jeunesse, comme il serait injuste de nier les applications que pourraient trouver certaines de ces technologies. Mais cet épisode en dit peut-être davantage sur notre vision du présent que sur celle de l’avenir.

Car à mesure que le progrès technique s’accélère et que ce que nous pensions impossible hier devient possible aujourd’hui, notre avenir semble paradoxalement de plus en plus incertain. Les technologies évoluent parfois plus rapidement que notre capacité à nous y adapter. Intelligence artificielle, drones, automatisation, nouvelles formes de guerre : autant de bouleversements qui nous conduisent à nous demander non plus seulement ce que sera demain, mais ce qu’il restera de notre monde actuel.

Alors, progressivement, le présent semble perdre de son importance. À quoi bon se préoccuper de ce qui existe aujourd’hui si tout peut être bouleversé demain ? Les techno-optimistes nous promettent un avenir radieux, tandis que les plus pessimistes nous annoncent un monde en ruine. Mais les uns comme les autres semblent parfois oublier qu’entre ces deux futurs imaginaires, il existe encore un présent bien réel.

Avons-nous fini par abandonner notre époque pour nous réfugier dans celle qui n’existe pas encore ? Et si notre obsession pour l’avenir n’était finalement que le symptôme de notre incapacité à nous satisfaire du présent ? Il ne nous reste alors plus qu’à espérer un avenir meilleur, ou à tout faire pour empêcher que nos prédictions les plus dystopiques ne deviennent des prophéties autoréalisatrices. Car si Elon Musk est parvenu à donner corps aux rêves futuristes d’hier, rien ne nous oblige à réaliser les cauchemars de demain.