
Marc André est un garçon de son temps. Avec plus d’une corde à son archet : âgé de 23 ans, model boy à ses heures -cf. ses shootings pour la griffe Massimo Dutti, 2,3 millions de likes sur TikTok et 32000 abonnés sur Instagram ! – le beau gosse, Français de souche mais (bien) élevé à Vienne, en a même rajouté une, une cinquième corde, donc, sur sa contrebasse. En sorte d’en élargir la tessiture au maximum. Instrument qu’il a d’ailleurs chargé un luthier lyonnais de remanier pour lui : le manche est devenu démontable. Ainsi le jeune jetsetteur peut-il à loisir emporter son précieux prototype dans ses tournées, le corps placé en soute et le manche en cabine.
Bardé de prix – premier lauréat du ICMA Classeek Award, prix Anton Bruckner de l’Orchestre symphonique de Vienne, Rahn Musikpreis en Suisse, etc. -, l’artiste éphébique, polyglotte et racé intègre en 2025 l’Orchestre symphonique de Lucerne et crée, cette année 2026, un concerto pour contrebasse signé Ivan Boumans avec le Symphonique du Liechtenstein. Chambriste recherché sur les scènes internationales, Marc André se connaît de surcroît une ambition singulière : non content de partager la scène avec des Gauthier Capuçon ou Andreas Ottensamer et de se produire, comme chambriste, du Salzburger Mozarteum à la salle Gaveau, il s’est lancé l’audacieux défi de faire de la contrebasse un authentique instrument soliste. Ce qui suppose d’incorporer à sa panoplie un répertoire traditionnellement dévolu au violoncelle, voire à l’alto.
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C’est chose faite avec l’album bien nommé « Mirage », contrat exclusif signé chez Warner Classics, et présenté en concert le 14 avril dernier… au Bal Blomet, adresse parisienne quasi séculaire, d’habitude axée sur le jazz. Autant dire que Marc André ne craint pas le raccord des styles. D’ailleurs, ce CD inaugural – serti dans un élégant design graphique habilement racoleur, où le joli garçon, sanglé dans un débardeur blanc, exhibe le duvet blond de son poitrail musclé – ratisse délibérément très large, à travers une sélection d’arrangements et d’adaptations à l’éclectisme assumé : de Gluck à Dvorak, de Villa Lobos à Debussy, de Schumann au compositeur norvégien contemporain Rolf Lovland, de Manuel De Falla à… Ennio Morricone ! L’accompagnent, au piano Patricia Teruel, et Gabriel Bianco à la guitare pour certains morceaux. Enflé d’un lyrisme tout à la fois frémissant et onctueux, le généreux coffrage de cet instrument généralement placé en fond de scène impose ici sa présence frontale, dans un horizon musical étendu à l’extrême, à la façon d’un véritable manifeste: mirage qui poudroie sur l’immensité du paysage classique !
Dans les bacs : 1 CD Marc André, violoncelle. Warner Classics
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En concert : le 12 juin 2026 dans le cadre du Festival de Saint-Denis

