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Mauvais théâtre à la Scala Paris

Le regard libre d'Elisabeth Lévy


Mauvais théâtre à la Scala Paris
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Affaire Frédéric Biessy: quand l’anti-israélisme de salon arme la haine antijuive ordinaire


Le directeur du théâtre parisien La Scala est accusé d’antisémitisme. Pas par moi. Ne banalisons pas cette accusation.

Le 8 juin, plusieurs classes de première d’Île-de-France, dont une du lycée de l’Alliance israélite (aux Pavillons-sous-Bois), participent à un travail théâtral sur le thème « iranien » Femme-Scène-Liberté. Accueillant les élèves pour la représentation finale, le directeur du théâtre, Frédéric Biessy, enfant chéri de la gauche culturelle parisienne, explique que le théâtre est le dernier rempart de la liberté d’expression face à l’extrême droite. Quelle audace. Il fustige au passage cet « abruti de Trump et ce non moins taré de Netanyahou ». Les lieux communs du gauchisme de Park Avenue (comme l’écrit Tom Wolfe). Des propos qui provoquent le malaise d’une partie de la salle et l’enthousiasme bruyant de l’autre.

Finalement, tous les élèves jouent quand même leur pièce. Mais dans les coulisses, des élèves juifs sont pris à partie : « On va vous génocider, barrez-vous », etc. Ce qui aurait dû être un joyeux après-midi de rencontre dans l’amour du théâtre laisse un goût amer. Fureur du Crif et d’associations juives. Finalement, M. Biessy présente ses excuses : « Les propos politiques n’ont pas leur place devant des classes de première et je regrette de les avoir tenus. Mon intention n’a jamais été de viser une religion ou une communauté. » Pour Céline Pina et pas mal de commentateurs, ce sont des excuses hypocrites et honteuses.

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Pour ma part, je crois qu’il est sincère mais qu’il ne comprend pas bien ce qui s’est passé ; que ses propos ont ouvert la voie aux insultes et qu’ils ont offert une sorte de permis d’agir aux élèves ayant tenu des propos insultants. Au préalable, je rappelle que je suis libérale, et qu’on a évidemment le droit de critiquer ou de détester Israël, et même de lui préférer ceux qui souhaitent ouvertement sa destruction (le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran). En revanche, le terme « génocide » utilisé me semble ne pas correspondre à la situation.

Dans le milieu de M. Biessy, traiter MM. Trump et Poutine de tarés ou M. Netanyahou de génocidaire n’est pas une opinion à défendre, mais une vérité. L’ennui, c’est que quand une autorité morale ou culturelle dit ça, ça fait « tilt » chez des gamins qui entendent toute la journée « Israël = Génocide ». Comme juif égale Israël, tout juif est génocidaire, et donc nazi. Et contre eux, tout est permis : la haine devient un devoir moral.

Involontairement, Frédéric Biessy tisse un fil qui va de l’anti-israélisme chic des milieux progressistes à l’antisémitisme de cour d’école. Quand j’étais lycéenne, s’il y avait des antisémites à l’école, ils se cachaient. Personne n’assumait l’antisémitisme. La nouveauté dans cette affaire, c’est que la haine des juifs ne se cache plus : elle est tendance, du collège à l’université. Et des abrutis disent fièrement à une ado venue jouer Antigone qu’on va la génocider. Éduquer, ce n’est pas endoctriner, mais apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes. Encore faut-il en être soi-même capable. La faute de Frédéric Biessy, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est le conformisme d’atmosphère.




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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