Enfin un biopic sur le général de Gaulle! Il est certes partiel mais digne de ce nom, avec un casting soigné et une narration à la hauteur du personnage. Sortie demain.


Il y a comme un mystère entre de Gaulle et le cinéma. Les principaux protagonistes de la Seconde Guerre mondiale ont fait l’objet dès le siècle passé d’un, voire de plusieurs biopics. Citons notamment Hitler, un film d’Allemagne de Hans-Jürgen Syberberg (1977), Pétain de Jean Marboeuf (1993), Les Derniers Jours de Mussolini de Carlo Lizzani (1974), Le Cercle des intimes (sur Staline) d’Andreï Konchalovsky (1991), Les Griffes du lion (sur Churchill) de Richard Attenborough (1972). Pendant ce temps-là, sur de Gaulle et sur grand écran, rien ou si peu. Le cinéma français aurait-il été tétanisé par l’écrasant personnage ? Représenter de Gaulle au cinéma serait-il un crime de lèse-majesté sous « sa » Ve République ? Fait-il à ce point peur aux producteurs et aux scénaristes ? Il est pourtant un « réservoir à histoires » à lui tout seul : l’homme de l’Appel, le résistant, le fondateur d’une nouvelle Constitution, le disparu de Baden-Baden, le miraculé du Petit-Clamart, le général des Barbouzes, le retiré de Colombey, le duettiste avec Malraux, et surtout l’exceptionnel dialoguiste (« Je vous ai compris » et tant d’autres formules). Autant d’occasions et de moments qui auraient pu et pourraient encore inspirer des scénarios baroques et grandioses, inquiétants et bouleversants, dérisoires et géniaux. Et pourtant non. Jusqu’en 2020, il a fallu se contenter de quelques apparitions quasiment subliminales, presque fantomatiques, de silhouettes et d’évocations évanescentes. Pour un homme qui mesurait 1,93 m, on mesure le paradoxe d’une telle présence-absence en continu.
Premières incursions
On s’accorde pour dire que c’est en 1959, dans l’assez affligeant Babette s’en va-t-en guerre de Christian-Jaque, que tout a commencé. Sous la seule forme d’une voix reconnaissable entre mille qui dit à une standardiste incarnée par Brigitte Bardot : « Est-ce que tu es libre pour dîner ce soir ma poupette ? » Le tout complété par un unique indice visuel : une manche de veste d’uniforme ornée de deux étoiles… Commence ensuite le « règne » d’un seul acteur, Adrien Cayla-Legrand (ça ne s’invente pas), décédé en 2007, qui, à partir de 1966, se spécialise dans le rôle de de Gaulle au cinéma. Cette année-là, on le voit fugacement dans Martin soldat de Michel Deville qui, sur un scénario de Maurice Rheims, enchaîne les aventures abracadabrantesques de Martin (Robert Hirsch). Suivront d’autres rapides incursions dont la plus notable est dans le chef-d’œuvre de Jean-Pierre Melville, L’Armée des ombres, pour une scène de remise de médaille au chef de réseau incarné par Paul Meurisse. Mais c’est surtout le dos du Général que l’on voit. Même chose et même acteur muet dans Le Bon et les Méchants de Claude Lelouch et La Carapate de Gérard Oury qui se déroule en mai 1968. En 1973, le rôle s’étoffe un peu dans Chacal de Fred Zinnemann. C’est enfin Lambert Wilson, en 2020, qui brise le tabou de la représentation en incarnant l’homme du 18-Juin durant tout le film de Gabriel Le Bomin, sobrement intitulé De Gaulle. Mais un propos historique trop resserré, des scènes intimes inutiles et un acteur lesté de prothèses plombent l’ensemble.
L’épopée de Gaulle
Avec son film en deux parties de près de trois heures chacune, Antonin Baudry semble avoir gagné son pari : donner au de Gaulle résistant un écrin cinématographique à la hauteur de l’épopée. Le premier volet décrit ainsi avec justesse le grand Charles dans sa « tour » de Londres. Et Simon Abkarian, en jouant la carte non de l’imitation mais de l’incarnation, finit par convaincre. Il faudra attendre début juillet pour découvrir le second volet, J’écris ton nom. Mais d’ores et déjà, on sait que de Gaulle et le cinéma peuvent faire bon ménage. Le sortilège est rompu. Le charme peut advenir.
La Bataille de Gaulle : l’âge de fer, d’Antonin Baudry, sortie le 3 juin, 160 minutes




