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Un avant-goût d’Aix-en-Provence…

Promenade dans la ville, avant le très attendu festival de musique lyrique de l’été


Un avant-goût d’Aix-en-Provence…
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Promenade apéritive dans la cité provençale, et dans le secret du Cardinal, petit hôtel légendaire au cœur du quartier Mazarin. Prélude au fameux Festival lyrique, du 2 au 20 juillet…


Il y a beau temps qu’Aix-en Provence est un pur théâtre patrimonial et touristique. Son emblème urbanistique majeur demeure cet ancien cours majestueux qui, comme chacun sait, fut percé sur le tracé des anciens remparts par la volonté de l’archevêque d’Aix, Michel Mazarin, frère du Premier ministre du Roi Soleil. Baptisée Mirabeau depuis 1874 en hommage à Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau, représentant d’Aix élu au Tiers-Etat de 1789, l’artère, jadis carrossable, n’est plus en 2026 qu’une promenade quasi exclusivement piétonne, fichée de hideuses bornes en métal qui interdisent son accès aux voitures. Désormais dallée, de long en large, d’une sorte de granit grainé, pas un grain de sable n’y volète aux jours venteux – sol rageusement artificialisé ! Cette esplanade plantée d’antiques platanes est par bonheur flanquée, de part et d’autre, d’une haie de somptueuses bâtisses en pierre de taille. Terrasses de restaurants, banques, boutiques de luxe, et même un cinéma jalonnent ses deux rives. Ici comme partout ailleurs en France, une pseudo gastronomie italienne s’annexe à petits pas le secteur de la restauration. Victime en 2019 d’un très probable incendie criminel, le légendaire café Les Deux Garçons, monument classé, attend toujours sa résurrection derrière de moches palissades – le chantier n’en finit pas…

Des dizaines de milliers de spectateurs attendus

Prélude à l’incontournable Festival lyrique (du 2 au 20 juillet) dont l’an 2026 sonne la 78è édition, le Cours Mirabeau sera, ce mois de juin, l’écrin en plein air de Parados, un programme d’extraits du grand répertoire lyrique – Leonardo Garcia-Alarcon à la baguette. Gratuit, naturellement, et donc très couru. Moins happy few que la fort mondaine manifestation lyrique aixoise, laquelle s’ouvre cette année par Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), pour neuf représentations données jusqu’au 21 juillet au Théâtre de l’archevêché, dans une mise en scène très attendue du jeune Clément Cogitore, en tandem une nouvelle fois avec Garcia-Alarcon, auxquels l’Opéra-Bastille a dû naguère le triomphe des Indes galantes de Rameau.

Chef d’œuvre créé en 1919, Die Frau Ohne Schatten (La Femme sans ombre), l’ésotérique, rutilant, vertigineux opéra symboliste de Richard Strauss nourri du génial livret de l’écrivain Hugo von Hofmannsthal, –  déjà librettiste avant-guerre, comme l’on sait, d’Elektra (1909), du Rosenkavalier/ Le Chevalier à la rose (1911) puis d’Ariane à Naxos (1912) – investit dès le lendemain, 3 juillet, le moderne Grand Théâtre de Provence (jusqu’au 12 juillet, pour cinq représentations), dans une nouvelle production signée de l’Australien Barrie Kosky, avec l’Orchestre de Paris dans la fosse, le jeune chef Klaus Mäkelä au pupitre, et dans une distribution hors pair (le ténor Michael Spryte, les soprano Vida Mikneviciute et Tamara Wilson, le baryton Brian Mulligan…).

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Puis Mozart encore, dans la reprise d’un Requiem déjà mis en scène en 2019, dans l’enceinte de l’Archevêché par Romeo Kosky, cette fois pour cinq représentations à partir du 4 juillet, données à la nuit tombée, par le Chœur et orchestre Pygmalion, dédié aux instruments d’époque. Le Festival ne fait pas l’impasse pour autant sur la création moderne et contemporaine, avec El Cimarron, de Hans Werner Henze (1926-2012) puis Accabadora (1973), de Francesco Filidei, œuvres données toutes deux au Théâtre du Jeu de Paume. Également dans cette enceinte, en versions concert Les Vêpres siciliennes de Verdi, et Le Château de Barbe bleue, de Bela Bartok. Sans compter, abrités dans le Conservatoire Darius Milhaud, une foison de concerts et autres récitals…

Autant dire qu’à Aix, l’été, il faut loger du monde ! L’an passé, pour l’ultime programmation lancée par son directeur artistique Pierre Audi (décédé subitement le 3 mai dernier) pas moins de 30 000 spectateurs venus de toute l’Europe pour le seul Festival lyrique. Edition de transition ouvertement placée sous le signe « de l’empathie, de la compassion et de l’humanité », le millésime 2026 préfigure les intentions de son nouveau « patron », l’Américain Ted Huffman.  

Un bel hôtel dont l’histoire tient du roman 

Aix ne compte pas loin d’une centaine d’hôtels de tous calibres, gérés pour l’essentiel par des investisseurs, ou intégrés à des chaînes mondialisées. Dans la partie sud de la ville, justement en bordure du Cours Mirabeau, le prestigieux « quartier Mazarin », riche de ses fontaines anciennes et de ses aristocratiques demeures des XVIIè et XVIIIè siècles bâties sur des voies en damier selon l’ordonnancement édicté par le cardinal, concentre de fait un certain nombre d’établissements haut de gamme et autres boutique-hôtels. Leur font impitoyablement concurrence le lot exponentiel de ces garnis high tech exigus, si peu glamour en général, colonisés par le vampire Airbnb.

A rebours de ce détestable arraisonnement, mais au cœur même ces aires investies par un tourisme culturel opulent, il est un Cardinal (au masculin) à la mitre modeste :  un simple deux étoiles ! A un jet de pierre du musée Granet et de l’église Saint-Jean de Malte attenante, qui font angle à la tranquille placette du même nom, la rue Cardinale (avec e), ombreuse, étroite, assoupie, descend en pente douce jusqu’à l’harmonieuse place carrée des Quatre-Dauphins, plantée de ses marronniers d’Inde, et au centre de laquelle, si finement sculptée par Jean-Claude Rambot en 1667, s’aperçoit de loin la délicate fontaine en pierre de Calissanne, surmontée de son petit obélisque…

Environné de ces merveilles, l’Hôtel Cardinal n’a pas d’équivalent à Aix, non plus qu’ailleurs probablement en 2026. Son histoire tient du roman. Créée au sortir de la Grande Guerre dans un quartier alors paupérisé et fortement dégradé, c’est alors une petite pension de 13 chambres. Sur le trottoir d’en face, Madame Paulette a prêté son patronyme à l’Hôtel Vigouroux, l’autre ‘’pension de famille’’ de la rue, comme on disait pudiquement pour « pension de filles »… joyeuses.  Au décès du propriétaire, après la Seconde Guerre mondiale, le Cardinal change de main ; le nouvel acquéreur y adjoint la maison mitoyenne. Les propriétaires se succèdent à la tête de cet établissement vieillot, avec sa double cage d’escaliers. Il bascule ensuite sous l’emprise d’un sous-préfet, Reboul, et de sa nièce, Jacotte. Les bidets y circulent sur roulettes, avec un flexible pour évacuer l’eau. Puis une triade d’architectes s’essaie à moderniser le Cardinal. En 1989, nos trois hommes de l’art embauchent une jeune réceptionniste : Nathalie Bernard. Le Cardinal n’y trouve pas son salut pour autant : faillite, règlement judiciaire… 

Native d’Aix-en-Provence (son arrière-grand père siégeait déjà au conseil municipal, son frère est sapeur-pompier volontaire), Nathalie, d’emblée très attachée au lieu, s’endette sur quinze ans pour acquérir l’hôtel, néanmoins aidée par ses parents, – père chirurgien-dentiste… et peintre amateur – mais sans se verser de salaire. Et restaure l’hôtel… mais à son goût, en autodidacte! Ecumant les brocantes, chinant, récupérant, se documentant, pour conserver au Cardinal un parfum d’éternité provinciale, figée hors du temps – en tous cas loin du nôtre.

Le mobilier ? Du faux Louis XV ou Louis XVI, commodes et armoires provençales. Murs tapissés de couleurs, innombrables tapis XIXème au sol, lourds rideaux chamarrés, cheminées anciennes, lustres à pampilles… Chacune des 29 chambres (toutes de tailles différentes) revendique sa personnalité propre. Pas de carte-mémoire pour y pénétrer et y faire la lumière, mais de bonnes vieilles clefs, et de bons vieux interrupteurs – même si clim et télévision sacrifient tout de même aux impératifs du siècle.

Au Cardinal s’est adjoint un bâtiment annexe, sis sur la place Saint-Jean de Malte : quatre suites spacieuses équipées d’une petite cuisine, celle du rez-de-chaussée ouvrant sur un minuscule jardin ombragé : lieux aussi habités que pourrait l’être une demeure de famille, transmise de génération en génération sans qu’on n’y touche rien. Surnuméraires, les huiles d’Yves Bernard, le papa (1922-2017), trouvent avantageusement dans les murs du Cardinal son content de cimaises, quoique Nathalie en conserve encore par devers elle des centaines de tableaux du géniteur et petit maître vénéré, hormis ceux dont se sépare occasionnellement la pieuse gardienne de sa mémoire.

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Certes le décor n’échappe pas, pour un œil moins gentiment ingénu que celui de notre adorable hôtesse, à la tentation d’une sournoise ironie devant ce kitsch paré d’humour involontaire : témoins ces deux crèches étonnantes, l’une vénitienne, achetée il y a cinq ans sur internet de l’aveu même de Nathalie Bernard , l’autre, provençale, et qu’elle ne manque jamais de déployer au regard ébahi de ses clients, dès le premier jour de l’Avant, n’en déplaise aux inconditionnels de la laïcité républicaine, dans cette salle à manger où l’on petit déjeune sur de la toile cirée, mais dans de la vaisselle en métal argenté… Idem dans la période de Pâques, où les fenêtres se couvrent d’œufs et d’une ménagerie en carton-pâte, d’un chromatisme échevelé, pour la délectation du passant. On aurait tort de moquer cette accorte candeur : elle blasonne l’Hôtel Cardinal.

Mais ce qui surtout pose une véritable onction mythique sur l’endroit, c’est le nombre des belles âmes qui l’honorèrent de leur séjour – habitués qui, tout au long de l’année, reconduisent cette tradition d’un entre soi de bonne compagnie : en dit long la lourde pile des livres d’or, que Dame Bernard conserve avec un soin bibliophile ! Si selon Guitry le luxe est affaire d’argent, et l’élégance question d’éducation, on comprend pourquoi tant d’artistes, gens du spectacle et de cinéma, à l’ostentation d’un palace lui ont de tout temps préféré cette adresse : impondérable, son charme ravale l’ostentation au rang de trivialité. Ici, l’incognito est de mise.

Acteurs, écrivains, théâtreux, écrivains, journalistes – qui n’est pas descendu au Cardinal ?  De Wim Wenders (il y a tourné des séquences de Par-delà les nuages) à Alain Cavalier, de Vincent Perez à John Malkovich, de Michel Déon à Françoise Chandernagor, d’Erik Orsenna à Michael Lonsdale, Laurent Terzieff, Bulle Ogier, Emmanuèle Béart, Fanny Ardant, Marie-France Pisier, et j’en passe… Agnès Varda se félicitait d’y boire son thé, prétendait-elle, dans une théière identique à celle de sa grand-mère. Si Jacques Toubon y a séjourné, Roselyne Bachelot, pourtant familière d’Aix, n’a jamais condescendu à y mettre les pieds. Comme on pouvait s’y attendre, Renaud Camus s’y est, quant à lui, beaucoup plu. Le plasticien Jean-Michel Othoniel y prit un temps ses aises ; Frédéric Mitterrand aussi, pour présenter à Aix son film d’opéra Madame Butterfly. Jeanne Moreau tint à serrer la pince à tous les employés le matin de son départ. En 2006, sous l’objectif de Granier-Deferre (le fils), Catherine Frot y tournait le téléfilm L’Affaire Christian Ranucci : le combat d’une mère … Le Cardinal ne s’enorgueillit pas particulièrement d’avoir abrité Daniel Cohn Bendit ou Dominique Voynet. Mais le client est roi.      


Hôtel Cardinal.  24 rue Cardinale 13100 Aix-en-Provence. www.hotel-cardinal-aix.com

Festival lyrique d’Aix-en-Provence. https://billetterie-festival-aix.com

Et…  deux bonnes adresses où se restaurer :

Au déjeuner : Pâtissier Weibel. 2 rue Chabrier.

Au dîner : Restaurant Le Ramus. 12 place Ramus. Réservation impérative : 09 66 93 44 75



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