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De Foucault à Falorni: l’interdit franchi à pas feutrés

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Personne n’a triché. Pas de coup de force, pas de 49.3, pas de vote “à l’arraché”. Le 15 juillet, au cœur de l’été, l’euthanasie a été légalisée en France dans le respect des règles.


Une loi imposée par la force se dénonce. Une loi que l’on fait passer dans le respect des règles, contre la chambre qui l’a refusée trois fois, avec un calendrier maîtrisé, celle-là, les Français ne peuvent que la regarder s’installer, tétanisés. Comment en est-on arrivé là, maillon par maillon ?

Premier maillon. L’autonomie. Ma vie m’appartient, donc ma mort aussi. Qui oserait dire le contraire ? Personne : c’est le piège. Ce “principe” interdit d’avance la discussion. Celui qui hésite n’argumente plus, il manque de cœur. On n’a pas ouvert un débat. On a armé un réflexe. Contradiction éhontée avec la santé mentale. Quel psychiatre oserait parler du suicide comme d’un droit ? Leurs alertes n’ont pas été écoutées. Le réflexe du « droit à » a pris le dessus sur la raison et la compassion.

Deuxième maillon.  L’algophobie ou peur de la souffrance. Cette projection, bien légitime, rencontre une douleur réelle : des fins de vie difficiles, des douleurs non traitées, il y en a. Cette souffrance existe et mérite mieux que ce qu’on lui offre. Mais au lieu d’y répondre par les soins palliatifs, dont chacun reconnaît qu’ils manquent cruellement de moyens ; au lieu d’entendre les médecins qui n’ont jamais été aussi compétents, mais jamais été aussi démunis face au délabrement du système de santé ; on y répond par la sortie. On ne soigne plus le mourant, on lui propose de disparaître. Et l’on nomme cette disparition « liberté ».

Troisième maillon. L’indifférence. Une fois la mort posée comme un droit au nom de l’autonomie et en réponse à la souffrance, on cesse de regarder qui la demande, et pourquoi. Le vieillard qui se sent « de trop ». Le malade qui a peur de coûter. Le déprimé qu’on n’a pas écouté. Tous rangés dans la même case : « personne autonome exerçant son droit ». La demande n’est plus interrogée, elle est honorée. Après tout, c’est “son” droit, cela ne nous regarde pas. Le doute qu’on aurait eu pour un proche, la loi nous dispense de l’avoir.

Quatrième maillon. Le “process”. Le Sénat a rejeté ce texte trois fois. La commission mixte paritaire a constaté son désaccord persistant. Dans une démocratie où les deux chambres comptent, ce triple refus aurait dû peser. Ici, il a été contourné par l’article 45 de la Constitution, qui autorise le gouvernement à donner le dernier mot aux députés. Ce vote final du 15 juillet, quand le pays a l’esprit ailleurs, est un passage en force. Mais il est régulier.

La procédure a été lancée il y a quatre ans par une promesse de campagne, une « convention citoyenne » partisane, un lobbying appuyé de l’audiovisuel public et un débat parlementaire qui a perdu les Français à force de lectures, de secondes délibérations, de dissolution, et de succession de quatre Premiers ministres, de huit ministres de la Santé, de trois rapporteurs… Le processus, qui plus est dans l’instabilité politique, tient lieu de pensée.

Et un processus, on sait ce que cela fait aux hommes qui le servent. Foucault a montré comment le pouvoir moderne s’installe au nom de la liberté du sujet, jusqu’à ce que résister ressemble à un refus de cette liberté. Arendt appelait banalité du mal l’application diligente d’un cadre qu’on a cessé d’interroger. Milgram l’a montré : deux tiers de gens ordinaires vont jusqu’au bout d’un acte qu’ils réprouvent, dès qu’une autorité légitime le demande et qu’ils ne sont, chacun, qu’un maillon.

Le président qui a lancé le processus en 2022 et le laisse aller à son terme : il n’euthanasie personne, il a « tenu une promesse ». La présidente de l’Assemblée, signataire du texte, qui veut le vote avant l’été : elle ne tue personne, elle « organise les travaux du Parlement ». Le gouvernement qui dégaine l’article 45 : il n’impose rien, il « applique la Constitution ». Le Premier ministre, dont on cherche la voix : il ne s’oppose pas, n’approuve pas, n’est simplement pas là. L’absence, au sommet, est une réponse. L’annonce de sa saisine du Conseil constitutionnel, comme la procédure le prévoit, la veille du vote définitif, n’y change rien. Elle en dit long sur son absence en amont.

Chacun n’a fait que sa part. Chacun n’a été qu’un maillon. C’est l’addition de ces parts irréprochables qui a produit, le 15 juillet, une loi que la chambre haute a rejetée trois fois. Personne ne l’a voulu – ou pas. Tout le monde y a participé.

Le vrai piège est de croire que l’erreur serait le calendrier, l’article 45, une personnalité. Mais l’erreur est en amont. Elle réside dans le fait d’avoir transformé une question, que devons-nous à celui qui souffre ?, en procédure. D’avoir remplacé le regard par un mécanisme. De laisser une machine légale décider à la place d’hommes qui auraient dû, chacun, oser dire non.

De l’autonomie, érigée en dogme, jusqu’au vote du 15 juillet, voilà la ligne droite. C’est ainsi que le process apprend à toute une nation à ne plus voir la personne qui, derrière sa demande de mourir, supplie qu’on lui donne une raison de vivre.

Elle n’aura rien demandé d’autre que d’être vue. Personne ne l’aura vue.

La guerre d’Ormuz: de l’échec stratégique au conflit «maîtrisé»

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La guerre de quarante jours déclenchée le 28 février 2026 a révélé les limites de la supériorité militaire américaine face à l’Iran. Trois mois plus tard, Washington tente une approche plus pragmatique : maintenir Ormuz suffisamment ouvert pour éviter un choc énergétique mondial, affaiblir les relais régionaux de Téhéran sans déclencher une nouvelle guerre totale.


La séquence militaire ouverte au printemps 2026 au Moyen-Orient semble marquer un changement profond de la stratégie américaine. Après la guerre de quarante jours contre l’Iran, largement considérée comme un succès tactique mais un échec stratégique, Washington paraît désormais poursuivre un objectif beaucoup plus limité. Il ne s’agit plus de résoudre définitivement la question iranienne, mais d’empêcher Téhéran d’utiliser le détroit d’Ormuz comme levier de domination régionale.

La guerre de quarante jours a démontré une nouvelle fois qu’une supériorité militaire ne suffit pas à produire un résultat politique. Les forces américaines et israéliennes ont obtenu des succès opérationnels incontestables. La direction politique et militaire iranienne a été éliminée, les défenses aériennes ont été largement entamées, plusieurs infrastructures militaires ont été frappées, une partie importante de la chaîne de commandement des Gardiens de la Révolution a été désorganisée et de nombreux responsables militaires éliminés. Pourtant, même aux États-Unis, le bilan stratégique apparaît négatif.

L’économie mondiale menacée

D’abord parce que les objectifs de guerre sont rapidement devenus flous. S’agissait-il de provoquer un changement de régime ? Si tel était le cas, aucun mécanisme politique crédible n’avait été préparé pour provoquer l’effondrement du pouvoir iranien ou organiser sa succession. S’agissait-il de détruire définitivement le programme nucléaire militaire ? Là encore, les résultats apparaissent limités. Les capacités iraniennes ont certes été dégradées, mais sans que l’on puisse affirmer que le problème nucléaire ait été définitivement résolu. Au fond, la campagne semble avoir prolongé les effets des frappes déjà conduites en juin 2025 plutôt que d’avoir créé une situation radicalement nouvelle. Surtout, la guerre a révélé une sous-estimation manifeste des capacités iraniennes.

Malgré plusieurs semaines de bombardements intensifs, l’Iran est parvenu à préserver une partie significative de ses stocks de missiles et de drones ainsi que les infrastructures nécessaires à leur emploi. Cette résilience lui a permis de poursuivre ses tirs durant toute la durée du conflit, démontrant que son dispositif reposait sur une architecture beaucoup plus dispersée et plus robuste que ne l’avaient anticipé les planificateurs occidentaux.

Parallèlement, Téhéran a montré qu’il conservait la capacité de frapper des infrastructures économiques essentielles dans les États du Golfe et, surtout, de menacer sérieusement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Autrement dit, même affaibli, le régime restait capable de faire peser un risque majeur sur les économies régionale et mondiale. C’est précisément cette réalité qui éclaire la signature du mémorandum d’entente du 17 juin. Donald Trump lui-même a expliqué, après le conflit, que l’économie mondiale ne disposait que d’une trentaine de jours de consommation couverte par les réserves stratégiques de pétrole et qu’il fallait éviter qu’une poursuite des hostilités ne déclenche une crise énergétique et économique sans précédent. Si cette présentation reflète sa propre lecture des événements, elle souligne surtout combien la capacité iranienne à perturber les flux énergétiques mondiaux demeurait, malgré les succès militaires obtenus contre ses forces, un facteur déterminant dans la décision de mettre fin aux combats.

Donald Trump a apposé sa signature au mémorandum d’entente lors d’un dîner avec le président Macron au château de Versailles, à l’issue d’un sommet du G7, le 17 juin 2026 © Anna Moneymaker/AP/SIPA

L’accord n’a pas mis fin au conflit. Il l’a gelé. Les combats directs ont cessé tandis que les principaux acteurs acceptaient implicitement de contenir leur confrontation. Les effets économiques ont été immédiats. Les marchés ont considéré que le risque d’une guerre régionale généralisée diminuait sensiblement et les prix du pétrole et du gaz ont rapidement reflué après les sommets atteints au printemps. Les tensions sur plusieurs matières premières stratégiques se sont également atténuées. Enfin, les statistiques macroéconomiques américaines publiées pour le mois de juin ont confirmé ce mouvement avec une inflation restée sous contrôle, offrant à l’administration américaine une marge de manœuvre politique et militaire qu’elle ne possédait pas quelques mois auparavant. C’est dans ce contexte qu’a débuté une nouvelle campagne militaire, beaucoup plus limitée, que l’on peut qualifier de « guerre d’Ormuz ».

Objectif moins ambitieux

Cette fois, l’objectif apparaît nettement plus restreint et précis. Il ne s’agit plus de remettre en cause l’existence du régime. L’ambition consiste à empêcher l’Iran de transformer le détroit d’Ormuz en outil de coercition stratégique. Concrètement, Washington cherche à garantir qu’un volume suffisant de trafic maritime puisse continuer à circuler, même sans l’accord de Téhéran. L’enjeu n’est donc même pas d’obtenir une liberté absolue de navigation mais d’empêcher une fermeture effective du détroit qui provoquerait un choc pétrolier mondial.

Cette définition beaucoup plus étroite de l’objectif militaire constitue probablement la principale différence avec la campagne précédente. Elle n’est d’ailleurs pas née de rien. Il y a un mois à peine, les États-Unis avaient déjà tenté de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz en lançant une première opération navale destinée à escorter les navires marchands et à neutraliser les capacités iraniennes les plus directement liées au blocus. L’initiative avait cependant été interrompue après moins de vingt-quatre heures. Selon plusieurs informations concordantes, l’Arabie saoudite, rejointe par d’autres monarchies du Golfe, avait alors refusé de soutenir une opération qu’elle jugeait insuffisamment préparée et susceptible de provoquer une escalade régionale dont elle aurait supporté une large part des conséquences. Faute d’un accord politique avec ses principaux partenaires arabes, Washington avait préféré suspendre l’opération plutôt que d’agir seul.

La seconde différence réside précisément dans la constitution d’une véritable coalition régionale. Les États-Unis semblent avoir tiré les leçons de cet échec diplomatique. La campagne actuelle paraît avoir été précédée d’intenses consultations avec les monarchies du Golfe, mais aussi avec la Jordanie, afin de définir des objectifs communs, des règles d’engagement acceptées par tous et un partage plus clair des responsabilités. Les partenaires arabes ne sont plus seulement des États exposés aux conséquences du conflit mais des acteurs à part entière du dispositif destiné à maintenir ouverte la principale voie d’exportation énergétique de la région. Cette coordination dépasse largement la seule dimension navale.

Au Liban, l’accord de paix avec Israël du 26 juin réduit fortement la légitimité du Hezbollah à ouvrir un second front. En Irak, le nouveau gouvernement exerce une pression croissante sur les principales milices chiites pro-iraniennes afin de limiter leur liberté d’action et d’éviter qu’elles ne servent de relais à une escalade régionale voulue par Téhéran. Cette stratégie ne se limite plus au volet militaire. Depuis plusieurs semaines, les autorités irakiennes multiplient également les arrestations de responsables politiques, de cadres administratifs et de personnalités soupçonnés d’entretenir des liens privilégiés avec les réseaux d’influence iraniens. L’objectif semble être de réduire non seulement les capacités armées des proxys de Téhéran, mais aussi leur emprise sur les institutions de l’État.

Enfin, l’Arabie saoudite mène au Yémen une stratégie plus offensive, étroitement coordonnée avec le gouvernement internationalement reconnu et le Conseil de direction présidentiel installé à Aden. Riyad cherche désormais à unifier les forces anti-houthies, longtemps affaiblies par leurs divisions internes, afin de leur permettre de reprendre l’initiative face aux autorités de fait de Sanaa. Cette coordination combine un appui financier et militaire saoudien, le renforcement des institutions gouvernementales dans les régions du Sud et de l’Est, ainsi qu’une réaffirmation de la souveraineté du gouvernement légal sur l’espace aérien, les ports et les infrastructures stratégiques du pays. Les frappes menées contre la piste de l’aéroport de Sanaa le 13 juillet afin d’empêcher l’atterrissage d’un appareil iranien ont illustré ce nouveau partage des rôles. Le gouvernement yéménite en a revendiqué la responsabilité au nom de la défense de la souveraineté nationale (c’est à lui d’accorder ou non le droit d’atterrir dans l’aéroport international de Sanaa), tandis que Riyad lui apportait son soutien politique et opérationnel. L’épisode marque le passage d’une confrontation présentée autrefois comme une guerre directe entre l’Arabie saoudite et les Houthis à une action conduite, au moins formellement, par les institutions yéménites reconnues contre un pouvoir de Sanaa accusé d’agir comme le relais militaire et politique de Téhéran.

Cette évolution contribue à resserrer progressivement l’étau autour des principaux relais régionaux de la République islamique. Elle demeure toutefois risquée car les tirs de missiles et de drones contre l’aéroport saoudien d’Abha, en représailles aux frappes sur Sanaa, ont montré que les Houthis conservaient d’importantes capacités d’escalade et pouvaient encore tenter de transformer le front yéménite en prolongement de l’affrontement entre Washington, Riyad et Téhéran.

Israël en retrait

Washington semble également avoir cherché à définir des règles implicites destinées à éviter une nouvelle spirale d’escalade. Le théâtre d’opérations est volontairement limité aux zones côtières iraniennes et aux moyens directement liés au contrôle du détroit : batteries côtières, radars, drones navals, capacités de mouillage de mines ou embarcations rapides des Gardiens de la Révolution. Israël, acteur majeur de la campagne précédente, reste cette fois en retrait. Cette absence réduit le risque que le conflit soit immédiatement interprété à Téhéran comme une menace existentielle contre le régime lui-même.

De son côté, la réaction iranienne paraît, jusqu’à présent, s’inscrire dans cette logique de limitation. Les ripostes demeurent mesurées et visent principalement des objectifs militaires. L’Iran semble accepter, au moins temporairement, l’idée d’un affrontement circonscrit autour d’Ormuz sans chercher à provoquer une conflagration régionale susceptible de remettre en cause l’ensemble de ses intérêts stratégiques.

Cette attitude ne traduit probablement pas une volonté d’apaisement. Elle reflète davantage une logique de maîtrise de l’escalade. Téhéran semble considérer qu’il peut défendre sa crédibilité stratégique sans franchir le seuil qui entraînerait une intervention américaine beaucoup plus massive. Reste que toute stratégie reposant sur des règles implicites comporte un risque permanent d’erreur de calcul. Une attaque provoquant de lourdes pertes, un incident maritime majeur, une erreur d’identification ou l’initiative incontrôlée d’un acteur allié pourraient rapidement remettre en cause cet équilibre précaire.

Il est encore trop tôt pour déterminer si cette nouvelle stratégie américaine produira les effets recherchés. En revanche, plusieurs indicateurs permettront, dans les jours et les semaines à venir, d’en mesurer le succès ou l’échec.

Le premier sera économique. Tant que les prix du pétrole et du gaz demeureront sensiblement inférieurs aux sommets atteints lors de la crise de mars-avril 2026, on pourra considérer que les marchés jugent improbable une fermeture durable du détroit d’Ormuz et que la liberté de navigation reste globalement préservée.

Le deuxième sera militaire. L’évolution de la réponse iranienne constituera un test décisif. Si Téhéran continue de calibrer ses représailles en visant principalement des objectifs militaires, sans engager de campagne contre les infrastructures énergétiques des États du Golfe ni contre le trafic commercial international, cela signifiera que les mécanismes de maîtrise de l’escalade continuent de fonctionner. À l’inverse, une multiplication des frappes contre les terminaux pétroliers, les installations gazières ou les navires marchands signalerait un changement de stratégie iranienne et l’échec de la logique de confinement recherchée par Washington.

Enfin, un troisième indicateur sera politique. La capacité des États-Unis à préserver la cohésion de leur coalition régionale (monarchies du Golfe, Jordanie, gouvernement libanais, Irak et gouvernement yéménite) sera probablement aussi déterminante que les opérations militaires elles-mêmes. Tant que ces acteurs continueront à coordonner leurs actions contre les différents relais régionaux de l’Iran, Washington pourra espérer maintenir le conflit dans des limites compatibles avec son objectif principal d’empêcher le détroit d’Ormuz de redevenir le déclencheur d’un choc énergétique mondial et priver Téhéran de sa capacité à utiliser cette voie maritime comme un instrument de coercition stratégique à l’encontre des États du Golfe et, au-delà, de l’économie mondiale. En revanche, toute fissure au sein de cette coalition offrirait à Téhéran l’opportunité de déplacer l’affrontement sur un terrain plus favorable et de remettre en cause l’équilibre précaire actuellement observé.

La guerre d’Ormuz ne cherche pas à résoudre la question iranienne. Elle vise seulement à gérer l’une de ses conséquences les plus dangereuses. En ce sens, elle traduit peut-être une évolution plus profonde de la stratégie américaine au Moyen-Orient qui renonce aux ambitions de transformation régionale pour privilégier une simple logique de gestion des risques.

Le Château chantant

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Dans l’écrin fastueux du château solognot de La Ferté-Imbault (41) vient de s’achever, sous le patronage de la soprano sud-coréenne Sumi Jo, la deuxième édition d’une incontournable compétition de chant lyrique.


L’événement était programmé de longue date. Ouverte au public sur réservation, la première édition du Sumi Jo International Singing Competition, du 7 au 13 juillet 2024, promettait pour 2026 une deuxième édition tout aussi passionnante. Celle-ci vient de s’achever, le 11 juillet dernier, par un palmarès éloquent, magnifique, indiscutable, conclusion de six denses journées d’auditions, de récitals et de master classes. Le concours est ouvert à des chanteurs de toutes nationalités, âgés de 18 à 32 ans, avec un Premier prix doté, tout de même, d’un pactole de 50 000 € — ce n’est pas rien ! — et de 20 000 € pour le Second prix, 10 000 € pour le Troisième.

Nantis et mélomanes

Vingt-quatre artistes participaient cette année à l’événement, dont, in fine, onze sélectionnés pour la « Grande finale », précédée d’une « Petite finale » où le public, via une application dédiée, pouvait choisir son finaliste. Le jury était de haute volée : outre la susnommée Sumi Jo, on comptait le ténor Marcelo Álvarez, rien de moins que le conseiller artistique du Houston Grand Opera Jonathan Friend, le directeur de casting de la Scala Paolo Gavazzeni, le président émérite de Warner Classics & Erato Alain Lanceron, ainsi que l’administratrice artistique du Royal Opera House de Londres Melanie Allmendinger. Et pour présider ce jury ? L’élégantissime Olivier Ojzerowicz-Medinger, maître et seigneur des lieux.

Car si l’événement est sponsorisé — en particulier par Hyundai, par le Centre culturel coréen, par le département de Loir-et-Cher, etc. —, l’initiative part bel et bien d’une rencontre essentielle : celle de deux châtelains nantis et mélomanes, et d’une diva internationale à la carrière aussi longue qu’éblouissante. Il y a une dizaine d’années, Olivier O. Medinger et Geoffroy Medinger, plus encore esthètes que chefs d’entreprise, font l’acquisition de l’extraordinaire joyau architectural qui jouxte le village de Salbris, sis dans le Loir-et-Cher, au sud de la Sologne : La Ferté-Imbault.

Pour la petite — voire la grande — histoire, ledit château est bâti en lieu et place d’une ancienne forteresse érigée par Humbold, seigneur de Vierzon, à son retour de croisade, et dont les fondations remontent à l’an mille. Le château-fort évanoui aura l’heur de recevoir la visite de Jeanne d’Arc. Pendant la guerre de Cent Ans, l’édifice est détruit par les troupes du Prince Noir. Les alliances Brabant, Harcourt, Montmorency — on résume ! — mettent l’auguste demeure, en 1424, entre les mains de Robert II d’Estampes, seigneur de Valençay. Reconstruit à la Renaissance, puis en partie ravagé par un incendie pendant les guerres de Religion, La Ferté-Imbault est restauré et agrandi par le maréchal d’Estampes durant le premier quart du XVIIe siècle. C’est à ce grand officier de la couronne — et marquis de Salbris — qu’on doit l’addition de deux ailes, mais surtout de ces deux immenses communs longilignes, drapés de briques rouges et généreusement coiffés d’ardoises : construits vers 1620 pour accueillir la compagnie des Gendarmes du duc d’Orléans, dont l’homme de guerre était lieutenant, ils flanquent l’avant-cour du château dans une heureuse symétrie qui embellit fastueusement la perspective. Celui de gauche, à présent baptisé « galerie aux miroirs », est justement aménagé en salle de concerts, siège de la compétition. L’intérieur est éclairé d’opulents lustres de Bohême, le plateau décoré de toiles peintes pastichant le goût du Grand Siècle, et l’espace meublé, avec un goût très sûr, de sièges contemporains « classiques » où prend place l’assistance.

Autant dire que l’actuelle aventure plonge ses racines dans un passé haut en couleur. Ultime marquise de La Ferté-Imbault et fille de l’illustre Madame Geoffrin — dont le salon parisien était couru, comme on le sait, par l’Europe entière —, Marie-Thérèse d’Estampes, veuve de bonne heure, cède le domaine en 1748 à sa belle-sœur Sophie (1729-1763). Celui-ci transite ensuite dans sa descendance jusqu’à la Révolution, qui voit la chute de la maison d’Estampes. Après quoi se succèdent les propriétaires : Belmont, Choiseul-Gouffier, la veuve de ce dernier, Marie-Louise de Poix, puis l’Anglais protestant William Lee et les siens, une famille étrangère si peu prisée des locaux qu’en 1830, menacée d’être lynchée par des paysans armés de fourches, elle prend la fuite… Le domaine sera divisé entre héritiers de souche britannique, avant d’être racheté par le comte Fresson après la chute du Second Empire, puis revendu à plusieurs reprises à de grands bourgeois roturiers. Siège de la Kommandantur sous l’Occupation, La Ferté-Imbault bénéficie d’estimables restaurations dans les années 1960, mais surtout de celles pratiquées par l’architecte Alain Jouan, qui le rachète en 1997 alors qu’il tombait en ruine. Vingt ans plus tard, l’homme de l’art revend au couple Medinger ce chef-d’œuvre d’architecture inscrit aux Monuments historiques. Les deux passionnés s’emploient, depuis lors, à parfaire son éclat, et la musique participe pleinement à l’entreprise.

Ambiance caniculaire

Ceinturé de larges douves baignées par la Sauldre, La Ferté-Imbault sait recevoir son monde et rayonne, même sous le soleil de plomb de cette semaine inaugurant juillet dans une ambiance caniculaire. Le public a bien tombé la veste, mais s’est mis tout de même sur son trente-et-un pour honorer ses hôtes : l’accorte et brillante soprano colorature sud-coréenne, ses impétrants et les quatre jeunes pianistes (Rodolphe Lospied, Joasquin Otal, Andrey Vinichenko et Adrienne Dubois) qui se succèdent au clavier pour les accompagner. Des tentes-pagodes et autres chapiteaux de toile élégamment ouvragés sont disposés au pied du château illuminé, permettant de deviser pendant les entractes, dans la nuit tropicale tard tombée, assis sur de confortables sofas devant des rafraîchissements.

Le programme vespéral est serré : les deux premiers jours sont consacrés aux auditions des 24 candidats retenus (sur près de 600 candidatures à travers le monde, issues de 16 nationalités différentes — dont une du Cameroun et une autre du Zimbabwe, deux pays… sans opéra !). Lundi, mardi et mercredi, les trois premiers soirs donc, place aux récitals des candidats. Chacun choisit librement ses airs dans un répertoire éclectique qui va du baroque au post-romantisme, en passant par l’époque classique. Le jeudi se tient la « petite finale » des candidats retenus par le jury (plus deux autres « sauvés » in extremis, l’un par le président du jury, l’autre par Sumi Jo, sans compter l’heureux élu du public) : soit 11 finalistes (au lieu des huit initialement prévus) pour participer, le vendredi, à la « grande finale »… qui s’achève par l’annonce des lauréats et la remise des prix. En clôture, le samedi, une soirée de gala haut de gamme est organisée en présence des lauréats, avec la participation exceptionnelle de Sumi Jo !

Ainsi donc, la sélection 2026 aura réservé quelques jolis rebondissements. La veille de la « grande finale », le public avait porté ses suffrages sur la soprano ukrainienne Evelina Liubonko, 29 ans, l’assurant ainsi de disputer la finale. Puis, Olivier Medinger, en tant que président du jury, accorde une seconde chance au baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha, 27 ans, jusque-là écarté au cours de la « petite finale » où il chantait pourtant fort bien un air de Die tote Stadt, l’opéra du génial Korngold ! Belle intuition (partagée par votre serviteur, s’il ose se le permettre) : de fait, Trevor, contre toute attente, terminera avec un Premier prix en poche. C’est qu’il aura chanté, cette fois, « Son io, mio Carlo » du Don Carlo de Verdi, avec une force de conviction remarquable.

Trevor Haumschilt-Rocha et Evelina Liubonko

Là-dessus, Sumi Jo, à son tour, « repêche » la soprano chinoise Sun Fei — la rescapée sera gratifiée du Prix spécial décerné sous les auspices du Hyundai Motor Group —, quoique votre serviteur ne lui ait pas trouvé tant de ressources que cela, sans vouloir l’offenser. Mais si la soprano roumaine de 32 ans Paula Iancic méritait quant à elle son Troisième prix — grâce à une interprétation cristalline et fortement projetée d’un air tiré de Rusalka, le chef-d’œuvre de Dvořák —, la palme du Deuxième prix aura été ravie à bon escient par la captivante et caressante voix de basse du Coréen Seungho Yoo, 26 ans. Ce dernier a fait preuve d’une présence, d’une onctuosité et d’une délicatesse sans pareilles dans Don Carlos (version en langue française de l’opéra de Verdi), où le célèbre « Elle ne m’aime pas… elle ne m’a jamais aimé » fut admirablement exécuté. Son phrasé et son articulation impeccables s’alliaient, malgré la gracile juvénilité du chanteur, à une présence scénique propre à donner le frisson. Tout autant que le viril Trevor, il aurait eu la voix de Causeur pour un Premier Prix ex aequo…

Reste que c’est à travers ce genre de compétition que l’on mesure l’immensité du travail et la confiance en soi requises pour accéder, ne serait-ce qu’au rang âprement disputé de chanteur lyrique professionnel. Révélatrice des talents de demain, la manifestation, au-delà du cadre exceptionnel qui magnifie leur expression, est aussi le moyen d’offrir à tous les candidats une visibilité, voire un marchepied pour des récitals ou des tournées à l’étranger. Le Sumi Jo International Singing Competition n’a d’égal dans le monde que l’Operalia – The World Opera Competition (doté de 35 000 $), ainsi que le BBC Cardiff Singer of the World ou le Concours Reine Elisabeth en Belgique, qui sont pourtant moitié moins dotés.

En soutien à ces courageux artistes issus des cinq continents, si exigeants envers eux-mêmes, nous voilà allègrement en piste, déjà, pour affronter la troisième édition. Rendez-vous est pris en juillet 2028.

Iran: la bombe à jamais?

La doctrine iranienne du « seuil » – s’appuyer sur les infrastructures nucléaires civiles pour produire, le moment venu, la bombe atomique – atteint presque son but. Les récentes frappes américaines ont retardé le programme, mais seul un changement de régime pourrait empêcher Téhéran de devenir une puissance nucléaire.


Depuis la révolution islamiste en 1979, le régime iranien s’est construit autour d’un projet idéologique – pour ne pas dire un dessein divin – consistant à instaurer un empire chiite si puissant qu’il dominerait tout le Moyen-Orient et jouerait un rôle de premier ordre dans le monde. Dès le départ, la volonté d’effacer de la carte l’État national juif et le rejet de la civilisation américaine ont été un puissant carburant idéologique. Dans ce cadre, la possession de l’arme atomique a cristallisé les peurs des uns et les fanatismes des autres.

Survie du régime

Cependant, le programme nucléaire iranien ne date pas de l’accession au pouvoir de Khomeiny. Ses origines remontent en réalité au plan américain « Atoms for Peace », lancé dans les années 1950 sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi. S’y sont ajoutées, vingt ans après, plusieurs commandes de réacteurs nucléaires auprès d’entreprises allemandes et françaises, dans le but de faire de l’Iran une grande nation industrielle et énergétique. En 1979, la révolution islamique interrompt brutalement ce projet qui, aux yeux du nouveau pouvoir, constitue un héritage honni de l’ancien régime. La guerre Iran-Irak (1980-1988) modifiera profondément cette perception.

Petit à petit, les dirigeants de la République islamique prennent conscience de leur vulnérabilité stratégique. L’idée qui s’impose alors est que la survie du régime exige la maîtrise de capacités technologiques de dissuasion avancées. Dans les années 1990, l’Iran développe une coopération nucléaire avec la Russie, qui permet de finaliser notamment la construction de la centrale de Bouchehr, au bord du golfe Persique. En 2002, on apprend l’existence d’installations militaires secrètes à Natanz et Arak, près de Téhéran, ce qui ouvre une longue période de confrontation diplomatique avec les puissances occidentales et l’adoption de sanctions contre l’Iran.

Pourparlers permanents

Au bout d’une décennie de pourparlers, les négociations débouchent, en juillet 2015, sur le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), qui limite fortement l’enrichissement iranien en échange d’une levée des sanctions. L’accord est cependant fragilisé quand Donald Trump décide de s’en retirer en 2018. À partir de cette date, Téhéran reprend progressivement ses activités nucléaires et enrichit de l’uranium à des niveaux toujours plus élevés.

Parallèlement, Israéliens et Américains mènent pendant vingt ans une guerre de l’ombre. En conjuguant opérations de sabotage et assassinats ciblés, les deux pays alliés repoussent de façon substantielle l’échéance d’une bombe nucléaire iranienne. Mais si, sur le papier, leur objectif semble limpide (gagner du temps), il n’y a jamais eu de consensus précis sur des objectifs précis. Difficile en effet de s’entendre sur le niveau du danger (quel est l’état d’avancement du programme iranien ?) et la définition du palier d’alerte (à quel niveau d’enrichissement atteint-on le seuil de l’inacceptable ?).

Rappelons que pour disposer d’une capacité nucléaire militaire, un État doit réunir plusieurs ingrédients. Il lui faut non seulement une matière fissile (l’Iran a choisi l’uranium), mais aussi une charge qui sert de détonateur à la réaction nucléaire et enfin un vecteur – avion ou missile – capable d’emporter l’arme jusqu’à sa cible.

Au fil des années, le pays a ainsi construit un véritable écosystème nucléaire comprenant des capacités minières, des usines de conversion chimique, des installations d’enrichissement, des centres de recherche métallurgique et des infrastructures de production de composants avancés. Il ne s’agissait pas de fabriquer immédiatement une bombe, mais de maîtriser l’ensemble de la chaîne technologique pour être capable d’en produire une rapidement le jour où la décision politique serait prise. Grâce à cette stratégie de la « capacité de seuil », l’Iran pouvait jurer qu’il ne possédait pas d’arme nucléaire, mais se trouvait en mesure d’y parvenir rapidement.

Malgré la guerre des Douze Jours et le conflit qui vient de prendre fin, l’Iran possède toujours un stock significatif d’uranium enrichi à 60 %, ainsi qu’une plus faible quantité atteignant un niveau proche du seuil militaire de 90 %. L’explication est simple : depuis deux ans, une bonne partie du programme nucléaire a été déménagée dans des caves gigantesques situées sous des montagnes afin de le protéger d’éventuelles frappes aériennes.

Ces enfouissements expliquent la décision israélienne et américaine de recourir à la force en 2025, puis en 2026. À Jérusalem et à Washington, de nombreux responsables ont en effet estimé qu’une fenêtre d’opportunité était en train de se refermer. Une fois les stocks d’uranium enrichi, les centrifugeuses avancées et les éventuels travaux de militarisation transférés dans des installations profondément enterrées, leur destruction par des moyens aériens conventionnels serait devenue extrêmement difficile, voire impossible sans intervention américaine et emploi massif de bombes pénétrantes.

Dans ces conditions, si les deux dernières campagnes américano-israéliennes ont incontestablement ralenti le programme nucléaire iranien, l’ampleur du retard demeure difficile à évaluer. Du reste, Téhéran peut continuer à renforcer la protection de ses installations en les enfouissant toujours plus profondément. Surtout, le régime n’a plus à craindre, à court terme, une intervention militaire préventive de grande ampleur. Dans le même temps, le nouvel accord irano-américain pourrait lui permettre de bénéficier d’un allégement des sanctions, ainsi que de la libération d’avoirs gelés, lui procurant des ressources supplémentaires pour reconstruire ses capacités.

Pour lutter contre les ambitions nucléaires iraniennes, Israël ne dispose plus que des instruments de la guerre secrète. Seul un changement intérieur, au sein de la classe dirigeante ou sous l’effet d’un large mouvement populaire, peut modifier la donne. Il ne s’agit peut-être plus de savoir si la République islamique peut accéder au statut de puissance du seuil, mais à quelle échéance elle sera en mesure de se doter d’une capacité nucléaire militaire en quelques semaines. En signant la fin des hostilités le 17 juin, à Versailles, Donald Trump a sans doute cru conclure un de ces deals dont il a le secret. En réalité, il a remis un chèque en blanc aux gardiens de la Révolution islamique.

Pourquoi Marine Le Pen est à part…

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Poursuivie par le parti Renaissance pour avoir osé s’emparer du mot « renaissance » dans sa dernière campagne d’affichage, Marine Le Pen continue de susciter une hostilité politique hors norme. Philippe Bilger revient sur ce qui fait sa singularité dans notre vie politique.


Il y a des personnalités qui résistent à tout, et même, sur le plan politique, au fait qu’on n’a jamais voté pour elles et qu’on ne le fera jamais. Parce que leur existence, leur destin, leur être sont plus forts que ce qu’on pense et que, malgré l’antagonisme des idées, demeure une estime humaine pour elles.

Marine Le Pen est de celles-là, et ce n’est pas parce que, pour 2027, elle ne m’agréera pas que je me sens illégitime pour écrire ce billet. Ce dernier m’est venu précisément quand, comparant avec d’autres, j’ai pris conscience qu’avec elle, il était possible de dissocier idéologie et humanité.

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Ce ne serait pas le cas avec Jean-Luc Mélenchon dont l’ensemble du parcours et la plénitude du caractère, sur le plan public comme sur des registres plus personnels, ont démontré, en même temps que le talent, une forme de méchanceté, de violence, de mépris et de totale surestimation de soi. Comment oublier, pour la politique, la révérence et la soumission du Mélenchon officiel face à un François Mitterrand qui lui avait dit, comme à tant d’autres, qu’il était le meilleur, avant de devenir le gourou idolâtré d’un mouvement dont l’appétence pour une subversion révolutionnaire est équivalente au classicisme très orthodoxe de la première mouture de son créateur ? Y a-t-il eu, de la part des médias, un portrait, un opprobre à la mesure de cette trajectoire plus qu’équivoque dont le rêve d’aboutissement serait de devenir notre président ?

On comprend mieux pourquoi Marine Le Pen est à part, à considérer sa résilience face aux multiples attaques qui, sur tous les registres, l’ont continuellement accablée, sa lucidité devant les échecs dont elle a été responsable, sa constance au regard de ses déconvenues présidentielles.

Aimant son père, elle a dû le renier un temps parce qu’il était trop sulfureux et provocateur dans ses éructations historiques, avant de se réconcilier avec lui à la fin de son existence. Même de ce déchirement qu’elle a initié avec émotion et courage, on ne lui a pas su gré.

Le procès politique permanent

La plupart des médias, depuis toujours, pour démontrer une indépendance facile à afficher, n’ont pas été, avec elle et ses soutiens, d’une exemplaire honnêteté ni d’une démarche équilibrée, puisqu’elle était le Mal et que ses adversaires, même les pires, méritaient d’être sanctifiés rien que pour cela.

Faute de savoir s’opposer efficacement au RN sur le plan politique – lequel, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, a poursuivi son ascension, si bien que le président de la République, qui aspirait à quitter le pouvoir après nous en avoir débarrassés, risque de nous le laisser en position possible, voire probable, de victoire – tous ses opposants ont abusé du registre éthique, qui n’a eu rigoureusement aucun effet.

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Parce qu’ils ont oublié que l’état de la France, le réel, l’échec grave des gouvernements classiques et « honorables » et le désespoir d’un peuple lassé d’attendre qu’on vienne à son aide étaient, à tort ou à raison, la meilleure argumentation en faveur du RN.

Le « deux poids, deux mesures » – je ne songe pas ici à sa dernière affaire en appel, où elle était accablée systématiquement – n’était pas le moindre de ses handicaps. Il lui fallait pourtant faire bonne figure. Aurait-elle témoigné, si peu que ce soit, d’un irrespect à l’égard de la justice comparable à celui de Nicolas Sarkozy qu’elle aurait été stigmatisée à vie !

Elle fait partie de notre paysage politique et, en qualifiant, contre toutes les évidences historiques et idéologiques, le RN de fasciste, de nazi, au mieux d’extrême droite, on croit porter atteinte à son avancée considérable dans les enquêtes d’opinion, qui ne garantit pas son élection en 2027, sauf si elle est seulement contestée par un Mélenchon ou un politicien rompu, se croyant habile, choisi faute de mieux mais sans réel courage politique.

L’ultime chance de 2027

Pour la dernière fois, elle va se présenter à l’élection présidentielle et elle est aussi à part parce que, sur l’établi politique, elle n’a cessé d’apprendre ni de se perfectionner. Il suffit de voir comment, entre les mandats, elle a accru ses chances en progressant sur les plans technique et intellectuel, au point qu’on peut se demander si, performante dans les intervalles, elle ne finira pas par l’être le jour J, en 2027 !

Elle est à part parce que, croyant l’abattre, on lui a redonné de la vigueur. À la suite de sa dernière condamnation, on met en cause son intégrité, et on a raison, mais quel politicien patenté est suffisamment digne et irréprochable pour lui jeter, dégoûté, la première pierre ?

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Dans la campagne à venir, la haine prospérera car, avec Marine Le Pen, tout est permis. Elle y mettra certainement du sien. Qu’on n’oublie pas que sa destinée a une longue habitude de ces tempêtes et de ces affrontements et que c’est son ultime chance. Être contre Marine Le Pen ne sera plus un argument suffisant.

14 juillet 2027: juste une petite question de rien du tout…

La grande muette et la grande gueule: à quoi ressemblera notre beau défilé militaire, lors de la prochaine fête nationale, si Jean-Luc Mélenchon est élu? Aux larmes, citoyens!


Le beau défilé du 14 juillet 2026 à peine terminé, on ne peut s’empêcher de se projeter vers le suivant, celui de 2027.

Après dix années, voilà que sonne l’heure de la quille pour le président Macron. On devine le pincement au cœur qu’il a dû ressentir aux derniers accents de l’ultime Marseillaise. Émotion probablement partagée par la Première dame, toujours si élégante, cette fois toute de blanc vêtue.

On imagine aussi l’excitation, sans doute contenue, prudemment dissimulée, des candidats — officiellement déclarés ou non — devant ces images qu’ils se prennent sans doute à regarder d’un œil neuf, se répétant à voix très basse mais tout frémissants d’excitation : « L’an prochain, ce sera moi, peut-être bien, là, sur l’estrade, au premier rang au milieu de ce très beau monde, salué bien bas par ces hauts gradés, ces huiles internationales… » Tous espèrent, ce qui est bien naturel. Tous en rêvent, évidemment.

Un surtout, peut-être bien un avec qui — s’il arrive au bout de la course et en sort vainqueur — l’ordonnancement de cette grande, belle et vivifiante cérémonie nationale risque de se voir bouleversé du tout au tout. Je pense évidemment à Jean-Luc Mélenchon.

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Aussi, je m’étonne que nos confrères n’aient pas pensé à lui poser cette question toute bête : « Que sera le 14-Juillet sous l’ère Mélenchon, sous l’oriflamme LFI ? À quoi le peuple de France — de la France Nouvelle, puisqu’il s’agira de cela — doit-il s’attendre ? »

Défilé probablement sans ces forces armées, toujours suspectes de virer fascistes à la première opportunité, viciées de nostalgie coloniale ? Sans aucune évocation possible de la Gendarmerie nationale et autres forces de l’ordre, ces hordes détestables qui, à l’instar de la police, ne font rien qu’à tuer les braves gars, les insoumis du refus d’obtempérer, les besogneux du caillassage de flics, du pillage d’échoppe, de la vente à la sauvette de poudre de perlimpinpin ? Pas de démonstration de matériel belliciste non plus, cela va de soi ? Quant aux invités, à part le Coréen du Nord, le Cubain, quelques communisants d’anciennes colonies d’Asie, éventuellement un quelconque dictateur survivant sud-américain ? Qui ? À la tribune, quel Premier ministre ? Monsieur Bagayoko, celui qui se voit déjà, à l’entendre, calife à la place du calife ? Oui, qui ? On brûle de savoir.

En effet, il serait bien intéressant, ces jours-ci, d’entendre M. Mélenchon sur sa conception du défilé et des commémorations du 14 juillet 2027 s’il venait à être élu président de la République. Cela nous en dirait infiniment plus long sur la nature du régime en gestation que le baratin électoraliste qui va nous être infligé à haute dose d’ici le scrutin et qui ne servira qu’à endormir et berner le bon peuple. Allons, dis-nous, camarade Mélenchon, quel 14 juillet 2027 tu nous ferais, et nous serions alors parfaitement éclairés sur le programme — le vrai, le vrai de vrai — que tu portes, sur la nature de la sauce à laquelle tu te prépares à manger notre démocratie plus ou moins libérale…

Exclusivité mondiale : la patrouille de France dessine le visage de notre cher leader dans le ciel de Paris. A moins que ce ne soit l’intelligence artificielle. OpenAI.

France-Espagne: «la Rouge» sort les Bleus

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L’Espagne domine et élimine une équipe de France décevante. C’est elle qui affrontera l’Angleterre ou l’Argentine en finale de la Coupe du monde – et qui pourra voir Donald Trump.


Ce 14 juillet, les Français n’ont pas été à la fête à Dallas où ils se sont inclinés, en demi-finale de la Coupe du monde de foot, face à l’Espagne par 2 à 0. La Roja (la Rouge) les a stoppés dans leur ambition de conquérir une troisième étoile.

Au revoir, Dédé

« Ils étaient nettement au-dessus de nous », a reconnu au micro de la Six, qui retransmettait le match en facturant jusqu’à 390 000€ les 20 secondes de publicité, Didier Deschamps. Cette défaite scelle, comme il l’avait annoncé avant le début du tournoi, son destin de sélectionneur-entraîneur (coach dans le franglais contemporain, cochet dans celui des siècles précédents) de l’équipe de France.

Par ce propos, il a coupé court à toute polémique, notamment au sujet du penalty à la 22e minute qui a permis à l’attaquant basque de la sélection rouge et or, Mikel Oyarzabal, d’ouvrir le score. Bien sûr déçu, il reconnaissait sans réserve la supériorité des Ibères, qui fait d’eux de sérieux postulants pour soulever la Coupe dimanche prochain, soit face à l’Argentine, détentrice du titre, soit face à l’Angleterre qui court après ce trophée depuis 1966, année où elle avait conquis son unique étoile.

La France comme anesthésiée

Pourtant, bien qu’elle figurât parmi les favorites avec la France, l’Espagne avait mal entamé cette Coupe, concédant lors de son premier match de poule un nul (0-0) face au très modeste Cap-Vert, qui participait à son premier Mondial. Une entrée en matière déconcertante, imputable à la prestation du gardien cap-verdien, Vozinha (40 ans et, a-t-on appris depuis, à moitié borgne de l’œil droit). Très rapidement, la Roja a remis les pendules à l’heure, notamment en éliminant le Portugal de Cristiano Ronaldo en 8e de finale (1-0). Puis, en quart, elle a plié la Belgique en lui passant deux buts et en n’en encaissant qu’un seul.

Le Français Kylian Mbappé (à gauche) court avec le ballon sous la pression des Espagnols Pedro Porro (au centre) et Pau Cubarsí (à droite), lors de la demi-finale de la Coupe du monde, Dallas, 14 juillet 2026 (C) Leo Barrilari/SPP/Shutterstock/SIPA

Après la victoire de la Roja, tous les commentateurs louangeaient son jeu de petites passes qui anesthésie l’adversaire, s’apparentant à l’art du matador qui prépare le moment de l’estocade fatale. La fin du match s’est étirée sans que, toutefois, les Bleus ne mettent en difficulté Unai Simón, le gardien basque de la cage espagnole.

Cette défaite des Bleus prive Kylian Mbappé du titre de meilleur buteur de cette Coupe, qu’il appelait de ses vœux. Il était, jusqu’à cette élimination où il est resté stérile, à égalité avec Messi (sept réalisations chacun). Mais l’Argentin peut désormais prendre l’avantage mercredi lors de la demi-finale contre l’Angleterre, et, si le sort lui sourit, en finale contre l’Espagne dimanche prochain…

Suicide assisté : pensez à ceux qui restent…

Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel après le vote de la loi sur « l’aide à mourir », le débat continue de se focaliser sur l’autonomie du patient et les garanties juridiques du texte. Marie-Lys Pellissier souligne qu’une question demeure largement absente des discussions : que devient la vie de ceux qui restent après un suicide assisté ?


« Le choc, après, c’est une autre histoire, et on est seul avec ça. » Maïa Simon, actrice et comédienne française, est morte par suicide assisté en Suisse le 19 septembre 2007. Dans le film Anesthesia, sorti en juin 2026, ses amis qui l’ont accompagnée pour ce geste ultime témoignent. Si, dans les débats autour de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, on a beaucoup disserté sur l’autonomie et l’autodétermination du patient, nous avons peu parlé de ceux qui restent…

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Ceux qui ont vécu personnellement la réalité du suicide connaissent le choc et les sentiments que cela engendre. « Chaque suicide est une catastrophe, à l’origine de beaucoup de douleurs ou de traumatismes chez les proches, et il peut être l’un des évènements les plus difficiles auxquels sont confrontés les professionnels de santé », affirme Pierre Thomas, professeur de psychiatrie à l’université de Lille, également cité par le ministère. Selon l’étude IMTAP, un suicide affecte plus de vingt personnes. Outre le stress post-traumatique, les sentiments de honte et de culpabilité qui peuvent survenir après un suicide, il existe aussi un risque accru, pour les proches, de recourir eux-mêmes au suicide. Le ministère de la Santé intègre ce phénomène de contagion suicidaire, démontré par le sociologue américain David Phillips en 1974, dans la stratégie nationale de prévention du suicide. 

« Personne n’est prêt à voir quelqu’un se suicider devant nous, personne, c’est faux »

On nous répondra sans doute que l’euthanasie et le suicide assisté n’ont rien à voir avec cette réalité. C’est au nom de cette conviction que certains législateurs ont tenu à supprimer le terme de « suicide assisté » dans la loi Falorni. Rebaptisé « aide à mourir », cet acte est, selon eux, bien loin de la réalité violente du suicide, puisqu’il est encadré dans un « accompagnement de fin de vie ». Si la mort est peut-être plus « douce » pour le patient, peut-on en dire autant pour les proches ?

Certes, ceux-ci ne seront pas pris au dépourvu : ils ne subiront ni l’inattendu, ni le choc de l’annonce, ni la découverte du drame. La date de la mort étant fixée à l’avance, le processus de deuil serait déjà enclenché. Et puis, le pronostic vital est engagé (en réalité, la personne peut encore avoir des années à vivre). Mais est-on vraiment prêt à accompagner le suicide d’un proche ?

Une mort choisie, un fardeau imposé

L’épithète « assisté » ne change pas la nature de l’acte pour le patient, mais elle prend bien une tout autre dimension pour celui qui est justement appelé à assister. Maïa a demandé à trois de ses amis de l’accompagner en Suisse. L’un d’eux devait conduire : « Je deviens le chauffeur, le gars qui va l’accompagner vers la mort. C’est quand même pas rien ! » Par amitié, ils ont accepté d’assister à ce moment tragique. Mais à quel prix ? Dans la loi Falorni, seul le médecin prend la décision d’accéder à la demande du patient. Les proches n’ont aucun rôle dans la procédure. Ils ne sont informés de la demande de suicide que si le patient le souhaite. Cette mort volontaire leur est donc, dans tous les cas, imposée. De plus, ils devront la cautionner, a minima l’accepter, et parfois y concourir.

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Alors qu’est profondément inscrit en nous l’instinct de survie, le secours à la personne en danger et l’interdit de tuer, le suicide assisté ne pourra que laisser des traces incomparables à celles d’une mort naturelle. « Ce droit n’enlèvera rien à personne »… sauf la vie d’un proche et la paix de ceux qui restent.

Fin de mandat, fin de vie…

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La « fin de vie » administrée constituera le triste épilogue du second quinquennat Macron


Malgré l’accélération choquante dont le président a fait bénéficier la loi sur la fin de vie pour la faire voter le plus rapidement possible, le 15 juillet sans doute, a-t-on encore le droit de signifier à tous ceux qui prétendent, avec bonne conscience, prendre en charge nos derniers moments intimes, de quelque nature qu’ils soient, qu’on ne leur a rien demandé ? Considérant, sur ce plan, la triste fin de ce second mandat, qui marque un déclin civilisationnel, comment ne pas songer, à rebours, aux lenteurs, atermoiements et abstentions dont Emmanuel Macron a fait pâtir la France dans le registre régalien, d’abord à cause de la médiocre méthode du « en même temps » et aussi d’une sensibilité d’intellectuel progressiste ayant trop longtemps minimisé la délinquance et la criminalité ?

Chaque fois que le président s’est directement immiscé dans le sociétal et dans le cours d’affaires particulières, ce fut pour le pire. La loi sur la fin de vie, évidemment, mais, auparavant, la mort de Nahel ! Sur l’euthanasie, des argumentations contradictoires ont été développées, des pensées élevées ont été exprimées, favorables ou défavorables aux futures dispositions. Mais, dans cette multitude qui aurait dû au moins faire taire les péremptoires de la cause mortifère, on ne peut passer sous silence la constante, intelligente et humaniste lutte d’un Philippe Juvin. Ce dernier, sans la moindre démagogie ni la moindre envie de stigmatiser l’adversaire, a rappelé les terribles risques de cette loi à venir, l’inégalité sociale qu’elle porte en son sein et les possibles dérives que les limites d’aujourd’hui pourront engendrer demain. Alors que les soins palliatifs amplifiés constitueraient une alternative à la fois apaisante et humaine. À ses côtés, tout récemment, la publication d’un admirable texte de Michel Houellebecq, « Fin de vie : la mer noircie de sang », dans Le Figaro, est venue rappeler combien cet écrivain génial s’est investi, depuis le début, sur les plans philosophique, social, civilisationnel et d’une humanité profonde, dans un combat où sa désinvolture, son ironie et sa distance critique n’ont plus cours. À leur place, une indignation froide, cinglante, toute de stupéfaction devant ce que notre société est prête à valider et qui, pour lui, constitue une monstruosité à l’égard des plus faibles, des plus vulnérables, avec cet argument passe-partout d’une dignité qui imposerait la mort, alors que l’authentique dignité préserverait les existences menacées le plus longtemps possible. Ce monde « nihiliste » qu’il a annoncé, mais dont il ne s’est jamais réjoui, va rendre « plus facile de mourir » – lui qui aurait préféré « un monde où l’on puisse vivre ».

C’eût été une autre ambition, et autrement exaltante, pour cette fin de mandat, que cette fin de vie administrée nous dépossédant de cet idéal qui, contre vents et marées, faisait de l’accompagnement de la vie jusqu’à son terme notre condition commune, une destinée partagée.

IA: la direction du futur

Le pape est à deux doigts d’excommunier ChatGPT, les bac +8 tremblent d’être remplacés par oncle Claude et Gabriel Attal propose de « prompter » dès le berceau… L’IA met partout un monstrueux bazar. L’algorithme nous fait maintenant la loi, la guerre et la morale, entre deux smileys. Priez pour nous, pauvres prompteurs ! Serions-nous tous caducs ?


L’action se passe dans une métropole futuriste. Tandis que les beaux quartiers abritent une population oisive et festive, qui profite à plein du progrès technique, la ville basse, elle, fourmille d’esclaves, trimant inlassablement dans des usines reliées à une impitoyable « machine cœur ». Chacun aura reconnu le chef-d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis, et ceux qui ont la mémoire des dates se souviennent peut-être que cette dystopie, réalisée en 1926, est censée se passer un siècle plus tard, soit… en 2026.

L’autre grand remplacement

Visionnaire à bien des égards, le scénario n’a cependant pas anticipé une réalité de notre temps présent : à l’heure de l’IA, la modernité ne lamine pas seulement le monde ouvrier, mais aussi les médecins, les juristes, les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, désormais menacés d’être remplacés, en partie du moins, par des machines « pensantes ». Quant à ceux qui s’imaginent que les programmes LLM (Large Language Model) sont de simples « perroquets stochastiques » inaptes à créer quoi que ce soit, nous les invitons à lire Raphaël Doan dans notre grand dossier, très lucide quant aux développements extraordinaires en cours.

Fritz Lang avait donc vu juste. 2026 est une année charnière dans l’histoire technologique. Pour la première fois, l’activité des « bots » (agents logiciels autonomes) a dépassé le seuil de 50 % du trafic web mondial. Et pour la première fois aussi, un homme, Elon Musk, est devenu billionnaire en dollars suite à l’introduction en bourse il y a quelques semaines de sa société Space X qui, ainsi que son nom ne l’indique pas, n’est pas seulement une entreprise de fusées et d’exploration spatiale, mais aussi un vaste projet d’IA, consistant à placer sur orbite autour de la Terre des serveurs informatiques – on parle de près d’un million de satellites.

Face à ces avancées vertigineuses, que faire ? S’adapter servilement aux géants du numérique américains, en « apprenant à prompter dès l’école », comme vient de le préconiser le candidat à la présidentielle Gabriel Attal ? Débrancher nos box internet et entrer en résistance, suivant le conseil du dernier livre d’Abel Quentin, Sanctuaires, qui compare notre civilisation techno-dépendante à un vieux catcheur botoxé et stéroïdé dont la fin est proche malgré les apparences ? À moins qu’une voie intermédiaire soit possible entre progressisme béat et archaïsme rêveur ?

Humains vs. machines, le combat du siècle

Les intellectuels que nous avons sollicités dans notre dossier – le directeur des Éditions du Cerf, Jean-François Colosimo, le président de l’Association pour la défense de la nation, Gaël Nofri et le président d’Arte Bruno Patino – pensent qu’un tel chemin existe. Sans être forcément des papistes chevronnés, tous donnent raison à leur manière à l’encyclique publiée en mai dernier par Léon XIV, qui appelle à encadrer l’IA et à brider les puissants patrons qui en détiennent les clés.

Il n’est pas étonnant que le souverain pontife se soit emparé de cette question. Bien davantage que la machine à vapeur, l’aviation ou la télévision, l’IA rivalise directement avec Dieu. Invention presque inarrêtable, peut-être même déjà capable d’imaginer sui generi les moyens de sa propre persévérance, elle connaît presque tout sur tout et sait procurer à ses utilisateurs l’écoute et le réconfort dont ils ont besoin dans les moments difficiles de l’existence.

À la fois éternelle, omnisciente et consolatrice des âmes : que demander de plus à l’IA ? Le droit de vie et de mort sur les humains peut-être. Des déclinaisons militaires de l’IA sont en train d’être mises au point sous le nom de « Maven » aux États-Unis ou de « Pendragon » en France. Dotés de budgets record, ces logiciels de défense sont employés pour analyser les données des satellites, des drones et des réseaux sociaux, identifier des cibles ennemies et suggérer à l’opérateur un tir, qu’ils n’ont toutefois pas vocation à engager eux-mêmes, en respect des préconisations de l’ONU, du Pentagone et de l’Union européenne.

Reste que la machine tueuse autosupervisée – et donc potentiellement incontrôlable – n’est plus un fantasme d’écrivain de science-fiction, comme le note le journaliste au Daily Telegraph Andrew Orlowski. L’IA s’apparente à ce titre au nucléaire. Source de grand confort, elle peut tout autant mener tout simplement à l’apocalypse, du moins si les nations ne prennent pas leurs responsabilités. Heureusement, une activité de l’esprit échappe encore à sa mainmise : la politique. Pour l’heure, ni ChatGPT, ni Grok, ni Claude n’arrivent à prédire ce que Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jinping décideront ou annonceront demain. La démonstration peut sembler absurde, mais le désordre géopolitique actuel, aussi atroce soit-il pour ceux qui en pâtissent, est bien la preuve que notre monde est loin d’être soumis aux algorithmes de la Silicon Valley. Le chaos est le propre de l’homme.

De Foucault à Falorni: l’interdit franchi à pas feutrés

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Olivier Falorni assiste à un débat sur le projet de loi relatif aux soins d'accompagnement et palliatifs et à la fin de vie, à l'Assemblée nationale, le 24 février 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Personne n’a triché. Pas de coup de force, pas de 49.3, pas de vote “à l’arraché”. Le 15 juillet, au cœur de l’été, l’euthanasie a été légalisée en France dans le respect des règles.


Une loi imposée par la force se dénonce. Une loi que l’on fait passer dans le respect des règles, contre la chambre qui l’a refusée trois fois, avec un calendrier maîtrisé, celle-là, les Français ne peuvent que la regarder s’installer, tétanisés. Comment en est-on arrivé là, maillon par maillon ?

Premier maillon. L’autonomie. Ma vie m’appartient, donc ma mort aussi. Qui oserait dire le contraire ? Personne : c’est le piège. Ce “principe” interdit d’avance la discussion. Celui qui hésite n’argumente plus, il manque de cœur. On n’a pas ouvert un débat. On a armé un réflexe. Contradiction éhontée avec la santé mentale. Quel psychiatre oserait parler du suicide comme d’un droit ? Leurs alertes n’ont pas été écoutées. Le réflexe du « droit à » a pris le dessus sur la raison et la compassion.

Deuxième maillon.  L’algophobie ou peur de la souffrance. Cette projection, bien légitime, rencontre une douleur réelle : des fins de vie difficiles, des douleurs non traitées, il y en a. Cette souffrance existe et mérite mieux que ce qu’on lui offre. Mais au lieu d’y répondre par les soins palliatifs, dont chacun reconnaît qu’ils manquent cruellement de moyens ; au lieu d’entendre les médecins qui n’ont jamais été aussi compétents, mais jamais été aussi démunis face au délabrement du système de santé ; on y répond par la sortie. On ne soigne plus le mourant, on lui propose de disparaître. Et l’on nomme cette disparition « liberté ».

Troisième maillon. L’indifférence. Une fois la mort posée comme un droit au nom de l’autonomie et en réponse à la souffrance, on cesse de regarder qui la demande, et pourquoi. Le vieillard qui se sent « de trop ». Le malade qui a peur de coûter. Le déprimé qu’on n’a pas écouté. Tous rangés dans la même case : « personne autonome exerçant son droit ». La demande n’est plus interrogée, elle est honorée. Après tout, c’est “son” droit, cela ne nous regarde pas. Le doute qu’on aurait eu pour un proche, la loi nous dispense de l’avoir.

Quatrième maillon. Le “process”. Le Sénat a rejeté ce texte trois fois. La commission mixte paritaire a constaté son désaccord persistant. Dans une démocratie où les deux chambres comptent, ce triple refus aurait dû peser. Ici, il a été contourné par l’article 45 de la Constitution, qui autorise le gouvernement à donner le dernier mot aux députés. Ce vote final du 15 juillet, quand le pays a l’esprit ailleurs, est un passage en force. Mais il est régulier.

La procédure a été lancée il y a quatre ans par une promesse de campagne, une « convention citoyenne » partisane, un lobbying appuyé de l’audiovisuel public et un débat parlementaire qui a perdu les Français à force de lectures, de secondes délibérations, de dissolution, et de succession de quatre Premiers ministres, de huit ministres de la Santé, de trois rapporteurs… Le processus, qui plus est dans l’instabilité politique, tient lieu de pensée.

Et un processus, on sait ce que cela fait aux hommes qui le servent. Foucault a montré comment le pouvoir moderne s’installe au nom de la liberté du sujet, jusqu’à ce que résister ressemble à un refus de cette liberté. Arendt appelait banalité du mal l’application diligente d’un cadre qu’on a cessé d’interroger. Milgram l’a montré : deux tiers de gens ordinaires vont jusqu’au bout d’un acte qu’ils réprouvent, dès qu’une autorité légitime le demande et qu’ils ne sont, chacun, qu’un maillon.

Le président qui a lancé le processus en 2022 et le laisse aller à son terme : il n’euthanasie personne, il a « tenu une promesse ». La présidente de l’Assemblée, signataire du texte, qui veut le vote avant l’été : elle ne tue personne, elle « organise les travaux du Parlement ». Le gouvernement qui dégaine l’article 45 : il n’impose rien, il « applique la Constitution ». Le Premier ministre, dont on cherche la voix : il ne s’oppose pas, n’approuve pas, n’est simplement pas là. L’absence, au sommet, est une réponse. L’annonce de sa saisine du Conseil constitutionnel, comme la procédure le prévoit, la veille du vote définitif, n’y change rien. Elle en dit long sur son absence en amont.

Chacun n’a fait que sa part. Chacun n’a été qu’un maillon. C’est l’addition de ces parts irréprochables qui a produit, le 15 juillet, une loi que la chambre haute a rejetée trois fois. Personne ne l’a voulu – ou pas. Tout le monde y a participé.

Le vrai piège est de croire que l’erreur serait le calendrier, l’article 45, une personnalité. Mais l’erreur est en amont. Elle réside dans le fait d’avoir transformé une question, que devons-nous à celui qui souffre ?, en procédure. D’avoir remplacé le regard par un mécanisme. De laisser une machine légale décider à la place d’hommes qui auraient dû, chacun, oser dire non.

De l’autonomie, érigée en dogme, jusqu’au vote du 15 juillet, voilà la ligne droite. C’est ainsi que le process apprend à toute une nation à ne plus voir la personne qui, derrière sa demande de mourir, supplie qu’on lui donne une raison de vivre.

Elle n’aura rien demandé d’autre que d’être vue. Personne ne l’aura vue.

La guerre d’Ormuz: de l’échec stratégique au conflit «maîtrisé»

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Le porte-avions USS Dwight D. Eisenhower franchissant le détroit d'Ormuz le 26 novembre 2023 © Information Technician Second Class Ruskin Naval/AP/SIPA

La guerre de quarante jours déclenchée le 28 février 2026 a révélé les limites de la supériorité militaire américaine face à l’Iran. Trois mois plus tard, Washington tente une approche plus pragmatique : maintenir Ormuz suffisamment ouvert pour éviter un choc énergétique mondial, affaiblir les relais régionaux de Téhéran sans déclencher une nouvelle guerre totale.


La séquence militaire ouverte au printemps 2026 au Moyen-Orient semble marquer un changement profond de la stratégie américaine. Après la guerre de quarante jours contre l’Iran, largement considérée comme un succès tactique mais un échec stratégique, Washington paraît désormais poursuivre un objectif beaucoup plus limité. Il ne s’agit plus de résoudre définitivement la question iranienne, mais d’empêcher Téhéran d’utiliser le détroit d’Ormuz comme levier de domination régionale.

La guerre de quarante jours a démontré une nouvelle fois qu’une supériorité militaire ne suffit pas à produire un résultat politique. Les forces américaines et israéliennes ont obtenu des succès opérationnels incontestables. La direction politique et militaire iranienne a été éliminée, les défenses aériennes ont été largement entamées, plusieurs infrastructures militaires ont été frappées, une partie importante de la chaîne de commandement des Gardiens de la Révolution a été désorganisée et de nombreux responsables militaires éliminés. Pourtant, même aux États-Unis, le bilan stratégique apparaît négatif.

L’économie mondiale menacée

D’abord parce que les objectifs de guerre sont rapidement devenus flous. S’agissait-il de provoquer un changement de régime ? Si tel était le cas, aucun mécanisme politique crédible n’avait été préparé pour provoquer l’effondrement du pouvoir iranien ou organiser sa succession. S’agissait-il de détruire définitivement le programme nucléaire militaire ? Là encore, les résultats apparaissent limités. Les capacités iraniennes ont certes été dégradées, mais sans que l’on puisse affirmer que le problème nucléaire ait été définitivement résolu. Au fond, la campagne semble avoir prolongé les effets des frappes déjà conduites en juin 2025 plutôt que d’avoir créé une situation radicalement nouvelle. Surtout, la guerre a révélé une sous-estimation manifeste des capacités iraniennes.

Malgré plusieurs semaines de bombardements intensifs, l’Iran est parvenu à préserver une partie significative de ses stocks de missiles et de drones ainsi que les infrastructures nécessaires à leur emploi. Cette résilience lui a permis de poursuivre ses tirs durant toute la durée du conflit, démontrant que son dispositif reposait sur une architecture beaucoup plus dispersée et plus robuste que ne l’avaient anticipé les planificateurs occidentaux.

Parallèlement, Téhéran a montré qu’il conservait la capacité de frapper des infrastructures économiques essentielles dans les États du Golfe et, surtout, de menacer sérieusement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Autrement dit, même affaibli, le régime restait capable de faire peser un risque majeur sur les économies régionale et mondiale. C’est précisément cette réalité qui éclaire la signature du mémorandum d’entente du 17 juin. Donald Trump lui-même a expliqué, après le conflit, que l’économie mondiale ne disposait que d’une trentaine de jours de consommation couverte par les réserves stratégiques de pétrole et qu’il fallait éviter qu’une poursuite des hostilités ne déclenche une crise énergétique et économique sans précédent. Si cette présentation reflète sa propre lecture des événements, elle souligne surtout combien la capacité iranienne à perturber les flux énergétiques mondiaux demeurait, malgré les succès militaires obtenus contre ses forces, un facteur déterminant dans la décision de mettre fin aux combats.

Donald Trump a apposé sa signature au mémorandum d’entente lors d’un dîner avec le président Macron au château de Versailles, à l’issue d’un sommet du G7, le 17 juin 2026 © Anna Moneymaker/AP/SIPA

L’accord n’a pas mis fin au conflit. Il l’a gelé. Les combats directs ont cessé tandis que les principaux acteurs acceptaient implicitement de contenir leur confrontation. Les effets économiques ont été immédiats. Les marchés ont considéré que le risque d’une guerre régionale généralisée diminuait sensiblement et les prix du pétrole et du gaz ont rapidement reflué après les sommets atteints au printemps. Les tensions sur plusieurs matières premières stratégiques se sont également atténuées. Enfin, les statistiques macroéconomiques américaines publiées pour le mois de juin ont confirmé ce mouvement avec une inflation restée sous contrôle, offrant à l’administration américaine une marge de manœuvre politique et militaire qu’elle ne possédait pas quelques mois auparavant. C’est dans ce contexte qu’a débuté une nouvelle campagne militaire, beaucoup plus limitée, que l’on peut qualifier de « guerre d’Ormuz ».

Objectif moins ambitieux

Cette fois, l’objectif apparaît nettement plus restreint et précis. Il ne s’agit plus de remettre en cause l’existence du régime. L’ambition consiste à empêcher l’Iran de transformer le détroit d’Ormuz en outil de coercition stratégique. Concrètement, Washington cherche à garantir qu’un volume suffisant de trafic maritime puisse continuer à circuler, même sans l’accord de Téhéran. L’enjeu n’est donc même pas d’obtenir une liberté absolue de navigation mais d’empêcher une fermeture effective du détroit qui provoquerait un choc pétrolier mondial.

Cette définition beaucoup plus étroite de l’objectif militaire constitue probablement la principale différence avec la campagne précédente. Elle n’est d’ailleurs pas née de rien. Il y a un mois à peine, les États-Unis avaient déjà tenté de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz en lançant une première opération navale destinée à escorter les navires marchands et à neutraliser les capacités iraniennes les plus directement liées au blocus. L’initiative avait cependant été interrompue après moins de vingt-quatre heures. Selon plusieurs informations concordantes, l’Arabie saoudite, rejointe par d’autres monarchies du Golfe, avait alors refusé de soutenir une opération qu’elle jugeait insuffisamment préparée et susceptible de provoquer une escalade régionale dont elle aurait supporté une large part des conséquences. Faute d’un accord politique avec ses principaux partenaires arabes, Washington avait préféré suspendre l’opération plutôt que d’agir seul.

La seconde différence réside précisément dans la constitution d’une véritable coalition régionale. Les États-Unis semblent avoir tiré les leçons de cet échec diplomatique. La campagne actuelle paraît avoir été précédée d’intenses consultations avec les monarchies du Golfe, mais aussi avec la Jordanie, afin de définir des objectifs communs, des règles d’engagement acceptées par tous et un partage plus clair des responsabilités. Les partenaires arabes ne sont plus seulement des États exposés aux conséquences du conflit mais des acteurs à part entière du dispositif destiné à maintenir ouverte la principale voie d’exportation énergétique de la région. Cette coordination dépasse largement la seule dimension navale.

Au Liban, l’accord de paix avec Israël du 26 juin réduit fortement la légitimité du Hezbollah à ouvrir un second front. En Irak, le nouveau gouvernement exerce une pression croissante sur les principales milices chiites pro-iraniennes afin de limiter leur liberté d’action et d’éviter qu’elles ne servent de relais à une escalade régionale voulue par Téhéran. Cette stratégie ne se limite plus au volet militaire. Depuis plusieurs semaines, les autorités irakiennes multiplient également les arrestations de responsables politiques, de cadres administratifs et de personnalités soupçonnés d’entretenir des liens privilégiés avec les réseaux d’influence iraniens. L’objectif semble être de réduire non seulement les capacités armées des proxys de Téhéran, mais aussi leur emprise sur les institutions de l’État.

Enfin, l’Arabie saoudite mène au Yémen une stratégie plus offensive, étroitement coordonnée avec le gouvernement internationalement reconnu et le Conseil de direction présidentiel installé à Aden. Riyad cherche désormais à unifier les forces anti-houthies, longtemps affaiblies par leurs divisions internes, afin de leur permettre de reprendre l’initiative face aux autorités de fait de Sanaa. Cette coordination combine un appui financier et militaire saoudien, le renforcement des institutions gouvernementales dans les régions du Sud et de l’Est, ainsi qu’une réaffirmation de la souveraineté du gouvernement légal sur l’espace aérien, les ports et les infrastructures stratégiques du pays. Les frappes menées contre la piste de l’aéroport de Sanaa le 13 juillet afin d’empêcher l’atterrissage d’un appareil iranien ont illustré ce nouveau partage des rôles. Le gouvernement yéménite en a revendiqué la responsabilité au nom de la défense de la souveraineté nationale (c’est à lui d’accorder ou non le droit d’atterrir dans l’aéroport international de Sanaa), tandis que Riyad lui apportait son soutien politique et opérationnel. L’épisode marque le passage d’une confrontation présentée autrefois comme une guerre directe entre l’Arabie saoudite et les Houthis à une action conduite, au moins formellement, par les institutions yéménites reconnues contre un pouvoir de Sanaa accusé d’agir comme le relais militaire et politique de Téhéran.

Cette évolution contribue à resserrer progressivement l’étau autour des principaux relais régionaux de la République islamique. Elle demeure toutefois risquée car les tirs de missiles et de drones contre l’aéroport saoudien d’Abha, en représailles aux frappes sur Sanaa, ont montré que les Houthis conservaient d’importantes capacités d’escalade et pouvaient encore tenter de transformer le front yéménite en prolongement de l’affrontement entre Washington, Riyad et Téhéran.

Israël en retrait

Washington semble également avoir cherché à définir des règles implicites destinées à éviter une nouvelle spirale d’escalade. Le théâtre d’opérations est volontairement limité aux zones côtières iraniennes et aux moyens directement liés au contrôle du détroit : batteries côtières, radars, drones navals, capacités de mouillage de mines ou embarcations rapides des Gardiens de la Révolution. Israël, acteur majeur de la campagne précédente, reste cette fois en retrait. Cette absence réduit le risque que le conflit soit immédiatement interprété à Téhéran comme une menace existentielle contre le régime lui-même.

De son côté, la réaction iranienne paraît, jusqu’à présent, s’inscrire dans cette logique de limitation. Les ripostes demeurent mesurées et visent principalement des objectifs militaires. L’Iran semble accepter, au moins temporairement, l’idée d’un affrontement circonscrit autour d’Ormuz sans chercher à provoquer une conflagration régionale susceptible de remettre en cause l’ensemble de ses intérêts stratégiques.

Cette attitude ne traduit probablement pas une volonté d’apaisement. Elle reflète davantage une logique de maîtrise de l’escalade. Téhéran semble considérer qu’il peut défendre sa crédibilité stratégique sans franchir le seuil qui entraînerait une intervention américaine beaucoup plus massive. Reste que toute stratégie reposant sur des règles implicites comporte un risque permanent d’erreur de calcul. Une attaque provoquant de lourdes pertes, un incident maritime majeur, une erreur d’identification ou l’initiative incontrôlée d’un acteur allié pourraient rapidement remettre en cause cet équilibre précaire.

Il est encore trop tôt pour déterminer si cette nouvelle stratégie américaine produira les effets recherchés. En revanche, plusieurs indicateurs permettront, dans les jours et les semaines à venir, d’en mesurer le succès ou l’échec.

Le premier sera économique. Tant que les prix du pétrole et du gaz demeureront sensiblement inférieurs aux sommets atteints lors de la crise de mars-avril 2026, on pourra considérer que les marchés jugent improbable une fermeture durable du détroit d’Ormuz et que la liberté de navigation reste globalement préservée.

Le deuxième sera militaire. L’évolution de la réponse iranienne constituera un test décisif. Si Téhéran continue de calibrer ses représailles en visant principalement des objectifs militaires, sans engager de campagne contre les infrastructures énergétiques des États du Golfe ni contre le trafic commercial international, cela signifiera que les mécanismes de maîtrise de l’escalade continuent de fonctionner. À l’inverse, une multiplication des frappes contre les terminaux pétroliers, les installations gazières ou les navires marchands signalerait un changement de stratégie iranienne et l’échec de la logique de confinement recherchée par Washington.

Enfin, un troisième indicateur sera politique. La capacité des États-Unis à préserver la cohésion de leur coalition régionale (monarchies du Golfe, Jordanie, gouvernement libanais, Irak et gouvernement yéménite) sera probablement aussi déterminante que les opérations militaires elles-mêmes. Tant que ces acteurs continueront à coordonner leurs actions contre les différents relais régionaux de l’Iran, Washington pourra espérer maintenir le conflit dans des limites compatibles avec son objectif principal d’empêcher le détroit d’Ormuz de redevenir le déclencheur d’un choc énergétique mondial et priver Téhéran de sa capacité à utiliser cette voie maritime comme un instrument de coercition stratégique à l’encontre des États du Golfe et, au-delà, de l’économie mondiale. En revanche, toute fissure au sein de cette coalition offrirait à Téhéran l’opportunité de déplacer l’affrontement sur un terrain plus favorable et de remettre en cause l’équilibre précaire actuellement observé.

La guerre d’Ormuz ne cherche pas à résoudre la question iranienne. Elle vise seulement à gérer l’une de ses conséquences les plus dangereuses. En ce sens, elle traduit peut-être une évolution plus profonde de la stratégie américaine au Moyen-Orient qui renonce aux ambitions de transformation régionale pour privilégier une simple logique de gestion des risques.

Le Château chantant

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Sumi Jo International Singing Competition 2026. DR.

Dans l’écrin fastueux du château solognot de La Ferté-Imbault (41) vient de s’achever, sous le patronage de la soprano sud-coréenne Sumi Jo, la deuxième édition d’une incontournable compétition de chant lyrique.


L’événement était programmé de longue date. Ouverte au public sur réservation, la première édition du Sumi Jo International Singing Competition, du 7 au 13 juillet 2024, promettait pour 2026 une deuxième édition tout aussi passionnante. Celle-ci vient de s’achever, le 11 juillet dernier, par un palmarès éloquent, magnifique, indiscutable, conclusion de six denses journées d’auditions, de récitals et de master classes. Le concours est ouvert à des chanteurs de toutes nationalités, âgés de 18 à 32 ans, avec un Premier prix doté, tout de même, d’un pactole de 50 000 € — ce n’est pas rien ! — et de 20 000 € pour le Second prix, 10 000 € pour le Troisième.

Nantis et mélomanes

Vingt-quatre artistes participaient cette année à l’événement, dont, in fine, onze sélectionnés pour la « Grande finale », précédée d’une « Petite finale » où le public, via une application dédiée, pouvait choisir son finaliste. Le jury était de haute volée : outre la susnommée Sumi Jo, on comptait le ténor Marcelo Álvarez, rien de moins que le conseiller artistique du Houston Grand Opera Jonathan Friend, le directeur de casting de la Scala Paolo Gavazzeni, le président émérite de Warner Classics & Erato Alain Lanceron, ainsi que l’administratrice artistique du Royal Opera House de Londres Melanie Allmendinger. Et pour présider ce jury ? L’élégantissime Olivier Ojzerowicz-Medinger, maître et seigneur des lieux.

Car si l’événement est sponsorisé — en particulier par Hyundai, par le Centre culturel coréen, par le département de Loir-et-Cher, etc. —, l’initiative part bel et bien d’une rencontre essentielle : celle de deux châtelains nantis et mélomanes, et d’une diva internationale à la carrière aussi longue qu’éblouissante. Il y a une dizaine d’années, Olivier O. Medinger et Geoffroy Medinger, plus encore esthètes que chefs d’entreprise, font l’acquisition de l’extraordinaire joyau architectural qui jouxte le village de Salbris, sis dans le Loir-et-Cher, au sud de la Sologne : La Ferté-Imbault.

Pour la petite — voire la grande — histoire, ledit château est bâti en lieu et place d’une ancienne forteresse érigée par Humbold, seigneur de Vierzon, à son retour de croisade, et dont les fondations remontent à l’an mille. Le château-fort évanoui aura l’heur de recevoir la visite de Jeanne d’Arc. Pendant la guerre de Cent Ans, l’édifice est détruit par les troupes du Prince Noir. Les alliances Brabant, Harcourt, Montmorency — on résume ! — mettent l’auguste demeure, en 1424, entre les mains de Robert II d’Estampes, seigneur de Valençay. Reconstruit à la Renaissance, puis en partie ravagé par un incendie pendant les guerres de Religion, La Ferté-Imbault est restauré et agrandi par le maréchal d’Estampes durant le premier quart du XVIIe siècle. C’est à ce grand officier de la couronne — et marquis de Salbris — qu’on doit l’addition de deux ailes, mais surtout de ces deux immenses communs longilignes, drapés de briques rouges et généreusement coiffés d’ardoises : construits vers 1620 pour accueillir la compagnie des Gendarmes du duc d’Orléans, dont l’homme de guerre était lieutenant, ils flanquent l’avant-cour du château dans une heureuse symétrie qui embellit fastueusement la perspective. Celui de gauche, à présent baptisé « galerie aux miroirs », est justement aménagé en salle de concerts, siège de la compétition. L’intérieur est éclairé d’opulents lustres de Bohême, le plateau décoré de toiles peintes pastichant le goût du Grand Siècle, et l’espace meublé, avec un goût très sûr, de sièges contemporains « classiques » où prend place l’assistance.

Autant dire que l’actuelle aventure plonge ses racines dans un passé haut en couleur. Ultime marquise de La Ferté-Imbault et fille de l’illustre Madame Geoffrin — dont le salon parisien était couru, comme on le sait, par l’Europe entière —, Marie-Thérèse d’Estampes, veuve de bonne heure, cède le domaine en 1748 à sa belle-sœur Sophie (1729-1763). Celui-ci transite ensuite dans sa descendance jusqu’à la Révolution, qui voit la chute de la maison d’Estampes. Après quoi se succèdent les propriétaires : Belmont, Choiseul-Gouffier, la veuve de ce dernier, Marie-Louise de Poix, puis l’Anglais protestant William Lee et les siens, une famille étrangère si peu prisée des locaux qu’en 1830, menacée d’être lynchée par des paysans armés de fourches, elle prend la fuite… Le domaine sera divisé entre héritiers de souche britannique, avant d’être racheté par le comte Fresson après la chute du Second Empire, puis revendu à plusieurs reprises à de grands bourgeois roturiers. Siège de la Kommandantur sous l’Occupation, La Ferté-Imbault bénéficie d’estimables restaurations dans les années 1960, mais surtout de celles pratiquées par l’architecte Alain Jouan, qui le rachète en 1997 alors qu’il tombait en ruine. Vingt ans plus tard, l’homme de l’art revend au couple Medinger ce chef-d’œuvre d’architecture inscrit aux Monuments historiques. Les deux passionnés s’emploient, depuis lors, à parfaire son éclat, et la musique participe pleinement à l’entreprise.

Ambiance caniculaire

Ceinturé de larges douves baignées par la Sauldre, La Ferté-Imbault sait recevoir son monde et rayonne, même sous le soleil de plomb de cette semaine inaugurant juillet dans une ambiance caniculaire. Le public a bien tombé la veste, mais s’est mis tout de même sur son trente-et-un pour honorer ses hôtes : l’accorte et brillante soprano colorature sud-coréenne, ses impétrants et les quatre jeunes pianistes (Rodolphe Lospied, Joasquin Otal, Andrey Vinichenko et Adrienne Dubois) qui se succèdent au clavier pour les accompagner. Des tentes-pagodes et autres chapiteaux de toile élégamment ouvragés sont disposés au pied du château illuminé, permettant de deviser pendant les entractes, dans la nuit tropicale tard tombée, assis sur de confortables sofas devant des rafraîchissements.

Le programme vespéral est serré : les deux premiers jours sont consacrés aux auditions des 24 candidats retenus (sur près de 600 candidatures à travers le monde, issues de 16 nationalités différentes — dont une du Cameroun et une autre du Zimbabwe, deux pays… sans opéra !). Lundi, mardi et mercredi, les trois premiers soirs donc, place aux récitals des candidats. Chacun choisit librement ses airs dans un répertoire éclectique qui va du baroque au post-romantisme, en passant par l’époque classique. Le jeudi se tient la « petite finale » des candidats retenus par le jury (plus deux autres « sauvés » in extremis, l’un par le président du jury, l’autre par Sumi Jo, sans compter l’heureux élu du public) : soit 11 finalistes (au lieu des huit initialement prévus) pour participer, le vendredi, à la « grande finale »… qui s’achève par l’annonce des lauréats et la remise des prix. En clôture, le samedi, une soirée de gala haut de gamme est organisée en présence des lauréats, avec la participation exceptionnelle de Sumi Jo !

Ainsi donc, la sélection 2026 aura réservé quelques jolis rebondissements. La veille de la « grande finale », le public avait porté ses suffrages sur la soprano ukrainienne Evelina Liubonko, 29 ans, l’assurant ainsi de disputer la finale. Puis, Olivier Medinger, en tant que président du jury, accorde une seconde chance au baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha, 27 ans, jusque-là écarté au cours de la « petite finale » où il chantait pourtant fort bien un air de Die tote Stadt, l’opéra du génial Korngold ! Belle intuition (partagée par votre serviteur, s’il ose se le permettre) : de fait, Trevor, contre toute attente, terminera avec un Premier prix en poche. C’est qu’il aura chanté, cette fois, « Son io, mio Carlo » du Don Carlo de Verdi, avec une force de conviction remarquable.

Trevor Haumschilt-Rocha et Evelina Liubonko

Là-dessus, Sumi Jo, à son tour, « repêche » la soprano chinoise Sun Fei — la rescapée sera gratifiée du Prix spécial décerné sous les auspices du Hyundai Motor Group —, quoique votre serviteur ne lui ait pas trouvé tant de ressources que cela, sans vouloir l’offenser. Mais si la soprano roumaine de 32 ans Paula Iancic méritait quant à elle son Troisième prix — grâce à une interprétation cristalline et fortement projetée d’un air tiré de Rusalka, le chef-d’œuvre de Dvořák —, la palme du Deuxième prix aura été ravie à bon escient par la captivante et caressante voix de basse du Coréen Seungho Yoo, 26 ans. Ce dernier a fait preuve d’une présence, d’une onctuosité et d’une délicatesse sans pareilles dans Don Carlos (version en langue française de l’opéra de Verdi), où le célèbre « Elle ne m’aime pas… elle ne m’a jamais aimé » fut admirablement exécuté. Son phrasé et son articulation impeccables s’alliaient, malgré la gracile juvénilité du chanteur, à une présence scénique propre à donner le frisson. Tout autant que le viril Trevor, il aurait eu la voix de Causeur pour un Premier Prix ex aequo…

Reste que c’est à travers ce genre de compétition que l’on mesure l’immensité du travail et la confiance en soi requises pour accéder, ne serait-ce qu’au rang âprement disputé de chanteur lyrique professionnel. Révélatrice des talents de demain, la manifestation, au-delà du cadre exceptionnel qui magnifie leur expression, est aussi le moyen d’offrir à tous les candidats une visibilité, voire un marchepied pour des récitals ou des tournées à l’étranger. Le Sumi Jo International Singing Competition n’a d’égal dans le monde que l’Operalia – The World Opera Competition (doté de 35 000 $), ainsi que le BBC Cardiff Singer of the World ou le Concours Reine Elisabeth en Belgique, qui sont pourtant moitié moins dotés.

En soutien à ces courageux artistes issus des cinq continents, si exigeants envers eux-mêmes, nous voilà allègrement en piste, déjà, pour affronter la troisième édition. Rendez-vous est pris en juillet 2028.

Iran: la bombe à jamais?

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Photo satellite de l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz après des frappes aériennes, Iran, 13 juin 2025 © Open Source Centre/Airbus Defence and Space

La doctrine iranienne du « seuil » – s’appuyer sur les infrastructures nucléaires civiles pour produire, le moment venu, la bombe atomique – atteint presque son but. Les récentes frappes américaines ont retardé le programme, mais seul un changement de régime pourrait empêcher Téhéran de devenir une puissance nucléaire.


Depuis la révolution islamiste en 1979, le régime iranien s’est construit autour d’un projet idéologique – pour ne pas dire un dessein divin – consistant à instaurer un empire chiite si puissant qu’il dominerait tout le Moyen-Orient et jouerait un rôle de premier ordre dans le monde. Dès le départ, la volonté d’effacer de la carte l’État national juif et le rejet de la civilisation américaine ont été un puissant carburant idéologique. Dans ce cadre, la possession de l’arme atomique a cristallisé les peurs des uns et les fanatismes des autres.

Survie du régime

Cependant, le programme nucléaire iranien ne date pas de l’accession au pouvoir de Khomeiny. Ses origines remontent en réalité au plan américain « Atoms for Peace », lancé dans les années 1950 sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi. S’y sont ajoutées, vingt ans après, plusieurs commandes de réacteurs nucléaires auprès d’entreprises allemandes et françaises, dans le but de faire de l’Iran une grande nation industrielle et énergétique. En 1979, la révolution islamique interrompt brutalement ce projet qui, aux yeux du nouveau pouvoir, constitue un héritage honni de l’ancien régime. La guerre Iran-Irak (1980-1988) modifiera profondément cette perception.

Petit à petit, les dirigeants de la République islamique prennent conscience de leur vulnérabilité stratégique. L’idée qui s’impose alors est que la survie du régime exige la maîtrise de capacités technologiques de dissuasion avancées. Dans les années 1990, l’Iran développe une coopération nucléaire avec la Russie, qui permet de finaliser notamment la construction de la centrale de Bouchehr, au bord du golfe Persique. En 2002, on apprend l’existence d’installations militaires secrètes à Natanz et Arak, près de Téhéran, ce qui ouvre une longue période de confrontation diplomatique avec les puissances occidentales et l’adoption de sanctions contre l’Iran.

Pourparlers permanents

Au bout d’une décennie de pourparlers, les négociations débouchent, en juillet 2015, sur le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), qui limite fortement l’enrichissement iranien en échange d’une levée des sanctions. L’accord est cependant fragilisé quand Donald Trump décide de s’en retirer en 2018. À partir de cette date, Téhéran reprend progressivement ses activités nucléaires et enrichit de l’uranium à des niveaux toujours plus élevés.

Parallèlement, Israéliens et Américains mènent pendant vingt ans une guerre de l’ombre. En conjuguant opérations de sabotage et assassinats ciblés, les deux pays alliés repoussent de façon substantielle l’échéance d’une bombe nucléaire iranienne. Mais si, sur le papier, leur objectif semble limpide (gagner du temps), il n’y a jamais eu de consensus précis sur des objectifs précis. Difficile en effet de s’entendre sur le niveau du danger (quel est l’état d’avancement du programme iranien ?) et la définition du palier d’alerte (à quel niveau d’enrichissement atteint-on le seuil de l’inacceptable ?).

Rappelons que pour disposer d’une capacité nucléaire militaire, un État doit réunir plusieurs ingrédients. Il lui faut non seulement une matière fissile (l’Iran a choisi l’uranium), mais aussi une charge qui sert de détonateur à la réaction nucléaire et enfin un vecteur – avion ou missile – capable d’emporter l’arme jusqu’à sa cible.

Au fil des années, le pays a ainsi construit un véritable écosystème nucléaire comprenant des capacités minières, des usines de conversion chimique, des installations d’enrichissement, des centres de recherche métallurgique et des infrastructures de production de composants avancés. Il ne s’agissait pas de fabriquer immédiatement une bombe, mais de maîtriser l’ensemble de la chaîne technologique pour être capable d’en produire une rapidement le jour où la décision politique serait prise. Grâce à cette stratégie de la « capacité de seuil », l’Iran pouvait jurer qu’il ne possédait pas d’arme nucléaire, mais se trouvait en mesure d’y parvenir rapidement.

Malgré la guerre des Douze Jours et le conflit qui vient de prendre fin, l’Iran possède toujours un stock significatif d’uranium enrichi à 60 %, ainsi qu’une plus faible quantité atteignant un niveau proche du seuil militaire de 90 %. L’explication est simple : depuis deux ans, une bonne partie du programme nucléaire a été déménagée dans des caves gigantesques situées sous des montagnes afin de le protéger d’éventuelles frappes aériennes.

Ces enfouissements expliquent la décision israélienne et américaine de recourir à la force en 2025, puis en 2026. À Jérusalem et à Washington, de nombreux responsables ont en effet estimé qu’une fenêtre d’opportunité était en train de se refermer. Une fois les stocks d’uranium enrichi, les centrifugeuses avancées et les éventuels travaux de militarisation transférés dans des installations profondément enterrées, leur destruction par des moyens aériens conventionnels serait devenue extrêmement difficile, voire impossible sans intervention américaine et emploi massif de bombes pénétrantes.

Dans ces conditions, si les deux dernières campagnes américano-israéliennes ont incontestablement ralenti le programme nucléaire iranien, l’ampleur du retard demeure difficile à évaluer. Du reste, Téhéran peut continuer à renforcer la protection de ses installations en les enfouissant toujours plus profondément. Surtout, le régime n’a plus à craindre, à court terme, une intervention militaire préventive de grande ampleur. Dans le même temps, le nouvel accord irano-américain pourrait lui permettre de bénéficier d’un allégement des sanctions, ainsi que de la libération d’avoirs gelés, lui procurant des ressources supplémentaires pour reconstruire ses capacités.

Pour lutter contre les ambitions nucléaires iraniennes, Israël ne dispose plus que des instruments de la guerre secrète. Seul un changement intérieur, au sein de la classe dirigeante ou sous l’effet d’un large mouvement populaire, peut modifier la donne. Il ne s’agit peut-être plus de savoir si la République islamique peut accéder au statut de puissance du seuil, mais à quelle échéance elle sera en mesure de se doter d’une capacité nucléaire militaire en quelques semaines. En signant la fin des hostilités le 17 juin, à Versailles, Donald Trump a sans doute cru conclure un de ces deals dont il a le secret. En réalité, il a remis un chèque en blanc aux gardiens de la Révolution islamique.

Pourquoi Marine Le Pen est à part…

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Marine Le Pen, candidate RN à l'élection présidentielle, a assisté au défilé militaire de Nice aux côtés d'Eric Ciotti, maire de la ville, le 14 juillet 2026 © Syspeo/SIPA

Poursuivie par le parti Renaissance pour avoir osé s’emparer du mot « renaissance » dans sa dernière campagne d’affichage, Marine Le Pen continue de susciter une hostilité politique hors norme. Philippe Bilger revient sur ce qui fait sa singularité dans notre vie politique.


Il y a des personnalités qui résistent à tout, et même, sur le plan politique, au fait qu’on n’a jamais voté pour elles et qu’on ne le fera jamais. Parce que leur existence, leur destin, leur être sont plus forts que ce qu’on pense et que, malgré l’antagonisme des idées, demeure une estime humaine pour elles.

Marine Le Pen est de celles-là, et ce n’est pas parce que, pour 2027, elle ne m’agréera pas que je me sens illégitime pour écrire ce billet. Ce dernier m’est venu précisément quand, comparant avec d’autres, j’ai pris conscience qu’avec elle, il était possible de dissocier idéologie et humanité.

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Ce ne serait pas le cas avec Jean-Luc Mélenchon dont l’ensemble du parcours et la plénitude du caractère, sur le plan public comme sur des registres plus personnels, ont démontré, en même temps que le talent, une forme de méchanceté, de violence, de mépris et de totale surestimation de soi. Comment oublier, pour la politique, la révérence et la soumission du Mélenchon officiel face à un François Mitterrand qui lui avait dit, comme à tant d’autres, qu’il était le meilleur, avant de devenir le gourou idolâtré d’un mouvement dont l’appétence pour une subversion révolutionnaire est équivalente au classicisme très orthodoxe de la première mouture de son créateur ? Y a-t-il eu, de la part des médias, un portrait, un opprobre à la mesure de cette trajectoire plus qu’équivoque dont le rêve d’aboutissement serait de devenir notre président ?

On comprend mieux pourquoi Marine Le Pen est à part, à considérer sa résilience face aux multiples attaques qui, sur tous les registres, l’ont continuellement accablée, sa lucidité devant les échecs dont elle a été responsable, sa constance au regard de ses déconvenues présidentielles.

Aimant son père, elle a dû le renier un temps parce qu’il était trop sulfureux et provocateur dans ses éructations historiques, avant de se réconcilier avec lui à la fin de son existence. Même de ce déchirement qu’elle a initié avec émotion et courage, on ne lui a pas su gré.

Le procès politique permanent

La plupart des médias, depuis toujours, pour démontrer une indépendance facile à afficher, n’ont pas été, avec elle et ses soutiens, d’une exemplaire honnêteté ni d’une démarche équilibrée, puisqu’elle était le Mal et que ses adversaires, même les pires, méritaient d’être sanctifiés rien que pour cela.

Faute de savoir s’opposer efficacement au RN sur le plan politique – lequel, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, a poursuivi son ascension, si bien que le président de la République, qui aspirait à quitter le pouvoir après nous en avoir débarrassés, risque de nous le laisser en position possible, voire probable, de victoire – tous ses opposants ont abusé du registre éthique, qui n’a eu rigoureusement aucun effet.

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Parce qu’ils ont oublié que l’état de la France, le réel, l’échec grave des gouvernements classiques et « honorables » et le désespoir d’un peuple lassé d’attendre qu’on vienne à son aide étaient, à tort ou à raison, la meilleure argumentation en faveur du RN.

Le « deux poids, deux mesures » – je ne songe pas ici à sa dernière affaire en appel, où elle était accablée systématiquement – n’était pas le moindre de ses handicaps. Il lui fallait pourtant faire bonne figure. Aurait-elle témoigné, si peu que ce soit, d’un irrespect à l’égard de la justice comparable à celui de Nicolas Sarkozy qu’elle aurait été stigmatisée à vie !

Elle fait partie de notre paysage politique et, en qualifiant, contre toutes les évidences historiques et idéologiques, le RN de fasciste, de nazi, au mieux d’extrême droite, on croit porter atteinte à son avancée considérable dans les enquêtes d’opinion, qui ne garantit pas son élection en 2027, sauf si elle est seulement contestée par un Mélenchon ou un politicien rompu, se croyant habile, choisi faute de mieux mais sans réel courage politique.

L’ultime chance de 2027

Pour la dernière fois, elle va se présenter à l’élection présidentielle et elle est aussi à part parce que, sur l’établi politique, elle n’a cessé d’apprendre ni de se perfectionner. Il suffit de voir comment, entre les mandats, elle a accru ses chances en progressant sur les plans technique et intellectuel, au point qu’on peut se demander si, performante dans les intervalles, elle ne finira pas par l’être le jour J, en 2027 !

Elle est à part parce que, croyant l’abattre, on lui a redonné de la vigueur. À la suite de sa dernière condamnation, on met en cause son intégrité, et on a raison, mais quel politicien patenté est suffisamment digne et irréprochable pour lui jeter, dégoûté, la première pierre ?

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Dans la campagne à venir, la haine prospérera car, avec Marine Le Pen, tout est permis. Elle y mettra certainement du sien. Qu’on n’oublie pas que sa destinée a une longue habitude de ces tempêtes et de ces affrontements et que c’est son ultime chance. Être contre Marine Le Pen ne sera plus un argument suffisant.

14 juillet 2027: juste une petite question de rien du tout…

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Le président Macron et le Chef d'état-major des armées Fabien Mandon, 14 juillet 2026 © Benoit Tessier/AP/SIPA

La grande muette et la grande gueule: à quoi ressemblera notre beau défilé militaire, lors de la prochaine fête nationale, si Jean-Luc Mélenchon est élu? Aux larmes, citoyens!


Le beau défilé du 14 juillet 2026 à peine terminé, on ne peut s’empêcher de se projeter vers le suivant, celui de 2027.

Après dix années, voilà que sonne l’heure de la quille pour le président Macron. On devine le pincement au cœur qu’il a dû ressentir aux derniers accents de l’ultime Marseillaise. Émotion probablement partagée par la Première dame, toujours si élégante, cette fois toute de blanc vêtue.

On imagine aussi l’excitation, sans doute contenue, prudemment dissimulée, des candidats — officiellement déclarés ou non — devant ces images qu’ils se prennent sans doute à regarder d’un œil neuf, se répétant à voix très basse mais tout frémissants d’excitation : « L’an prochain, ce sera moi, peut-être bien, là, sur l’estrade, au premier rang au milieu de ce très beau monde, salué bien bas par ces hauts gradés, ces huiles internationales… » Tous espèrent, ce qui est bien naturel. Tous en rêvent, évidemment.

Un surtout, peut-être bien un avec qui — s’il arrive au bout de la course et en sort vainqueur — l’ordonnancement de cette grande, belle et vivifiante cérémonie nationale risque de se voir bouleversé du tout au tout. Je pense évidemment à Jean-Luc Mélenchon.

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Aussi, je m’étonne que nos confrères n’aient pas pensé à lui poser cette question toute bête : « Que sera le 14-Juillet sous l’ère Mélenchon, sous l’oriflamme LFI ? À quoi le peuple de France — de la France Nouvelle, puisqu’il s’agira de cela — doit-il s’attendre ? »

Défilé probablement sans ces forces armées, toujours suspectes de virer fascistes à la première opportunité, viciées de nostalgie coloniale ? Sans aucune évocation possible de la Gendarmerie nationale et autres forces de l’ordre, ces hordes détestables qui, à l’instar de la police, ne font rien qu’à tuer les braves gars, les insoumis du refus d’obtempérer, les besogneux du caillassage de flics, du pillage d’échoppe, de la vente à la sauvette de poudre de perlimpinpin ? Pas de démonstration de matériel belliciste non plus, cela va de soi ? Quant aux invités, à part le Coréen du Nord, le Cubain, quelques communisants d’anciennes colonies d’Asie, éventuellement un quelconque dictateur survivant sud-américain ? Qui ? À la tribune, quel Premier ministre ? Monsieur Bagayoko, celui qui se voit déjà, à l’entendre, calife à la place du calife ? Oui, qui ? On brûle de savoir.

En effet, il serait bien intéressant, ces jours-ci, d’entendre M. Mélenchon sur sa conception du défilé et des commémorations du 14 juillet 2027 s’il venait à être élu président de la République. Cela nous en dirait infiniment plus long sur la nature du régime en gestation que le baratin électoraliste qui va nous être infligé à haute dose d’ici le scrutin et qui ne servira qu’à endormir et berner le bon peuple. Allons, dis-nous, camarade Mélenchon, quel 14 juillet 2027 tu nous ferais, et nous serions alors parfaitement éclairés sur le programme — le vrai, le vrai de vrai — que tu portes, sur la nature de la sauce à laquelle tu te prépares à manger notre démocratie plus ou moins libérale…

Exclusivité mondiale : la patrouille de France dessine le visage de notre cher leader dans le ciel de Paris. A moins que ce ne soit l’intelligence artificielle. OpenAI.

France-Espagne: «la Rouge» sort les Bleus

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La joie de Pedro Porro, auteur du deuxième but du match France-Espagne. Dallas, 14 juillet 2026 © Daniel McGregor-Huyer/ZUMA/SIPA

L’Espagne domine et élimine une équipe de France décevante. C’est elle qui affrontera l’Angleterre ou l’Argentine en finale de la Coupe du monde – et qui pourra voir Donald Trump.


Ce 14 juillet, les Français n’ont pas été à la fête à Dallas où ils se sont inclinés, en demi-finale de la Coupe du monde de foot, face à l’Espagne par 2 à 0. La Roja (la Rouge) les a stoppés dans leur ambition de conquérir une troisième étoile.

Au revoir, Dédé

« Ils étaient nettement au-dessus de nous », a reconnu au micro de la Six, qui retransmettait le match en facturant jusqu’à 390 000€ les 20 secondes de publicité, Didier Deschamps. Cette défaite scelle, comme il l’avait annoncé avant le début du tournoi, son destin de sélectionneur-entraîneur (coach dans le franglais contemporain, cochet dans celui des siècles précédents) de l’équipe de France.

Par ce propos, il a coupé court à toute polémique, notamment au sujet du penalty à la 22e minute qui a permis à l’attaquant basque de la sélection rouge et or, Mikel Oyarzabal, d’ouvrir le score. Bien sûr déçu, il reconnaissait sans réserve la supériorité des Ibères, qui fait d’eux de sérieux postulants pour soulever la Coupe dimanche prochain, soit face à l’Argentine, détentrice du titre, soit face à l’Angleterre qui court après ce trophée depuis 1966, année où elle avait conquis son unique étoile.

La France comme anesthésiée

Pourtant, bien qu’elle figurât parmi les favorites avec la France, l’Espagne avait mal entamé cette Coupe, concédant lors de son premier match de poule un nul (0-0) face au très modeste Cap-Vert, qui participait à son premier Mondial. Une entrée en matière déconcertante, imputable à la prestation du gardien cap-verdien, Vozinha (40 ans et, a-t-on appris depuis, à moitié borgne de l’œil droit). Très rapidement, la Roja a remis les pendules à l’heure, notamment en éliminant le Portugal de Cristiano Ronaldo en 8e de finale (1-0). Puis, en quart, elle a plié la Belgique en lui passant deux buts et en n’en encaissant qu’un seul.

Le Français Kylian Mbappé (à gauche) court avec le ballon sous la pression des Espagnols Pedro Porro (au centre) et Pau Cubarsí (à droite), lors de la demi-finale de la Coupe du monde, Dallas, 14 juillet 2026 (C) Leo Barrilari/SPP/Shutterstock/SIPA

Après la victoire de la Roja, tous les commentateurs louangeaient son jeu de petites passes qui anesthésie l’adversaire, s’apparentant à l’art du matador qui prépare le moment de l’estocade fatale. La fin du match s’est étirée sans que, toutefois, les Bleus ne mettent en difficulté Unai Simón, le gardien basque de la cage espagnole.

Cette défaite des Bleus prive Kylian Mbappé du titre de meilleur buteur de cette Coupe, qu’il appelait de ses vœux. Il était, jusqu’à cette élimination où il est resté stérile, à égalité avec Messi (sept réalisations chacun). Mais l’Argentin peut désormais prendre l’avantage mercredi lors de la demi-finale contre l’Angleterre, et, si le sort lui sourit, en finale contre l’Espagne dimanche prochain…

Suicide assisté : pensez à ceux qui restent…

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Une scène du film documentaire "Anesthésia", traitant du débat sur l'euthanasie à travers six pays (France, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Canada, Écosse). © Orawa Films

Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel après le vote de la loi sur « l’aide à mourir », le débat continue de se focaliser sur l’autonomie du patient et les garanties juridiques du texte. Marie-Lys Pellissier souligne qu’une question demeure largement absente des discussions : que devient la vie de ceux qui restent après un suicide assisté ?


« Le choc, après, c’est une autre histoire, et on est seul avec ça. » Maïa Simon, actrice et comédienne française, est morte par suicide assisté en Suisse le 19 septembre 2007. Dans le film Anesthesia, sorti en juin 2026, ses amis qui l’ont accompagnée pour ce geste ultime témoignent. Si, dans les débats autour de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, on a beaucoup disserté sur l’autonomie et l’autodétermination du patient, nous avons peu parlé de ceux qui restent…

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Ceux qui ont vécu personnellement la réalité du suicide connaissent le choc et les sentiments que cela engendre. « Chaque suicide est une catastrophe, à l’origine de beaucoup de douleurs ou de traumatismes chez les proches, et il peut être l’un des évènements les plus difficiles auxquels sont confrontés les professionnels de santé », affirme Pierre Thomas, professeur de psychiatrie à l’université de Lille, également cité par le ministère. Selon l’étude IMTAP, un suicide affecte plus de vingt personnes. Outre le stress post-traumatique, les sentiments de honte et de culpabilité qui peuvent survenir après un suicide, il existe aussi un risque accru, pour les proches, de recourir eux-mêmes au suicide. Le ministère de la Santé intègre ce phénomène de contagion suicidaire, démontré par le sociologue américain David Phillips en 1974, dans la stratégie nationale de prévention du suicide. 

« Personne n’est prêt à voir quelqu’un se suicider devant nous, personne, c’est faux »

On nous répondra sans doute que l’euthanasie et le suicide assisté n’ont rien à voir avec cette réalité. C’est au nom de cette conviction que certains législateurs ont tenu à supprimer le terme de « suicide assisté » dans la loi Falorni. Rebaptisé « aide à mourir », cet acte est, selon eux, bien loin de la réalité violente du suicide, puisqu’il est encadré dans un « accompagnement de fin de vie ». Si la mort est peut-être plus « douce » pour le patient, peut-on en dire autant pour les proches ?

Certes, ceux-ci ne seront pas pris au dépourvu : ils ne subiront ni l’inattendu, ni le choc de l’annonce, ni la découverte du drame. La date de la mort étant fixée à l’avance, le processus de deuil serait déjà enclenché. Et puis, le pronostic vital est engagé (en réalité, la personne peut encore avoir des années à vivre). Mais est-on vraiment prêt à accompagner le suicide d’un proche ?

Une mort choisie, un fardeau imposé

L’épithète « assisté » ne change pas la nature de l’acte pour le patient, mais elle prend bien une tout autre dimension pour celui qui est justement appelé à assister. Maïa a demandé à trois de ses amis de l’accompagner en Suisse. L’un d’eux devait conduire : « Je deviens le chauffeur, le gars qui va l’accompagner vers la mort. C’est quand même pas rien ! » Par amitié, ils ont accepté d’assister à ce moment tragique. Mais à quel prix ? Dans la loi Falorni, seul le médecin prend la décision d’accéder à la demande du patient. Les proches n’ont aucun rôle dans la procédure. Ils ne sont informés de la demande de suicide que si le patient le souhaite. Cette mort volontaire leur est donc, dans tous les cas, imposée. De plus, ils devront la cautionner, a minima l’accepter, et parfois y concourir.

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Alors qu’est profondément inscrit en nous l’instinct de survie, le secours à la personne en danger et l’interdit de tuer, le suicide assisté ne pourra que laisser des traces incomparables à celles d’une mort naturelle. « Ce droit n’enlèvera rien à personne »… sauf la vie d’un proche et la paix de ceux qui restent.

Fin de mandat, fin de vie…

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Manifestation contre l'euthanasie, Paris, 18 janvier 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

La « fin de vie » administrée constituera le triste épilogue du second quinquennat Macron


Malgré l’accélération choquante dont le président a fait bénéficier la loi sur la fin de vie pour la faire voter le plus rapidement possible, le 15 juillet sans doute, a-t-on encore le droit de signifier à tous ceux qui prétendent, avec bonne conscience, prendre en charge nos derniers moments intimes, de quelque nature qu’ils soient, qu’on ne leur a rien demandé ? Considérant, sur ce plan, la triste fin de ce second mandat, qui marque un déclin civilisationnel, comment ne pas songer, à rebours, aux lenteurs, atermoiements et abstentions dont Emmanuel Macron a fait pâtir la France dans le registre régalien, d’abord à cause de la médiocre méthode du « en même temps » et aussi d’une sensibilité d’intellectuel progressiste ayant trop longtemps minimisé la délinquance et la criminalité ?

Chaque fois que le président s’est directement immiscé dans le sociétal et dans le cours d’affaires particulières, ce fut pour le pire. La loi sur la fin de vie, évidemment, mais, auparavant, la mort de Nahel ! Sur l’euthanasie, des argumentations contradictoires ont été développées, des pensées élevées ont été exprimées, favorables ou défavorables aux futures dispositions. Mais, dans cette multitude qui aurait dû au moins faire taire les péremptoires de la cause mortifère, on ne peut passer sous silence la constante, intelligente et humaniste lutte d’un Philippe Juvin. Ce dernier, sans la moindre démagogie ni la moindre envie de stigmatiser l’adversaire, a rappelé les terribles risques de cette loi à venir, l’inégalité sociale qu’elle porte en son sein et les possibles dérives que les limites d’aujourd’hui pourront engendrer demain. Alors que les soins palliatifs amplifiés constitueraient une alternative à la fois apaisante et humaine. À ses côtés, tout récemment, la publication d’un admirable texte de Michel Houellebecq, « Fin de vie : la mer noircie de sang », dans Le Figaro, est venue rappeler combien cet écrivain génial s’est investi, depuis le début, sur les plans philosophique, social, civilisationnel et d’une humanité profonde, dans un combat où sa désinvolture, son ironie et sa distance critique n’ont plus cours. À leur place, une indignation froide, cinglante, toute de stupéfaction devant ce que notre société est prête à valider et qui, pour lui, constitue une monstruosité à l’égard des plus faibles, des plus vulnérables, avec cet argument passe-partout d’une dignité qui imposerait la mort, alors que l’authentique dignité préserverait les existences menacées le plus longtemps possible. Ce monde « nihiliste » qu’il a annoncé, mais dont il ne s’est jamais réjoui, va rendre « plus facile de mourir » – lui qui aurait préféré « un monde où l’on puisse vivre ».

C’eût été une autre ambition, et autrement exaltante, pour cette fin de mandat, que cette fin de vie administrée nous dépossédant de cet idéal qui, contre vents et marées, faisait de l’accompagnement de la vie jusqu’à son terme notre condition commune, une destinée partagée.

IA: la direction du futur

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Le robot Maria dans Metropolis de Fritz Lang, 1927. Un siècle plus tard, la dystopie imaginée par le cinéaste résonne avec les interrogations suscitées par l’IA. DR.

Le pape est à deux doigts d’excommunier ChatGPT, les bac +8 tremblent d’être remplacés par oncle Claude et Gabriel Attal propose de « prompter » dès le berceau… L’IA met partout un monstrueux bazar. L’algorithme nous fait maintenant la loi, la guerre et la morale, entre deux smileys. Priez pour nous, pauvres prompteurs ! Serions-nous tous caducs ?


L’action se passe dans une métropole futuriste. Tandis que les beaux quartiers abritent une population oisive et festive, qui profite à plein du progrès technique, la ville basse, elle, fourmille d’esclaves, trimant inlassablement dans des usines reliées à une impitoyable « machine cœur ». Chacun aura reconnu le chef-d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis, et ceux qui ont la mémoire des dates se souviennent peut-être que cette dystopie, réalisée en 1926, est censée se passer un siècle plus tard, soit… en 2026.

L’autre grand remplacement

Visionnaire à bien des égards, le scénario n’a cependant pas anticipé une réalité de notre temps présent : à l’heure de l’IA, la modernité ne lamine pas seulement le monde ouvrier, mais aussi les médecins, les juristes, les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, désormais menacés d’être remplacés, en partie du moins, par des machines « pensantes ». Quant à ceux qui s’imaginent que les programmes LLM (Large Language Model) sont de simples « perroquets stochastiques » inaptes à créer quoi que ce soit, nous les invitons à lire Raphaël Doan dans notre grand dossier, très lucide quant aux développements extraordinaires en cours.

Fritz Lang avait donc vu juste. 2026 est une année charnière dans l’histoire technologique. Pour la première fois, l’activité des « bots » (agents logiciels autonomes) a dépassé le seuil de 50 % du trafic web mondial. Et pour la première fois aussi, un homme, Elon Musk, est devenu billionnaire en dollars suite à l’introduction en bourse il y a quelques semaines de sa société Space X qui, ainsi que son nom ne l’indique pas, n’est pas seulement une entreprise de fusées et d’exploration spatiale, mais aussi un vaste projet d’IA, consistant à placer sur orbite autour de la Terre des serveurs informatiques – on parle de près d’un million de satellites.

Face à ces avancées vertigineuses, que faire ? S’adapter servilement aux géants du numérique américains, en « apprenant à prompter dès l’école », comme vient de le préconiser le candidat à la présidentielle Gabriel Attal ? Débrancher nos box internet et entrer en résistance, suivant le conseil du dernier livre d’Abel Quentin, Sanctuaires, qui compare notre civilisation techno-dépendante à un vieux catcheur botoxé et stéroïdé dont la fin est proche malgré les apparences ? À moins qu’une voie intermédiaire soit possible entre progressisme béat et archaïsme rêveur ?

Humains vs. machines, le combat du siècle

Les intellectuels que nous avons sollicités dans notre dossier – le directeur des Éditions du Cerf, Jean-François Colosimo, le président de l’Association pour la défense de la nation, Gaël Nofri et le président d’Arte Bruno Patino – pensent qu’un tel chemin existe. Sans être forcément des papistes chevronnés, tous donnent raison à leur manière à l’encyclique publiée en mai dernier par Léon XIV, qui appelle à encadrer l’IA et à brider les puissants patrons qui en détiennent les clés.

Il n’est pas étonnant que le souverain pontife se soit emparé de cette question. Bien davantage que la machine à vapeur, l’aviation ou la télévision, l’IA rivalise directement avec Dieu. Invention presque inarrêtable, peut-être même déjà capable d’imaginer sui generi les moyens de sa propre persévérance, elle connaît presque tout sur tout et sait procurer à ses utilisateurs l’écoute et le réconfort dont ils ont besoin dans les moments difficiles de l’existence.

À la fois éternelle, omnisciente et consolatrice des âmes : que demander de plus à l’IA ? Le droit de vie et de mort sur les humains peut-être. Des déclinaisons militaires de l’IA sont en train d’être mises au point sous le nom de « Maven » aux États-Unis ou de « Pendragon » en France. Dotés de budgets record, ces logiciels de défense sont employés pour analyser les données des satellites, des drones et des réseaux sociaux, identifier des cibles ennemies et suggérer à l’opérateur un tir, qu’ils n’ont toutefois pas vocation à engager eux-mêmes, en respect des préconisations de l’ONU, du Pentagone et de l’Union européenne.

Reste que la machine tueuse autosupervisée – et donc potentiellement incontrôlable – n’est plus un fantasme d’écrivain de science-fiction, comme le note le journaliste au Daily Telegraph Andrew Orlowski. L’IA s’apparente à ce titre au nucléaire. Source de grand confort, elle peut tout autant mener tout simplement à l’apocalypse, du moins si les nations ne prennent pas leurs responsabilités. Heureusement, une activité de l’esprit échappe encore à sa mainmise : la politique. Pour l’heure, ni ChatGPT, ni Grok, ni Claude n’arrivent à prédire ce que Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jinping décideront ou annonceront demain. La démonstration peut sembler absurde, mais le désordre géopolitique actuel, aussi atroce soit-il pour ceux qui en pâtissent, est bien la preuve que notre monde est loin d’être soumis aux algorithmes de la Silicon Valley. Le chaos est le propre de l’homme.