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Iran: d’un Khamenei au suivant?

Aux dernières nouvelles, c’est Mojtaba Khamenei qui tenait la corde pour succéder à son père comme guide suprême à Téhéran. Malgré la mort de Ali Khamenei, le régime iranien reste puissant grâce au corps des Gardiens de la révolution. Cette probable succession reflète les intérêts économiques et politiques du système. Tout accommodement diplomatique avec cette dictature est illusoire, soutient notre contributeur.


La mort de Khamenei et d’une grande partie des responsables du régime dans ce qui restera dans l’histoire comme un fantastique succès du renseignement, du commandement, de la technologie et du professionnalisme israéliens n’a cependant pas anéanti le potentiel de nuisance de la dictature iranienne et ne l’a pas entièrement décapitée. 

No Pasdaran !

Sur le plan militaire, la chaîne de commande des Pasdaran est décentralisée, ce qui laisse une autonomie d’action aux directions régionales. Dans un pays trois fois grand comme la France, cela implique que le travail d’éradication militaire entrepris par les Américains et les Israéliens risque d’être long mais aussi que les initiatives de commandants locaux expliquent peut-être des décisions incompréhensibles. Bombarder des pays arabes alliés ou neutres avec l’idée que ces pays demanderont aux Américains d’arrêter la guerre, Israël n’aurait pas pu rêver d’une décision aussi absurde. Mais il se peut que la faible répercussion de l’assassinat en 48 heures de dizaines de milliers de manifestants désarmés en janvier ait entrainé les Mollahs dans un sentiment d’omnipotence.

Sur le plan institutionnel, à la mort du Guide le samedi 28 février fait suite un triumvirat intérimaire en accord avec la Constitution. Mais dès mardi, ce triumvirat devait céder la place à Mojtaba Khamenei, fils de Ali Khamenei, élu par l’Assemblée des experts. Cette nomination n’était pas officiellement confirmée le mercredi 4 mars au soir.

Pas assez expert, mon fils !

Mojtaba n’est qu’un clerc de rang moyen alors que la loi impose que la place de maître absolu du pays soit attribuée à un dignitaire religieux de haut niveau. Ce problème s’était posé en 1989 avec son père, qui à l’époque du Shah avait passé plus de temps en prison que dans une université religieuse… Il devait son élection à une alliance avec le rusé Rafsandjani qui sut convaincre l’Assemblée des Experts d’assouplir ses critères pour barrer la route au successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, qui s’était permis de dénoncer les énormes massacres dans les prisons quelques mois auparavant.

Une fois nommé Guide Suprême, Khamenei a marginalisé Rafsandjani. Il s’est fait attribuer le titre d’Ayatollah puis l’appellation de Marja et Source d’imitation, censée lui conférer un prestige équivalent à celui de Ali Sistani de Najaf, considéré comme la plus grande autorité religieuse du chiisme duodécimain.

Le vieux Sistani, 95 ans, qui s’était pourtant toujours opposé à la doctrine de Khomeini de tutelle absolue du juriste religieux sur le politique, Velayat-e faqih, a reconnu le caractère de martyre à la mort de Khamenei. Les familles des innombrables victimes de ce dernier apprécieront…

Au boulot !

Ali Larijani DR.

Les faibles compétences de Mojtaba Khamenei sont passées au second rang, alors que d’autres candidats, tel Alireza Arefi, membre du triumvirat, ou le petit-fils de Khomeini avaient un pedigree religieux plus fourni. En revanche, l’insubmersible Ali Larijani ne pouvait pas postuler car il n’est pas un clerc. Apprécié par certains occidentaux qui le considèrent comme un politicien influent, cultivé et réaliste, il a couvert et parfois encouragé tous les crimes d’un régime où il a par ailleurs beaucoup d’ennemis.

Mojtaba porte un turban noir, il descend donc du prophète et son absence à la réunion au cours de laquelle son père a été tué passera pour un miracle signant la bienveillance à son égard de l’imam caché.

La rapidité avec laquelle l’Assemblée des experts l’a choisi indique la pression des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Ceux-ci sont en effet ses partenaires dans la mise en coupe réglée de l’économie iranienne. C’est le Guide Suprême et lui seul qui dispose des biens confisqués après la révolution de 1979. Ce gigantesque conglomérat, évalué à près de 200 milliards de dollars fait de la famille Khamenei l’une des plus riches du monde. Dans un Iran dont la population vit dans la misère, ces richesses servent, sous couvert d’un discours religieux, guerrier, messianique, violemment anti-occidental et prônant ouvertement l’annihilation d’Israel, à consacrer aux activités militaires, au soutien des proxies et à une charité intéressée des sommes considérables. 

Bons sentiments

Les Pasdaran profitent de leur mainmise sur des ressources énergétiques devenues difficiles à exporter du fait des sanctions internationales pour se livrer à un juteux trafic de minage de bitcoins. Grâce aux machines énergivores d’analyse cryptographique, l’embargo a transformé à leur profit l’électricité issue de gaz ou de pétrole en actifs numériques liquides. Nul doute que Mojtaba Khamenei connait ces mécanismes mieux que la jurisprudence religieuse. 

Soutenu par de tels profiteurs, par les militants fanatiques et les familles pauvres à qui les fils enrôlés dans les Bassidji ouvrent une promotion sociale, le régime ne s’effondrera que par une guerre. J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques sincères peuvent vitupérer les violations du droit international, promouvoir le retour à la table des négociations et exciper du risque de chaos pour appeler, in fine, à faire confiance à une ONU gangrenée et inefficace.

Je me demande comment les mêmes auraient réagi en juin 40 et plus tard aux tentatives de paix séparée des nazis. Je pense à la photo d’Emmanuel Macron, à son sourire un peu crispé avec le président iranien feu Ebrahim Raissi, protégé de Ali Khamenei et auteur principal des massacres de 1988. A quoi bon parler à un tel homme qui ne connait que les rapports de force ? Le régime des mollahs est une honte absolue et un danger pour Israël mais aussi pour le monde démocratique et laïque.

Tout accommodement est une illusion. Le peuple iranien n’a pas aujourd’hui les moyens, on l’a vu en janvier, de renverser seul une dictature aussi féroce. Aider ce peuple, c’est nous aider nous-mêmes. Se limiter aux bons sentiments et aux belles paroles relève de l’aveuglement et devient une obscénité.

«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Relire la première partie.

Causeur. Peut-on mener une politique de la beauté à Paris ?

Sarah Knafo. Pourquoi pas, puisqu’il y a aujourd’hui une politique de la laideur ? Je veux rétablir le mobilier urbain iconique de Paris. Nous allons remplacer les bancs, les réverbères, les corbeilles de rue, les abribus et les kiosques à journaux avec des modèles fidèles à l’identité esthétique de Paris. Je vais mettre l’urbanisme au service du Beau. Ce qui a fait la beauté de Paris, c’est un cahier des charges précis pour toutes les nouvelles constructions, comme dans tant de villages magnifiques de Normandie ou du Pays basque, qui exige que les nouvelles constructions s’insèrent harmonieusement dans le paysage. Il faut rompre définitivement avec l’idéologie du « fonctionnalisme » architectural. Les émules de Le Corbusier, cet architecte qui voyait la merveilleuse Rome comme un « musée des horreurs », parce qu’il détestait la beauté, l’ornement, la décoration, les fontaines… Ces gens ont tellement abîmé Paris ! Je propose de renouer avec les principes du baron Haussmann, encore étudiés aujourd’hui par les urbanistes du monde entier, car il a su bâtir une ville lumineuse, intelligente, propre et harmonieuse.

Une « politique de la laideur » : mobilier urbain et dispositifs de voirie, en rupture avec l’héritage haussmannien et le souci du Beau. DR.

Vous voulez qu’on construise des pastiches haussmanniens ?

Non. Je veux qu’on retrouve ce qui a fait la force de l’urbanisme parisien pendant des siècles : innover sans renier. Regardez la place des Vosges en 1612, avec ses briques et ses arcades, puis le Paris d’Haussmann deux siècles et demi plus tard, avec sa pierre de taille et ses grands boulevards. Tout a changé, les matériaux, les échelles, les usages, et pourtant c’est la même ville, la même élégance, la même évidence. Demandez à n’importe quel touriste américain, il vous dira « that’s so french ». Jusqu’au xxe siècle, chaque génération a amélioré le style, en utilisant des matériaux plus durables, des techniques plus audacieuses, sans faire totalement table rase. Et puis on a rompu avec cette tradition. Mon ambition, c’est de renouer avec cette exigence du Beau qui a fait de Paris la plus belle ville du monde.

Ce qui nous amène à la question du logement. Aujourd’hui, Paris est peuplée de bourgeois, de fonctionnaires et de pauvres qui les servent. Comment faites-vous pour faire revenir les familles et les classes moyennes ?

Je mets fin à la politique socialiste qui a créé la pénurie, avec l’encadrement des loyers et la folle politique qui veut transformer Paris en HLM géant. Nous sommes aujourd’hui à 25 % de logements sociaux, le candidat de gauche veut arriver à 40 %.

Ce faisant, Anne Hidalgo n’a-t-elle pas défendu les locataires et les classes populaires ?

L’encadrement des loyers est la pire des fausses bonnes idées, et on le sait depuis longtemps. Les mesures d’encadrement des loyers prises à travers la planète s’arrêtent en moyenne au bout de cinq ou six ans, tant ses résultats sont catastrophiques. En France, on a voulu en sortir dès 1948 (avec la loi libérant les loyers des logements neufs ou rénovés). On avait déjà compris que cette mesure communiste produisait de la pénurie et donc l’impossibilité de se loger. Même François Mitterrand n’est pas revenu dessus ! Il a donc fallu attendre Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour que la loi permette aux collectivités qui le souhaitaient d’encadrer les loyers. Seules des villes de gauche l’ont utilisée. Ce qui n’a évidemment pas empêché les loyers de continuer de monter. La Mairie de Paris parle d’une « modération de la hausse des loyers ». En français normal, ça veut dire : « Les loyers augmentent ! »

Comment expliquer ce paradoxe ?

Par le fait que chaque fois que vous tentez de brider l’économie, l’économie se venge. Les propriétaires décident de louer leurs biens sur Airbnb pour retrouver de la rentabilité, par exemple…

Anne Hidalgo lors d’une cérémonie marquant le quatrième anniversaire de la police municipale parisienne, Paris, 28 novembre 2025. (C) Franck Derouda/SIPA

Oui, mais la Mairie leur a imposé une limitation du nombre de nuits autorisées en Airbnb – 90 par an au maximum.

Raison pour laquelle certains propriétaires ont tout simplement renoncé à louer leur bien, se retrouvant alors à payer une taxe sur les logements vacants ! Les plus malins toutefois ont trouvé une autre martingale : louer leur bien avec le statut de résidence secondaire, qui échappe à l’encadrement des loyers. Qu’a fait la mairie ? Elle a créé une brigade de contrôle des locations ! Trente inspecteurs qui vont voir les locataires pour les pousser à attaquer leur propriétaire en justice afin de faire requalifier leur bail en résidence principale ! Il faut que cette absurdité cesse. Notez qu’à l’échelle nationale, nous sommes seulement deux candidats de ces municipales à proposer de déplafonner les loyers : Jean-Michel Aulas à Lyon, et moi à Paris. Les autres n’y ont pas pensé un seul instant.

Vous avez un autre point commun avec Aulas. Lui non plus ne connaît pas le tarif du ticket de métro…

Mais non, c’était le Passe Navigo ! Le ticket de métro, je le connais puisque comme je n’ai plus de Passe, je prends des tickets justement ! Bon, j’aurais préféré ne pas me tromper, mais voilà le scoop : je ne suis pas ChatGPT. Les journalistes et mes adversaires ont été ravis. J’espère qu’ils ont bien profité, car je n’ai pas l’intention de passer la campagne à leur faire plaisir. (Rires.)

C’est certes démagogique, mais cela nourrit le procès en déconnexion.

Bof. Je mène une vie normale, comme des millions de gens, j’ai une vie professionnelle et une vie de famille. Je fais mes courses, je cuisine, je marche. Tout ce monde politique là est très nouveau pour moi. Je n’ai ni chauffeur ni protection policière.

Vous en faudrait-il une ?

Je ne me pose jamais cette question. Je n’aime pas me victimiser.

Vous dites que la droite ne peut plus se permettre de se chamailler. Et cela vaut pour Paris, mais aussi pour la France. Si Marion Maréchal vous tendait la main pour faire l’union des droites, que répondriez-vous ?

Et pourquoi pas ! Nous ne sommes pas des milliers à porter ce discours, alors un jour… Si on m’avait dit que Causeur essaierait de nous réconcilier !

Sophia Chikirou, votre concurrente Insoumise a déclaré sur Radio Nova que vous lui faisiez penser à Dexter, ce fameux tueur en série. Ça vous a énervée ?

En gros, elle dit que je suis super sur la forme, souriante et sympa, mais que cela doit cacher quelque chose. C’est un raisonnement de parano. Je ne vais tout de même pas me déguiser en loup-garou pour ressembler à l’image que LFI se fait de moi ! Je n’ai pas de programme bis ni d’agenda caché. Il n’y a pas de Sarah Knafo derrière Sarah Knafo. Par ailleurs, elle semble ignorer que Dexter est un justicier qui tue des criminels. Je ne sais pas quels criminels elle me voit tuer, mais je vais me contenter de tuer ses idées dans les urnes !

Il est difficile de ne pas évoquer la mort de Quentin Deranque, à Lyon, qui n’est évidemment pas sans lien avec la violence des Insoumis. Ce drame semble avoir dessillé une bonne partie de nos concitoyens. Assiste-t-on à un tournant majeur ?

J’aimerais être aussi optimiste sur ce point. Mais après le 7-Octobre, certains nous annonçaient déjà la déconfiture de l’extrême gauche. Ils disaient qu’en soutenant le Hamas, les Insoumis avaient franchi une ligne rouge… Manifestement, en France, il y a un public pour ce genre de positions. On nous disait même que les socio-démocrates seraient obligés de prendre leurs distances. Pourtant, l’année suivante, le PS confirmait son alliance avec LFI aux législatives. Il faut ne jamais oublier que la gauche ne recule jamais.

Revenons à la campagne parisienne. Rachida Dati se serait moqué du candidat socialiste Emmanuel Grégoire et de son équipe, qu’elle aurait accusés de « conspiration gay ». La communauté gay est importante à Paris. Beaucoup d’homosexuels viennent s’installer dans la capitale parce qu’ils veulent jouir du droit à l’indifférence. C’est aussi ça, une ville heureuse ?

Je suis comme vous très attachée à la liberté des individus. Leur sexualité relève de leur liberté.

Méfiez-vous, vous pourriez devenir une icône gay. Passons. On dirait que vous essayez de lisser votre discours et votre image.

Vous vous trompez. Je ne lisse pas mon discours. Je ne cherche pas la « normalisation ». Sur le plan économique, scolaire, régalien, culturel, notre système est à bout de souffle. Moi, je veux renverser la table.

Vous prônez l’Union des droites mais, certains pensent qu’à Paris, la multiplicité des candidatures pourrait au contraire faire perdre la droite. Comment répondez-vous ? Que ferez-vous si vous arrivez en tête ? En deuxième position ?

Au premier ou au second tour, je ferai exactement la même chose : je ferai gagner la droite, rien que la droite, et toute la droite. Comment ? Je suis la seule qui, avant même le premier tour, prône l’union des droites. Je vais tout faire pour la faire triompher. Avec moi, il n’y aura aucune mauvaise surprise. Je tendrai la main aux autres. Ceux qui la refuseraient feraient perdre la droite. Mais ils refusent de répondre clairement. Alors que nous avons une chance historique de gagner Paris, ils jouent avec le feu. Il faut une candidature sans risques, sans zones d’ombre, sans mauvaises surprises. C’est la mienne. La seule vraie candidature de droite, c’est celle qui veut l’union des droites, qui la propose dès maintenant à ses concurrents, et qui s’engage à la respecter quoi qu’il arrive. En clair, le seul vote utile c’est moi !

Le train des municipales en cache-t-il un autre ?

Vous voulez dire : y aura-t-il un impact national ? J’espère bien ! La droite peut gagner Paris, le redressement de la capitale est possible. Si nous y arrivons, cela sera un exemple pour le pays tout entier.

Et si vous n’y arrivez pas, avez-vous pensé à la suite ?

Je ferai la même chose. Et je ferai la même chose partout. À Paris, en France. C’est la même personne, la même méthode, la même mission, la même droite. Je dois cette clarté et cette permanence aux électeurs. Je veux qu’ils sachent qui je suis, quel est mon projet, quelles sont mes idées. Je suis créative et j’évolue, mais je ne change pas de direction selon la météo politique du jour.

Si vous faites un bon score, beaucoup de commentateurs penseront à Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977 grâce aux conseils de votre amie Marie-France Garaud, avant de se présenter aux présidentielles dès 1981. Que vous le vouliez ou pas, beaucoup diront que vous êtes la meilleure candidate pour Reconquête ! en 2027.

Mon ambition pour 2027, c’est d’être maire de Paris depuis un an et que le peuple parisien se dise qu’il a bien fait de m’élire. Même vous, les ronchons, vous pourrez vivre dans une ville heureuse !

La guerre à la plage

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Elisabeth Levy évoque les Français bloqués au Moyen-Orient. L’Etat, c’est pas ta mère ! lance-t-elle lors de sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient. On ne risque pas de l’oublier car en plus de toutes les vidéos bouleversantes des influenceuses à Dubaï, quand elles ne savent plus quoi dire sur cette guerre qui continue et ce régime iranien qui tient bon, les chaines info diffusent d’émouvants reportages sur ces sinistrés d’un nouveau type : les touristes coincés dans une zone de conflit, indignés d’être abandonnés. Quand ils arrivent enfin à Paris, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire. Scoop : tous ont des familles, des boulots et des vies à reprendre. Que fait le gouvernement ?

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300 à 400 000 Français sont établis dans la région. Pour l’essentiel, eux se débrouillent. Ce sont surtout les vacanciers affolés qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères. 36000 sont inscrits sur le fil d’Ariane, la plateforme du Quai d’Orsay et il y a eu 7000 appels à la cellule de crise. Quelques rares vols de rapatriements, notamment sanitaires, ont pu être effectués. Sinon, les agents de l’Etat écoutent, enregistrent et conseillent des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert. Ils n’ont pas de portables, ces touristes, pour devoir demander à Paris comment aller de Tel-Aviv au Caire ?

Elisabeth Lévy est sans cœur. On aimerait bien la voir, attendant sans savoir, avec des enfants en bas âge…

Oui, peut-être que j’appellerais moi aussi pour qu’on vienne me chercher mais trop de cœur, ça empêche de penser. Il est désagréable, voire effrayant d’attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez soi. Mais je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens des kibboutz et des frontières. La guerre n’a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leurs vies.

Nous assistons à une collision anthropologique. D’un côté le tourisme ne voit dans la planète sans-frontiérisée que des sites à visiter, des peuplades exotiques à découvrir et des méga-centres commerciaux à arpenter. De l’autre, la réalité ancestrale de la guerre – eux ou nous. Les vacanciers découvrent que l’Histoire n’est pas un manège d’où on descend à la fin du tour.

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Ils se tournent, bien sûr, vers maman-gouvernement, comme on faisait à 16 ans quand on était en rade à l’autre bout du monde. La grandeur de l’âge adulte c’est qu’on est responsable de soi. Le contrat social dit que l’Etat doit nous protéger. Pas vivre à notre place. L’Etat n’est pas ta mère. Ni un tour-operator. Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants. Si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants face aux aléas, je ne suis franchement pas sûre que l’espèce aurait survécu. Comme l’écrit l’immense Philippe Muray, l’Occident meurt en bermuda.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Transitions secrètes des enfants: la Cour suprême siffle la fin de la récré

La Cour Suprême vient de donner raison aux conservateurs concernant la transition de genre dans les écoles en Californie. La Thomas More Society a qualifié cette décision de « décision la plus importante en matière de droits parentaux depuis une génération ».


La chaîne conservatrice Fox News se félicitait hier de la décision. Capture.

Ce lundi, la Cour Suprême américaine a déclaré illégale une nouvelle loi de l’État de Californie, visant à interdire aux écoles de signaler aux parents l’intention de leurs enfants de changer de genre. Cet arrêt est le résultat d’un recours effectué par deux groupes de parents représentés par la Thomas More Society[1]. Les opposants à la loi argumentent que le texte favorise la transition de genre des enfants, en rendant plus difficile la communication entre les parents et l’école de leurs enfants. L’État de Californie argumente, à l’inverse, que le texte préserve le droit à la vie privée des enfants s’agissant de l’expression de leur genre, surtout dans les cas où les familles rejetteraient leur volonté de transition.

Une majorité de cinq juges

Dans une ordonnance non signée, exprimant l’avis de la Cour, la majorité conservatrice de la Cour Suprême a affirmé que « les parents qui revendiquent le libre exercice de leur religion ont des convictions religieuses sincères en matière de sexualité et de genre, et ils estiment avoir l’obligation religieuse d’élever leurs enfants conformément à ces convictions. Les politiques de la Californie violent ces convictions ». L’arrêt affirmant ensuite que la loi entraverait en fin de compte le libre exercice de la religion. Parmi les neuf juges de la Cour Suprême, cinq des conservateurs ont soutenu la décision, tandis que trois, qualifiés souvent de progressistes, se sont opposés au texte.

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Cette décision réaffirme à nouveau la division traditionnelle entre juges progressistes et conservateurs. Samuel Alito, juge conservateur nommé par George W. Bush en 2006, a affirmé que « la pratique d’éduquer son enfant selon ses propres convictions religieuses, tout comme tous les actes et pratiques religieux, bénéficient d’une large protection au sein de notre Constitution. » L’affirmation du juge reflète une vision centrée sur la défense de la liberté des individus que les États ou les juges ne doivent pas restreindre, notamment pour imposer leur modèle de société.

Le ministère de l’éducation en cours de démantèlement par Trump

Samuel Alito ainsi que les quatre autres juges conservateurs de la Cour Suprême, s’inscrivent dans ce contexte, dans une interprétation de la Constitution américaine selon les intentions originelles des Pères fondateurs. C’est en ce sens que leur vision est conservatrice.

Les juges libéraux, à l’inverse, promeuvent une interprétation positiviste de la Constitution, fondée sur l’adaptation de la loi aux circonstances de la société actuelle. Dans leur déclaration d’opposition à la décision, les trois juges libéraux ont affirmé que les écoles publiques « offrent aux enfants de toutes confessions et de tous horizons une éducation et la possibilité de s’exercer à vivre dans notre société multiculturelle. »

Cette nouvelle décision de la Cour Suprême s’inscrit dans la lignée du démantèlement du Département pour l’Éducation par l’administration Trump depuis l’été. Ce programme est l’aboutissement de plus de quarante ans de réclamations chez de nombreux Républicains depuis la campagne de Ronald Reagan en 1980, au nom de la défense de la liberté scolaire.

Un cas semblable avait été débouté par la Cour en décembre 2025. Samuel Alito et deux autres juges ont toutefois affirmé qu’ils considéraient les politiques scolaires comme étant « d’une importance nationale grandissante. »


[1] La Thomas More Society est un cabinet d’avocats conservateur catholique d’intérêt public basé à Chicago. Le groupe s’est engagé dans de nombreuses questions de « guerre culturelle », promouvant ses convictions anti-avortement et anti-mariage homosexuel par le biais de litiges (Wikipedia).

La preuve par Nahel

Après la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 suite à un refus d’obtempérer, la justice ordonne finalement un procès pour violences et non pour meurtre à l’encontre du policier


Ces moments où l’ignorance, la partialité ou la bêtise sont contraintes de reculer sont bénis.

La cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt salvateur dans l’affaire de Florian M., qui avait été renvoyé devant la cour d’assises pour homicide volontaire par le parquet de Nanterre, les magistrats instructeurs ayant suivi ses réquisitions.

Elle a en effet remis du droit, de la justesse et du bon sens dans l’appréciation de cette procédure ayant abouti à la mort de Nahel. Elle a remplacé l’absurde qualification de meurtre par celle, évidemment plus pertinente, de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Je ne pouvais pas laisser passer cet exemple du caractère fondamental des voies de recours sans m’y arrêter, pour répondre à tous ceux qui n’en comprennent pas l’utilité et voudraient seulement qu’elles correspondent à leurs désirs et à leurs préjugés.

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Ils sont scandalisés lorsque le jugement et l’arrêt se contredisent, comme s’il y avait là une démonstration de l’incohérence de la justice, alors que c’est tout le contraire: une illustration, pas seulement en matière pénale, du caractère non manichéen de la conviction qui s’élabore et des conclusions qu’on en tire.

Rien n’est plus choquant que ces partis pris qui appréhendent le processus judiciaire à la tête du client ou au gré de ses propres dilections.

Si la cour d’appel de Versailles n’avait pas rendu cet arrêt, elle aurait contraint la future cour criminelle à dilapider une partie de son temps précieux dans un débat qu’il était en effet impérieux d’éclairer juridiquement en amont. L’attention collective à venir ne sera ainsi pas détournée de l’essentiel.

Pour ces faits, autrement qualifiés, reprochés à l’accusé, elle aura bien assez à faire pour arbitrer et juger !

Au nom de l’antifascisme…

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.


Depuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, de Libération au Monde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans « présumé néo-nazi et antisémite », pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidien L’Humanité s’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.

Inversion accusatoire

Les titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : « Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire. » « Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance. » « Le risque de représailles brunes ». « À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules. » « La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes. » Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une « balle dans la tête » d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.

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Le 23 février, L’Humanité se déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les « sordides calculs » d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : « Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. » À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes de L’Humanité, comme d’ailleurs ceux du Monde, Libération, La Croix ou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant « les participants venus dans une démarche sincère et digne », ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les « débordements racistes ». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de la reductio ad hitlerum, Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que « la glorification du régime nazi est toujours présente ». La violence de l’extrême gauche est « conjoncturelle » et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est « structurelle » et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.

Combat: chic, un nouveau média qui s’oppose à l’extrême droite !

Enfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associé à Radio Nova, Les Inrocks, StreetPress et Blast pour éditer Combat ! Front commun contre l’extrême droite, un « manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi », écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur de L’Humanité

Petits rappels. Radio Nova et Les Inrocks appartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle – Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un « arc néofasciste » extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.  


Maladie infantile

Le 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce « mouvement fémonationaliste ». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.  

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Les communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la « maladie infantile du communisme », selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : « Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier », écrit Jean-Pierre Le Goff2. L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement du système bourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt « les diplômés, les jeunes, les minorités » – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.

La ceinture rouge parisienne menacée par les lfistes

Les départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».

Celles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent. 

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En 1969, dans l’hebdomadaire Tempo où il tient une rubrique intitulée Le Chaos, Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un « garçon du peuple » fasciste qui, à l’inverse des « odieux petits fascistes fils à papa », apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une « lumière » que tous les dogmes promettent « pour le futur » et que l’écrivain appelle la « lumière rhétorique » ou la « fausse lumière ». « Un jour, lui écrit-il, tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations ». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: « Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations. » À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: « Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur », Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: « Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »  

  1. Boulevard Voltaire, Clémence de Longraye, Ce média d’extrême gauche « indépendant » en réalité financé par Soros et l’UE. 7 juin 2024. ↩︎
  2. Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier. Récit d’un monde adolescent, des années 1950 à mai 68, 2018, Éditions Stock. ↩︎
  3. Pier Paolo Pasolini, Le Chaos, préface d’Olivier Rey, 2018, Éditions R&N. ↩︎

Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron

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Le chef de l’Etat a pris la parole, hier soir, lors d’une courte et factuelle allocution télévisée consacrée à la situation au Moyen-Orient. Au quatrième jour de la guerre déclenchée par les bombardements des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, donnant quelque peu l’impression de subir les événements, Emmanuel Macron s’est finalement résolu à donner l’ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.


Applaudir Donald Trump et Benyamin Netanyahou ? Un cauchemar. Emmanuel Macron ne s’y résoudra jamais. Sa répulsion le rapproche, à nouveau, de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux sont pareillement à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » en France, supposée antisioniste.

Une flopée de commentateurs, politiques ou médiatiques, partage ce même réflexe pavlovien contre les deux affreux, coupables de ne pas se courber devant l’islam djihadiste et anti-occidental. Hier soir, sur les télévisions, le chef de l’Etat a rappelé, à l’instar du leader LFI, que les opérations de bombardements aériens contre l’Iran, lancées depuis samedi matin par les Etats-Unis et Israël, sont « conduites en dehors du droit international ». Il a appelé Israël à « respecter le territoire libanais et son intégrité ». Lundi, la députée européenne macroniste Valérie Hayer avait été plus claire : « Je considère aujourd’hui que les États-Unis sous Donald Trump ne sont plus nos alliés ». C’est à reculons que la France s’engage dans le conflit moyen-oriental, en appliquant néanmoins les accords de défense qui la lient avec des pays arabes sous le feu iranien, et notamment les Emirats Arabes Unis. Des Rafale ont pris l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle, en Atlantique Nord, fait route vers la Méditerranée. Mais Macron a prévenu : « La France n’a été ni prévenue, ni impliquée ». Cette guerre contre le terrorisme apocalyptique des mollahs ne sera pas la sienne. A la recherche de l’histoire qui s’écrit, il croit l’avoir repérée du côté de la Russie en conflit avec l’Ukraine. Or, une fois de plus, le président français s’éloigne des peuples oppressés, et en l’occurrence des Iraniens qui se sont réjouis de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès la première frappe.

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Se rendant lundi à Brest, pour clarifier l’usage de l’arme nucléaire, le chef de l’Etat a publié la photo de son Falcon, lui à son bord, survolant le Mont-Saint-Michel entouré de quatre Rafale armés. Sur l’Ile Longue, il a pris une posture poutinienne pour rappeler, à l’instar du dirigeant russe, la puissance terrifiante des nouvelles bombes atomiques. Mais ces mises en scène guerrières trahissent une doctrine erratique. C’est le pourfendeur des souverainistes nationaux qui s’est rangé, ce jour-là, à leurs exigences de maîtriser, in fine, la décision ultime d’appuyer, seul, sur le bouton rouge. Sa défense habituelle de la souveraineté européenne s’est contentée de proposer le concept de « l’épaulement » qui élargirait symboliquement les bases de tirs nucléaires à d’autres territoires. Surtout, si Macron a redit toute son hostilité à la Russie de Poutine, il n’a pas évoqué la dictature iranienne. A l’aise pour dénoncer rituellement « l’internationale réactionnaire », représentée par le duo Trump-Netanyahou, il ne dit jamais rien de l’internationale islamiste, protégée ouvertement par LFI, notamment à travers sa députée européenne Rima Hassan. Or cette menace existentielle est autrement plus dangereuse pour la France.

« Pour être libre il faut être craint. Pour être craint il faut être puissant », répète à l’envi le chef de l’Etat. Hier soir, il avait placé un petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, fusil en joue, au premier plan sur son bureau présidentiel. Mais qui prend encore Macron au sérieux ?

La révolution des oubliés

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Amazon: foire d’empoigne à la foire du livre

Furieux de voir Amazon invité d’honneur au Festival du Livre de Paris, les libraires préfèrent quitter la fête. Elisabeth Lévy revient sur la polémique dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Tout fout le camp !

Amazon sème la zizanie au Salon du Livre. La littérature n’adoucit pas les mœurs. Comme le résume Jonathan Siksou, il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture, et il n’y aura pas de libraires au Salon du livre.

Le syndicat de la librairie française, qui regroupe 850 librairies, a décidé de boycotter le salon du livre de Paris, qui se tiendra les 17, 18, 19 avril au grand Palais. Raison de cette colère : Amazon est le partenaire officiel du Salon.

« Amazon n’est pas un ami du livre, il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires », affirme le syndicat.

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Il y a une vieille bisbille entre les libraires et le géant du e-commerce, les premiers accusant le second de contourner la loi sur le prix unique du livre avec des pratiques limite sur les frais de port. « Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité », ajoute l’organisme. En somme, Amazon est accusé de concurrence déloyale. Pour les adversaires de la plateforme, c’est un peu comme si on faisait parrainer le salon de la diététique par McDo.

Est-ce qu’ils ont raison ?  Eh bien non ! Nous sommes en effet face à une petite contradiction: les Français pleurnichent volontiers sur la disparition des petits commerces et la dévitalisation de leurs centres-villes, mais ils se ruent sur les achats en ligne, qu’il s’agisse de livres ou de vêtements. Or le salon n’est pas là pour célébrer les libraires, mais le livre. Il n’a donc pas vocation à dire où les gens doivent les acheter…

Les petites libraires pensent souvent un peu la même chose

Primo, grâce à Amazon, l’accès aux livres n’est pas réservé aux habitants des centres-villes.

Deuxio, la profession est de plus en plus politisée et bien-pensante. Les libraires aujourd’hui se croient chargés de nous rééduquer. Demandez un livre de Renaud Camus ou de Fayard et vous avez une bonne chance de vous entendre répondre d’un ton sentencieux « Madame, nous ne vendons pas cet auteur ».

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Sur Amazon, on trouve tout, y compris des ouvrages dont Le Monde ou Télérama ont décidé qu’ils ne devaient pas être accessibles. Alors oui, désolée, je défendrai plus volontiers les marchands de fringues que les libraires. Et c’est désolant mais c’est ainsi : quand les libraires jouent les censeurs, c’est une plateforme américaine qui défend la liberté d’expression. 


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Sud Radio dans la matinale

Gandalf enchaîné

Surprise ! Ce n’est pas l’islam qui est la religion la plus surreprésentée dans la population carcérale britannique


Le Royaume-Uni, contrairement à la France, autorise les statistiques religieuses sur la population carcérale. Elles sont même publiées par le gouvernement. Elles permettent par exemple de savoir qu’environ 0,5 % des prisonniers se déclarent adeptes de l’hindouisme, soit trois fois moins que dans la population générale. À l’inverse, 18 % des détenus sont enregistrés comme musulmans, une proportion trois fois supérieure au taux national.

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Mais on aurait tort de penser que l’islam est la foi la plus surreprésentée dans les maisons d’arrêt de Sa Gracieuse Majesté. Une confession explose en effet tous les compteurs : le paganisme. Alors, qu’on n’en recensait que 79 au début du siècle, 1 172 prisonniers sont aujourd’hui affiliés à la Fédération païenne, une « Église » reconnue officiellement par les autorités. Leur poids dans la population carcérale est 200 fois plus élevé que dans la population britannique ! Cette statistique s’explique par un nombre important d’activistes violents d’extrême droite qui, à leur arrestation, se signalent comme païens. Depuis l’entrée en vigueur de l’Equality Act de 2010, qui oblige les pouvoirs publics, au nom de la lutte contre les discriminations, à considérer les croyances philosophiques comme étant de même nature que les croyances religieuses, les païens bénéficient de certains droits cultuels en prisons. Parmi eux : celui de porter une bague à symboles (car il a été établi que la privation d’un tel bijou cause « un stress considérable »), la pratique du tarot divinatoire (à condition que le jeu de cartes employé ait été contrôlé au préalable « pour raisons de sécurité »), et enfin l’accès à un aumônier. On en dénombre 20 à travers le pays, rétribués par l’État. Une petite annonce vient d’ailleurs d’être publiée pour recruter celui de la prison de Norwich, à 160 km au nord-est de Londres. Salaire annuel : 42 000 euros. Dans la fiche de poste, il est indiqué que l’heureux élu aura le droit d’être équipé d’une baguette magique, pourvu toutefois qu’elle soit flexible.

Il n’est pas précisé si son achat peut être passé en note de frais.

Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.

Iran: d’un Khamenei au suivant?

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Mojtaba, fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, photographié à Téhéran le 31 mai 2019 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Aux dernières nouvelles, c’est Mojtaba Khamenei qui tenait la corde pour succéder à son père comme guide suprême à Téhéran. Malgré la mort de Ali Khamenei, le régime iranien reste puissant grâce au corps des Gardiens de la révolution. Cette probable succession reflète les intérêts économiques et politiques du système. Tout accommodement diplomatique avec cette dictature est illusoire, soutient notre contributeur.


La mort de Khamenei et d’une grande partie des responsables du régime dans ce qui restera dans l’histoire comme un fantastique succès du renseignement, du commandement, de la technologie et du professionnalisme israéliens n’a cependant pas anéanti le potentiel de nuisance de la dictature iranienne et ne l’a pas entièrement décapitée. 

No Pasdaran !

Sur le plan militaire, la chaîne de commande des Pasdaran est décentralisée, ce qui laisse une autonomie d’action aux directions régionales. Dans un pays trois fois grand comme la France, cela implique que le travail d’éradication militaire entrepris par les Américains et les Israéliens risque d’être long mais aussi que les initiatives de commandants locaux expliquent peut-être des décisions incompréhensibles. Bombarder des pays arabes alliés ou neutres avec l’idée que ces pays demanderont aux Américains d’arrêter la guerre, Israël n’aurait pas pu rêver d’une décision aussi absurde. Mais il se peut que la faible répercussion de l’assassinat en 48 heures de dizaines de milliers de manifestants désarmés en janvier ait entrainé les Mollahs dans un sentiment d’omnipotence.

Sur le plan institutionnel, à la mort du Guide le samedi 28 février fait suite un triumvirat intérimaire en accord avec la Constitution. Mais dès mardi, ce triumvirat devait céder la place à Mojtaba Khamenei, fils de Ali Khamenei, élu par l’Assemblée des experts. Cette nomination n’était pas officiellement confirmée le mercredi 4 mars au soir.

Pas assez expert, mon fils !

Mojtaba n’est qu’un clerc de rang moyen alors que la loi impose que la place de maître absolu du pays soit attribuée à un dignitaire religieux de haut niveau. Ce problème s’était posé en 1989 avec son père, qui à l’époque du Shah avait passé plus de temps en prison que dans une université religieuse… Il devait son élection à une alliance avec le rusé Rafsandjani qui sut convaincre l’Assemblée des Experts d’assouplir ses critères pour barrer la route au successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, qui s’était permis de dénoncer les énormes massacres dans les prisons quelques mois auparavant.

Une fois nommé Guide Suprême, Khamenei a marginalisé Rafsandjani. Il s’est fait attribuer le titre d’Ayatollah puis l’appellation de Marja et Source d’imitation, censée lui conférer un prestige équivalent à celui de Ali Sistani de Najaf, considéré comme la plus grande autorité religieuse du chiisme duodécimain.

Le vieux Sistani, 95 ans, qui s’était pourtant toujours opposé à la doctrine de Khomeini de tutelle absolue du juriste religieux sur le politique, Velayat-e faqih, a reconnu le caractère de martyre à la mort de Khamenei. Les familles des innombrables victimes de ce dernier apprécieront…

Au boulot !

Ali Larijani DR.

Les faibles compétences de Mojtaba Khamenei sont passées au second rang, alors que d’autres candidats, tel Alireza Arefi, membre du triumvirat, ou le petit-fils de Khomeini avaient un pedigree religieux plus fourni. En revanche, l’insubmersible Ali Larijani ne pouvait pas postuler car il n’est pas un clerc. Apprécié par certains occidentaux qui le considèrent comme un politicien influent, cultivé et réaliste, il a couvert et parfois encouragé tous les crimes d’un régime où il a par ailleurs beaucoup d’ennemis.

Mojtaba porte un turban noir, il descend donc du prophète et son absence à la réunion au cours de laquelle son père a été tué passera pour un miracle signant la bienveillance à son égard de l’imam caché.

La rapidité avec laquelle l’Assemblée des experts l’a choisi indique la pression des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Ceux-ci sont en effet ses partenaires dans la mise en coupe réglée de l’économie iranienne. C’est le Guide Suprême et lui seul qui dispose des biens confisqués après la révolution de 1979. Ce gigantesque conglomérat, évalué à près de 200 milliards de dollars fait de la famille Khamenei l’une des plus riches du monde. Dans un Iran dont la population vit dans la misère, ces richesses servent, sous couvert d’un discours religieux, guerrier, messianique, violemment anti-occidental et prônant ouvertement l’annihilation d’Israel, à consacrer aux activités militaires, au soutien des proxies et à une charité intéressée des sommes considérables. 

Bons sentiments

Les Pasdaran profitent de leur mainmise sur des ressources énergétiques devenues difficiles à exporter du fait des sanctions internationales pour se livrer à un juteux trafic de minage de bitcoins. Grâce aux machines énergivores d’analyse cryptographique, l’embargo a transformé à leur profit l’électricité issue de gaz ou de pétrole en actifs numériques liquides. Nul doute que Mojtaba Khamenei connait ces mécanismes mieux que la jurisprudence religieuse. 

Soutenu par de tels profiteurs, par les militants fanatiques et les familles pauvres à qui les fils enrôlés dans les Bassidji ouvrent une promotion sociale, le régime ne s’effondrera que par une guerre. J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques sincères peuvent vitupérer les violations du droit international, promouvoir le retour à la table des négociations et exciper du risque de chaos pour appeler, in fine, à faire confiance à une ONU gangrenée et inefficace.

Je me demande comment les mêmes auraient réagi en juin 40 et plus tard aux tentatives de paix séparée des nazis. Je pense à la photo d’Emmanuel Macron, à son sourire un peu crispé avec le président iranien feu Ebrahim Raissi, protégé de Ali Khamenei et auteur principal des massacres de 1988. A quoi bon parler à un tel homme qui ne connait que les rapports de force ? Le régime des mollahs est une honte absolue et un danger pour Israël mais aussi pour le monde démocratique et laïque.

Tout accommodement est une illusion. Le peuple iranien n’a pas aujourd’hui les moyens, on l’a vu en janvier, de renverser seul une dictature aussi féroce. Aider ce peuple, c’est nous aider nous-mêmes. Se limiter aux bons sentiments et aux belles paroles relève de l’aveuglement et devient une obscénité.

«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»

L'eurodéputée Sarah Knafo. © Photo: Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Relire la première partie.

Causeur. Peut-on mener une politique de la beauté à Paris ?

Sarah Knafo. Pourquoi pas, puisqu’il y a aujourd’hui une politique de la laideur ? Je veux rétablir le mobilier urbain iconique de Paris. Nous allons remplacer les bancs, les réverbères, les corbeilles de rue, les abribus et les kiosques à journaux avec des modèles fidèles à l’identité esthétique de Paris. Je vais mettre l’urbanisme au service du Beau. Ce qui a fait la beauté de Paris, c’est un cahier des charges précis pour toutes les nouvelles constructions, comme dans tant de villages magnifiques de Normandie ou du Pays basque, qui exige que les nouvelles constructions s’insèrent harmonieusement dans le paysage. Il faut rompre définitivement avec l’idéologie du « fonctionnalisme » architectural. Les émules de Le Corbusier, cet architecte qui voyait la merveilleuse Rome comme un « musée des horreurs », parce qu’il détestait la beauté, l’ornement, la décoration, les fontaines… Ces gens ont tellement abîmé Paris ! Je propose de renouer avec les principes du baron Haussmann, encore étudiés aujourd’hui par les urbanistes du monde entier, car il a su bâtir une ville lumineuse, intelligente, propre et harmonieuse.

Une « politique de la laideur » : mobilier urbain et dispositifs de voirie, en rupture avec l’héritage haussmannien et le souci du Beau. DR.

Vous voulez qu’on construise des pastiches haussmanniens ?

Non. Je veux qu’on retrouve ce qui a fait la force de l’urbanisme parisien pendant des siècles : innover sans renier. Regardez la place des Vosges en 1612, avec ses briques et ses arcades, puis le Paris d’Haussmann deux siècles et demi plus tard, avec sa pierre de taille et ses grands boulevards. Tout a changé, les matériaux, les échelles, les usages, et pourtant c’est la même ville, la même élégance, la même évidence. Demandez à n’importe quel touriste américain, il vous dira « that’s so french ». Jusqu’au xxe siècle, chaque génération a amélioré le style, en utilisant des matériaux plus durables, des techniques plus audacieuses, sans faire totalement table rase. Et puis on a rompu avec cette tradition. Mon ambition, c’est de renouer avec cette exigence du Beau qui a fait de Paris la plus belle ville du monde.

Ce qui nous amène à la question du logement. Aujourd’hui, Paris est peuplée de bourgeois, de fonctionnaires et de pauvres qui les servent. Comment faites-vous pour faire revenir les familles et les classes moyennes ?

Je mets fin à la politique socialiste qui a créé la pénurie, avec l’encadrement des loyers et la folle politique qui veut transformer Paris en HLM géant. Nous sommes aujourd’hui à 25 % de logements sociaux, le candidat de gauche veut arriver à 40 %.

Ce faisant, Anne Hidalgo n’a-t-elle pas défendu les locataires et les classes populaires ?

L’encadrement des loyers est la pire des fausses bonnes idées, et on le sait depuis longtemps. Les mesures d’encadrement des loyers prises à travers la planète s’arrêtent en moyenne au bout de cinq ou six ans, tant ses résultats sont catastrophiques. En France, on a voulu en sortir dès 1948 (avec la loi libérant les loyers des logements neufs ou rénovés). On avait déjà compris que cette mesure communiste produisait de la pénurie et donc l’impossibilité de se loger. Même François Mitterrand n’est pas revenu dessus ! Il a donc fallu attendre Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour que la loi permette aux collectivités qui le souhaitaient d’encadrer les loyers. Seules des villes de gauche l’ont utilisée. Ce qui n’a évidemment pas empêché les loyers de continuer de monter. La Mairie de Paris parle d’une « modération de la hausse des loyers ». En français normal, ça veut dire : « Les loyers augmentent ! »

Comment expliquer ce paradoxe ?

Par le fait que chaque fois que vous tentez de brider l’économie, l’économie se venge. Les propriétaires décident de louer leurs biens sur Airbnb pour retrouver de la rentabilité, par exemple…

Anne Hidalgo lors d’une cérémonie marquant le quatrième anniversaire de la police municipale parisienne, Paris, 28 novembre 2025. (C) Franck Derouda/SIPA

Oui, mais la Mairie leur a imposé une limitation du nombre de nuits autorisées en Airbnb – 90 par an au maximum.

Raison pour laquelle certains propriétaires ont tout simplement renoncé à louer leur bien, se retrouvant alors à payer une taxe sur les logements vacants ! Les plus malins toutefois ont trouvé une autre martingale : louer leur bien avec le statut de résidence secondaire, qui échappe à l’encadrement des loyers. Qu’a fait la mairie ? Elle a créé une brigade de contrôle des locations ! Trente inspecteurs qui vont voir les locataires pour les pousser à attaquer leur propriétaire en justice afin de faire requalifier leur bail en résidence principale ! Il faut que cette absurdité cesse. Notez qu’à l’échelle nationale, nous sommes seulement deux candidats de ces municipales à proposer de déplafonner les loyers : Jean-Michel Aulas à Lyon, et moi à Paris. Les autres n’y ont pas pensé un seul instant.

Vous avez un autre point commun avec Aulas. Lui non plus ne connaît pas le tarif du ticket de métro…

Mais non, c’était le Passe Navigo ! Le ticket de métro, je le connais puisque comme je n’ai plus de Passe, je prends des tickets justement ! Bon, j’aurais préféré ne pas me tromper, mais voilà le scoop : je ne suis pas ChatGPT. Les journalistes et mes adversaires ont été ravis. J’espère qu’ils ont bien profité, car je n’ai pas l’intention de passer la campagne à leur faire plaisir. (Rires.)

C’est certes démagogique, mais cela nourrit le procès en déconnexion.

Bof. Je mène une vie normale, comme des millions de gens, j’ai une vie professionnelle et une vie de famille. Je fais mes courses, je cuisine, je marche. Tout ce monde politique là est très nouveau pour moi. Je n’ai ni chauffeur ni protection policière.

Vous en faudrait-il une ?

Je ne me pose jamais cette question. Je n’aime pas me victimiser.

Vous dites que la droite ne peut plus se permettre de se chamailler. Et cela vaut pour Paris, mais aussi pour la France. Si Marion Maréchal vous tendait la main pour faire l’union des droites, que répondriez-vous ?

Et pourquoi pas ! Nous ne sommes pas des milliers à porter ce discours, alors un jour… Si on m’avait dit que Causeur essaierait de nous réconcilier !

Sophia Chikirou, votre concurrente Insoumise a déclaré sur Radio Nova que vous lui faisiez penser à Dexter, ce fameux tueur en série. Ça vous a énervée ?

En gros, elle dit que je suis super sur la forme, souriante et sympa, mais que cela doit cacher quelque chose. C’est un raisonnement de parano. Je ne vais tout de même pas me déguiser en loup-garou pour ressembler à l’image que LFI se fait de moi ! Je n’ai pas de programme bis ni d’agenda caché. Il n’y a pas de Sarah Knafo derrière Sarah Knafo. Par ailleurs, elle semble ignorer que Dexter est un justicier qui tue des criminels. Je ne sais pas quels criminels elle me voit tuer, mais je vais me contenter de tuer ses idées dans les urnes !

Il est difficile de ne pas évoquer la mort de Quentin Deranque, à Lyon, qui n’est évidemment pas sans lien avec la violence des Insoumis. Ce drame semble avoir dessillé une bonne partie de nos concitoyens. Assiste-t-on à un tournant majeur ?

J’aimerais être aussi optimiste sur ce point. Mais après le 7-Octobre, certains nous annonçaient déjà la déconfiture de l’extrême gauche. Ils disaient qu’en soutenant le Hamas, les Insoumis avaient franchi une ligne rouge… Manifestement, en France, il y a un public pour ce genre de positions. On nous disait même que les socio-démocrates seraient obligés de prendre leurs distances. Pourtant, l’année suivante, le PS confirmait son alliance avec LFI aux législatives. Il faut ne jamais oublier que la gauche ne recule jamais.

Revenons à la campagne parisienne. Rachida Dati se serait moqué du candidat socialiste Emmanuel Grégoire et de son équipe, qu’elle aurait accusés de « conspiration gay ». La communauté gay est importante à Paris. Beaucoup d’homosexuels viennent s’installer dans la capitale parce qu’ils veulent jouir du droit à l’indifférence. C’est aussi ça, une ville heureuse ?

Je suis comme vous très attachée à la liberté des individus. Leur sexualité relève de leur liberté.

Méfiez-vous, vous pourriez devenir une icône gay. Passons. On dirait que vous essayez de lisser votre discours et votre image.

Vous vous trompez. Je ne lisse pas mon discours. Je ne cherche pas la « normalisation ». Sur le plan économique, scolaire, régalien, culturel, notre système est à bout de souffle. Moi, je veux renverser la table.

Vous prônez l’Union des droites mais, certains pensent qu’à Paris, la multiplicité des candidatures pourrait au contraire faire perdre la droite. Comment répondez-vous ? Que ferez-vous si vous arrivez en tête ? En deuxième position ?

Au premier ou au second tour, je ferai exactement la même chose : je ferai gagner la droite, rien que la droite, et toute la droite. Comment ? Je suis la seule qui, avant même le premier tour, prône l’union des droites. Je vais tout faire pour la faire triompher. Avec moi, il n’y aura aucune mauvaise surprise. Je tendrai la main aux autres. Ceux qui la refuseraient feraient perdre la droite. Mais ils refusent de répondre clairement. Alors que nous avons une chance historique de gagner Paris, ils jouent avec le feu. Il faut une candidature sans risques, sans zones d’ombre, sans mauvaises surprises. C’est la mienne. La seule vraie candidature de droite, c’est celle qui veut l’union des droites, qui la propose dès maintenant à ses concurrents, et qui s’engage à la respecter quoi qu’il arrive. En clair, le seul vote utile c’est moi !

Le train des municipales en cache-t-il un autre ?

Vous voulez dire : y aura-t-il un impact national ? J’espère bien ! La droite peut gagner Paris, le redressement de la capitale est possible. Si nous y arrivons, cela sera un exemple pour le pays tout entier.

Et si vous n’y arrivez pas, avez-vous pensé à la suite ?

Je ferai la même chose. Et je ferai la même chose partout. À Paris, en France. C’est la même personne, la même méthode, la même mission, la même droite. Je dois cette clarté et cette permanence aux électeurs. Je veux qu’ils sachent qui je suis, quel est mon projet, quelles sont mes idées. Je suis créative et j’évolue, mais je ne change pas de direction selon la météo politique du jour.

Si vous faites un bon score, beaucoup de commentateurs penseront à Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977 grâce aux conseils de votre amie Marie-France Garaud, avant de se présenter aux présidentielles dès 1981. Que vous le vouliez ou pas, beaucoup diront que vous êtes la meilleure candidate pour Reconquête ! en 2027.

Mon ambition pour 2027, c’est d’être maire de Paris depuis un an et que le peuple parisien se dise qu’il a bien fait de m’élire. Même vous, les ronchons, vous pourrez vivre dans une ville heureuse !

La guerre à la plage

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Bombardement israélien sur Beyrouth, 4 mars 2026. Au second plan, l'aéroport international Rafic Hariri © CHINE NOUVELLE/SIPA

Elisabeth Levy évoque les Français bloqués au Moyen-Orient. L’Etat, c’est pas ta mère ! lance-t-elle lors de sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient. On ne risque pas de l’oublier car en plus de toutes les vidéos bouleversantes des influenceuses à Dubaï, quand elles ne savent plus quoi dire sur cette guerre qui continue et ce régime iranien qui tient bon, les chaines info diffusent d’émouvants reportages sur ces sinistrés d’un nouveau type : les touristes coincés dans une zone de conflit, indignés d’être abandonnés. Quand ils arrivent enfin à Paris, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire. Scoop : tous ont des familles, des boulots et des vies à reprendre. Que fait le gouvernement ?

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300 à 400 000 Français sont établis dans la région. Pour l’essentiel, eux se débrouillent. Ce sont surtout les vacanciers affolés qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères. 36000 sont inscrits sur le fil d’Ariane, la plateforme du Quai d’Orsay et il y a eu 7000 appels à la cellule de crise. Quelques rares vols de rapatriements, notamment sanitaires, ont pu être effectués. Sinon, les agents de l’Etat écoutent, enregistrent et conseillent des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert. Ils n’ont pas de portables, ces touristes, pour devoir demander à Paris comment aller de Tel-Aviv au Caire ?

Elisabeth Lévy est sans cœur. On aimerait bien la voir, attendant sans savoir, avec des enfants en bas âge…

Oui, peut-être que j’appellerais moi aussi pour qu’on vienne me chercher mais trop de cœur, ça empêche de penser. Il est désagréable, voire effrayant d’attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez soi. Mais je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens des kibboutz et des frontières. La guerre n’a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leurs vies.

Nous assistons à une collision anthropologique. D’un côté le tourisme ne voit dans la planète sans-frontiérisée que des sites à visiter, des peuplades exotiques à découvrir et des méga-centres commerciaux à arpenter. De l’autre, la réalité ancestrale de la guerre – eux ou nous. Les vacanciers découvrent que l’Histoire n’est pas un manège d’où on descend à la fin du tour.

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Ils se tournent, bien sûr, vers maman-gouvernement, comme on faisait à 16 ans quand on était en rade à l’autre bout du monde. La grandeur de l’âge adulte c’est qu’on est responsable de soi. Le contrat social dit que l’Etat doit nous protéger. Pas vivre à notre place. L’Etat n’est pas ta mère. Ni un tour-operator. Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants. Si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants face aux aléas, je ne suis franchement pas sûre que l’espèce aurait survécu. Comme l’écrit l’immense Philippe Muray, l’Occident meurt en bermuda.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Transitions secrètes des enfants: la Cour suprême siffle la fin de la récré

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La Cour suprême des États-Unis à Washington. DR.

La Cour Suprême vient de donner raison aux conservateurs concernant la transition de genre dans les écoles en Californie. La Thomas More Society a qualifié cette décision de « décision la plus importante en matière de droits parentaux depuis une génération ».


La chaîne conservatrice Fox News se félicitait hier de la décision. Capture.

Ce lundi, la Cour Suprême américaine a déclaré illégale une nouvelle loi de l’État de Californie, visant à interdire aux écoles de signaler aux parents l’intention de leurs enfants de changer de genre. Cet arrêt est le résultat d’un recours effectué par deux groupes de parents représentés par la Thomas More Society[1]. Les opposants à la loi argumentent que le texte favorise la transition de genre des enfants, en rendant plus difficile la communication entre les parents et l’école de leurs enfants. L’État de Californie argumente, à l’inverse, que le texte préserve le droit à la vie privée des enfants s’agissant de l’expression de leur genre, surtout dans les cas où les familles rejetteraient leur volonté de transition.

Une majorité de cinq juges

Dans une ordonnance non signée, exprimant l’avis de la Cour, la majorité conservatrice de la Cour Suprême a affirmé que « les parents qui revendiquent le libre exercice de leur religion ont des convictions religieuses sincères en matière de sexualité et de genre, et ils estiment avoir l’obligation religieuse d’élever leurs enfants conformément à ces convictions. Les politiques de la Californie violent ces convictions ». L’arrêt affirmant ensuite que la loi entraverait en fin de compte le libre exercice de la religion. Parmi les neuf juges de la Cour Suprême, cinq des conservateurs ont soutenu la décision, tandis que trois, qualifiés souvent de progressistes, se sont opposés au texte.

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Cette décision réaffirme à nouveau la division traditionnelle entre juges progressistes et conservateurs. Samuel Alito, juge conservateur nommé par George W. Bush en 2006, a affirmé que « la pratique d’éduquer son enfant selon ses propres convictions religieuses, tout comme tous les actes et pratiques religieux, bénéficient d’une large protection au sein de notre Constitution. » L’affirmation du juge reflète une vision centrée sur la défense de la liberté des individus que les États ou les juges ne doivent pas restreindre, notamment pour imposer leur modèle de société.

Le ministère de l’éducation en cours de démantèlement par Trump

Samuel Alito ainsi que les quatre autres juges conservateurs de la Cour Suprême, s’inscrivent dans ce contexte, dans une interprétation de la Constitution américaine selon les intentions originelles des Pères fondateurs. C’est en ce sens que leur vision est conservatrice.

Les juges libéraux, à l’inverse, promeuvent une interprétation positiviste de la Constitution, fondée sur l’adaptation de la loi aux circonstances de la société actuelle. Dans leur déclaration d’opposition à la décision, les trois juges libéraux ont affirmé que les écoles publiques « offrent aux enfants de toutes confessions et de tous horizons une éducation et la possibilité de s’exercer à vivre dans notre société multiculturelle. »

Cette nouvelle décision de la Cour Suprême s’inscrit dans la lignée du démantèlement du Département pour l’Éducation par l’administration Trump depuis l’été. Ce programme est l’aboutissement de plus de quarante ans de réclamations chez de nombreux Républicains depuis la campagne de Ronald Reagan en 1980, au nom de la défense de la liberté scolaire.

Un cas semblable avait été débouté par la Cour en décembre 2025. Samuel Alito et deux autres juges ont toutefois affirmé qu’ils considéraient les politiques scolaires comme étant « d’une importance nationale grandissante. »


[1] La Thomas More Society est un cabinet d’avocats conservateur catholique d’intérêt public basé à Chicago. Le groupe s’est engagé dans de nombreuses questions de « guerre culturelle », promouvant ses convictions anti-avortement et anti-mariage homosexuel par le biais de litiges (Wikipedia).

La preuve par Nahel

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Nanterre, 29 juin 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Après la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 suite à un refus d’obtempérer, la justice ordonne finalement un procès pour violences et non pour meurtre à l’encontre du policier


Ces moments où l’ignorance, la partialité ou la bêtise sont contraintes de reculer sont bénis.

La cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt salvateur dans l’affaire de Florian M., qui avait été renvoyé devant la cour d’assises pour homicide volontaire par le parquet de Nanterre, les magistrats instructeurs ayant suivi ses réquisitions.

Elle a en effet remis du droit, de la justesse et du bon sens dans l’appréciation de cette procédure ayant abouti à la mort de Nahel. Elle a remplacé l’absurde qualification de meurtre par celle, évidemment plus pertinente, de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Je ne pouvais pas laisser passer cet exemple du caractère fondamental des voies de recours sans m’y arrêter, pour répondre à tous ceux qui n’en comprennent pas l’utilité et voudraient seulement qu’elles correspondent à leurs désirs et à leurs préjugés.

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Ils sont scandalisés lorsque le jugement et l’arrêt se contredisent, comme s’il y avait là une démonstration de l’incohérence de la justice, alors que c’est tout le contraire: une illustration, pas seulement en matière pénale, du caractère non manichéen de la conviction qui s’élabore et des conclusions qu’on en tire.

Rien n’est plus choquant que ces partis pris qui appréhendent le processus judiciaire à la tête du client ou au gré de ses propres dilections.

Si la cour d’appel de Versailles n’avait pas rendu cet arrêt, elle aurait contraint la future cour criminelle à dilapider une partie de son temps précieux dans un débat qu’il était en effet impérieux d’éclairer juridiquement en amont. L’attention collective à venir ne sera ainsi pas détournée de l’essentiel.

Pour ces faits, autrement qualifiés, reprochés à l’accusé, elle aura bien assez à faire pour arbitrer et juger !

Au nom de l’antifascisme…

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On ne va pas les marier ! Le député lfiste Raphaël Arnault et la militante féministe de droite Alice Cordier. Photos DR.

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.


Depuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, de Libération au Monde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans « présumé néo-nazi et antisémite », pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidien L’Humanité s’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.

Inversion accusatoire

Les titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : « Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire. » « Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance. » « Le risque de représailles brunes ». « À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules. » « La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes. » Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une « balle dans la tête » d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.

A lire aussi, du même auteur: Peut-on être un golden boy et gauchiste?

Le 23 février, L’Humanité se déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les « sordides calculs » d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : « Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. » À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes de L’Humanité, comme d’ailleurs ceux du Monde, Libération, La Croix ou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant « les participants venus dans une démarche sincère et digne », ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les « débordements racistes ». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de la reductio ad hitlerum, Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que « la glorification du régime nazi est toujours présente ». La violence de l’extrême gauche est « conjoncturelle » et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est « structurelle » et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.

Combat: chic, un nouveau média qui s’oppose à l’extrême droite !

Enfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associé à Radio Nova, Les Inrocks, StreetPress et Blast pour éditer Combat ! Front commun contre l’extrême droite, un « manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi », écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur de L’Humanité

Petits rappels. Radio Nova et Les Inrocks appartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle – Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un « arc néofasciste » extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.  


Maladie infantile

Le 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce « mouvement fémonationaliste ». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.  

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Les communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la « maladie infantile du communisme », selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : « Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier », écrit Jean-Pierre Le Goff2. L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement du système bourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt « les diplômés, les jeunes, les minorités » – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.

La ceinture rouge parisienne menacée par les lfistes

Les départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».

Celles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent. 

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En 1969, dans l’hebdomadaire Tempo où il tient une rubrique intitulée Le Chaos, Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un « garçon du peuple » fasciste qui, à l’inverse des « odieux petits fascistes fils à papa », apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une « lumière » que tous les dogmes promettent « pour le futur » et que l’écrivain appelle la « lumière rhétorique » ou la « fausse lumière ». « Un jour, lui écrit-il, tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations ». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: « Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations. » À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: « Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur », Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: « Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »  

  1. Boulevard Voltaire, Clémence de Longraye, Ce média d’extrême gauche « indépendant » en réalité financé par Soros et l’UE. 7 juin 2024. ↩︎
  2. Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier. Récit d’un monde adolescent, des années 1950 à mai 68, 2018, Éditions Stock. ↩︎
  3. Pier Paolo Pasolini, Le Chaos, préface d’Olivier Rey, 2018, Éditions R&N. ↩︎

Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron

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© Jeanne Accorsini/SIPA

Le chef de l’Etat a pris la parole, hier soir, lors d’une courte et factuelle allocution télévisée consacrée à la situation au Moyen-Orient. Au quatrième jour de la guerre déclenchée par les bombardements des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, donnant quelque peu l’impression de subir les événements, Emmanuel Macron s’est finalement résolu à donner l’ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.


Applaudir Donald Trump et Benyamin Netanyahou ? Un cauchemar. Emmanuel Macron ne s’y résoudra jamais. Sa répulsion le rapproche, à nouveau, de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux sont pareillement à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » en France, supposée antisioniste.

Une flopée de commentateurs, politiques ou médiatiques, partage ce même réflexe pavlovien contre les deux affreux, coupables de ne pas se courber devant l’islam djihadiste et anti-occidental. Hier soir, sur les télévisions, le chef de l’Etat a rappelé, à l’instar du leader LFI, que les opérations de bombardements aériens contre l’Iran, lancées depuis samedi matin par les Etats-Unis et Israël, sont « conduites en dehors du droit international ». Il a appelé Israël à « respecter le territoire libanais et son intégrité ». Lundi, la députée européenne macroniste Valérie Hayer avait été plus claire : « Je considère aujourd’hui que les États-Unis sous Donald Trump ne sont plus nos alliés ». C’est à reculons que la France s’engage dans le conflit moyen-oriental, en appliquant néanmoins les accords de défense qui la lient avec des pays arabes sous le feu iranien, et notamment les Emirats Arabes Unis. Des Rafale ont pris l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle, en Atlantique Nord, fait route vers la Méditerranée. Mais Macron a prévenu : « La France n’a été ni prévenue, ni impliquée ». Cette guerre contre le terrorisme apocalyptique des mollahs ne sera pas la sienne. A la recherche de l’histoire qui s’écrit, il croit l’avoir repérée du côté de la Russie en conflit avec l’Ukraine. Or, une fois de plus, le président français s’éloigne des peuples oppressés, et en l’occurrence des Iraniens qui se sont réjouis de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès la première frappe.

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Se rendant lundi à Brest, pour clarifier l’usage de l’arme nucléaire, le chef de l’Etat a publié la photo de son Falcon, lui à son bord, survolant le Mont-Saint-Michel entouré de quatre Rafale armés. Sur l’Ile Longue, il a pris une posture poutinienne pour rappeler, à l’instar du dirigeant russe, la puissance terrifiante des nouvelles bombes atomiques. Mais ces mises en scène guerrières trahissent une doctrine erratique. C’est le pourfendeur des souverainistes nationaux qui s’est rangé, ce jour-là, à leurs exigences de maîtriser, in fine, la décision ultime d’appuyer, seul, sur le bouton rouge. Sa défense habituelle de la souveraineté européenne s’est contentée de proposer le concept de « l’épaulement » qui élargirait symboliquement les bases de tirs nucléaires à d’autres territoires. Surtout, si Macron a redit toute son hostilité à la Russie de Poutine, il n’a pas évoqué la dictature iranienne. A l’aise pour dénoncer rituellement « l’internationale réactionnaire », représentée par le duo Trump-Netanyahou, il ne dit jamais rien de l’internationale islamiste, protégée ouvertement par LFI, notamment à travers sa députée européenne Rima Hassan. Or cette menace existentielle est autrement plus dangereuse pour la France.

« Pour être libre il faut être craint. Pour être craint il faut être puissant », répète à l’envi le chef de l’Etat. Hier soir, il avait placé un petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, fusil en joue, au premier plan sur son bureau présidentiel. Mais qui prend encore Macron au sérieux ?

La révolution des oubliés

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Amazon: foire d’empoigne à la foire du livre

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Le milliardaire Jeff Bezos propose une démonstration de sa liseuse "Amazon Kindle", à Santa Monica en Californie, le 6 septembre 2012 © Reed Saxon/AP/SIPA

Furieux de voir Amazon invité d’honneur au Festival du Livre de Paris, les libraires préfèrent quitter la fête. Elisabeth Lévy revient sur la polémique dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Tout fout le camp !

Amazon sème la zizanie au Salon du Livre. La littérature n’adoucit pas les mœurs. Comme le résume Jonathan Siksou, il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture, et il n’y aura pas de libraires au Salon du livre.

Le syndicat de la librairie française, qui regroupe 850 librairies, a décidé de boycotter le salon du livre de Paris, qui se tiendra les 17, 18, 19 avril au grand Palais. Raison de cette colère : Amazon est le partenaire officiel du Salon.

« Amazon n’est pas un ami du livre, il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires », affirme le syndicat.

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Il y a une vieille bisbille entre les libraires et le géant du e-commerce, les premiers accusant le second de contourner la loi sur le prix unique du livre avec des pratiques limite sur les frais de port. « Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité », ajoute l’organisme. En somme, Amazon est accusé de concurrence déloyale. Pour les adversaires de la plateforme, c’est un peu comme si on faisait parrainer le salon de la diététique par McDo.

Est-ce qu’ils ont raison ?  Eh bien non ! Nous sommes en effet face à une petite contradiction: les Français pleurnichent volontiers sur la disparition des petits commerces et la dévitalisation de leurs centres-villes, mais ils se ruent sur les achats en ligne, qu’il s’agisse de livres ou de vêtements. Or le salon n’est pas là pour célébrer les libraires, mais le livre. Il n’a donc pas vocation à dire où les gens doivent les acheter…

Les petites libraires pensent souvent un peu la même chose

Primo, grâce à Amazon, l’accès aux livres n’est pas réservé aux habitants des centres-villes.

Deuxio, la profession est de plus en plus politisée et bien-pensante. Les libraires aujourd’hui se croient chargés de nous rééduquer. Demandez un livre de Renaud Camus ou de Fayard et vous avez une bonne chance de vous entendre répondre d’un ton sentencieux « Madame, nous ne vendons pas cet auteur ».

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Sur Amazon, on trouve tout, y compris des ouvrages dont Le Monde ou Télérama ont décidé qu’ils ne devaient pas être accessibles. Alors oui, désolée, je défendrai plus volontiers les marchands de fringues que les libraires. Et c’est désolant mais c’est ainsi : quand les libraires jouent les censeurs, c’est une plateforme américaine qui défend la liberté d’expression. 


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Sud Radio dans la matinale

Gandalf enchaîné

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DR.

Surprise ! Ce n’est pas l’islam qui est la religion la plus surreprésentée dans la population carcérale britannique


Le Royaume-Uni, contrairement à la France, autorise les statistiques religieuses sur la population carcérale. Elles sont même publiées par le gouvernement. Elles permettent par exemple de savoir qu’environ 0,5 % des prisonniers se déclarent adeptes de l’hindouisme, soit trois fois moins que dans la population générale. À l’inverse, 18 % des détenus sont enregistrés comme musulmans, une proportion trois fois supérieure au taux national.

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Mais on aurait tort de penser que l’islam est la foi la plus surreprésentée dans les maisons d’arrêt de Sa Gracieuse Majesté. Une confession explose en effet tous les compteurs : le paganisme. Alors, qu’on n’en recensait que 79 au début du siècle, 1 172 prisonniers sont aujourd’hui affiliés à la Fédération païenne, une « Église » reconnue officiellement par les autorités. Leur poids dans la population carcérale est 200 fois plus élevé que dans la population britannique ! Cette statistique s’explique par un nombre important d’activistes violents d’extrême droite qui, à leur arrestation, se signalent comme païens. Depuis l’entrée en vigueur de l’Equality Act de 2010, qui oblige les pouvoirs publics, au nom de la lutte contre les discriminations, à considérer les croyances philosophiques comme étant de même nature que les croyances religieuses, les païens bénéficient de certains droits cultuels en prisons. Parmi eux : celui de porter une bague à symboles (car il a été établi que la privation d’un tel bijou cause « un stress considérable »), la pratique du tarot divinatoire (à condition que le jeu de cartes employé ait été contrôlé au préalable « pour raisons de sécurité »), et enfin l’accès à un aumônier. On en dénombre 20 à travers le pays, rétribués par l’État. Une petite annonce vient d’ailleurs d’être publiée pour recruter celui de la prison de Norwich, à 160 km au nord-est de Londres. Salaire annuel : 42 000 euros. Dans la fiche de poste, il est indiqué que l’heureux élu aura le droit d’être équipé d’une baguette magique, pourvu toutefois qu’elle soit flexible.

Il n’est pas précisé si son achat peut être passé en note de frais.

Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

Sarah Knafo © Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.