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Le grand retournement des élites contre la civilisation

Une société prospère quand les rivalités qui la divisent prennent la forme d’une émulation constructive. Mais dans nos démocraties modernes, une partie des élites politiques trouve son intérêt (électoral) dans des programmes destructeurs… Grande analyse.


La vie politique est fascinante. Comment des élites surdiplômées et surinformées peuvent-elles défendre des idées absurdes, incendiaires, angéliques, irrationnelles ou encore immorales ? Comment des personnes hissées aux sommets de la vie culturelle, sociale et politique purent-elle se vouer au bolchévisme, à l’hitlérisme, au maoïsme et, plus récemment, à l’islamo-gauchisme ou à l’antispécisme ? Comment quelqu’un d’intelligent et de renseigné peut-il prendre parti pour l’étatisation de l’économie, la fiscalité confiscatoire, la retraite à soixante ans, la dénucléarisation de l’énergie ou encore les politiques migratoires laxistes ? Comment des agrégés de philosophie chahutés dans leurs classes peuvent-ils continuer à promouvoir l’idéologie de « l’élève au centre du système »[1] ? Comment des économistes peuvent-ils penser qu’encadrer les loyers va résoudre le problème du logement ? Devant le spectacle des vandales déferlants dans les centres-villes à la première occasion (fête nationale, match de foot, Saint Sylvestre…), comment peut-on fustiger la « société répressive » ?

Quand la rivalité des élites sert le processus de civilisation

Certes, il ne faut pas minimiser la bêtise des élites, leur ignorance, ni leur mauvaise foi, mais une autre explication (non exclusive) tient au fait que leurs prises de positions sont intéressées, stratégiques et par conséquent calculées. Je me concentrerai ici sur les élites politiques. Selon une vision naïve de la vie politique, les gouvernants et chefs de partis visent le bien commun et ont seulement des désaccords sur la nature de ce bien ou les moyens de l’atteindre. Par exemple, tout le monde voudrait réduire le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, lutter contre les injustices et les problèmes écologiques, mais par des moyens différents et selon des priorités variées. Hélas, la vie politique ne se résume pas dans cette vision sympathique du pluralisme partisan. La question que se pose une grande partie des politiciens n’est pas « Que puis-je faire pour mon pays ? », mais « Comment accéder au pouvoir et le conserver ? ».

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Ce cynisme n’est pas un problème quand la compétition politique stimule l’innovation et débouche sur des réalisations grandioses. De la même façon, le boulanger d’Adam Smith[2] ne fait pas du bon pain par philanthropie, mais pour s’enrichir au détriment de ses concurrents – ce qui aboutit néanmoins au fait que tout le monde mange du bon pain au meilleur prix. Les rivalités des élites politiques ont toujours donné lieu à des productions culturelles extraordinaires : temples de l’Egypte antique, Acropole athénienne, pyramides maya, Cité interdite, etc. Les grands empires et les civilisations sont sortis de terre sous l’effet (notamment) de la compétition politique et géopolitique. Que les mobiles soient religieux (foi irrationnelle), économiques (enrichissement personnel) ou politique (amour du pouvoir), peu importe s’il en résulte plus de richesses, plus de beauté et plus de savoir pour un nombre croissant d’individus.

Dans un processus civilisationnel classique, les différentes couches de la société contribuent ensemble, y compris dans leur rivalité, au renforcement de l’édifice économique et culturel. Chacun travaille selon ses compétences et tout travail (ou presque) a une utilité sociale. En tout cas une utilité culturelle. Nos musées et nos bibliothèques sont remplis de la production raffinée des classes oisives : orfèvrerie, marqueterie, icônes, peintures, œuvres littéraires, théologiques ou philosophiques.

Quand le politiquement rentable diverge de l’intérêt collectif

Imaginons maintenant qu’un boulanger découvre une recette qui lui permette de surpasser la concurrence en ajoutant quelques ingrédients néfastes pour la santé du consommateur. S’il n’est pas retenu par la morale, la logique de la concurrence le poussera à intoxiquer ses clients. C’est ce qui se passe dans la vie politique quand, à certains moments de l’histoire, des élites découvrent une recette leur permettant d’accéder au pouvoir, quitte à embobiner leur clientèle et à fragiliser le corps social.

A quelle époque le politiquement rentable s’est-il dissocié du socialement constructif ? Quand la démagogie est-elle devenue payante ? Le jour où les flatteurs eurent un électorat à flatter. C’est triste à dire, mais l’avènement des démocraties modernes a été un tournant fondamental à cet égard : la démagogie et le populisme ont vu leur rendement exploser dès lors que le peuple avait son mot à dire dans les affaires publiques.

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Que la démagogie accompagne tendanciellement la démocratie, on le sait depuis au moins l’Antiquité grecque. Depuis lors, l’un des grands enjeux de la théorisation politique est de concevoir un système qui tienne compte de l’intérêt de tous, et donc de permettre à tous de s’exprimer, sans transformer la politique en foire du Trône ni les gouvernants en poissonniers braillards.

Malheureusement, nous ne disposons toujours pas de ce contrepoison. Aujourd’hui, il se pourrait même qu’il soit impossible de remporter une élection sans user de procédés rhétoriques, de mensonges et autres flatteries.

La démocratie sans démagogie : un cercle carré ?

La « trahison des clercs »[3] peut prendre plusieurs formes. La plus simple consiste à confondre « défense du peuple » et populâtrie (amour immodéré du peuple, comme si celui-ci avait toutes les vertus) ou populisme (prétendre incarner le peuple dans sa personne). Ou encore à assimiler n’importe quelle mesure égalitariste à de la « justice sociale » (comme si toute distinction et hiérarchie étaient injustes)[4]. Il s’agit alors de promouvoir des idées comme on vend des sucreries : c’est bon marché et immédiatement appréciable. Difficile d’y résister – le peuple se précipite vers ces démagogues comme il se gave de burgers et de sodas, qui le rendent malade.

Autre trahison possible : faire alliance avec une puissance étrangère pour remporter des victoires politiques locales. C’est prendre le risque de l’effondrement, comme ce fut le cas en Mésoamérique et dans l’Amérique andine précolombienne, quand les conquistadores européens ont su habilement profiter de l’esprit de revanche des populations dominées par les Aztèques et les Incas. Certains observateurs de la vie politique française considèrent que l’extrême droite fait les yeux doux à Poutine pour actionner des leviers politiques, au mépris de notre indépendance géopolitique ; et d’autres que l’extrême gauche noue de dangereuses alliances avec des populations immigrées pour se renforcer électoralement, au risque d’euthanasier la culture française.

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Sous des modalités diverses, une partie des élites politiques injecte du poison dans leur programme pour remporter la mise électorale. Devant le succès de ces opportunistes, d’autres partis doivent à leur tour s’inspirer de cette recette (avec des ingrédients différents). C’est le grand retournement : la rivalité des élites politiques devient vectrice de destruction civilisationnelle. A la bourse des idées politiques, une partie des élites « parie à la baisse », en quelque sorte, c’est-à-dire se renforce par des programmes-poisons.

C’est vrai dans tous les pays occidentaux, où les partis favorables à l’immigration de masse, à la hausse des dépenses publiques, à la discrimination positive et autres mesures coûteuses démographiquement, économiquement et socialement fragilisent l’édifice civilisationnel. C’est vrai également dans le monde arabe, où une partie des élites politiques a compris qu’elle pouvait se renforcer en troquant ses idéaux laïcs et modernistes contre le traditionalisme religieux. C’est vrai dans une large partie de l’Afrique, où la rancœur décoloniale sert de hochet séduisant et de produit masquant l’incurie des gouvernants. Les pays peu/pas démocratiques comme la Russie et la Chine sont moins exposés aux problèmes de la démagogie, car les rivaux politiques sont empêchés ou éliminés. Là où il n’y a pas de pluralisme, on ne peut rencontrer les difficultés inhérentes au pluralisme (situation qui n’est pas plus enviable pour autant).

Comment faire pour que, à nouveau, les élites politiques fassent du bon pain ? Il faudrait des consommateurs avertis, instruits, informés et vigilants. Autrement dit, il faudrait que les élites intellectuelles, scientifiques et journalistiques les aident à former un jugement avisé. Mais une grande partie de ces élites, pour des raisons qui leur sont spécifiques,[5] alimente la machine à broyer le bon sens et la civilisation.

De leur côté, les élites politiques ne renonceront pas spontanément au politiquement utile au profit du civilisationnellement efficient. On ne peut guère en vouloir à un boulanger de vendre du mauvais pain s’il y gagne des clients. Finalement, l’électorat ne doit compter que sur ses propres ressources intellectuelles et son expérience du terrain. On en revient à cette vieille idée que la démocratie ne fonctionnerait bien que pour un peuple de dieux[6]. Nous ne sommes pas divins, mais faisons de notre mieux.


[1]  Principe pédagogique inscrit dans la loi Jospin de 1989, qui affirme que l’école doit s’adapter à la diversité des élèves plutôt que d’imposer à ceux-ci un modèle classique de transmission du savoir.

[2] « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme » (A. Smith, La Richesse des nations, livre I, chp. 2).

[3] L’expression est de J. Benda, dans La trahison des clercs [1927].

[4] Voir T. Sowell, Discrimination et disparités [2019] et Illusions de la justice sociale [2023], Paris, Carmin, 2025.

[5] Voir S. Fitoussi, Pourquoi les intellectuels se trompent ? L’Observatoire, 2025.

[6] « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas aux hommes » (J.-J. Rousseau, Du contrat social, livre III, chp. 4).

Grève SNCF: quand les syndicalistes font les charognards

Il y a eu treize suicides en cinq mois à la SNCF. Un drame humain que Sud-Rail et la CGT ont immédiatement transformé en munition de négociation.


Quand la compassion est effacée par le cynisme, on est en droit de douter du syndicalisme français. Il est nécessaire en préambule de rappeler que le suicide est une des épreuves les plus pénibles qu’une famille puisse connaître. Treize familles de cheminots vivent aujourd’hui cela. Treize veuves ou veufs, des enfants, des parents, des collègues qui tentent de comprendre l’incompréhensible. Nous leur devons toute la compassion du monde. Sans aucune réserve, sans aucune condition, et sans tenter la moindre récupération.

Serait-ce la grève du chagrin?

Le 8 juin au soir, à la veille d’un mouvement de grève national, Fabien Villedieu, délégué fédéral de Sud-Rail, est invité sur le plateau complaisant de FranceInfo. Sa communication est millimétrée: « Il y a eu treize suicides de salariés depuis le début de l’année », déclare-t-il, avec l’emphase de celui qui sait exactement l’effet que le chiffre va produire. Dans la foulée, la comparaison tombe, immanquable : « Ça s’est passé à France Télécom il y a vingt ans et maintenant ça se passe dans notre boîte. » Le message est clair : la SNCF, c’est la prochaine catastrophe industrielle. Votez la grève ! La CGT-Cheminots lui emboîte le pas. Son secrétaire général Thierry Nier dénonce un « harcèlement institutionnel », une « violence managériale ». Les quatre fédérations syndicales — CGT, UNSA, Sud-Rail, CFDT — avaient déjà organisé en avril un rassemblement devant le siège du groupe, exigeant un moratoire sur les réorganisations.

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Peut-être la souffrance des cheminots est-elle réelle. Peut-être le management de la SNCF est-il brutal. Cependant, le timing interpelle. Brandir treize morts à l’aube d’une grève mérite qu’on pose la question sans tabou: ces hommes sont-ils des victimes dont on honore la mémoire, ou des arguments utilisés cyniquement ?

Hélas, les chiffres sont les chiffres!

Les syndicats n’ont pas jugé bon de vérifier si leurs chiffres étaient aussi significatifs. Ils ont oublié une précaution élémentaire. Voilà en effet ce que nous apprennent les données officielles de l’Institut de Veille Sanitaire — programme COSMOP1 pour la période 1976-2002, la seule étude sectorielle française de référence — nous apprennent sur le taux de mortalité par suicide selon les secteurs d’activité :

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La conclusion de cette macabre comptabilité est hélas sans appel. Les cheminots morts depuis janvier représentent, ramenés à l’effectif du groupe et annualisés, un taux d’environ 13 à 14 pour 100 000 salariés. C’est moins de la moitié du taux moyen de l’ensemble des salariés français (25,1). C’est deux fois et demie moins que le secteur de la santé — où infirmières épuisées et aides-soignants à bout n’ont jamais bénéficié d’une grève nationale en leur honneur. Nous n’évoquerons même pas le cas de la Gendarmerie, puisque statutairement la grève y est interdite.

L’indécence comme méthode

Il existe une façon de désigner l’utilisation des morts à des fins de négociation. C’est l’instrumentalisation. Elle n’est pas nouvelle dans le répertoire syndical français, mais elle atteint ici un degré de cynisme particulièrement abject. Contester les chiffres serait immédiatement taxé de manque de compassion rendant ainsi toute critique difficile. Les familles des treize cheminots disparus méritent certainement mieux que de servir de  faire-valoir d’un préavis de grève. Le deuil ne devrait pas être un levier pour extorquer des augmentations salariales. Dans les manuels de rhétorique, ça s’appelle un argument ad misericordiam. Dans la vraie vie, ça s’appelle tout simplement l’indécence.

LA DICTATURE DU CARBONE

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  1.  COhorte pour la Surveillance de la MOrtalité par Profession.
    Ce  programme épidémiologique a été créé par l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) — devenu depuis Santé Publique France. Son objectif est de surveiller les causes de décès selon l’activité professionnelle en France, depuis 1968. ↩︎
  2. https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/rapportsynthese/suicide-et-activite-professionnelle-en-france-premieres-exploitations-de-donnees-disponibles ↩︎

Comment gagner des milliards

Quel scandale! Sous prétexte d’un hymne russe confisqué à Roland-Garros, notre chroniqueur en arrive à plaider pour une recomposition complète de la politique extérieure française. Mais de quoi se mêle-t-il?


J’ai longtemps joué au tennis — mais jamais très bien, j’avais commencé bien trop tard : il est rare que l’on excelle dans un sport débuté après 40 ans. N’empêche : j’y suis resté assez attaché pour m’intéresser aux finales de Roland-Garros.
Je ne reviendrai pas sur la victoire de Zverev, match au scénario palpitant, final plein d’émotion (il faut vraiment être taré comme les fadas post-MeToo pour huer un joueur sous prétexte qu’il a eu jadis des démêlés domestiques). Non : ce qui m’a passionné, ce sont les demi-finales et finales du tableau féminin.
Mirra Andreeva a donc successivement éliminé Marta Kostyuk, une Ukrainienne revendicative qui met en avant sa nationalité et son animosité au lieu de se concentrer sur son tennis — et qui s’est fait étriller —, puis la Polonaise Maja Chwalinska, sortie des qualifications, ravie d’être là, et bonne perdante.
À ce moment-là, dans les tribunes deux spectateurs ont sorti un drapeau russe — interdit par un absurde règlement destiné à faire plaisir à Ursula von der Leyen et à la Commission européenne à la solde des Américains. Des vigiles leur ont sauté dessus pour réprimer ce geste de solidarité nationaliste. Et Andreeva a été privée également d’hymne russe.

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Je ne m’attarderai pas sur ce que signifie, sportivement parlant, une telle politique, qui importe la guerre sur les courts de tennis. Les grandes  consciences qui nous gouvernent sans nous demander notre avis l’ont également importée sur les plateaux d’opéra, en interdisant les scènes américaines à la géniale cantatrice russe Anna Netrebko : ça laisse de la place à des sopranos moins douées.

Tout cela paraît secondaire, mais ce boycott stupide est significatif d’une politique globale qui a permis aux Américains d’exporter leur gaz de schiste en Europe, à des tarifs insensés : nous payions le gaz russe 20 €/MWh, nous sommes désormais sommés d’acheter du gaz américain à 52 €/MWh.
D’autant que le gaz russe, depuis le sabotage du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, ne passe plus qu’au tiers de ce qu’il était en Europe — de plus de 40% en 2021 à environ 11% en 2024. La France se fournit désormais en Norvège et aux Etats-Unis. Même le GPL coûte désormais plus cher. Et le pétrole russe, lui, est immédiatement saisi, dans des opérations de piratage en eaux internationales dont Macron se réjouit. Dans boycott, il y a boy : ce sont des représailles pour cours de récréation.

Par un hasard miraculeux, le lancement des opérations de guerre américaines en Iran, en amenant un blocage du détroit d’Ormuz, produit en même temps un renchérissement considérable des combustibles fossiles, que le consommateur européen paie de sa poche. Les supertankers déjà en mer, qui mettent un certain temps à arriver en Occident, vendent désormais leur pétrole aux nouveaux tarifs, alors qu’ils l’ont chargé pour trois fois moins. Et des initiés ont réalisé au passage de jolis bénéfices à Wall Street : plusieurs centaines de millions de dollars, explique Nicolas Chapuis dans Le Monde le mois dernier. La guerre, ça coûte cher mais ça peut rapporter gros.
D’ici à conclure que quelques grandes sociétés ont planifié un joli coup en longueur depuis cinq ans, et s’en mettent plein les fouilles…

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Je suis un peu surpris que des gens de gauche, élevés dans la vulgate marxiste, considèrent le conflit ukrainien avec des critères sentimentaux, au lieu de penser que, comme disait Karl M***, le facteur économique est déterminant en dernière instance. Les Américains ont équipé l’Ukraine en échangeant des armes contre des territoires riches en terres rares, essentielles à la transition énergétique. Pendant ce temps, les Européens financent à fonds perdus l’armée ukrainienne et les mafias installées autour de Zelenski. 90 milliards, en février dernier, pas perdus pour tout le monde. Et 3 milliards d’euros bien français d’équipements militaires en sus.
Sans contrepartie. Des prêts jamais remboursés. Pas de contrepartie. Les Américains sont les seuls à tirer bénéficie de ces opérations de guerre.

Les Russes pendant ce temps ont diversifié leurs clientèle, et ne se tirent pas si mal du blocus qu’on leur impose. La Chine se rapproche, du coup, de la Russie — un beau succès de la diplomatie occidentale, que nous allons payer cash quand Pékin lancera ses troupes à l’assaut de Taïwan, avec la bénédiction de Moscou. Certains piailleront comme d’habitude à l’ONU, ce sera d’autant moins efficaces que les Etats-Unis, et bien d’autres, n’ont jamais reconnu Taïwan. Seuls douze minuscules Etats l’ont fait. Le marché des semi-conducteurs, spécialité de l’île chinoise, est à prendre.
Mais je ne doute pas que de belles consciences — les mêmes que pour l’Ukraine — gémiront de voir la Chine lancer son offensive.

Le sentimentalisme appliqué à la politique est sympathiquement grotesque. Les délires journalistiques sur la possibilité d’une attaque russe sur l’Europe, et l’annonce de budgets militaires soudainement gonflés, sont tout aussi irrationnels — mais peut-être certains faiseurs d’opinion sont-ils financés par les grandes compagnies qui se remplissent les poches.

Que Poutine soit un dictateur, tout le monde en convient. Que les Russes aiment les dictateurs, on le sait depuis Ivan le Terrible. Le modèle démocratique, inventé en Grèce, est à usage occidental — et encore !

On n’a pas d’amis, en diplomatie. On a des intérêts. Trump s’occupe de ceux des Américains — et spécifiquement ceux de ses copains. Macron, face à son miroir, joue à la grande conscience et prend des poses ridicules. Et Ursula von der Leyen, imperturbable, sert les intérêts de Washington et de Berlin. On l’a placée là pour ça.
Pendant ce temps, en France, 70 millions de cocus. Et moi, et moi, et moi.

L'école sous emprise

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La Bayadère: à l’Opéra, les splendeurs d’un Orient de légende


Trente-quatre ans après sa réalisation voulue par Rudolf Noureïev pour le Ballet de l’Opéra de Paris, et alors qu’il était déjà tragiquement malade, le fastueux ballet La Bayadère réapparaît sur scène dans toute sa magnificence.

Un monument à sa gloire

Sans doute Noureïev pressentait-il qu’il allait mourir prématurément. Et sans doute avait-il voulu ériger avec La Bayadère un dernier monument à sa gloire, lui qui avait de lui-même une opinion si avantageuse. Sans doute aussi l’administration de l’Opéra de Paris avait-elle voulu permettre cette réalisation exceptionnelle à celui qui n’était déjà plus son directeur de la Danse, mais à qui on avait concédé le titre de chorégraphe invité et dont on imaginait imminente la triste fin.

Miraculeusement beaux

Quoi qu’il en soit, on aura rarement vu à l’Opéra de Paris une production de ballet aussi somptueuse que celle-ci. Cependant, les folles dépenses faites en costumes miraculeusement beaux, confectionnés avec des étoffes trouvées aux Indes (Franca Squarciapino), ou en décors d’une richesse inouïe (Ezio Frigerio), n’auront pas été vaines. Aujourd’hui encore, 34 ans après sa création, alors que l’ouvrage a été représenté près de 260 fois et le sera une vingtaine de fois de plus avec cette reprise, cette version de La Bayadère demeure l’un des fleurons du répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Et plus que jamais, quand on la reprogramme, les foules prennent d’assaut l’Opéra. Lequel, pour accueillir un public plus large encore et, ce faisant, mieux remplir les caisses, a fait passer le spectacle né dans la salle voulue par Napoléon III à celle (mille fois moins belle) voulue par la République et implantée à la Bastille.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Ballet de l’OnP, Les Ombres Acte III © Svetlana Loboff – OnP

Ce goût très oriental

Ce qui est saisissant, c’est de redécouvrir, au fil des ans et des reprises, que la production demeure dans un état de fraîcheur inchangé et qu’elle offre le même éclat que le soir de sa création en 1992. On peut imaginer, après d’innombrables représentations à Paris comme à l’étranger, combien les décors ont dû être rafraîchis, sinon solidement restaurés, et les costumes retaillés pour leurs nouveaux titulaires, sinon entièrement refaits. Mais on y retrouvera, sans une seule fausse note, tout cet esprit de splendeur semblable à celui qui contribua à la gloire des Ballets Russes à l’aube du XXe siècle. Un goût très oriental s’épanouissant dans une débauche de coloris qui était aussi dans le goût de Noureïev.

Création à Saint-Pétersbourg

Même si La Bayadère fut créée par Marius Petipa avec un grand succès en 1877 pour les Ballets Impériaux, au Théâtre Marie de Saint-Pétersbourg (deux ans après l’inauguration à Paris du nouvel opéra de Charles Garnier), cette vision voulue par Noureïev se rattache effectivement davantage à l’esthétique alors novatrice des Ballets Russes de Serge de Diaghilev, Alexandre Benois et Léon Bakst. Une esthétique dont se sont assurément nourris Ezio Frigerio et Franca Squarciapino, lesquels avaient de plus découvert par eux-mêmes les richesses de l’Inde où se situe l’intrigue de ce ballet.

C’est cette opulence maîtrisée avec goût qui émerveille le public, c’est elle qui sert d’écrin au talent des danseurs du Ballet de l’Opéra. C’est elle aussi qui permet de faire avaler un argument fort mince auquel seuls ce luxe et le nombre des danseurs donnent de l’ampleur. Encore faut-il, évidemment, que les interprètes des rôles principaux soient à la hauteur de l’enjeu, comme l’avaient été ceux qui les avaient créés en 1992 : Isabelle Guérin, Laurent Hilaire et Élisabeth Platel.

Ultime apparition publique

Il est impossible en effet d’oublier la noblesse mélancolique de Laurent Hilaire dans le rôle du guerrier Solor, l’aura lumineuse et tragique d’Isabelle Guérin qui créa le rôle de la bayadère Nikiya, la distinction altière d’Élisabeth Platel en Gamzatti, impitoyable princesse de Golconde. Ce sont eux, créateurs de ces rôles, qui, avec Rudolf Noureïev et ses assistants, triomphèrent lors de la première de La Bayadère.

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À l’issue de la représentation, soutenu par les danseurs, destinataire d’une décoration remise devant le public par le ministre de la Culture, Noureïev apparut une ultime fois sur scène pour saluer et être ovationné, alors qu’il avait dû assister au spectacle étendu sur une couche de fortune installée dans une baignoire d’avant-scène. Puis, il apparut un long moment au souper donné dans le grand foyer, avant de devoir se retirer et de disparaître lentement dans le grand escalier de l’Opéra, là où quelques mois plus tard on allait déposer son cercueil.

Les assistants de Noureïev, il faut donc le rappeler, ont tenu un rôle primordial dans la réalisation du ballet et dans sa réussite. Le malheureux était si épouvantablement malade que, même doté d’une volonté de fer, il n’était plus en mesure d’assumer la tâche considérable de monter un ouvrage de cette envergure.

Les fortes personnalités se font rares

Même si l’ensemble du Ballet de l’Opéra de Paris demeure bien souvent remarquable, sinon magnifique, les personnalités hors du commun se font rares aujourd’hui parmi les solistes, alors qu’à l’époque les tempéraments étaient plus prononcés. Une technique irréprochable ne remplacera jamais une nature exceptionnelle et un sens inné du théâtre.

Mais si les titulaires des rôles principaux n’ont peut-être pas aujourd’hui le même charisme que leurs prédécesseurs, ils offriront tout de même un remarquable exemple de ce style qui est celui de l’école française de ballet où tout sait ne devoir être qu’élégance, majesté, sobriété, pureté des lignes et virtuosité sans ostentation. On sait cependant que parmi les étoiles qui reprennent les rôles principaux, Dorothée Gilbert, à la veille de faire ses adieux à la scène, sera là pour illuminer le théâtre.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Dorothée Gilbert (Nikiya), Audric Bezard (L’Esclave) © Svetlana Loboff OnP

Diaphane, irréelle

Un beau visage de médaille, le corps gracile et bien dessiné, le geste remarquablement délié : aux côtés de Hugo Marchand en Solor et de Roxane Stojanov en Gamzatti, la danseuse étoile Dorothée Gilbert, dans le rôle de Nikiya, est de la race des Monique Loudières. Comme elle, elle sait être diaphane, presque irréelle. Et comme Isabelle Guérin naguère, mais dans un tout autre genre, elle offre un jeu dramatique extrêmement prenant. Cette dernière avait fait merveille en jouant la passion, puis le désespoir. Deux générations d’étoiles plus tard, Dorothée Gilbert lui a succédé pour s’élever à la même altitude.

Le Pas des ombres

Comme souvent dans ce genre de ballet académique, si l’argument demeure inchangé, mise en scène et chorégraphie ont été profondément remaniées par celui qui a été en charge de leur renaissance. Sans jamais s’être révélé un grand chorégraphe, Noureïev s’y montre, une fois encore, bon, sinon excellent metteur en scène, à quelques faiblesses près.

Toutefois, de la version originale créée par Petipa, demeure, intouchable à tout jamais, cet irréel « Pas des ombres » tel que l’avait imaginé le maître français des Ballets Impériaux en s’inspirant, dit-on, d’un dessin de Gustave Doré représentant les âmes mortes aux Enfers. Accompagné d’une page de Minkus, plus noble, plus retenue que les débordements sirupeux ou les flonflons dont ce compositeur de musique de ballet est coutumier, le « Pas des ombres » constitue la séquence la plus saisissante de l’ouvrage en faisant défiler, en d’innombrables arabesques, trente-deux ballerines uniformément voilées de gaze blanche, créatures venues de l’au-delà pour accompagner le spectre de Nikiya.

Comme dans tout cet acte blanc qui clôt La Bayadère, les artistes du corps de ballet font généralement merveille. Et le public, à juste titre, les saluera avec la même ferveur que celle avec laquelle il acclamera les étoiles.


« La Bayadère » avec le Ballet et les étoiles de l’Opéra de Paris. Du 17 juin au 14 juillet 2026.
Durée : 2h45 avec deux entractes

La destruction de Paris

Victoire du PSG, déchaînement de violence, destruction de quartiers entiers de Paris. Notre chroniqueur, qui vit désormais loin de ce monde en ébullition, jette un regard désabusé sur la situation. Peut-être se prend-il pour Philippulus le Prophète…


Au chapitre VII des Copains, sublime chef d’œuvre de Jules Romains écrit juste avant la Première Guerre mondiale (1913), on assiste à la « destruction d’Issoire ». La paisible sous-préfecture du Puy-de-Dôme est mise sens dessus dessous par les joyeux énergumènes qui, quelques chapitres auparavant, avaient ressuscité Ambert, autre sous-préfecture tout aussi paisible… « Les notabilités s’enfuirent en renversant les chaises ; les enfants des écoles, avec des cris perçants, se précipitèrent sur le rempart des invités debout, qui s’éboula en un clin d’œil. Le cordon de fantassins fut rompu et se débanda. La musique militaire partit au pas gymnastique. La place Sainte-Ursule éclata dans tous les sens, projetant au loin les morceaux de la foule. Issoire était pulvérisé, anéanti par sa propre explosion. »

Un renversement de civilisation

Début 2018, j’écrivais dans Causeur, dans un article destiné à chanter Lalbenque-en-Périgord, une vraie ville avec de vrais gens : « Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout. » Et voici que Paris est révélé par quelques milliers de voyous décidés à terroriser les bourgeois bohèmes de la capitale sous prétexte d’une victoire du PSG. Scènes d’émeutes, destructions en série, voitures incendiées, des centaines de blessés, y compris parmi les forces de l’ordre, passablement passives — et un mort. Un avant-goût de ce que seront les villes lorsque la guerre civile larvée dans laquelle nous vivons passera en phase chaude.

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Parce que contrairement à ce que s’imaginent candidement certains, à gauche, le déchaînement de violence ne trouve pas son origine dans la « misère » des banlieues. D’abord parce qu’il n’y a pas que les banlieues, en ce moment, qui flirtent avec la misère. Ensuite, parce que ces jeunes gens, la main crispée sur leur portable, dévalisant les boutiques d’objets factices de désir, gavés de subventions et d’aides diverses, sont largement moins misérables que ne le furent leurs parents, et la plupart des gens en zone rurale. Ce qui se joue en ce moment, c’est le renversement d’un modèle de civilisation, basée sur la convivialité et le « vivre ensemble », la civilisation que s’acharne à défendre, entre autres, le Canon français, par une non-civilisation barbare. Ce qui se joue, c’est le renversement d’un ordre ancien par un désordre sans autre objet que sa propre dynamique.

Un air de guerre civile

Toutes les conditions sont désormais réunies pour l’effondrement final. Les barbares, accueillis durant des décennies — exactement comme Rome pendant deux siècles a ouvert les bras aux Goths venus s’occuper chez elle des tâches qui désormais rebutaient les citoyens romains — déferlent en masse, et seront encore plus nombreux demain, et on ne les « remigrera » pas. Les conditions climatiques incertaines, les épidémies qui rôdent, la disruption des échanges commerciaux internationaux qui non seulement font des carburants des produits de luxe, mais cassent la connectique qui assurait l’approvisionnement et le remplacement des produits, demandez-vous avec quoi on fertilisera les terres qui vous nourrissent, tout cela crée les mêmes conditions qui ont vu jadis s’effondrer en très peu de temps la Méditerranée de l’âge du bronze récent, l’empire romain ou l’Angleterre d’Arthur, pour ne prendre que les plus emblématiques des « dark ages », comme disent les historiens britanniques.

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Les hordes ne sont que l’avant-garde des nuées qui nous dévasteront. Et qui peut-être, comme dans le roman de Jules Romains, nous inciteront, plus tard, à revivre. Les élections qui viennent, dans ce contexte, et qui, quel que soit le résultat, ouvriront une période de guerre civile ouverte, sont un épiphénomène, la tentative dérisoire d’une classe politique cherchant à survivre au milieu des décombres qu’elle a accumulés sur nos têtes. Rappelez-vous la fin de l’Electre de Giraudoux — jouée pour la première fois en 1937, par un homme qui travaillait au plus haut sommet des Affaires étrangères et assistera l’année suivante, désabusé, à la reddition des Accords de Munich, juste avant la Deuxième Guerre mondiale :

« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

– Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. »

Les Copains

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Les nuits de Topkapi

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Affaire Nowak : quel antiracisme ?

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Vendredi, le vice-président des Etats-Unis J. D. Vance s’est prononcé sur la mort d’Henri Nowak dans un post sur X, en affirmant qu’il serait encore vivant “si les dernières générations d’élites européennes avaient tenu bon face à la politique de haine de soi et à l’invasion massive de migrants”. Depuis, le vice-Premier ministre britannique David Lammy lui a répondu dans le Sunday Morning que le meurtrier en question était de nationalité britannique, et que “cela n’a rien à voir avec l’immigration de masse.” Pour Charles Rojzman, le cœur de la tragédie réside dans l’instrumentalisation de l’antiracisme par une caste politico-médiatique qui a rompu avec le réel. Analyse.


L’affaire Henry Nowak aura peut-être marqué un tournant dans la conscience britannique. Non seulement parce qu’un jeune homme de dix-huit ans a trouvé la mort sous les coups d’un assassin, mais parce que les circonstances du drame ont donné à des millions de Britanniques le sentiment d’entrevoir quelque chose de plus inquiétant encore que le crime lui-même : l’affaiblissement du simple bon sens sous le poids des réflexes idéologiques.

DR.

Ce qui a frappé l’opinion n’est pas seulement l’accusation mensongère de racisme lancée par le meurtrier à l’encontre de sa victime agonisante, mais l’impression que cette accusation a immédiatement été prise en considération par des policiers dont une partie du travail consiste désormais à naviguer parmi les récifs de la diversité, de la discrimination, des biais inconscients et des sensibilités communautaires. Une enquête dira ce qu’il en est exactement. Mais dans l’esprit de nombreux Britanniques, une question demeure : comment a-t-on pu en arriver à un moment où la victime semblait devoir être soupçonnée avant même que les faits les plus élémentaires ne soient établis ?

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Cette affaire a suscité une émotion considérable parce qu’elle touche à une inquiétude qui dépasse largement le Royaume-Uni. Dans toute l’Europe occidentale, un nombre croissant de citoyens a le sentiment que certaines institutions regardent désormais le monde moins à travers la réalité des actes qu’à travers des catégories idéologiques préétablies. Le crime n’est plus seulement un crime ; il devient un élément d’un récit plus vaste où la couleur de peau, l’origine, l’identité ou le statut supposé de victime occupent parfois une place plus importante que les faits eux-mêmes.

Le vrai visage de l’antiracisme

C’est dans ce contexte qu’il faut s’interroger sur ce qu’est devenu l’antiracisme. Car l’antiracisme officiel, celui des universités, des administrations, d’une partie des médias, des grandes associations militantes et des bureaucraties occidentales, n’a plus grand-chose à voir avec cette intuition simple qui consistait à reconnaître dans chaque être humain un semblable. Il est devenu une théologie civile. Il possède ses dogmes, ses prêtres, ses hérésies, ses excommunications. Il dispose même de son vocabulaire sacré, de ses formules obligatoires et de ses vérités révélées auxquelles il convient de souscrire sous peine d’être rejeté dans les ténèbres morales.

À l’origine, pourtant, l’antiracisme constituait une conquête admirable. Après les horreurs du XXe siècle, après Auschwitz, après les théories raciales qui avaient ensanglanté l’Europe, il paraissait naturel de vouloir construire une société fondée sur l’égalité de tous devant la loi et sur le refus de toute discrimination fondée sur l’origine. Cet antiracisme-là appartenait à l’héritage humaniste européen. Il cherchait à dépasser les appartenances pour faire émerger le citoyen. Mais ce projet semble aujourd’hui avoir changé de nature.

Au lieu d’effacer les catégories raciales, une partie de l’antiracisme contemporain les réintroduit partout. Au lieu de considérer les individus, il tend à les réduire à leur groupe d’origine. Au lieu de dissoudre les appartenances dans un horizon commun, il les fige et les transforme en identités politiques permanentes. Ainsi se développe une étrange situation où l’on prétend lutter contre le racisme tout en expliquant la société presque exclusivement à travers des catégories raciales.

Le débat est verrouillé

Pendant ce temps, loin des colloques universitaires et des tribunes moralisatrices, la France réelle poursuit son existence inquiète. Cette France-là n’est pas celle des conférences sur la diversité ni celle des plateaux de télévision. C’est celle des petites villes, des villages, des quartiers populaires, des périphéries urbaines. Celle des policiers qui interviennent dans les mêmes cités depuis vingt ans. Celle des enseignants confrontés à des formes nouvelles de contestation de leur autorité. Celle des infirmières, des chauffeurs de bus, des commerçants, des pompiers, des travailleurs sociaux.

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Tous ne tirent pas les mêmes conclusions. Tous ne partagent pas les mêmes opinions. Mais beaucoup ont le sentiment qu’il existe désormais un fossé grandissant entre ce qu’ils voient et ce qu’ils ont le droit de dire. Ils constatent certaines formes de violence. Ils observent certaines dégradations des comportements. Ils s’interrogent sur les effets de l’immigration de masse, sur les difficultés de l’intégration, sur la fragmentation culturelle du pays. Pourtant, dès lors qu’ils tentent d’aborder ces sujets, ils découvrent que le débat est déjà verrouillé. Leur inquiétude devient une preuve de culpabilité. Leur expérience devient suspecte. Leur parole devient dangereuse. Alors ils se taisent. Et ce silence nourrit lentement une colère qui, faute de pouvoir être exprimée démocratiquement, s’accumule dans les profondeurs du corps social.

Le malentendu fondamental réside peut-être ici. On présente systématiquement cette exaspération comme du racisme. Or il s’agit souvent d’autre chose. Non pas d’une haine biologique ou raciale au sens classique du terme, mais d’une inquiétude culturelle, historique, civilisationnelle. Une inquiétude qui peut être excessive ou mal formulée, mais qui n’en est pas moins réelle. Beaucoup de Français ont le sentiment de devenir étrangers dans leur propre pays. Ils voient disparaître des habitudes, des codes de conduite, des formes de sociabilité qui leur paraissaient aller de soi. Ils perçoivent un affaiblissement de l’autorité, une fragmentation de la nation, une multiplication des appartenances concurrentes.

L’art du renversement

Au lieu d’entendre ce malaise, l’antiracisme doctrinal le pathologise. Il refuse de voir qu’une partie du problème réside peut-être moins dans les préjugés de la population que dans l’incapacité des élites à penser lucidement les conséquences des transformations qu’elles ont elles-mêmes encouragées. Ainsi s’installe une fracture qui ne cesse de s’élargir. Les mots eux-mêmes ne signifient plus la même chose selon les milieux sociaux. Lorsque certains parlent de diversité, d’autres parlent de désintégration. Lorsque certains célèbrent l’ouverture, d’autres évoquent l’effacement. Lorsque certains vantent le multiculturalisme, d’autres constatent la disparition progressive de ce qui constituait le socle commun. Le dialogue devient alors presque impossible. Chaque camp vit dans un univers mental différent.

L’Histoire nous enseigne pourtant que les sociétés ne sont jamais menacées d’abord par leurs conflits, mais par leur incapacité à les nommer. Les tensions peuvent être surmontées lorsqu’elles sont reconnues. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles sont niées. Et c’est ici qu’apparaissent les nouveaux clercs de notre temps. Indigénistes, racialistes, militants décoloniaux, universitaires convertis à la religion de la culpabilité occidentale, ils prétendent parler au nom de la justice universelle alors qu’ils contribuent souvent à enfermer chacun dans son origine. Leur morale fonctionne selon une étrange comptabilité où les victimes et les coupables semblent parfois déterminés moins par leurs actes que par leur appartenance supposée à tel ou tel groupe. Ils croient combattre les discriminations ; ils réintroduisent partout la race. Ils croient promouvoir l’universel ; ils dissolvent la nation. Ils croient défendre la paix civile ; ils nourrissent les ressentiments qu’ils prétendent combattre.

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George Orwell avait pressenti ce moment où les mots finiraient par désigner leur contraire. Le langage politique moderne excelle désormais dans cet art du renversement. L’antiracisme peut devenir une manière nouvelle de racialiser les rapports humains. L’inclusion peut produire l’exclusion. La tolérance peut engendrer l’intolérance. Telle est sans doute la véritable question de notre époque. Non pas savoir s’il faut combattre le racisme — cela ne devrait faire débat pour personne — mais déterminer quel antiracisme nous voulons. Un antiracisme fidèle à l’universalisme républicain, qui considère chaque citoyen comme un individu libre et égal en droits ? Ou un antiracisme idéologique qui répartit les légitimités, les culpabilités et les protections selon les appartenances collectives ? Le premier cherche à unir. Le second divise.

Car une nation ne peut survivre durablement si elle cesse de regarder le réel tel qu’il est. Elle ne peut préserver sa cohésion en transformant chaque inquiétude en faute morale et chaque désaccord en procès d’intention. Le courage politique commence toujours par la volonté de voir. Et il est possible que l’affaire Henry Nowak demeure, dans les années à venir, comme l’un de ces moments où une société aperçoit soudain son propre reflet et découvre, avec inquiétude, que le visage qui lui est renvoyé n’est plus tout à fait celui qu’elle croyait connaître.

La société malade

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Le pays indigné et ses incendiaires

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Toute la classe politique doit partir, peste notre chroniqueur


La classe politique, incapable de se repentir de 50 ans d’erreurs irréparables, a épuisé ses sursis. Elle doit céder la place. Hier, les parents de Lyhanna, 11 ans, ont jugé cette caste indésirable à la marche blanche pour l’enfant tuée par une démission de l’Etat. Gérald Darmanin avait pourtant tenu vendredi à « présenter ses excuses » à la famille. Le ministre de la Justice a reconnu que l’institution judiciaire « n’a pas su protéger la petite fille », victime d’un prédateur sexuel signalé à plusieurs reprises depuis 2017 mais jamais inquiété par le parquet ni la gendarmerie.

A lire aussi, Martin Pimentel: Natacha Polony: tout un programme

Incendiaires

La décision des parents de Lyhanna fait écho à la colère de la société. Les Français oubliés, confrontée aux irresponsabilités illimitées des idéologues et des technocrates, ne cessent de maudire leur abandon. Cependant les dirigeants faillis, qui mènent le pays ruiné à l’effacement et la banqueroute, ne reconnaitront jamais leurs fautes. La procureure d’Auch (Gers) est désignée coupable de n’avoir pas respectée une circulaire demandant l’accélération des dossiers des enfants victimes. Cependant, le bouc émissaire n’efface pas les divagations collectives. Les agressions pédophiles dans le périscolaire public, à Paris et ailleurs, sont des scandales que déplorent cyniquement ceux qui auraient dû les prévenir. Les intifadas et les razzias du 30 juin n’ont suscité aucune interrogation sur la haine que suscite la France auprès de jeunes émeutiers issus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. A Nantes, la maire Johanna Rolland rejette sur l’Etat la guerre des gangs qui terrorise les habitants (quatre tués par balles en mai) tandis que l’élue socialiste s’enorgueillit d’avoir fait de la cité perdue une « ville refuge » pour tous les immigrés. Ces incendiaires voient des complotistes ou des propagandistes poutiniens chez leurs détracteurs. Les saccageurs auront à rendre des comptes devant l’histoire, voire la justice.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple en état de légitime défense

Mélenchon en roue libre

Ceux qui occultent le délitement de la nation sont également aveugles devant la dérive totalitaire opérée par Jean-Luc Mélenchon. Lui voit des « fachos » partout alors qu’il incarne le nouveau fascisme. L’agitateur fédère en effet une extrême gauche violente, antisémite, insurrectionnelle, collaboratrice de la conquête islamiste et de son suprémacisme. Le député LFI Carlos Martens Bilongo a ainsi déclaré, en décembre 2025 : « On va leur montrer qu’on est plus nombreux […] Nous, on est plus intelligents qu’eux, on est plus endurants, on fait plus de gosses qu’eux (…) ». 

C’est à Saint-Denis, devant la nécropole des rois de France, que le leader LFI a tenu hier son premier grand meeting de campagne rassemblant la Nouvelle France (10.000 participants) aux cris de : « On est chez nous ! ». 

Dans cette même ville, l’ancien maire communiste Jacques Doriot lançait, les 27 et 28 juin 1936, son Parti populaire français (PPF) qui allait conduire l’ex-stalinien à la collaboration avec l’occupant nazi, qui pactisa avec l’islam. Dimanche comme il y a 90 ans, l’Homme nouveau a été sacralisé, dans une ode au grand remplacement ethnique.

Le métissé a succédé à l’aryen dans une ségrégation excluant les « tout blancs tout moches », ces « Français de souche » qui, selon le théoricien de la « VI e République écologique et sociale », poseraient « un problème sérieux à la cohésion de la société ». Or c’est avec LFI que le bloc central et la gauche mondaine ont pactisé naguère. Tous ces gens sont des dangers publics. Du balai !

La révolution des oubliés

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Natacha Polony: tout un programme

« Polony, présidente ! » ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ex-patronne de Marianne publie un ouvrage rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Sans toutefois annoncer sa candidature.


Natacha Polony n’est pas candidate aux élections, même si la couverture de son nouveau livre ressemble à une affiche de campagne. Elle semble tâter la température de l’eau, mais son essai constitue surtout un joli CV. L’éditorialiste de 51 ans, ancienne prof et directrice de Marianne de 2018 à 2024, n’insiste plus seulement sur l’école, sujet qui l’a fait connaître et auquel elle ne consacre ici qu’une quinzaine de pages. Après dix ans d’un macronisme européiste et disruptif ayant nommé « des ministres aux antipodes les uns des autres », cet essai souverainiste a tout d’un programme complet. Signé par celle qu’on écoute sur France Inter ou France 5 (malgré la lassitude du spectacle politique ambiant que trahit parfois sa voix) et qui vient de lancer la revue L’Audace !, l’ouvrage balaie de façon cohérente les thèmes clés : agriculture, identité de la France, commerce international, industrie (portefeuille numéro deux de son gouvernement idéal), place des femmes, armée… « Le modèle français, c’est la centralité de l’État. […] Il est difficile de singer un fonctionnement propre à un autre pays », peste-t-elle contre une classe dirigeante qui à force de copier le modèle anglo-saxon a réussi l’exploit de faire sortir les gilets jaunes de leurs provinces – et dont certains, montés à Paris, rêvaient de la déloger de ses palais. Déplorant qu’en 2025 la France compte plus de décès que de naissances, que le PIB par habitant chute sous la moyenne européenne et que la balance commerciale agricole devienne déficitaire, Natacha Polony actualise ses remèdes de cheval souverainistes pour éviter une sortie de piste fatale.

Contre l’Europe et le “globish”

Elle veut « mettre entre parenthèses les règles européennes » pour réindustrialiser et assurer la souveraineté alimentaire, « enjeu majeur de la décennie ». Pour « éviter la révolte des pauvres, on a jugé préférable d’importer notre alimentation, quitte à tuer notre agriculture », tandis que « l’interdiction de produits phytosanitaires sans solution de remplacement est parfaitement incompatible avec la libre circulation des marchandises », analyse-t-elle. Elle propose de renoncer temporairement à la pléthore de produits bon marché sur nos étals, affirme que les « boomers » devront finir par faire quelque effort, prône un « service public de la garde d’enfants » et veut « rapatrier le budget de la recherche de la Commission ». Pourfendant le « règne du globish », elle déplore comme nous la mainmise du wokisme sur l’école : « C’est depuis qu’on a fixé comme objectif principal la lutte contre les inégalités sociales qu’elle est devenue monstrueusement inégalitaire. » Elle prône un concours d’entrée à l’université et persifle contre ces activistes qui accusent les mathématiques d’être racistes car elles « véhiculeraient une vision occidentale du monde ».

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Bifurcation souverainiste

Existe-t-il une brèche politique pour elle ? Si Marine Le Pen est empêchée et si Jordan Bardella poursuit sa mue libérale vers les chefs d’entreprise et les élites européennes, assurément. Polony veut elle aussi modifier l’article 55 de la Constitution par référendum pour que le législateur national reprenne le dessus sur les traités, et juge la défaite de l’Ukraine « probable ». Après Macron, c’est à Éric Zemmour qu’elle réserve ses piques les plus nombreuses (sur le féminisme, les prénoms ou le roman national). Qui pourrait-elle rallier ? Ou qui pourrait l’aider à défendre ses idées ? Guaino n’est pas franchement décidé à se lancer, Balladur est trop vieux, Philippe et Lisnard pas assez étatistes. Blanquer ? Des agriculteurs de la Coordination rurale lassés du RN ? Pas Villepin quand même ? Il lui manque aussi des mesures-gadgets médiatiquement habiles pour faire parler d’elle (interdire Uber Eats ou les réseaux sociaux aux jeunes après 21 heures, par exemple). En attendant, ce n’est pas sur elle qu’il faut compter pour parler d’immigration ou d’islam, sujets prioritaires pour CNews ou nombre de plumes de Causeur. Mais Natacha Polony n’est pas candidate aux élections.

La France corps et âme, Natacha Polony, Plon, 2026, 193 pages.

La France corps et âme

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Marianne Crebassa: des sommets de Mahler aux retrouvailles avec Montpellier

On peut d’abord écouter la mezzo-soprano dans le triomphal concert du Chant de la terre de Mahler initialement donné au Théâtre des Champs-Elysées, actuellement disponible à la réécoute sur l’application France Musique. Elle sera ensuite à retrouver sur scène le 9 juillet prochain à Montpellier pour un récital unique de mélodies françaises et de Schumann, intitulé L’amour et la vie d’une femme.


Native de la bonne ville d’Agde, découverte à Montpellier en 2010 dans l’opéra Wuthering Heights de Bernard Hermann (1911-1975), – compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock comme chacun sait – Marianne Crebassa, quarante ans, développe un répertoire d’une amplitude phénoménale : des Noces de Figaro à Lakmé ou Lulu, en passant par La Cenerentola de Rossini (elle campait le rôle-titre en 2018, dans la mise en scène de Guillaume Gallienne actuellement reprise à l’Opéra Bastille jusqu’au 11 juillet)… jusqu’au lied romantique, ou bien encore jusqu’aux joyaux de la musique française, et même, atteignant au sublime comme on le verra, dans le domaine de la grande tradition symphonique. 

Ainsi le 4 juin dernier, au Théâtre des Champs-Elysées, la brune, resplendissante mezzo languedocienne interprétait-elle, aux côtés du ténor américain Clay Hilley, ce colossal morceau de bravoure de Gustav Mahler : Das Lied von der Erde/ Le Chant de la terre : chef d’œuvre du génial compositeur autrichien, placé ce soir-là sous la baquette de l’actuel directeur de l’Orchestre symphonique de Houston, le Slovaque Juraj Valcuha, pour l’heure à la tête de l’Orchestre national de France. Concert unique, réussite absolue, par bonheur enregistré sur France Musique, et donc écoutable sur l’application.

Rappelons pour l’anecdote que Mahler, superstitieux, résistait, en cette année 1908, au désir d’écrire une Neuvième symphonie (il avait composé saHuitième deux ans plus tôt) : l’on devait déjà une Neuvième à Bruckner ; la mort avait emporté Beethoven avant qu’il n’ait mené à bien sa Dixième. En 1907, Gustav a 47 ans ; il vient de perdre sa fille aînée ; il a été durement remercié par l’Opéra de Vienne, dont il avait pourtant fait, en dix ans, un haut lieu de l’art européen. Cette année-là, Mahler ne compose rien.

Le Chant de la terre est une élégie, un chant de douleur, de résignation et d’amour. Un petit recueil de poésie chinoise mis en vers allemands par un jeune poète lui en fournit l’inspiration. Cet hiver 1908, Mahler a découvert New-York où, au Metropolitan Opera, le compositeur triomphe comme chef d’orchestre. En juin, il est retourné dans son Tryrol – Mahler ne compose que l’été. C’est là qu’entre juillet et septembre, il écrira cette monumentale « symphonie pour ténor, alto (ou baryton) et orchestre », ainsi baptisée pour éviter de la frapper du chiffre fatal.

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Six mouvements, où alternent les deux voix, celle de l’homme et celle de la femme, hymnes contrastés qui, tout à tour, expriment l’ivresse douloureuse ; la solitude automnale ; la jeunesse ; la beauté ; le printemps ; et enfin l’adieu – déchirant adagio conclusif qui s’achève dans une mélodie poignante, murmurée par la mezzo : « Mon cœur est paisible et il attend son heure. Partout la terre refleurit au printemps, et reverdit. Partout et toujours des lueurs bleuâtres à l’horizon…. Erwig… Erwig… Erwig… (« toujours », ou « éternellement ») » En 1911 s’éteint Gustav Mahler. Das Lied von der Erde sera créé à Munich, six mois plus tard, dirigé par l’ami Bruno Walter.

C’est peu dire que Marianne Crebassa magnifie à elle seule de part en part cette faramineuse partition. Un ambitus saisissant, allant du grave au suraigu, mais comme coulant de source, échappé de ce corps si élégamment gracile avec un naturel stupéfiant, sans jamais donner l’impression de quelque effort de la voix : puissance de projection, nuance de phrasé, onctuosité, articulation parfaite, vibrato tout à la fois serré au plus près, incandescent et velouté. Autant de qualités superlatives, portées au sommet par l’accompagnement d’un Orchestre national de France dirigé avec une délicatesse et une précision horlogère par Juraj Valcuha, découvert à cette occasion. 

Voilà qui ne manquera pas de mettre en appétit les mélomanes, impatients de retrouver Marianne Crebassa pour un unique récital donné à Montpellier le 9 juillet prochain, sous l’intitulé « L’amour et la vie d’une femme ». Accompagnée une nouvelle fois au piano par Alphonse Cemin, également chef d’orchestre (avec Julie Fuchs, il avait enregistré pour le label Aparté les mélodies de jeunesse de Mahler et Debussy), elle interprétera du Schumann et des mélodies françaises. Ce programme s’inscrit dans l’agenda surabondant du festival Radio France Occitanie qui, du 3 au 18 juillet, pour sa 41ème édition, place Montpellier sous le signe de la musique classique – mais la manifestation ratisse (presque trop) large : en perspective, non seulement du jazz, mais quelques sets d’électro. Rendez-vous estival incontournable, la manifestation réunit nombre de stars – les sopranos Anja Kamp et Marie-Nicole Lemieux, les chefs Ivan Fische et Raphaël Pichon, le violoniste Renaud Capuçon pour ne citer qu’eux – dans tous les théâtres de la ville et dans les écrins de ses somptueux hôtels : de Castries, de Lunas, de Girard, de Montferrier, de La Grave…


Récital Marianne Crebassa L’amour et la vie d’une femme. In Festival Radio France Occitanie, Montpellier (3-18 juillet 2026) Corum, Salle Pasteur. Le 9 juillet à 18h. Réservations : en ligne sur lefestival.eu, par téléphone : 04 67 02 02 01. Guichet 41 bd. Bonnes Nouvelles 34000 Montpellier

Affaire Lyhanna: qui peut encore donner des leçons de responsabilité?

Alors que la procureure d’Auch est menacée de mort, et que le Garde des Sceaux réclame le réexamen sous 30 jours des 70000 plaintes qui touchent des enfants, notre chroniqueur trouve trop facile cette idée d’une «responsabilité collective» dans les lourdes défaillances que semblent émailler le traitement judiciaire du suspect du meurtre de la jeune fille de 11 ans qui scandalise l’opinion.


La mort terrifiante de Lyhanna. Cela fait des années qu’à l’oral, dans des livres ou dans mes billets, je demande que l’on élargisse la notion de responsabilité des magistrats. Il faudrait, en effet, l’appliquer non seulement à des comportements inappropriés ou indécents — il existe des sanctions disciplinaires sur ce plan — mais aussi aux pratiques judiciaires lorsque leurs modalités sont gravement fautives alors qu’elles auraient pu, ou dû, être irréprochables. Contrairement à ce que dénoncent le corporatisme et le syndicalisme militant, définir une responsabilité judiciaire plus contraignante constituerait à la fois un aiguillon pour les juges et les procureurs et, enfin, une réponse — et un apaisement — à une forte attente des citoyens.

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Le crime commis sur Lyhanna est atroce et a suscité une indignation générale. Il y en a eu d’autres, auparavant, tout aussi graves, et la nature humaine est malheureusement trop inventive pour qu’il n’y en ait pas d’autres à l’avenir. Il n’empêche que le débat sur la responsabilité, notamment celle des magistrats, est bienvenu et que j’ai pu, avec d’autres, l’aborder le 6 juin sur le plateau de BFM TV avec l’excellente animatrice qu’est Paola Puerari. J’ai déjà écrit dans un billet que la double inspection — Justice et Gendarmerie nationale — était inévitable, mais que j’espérais que, pour une fois, les recommandations et propositions des rapporteurs seraient suivies d’effet. On en a assez de ces rapports qui ne visent qu’à donner l’impression d’une action ! Il est fondamental, face au saisissement provoqué par la mort de cette jeune victime de 11 ans, tellement évitable — la marche blanche du 7 juin ne sera pas, je l’espère, une consolation pour notre impuissance —, d’éviter cette fuite trop fréquente vers l’invocation d’une responsabilité collective, la dénonciation d’abstractions et la mise en cause exclusive du pouvoir politique. C’est malheureusement une dérive trop souvent constatée et c’est, en particulier, l’approche discutable d’Edwy Plenel, qui réclame une focalisation critique sur le seul pouvoir macronien. Au contraire, le progrès consisterait à mettre en œuvre l’inverse. Pour la Justice, les services d’enquête et l’Éducation nationale, il faudrait non pas se noyer dans le vague, mais rechercher et identifier concrètement les fautifs, les responsables, les désigner, les nommer, les sanctionner.

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En France, pour tous les désastres qui n’arrivent pourtant jamais par hasard, nous sommes dans un régime d’irresponsabilité illimitée. Pour l’avenir, il vaudra mille fois mieux incriminer une ou des responsabilités personnelles que formuler des banalités et des généralités sur les causes de cette tragédie. Je ne voudrais pas, à rebours, que la procureure d’Auch, Clémence Meyer, même si des manquements peuvent apparemment lui être imputés, devînt le bouc émissaire d’incuries, de négligences et de consciences professionnelles insuffisamment vigilantes. Depuis des années, les politiques de tous bords ferment les yeux sur les réalités dramatiques qui leur sont signalées et, lorsque surviennent des tragédies qu’ils ne peuvent plus ignorer, s’aventurent dans des projets mal préparés. La cour disciplinaire voulue par Bruno Retailleau n’est pas une mauvaise idée mais, lancée dans la précipitation, elle pose plus de difficultés qu’elle n’apporte de solutions. Qu’on ne se détourne pas non plus de l’essentiel en ne déplorant que l’insuffisance des moyens à la fois matériels et immatériels. Il est évident que l’augmentation de ceux-ci serait une bénédiction mais cette pénurie ne doit pas devenir l’alibi permanent de défaillances graves qui viennent d’ailleurs et, d’abord, de certaines pratiques ou abstentions elles-mêmes. Outreau serait demeuré Outreau même avec un budget pléthorique que d’ailleurs on n’estimera jamais assez fourni ! Surtout, conscient, sans me faire trop d’illusions, qu’une réforme de la responsabilité judiciaire est nécessaire, il me paraît plus qu’équitable de relever qu’il est facile de donner des leçons de responsabilité aux institutions régaliennes quand, soi-même, on ne les applique jamais. Quel politique a été sanctionné lorsqu’il a objectivement échoué ? Quel journaliste s’est soumis à cette exigence de responsabilité quand il s’est éloigné d’une ligne exemplaire ? Dans notre démocratie, il est patent que, trop souvent, personne n’est jamais coupable, que les structures, le système et les abstractions sont seuls responsables. Il faudrait que cela change. Il y a les sanctions disciplinaires. Sans éthique personnelle, elles risquent fort de se faire attendre.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Le grand retournement des élites contre la civilisation

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Ignorant qu'il est filmé, dans une manifestation début septembre 2025, Jean-Luc Mélenchon affirme abandonner la France rurale au profit des quartiers minés par le communautarisme : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps ! » Capture.

Une société prospère quand les rivalités qui la divisent prennent la forme d’une émulation constructive. Mais dans nos démocraties modernes, une partie des élites politiques trouve son intérêt (électoral) dans des programmes destructeurs… Grande analyse.


La vie politique est fascinante. Comment des élites surdiplômées et surinformées peuvent-elles défendre des idées absurdes, incendiaires, angéliques, irrationnelles ou encore immorales ? Comment des personnes hissées aux sommets de la vie culturelle, sociale et politique purent-elle se vouer au bolchévisme, à l’hitlérisme, au maoïsme et, plus récemment, à l’islamo-gauchisme ou à l’antispécisme ? Comment quelqu’un d’intelligent et de renseigné peut-il prendre parti pour l’étatisation de l’économie, la fiscalité confiscatoire, la retraite à soixante ans, la dénucléarisation de l’énergie ou encore les politiques migratoires laxistes ? Comment des agrégés de philosophie chahutés dans leurs classes peuvent-ils continuer à promouvoir l’idéologie de « l’élève au centre du système »[1] ? Comment des économistes peuvent-ils penser qu’encadrer les loyers va résoudre le problème du logement ? Devant le spectacle des vandales déferlants dans les centres-villes à la première occasion (fête nationale, match de foot, Saint Sylvestre…), comment peut-on fustiger la « société répressive » ?

Quand la rivalité des élites sert le processus de civilisation

Certes, il ne faut pas minimiser la bêtise des élites, leur ignorance, ni leur mauvaise foi, mais une autre explication (non exclusive) tient au fait que leurs prises de positions sont intéressées, stratégiques et par conséquent calculées. Je me concentrerai ici sur les élites politiques. Selon une vision naïve de la vie politique, les gouvernants et chefs de partis visent le bien commun et ont seulement des désaccords sur la nature de ce bien ou les moyens de l’atteindre. Par exemple, tout le monde voudrait réduire le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, lutter contre les injustices et les problèmes écologiques, mais par des moyens différents et selon des priorités variées. Hélas, la vie politique ne se résume pas dans cette vision sympathique du pluralisme partisan. La question que se pose une grande partie des politiciens n’est pas « Que puis-je faire pour mon pays ? », mais « Comment accéder au pouvoir et le conserver ? ».

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Ce cynisme n’est pas un problème quand la compétition politique stimule l’innovation et débouche sur des réalisations grandioses. De la même façon, le boulanger d’Adam Smith[2] ne fait pas du bon pain par philanthropie, mais pour s’enrichir au détriment de ses concurrents – ce qui aboutit néanmoins au fait que tout le monde mange du bon pain au meilleur prix. Les rivalités des élites politiques ont toujours donné lieu à des productions culturelles extraordinaires : temples de l’Egypte antique, Acropole athénienne, pyramides maya, Cité interdite, etc. Les grands empires et les civilisations sont sortis de terre sous l’effet (notamment) de la compétition politique et géopolitique. Que les mobiles soient religieux (foi irrationnelle), économiques (enrichissement personnel) ou politique (amour du pouvoir), peu importe s’il en résulte plus de richesses, plus de beauté et plus de savoir pour un nombre croissant d’individus.

Dans un processus civilisationnel classique, les différentes couches de la société contribuent ensemble, y compris dans leur rivalité, au renforcement de l’édifice économique et culturel. Chacun travaille selon ses compétences et tout travail (ou presque) a une utilité sociale. En tout cas une utilité culturelle. Nos musées et nos bibliothèques sont remplis de la production raffinée des classes oisives : orfèvrerie, marqueterie, icônes, peintures, œuvres littéraires, théologiques ou philosophiques.

Quand le politiquement rentable diverge de l’intérêt collectif

Imaginons maintenant qu’un boulanger découvre une recette qui lui permette de surpasser la concurrence en ajoutant quelques ingrédients néfastes pour la santé du consommateur. S’il n’est pas retenu par la morale, la logique de la concurrence le poussera à intoxiquer ses clients. C’est ce qui se passe dans la vie politique quand, à certains moments de l’histoire, des élites découvrent une recette leur permettant d’accéder au pouvoir, quitte à embobiner leur clientèle et à fragiliser le corps social.

A quelle époque le politiquement rentable s’est-il dissocié du socialement constructif ? Quand la démagogie est-elle devenue payante ? Le jour où les flatteurs eurent un électorat à flatter. C’est triste à dire, mais l’avènement des démocraties modernes a été un tournant fondamental à cet égard : la démagogie et le populisme ont vu leur rendement exploser dès lors que le peuple avait son mot à dire dans les affaires publiques.

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Que la démagogie accompagne tendanciellement la démocratie, on le sait depuis au moins l’Antiquité grecque. Depuis lors, l’un des grands enjeux de la théorisation politique est de concevoir un système qui tienne compte de l’intérêt de tous, et donc de permettre à tous de s’exprimer, sans transformer la politique en foire du Trône ni les gouvernants en poissonniers braillards.

Malheureusement, nous ne disposons toujours pas de ce contrepoison. Aujourd’hui, il se pourrait même qu’il soit impossible de remporter une élection sans user de procédés rhétoriques, de mensonges et autres flatteries.

La démocratie sans démagogie : un cercle carré ?

La « trahison des clercs »[3] peut prendre plusieurs formes. La plus simple consiste à confondre « défense du peuple » et populâtrie (amour immodéré du peuple, comme si celui-ci avait toutes les vertus) ou populisme (prétendre incarner le peuple dans sa personne). Ou encore à assimiler n’importe quelle mesure égalitariste à de la « justice sociale » (comme si toute distinction et hiérarchie étaient injustes)[4]. Il s’agit alors de promouvoir des idées comme on vend des sucreries : c’est bon marché et immédiatement appréciable. Difficile d’y résister – le peuple se précipite vers ces démagogues comme il se gave de burgers et de sodas, qui le rendent malade.

Autre trahison possible : faire alliance avec une puissance étrangère pour remporter des victoires politiques locales. C’est prendre le risque de l’effondrement, comme ce fut le cas en Mésoamérique et dans l’Amérique andine précolombienne, quand les conquistadores européens ont su habilement profiter de l’esprit de revanche des populations dominées par les Aztèques et les Incas. Certains observateurs de la vie politique française considèrent que l’extrême droite fait les yeux doux à Poutine pour actionner des leviers politiques, au mépris de notre indépendance géopolitique ; et d’autres que l’extrême gauche noue de dangereuses alliances avec des populations immigrées pour se renforcer électoralement, au risque d’euthanasier la culture française.

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Sous des modalités diverses, une partie des élites politiques injecte du poison dans leur programme pour remporter la mise électorale. Devant le succès de ces opportunistes, d’autres partis doivent à leur tour s’inspirer de cette recette (avec des ingrédients différents). C’est le grand retournement : la rivalité des élites politiques devient vectrice de destruction civilisationnelle. A la bourse des idées politiques, une partie des élites « parie à la baisse », en quelque sorte, c’est-à-dire se renforce par des programmes-poisons.

C’est vrai dans tous les pays occidentaux, où les partis favorables à l’immigration de masse, à la hausse des dépenses publiques, à la discrimination positive et autres mesures coûteuses démographiquement, économiquement et socialement fragilisent l’édifice civilisationnel. C’est vrai également dans le monde arabe, où une partie des élites politiques a compris qu’elle pouvait se renforcer en troquant ses idéaux laïcs et modernistes contre le traditionalisme religieux. C’est vrai dans une large partie de l’Afrique, où la rancœur décoloniale sert de hochet séduisant et de produit masquant l’incurie des gouvernants. Les pays peu/pas démocratiques comme la Russie et la Chine sont moins exposés aux problèmes de la démagogie, car les rivaux politiques sont empêchés ou éliminés. Là où il n’y a pas de pluralisme, on ne peut rencontrer les difficultés inhérentes au pluralisme (situation qui n’est pas plus enviable pour autant).

Comment faire pour que, à nouveau, les élites politiques fassent du bon pain ? Il faudrait des consommateurs avertis, instruits, informés et vigilants. Autrement dit, il faudrait que les élites intellectuelles, scientifiques et journalistiques les aident à former un jugement avisé. Mais une grande partie de ces élites, pour des raisons qui leur sont spécifiques,[5] alimente la machine à broyer le bon sens et la civilisation.

De leur côté, les élites politiques ne renonceront pas spontanément au politiquement utile au profit du civilisationnellement efficient. On ne peut guère en vouloir à un boulanger de vendre du mauvais pain s’il y gagne des clients. Finalement, l’électorat ne doit compter que sur ses propres ressources intellectuelles et son expérience du terrain. On en revient à cette vieille idée que la démocratie ne fonctionnerait bien que pour un peuple de dieux[6]. Nous ne sommes pas divins, mais faisons de notre mieux.


[1]  Principe pédagogique inscrit dans la loi Jospin de 1989, qui affirme que l’école doit s’adapter à la diversité des élèves plutôt que d’imposer à ceux-ci un modèle classique de transmission du savoir.

[2] « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme » (A. Smith, La Richesse des nations, livre I, chp. 2).

[3] L’expression est de J. Benda, dans La trahison des clercs [1927].

[4] Voir T. Sowell, Discrimination et disparités [2019] et Illusions de la justice sociale [2023], Paris, Carmin, 2025.

[5] Voir S. Fitoussi, Pourquoi les intellectuels se trompent ? L’Observatoire, 2025.

[6] « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas aux hommes » (J.-J. Rousseau, Du contrat social, livre III, chp. 4).

Grève SNCF: quand les syndicalistes font les charognards

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Manifestation des cheminots contre la réforme des retraites, le 7 mars 2023, Promenade des Anglais à Nice © SYSPEO/SIPA

Il y a eu treize suicides en cinq mois à la SNCF. Un drame humain que Sud-Rail et la CGT ont immédiatement transformé en munition de négociation.


Quand la compassion est effacée par le cynisme, on est en droit de douter du syndicalisme français. Il est nécessaire en préambule de rappeler que le suicide est une des épreuves les plus pénibles qu’une famille puisse connaître. Treize familles de cheminots vivent aujourd’hui cela. Treize veuves ou veufs, des enfants, des parents, des collègues qui tentent de comprendre l’incompréhensible. Nous leur devons toute la compassion du monde. Sans aucune réserve, sans aucune condition, et sans tenter la moindre récupération.

Serait-ce la grève du chagrin?

Le 8 juin au soir, à la veille d’un mouvement de grève national, Fabien Villedieu, délégué fédéral de Sud-Rail, est invité sur le plateau complaisant de FranceInfo. Sa communication est millimétrée: « Il y a eu treize suicides de salariés depuis le début de l’année », déclare-t-il, avec l’emphase de celui qui sait exactement l’effet que le chiffre va produire. Dans la foulée, la comparaison tombe, immanquable : « Ça s’est passé à France Télécom il y a vingt ans et maintenant ça se passe dans notre boîte. » Le message est clair : la SNCF, c’est la prochaine catastrophe industrielle. Votez la grève ! La CGT-Cheminots lui emboîte le pas. Son secrétaire général Thierry Nier dénonce un « harcèlement institutionnel », une « violence managériale ». Les quatre fédérations syndicales — CGT, UNSA, Sud-Rail, CFDT — avaient déjà organisé en avril un rassemblement devant le siège du groupe, exigeant un moratoire sur les réorganisations.

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Peut-être la souffrance des cheminots est-elle réelle. Peut-être le management de la SNCF est-il brutal. Cependant, le timing interpelle. Brandir treize morts à l’aube d’une grève mérite qu’on pose la question sans tabou: ces hommes sont-ils des victimes dont on honore la mémoire, ou des arguments utilisés cyniquement ?

Hélas, les chiffres sont les chiffres!

Les syndicats n’ont pas jugé bon de vérifier si leurs chiffres étaient aussi significatifs. Ils ont oublié une précaution élémentaire. Voilà en effet ce que nous apprennent les données officielles de l’Institut de Veille Sanitaire — programme COSMOP1 pour la période 1976-2002, la seule étude sectorielle française de référence — nous apprennent sur le taux de mortalité par suicide selon les secteurs d’activité :

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La conclusion de cette macabre comptabilité est hélas sans appel. Les cheminots morts depuis janvier représentent, ramenés à l’effectif du groupe et annualisés, un taux d’environ 13 à 14 pour 100 000 salariés. C’est moins de la moitié du taux moyen de l’ensemble des salariés français (25,1). C’est deux fois et demie moins que le secteur de la santé — où infirmières épuisées et aides-soignants à bout n’ont jamais bénéficié d’une grève nationale en leur honneur. Nous n’évoquerons même pas le cas de la Gendarmerie, puisque statutairement la grève y est interdite.

L’indécence comme méthode

Il existe une façon de désigner l’utilisation des morts à des fins de négociation. C’est l’instrumentalisation. Elle n’est pas nouvelle dans le répertoire syndical français, mais elle atteint ici un degré de cynisme particulièrement abject. Contester les chiffres serait immédiatement taxé de manque de compassion rendant ainsi toute critique difficile. Les familles des treize cheminots disparus méritent certainement mieux que de servir de  faire-valoir d’un préavis de grève. Le deuil ne devrait pas être un levier pour extorquer des augmentations salariales. Dans les manuels de rhétorique, ça s’appelle un argument ad misericordiam. Dans la vraie vie, ça s’appelle tout simplement l’indécence.

LA DICTATURE DU CARBONE

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  1.  COhorte pour la Surveillance de la MOrtalité par Profession.
    Ce  programme épidémiologique a été créé par l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) — devenu depuis Santé Publique France. Son objectif est de surveiller les causes de décès selon l’activité professionnelle en France, depuis 1968. ↩︎
  2. https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/rapportsynthese/suicide-et-activite-professionnelle-en-france-premieres-exploitations-de-donnees-disponibles ↩︎

Comment gagner des milliards

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La joueuse de tennis russe Mirra Andreeva à Paris, le 7 juin 2026 © Xavier Galiana/AP/SIPA

Quel scandale! Sous prétexte d’un hymne russe confisqué à Roland-Garros, notre chroniqueur en arrive à plaider pour une recomposition complète de la politique extérieure française. Mais de quoi se mêle-t-il?


J’ai longtemps joué au tennis — mais jamais très bien, j’avais commencé bien trop tard : il est rare que l’on excelle dans un sport débuté après 40 ans. N’empêche : j’y suis resté assez attaché pour m’intéresser aux finales de Roland-Garros.
Je ne reviendrai pas sur la victoire de Zverev, match au scénario palpitant, final plein d’émotion (il faut vraiment être taré comme les fadas post-MeToo pour huer un joueur sous prétexte qu’il a eu jadis des démêlés domestiques). Non : ce qui m’a passionné, ce sont les demi-finales et finales du tableau féminin.
Mirra Andreeva a donc successivement éliminé Marta Kostyuk, une Ukrainienne revendicative qui met en avant sa nationalité et son animosité au lieu de se concentrer sur son tennis — et qui s’est fait étriller —, puis la Polonaise Maja Chwalinska, sortie des qualifications, ravie d’être là, et bonne perdante.
À ce moment-là, dans les tribunes deux spectateurs ont sorti un drapeau russe — interdit par un absurde règlement destiné à faire plaisir à Ursula von der Leyen et à la Commission européenne à la solde des Américains. Des vigiles leur ont sauté dessus pour réprimer ce geste de solidarité nationaliste. Et Andreeva a été privée également d’hymne russe.

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Je ne m’attarderai pas sur ce que signifie, sportivement parlant, une telle politique, qui importe la guerre sur les courts de tennis. Les grandes  consciences qui nous gouvernent sans nous demander notre avis l’ont également importée sur les plateaux d’opéra, en interdisant les scènes américaines à la géniale cantatrice russe Anna Netrebko : ça laisse de la place à des sopranos moins douées.

Tout cela paraît secondaire, mais ce boycott stupide est significatif d’une politique globale qui a permis aux Américains d’exporter leur gaz de schiste en Europe, à des tarifs insensés : nous payions le gaz russe 20 €/MWh, nous sommes désormais sommés d’acheter du gaz américain à 52 €/MWh.
D’autant que le gaz russe, depuis le sabotage du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, ne passe plus qu’au tiers de ce qu’il était en Europe — de plus de 40% en 2021 à environ 11% en 2024. La France se fournit désormais en Norvège et aux Etats-Unis. Même le GPL coûte désormais plus cher. Et le pétrole russe, lui, est immédiatement saisi, dans des opérations de piratage en eaux internationales dont Macron se réjouit. Dans boycott, il y a boy : ce sont des représailles pour cours de récréation.

Par un hasard miraculeux, le lancement des opérations de guerre américaines en Iran, en amenant un blocage du détroit d’Ormuz, produit en même temps un renchérissement considérable des combustibles fossiles, que le consommateur européen paie de sa poche. Les supertankers déjà en mer, qui mettent un certain temps à arriver en Occident, vendent désormais leur pétrole aux nouveaux tarifs, alors qu’ils l’ont chargé pour trois fois moins. Et des initiés ont réalisé au passage de jolis bénéfices à Wall Street : plusieurs centaines de millions de dollars, explique Nicolas Chapuis dans Le Monde le mois dernier. La guerre, ça coûte cher mais ça peut rapporter gros.
D’ici à conclure que quelques grandes sociétés ont planifié un joli coup en longueur depuis cinq ans, et s’en mettent plein les fouilles…

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Je suis un peu surpris que des gens de gauche, élevés dans la vulgate marxiste, considèrent le conflit ukrainien avec des critères sentimentaux, au lieu de penser que, comme disait Karl M***, le facteur économique est déterminant en dernière instance. Les Américains ont équipé l’Ukraine en échangeant des armes contre des territoires riches en terres rares, essentielles à la transition énergétique. Pendant ce temps, les Européens financent à fonds perdus l’armée ukrainienne et les mafias installées autour de Zelenski. 90 milliards, en février dernier, pas perdus pour tout le monde. Et 3 milliards d’euros bien français d’équipements militaires en sus.
Sans contrepartie. Des prêts jamais remboursés. Pas de contrepartie. Les Américains sont les seuls à tirer bénéficie de ces opérations de guerre.

Les Russes pendant ce temps ont diversifié leurs clientèle, et ne se tirent pas si mal du blocus qu’on leur impose. La Chine se rapproche, du coup, de la Russie — un beau succès de la diplomatie occidentale, que nous allons payer cash quand Pékin lancera ses troupes à l’assaut de Taïwan, avec la bénédiction de Moscou. Certains piailleront comme d’habitude à l’ONU, ce sera d’autant moins efficaces que les Etats-Unis, et bien d’autres, n’ont jamais reconnu Taïwan. Seuls douze minuscules Etats l’ont fait. Le marché des semi-conducteurs, spécialité de l’île chinoise, est à prendre.
Mais je ne doute pas que de belles consciences — les mêmes que pour l’Ukraine — gémiront de voir la Chine lancer son offensive.

Le sentimentalisme appliqué à la politique est sympathiquement grotesque. Les délires journalistiques sur la possibilité d’une attaque russe sur l’Europe, et l’annonce de budgets militaires soudainement gonflés, sont tout aussi irrationnels — mais peut-être certains faiseurs d’opinion sont-ils financés par les grandes compagnies qui se remplissent les poches.

Que Poutine soit un dictateur, tout le monde en convient. Que les Russes aiment les dictateurs, on le sait depuis Ivan le Terrible. Le modèle démocratique, inventé en Grèce, est à usage occidental — et encore !

On n’a pas d’amis, en diplomatie. On a des intérêts. Trump s’occupe de ceux des Américains — et spécifiquement ceux de ses copains. Macron, face à son miroir, joue à la grande conscience et prend des poses ridicules. Et Ursula von der Leyen, imperturbable, sert les intérêts de Washington et de Berlin. On l’a placée là pour ça.
Pendant ce temps, en France, 70 millions de cocus. Et moi, et moi, et moi.

L'école sous emprise

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La Bayadère: à l’Opéra, les splendeurs d’un Orient de légende

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La Bayadère (Rudolf Noureev), Léonore Baulac (Gamzatti) © Svetlana Loboff OnP-1398

Trente-quatre ans après sa réalisation voulue par Rudolf Noureïev pour le Ballet de l’Opéra de Paris, et alors qu’il était déjà tragiquement malade, le fastueux ballet La Bayadère réapparaît sur scène dans toute sa magnificence.

Un monument à sa gloire

Sans doute Noureïev pressentait-il qu’il allait mourir prématurément. Et sans doute avait-il voulu ériger avec La Bayadère un dernier monument à sa gloire, lui qui avait de lui-même une opinion si avantageuse. Sans doute aussi l’administration de l’Opéra de Paris avait-elle voulu permettre cette réalisation exceptionnelle à celui qui n’était déjà plus son directeur de la Danse, mais à qui on avait concédé le titre de chorégraphe invité et dont on imaginait imminente la triste fin.

Miraculeusement beaux

Quoi qu’il en soit, on aura rarement vu à l’Opéra de Paris une production de ballet aussi somptueuse que celle-ci. Cependant, les folles dépenses faites en costumes miraculeusement beaux, confectionnés avec des étoffes trouvées aux Indes (Franca Squarciapino), ou en décors d’une richesse inouïe (Ezio Frigerio), n’auront pas été vaines. Aujourd’hui encore, 34 ans après sa création, alors que l’ouvrage a été représenté près de 260 fois et le sera une vingtaine de fois de plus avec cette reprise, cette version de La Bayadère demeure l’un des fleurons du répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Et plus que jamais, quand on la reprogramme, les foules prennent d’assaut l’Opéra. Lequel, pour accueillir un public plus large encore et, ce faisant, mieux remplir les caisses, a fait passer le spectacle né dans la salle voulue par Napoléon III à celle (mille fois moins belle) voulue par la République et implantée à la Bastille.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Ballet de l’OnP, Les Ombres Acte III © Svetlana Loboff – OnP

Ce goût très oriental

Ce qui est saisissant, c’est de redécouvrir, au fil des ans et des reprises, que la production demeure dans un état de fraîcheur inchangé et qu’elle offre le même éclat que le soir de sa création en 1992. On peut imaginer, après d’innombrables représentations à Paris comme à l’étranger, combien les décors ont dû être rafraîchis, sinon solidement restaurés, et les costumes retaillés pour leurs nouveaux titulaires, sinon entièrement refaits. Mais on y retrouvera, sans une seule fausse note, tout cet esprit de splendeur semblable à celui qui contribua à la gloire des Ballets Russes à l’aube du XXe siècle. Un goût très oriental s’épanouissant dans une débauche de coloris qui était aussi dans le goût de Noureïev.

Création à Saint-Pétersbourg

Même si La Bayadère fut créée par Marius Petipa avec un grand succès en 1877 pour les Ballets Impériaux, au Théâtre Marie de Saint-Pétersbourg (deux ans après l’inauguration à Paris du nouvel opéra de Charles Garnier), cette vision voulue par Noureïev se rattache effectivement davantage à l’esthétique alors novatrice des Ballets Russes de Serge de Diaghilev, Alexandre Benois et Léon Bakst. Une esthétique dont se sont assurément nourris Ezio Frigerio et Franca Squarciapino, lesquels avaient de plus découvert par eux-mêmes les richesses de l’Inde où se situe l’intrigue de ce ballet.

C’est cette opulence maîtrisée avec goût qui émerveille le public, c’est elle qui sert d’écrin au talent des danseurs du Ballet de l’Opéra. C’est elle aussi qui permet de faire avaler un argument fort mince auquel seuls ce luxe et le nombre des danseurs donnent de l’ampleur. Encore faut-il, évidemment, que les interprètes des rôles principaux soient à la hauteur de l’enjeu, comme l’avaient été ceux qui les avaient créés en 1992 : Isabelle Guérin, Laurent Hilaire et Élisabeth Platel.

Ultime apparition publique

Il est impossible en effet d’oublier la noblesse mélancolique de Laurent Hilaire dans le rôle du guerrier Solor, l’aura lumineuse et tragique d’Isabelle Guérin qui créa le rôle de la bayadère Nikiya, la distinction altière d’Élisabeth Platel en Gamzatti, impitoyable princesse de Golconde. Ce sont eux, créateurs de ces rôles, qui, avec Rudolf Noureïev et ses assistants, triomphèrent lors de la première de La Bayadère.

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À l’issue de la représentation, soutenu par les danseurs, destinataire d’une décoration remise devant le public par le ministre de la Culture, Noureïev apparut une ultime fois sur scène pour saluer et être ovationné, alors qu’il avait dû assister au spectacle étendu sur une couche de fortune installée dans une baignoire d’avant-scène. Puis, il apparut un long moment au souper donné dans le grand foyer, avant de devoir se retirer et de disparaître lentement dans le grand escalier de l’Opéra, là où quelques mois plus tard on allait déposer son cercueil.

Les assistants de Noureïev, il faut donc le rappeler, ont tenu un rôle primordial dans la réalisation du ballet et dans sa réussite. Le malheureux était si épouvantablement malade que, même doté d’une volonté de fer, il n’était plus en mesure d’assumer la tâche considérable de monter un ouvrage de cette envergure.

Les fortes personnalités se font rares

Même si l’ensemble du Ballet de l’Opéra de Paris demeure bien souvent remarquable, sinon magnifique, les personnalités hors du commun se font rares aujourd’hui parmi les solistes, alors qu’à l’époque les tempéraments étaient plus prononcés. Une technique irréprochable ne remplacera jamais une nature exceptionnelle et un sens inné du théâtre.

Mais si les titulaires des rôles principaux n’ont peut-être pas aujourd’hui le même charisme que leurs prédécesseurs, ils offriront tout de même un remarquable exemple de ce style qui est celui de l’école française de ballet où tout sait ne devoir être qu’élégance, majesté, sobriété, pureté des lignes et virtuosité sans ostentation. On sait cependant que parmi les étoiles qui reprennent les rôles principaux, Dorothée Gilbert, à la veille de faire ses adieux à la scène, sera là pour illuminer le théâtre.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Dorothée Gilbert (Nikiya), Audric Bezard (L’Esclave) © Svetlana Loboff OnP

Diaphane, irréelle

Un beau visage de médaille, le corps gracile et bien dessiné, le geste remarquablement délié : aux côtés de Hugo Marchand en Solor et de Roxane Stojanov en Gamzatti, la danseuse étoile Dorothée Gilbert, dans le rôle de Nikiya, est de la race des Monique Loudières. Comme elle, elle sait être diaphane, presque irréelle. Et comme Isabelle Guérin naguère, mais dans un tout autre genre, elle offre un jeu dramatique extrêmement prenant. Cette dernière avait fait merveille en jouant la passion, puis le désespoir. Deux générations d’étoiles plus tard, Dorothée Gilbert lui a succédé pour s’élever à la même altitude.

Le Pas des ombres

Comme souvent dans ce genre de ballet académique, si l’argument demeure inchangé, mise en scène et chorégraphie ont été profondément remaniées par celui qui a été en charge de leur renaissance. Sans jamais s’être révélé un grand chorégraphe, Noureïev s’y montre, une fois encore, bon, sinon excellent metteur en scène, à quelques faiblesses près.

Toutefois, de la version originale créée par Petipa, demeure, intouchable à tout jamais, cet irréel « Pas des ombres » tel que l’avait imaginé le maître français des Ballets Impériaux en s’inspirant, dit-on, d’un dessin de Gustave Doré représentant les âmes mortes aux Enfers. Accompagné d’une page de Minkus, plus noble, plus retenue que les débordements sirupeux ou les flonflons dont ce compositeur de musique de ballet est coutumier, le « Pas des ombres » constitue la séquence la plus saisissante de l’ouvrage en faisant défiler, en d’innombrables arabesques, trente-deux ballerines uniformément voilées de gaze blanche, créatures venues de l’au-delà pour accompagner le spectre de Nikiya.

Comme dans tout cet acte blanc qui clôt La Bayadère, les artistes du corps de ballet font généralement merveille. Et le public, à juste titre, les saluera avec la même ferveur que celle avec laquelle il acclamera les étoiles.


« La Bayadère » avec le Ballet et les étoiles de l’Opéra de Paris. Du 17 juin au 14 juillet 2026.
Durée : 2h45 avec deux entractes

La destruction de Paris

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Une épaisse fumée s'élève des grenades lacrymogènes sur les pavés des Champs-Élysées à Paris, le 30 mai 2026, alors que la foule se rassemble. Les supporters du Paris Saint-Germain (PSG) s'étaient réunis pour célébrer le deuxième titre consécutif de leur équipe en Ligue des champions de l'UEFA, après sa victoire contre Arsenal à Budapest. Les célébrations parisiennes ont ensuite dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre © Nael Chahine/MEI/SIPA

Victoire du PSG, déchaînement de violence, destruction de quartiers entiers de Paris. Notre chroniqueur, qui vit désormais loin de ce monde en ébullition, jette un regard désabusé sur la situation. Peut-être se prend-il pour Philippulus le Prophète…


Au chapitre VII des Copains, sublime chef d’œuvre de Jules Romains écrit juste avant la Première Guerre mondiale (1913), on assiste à la « destruction d’Issoire ». La paisible sous-préfecture du Puy-de-Dôme est mise sens dessus dessous par les joyeux énergumènes qui, quelques chapitres auparavant, avaient ressuscité Ambert, autre sous-préfecture tout aussi paisible… « Les notabilités s’enfuirent en renversant les chaises ; les enfants des écoles, avec des cris perçants, se précipitèrent sur le rempart des invités debout, qui s’éboula en un clin d’œil. Le cordon de fantassins fut rompu et se débanda. La musique militaire partit au pas gymnastique. La place Sainte-Ursule éclata dans tous les sens, projetant au loin les morceaux de la foule. Issoire était pulvérisé, anéanti par sa propre explosion. »

Un renversement de civilisation

Début 2018, j’écrivais dans Causeur, dans un article destiné à chanter Lalbenque-en-Périgord, une vraie ville avec de vrais gens : « Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout. » Et voici que Paris est révélé par quelques milliers de voyous décidés à terroriser les bourgeois bohèmes de la capitale sous prétexte d’une victoire du PSG. Scènes d’émeutes, destructions en série, voitures incendiées, des centaines de blessés, y compris parmi les forces de l’ordre, passablement passives — et un mort. Un avant-goût de ce que seront les villes lorsque la guerre civile larvée dans laquelle nous vivons passera en phase chaude.

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Parce que contrairement à ce que s’imaginent candidement certains, à gauche, le déchaînement de violence ne trouve pas son origine dans la « misère » des banlieues. D’abord parce qu’il n’y a pas que les banlieues, en ce moment, qui flirtent avec la misère. Ensuite, parce que ces jeunes gens, la main crispée sur leur portable, dévalisant les boutiques d’objets factices de désir, gavés de subventions et d’aides diverses, sont largement moins misérables que ne le furent leurs parents, et la plupart des gens en zone rurale. Ce qui se joue en ce moment, c’est le renversement d’un modèle de civilisation, basée sur la convivialité et le « vivre ensemble », la civilisation que s’acharne à défendre, entre autres, le Canon français, par une non-civilisation barbare. Ce qui se joue, c’est le renversement d’un ordre ancien par un désordre sans autre objet que sa propre dynamique.

Un air de guerre civile

Toutes les conditions sont désormais réunies pour l’effondrement final. Les barbares, accueillis durant des décennies — exactement comme Rome pendant deux siècles a ouvert les bras aux Goths venus s’occuper chez elle des tâches qui désormais rebutaient les citoyens romains — déferlent en masse, et seront encore plus nombreux demain, et on ne les « remigrera » pas. Les conditions climatiques incertaines, les épidémies qui rôdent, la disruption des échanges commerciaux internationaux qui non seulement font des carburants des produits de luxe, mais cassent la connectique qui assurait l’approvisionnement et le remplacement des produits, demandez-vous avec quoi on fertilisera les terres qui vous nourrissent, tout cela crée les mêmes conditions qui ont vu jadis s’effondrer en très peu de temps la Méditerranée de l’âge du bronze récent, l’empire romain ou l’Angleterre d’Arthur, pour ne prendre que les plus emblématiques des « dark ages », comme disent les historiens britanniques.

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Les hordes ne sont que l’avant-garde des nuées qui nous dévasteront. Et qui peut-être, comme dans le roman de Jules Romains, nous inciteront, plus tard, à revivre. Les élections qui viennent, dans ce contexte, et qui, quel que soit le résultat, ouvriront une période de guerre civile ouverte, sont un épiphénomène, la tentative dérisoire d’une classe politique cherchant à survivre au milieu des décombres qu’elle a accumulés sur nos têtes. Rappelez-vous la fin de l’Electre de Giraudoux — jouée pour la première fois en 1937, par un homme qui travaillait au plus haut sommet des Affaires étrangères et assistera l’année suivante, désabusé, à la reddition des Accords de Munich, juste avant la Deuxième Guerre mondiale :

« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

– Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. »

Les Copains

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Les nuits de Topkapi

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Affaire Nowak : quel antiracisme ?

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De violents affrontements ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre rassemblés devant le commissariat de Southampton, suite à une manifestation organisée par Tommy Robinson contre le « système policier à deux vitesses ». Ces affrontements font suite au meurtre d'Henry Nowak, un étudiant de 18 ans, tué à l'arme blanche par Vickrum Digwa, un Sikh de 23 ans. Royaume-Uni, le 2 juin 2026. © Toby Shepheard/Story Picture

Vendredi, le vice-président des Etats-Unis J. D. Vance s’est prononcé sur la mort d’Henri Nowak dans un post sur X, en affirmant qu’il serait encore vivant “si les dernières générations d’élites européennes avaient tenu bon face à la politique de haine de soi et à l’invasion massive de migrants”. Depuis, le vice-Premier ministre britannique David Lammy lui a répondu dans le Sunday Morning que le meurtrier en question était de nationalité britannique, et que “cela n’a rien à voir avec l’immigration de masse.” Pour Charles Rojzman, le cœur de la tragédie réside dans l’instrumentalisation de l’antiracisme par une caste politico-médiatique qui a rompu avec le réel. Analyse.


L’affaire Henry Nowak aura peut-être marqué un tournant dans la conscience britannique. Non seulement parce qu’un jeune homme de dix-huit ans a trouvé la mort sous les coups d’un assassin, mais parce que les circonstances du drame ont donné à des millions de Britanniques le sentiment d’entrevoir quelque chose de plus inquiétant encore que le crime lui-même : l’affaiblissement du simple bon sens sous le poids des réflexes idéologiques.

DR.

Ce qui a frappé l’opinion n’est pas seulement l’accusation mensongère de racisme lancée par le meurtrier à l’encontre de sa victime agonisante, mais l’impression que cette accusation a immédiatement été prise en considération par des policiers dont une partie du travail consiste désormais à naviguer parmi les récifs de la diversité, de la discrimination, des biais inconscients et des sensibilités communautaires. Une enquête dira ce qu’il en est exactement. Mais dans l’esprit de nombreux Britanniques, une question demeure : comment a-t-on pu en arriver à un moment où la victime semblait devoir être soupçonnée avant même que les faits les plus élémentaires ne soient établis ?

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Cette affaire a suscité une émotion considérable parce qu’elle touche à une inquiétude qui dépasse largement le Royaume-Uni. Dans toute l’Europe occidentale, un nombre croissant de citoyens a le sentiment que certaines institutions regardent désormais le monde moins à travers la réalité des actes qu’à travers des catégories idéologiques préétablies. Le crime n’est plus seulement un crime ; il devient un élément d’un récit plus vaste où la couleur de peau, l’origine, l’identité ou le statut supposé de victime occupent parfois une place plus importante que les faits eux-mêmes.

Le vrai visage de l’antiracisme

C’est dans ce contexte qu’il faut s’interroger sur ce qu’est devenu l’antiracisme. Car l’antiracisme officiel, celui des universités, des administrations, d’une partie des médias, des grandes associations militantes et des bureaucraties occidentales, n’a plus grand-chose à voir avec cette intuition simple qui consistait à reconnaître dans chaque être humain un semblable. Il est devenu une théologie civile. Il possède ses dogmes, ses prêtres, ses hérésies, ses excommunications. Il dispose même de son vocabulaire sacré, de ses formules obligatoires et de ses vérités révélées auxquelles il convient de souscrire sous peine d’être rejeté dans les ténèbres morales.

À l’origine, pourtant, l’antiracisme constituait une conquête admirable. Après les horreurs du XXe siècle, après Auschwitz, après les théories raciales qui avaient ensanglanté l’Europe, il paraissait naturel de vouloir construire une société fondée sur l’égalité de tous devant la loi et sur le refus de toute discrimination fondée sur l’origine. Cet antiracisme-là appartenait à l’héritage humaniste européen. Il cherchait à dépasser les appartenances pour faire émerger le citoyen. Mais ce projet semble aujourd’hui avoir changé de nature.

Au lieu d’effacer les catégories raciales, une partie de l’antiracisme contemporain les réintroduit partout. Au lieu de considérer les individus, il tend à les réduire à leur groupe d’origine. Au lieu de dissoudre les appartenances dans un horizon commun, il les fige et les transforme en identités politiques permanentes. Ainsi se développe une étrange situation où l’on prétend lutter contre le racisme tout en expliquant la société presque exclusivement à travers des catégories raciales.

Le débat est verrouillé

Pendant ce temps, loin des colloques universitaires et des tribunes moralisatrices, la France réelle poursuit son existence inquiète. Cette France-là n’est pas celle des conférences sur la diversité ni celle des plateaux de télévision. C’est celle des petites villes, des villages, des quartiers populaires, des périphéries urbaines. Celle des policiers qui interviennent dans les mêmes cités depuis vingt ans. Celle des enseignants confrontés à des formes nouvelles de contestation de leur autorité. Celle des infirmières, des chauffeurs de bus, des commerçants, des pompiers, des travailleurs sociaux.

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Tous ne tirent pas les mêmes conclusions. Tous ne partagent pas les mêmes opinions. Mais beaucoup ont le sentiment qu’il existe désormais un fossé grandissant entre ce qu’ils voient et ce qu’ils ont le droit de dire. Ils constatent certaines formes de violence. Ils observent certaines dégradations des comportements. Ils s’interrogent sur les effets de l’immigration de masse, sur les difficultés de l’intégration, sur la fragmentation culturelle du pays. Pourtant, dès lors qu’ils tentent d’aborder ces sujets, ils découvrent que le débat est déjà verrouillé. Leur inquiétude devient une preuve de culpabilité. Leur expérience devient suspecte. Leur parole devient dangereuse. Alors ils se taisent. Et ce silence nourrit lentement une colère qui, faute de pouvoir être exprimée démocratiquement, s’accumule dans les profondeurs du corps social.

Le malentendu fondamental réside peut-être ici. On présente systématiquement cette exaspération comme du racisme. Or il s’agit souvent d’autre chose. Non pas d’une haine biologique ou raciale au sens classique du terme, mais d’une inquiétude culturelle, historique, civilisationnelle. Une inquiétude qui peut être excessive ou mal formulée, mais qui n’en est pas moins réelle. Beaucoup de Français ont le sentiment de devenir étrangers dans leur propre pays. Ils voient disparaître des habitudes, des codes de conduite, des formes de sociabilité qui leur paraissaient aller de soi. Ils perçoivent un affaiblissement de l’autorité, une fragmentation de la nation, une multiplication des appartenances concurrentes.

L’art du renversement

Au lieu d’entendre ce malaise, l’antiracisme doctrinal le pathologise. Il refuse de voir qu’une partie du problème réside peut-être moins dans les préjugés de la population que dans l’incapacité des élites à penser lucidement les conséquences des transformations qu’elles ont elles-mêmes encouragées. Ainsi s’installe une fracture qui ne cesse de s’élargir. Les mots eux-mêmes ne signifient plus la même chose selon les milieux sociaux. Lorsque certains parlent de diversité, d’autres parlent de désintégration. Lorsque certains célèbrent l’ouverture, d’autres évoquent l’effacement. Lorsque certains vantent le multiculturalisme, d’autres constatent la disparition progressive de ce qui constituait le socle commun. Le dialogue devient alors presque impossible. Chaque camp vit dans un univers mental différent.

L’Histoire nous enseigne pourtant que les sociétés ne sont jamais menacées d’abord par leurs conflits, mais par leur incapacité à les nommer. Les tensions peuvent être surmontées lorsqu’elles sont reconnues. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles sont niées. Et c’est ici qu’apparaissent les nouveaux clercs de notre temps. Indigénistes, racialistes, militants décoloniaux, universitaires convertis à la religion de la culpabilité occidentale, ils prétendent parler au nom de la justice universelle alors qu’ils contribuent souvent à enfermer chacun dans son origine. Leur morale fonctionne selon une étrange comptabilité où les victimes et les coupables semblent parfois déterminés moins par leurs actes que par leur appartenance supposée à tel ou tel groupe. Ils croient combattre les discriminations ; ils réintroduisent partout la race. Ils croient promouvoir l’universel ; ils dissolvent la nation. Ils croient défendre la paix civile ; ils nourrissent les ressentiments qu’ils prétendent combattre.

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George Orwell avait pressenti ce moment où les mots finiraient par désigner leur contraire. Le langage politique moderne excelle désormais dans cet art du renversement. L’antiracisme peut devenir une manière nouvelle de racialiser les rapports humains. L’inclusion peut produire l’exclusion. La tolérance peut engendrer l’intolérance. Telle est sans doute la véritable question de notre époque. Non pas savoir s’il faut combattre le racisme — cela ne devrait faire débat pour personne — mais déterminer quel antiracisme nous voulons. Un antiracisme fidèle à l’universalisme républicain, qui considère chaque citoyen comme un individu libre et égal en droits ? Ou un antiracisme idéologique qui répartit les légitimités, les culpabilités et les protections selon les appartenances collectives ? Le premier cherche à unir. Le second divise.

Car une nation ne peut survivre durablement si elle cesse de regarder le réel tel qu’il est. Elle ne peut préserver sa cohésion en transformant chaque inquiétude en faute morale et chaque désaccord en procès d’intention. Le courage politique commence toujours par la volonté de voir. Et il est possible que l’affaire Henry Nowak demeure, dans les années à venir, comme l’un de ces moments où une société aperçoit soudain son propre reflet et découvre, avec inquiétude, que le visage qui lui est renvoyé n’est plus tout à fait celui qu’elle croyait connaître.

La société malade

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Le pays indigné et ses incendiaires

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Le maire islamo-gauchiste de Roubaix David Guiraud tout sourire à Saint-Denis (93) lors du meeting de lancement de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, le 7 juin 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

Toute la classe politique doit partir, peste notre chroniqueur


La classe politique, incapable de se repentir de 50 ans d’erreurs irréparables, a épuisé ses sursis. Elle doit céder la place. Hier, les parents de Lyhanna, 11 ans, ont jugé cette caste indésirable à la marche blanche pour l’enfant tuée par une démission de l’Etat. Gérald Darmanin avait pourtant tenu vendredi à « présenter ses excuses » à la famille. Le ministre de la Justice a reconnu que l’institution judiciaire « n’a pas su protéger la petite fille », victime d’un prédateur sexuel signalé à plusieurs reprises depuis 2017 mais jamais inquiété par le parquet ni la gendarmerie.

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Incendiaires

La décision des parents de Lyhanna fait écho à la colère de la société. Les Français oubliés, confrontée aux irresponsabilités illimitées des idéologues et des technocrates, ne cessent de maudire leur abandon. Cependant les dirigeants faillis, qui mènent le pays ruiné à l’effacement et la banqueroute, ne reconnaitront jamais leurs fautes. La procureure d’Auch (Gers) est désignée coupable de n’avoir pas respectée une circulaire demandant l’accélération des dossiers des enfants victimes. Cependant, le bouc émissaire n’efface pas les divagations collectives. Les agressions pédophiles dans le périscolaire public, à Paris et ailleurs, sont des scandales que déplorent cyniquement ceux qui auraient dû les prévenir. Les intifadas et les razzias du 30 juin n’ont suscité aucune interrogation sur la haine que suscite la France auprès de jeunes émeutiers issus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. A Nantes, la maire Johanna Rolland rejette sur l’Etat la guerre des gangs qui terrorise les habitants (quatre tués par balles en mai) tandis que l’élue socialiste s’enorgueillit d’avoir fait de la cité perdue une « ville refuge » pour tous les immigrés. Ces incendiaires voient des complotistes ou des propagandistes poutiniens chez leurs détracteurs. Les saccageurs auront à rendre des comptes devant l’histoire, voire la justice.

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Mélenchon en roue libre

Ceux qui occultent le délitement de la nation sont également aveugles devant la dérive totalitaire opérée par Jean-Luc Mélenchon. Lui voit des « fachos » partout alors qu’il incarne le nouveau fascisme. L’agitateur fédère en effet une extrême gauche violente, antisémite, insurrectionnelle, collaboratrice de la conquête islamiste et de son suprémacisme. Le député LFI Carlos Martens Bilongo a ainsi déclaré, en décembre 2025 : « On va leur montrer qu’on est plus nombreux […] Nous, on est plus intelligents qu’eux, on est plus endurants, on fait plus de gosses qu’eux (…) ». 

C’est à Saint-Denis, devant la nécropole des rois de France, que le leader LFI a tenu hier son premier grand meeting de campagne rassemblant la Nouvelle France (10.000 participants) aux cris de : « On est chez nous ! ». 

Dans cette même ville, l’ancien maire communiste Jacques Doriot lançait, les 27 et 28 juin 1936, son Parti populaire français (PPF) qui allait conduire l’ex-stalinien à la collaboration avec l’occupant nazi, qui pactisa avec l’islam. Dimanche comme il y a 90 ans, l’Homme nouveau a été sacralisé, dans une ode au grand remplacement ethnique.

Le métissé a succédé à l’aryen dans une ségrégation excluant les « tout blancs tout moches », ces « Français de souche » qui, selon le théoricien de la « VI e République écologique et sociale », poseraient « un problème sérieux à la cohésion de la société ». Or c’est avec LFI que le bloc central et la gauche mondaine ont pactisé naguère. Tous ces gens sont des dangers publics. Du balai !

La révolution des oubliés

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Natacha Polony: tout un programme

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Natacha Polony photographiée en 2022. © Hannah Assouline

« Polony, présidente ! » ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ex-patronne de Marianne publie un ouvrage rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Sans toutefois annoncer sa candidature.


Natacha Polony n’est pas candidate aux élections, même si la couverture de son nouveau livre ressemble à une affiche de campagne. Elle semble tâter la température de l’eau, mais son essai constitue surtout un joli CV. L’éditorialiste de 51 ans, ancienne prof et directrice de Marianne de 2018 à 2024, n’insiste plus seulement sur l’école, sujet qui l’a fait connaître et auquel elle ne consacre ici qu’une quinzaine de pages. Après dix ans d’un macronisme européiste et disruptif ayant nommé « des ministres aux antipodes les uns des autres », cet essai souverainiste a tout d’un programme complet. Signé par celle qu’on écoute sur France Inter ou France 5 (malgré la lassitude du spectacle politique ambiant que trahit parfois sa voix) et qui vient de lancer la revue L’Audace !, l’ouvrage balaie de façon cohérente les thèmes clés : agriculture, identité de la France, commerce international, industrie (portefeuille numéro deux de son gouvernement idéal), place des femmes, armée… « Le modèle français, c’est la centralité de l’État. […] Il est difficile de singer un fonctionnement propre à un autre pays », peste-t-elle contre une classe dirigeante qui à force de copier le modèle anglo-saxon a réussi l’exploit de faire sortir les gilets jaunes de leurs provinces – et dont certains, montés à Paris, rêvaient de la déloger de ses palais. Déplorant qu’en 2025 la France compte plus de décès que de naissances, que le PIB par habitant chute sous la moyenne européenne et que la balance commerciale agricole devienne déficitaire, Natacha Polony actualise ses remèdes de cheval souverainistes pour éviter une sortie de piste fatale.

Contre l’Europe et le “globish”

Elle veut « mettre entre parenthèses les règles européennes » pour réindustrialiser et assurer la souveraineté alimentaire, « enjeu majeur de la décennie ». Pour « éviter la révolte des pauvres, on a jugé préférable d’importer notre alimentation, quitte à tuer notre agriculture », tandis que « l’interdiction de produits phytosanitaires sans solution de remplacement est parfaitement incompatible avec la libre circulation des marchandises », analyse-t-elle. Elle propose de renoncer temporairement à la pléthore de produits bon marché sur nos étals, affirme que les « boomers » devront finir par faire quelque effort, prône un « service public de la garde d’enfants » et veut « rapatrier le budget de la recherche de la Commission ». Pourfendant le « règne du globish », elle déplore comme nous la mainmise du wokisme sur l’école : « C’est depuis qu’on a fixé comme objectif principal la lutte contre les inégalités sociales qu’elle est devenue monstrueusement inégalitaire. » Elle prône un concours d’entrée à l’université et persifle contre ces activistes qui accusent les mathématiques d’être racistes car elles « véhiculeraient une vision occidentale du monde ».

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Bifurcation souverainiste

Existe-t-il une brèche politique pour elle ? Si Marine Le Pen est empêchée et si Jordan Bardella poursuit sa mue libérale vers les chefs d’entreprise et les élites européennes, assurément. Polony veut elle aussi modifier l’article 55 de la Constitution par référendum pour que le législateur national reprenne le dessus sur les traités, et juge la défaite de l’Ukraine « probable ». Après Macron, c’est à Éric Zemmour qu’elle réserve ses piques les plus nombreuses (sur le féminisme, les prénoms ou le roman national). Qui pourrait-elle rallier ? Ou qui pourrait l’aider à défendre ses idées ? Guaino n’est pas franchement décidé à se lancer, Balladur est trop vieux, Philippe et Lisnard pas assez étatistes. Blanquer ? Des agriculteurs de la Coordination rurale lassés du RN ? Pas Villepin quand même ? Il lui manque aussi des mesures-gadgets médiatiquement habiles pour faire parler d’elle (interdire Uber Eats ou les réseaux sociaux aux jeunes après 21 heures, par exemple). En attendant, ce n’est pas sur elle qu’il faut compter pour parler d’immigration ou d’islam, sujets prioritaires pour CNews ou nombre de plumes de Causeur. Mais Natacha Polony n’est pas candidate aux élections.

La France corps et âme, Natacha Polony, Plon, 2026, 193 pages.

La France corps et âme

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Marianne Crebassa: des sommets de Mahler aux retrouvailles avec Montpellier

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La chanteuse Marianne Crebassa © Laure Bernard / Warner

On peut d’abord écouter la mezzo-soprano dans le triomphal concert du Chant de la terre de Mahler initialement donné au Théâtre des Champs-Elysées, actuellement disponible à la réécoute sur l’application France Musique. Elle sera ensuite à retrouver sur scène le 9 juillet prochain à Montpellier pour un récital unique de mélodies françaises et de Schumann, intitulé L’amour et la vie d’une femme.


Native de la bonne ville d’Agde, découverte à Montpellier en 2010 dans l’opéra Wuthering Heights de Bernard Hermann (1911-1975), – compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock comme chacun sait – Marianne Crebassa, quarante ans, développe un répertoire d’une amplitude phénoménale : des Noces de Figaro à Lakmé ou Lulu, en passant par La Cenerentola de Rossini (elle campait le rôle-titre en 2018, dans la mise en scène de Guillaume Gallienne actuellement reprise à l’Opéra Bastille jusqu’au 11 juillet)… jusqu’au lied romantique, ou bien encore jusqu’aux joyaux de la musique française, et même, atteignant au sublime comme on le verra, dans le domaine de la grande tradition symphonique. 

Ainsi le 4 juin dernier, au Théâtre des Champs-Elysées, la brune, resplendissante mezzo languedocienne interprétait-elle, aux côtés du ténor américain Clay Hilley, ce colossal morceau de bravoure de Gustav Mahler : Das Lied von der Erde/ Le Chant de la terre : chef d’œuvre du génial compositeur autrichien, placé ce soir-là sous la baquette de l’actuel directeur de l’Orchestre symphonique de Houston, le Slovaque Juraj Valcuha, pour l’heure à la tête de l’Orchestre national de France. Concert unique, réussite absolue, par bonheur enregistré sur France Musique, et donc écoutable sur l’application.

Rappelons pour l’anecdote que Mahler, superstitieux, résistait, en cette année 1908, au désir d’écrire une Neuvième symphonie (il avait composé saHuitième deux ans plus tôt) : l’on devait déjà une Neuvième à Bruckner ; la mort avait emporté Beethoven avant qu’il n’ait mené à bien sa Dixième. En 1907, Gustav a 47 ans ; il vient de perdre sa fille aînée ; il a été durement remercié par l’Opéra de Vienne, dont il avait pourtant fait, en dix ans, un haut lieu de l’art européen. Cette année-là, Mahler ne compose rien.

Le Chant de la terre est une élégie, un chant de douleur, de résignation et d’amour. Un petit recueil de poésie chinoise mis en vers allemands par un jeune poète lui en fournit l’inspiration. Cet hiver 1908, Mahler a découvert New-York où, au Metropolitan Opera, le compositeur triomphe comme chef d’orchestre. En juin, il est retourné dans son Tryrol – Mahler ne compose que l’été. C’est là qu’entre juillet et septembre, il écrira cette monumentale « symphonie pour ténor, alto (ou baryton) et orchestre », ainsi baptisée pour éviter de la frapper du chiffre fatal.

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Six mouvements, où alternent les deux voix, celle de l’homme et celle de la femme, hymnes contrastés qui, tout à tour, expriment l’ivresse douloureuse ; la solitude automnale ; la jeunesse ; la beauté ; le printemps ; et enfin l’adieu – déchirant adagio conclusif qui s’achève dans une mélodie poignante, murmurée par la mezzo : « Mon cœur est paisible et il attend son heure. Partout la terre refleurit au printemps, et reverdit. Partout et toujours des lueurs bleuâtres à l’horizon…. Erwig… Erwig… Erwig… (« toujours », ou « éternellement ») » En 1911 s’éteint Gustav Mahler. Das Lied von der Erde sera créé à Munich, six mois plus tard, dirigé par l’ami Bruno Walter.

C’est peu dire que Marianne Crebassa magnifie à elle seule de part en part cette faramineuse partition. Un ambitus saisissant, allant du grave au suraigu, mais comme coulant de source, échappé de ce corps si élégamment gracile avec un naturel stupéfiant, sans jamais donner l’impression de quelque effort de la voix : puissance de projection, nuance de phrasé, onctuosité, articulation parfaite, vibrato tout à la fois serré au plus près, incandescent et velouté. Autant de qualités superlatives, portées au sommet par l’accompagnement d’un Orchestre national de France dirigé avec une délicatesse et une précision horlogère par Juraj Valcuha, découvert à cette occasion. 

Voilà qui ne manquera pas de mettre en appétit les mélomanes, impatients de retrouver Marianne Crebassa pour un unique récital donné à Montpellier le 9 juillet prochain, sous l’intitulé « L’amour et la vie d’une femme ». Accompagnée une nouvelle fois au piano par Alphonse Cemin, également chef d’orchestre (avec Julie Fuchs, il avait enregistré pour le label Aparté les mélodies de jeunesse de Mahler et Debussy), elle interprétera du Schumann et des mélodies françaises. Ce programme s’inscrit dans l’agenda surabondant du festival Radio France Occitanie qui, du 3 au 18 juillet, pour sa 41ème édition, place Montpellier sous le signe de la musique classique – mais la manifestation ratisse (presque trop) large : en perspective, non seulement du jazz, mais quelques sets d’électro. Rendez-vous estival incontournable, la manifestation réunit nombre de stars – les sopranos Anja Kamp et Marie-Nicole Lemieux, les chefs Ivan Fische et Raphaël Pichon, le violoniste Renaud Capuçon pour ne citer qu’eux – dans tous les théâtres de la ville et dans les écrins de ses somptueux hôtels : de Castries, de Lunas, de Girard, de Montferrier, de La Grave…


Récital Marianne Crebassa L’amour et la vie d’une femme. In Festival Radio France Occitanie, Montpellier (3-18 juillet 2026) Corum, Salle Pasteur. Le 9 juillet à 18h. Réservations : en ligne sur lefestival.eu, par téléphone : 04 67 02 02 01. Guichet 41 bd. Bonnes Nouvelles 34000 Montpellier

Affaire Lyhanna: qui peut encore donner des leçons de responsabilité?

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Quelques jours après avoir déclaré sur TF1 à propos de l'affaire Lyhanna, "Oui je m'en veux personnellement (...) Je suis furieux", Gérald Darmanin tient une conférence de presse suite à une réunion de travail avec les procureurs généraux à la Chancellerie, le 8 juin 2026, à Paris © Romuald Meigneux/SIPA

Alors que la procureure d’Auch est menacée de mort, et que le Garde des Sceaux réclame le réexamen sous 30 jours des 70000 plaintes qui touchent des enfants, notre chroniqueur trouve trop facile cette idée d’une «responsabilité collective» dans les lourdes défaillances que semblent émailler le traitement judiciaire du suspect du meurtre de la jeune fille de 11 ans qui scandalise l’opinion.


La mort terrifiante de Lyhanna. Cela fait des années qu’à l’oral, dans des livres ou dans mes billets, je demande que l’on élargisse la notion de responsabilité des magistrats. Il faudrait, en effet, l’appliquer non seulement à des comportements inappropriés ou indécents — il existe des sanctions disciplinaires sur ce plan — mais aussi aux pratiques judiciaires lorsque leurs modalités sont gravement fautives alors qu’elles auraient pu, ou dû, être irréprochables. Contrairement à ce que dénoncent le corporatisme et le syndicalisme militant, définir une responsabilité judiciaire plus contraignante constituerait à la fois un aiguillon pour les juges et les procureurs et, enfin, une réponse — et un apaisement — à une forte attente des citoyens.

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Le crime commis sur Lyhanna est atroce et a suscité une indignation générale. Il y en a eu d’autres, auparavant, tout aussi graves, et la nature humaine est malheureusement trop inventive pour qu’il n’y en ait pas d’autres à l’avenir. Il n’empêche que le débat sur la responsabilité, notamment celle des magistrats, est bienvenu et que j’ai pu, avec d’autres, l’aborder le 6 juin sur le plateau de BFM TV avec l’excellente animatrice qu’est Paola Puerari. J’ai déjà écrit dans un billet que la double inspection — Justice et Gendarmerie nationale — était inévitable, mais que j’espérais que, pour une fois, les recommandations et propositions des rapporteurs seraient suivies d’effet. On en a assez de ces rapports qui ne visent qu’à donner l’impression d’une action ! Il est fondamental, face au saisissement provoqué par la mort de cette jeune victime de 11 ans, tellement évitable — la marche blanche du 7 juin ne sera pas, je l’espère, une consolation pour notre impuissance —, d’éviter cette fuite trop fréquente vers l’invocation d’une responsabilité collective, la dénonciation d’abstractions et la mise en cause exclusive du pouvoir politique. C’est malheureusement une dérive trop souvent constatée et c’est, en particulier, l’approche discutable d’Edwy Plenel, qui réclame une focalisation critique sur le seul pouvoir macronien. Au contraire, le progrès consisterait à mettre en œuvre l’inverse. Pour la Justice, les services d’enquête et l’Éducation nationale, il faudrait non pas se noyer dans le vague, mais rechercher et identifier concrètement les fautifs, les responsables, les désigner, les nommer, les sanctionner.

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En France, pour tous les désastres qui n’arrivent pourtant jamais par hasard, nous sommes dans un régime d’irresponsabilité illimitée. Pour l’avenir, il vaudra mille fois mieux incriminer une ou des responsabilités personnelles que formuler des banalités et des généralités sur les causes de cette tragédie. Je ne voudrais pas, à rebours, que la procureure d’Auch, Clémence Meyer, même si des manquements peuvent apparemment lui être imputés, devînt le bouc émissaire d’incuries, de négligences et de consciences professionnelles insuffisamment vigilantes. Depuis des années, les politiques de tous bords ferment les yeux sur les réalités dramatiques qui leur sont signalées et, lorsque surviennent des tragédies qu’ils ne peuvent plus ignorer, s’aventurent dans des projets mal préparés. La cour disciplinaire voulue par Bruno Retailleau n’est pas une mauvaise idée mais, lancée dans la précipitation, elle pose plus de difficultés qu’elle n’apporte de solutions. Qu’on ne se détourne pas non plus de l’essentiel en ne déplorant que l’insuffisance des moyens à la fois matériels et immatériels. Il est évident que l’augmentation de ceux-ci serait une bénédiction mais cette pénurie ne doit pas devenir l’alibi permanent de défaillances graves qui viennent d’ailleurs et, d’abord, de certaines pratiques ou abstentions elles-mêmes. Outreau serait demeuré Outreau même avec un budget pléthorique que d’ailleurs on n’estimera jamais assez fourni ! Surtout, conscient, sans me faire trop d’illusions, qu’une réforme de la responsabilité judiciaire est nécessaire, il me paraît plus qu’équitable de relever qu’il est facile de donner des leçons de responsabilité aux institutions régaliennes quand, soi-même, on ne les applique jamais. Quel politique a été sanctionné lorsqu’il a objectivement échoué ? Quel journaliste s’est soumis à cette exigence de responsabilité quand il s’est éloigné d’une ligne exemplaire ? Dans notre démocratie, il est patent que, trop souvent, personne n’est jamais coupable, que les structures, le système et les abstractions sont seuls responsables. Il faudrait que cela change. Il y a les sanctions disciplinaires. Sans éthique personnelle, elles risquent fort de se faire attendre.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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