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Pour gagner, la droite doit organiser une grande primaire et recréer la coalition «Sarkozy 2007»

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La droite est dispersée et, pour Matthieu Hocque, le seul moyen de la faire gagner en 2027 est de faire émerger un candidat unique. Horizons, Les Républicains et Reconquête, endossant chacun une tendance traditionnelle de la droite, doivent accepter d’organiser une primaire pour faire front commun.


Bruno Retailleau est désormais officiellement le candidat des Républicains (LR). Lorsque la droite prépare chaque élection présidentielle, elle commet l’écueil de chercher le « candidat naturel ». Si cette tradition incarne une lecture gaulliste de la présidentielle, celle-ci n’a jamais été intangible. Jacques Chaban Delmas n’est pas le candidat naturel en 1974, pas plus que Jacques Chirac en 1995. Ni synonyme de victoire, puisque la division de 1995 n’empêche pas la victoire. En revanche, la droite gagne lorsque les trois familles de René Rémond (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) sont incarnées en une seule candidature, à l’image de la coalition « Sarkozy 2007 ».

Recréer la coalition « Sarkozy 2007 », un impératif

Ce n’est pas le nombre de candidats qui dicte si la droite gagne une élection de conquête ou non, mais la capacité d’un candidat à agréger ces trois familles. En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte et rassemble une coalition allant d’Alain Juppé, considéré comme une figure d’autorité de la droite orléaniste, jusqu’à Philippe de Villiers pour la droite légitimiste, tout en incarnant lui-même la figure d’autorité bonapartiste. Or, en 1995, Jacques Chirac l’emporte malgré la division des candidatures. En effet, il procède de la même logique en rassemblant une coalition allant d’Alain Madelin (figure du libéralisme) jusqu’à Philippe Séguin (figure du gaullisme social).

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Autrement dit, avant le « qui ? » précède le « quoi ? ». Ce « quoi ? » consiste à proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine. Or, la droite vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes: 85% des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51% qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025).

Il existe bel et bien une attente d’un projet de droite palliant les défauts du macronisme sur les questions régaliennes et les défauts du lepénisme sur les questions économiques. Pour preuve, les héritiers du macronisme et du lepénisme cherchent à corriger leurs propres défauts. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y avait pas d’« en-même temps » possible sur les questions régaliennes tandis que Jordan Bardella affirme désormais qu’il est « très fier des grands groupes ».

Toutes les autres options conduisent à des impasses

La coalition avec le centre est une impasse. Sur le plan électoral, la droite et le centre sont sur un espace récessif. En 2017, Emmanuel Macron et François Fillon récoltent au premier tour 44,02% des voix. En 2022, le score cumulé d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse est de 32,63% soit une baisse de 12 points. Idem aux législatives puisqu’en 2017, les scores cumulés de la droite et du centre sont de 53,89%, contre 37,04% en 2022, puis 30,29% en 2024, soit une baisse de près de 23 points depuis 2017.

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Sur le plan tactique, cette coalition revient à faire le même choix que le président de la République en 2024 lors de la dissolution: considérer que la gauche est faible et/ou désunie et qu’un unique candidat de la droite et du centre se retrouvera au second tour face au Rassemblement national et bénéficiera du front républicain. Or, les législatives de 2024 ont démontré que la gauche progresse sur le plan électoral et les municipales de 2026 que la gauche est toujours capable de s’unir avec La France insoumise car leurs électorats demeurent fongibles. Ainsi, miser sur ce double pari en imaginant qu’aucun candidat de gauche n’atteindra la barre des 20%-22% serait une grave erreur.

Enfin, l’alliance avec le RN n’offre pas de plus grandes chances de succès. Dans tout le monde occidental, les droites nationales et patriotes semblent marquer un coup d’arrêt: Viktor Orban a perdu en Hongrie, Donald Trump est en difficulté pour les prochaines midterms et même Giorgia Meloni a perdu son dernier référendum. En France, cette tentative d’alliance a aussi perdu au second tour des législatives 2024. Aussi, les municipales de 2026 ont montré dans des configurations assez proches (exemples de Nice et de Toulon), que l’alliance avec le RN gagne lorsque ce dernier occupe le second rôle, mais perd quand il est en première ligne en raison de la résilience du front républicain, qui faiblit mais qui fonctionne toujours. Or, il est à ce stade impossible d’imaginer une alliance pour la présidentielle entre la droite et le RN, avec le RN en second au regard des sondages.

A Toulon, la RN Laure Lavalette n’est pas parvenue à s’imposer, obtenant 47,65 % des suffrages face à Josée Massi (52.35%), 22 mars 2026 © Philippe Magoni/SIPA

Une primaire ouverte de la droite pour recréer la coalition gagnante 

A droite, un procès injuste est fait aux primaires car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas la présidentielle de 2017 et 2022 respectivement. Mais, une primaire ne poursuit que trois objectifs. Le premier est d’obtenir le renoncement des perdants à se présenter et non d’obtenir leur soutien plein et entier vis-à-vis du vainqueur. Sur ce point, les primaires de 2016 et 2021 ont réussi. Le second objectif consiste à donner une dynamique de lancement de campagne au vainqueur. Pour cela, il suffit de comparer les intentions de vote avant la primaire et après. Avant la primaire, le candidat Fillon est crédité d’entre 18 et 21% dans tous les sondages de l’année 2016. Or, après sa victoire, il est donné entre 31% et 24% jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017. Même chose pour Valérie Pécresse. Celle-ci pèse entre 9% et 14% courant 2021. En revanche, après sa victoire au Congrès LR du 4 décembre 2021, elle est donnée entre 16% à 20% des intentions de vote en décembre 2021 et entre 14% et 18% en janvier 2022, soit un boost électoral d’au moins cinq points.

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Le troisième objectif repose sur le débat d’idées et la promotion des idées de droite dans l’espace public. La droite est en difficulté pour imposer ses thèmes et ses solutions dans l’espace public – excepté sur le régalien. Elle est en train de perdre la bataille économique avec le dernier débat budgétaire qui a vu le retour des vieilles lubies socialistes avec la taxe Zucman. La primaire de 2016 et la victoire de François Fillon a permis de faire gagner les idées libérales qui ont servi de socle aux débuts d’Emmanuel Macron ainsi qu’à un changement d’opinion des Français sur les entreprises et sur les patrons. De même, l’ancien Premier ministre avait ancré l’idée de vaincre le totalitarisme islamique, une idée qui dépasse maintenant le champ de la droite.

Seulement, pour assurer ces trois objectifs, la primaire ne peut être qu’ouverte et la plus large possible. En effet, à la différence de l’UMP qui dominait la droite dans le cadre d’un bipartisme et organisait le pluralisme des familles de la droite à l’intérieur du parti, les droites sont désormais nettement dispersées entre les familles politiques Horizons, LR et Reconquête. Or, pour gagner, il faut parler à toutes les droites sans exclusion, et renouer avec le peuple. Une primaire ouverte à tous, obligera les candidats à ne pas parler qu’aux barons politiques et aux militants de leur parti mais à l’ensemble des Français qui veulent et qui attendent un changement. C’est selon moi la condition sine qua none pour une victoire en 2027.

Les Droites aujourd'hui

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Télescopages calendaires

Notre contributeur met ici en parallèle plusieurs fêtes religieuses et commémorations d’avril, soulignant leur portée symbolique dans un contexte de tensions et de conflits impliquant Israël. Richard Prasquier évoque aussi les incidents récents ayant détérioré les relations judéo-chrétiennes, ainsi que des débats politiques franco-français autour de l’antisémitisme et de la situation au Liban.


Pessah, fête de la libération de l’esclavage en Egypte, a commencé le mercredi 1er avril et s’est terminé en Israël mercredi 8 avril. Le mercredi 15 avril fut le jour souvenir de la Shoah, placé à l’anniversaire du début de la révolte du ghetto de Varsovie. Le mercredi 22 avril fut Yom Haatzmaout, jour de l’indépendance de l’Etat d’Israël.

De plus, la commémoration des Pâques chrétiennes a presque coïncidé avec Pessah dans une synchronie assez peu fréquente. Car le concile de Nicée qui a unifié sa date en la déconnectant de la date juive, a choisi un comput qui peut placer le dimanche de Pâques entre le 22 mars et le 25 avril.

Relations judéo-chrétiennes compliquées

Cette superposition de fêtes survenant en pleine guerre contre l’Iran et le Hezbollah s’est accompagnée d’incidents qui ont entaché les relations entre Juifs et chrétiens: d’abord, le refus de la police de laisser le patriarche de Jérusalem prier le dimanche des Rameaux à l’église du Saint Sépulcre, ensuite, un prêtre tué par un tir israélien à l’occasion des opérations contre le Hezbollah dans un village du Sud Liban et tout récemment la destruction filmée d’une statue de Jésus par un soldat israélien dans le village entièrement maronite de Debel près de la frontière avec Israël. Il faut se féliciter de la réaction ferme et rapide des autorités politiques et militaires israéliennes à cet acte inexcusable de vandalisme sectaire.

Les subtilités du calendrier, qui cette année ne décalait pas les fêtes pour cause de proximité avec le Shabbat, ont donné à la continuité des mercredis d’avril une puissante signification symbolique. Esclaves en Egypte secouant le joug de leurs maitres, sous-hommes promis à l’extermination se révoltant dans un combat pour la dignité, les Juifs ont conquis par la lutte un Etat où ils ne sont plus la variable d’ajustement pour temps difficiles qu’ils ont souvent été dans l’histoire.

Ils en voient le retour dans les atermoiements politiques, dans les pays dont ils sont les citoyens, devant une détestation d’Israel galopante dont eux-mêmes sont les cibles.

La loi Yadan, considérée par beaucoup comme une mauvaise réponse à la fièvre antisémite, est retirée

Pour sa proposition de loi sur les formes nouvelles de l’antisémitisme, qui vient d’être retirée, Caroline Yadan s’était entourée de toutes les précautions juridiques. LFI a fait croire que la critique de la politique du gouvernement israélien allait être impossible et il a réussi son coup. Le gouvernement s’est engagé à présenter un projet de loi avant l’été, mais beaucoup sont sceptiques sur l’ampleur de ce texte.

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Ce retrait a coïncidé avec l’anniversaire de la révolte du ghetto, Même si plusieurs des héros de cette révolte n’étaient effectivement pas des sionistes, cela ne signifie en rien qu’ils auraient milité pour la destruction d’un Etat d’Israël, une fois cet Etat créé.

Comprendre ce qui se passe réellement au Liban

Les actions d’Israel au Liban visent le Hezbollah et téléscopent les rêveries de ceux qui s’acharnent à ne pas admettre ce que chacun sait, que le Liban n’est plus un pays souverain, qu’il est pris en otage par le Hezbollah, que celui-ci est une officine iranienne, que la FINUL onusienne fut un permanent échec et que seul Israël est capable de desserrer la corde terroriste qui étrangle le pays. Au lieu d’admettre cela, la France, contrairement à l’Allemagne et l’Italie, n’a pas réagi quand l’Espagne et l’Irlande proposaient de rompre les accords douaniers entre l’Union européenne et Israël en raison de ses actions au Liban.

Rarement plus que cette année le télescopage des mercredis d’avril n’a fait sens. La destruction des Juifs d’Europe n’a pas été à l’origine de la création de l’Etat d’Israël, mais elle a fait comprendre à l’immense majorité des Juifs que ce pays était désormais indispensable à leur survie spirituelle ou à leur dignité d’individus. 

Actuellement se pose la question de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz désormais bloqué par les Iraniens et les Américains; pour le coup, un vrai télescopage physique. Les suites en restent le jeudi 23 avril particulièrement nébuleuses. Si ce sujet préoccupe le monde en raison de ses conséquences économiques, c’est la lutte contre le régime iranien qui est une question existentielle pour les Israéliens, car ce régime a fait de la destruction de leur pays son obsession et son viatique d’infiltration auprès du monde musulman. Derrière le Hamas, il y a l’Iran, derrière le Hezbollah, il y a aussi l’Iran. Derrière l’attentat de l’AMIA en 1994 il y avait déjà Ahmad Vahidi, l’homme fort du régime iranien aujourd’hui.

Contre des adversaires fanatiques, tenaces et subtils, on se demande si le président américain est de taille, un maquignon vantard, menteur et velléitaire aux yeux de ses innombrables détracteurs. Il a pris l’impopulaire et pourtant nécessaire décision de commencer la guerre. J’espère qu’il saura la mener à la seule fin qui ouvre l’avenir, la destruction du régime des mollahs…

«Maroc, le defi de la puissance», l’essai pour comprendre le Royaume cherifien

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Le Maroc est un vieux pays qui peut surprendre les observateurs. Proche et lointain du nôtre, il est parfois étrangement méconnu.

Dans Maroc, le défi de la puissance, l’économiste et essayiste Abdelmalek Alaoui propose sûrement la synthèse la plus aboutie sur le royaume chérifien depuis sa prise totale d’indépendance en 1955. L’auteur est respecté puisqu’il est le premier Marocain à être publié dans le Project Syndicate depuis quinze ans, le prestigieux média international s’attardant sur le « modèle économique » marocain. Nous l’avons rencontré au Cercle Interallié à l’initiative du Club Choiseul Africa, jeudi 23 avril, précédée par une conférence de lancement lundi 20 avril à la Fondation Jean Jaurès. Les deux évènements ont fait salle comble, preuve que le Maroc intéresse.

Un pays arabe à l’aise dans la mondialisation actuelle ?

Dans cet ouvrage dense revenant sur l’histoire contemporaine du Maroc et son présent, Abdelmalek Alaoui montre que le cœur des récents succès marocains repose d’abord sur une vision du temps propre à sa nature monarchique. Il fait ainsi la démonstration de la centralité de la personne du roi Mohammed VI dans le fonctionnement des institutions marocaines, puisque ce dernier est le garant de leur stabilité.

Aux yeux des Français, ces révolutionnaires nostalgiques de leurs rois de naguère, le Maroc fait figure de paradoxe. Car, c’est une monarchie traditionnelle aux mœurs plutôt conservatrices… qui a embrassé assez largement la modernité et s’est très bien adaptée à la globalisation. Et, dans le fracas des Empires de ce début du XXIème siècle, la continuité de ces politiques publiques pourrait bien faire quelques envieux. Depuis 1999, tous les Premiers ministres que le pays a connus sont allés au terme de leurs mandats. Ce pays n’avait pourtant pas tant d’atouts naturels que cela pour assurer son développement au sortir de la période du protectorat. Contrairement au voisin algérien, doté en pétrole et en gaz, le Maroc ne pouvait compter que sur son agriculture et ses gisements de phosphate. Au moment où le Maroc gagnait son indépendance, 80 % de son PIB était ainsi tiré des industries extractives.

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Lors de son intervention au Club Choiseul Africa aux côtés d’Isabelle Bébéar (BPI France) et devant un parterre de chefs d’entreprises et de diplomayes, Abdelmalek Alaoui l’a d’ailleurs rappelé: « Le Maroc, pendant des siècles, était un pays dans lequel les villes étaient ceinturées par des murailles.  La vocation commerçante du Maroc et sa vocation profonde pendant des siècles va se retrouver profondément modifiée par le protectorat. En 55, le Maroc a cette géographie économique qui est centrée autour des industries extractives. C’est un schéma qu’on trouve dans beaucoup de pays colonisés. Pis, en 1956, le Maroc, pour 11 millions d’habitants, a 1 395 personnes qui passent le baccalauréat. Et avec ça, il a fallu construire une armée, une administration, une diplomatie, des équipes de football, des associations, faire vivre un système d’éducation ! »

Il est salutaire qu’un auteur marocain raconte son pays. Les références concernant le Maroc, sa géographie comme son modèle économique, ayant été souvent le fait de spécialistes étrangers, à l’image de Charles-André Julien dont la somme Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956 reste parfaitement pertinente pour comprendre les traits saillants de l’histoire du royaume. Au fond, l’ouvrage d’Alaoui commence là où celui de Julien s’était arrêté. Il en reprend la démarche et lui emprunte l’érudition. Il traverse les règnes d’Hassan II comme de Mohammed VI, avec pour fil rouge cette continuité monarchique qui a souvent perturbé le regard français. Le Maroc c’est l’histoire de ses rois, bien plus que celui des idéologies du siècle dernier qui n’ont traversé que superficiellement ce pays qui n’a jamais pratiqué le « chantage mémoriel » à l’égard de la France et qui a pensé le siècle dernier comme celui d’une renaissance patiente et d’un retour dans le concert des nations qui comptent. Pour cela, ce pays a dû bâtir des infrastructures en misant sur l’éducation et des secteurs économiques stratégiques, tels que l’industrie automobile, sans bénéficier des rentes énergétiques.

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Comme le titre de l’ouvrage le laisse entendre, les défis sont encore nombreux. Il y a ceux, communs à toutes les nations que sont l’accroissement des tensions militaires, le réchauffement climatique, les changements de mœurs, ou encore la révolution technologique induite par l’IA. Mais il y a aussi des défis spécifiques au Maroc. L’emploi des jeunes est ainsi prioritaire, de même que l’aménagement d’un territoire où la ruralité souffre encore beaucoup par rapport aux grands ensembles urbains, ce qui avait fait dire à Mohammed VI qu’il ne fallait pas que le Maroc soit « à deux vitesses ». La dépense publique équivaut à 60 % du PIB, engendrant parfois des « éléphants blancs » et grands projets dont le financement aurait pu être injecté ailleurs.

Les élites économiques et la diaspora invitées à plus s’investir dans le pays

Abdelmalek Alaoui ne l’ignore pas et plaide pour que les grandes fortunes privées investissent et s’investissent bien plus dans la vie du pays : « le plus grand danger, c’est que ma communauté, la communauté à laquelle j’appartiens, qui est celle d’une communauté majoritairement privilégiée, on a, pour notre très grande majorité, abandonné le combat politique et abandonné l’implication dans la vie politique dans notre pays. Il faut donc recréer les voies et moyens pour qu’il y ait un réengagement des élites du secteur privé dans l’économie marocaine, dans l’employabilité des jeunes », et comprendre que ce qui est le plus essentiel n’est peut-être pas l’EBITDA, mais l’EBITDA de long terme. Les priorités sont claires : comment renverser le paradigme en matière d’investissement public et privé ?

On sent bien là les points communs qu’une monarchie anccienne a avec le gaullisme français, soit le sens d’une nation organique où les plus aisés doivent participer au bien commun. Bref, un progressisme… qui n’est pas échevelé et qui tient compte des réalités, mais aussi et surtout des plus faibles. Quand ceux qui ont moins sentent qu’ils n’ont pas de place ni d’avenir, c’est le pays qui court un grand danger, et c’est précisément à ce défi principal qu’entend répondre Abdelmalek Alaoui.

La France l’a d’ailleurs bien enregistré. Depuis deux ans, les relations se sont réchauffées et la relation particulière semble renouée : « La capacité à pouvoir instaurer cette relation d’égal à égal a d’abord été portée par une qualité exceptionnelle des hommes et des femmes qui ont vascularisé la relation des deux côtés de la Méditerranée. Se débarrasser de certains comportements de part et d’autre, peut-être un petit peu de défiance du côté marocain, peut-être parfois un peu de condescendance côté français. Surtout, 90% des accords qui ont été signés en 2024 ne sont pas de l’achat de biens sophistiqués par un pays venu du Sud, mais des coentreprises où il y a du co-investissement. Dans les relations internationales, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.»

Maroc, le défi de la puissance

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Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du Liban

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La France rend hommage au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin morts au Liban. Notre pays apparaît comme très mauvais stratège pour prévenir ou surmonter les guerres imposées aux malheureux Libanais. Et toujours pressé de passer à autre chose.


Samedi, deux soldats français ont été tués au Sud-Liban, dans une attaque visant un convoi de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Cet épisode n’est pas isolé. Depuis 2006, la FINUL, dans sa nouvelle configuration, a été visée à plusieurs reprises, dont la plus grave en juin 2007, lorsqu’une voiture piégée a tué six Casques bleus, trois Espagnols et trois Colombiens. En juillet 2011, un convoi français a de nouveau été frappé près de la ville portuaire de Saïda. Plus récemment encore, des soldats italiens ont été blessés dans une attaque similaire. L’attentat le plus meurtrier, en 2007, a fait l’objet d’enquêtes libanaises et internationales, mais aucune revendication claire ni aucun procès abouti n’ont permis d’établir une responsabilité officielle. Il en va de même pour l’attaque contre le convoi français en 2011 et pour les incidents plus récents. En pratique, nombre d’analyses considèrent que ces attaques s’inscrivent dans une logique de pression exercée dans des zones contrôlées ou dominées par le Hezbollah. Mais juridiquement et officiellement, il n’existe pas d’attribution claire et reconnue.

Réaction diplomatique française mesurée

Au lendemain de l’attaque, les réactions françaises ont été rapides, mais mesurées. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé un acte grave, rappelant que « s’en prendre ainsi à des casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, c’est constitutif d’un crime de guerre ». Le président de la République a également précisé que « c’est le Hezbollah qui, en effet, a visé nos soldats (…) », tout en ajoutant que « [le Hezbollah] ne les a pas visés parce qu’ils étaient français. Il les a visés parce qu’ils tenaient la mission d’être aux côtés des populations civiles ». Quant à Jean-Noël Barrot, il a insisté sur la nécessité de préserver le Liban, affirmant que « le Liban ne doit pas être la victime expiatoire de dynamiques régionales ou de guerres qu’il n’a pas choisies » et que « détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah. Au contraire, cela le renforce ». Autrement dit, une position tellement nuancée qu’elle devient incompréhensible.

Cette ligne traduit une volonté claire : tourner la page de l’incident sans escalade, refuser l’engrenage et laisser aux autorités libanaises la responsabilité de gérer la situation. Aucune mesure concrète n’a été annoncée. Pas de changement de posture, pas de pression directe.

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Pourtant, après près d’un demi-siècle de présence dans cette région, la France dispose d’une connaissance fine du terrain. Ses militaires et ses services connaissent les villages, les familles, les équilibres locaux. Ils savent qui vit de quoi, quels réseaux structurent l’économie et le pouvoir, comment s’articulent les liens entre notables chiites, clans et diasporas installées en Afrique de l’Ouest ou en Amérique latine. Les leviers existent. Les moyens de faire passer des messages clairs aussi. Faire comprendre qu’on ne s’en prend pas impunément à des soldats français n’est pas mission impossible. C’est même le minimum.

La ministre des Armées Catherine Vautrin et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noel Barrot à l’Assemblée nationale, janvier 2026 © Stéphane Lemouton/SIPA

Cependant, la réaction française, en apparence ferme, demeure dans les faits d’une prudence de Sioux. Pour anticiper la suite, il suffit de rappeler l’incident d’Erbil, survenu le 12 mars, qui a coûté la vie au soldat Arnaud Frion. Cette attaque, attribuée à une milice irakienne proche de Téhéran, a donné lieu à une réaction française abondante dans les mots mais rapidement refermée dans les faits: hommages, condamnations, demande aux autorités irakiennes de faire toute la lumière, puis silence opérationnel. Aucune clarification publique sur les responsabilités ultimes. Comme au Liban, la France marque le coup, puis s’efforce de tourner la page au plus vite, afin d’éviter les conséquences de la clarté et la vérité.

La France refuse l’action et l’inaction

Cette prudence s’inscrit dans une histoire longue. La relation de la France au Liban est faite de proximité politique, de responsabilité morale et de traumatismes stratégiques. Le souvenir de l’attentat du Drakkar en 1983, qui avait coûté la vie à 58 parachutistes français, continue de peser. Le contingent français avait été invité par le gouvernement libanais. S’en prendre à lui ne servait pas les intérêts du Liban, y compris ceux de la communauté chiite, et profitait avant tout à l’Iran.

À cette tragédie s’ajoutent les prises d’otages des années 1980, les attentats sur le sol français et les réseaux liés à Téhéran. Et pour que nous n’oublions pas la leçon, Téhéran utilise des affaires comme celle de Jacques Paris et Cécile Kohler comme de piqure de rappel. Et ça marche. Cette stratégie mafieuse a produit une forme de retenue structurelle, une conscience aiguë du coût d’un affrontement direct avec l’Iran et ses relais.

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D’où une position française profondément ambivalente. D’un côté, Paris affirme le principe de souveraineté libanaise: il faut soutenir l’État et aider ses forces armées afin qu’il puisse exercer pleinement son autorité, notamment en imposant le monopole de la force. Le Hezbollah, dans cette perspective, doit être désarmé. Mais, de l’autre, la France se refuse à désigner clairement l’Iran comme acteur central du problème et n’explique ni comment, face à l’impuissance libanaise, le Hezbollah pourrait être désarmé, ni par qui. Elle évite toute confrontation directe et s’en tient à une diplomatie de gestion de crise, sans proposer de véritable issue, ni dire comment les Libanais, les Syriens et les Israéliens pourraient coexister avec un État affaibli dont le Hezbollah utilise le territoire comme base d’opérations.

Après des décennies d’expérience, on peut affirmer que les Forces armées libanaises, composées en partie de chiites, sous-équipées et mal rémunérées, n’ont ni la capacité ni la légitimité pour affronter le Hezbollah. Demander au Liban de « s’en occuper » revient, en réalité, à constater une impuissance sans en tirer les conséquences.

C’est là que la contradiction apparaît dans toute sa netteté. Le Liban ne peut pas désarmer le Hezbollah. Israël, lui, peut y contribuer de manière décisive. Mais toute action israélienne est immédiatement condamnée, au nom de la stabilité du Liban. La France refuse à la fois l’inaction et l’action : elle affirme un objectif sans accepter les moyens nécessaires pour l’atteindre.

Le résultat est une politique d’entre-deux. Une présence maintenue au sein de la FINUL, mais exposée et insuffisamment soutenue. Un discours de fermeté sans traduction opérationnelle. L’attaque de samedi ne fait que rappeler cette impasse. Elle montre que la France est engagée dans un théâtre où elle n’a ni les moyens de contraindre, ni la volonté d’escalader et, au fond, pas de stratégie pour transformer sa position particulière en véritable levier d’influence.

Jospin: après les roses, les épines

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Ce «droit d’inventaire» vis-à-vis des deux septennats de François Mitterrand que Lionel Jospin avait réclamé lors de la campagne présidentielle de 1995, désormais, c’est à lui, le temps des hommages et des couronnes de roses passé, que nous voulons l’appliquer.


Parlons tout de suite de la face nord plongée dans l’ombre de cette statue du commandeur qu’il fut. La preuve du pudding, c’est qu’on le mange, disait Friedrich Engels. Trotskiste un jour, trotskiste toujours, la vérité de ce dicton politique, c’est Lionel Jospin qui l’incarne. Ce n’est pas moi c’est mon frère, a-t-il commencé à dire, contrairement à l’agneau de la fable de La Fontaine qui n’en avait point.Quant à son père, c’était un socialiste, enfin… de la SFIO, dont il a été viré un temps, après-guerre. Il faut dire qu’en avril 1944 l’ambassadeur d’Allemagne à Paris décide de lancer un nouvel hebdo de gauche collaborationniste, Germinal portant le bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ». Robert Jospin, le père de Lionel donc, était l’une de ses plumes, heureusement pas aussi brillante que celle de Robert Brasillach qui sera fusillé ; le Général ayant refusé sa grâce sous la pression des communistes, mais pas seulement. De Gaulle écrira « le talent est un titre de responsabilité », faisant de ce talent une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain.

L’OCI, les lambertistes, l’organisation trotskiste la plus occulte conduite par Pierre Boussel dit Lambert, pratique l’entrisme. Lionel Jospin non seulement en était, mais alors jeune énarque, né dans une famille protestante de militants de gauche, lui-même athée, c’est l’Organisation Communiste Internationale qui lui demande d’infiltrer le PS à sa création en 1971. Loin d’être un cas isolé, on retrouvera au PS les trotskistes Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Luc Mélenchon, « la liste des sous-marins placés dans de nombreuses organisations politiques ou syndicales est beaucoup plus fournie qu’on ne le croit puisqu’il faut encore y ajouter quatre secrétaires généraux de la CGT-FO, dont Jean-Claude Mailly ou Marc Blondel, franc-maçon de surcroît, et puis une ribambelle d’autres figures de la vie publique, dont un grand-maître du Grand Orient de France[1].

Pourquoi Trotski a-t-il bénéficié d’une image positive ? Déjà, le peu qu’il fut au pouvoir en Russie soviétique, il aura été autant criminel que les autres. Mais ce qui nous intéresse ici pour la suite, c’est la querelle des Anciens et des Modernes, et du rapport du peuple à l’art et à l’instruction en général, parce que Lionel Jospin sera ministre de l’Éducation.

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Lors de la révolution soviétique certains voulaient créer un art nouveau pour un homme nouveau, d’autres parlaient d’art prolétarien, tandis que Lénine, puis Staline, soutenaient qu’il fallait donner au peuple tout entier un accès à l’art, à la culture, à la grande littérature, à ce qu’on appelait l’art bourgeois. En exil, Trotski continua à promouvoir cette idée de rupture, soutenu en cela par les surréalistes.

Trotskiste un jour, trotskiste toujours, Jospin ministre de l’Éducation, lance en 1989 contre les mandarins du savoir, la réforme de « l’élève au centre du système ». L’enfant devient sujet, juge, acteur. Le pédagogisme s’empare définitivement du mammouth, Claude Allègre n’y pourra rien, un certain Philippe Mérieu a été installé dans la place. Catho de gauche écolo – les pires – il s’opposera à Blanquer, évidemment. Vite remplacé par Pap Ndiaye, l’extase. Soyons honnête : la transmission du savoir de l’honnête homme est en crise dans tout l’Occident. Je vous renvoie à l’universitaire et philosophe Allan Bloom, et à son best-seller The Closing of the American Mind publié en 1987, dans lequel il déplore que les élèves de la meilleure société se détournent aussi des grands classiques de la littérature.

Jospin aux mains pures comme les kantistes qui n’ont pas de mains

S’il n’en était à l’initiative, Jospin laissait toujours s’installer le pire. Ainsi l’affaire des « foulards de Creil » à la rentrée des classes 1989, quand il était ministre de l’Éducation nationale. Il se contenta de dire qu’il fallait « respecter la laïcité de l’école. »

Mais comme Ponce Pilate il s’en lave les mains. « En cas de blocage, et en cas de refus, l’école doit accepter ces enfants. » Les trois collégiennes, Leila, Fatima et Samira refusent de retirer leur hijab. Aujourd’hui, nous récoltons les premières conseillères municipales voilées. Que voulait-il dire quand il déclara à des journalistes : « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »[2]

Rebelote en 1991, en réponse aux parlementaires de l’opposition, dont Philippe de Villiers, qui réclament le départ de l’Université de Georges Boudarel, ce maître de conférences d’histoire récemment mis en cause pour son passé d’instructeur politique dans un camp vietminh. « Le recrutement et la carrière des enseignants du supérieur relèvent exclusivement de leurs pairs, a expliqué Jospin. »[3] Sur le passé de Boudarel, condamné à mort par contumace, rentré en France en 1966 à la faveur d’une loi d’amnistie, le ministre rappelle que « le choix de l’anticolonialisme était juste. » Mais ajoute, — le « en même temps » macroniste, déjà — : « rien ne peut justifier qu’un intellectuel, qu’un professeur, devienne un kapo dans un camp de prisonniers, dans un camp de concentration (le camp 113), dans lequel les hommes qui appartenaient à son propre pays mouraient »,  mais d’ajouter qu’aujourd’hui « il existe un autre Boudarel, » et que « le mieux est de le laisser face à sa conscience. »[4] Là aussi, il s’en lave les mains. Des mains pures comme celles des kantistes qui n’ont pas de mains, disait Péguy.

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De la même manière, « le naïf », c’est lui-même qui l’avouera plus tard, évoquera le « sentiment d’insécurité » au lieu de constater et de combattre les causes de l’augmentation réelle de l’insécurité prouvée par les enquêtes de victimation.

En 1998, c’est l’affaire de la MNEF (Mutuelle Nationale des Étudiants de France) : scandale financier majeur, impliquant emplois fictifs, fausses factures, enrichissement personnel et détournements massifs au sein de la mutuelle étudiante, contrôlée depuis les années 1980 par des réseaux proches du Parti socialiste (notamment ex-militants trotskistes lambertistes de l’UNEF-ID, la bande de la MNEF). L’affaire éclabousse forcément le si probe gouvernent Jospin. Lionel a senti passer le vent du boulet.

En 2000, c’est la jeune Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, à qui, il a laissé saboter à Bruxelles la filière nucléaire française — c’est-à-dire exclure l’énergie de la liste des énergies propre — pour la plus grande Schadenfreude « joie mauvaise » des Allemands. Il faudra attendre 2025, un quart de siècle, pour que la CJUE officialise le nucléaire comme énergie propre dans la taxonomie verte.

Last but not least, Premier ministre, Jospin crée le poste de Ministre délégué à l’Enseignement professionnel pour l’ancien trotskiste de l’OCI, le camarade Jean-Luc Mélenchon, un poste qui disparaîtra comme par hasard avec l’échec à la présidentielle en 2002.

Je vais maintenant faire du gonzo journalism. Ayant subi la crise de l’emploi des cadres dans les années 1990, j’étais employé en tant que vacataire quand le bon Jospin remporta les législatives suite à la dissolution imaginée par Villepin alors Premier ministre de Chirac. Je n’avais donc pas décroché le fameux CDI au grand dam de mes parents ; j’étais peut-être exploité, précaire, mais je n’étais pas désœuvré, et suivais en parallèle une formation en marketing direct. Que pensez-vous que fit ce bon Jospin, bon comme du bon pain ? Il demanda à mon employeur de me faire un CDI. Je n’avais rien demandé. En attendant mieux, récemment logé à Paris dans le XVIe, je me disais « c’est déjà ça » en traversant le pont Mirabeau pour rejoindre ma chambre de bonne, pendant que les militants communistes tractaient pour dénoncer la situation des immigrants mal-logés. J’avais suffisamment de travail par mois pour pouvoir payer mon loyer, et aucune envie de faire un prêt pour acheter un appart en banlieue grâce au fameux CDI.

En revanche les effets pervers des mesures contraignantes du Premier ministre Jospin pour lutter contre l’emploi précaire firent que mon employeur cessa de m’octroyer de nouvelles missions. J’ai dû en chercher un autre. Et j’ai fini par jongler avec trois employeurs en même temps, vous imaginez le casse-tête. Je voulais juste du travail, pas forcément un contrat. Il voulait mon bien, le bon Jospin, comme le bon roi Henri la poule au pot, mais avoir une idée du bonheur et vouloir l’imposer, c’est le commencement de la dictature, disait André Glucksmann. À la fin de ces années 1990, j’ai eu de fait un CDI avec l’obtention du poste de directeur marketing que je convoitais. Plus tard, l’ascension sociale, ce serait directeur général, ce qui m’a permis de louer un trois-pièces haussmannien. Il faut dire que, même si j’ai toujours continué à mener en parallèle ma vie d’écrivain, j’avais renoncé à une carrière universitaire de sociologue en raison des mensonges de Bourdieu et de ses affidés, prodrome du wokisme, et préféré la vérité du résultat d’une entreprise commerciale qui se reflétait dans le P&L (les profits et pertes du bilan annuel)…

Jospin vainqueur des législatives 1997 par effraction

INA

Les Français subirent les 35h pour tous, déjà évoquées lors de la campagne présidentielle qu’il perd, bien qu’arrivé en tête au premier tour. Deux ans plus tard, vainqueur des législatives — par effraction dixit François Baroin, c’est-à-dire grâce aux triangulaires avec le FN —, le Premier ministre impose les 35h pour tous et obligatoires. La gauche a un totem : « Pour tous et obligatoire. » Avec des inspecteurs du travail qui contrôlèrent la durée de stationnement des véhicules des cadres. Heureusement Sarkozy libérera les heures supplémentaires qui seront défiscalisés. Mesure supprimée par Hollande.

Sur le plan économique, vu de l’international, l’Anglais Blair et l’Allemand Schröder lui volent la vedette en débarrassant la social-démocratie des derniers oripeaux du socialisme au profit d’une vision sociale-libérale.

Sous Jospin, il y a eu aussi le Pacs qui devait nous épargner, promis juré, le mariage pour tous. Les socialistes vont ânonnant « pour tous ! pour tous ! » alors que les Français n’aiment que les privilèges, rien pour eux.

Puis comme la guillotine humanisa la peine de mort, l’IVG médicamenteuse, moins invasive, introduite en 1989 à l’hôpital, est permise dès 2001 en cabinet de médecine de ville (gynécologues et généralistes).

A lire ensuite, Pierre Vermeren: Déracinés des villes, abandonnés des champs

Quand on a lu Alexandre Dumas, on sait ce qu’il faut penser des protestants. Que lisait donc « l’austère qui se marre », qui publia un livre de petites blagues ? Voulait-il concurrencer Monsieur Petites Blagues, le futur capitaine de pédalo ? En se rasant le matin, il demandait à son miroir : « Dis-moi mon beau miroir, suis-je le plus sympa des hommes de ce gouvernement ? — Des hommes de ce gouvernement peut-être, mais au château, il y a un mangeur de pommes bien plus sympa que toi. — Ha ! Super menteur ! — Le menteur c’est toi. — Je n’ai rien dit. — Justement, mensonge par omission, le pire des mensonges. — Quoi qu’il en soit, les médias m’aiment bien. J’ai même leur soutien depuis cinq ans. »

Le couperet est tombé en 2002. Avec Séguéla, ils se sont crus malins. Se préparer un réservoir de voix pour le second tour, 100% garanti par Taubira. Malinx, le Linx ! Elles auront simplement manqué pour y accéder…

À la question d’imaginer « une minute » qu’il ne passe pas au second tour : pour qui voterait-il alors ? Jospin le malin est pris d’un grand éclat de rire. « J’ai une imagination normale, mais tempérée par la raison quand même » dit-il, « ça me paraît assez peu vraisemblable, hein, donc on peut passer à la question suivante ». Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen faisant face au président sortant Chirac pour le second tour. Le candidat vaincu annonce : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique. » La morale en lui, le ciel étoilé au-dessus de lui, comme aurait dit Emmanuel Kant.

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[1] Trotskisme : de Lambert à Mélenchon | Le Club

[2] Eugénie Bastié : « Pourquoi l’islam des Lumières est une chimère » Figarovox le 12 février 2026

[3] Le Monde du 19 mars 1991. Merci à Philippe Chevalier pour me l’avoir rappelé.

[4] ibidem

Notre-Dame des bureaucrates

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En déplacement hier dans l’Allier (notre photo), le président Macron a annoncé vouloir lever les blocages administratifs de 150 projets industriels, qu’il qualifie de «150 cathédrales industrielles». Alors que le pays peine à se réindustrialiser et que «la Chine fait du dumping et nous casse», la limitation des contentieux et le raccourcissement des délais d’autorisation sont primordiaux. Mais pourquoi n’applique-t-on pas cette méthode en permanence? se demande Élisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron préconise la méthode Notre-Dame. Alléluia ! Le président de la République a été touché par la grâce. Un an avant la fin de son second mandat, il découvre que l’empilement de normes, règlements, contrôles et autres interdictions décourage l’initiative, pénalise les entrepreneurs et transforme n’importe quel projet en gymkhana administratif.

Il veut donc que 150 projets industriels soient traités avec la méthode Notre-Dame/Jeux Olympiques, autrement dit par un régime d’exception : procédures accélérées, délais d’autorisations et de permis raccourcis, limitations des contentieux. Plus une simplification du code de l’environnement qui, apprend-on, a triplé de volume depuis le début des années 2000. Bref, « tout ce qui peut renchérir le coût d’un projet industriel ou empêcher sa réalisation, doit être évité ».

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Evidemment, tout le monde applaudit. Mais si on raisonne a contrario, cela signifie donc que jusque-là, ce qui pouvait renchérir ou interdire un projet industriel avait cours et qu’on ne pouvait rien y faire. C’est tout de même désespérant : le président Macron reconnait que toutes ces contraintes ne sont absolument pas nécessaires, autrement dit que l’Etat veille au respect de règles dont la légitimité n’est nullement démontrée sinon pour faire prospérer l’armée de technocrates chargée de veiller à leur application – avec l’appareil de contrôle et de sanctions que cela suppose.

En ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’en débarrasser ? Il y a trois réponses à avancer :

  • D’abord, je le répète, ces normes justifient l’existence des fonctionnaires chargés de les faire appliquer ;
  • Ensuite, le principe de précaution interdit aux agents économiques, en particulier publics, de prendre le moindre risque – nous sommes les rois de l’usine à gaz et de l’ouverture de parapluies ;
  • Enfin, une grande partie de ces normes sont le fruit d’un lobbying intense d’ONG et de diverses associations présentées comme « expertes » et auxquelles personne n’ose jamais dire non.

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Pour en finir avec ce mal français numéro un de la surrèglementation et suradministration, il faut détricoter ou neutraliser ce que le Parlement et le gouvernement ont fait depuis tant d’années. Cela demande par ailleurs une chose inédite et assez compliquée à obtenir en France: faire confiance aux acteurs économiques au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Bref, l’exception doit devenir la règle. Mais ne vous inquiétez pas : on peut compter sur les syndicats, les associations et les ONG pour expliquer bruyamment que cette volonté de simplification est le cheval de Troie de l’ultralibéralisme ! Ce qui me fait toujours rire, dans un pays qui redistribue 54% de son PIB. Beaucoup trop de gens et d’institutions considèrent que la justice sociale consiste à emmerder les Français. Surtout quand ils sont entrepreneurs.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Deux bons élèves à 50 ans d’intervalle

Etait-ce mieux hier? À l’école, certainement: pour bien réussir, mieux vaut désormais se protéger du système scolaire, et faire l’école à la maison. C’est ce qu’a l’air de penser notre chroniqueur, bon élève d’autrefois, après s’être confronté à une bonne élève d’aujourd’hui. Il est décidément très réactionnaire, non?


Son père était flic, sa mère sténo-dactylo, comme on disait alors. Ni l’un ni l’autre n’avait le Bac. Ils vivaient dans les quartiers Nord de Marseille, dans des HLM première génération. Il eut une enfance de voyou.

Mais il s’avéra rapidement qu’il était bon élève, et qu’il aimait lire — et écrire. Et, plus encore, entendre la maîtresse lire à voix haute sa dernière rédaction. Et les copains, à la récré, qui demandaient : « Mais où vas-tu chercher tout ça ! »

Puis au lycée — ils furent huit à y aller sur deux classes de CM2 à 40 élèves chacune, où l’on entendait les mouches voler. Il s’ennuyait, il passa le Bac en candidat libre en Première, arriva en Hypokhâgne au lycée Thiers, et réussit l’ENS-Saint-Cloud du premier coup, l’année suivante.

Dans les années 1950-1960, ça se passait comme ça — pour certains.

Changement d’époque

Elle est née vers 2004, elle appartient à la Génération Z, celle qui correspond le mieux à la présente idiocratie. Sa mère est institutrice, son père prof de philo, quelque part dans une province campagnarde. 

D’un commun accord, ils ont décidé d’épargner à leur fille, Anne, l’enseignement de l’ignorance tel qu’il se pratique dans l’enseignement public (et une bonne part du privé, quoi qu’on prétende). Ils ont fait « école à la maison » — ce que l’Educ-Nat, tancée par les pédagogues qui ont infiltré le système, décourage de toutes ses forces : « Tous nuls, mais tous égaux ! »

A lire du même auteur: Ceux qui aiment la langue française — et les autres

Puis a suivi un enseignement du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Elle a consenti à se mêler à ses pairs en Quatrième. En Seconde, elle file vers le lycée public du Forez, à Feurs (Loire) — pas à Henri-IV, pas à Louis-le-Grand. Pas à « Stan ». 

Catholique de formation et de goût, elle apprend seule le latin, pour lire enfin la Bible mieux que saint Jérôme (une initiative digne des humanistes réformés du XVIe siècle, je serais son confesseur attitré, je me méfierais, il y a du jansénisme en devenir chez cette gamine), réussit le Bac avec 19 de moyenne, 20 / 20 à toutes les épreuves écrites — dont les deux épreuves anticipées de Français en Première. 

Le lycée du Parc, à Lyon, a l’heureuse idée de l’accepter en Hypokhâgne AL : « Durant deux ans, écrit Romain Mercier dans Le Figaro, Anne reproduit le même schéma de travail. La jeune femme est en cours de 8 h à 16 h 30, puis elle s’organise deux sessions de révisions : de la fin des cours à 19 h et de 20 h à 22 h. » Et deux ans plus tard, elle est major au concours d’entrée de l’ENS, avec trois fois 20 en Lettres, Latin et Grec. Et 17,3 de moyenne générale.

J’oubliais : elle n’avait pas de portable. Pas d’accès aux réseaux sociaux. Et rétrospectivement, elle s’en félicite. Ai-je déjà dit que les parents qui offrent des smartphones à leurs gamins sont des criminels ? Qu’il faudrait leur retirer la garde de leurs marmots, pré-détruits ? Eh bien, c’est fait.

Contourner la fabrique du crétin

Que retenir de ces deux parcours ?

Le premier a bénéficié de l’enseignement public de qualité prodigué dans un quartier perdu des années 50-60 par des instits bien formés et dévoués — grâces leur soient rendues. Puis de profs de lycée compétents, tout aussi dévoués à la réussite de leurs élèves. Des profs du public.

Marseille n’est pas la ville la plus bourgeoise de France. Mais en cette année 1972, ce furent 14 élèves de CPGE littéraire qui intégrèrent les diverses ENS. 14 ! Aujourd’hui quand il y en a un, ils sabrent le champagne…

Quant à la seconde, elle a ingénieusement contourné la fabrique du crétin, qui tourne à plein régime depuis que Meirieu and Co en ont pris les commandes. Au lieu de s’égarer sur Tik-Tok ou Discord, elle a beaucoup lu, et continue à lire. Elle a quelques amis choisis, et pas une foule de connaissances anxieuses de ressembler aux influenceuses, à Dubaï ou ailleurs, dans des poses de demi-putes — ou plus, si affinités.

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Elle réussit, au lieu de parader. Bravo à ses parents. Bravo à tous les parents qui s’occupent vraiment de leurs bambins, au lieu de les confiner devant des écrans et des pizzas surgelées. 

Un dernier point. 17,3 de moyenne, cela signifie que la barre d’admissibilité est aux alentours de 14. Et aucune IA (aucune, vous, m’entendez) n’est capable de ce genre de performance. Confier vos enfants aux machines, sous prétexte qu’elles « pensent », c’est assurer leur échec. L’IA vous assure 10/20 — mais avec ça, tu n’as plus rien.

«Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

Renaud Camus est lourdement attaqué dans L’homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre.


Relire la première partie

Causeur. Revenons au grand remplacement : un certain nombre d’immigrés maghrébins, souvent kabyles, se sont parfaitement acculturés. Sont-ils selon vous des colons ou des remplaçants ?

Renaud Camus. Votre exemple est très bien choisi, car mon principal allié politique, Karim Ouchikh, qui a été conseiller régional d’Île-de-France entre 2015 et 2021, est kabyle. J’ai toujours dit, et je m’y tiens, qu’il peut y avoir intégration et assimilation des individus. Mais autant nous pouvons assimiler des individus qui souhaitent être assimilés, autant il est totalement illusoire de croire que nous pouvons assimiler des peuples, qui plus est s’il s’agit de peuples qui ne veulent pas être assimilés, qui sont même souvent assez hostiles et qui eux-mêmes disent qu’ils sont les grands remplaçants.

Donc votre concept est d’abord culturel ?

Il serait très lâche de ma part de nier qu’il est également racial – je préfère dire « race » au lieu d’« ethnie », qui appartient au registre scientifique. La science n’a que fort peu à faire là-dedans. La race n’est scientifique que pour les pires racistes. Le dogme imbécile et criminel de la non-existence des races est le pivot qui permet le génocide par substitution. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de remplacement puisqu’il n’y a rien à remplacer.

S’il y a de plus en plus de femmes voilées dans l’espace public, on peut dire qu’il y a eu un remplacement de femmes libres par des femmes qui revendiquent leur soumission. Peu importe la couleur de leur peau.

Eh bien, c’est une différence entre nous. Je crois en l’existence des races – je suis « raciste » à cet égard : je crois aussi qu’elles ont un rôle absolument capital, décisif et plus fort que jamais aujourd’hui, dans les affaires du monde. La race est l’un des concepts les plus polysémiques qui soit. Le mot signifie mille choses qui ont un lien étroit les unes avec les autres, mais qui peuvent aussi être très éloignées. Je ne peux accepter de renoncer à ce mot, qui est omniprésent dans la littérature et la poésie françaises, en toutes sortes de sens aussi précieux les uns que les autres, « Que direz-vous, races futures (les habitants de l’avenir) ? »

C’est entendu, vous réfutez « le Dogme », celui de l’inexistence des races. Réfutez-vous aussi le dogme de l’égalité des races ?

Je ne crois en l’égalité de rien, sauf par coïncidence, et par un coup d’État quelquefois légitime de la loi. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de souligner les inégalités de réalisation entre les races diverses : ce qui me semble irremplaçable, au contraire, c’est le caractère unique de chacune.

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Donc, vous ne postulez pas une inégalité structurelle entre les races. Ce qui n’empêche pas vos biographes de vous accuser de « suprémacisme blanc ».

Je n’ai jamais bien su ce que signifiait cette expression, qui m’est parfaitement étrangère – à moins qu’elle ne veuille dire, mais j’en doute, qu’un peuple doit pouvoir rester maître sur son territoire, n’être pas colonisé.

Le suprémacisme est une idéologie de la supériorité et de la domination raciale.

Je n’ai jamais pensé rien de tel. Au contraire, je suis passionnément attaché à la diversité du monde. Quelle merveille qu’il y ait cent couleurs d’yeux, de peaux, de cheveux, des milliers de langues et des millions de façons de penser. À bas le village universel et a fortiori le bidon-monde. Les antiremplacistes sont les ultimes défenseurs de l’altérité dans le monde.

Mais souvenez-vous de ces écrivains noirs américains qui, au xxe siècle, ont trouvé refuge en France et s’enthousiasmaient parce que le Français moyen, tel un daltonien, ignorait la couleur de leur peau, alors que la ségrégation raciale était à son apogée aux États-Unis. N’est-ce pas une merveilleuse spécificité française ? 

J’y vois au contraire un danger. Du reste il s’agit d’une spécificité très tardive et largement illusoire.

Tardive ? Dès 1789, les révolutionnaires proclament que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

1789, c’est bien tard dans l’histoire de France. D’ailleurs 1789 n’a nullement impliqué l’égalité entre les citoyens et les non-citoyens. La Révolution a proclamé français à titre honorifique un petit nombre d’étrangers fameux, mais ceux qui étaient députés ont été finalement chassés de la Convention comme étrangers. En réalité, jusqu’à la Troisième République et même au-delà, il était implicitement admis que le peuple français était blanc et d’origine française.

Concrètement, pas théoriquement. Du reste, il y avait des Noirs en France avant la Révolution.

En France métropolitaine ? Une petite centaine et on leur mettait des turbans. Je me répète : à titre individuel, l’intégration est parfaitement possible. Celle des peuples entiers est un leurre. C’est pour cela que je prône la remigration, synonyme à mes yeux de décolonisation ; et pas seulement celle des délinquants ou des criminels, comme certains le préconisent, ou des clandestins, qui devrait aller sans dire. Quand les Algériens ont pris leur indépendance, ils ne se sont pas bornés à chasser de leur pays les Français délinquants.

Vous qui prônez « l’in-nocence », comment pouvez-vous trouver légitime de chasser des personnes inoffensives de leur pays, comme l’a fait le FLN après les accords d’Évian avec les pieds-noirs ?

J’ai toujours dit que la remigration devait se faire avec la plus grande discrimination, au cas par cas, pas du tout massivement. Pas comme celle des pieds-noirs. Surtout pas comme celle des pieds-noirs. Seulement, je constate que la décolonisation de l’Algérie est une sorte de paradigme de la migration accomplie. Il faudra seulement y mettre plus de douceur.

Qui doit « remigrer » selon vous ?

L’occupant colonial, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme tel et se désignent eux-mêmes à la remigration. Tous ceux qui affirment qu’ils ne sont pas français et qui disent « les Français » pour parler des indigènes. Tous ceux qui font étalage de leurs propres langues, de leurs propres cultures, de leurs propres modes de vie, et a fortiori quand ils veulent l’imposer. Même s’ils ne sont pas agressifs ou délinquants, ceux-là se comportent en occupants, en colonisateurs, en agents de la colonisation telle qu’elle a été brillamment décrite par Frantz Fanon. Ses textes sur le sujet valent à mon avis autant pour la colonisation actuelle, Sud-Nord, que pour la colonisation du passé, Nord-Sud. Et cela surtout quand ils montrent que l’une et l’autre détruisent successivement toutes les structures de la société colonisée : la famille, l’école, l’héritage, la transmission, l’urbanisme, etc.

Donc, même s’ils n’ont pas commis de nocences, ceux qui, par exemple, disent qu’ils n’aiment pas la France devraient repartir ? Et la liberté de penser ? Il y a des tas de Français de souche qui n’aiment pas leur pays et le disent.

Votre exemple montre à quel point le dogme de l’inexistence des races était indispensable au génocide par substitution.

Comment obtenir des transferts de population sans user de la force ?

En supprimant un à un tous les avantages de la colonisation. Je ne suis même pas hostile à une compensation financière pour les citoyens français. L’immigration est tellement ruineuse pour notre pays que même y mettre fin en payant s’avérerait une économie.

File d’attente de pieds-noirs avant leur départ pour la France, Alger, juin 1962. © SIPA

Vous excluez donc que les immigrés s’en aillent dans leur totalité. Cela signifie que, malgré tout, même après la remigration que vous appelez de vos vœux, la France pourrait rester un pays multiethnique ?

Elle l’a toujours été.

Que pensez-vous de la politique de Donald Trump en la matière ?

Je suis un trumpiste extrêmement modéré, à dire le moins. Que la police ICE recherche les clandestins pour les expulser, rien n’est plus juste, qu’elle les batte ou les maltraite, je le désapprouve totalement, ce n’est pas du tout mon style. D’ailleurs je désapprouve aussi la politique anti-écologique de Trump et ses visées impérialistes.

Ah oui, c’est vrai, vous êtes également écologiste !

Certes, mais je précise que les politiques écologiques sont à mes yeux absolument absurdes tant qu’elles ne visent pas à juguler la croissance démographique, et pas seulement pour les raisons matérielles avancées par cet idiot de Malthus, qui est un penseur de cinquième zone, mais aussi pour des raisons humaines, morales, esthétiques et poétiques. Je vois même la chute de la natalité chez les Européens et les Asiatiques comme une preuve de leur sagesse.

La volonté d’avoir une descendance est pourtant aussi forte que l’espèce elle-même. Que devient l’homme sans conscience historique, c’est-à-dire sans la volonté de s’inscrire dans une généalogie ? 

Il est des généalogies de toute sorte, celles de l’esprit sont aussi précieuses que celles de la chair. Mais le remplacisme est un ennemi implacable du temps. Il instaure un présent hébété.

Et au sujet du Venezuela, que pensez-vous de la politique de Trump ?

L’intervention des États-Unis, qui était dictée par des intérêts impérialistes et commerciaux, ne suscite aucune admiration de ma part. Cela dit, si une pichenette militaire ou autre pouvait faire tomber le régime vénézuélien ou le régime iranien, j’en serais absolument ravi.

Finalement, avez-vous gardé quelque chose de votre jeunesse avant-gardiste ?

Je ne l’ai jamais quittée. Quand j’ai dédié L’Inauguration de la salle des Vents à Alain Finkielkraut, il a cru que je me moquais de lui.

Dommage, car nous étions enchantés de vous imaginer revenu de l’avant-garde…

Préparez-vous à souffrir, je prévois d’y retourner incessamment.

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Selon Dhellemmes et Faye, vous avez signé en 1997 dans L’Infini un texte assez ambigu sur la pédophilie. Un texte typique de la gauche qui pétitionnait pour Tony Duvert dans les années 1970…

Je n’ai jamais pétitionné pour Tony Duvert ni pour rien de ce genre, mais c’est ce texte, en effet, un entretien nullement sollicité par moi, qui a mis fin aux très minces relations entre Marine Le Pen et moi ; et même aux relations entre elle et mon ami Philippe Martel, qui avait été son conseiller, et qui fut sommé de choisir entre elle et moi. Elle n’en avait d’ailleurs vu que les mêmes éternelles phrases chéries des harceleurs.

Que pensez-vous de la pédophilie ?

Précisons d’abord que je ne suis en aucun cas pédophile, je n’ai jamais porté le moindre intérêt sexuel aux enfants. S’il y avait quoi que ce soit à me reprocher dans ce domaine, vous pensez bien que Faye et Dhellemmes, dont le livre est fait pour m’assassiner, n’auraient pas manqué de le monter en épingle. Je pense d’abord que la pédophilie est très mal nommée et que la plus grande part de ce que recouvre habituellement le terme relève plutôt de la pédophobie, la haine des enfants. Je pense aussi qu’elle est un des sujets, avec les classes, les races, les Juifs, le changement de peuple, qui sont les triangles des Bermudes de toute société, où tout discours et toute nuance apportée se font, on l’a bien vu, au risque de la mort sociale. Or ces angles morts de la parole sont précisément selon moi l’espace où l’écrivain a pour mission de s’aventurer à ses risques et périls. En l’occurrence, je n’ai de point de vue que celui d’avoir été un adolescent plus intéressé par les adultes que par ses camarades de classe ; et plus tard, un jeune homme à peu près présentable que des adolescents ont pu trouver intéressant (mais ce n’était guère réciproque). C’est un léger bagage pour aborder le sujet et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais je vois un grand enseignement dans le fait que la pédophilie a remplacé le parricide comme crime entre les crimes. C’est un renversement essentiel qui implique une relation très particulière à l’enfance, vue comme le lieu de l’innocence, vouée malheureusement à se perdre. J’avoue être plus intéressé par l’in-nocence, la non-nocence, la non-nuisance, la non-violence, qui est un idéal projectif que bien sûr on ne saurait atteindre tout à fait. Enfin, je pense que les frontières de la pédophilie, le crime, celui qu’il convient de condamner tout à fait, connaissent un élargissement constant qui devient un peu exagéré. Commencent à être vues d’un très mauvais œil les relations entre personnes d’un âge inégal, même tout à fait adultes, ces couples étant envisagés sous le seul angle absurde du rapport dominant/dominé. C’est une méconnaissance totale de la réalité innocente du désir.

En effet, le camp du progrès est devenu terriblement puritain.

Pour moi, c’est un retournement incroyable. Un désastre absolu. J’ai eu la chance toute ma vie d’avoir des relations sexuelles heureuses, joyeuses et amusantes. Barthes le souligne dans sa préface à mon livre Tricks. Il écrit qu’Eunoïa, la déesse de la bienveillance, préside à ces échanges. Et en effet, j’ai toujours ressenti beaucoup de gratitude envers les personnes qui avaient la gentillesse de m’offrir leur corps et leur temps. J’en ai toujours été émerveillé. Je trouve la relation sentimentale et sexuelle beaucoup plus excitante, amusante et agréable que la relation amicale. Je suis un amoureux plus qu’un ami. D’ailleurs j’ai toujours quitté mes amis pour mes amants. Vous voyez, je suis tout sauf un homme de réseau.

La Destruction des Européens d'Europe

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Deauville, place forte de la musique de chambre

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Le 30e Festival de Pâques de Deauville se déroule du 18 avril au 2 mai 2026 à la Salle Elie de Brignac. Cette édition anniversaire célèbre trois décennies de musique de chambre et réunit sept générations d’artistes, sous la direction artistique d’Yves Petit de Voize.


Coup d’envoi, samedi dernier 18 avril, du Festival de Pâques. Très courue, la manifestation chambriste du printemps célèbre ses trente bougies cette année.  Edité sous les auspices de l’association Les Amis de la musique à Deauville, un ouvrage réunissant photos et témoignages dresse l’historique de ces 30 ans de musique à Deauville – c’est le titre – et de ses prémisses, en lien avec le Casino de Deauville. Un double CD exhumant près de cinquante extraits des concerts donnés de 1997 à 2025 complète non sans grâce ce dispositif mémorialiste.  

Ci-devant rédacteur en chef du magazine Diapason, directeur artistique de l’Académie-Festival des Arcs puis du festival de Montreux, sans compter nombre de saisons et autres biennales qu’il dirigea, de Lyon à Royaumont, l’émérite Yves Petit de Voize, par ailleurs conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac, de toujours partenaire et mécène de l’événement, reste l’incontournable concepteur d’une programmation dont l’éclectisme hautement exigeant, au répertoire baroque, classique ou romantique sait marier la création contemporaine. Implanté dans cette enceinte Elie de Brignac d’ordinaire dévolue au marché des pur-sang, mais pour l’heure transformée en salle de concert (acoustique impeccable !), le Festival de Pâques y  déroule, sur trois fins de semaines successives, un alléchant concours de jeunes talents, sur des partitions allant du trio à la symphonie, de Bach à Alfred Schnittke, du Stabat Mater de Pergolèse aux Sept lieder de jeunesse pour voix et orchestre d’Alban Berg – pour ne prendre que quelques exemples, puisés dans cette seule édition 2026.

© Yannick Coupanec

Sous les auspices de Renaud Capuçon, co-fondateur du festival, ou encore de Julien Chauvin, violoniste et chef du célèbre Concert de la Loge, phalange qui, comme chacun sait, joue sur instruments anciens, huit générations de jeunes artistes se seront donc succédé, se cooptant sur la base d’ affinités électives l’année durant, dans le cadre de leur résidence en l’hôtel de Polignac sis avenue Georges Mandel, à Paris, pour se retrouver enfin, l’espace de quelques jours, à l’ arrière-plan des fameuses planches de Deauville. Et c’est précisément Chauvin qui ouvrait le bal, ce samedi, avec un Stabat Mater très articulé, galopant sur un tempo singulièrement vif, délicieusement chanté par la soprano Ambroisine Bré mais plus encore par la mezzo Anouk Defontenay, leur duo final contresignant l’apothéose d’un concert ouvert de façon tout aussi sublime par le Cinquième concerto brandebourgeois , joint à ce merveilleux Concerto de Telemann aux accents rustiques et archaïsants, lequel associe si étonnamment flûte à bec et flûte traversière…

A lire du même auteur: Le jeune contrebassiste Marc André: un mirage?

La programmation dominicale réservait encore quelques jolies surprises, tout particulièrement avec ce Sextuor op.70 de Tchaïkovski, millésimé 1890 et intitulé « souvenir de Florence » – un adagio cantabile à vous faire pleurer d’émotion, au surplus interprété magistralement par sept jeunes instrumentistes d’exception, les violonistes Vassily Chmykov et Emmanuel Coppey au sommet. Bref, ce week-end inaugural invite à savourer la succession apéritive de pièces qui, en toute allégresse, font communier Schubert et Ravel, Dvorak et Martinu,  Mendelssohn et Chostakovitch,  Mozart et Schubert, Gustave Mahler et Alban Berg. Bouquet final le 2 mai. Pour autant, à Deauville les ardeurs mélomanes se donnent encore des aises dans la liesse estivale, avec une nouvelle série de concerts placée sous l’ombrelle du « 25ème Août musical » : ouverture le dernier jour de juillet, sous le signe de Schubert, Brahms et Beethoven, ces deux derniers compositeurs clôturant d’ailleurs la session 2026 le samedi 8 août prochain, dans cette même salle Elie de Brignac-Arqana, l’accueil du festival se partageant avec l’espace culturel et événementiel des Franciscaines, bien connu des Deauvillais.

Qui dira que l’opulente et mythique station normande se résume à ses planches, à son Casino, à ses villas bourgeoises et à ses légendes mondaines ?


30ème Festival de Pâques. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana. Jusqu’au 2 mai.

25ème Août Musical. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana / Les Franciscaines.  Du 31 juillet au 8 août.

A lire : 30 ans de musique à Deauville, 1997-2026. Textes et photos. Les amis de la Musique à Deauville, éd. Double CD Deauville 1997-2025, extraits de concerts.

Madame de Sévigné, une Parisienne du XVIIe siècle

Pour le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, le Musée Carnavalet célèbre celle qui l’a jadis précédé dans l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois.


Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

« Dieu merci, nous avons l’hôtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier… »

Place Royale

Plutôt qu’une exposition sur Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, c’est une exposition sur Madame de Sévigné à Paris, sur ses amis, ses lieux de prédilection, que présente aujourd’hui le Musée d’Histoire de Paris.

Elle était née en 1626 non loin de là, Place Royale, dite aujourd’hui place des Vosges, dans l’hôtel de Coulanges qui était à la famille de sa mère. Elle perdit son père, Celse Bénigne de Rabutin de Chantal, de vieille noblesse bourguignonne, tué au siège de La Rochelle en 1627, alors qu’elle n’avait qu’un an. Puis sa mère, Marie de Coulanges, lorsqu’elle en avait sept. Elle sera un temps prise en charge par sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal qui n’était bien évidemment pas encore canonisée, mais qui déjà avait fondé l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec l’évêque de Genève, François de Sales. Puis elle revint vivre auprès de ses oncles Philippe et Christophe de Coulanges qui prirent grand soin à l’élever et à l’instruire… 

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En 1644, en pleine nuit, selon un usage alors en vigueur, Marie de Rabutin-Chantal se marie à l’église Saint Gervais-Saint Protais à Henri de Sévigné, gentilhomme de bonne noblesse bretonne, et qui porte, semble-t-il indûment, le titre de baron. Cela n’empêchera pas la nouvelle Madame de Sévigné, parce qu’elle estimait que le terme de baronne sentait terriblement la province, de se faire bientôt présenter à la Cour sous le nom plus flatteur de marquise de Sévigné. 

Les salons du bel air

A la mort de son peu recommandable époux, la voilà veuve et libre, avec deux enfants tout de même sur les bras.

Même courtisée bien plus tard par le deuxième duc de Luynes (alors qu’elle a près de soixante ans), elle ne commettra jamais la folie de se remarier, afin de jouir à sa guise d’une fortune qu’elle eut cependant beaucoup de mal à rétablir.

Elle passe à Paris de demeure en demeure avant de s’établir définitivement dans cet hôtel de Carnavalet dont elle sera la plus illustre locataire durant près de vingt ans.

Elle y reçoit ses amis, certes, mais elle court surtout les autres salons du bel air, de ceux qui ont préféré demeurer à Paris plutôt de suivre la Cour installée définitivement à Versailles dès 1682.

Elle est aussi assidue aux offices et aux prêches des plus brillants orateurs de son temps, à l’église Saint-Paul Saint-Louis par exemple, non loin de chez elle. Et fréquente les rares théâtres parisiens d’alors, comme celui de l’Hôtel de Bourgogne, friande de pièces de Racine ou Molière.

Elle parcourt également les environs de la capitale pour résider ici et là dans les propriétés de campagne de ses multiples relations.

Enfin, elle séjourne au château des Rochers, fief des Sévigné en Bretagne, villégiatures auxquelles s’ajoutent ses trois longues résidences au magnifique château de Grignan, en Provence, là où réside sa fille. Grignan que des voyages qui peuvent durer jusqu’à trois semaines lui permettent de rallier.  

Une vraie Parisienne

Une vraie Parisienne donc que Marie de Sévigné qui eut la prudence de ne pas trop fréquenter la Cour, à Versailles ou à Saint-Germain, mais fut assez vaine pour se rengorger au moindre mot aimable lancé par Louis XIV à la mère de cette Françoise de Sévigné, devenue comtesse de Grignan, dont il aurait bien voulu, dit-on, faire sa maîtresse.

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Deux grandes reproductions de cartes de Paris et de ses environs datant de son époque donnent à voir à l’entrée de l’exposition tous ces lieux qui virent passer Madame de Sévigné, laquelle ne se hasardait guère sur la rive gauche de la Seine et pour qui se rendre Faubourg Saint Honoré chez sa plus chère amie, Madame de La Fayette, représentait presque une aventure. Car sa vie se cantonna principalement dans le Marais où sont concentrés la plupart des hôtels aristocratiques d’alors : le lointain Faubourg Saint Germain n’est pas encore investi par la noblesse (c’est là que Madame de Maintenon éduque en toute discrétion les enfants adultérins du roi) et le Faubourg Saint-Honoré commence à peine sa carrière élégante.

Toute une galerie de portraits

Toute l’exposition regorge de portraits de Madame de Sévigné et de ses proches : Madame de La Fayette, le duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, Madeleine de Scudéry, Ninon de Lenclos, l’oncle Christophe… et bien sûr Madame de Grignan. Des portraits dont certains d’ailleurs sont peu connus. Mais il y a encore ceux de la Grande Mademoiselle, de la duchesse de Longueville, du cardinal de Retz…et de la reine-mère elle-même.

On eut bien voulu découvrir davantage les hôtels, les palais, tous ces hauts lieux de la vie mondaine qu’avait fréquentés Marie de Sévigné, puisque c’est sa vie de Parisienne qui est avant tout évoqué par l’exposition. Sa vie de femme indépendante au sein d’une génération qui vit d’autres figures féminines de premier plan affirmer leur intelligence supérieure. On eut aussi apprécié voir reconstituée une pièce évoquant son intérieur. Au lieu de quoi, disposés sans goût, comme dans une salle des ventes, quelques meubles et objets de son temps sont médiocrement entassés derrière un épais muret de bois aggloméré. Il est vrai qu’il ne subsiste plus grand-chose du mobilier de la spirituelle épistolière. Un beau bureau en laque de la Chine, acheté jadis aux propriétaires du château des Rochers et qu’on disait lui avoir appartenu, s’est révélé depuis inauthentique. D’ailleurs, même les restes mortels de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, déposés dans la collégiale de Grignan, au pied du château de sa fille où elle mourut en 1696, même eux ont disparu. Ils ont été misérablement profanés et dispersés par les révolutionnaires de Provence.


Madame de Sévigné, lettres parisiennes.

Exposition présentée au Musée Carnavalet
jusqu’au 23 août 2026. www.carnavalet.paris.fr

Pour gagner, la droite doit organiser une grande primaire et recréer la coalition «Sarkozy 2007»

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Edouard Philippe, président d'Horizons. © Charles Bury/SIPA / Bruno Retailleau, président des Républicains. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA / Sarah Knafo, ancienne candidate Reconquête à la mairie de Paris. © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

La droite est dispersée et, pour Matthieu Hocque, le seul moyen de la faire gagner en 2027 est de faire émerger un candidat unique. Horizons, Les Républicains et Reconquête, endossant chacun une tendance traditionnelle de la droite, doivent accepter d’organiser une primaire pour faire front commun.


Bruno Retailleau est désormais officiellement le candidat des Républicains (LR). Lorsque la droite prépare chaque élection présidentielle, elle commet l’écueil de chercher le « candidat naturel ». Si cette tradition incarne une lecture gaulliste de la présidentielle, celle-ci n’a jamais été intangible. Jacques Chaban Delmas n’est pas le candidat naturel en 1974, pas plus que Jacques Chirac en 1995. Ni synonyme de victoire, puisque la division de 1995 n’empêche pas la victoire. En revanche, la droite gagne lorsque les trois familles de René Rémond (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) sont incarnées en une seule candidature, à l’image de la coalition « Sarkozy 2007 ».

Recréer la coalition « Sarkozy 2007 », un impératif

Ce n’est pas le nombre de candidats qui dicte si la droite gagne une élection de conquête ou non, mais la capacité d’un candidat à agréger ces trois familles. En 2007, Nicolas Sarkozy l’emporte et rassemble une coalition allant d’Alain Juppé, considéré comme une figure d’autorité de la droite orléaniste, jusqu’à Philippe de Villiers pour la droite légitimiste, tout en incarnant lui-même la figure d’autorité bonapartiste. Or, en 1995, Jacques Chirac l’emporte malgré la division des candidatures. En effet, il procède de la même logique en rassemblant une coalition allant d’Alain Madelin (figure du libéralisme) jusqu’à Philippe Séguin (figure du gaullisme social).

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Autrement dit, avant le « qui ? » précède le « quoi ? ». Ce « quoi ? » consiste à proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine. Or, la droite vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes: 85% des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51% qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025).

Il existe bel et bien une attente d’un projet de droite palliant les défauts du macronisme sur les questions régaliennes et les défauts du lepénisme sur les questions économiques. Pour preuve, les héritiers du macronisme et du lepénisme cherchent à corriger leurs propres défauts. Gabriel Attal a indiqué qu’il n’y avait pas d’« en-même temps » possible sur les questions régaliennes tandis que Jordan Bardella affirme désormais qu’il est « très fier des grands groupes ».

Toutes les autres options conduisent à des impasses

La coalition avec le centre est une impasse. Sur le plan électoral, la droite et le centre sont sur un espace récessif. En 2017, Emmanuel Macron et François Fillon récoltent au premier tour 44,02% des voix. En 2022, le score cumulé d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse est de 32,63% soit une baisse de 12 points. Idem aux législatives puisqu’en 2017, les scores cumulés de la droite et du centre sont de 53,89%, contre 37,04% en 2022, puis 30,29% en 2024, soit une baisse de près de 23 points depuis 2017.

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Sur le plan tactique, cette coalition revient à faire le même choix que le président de la République en 2024 lors de la dissolution: considérer que la gauche est faible et/ou désunie et qu’un unique candidat de la droite et du centre se retrouvera au second tour face au Rassemblement national et bénéficiera du front républicain. Or, les législatives de 2024 ont démontré que la gauche progresse sur le plan électoral et les municipales de 2026 que la gauche est toujours capable de s’unir avec La France insoumise car leurs électorats demeurent fongibles. Ainsi, miser sur ce double pari en imaginant qu’aucun candidat de gauche n’atteindra la barre des 20%-22% serait une grave erreur.

Enfin, l’alliance avec le RN n’offre pas de plus grandes chances de succès. Dans tout le monde occidental, les droites nationales et patriotes semblent marquer un coup d’arrêt: Viktor Orban a perdu en Hongrie, Donald Trump est en difficulté pour les prochaines midterms et même Giorgia Meloni a perdu son dernier référendum. En France, cette tentative d’alliance a aussi perdu au second tour des législatives 2024. Aussi, les municipales de 2026 ont montré dans des configurations assez proches (exemples de Nice et de Toulon), que l’alliance avec le RN gagne lorsque ce dernier occupe le second rôle, mais perd quand il est en première ligne en raison de la résilience du front républicain, qui faiblit mais qui fonctionne toujours. Or, il est à ce stade impossible d’imaginer une alliance pour la présidentielle entre la droite et le RN, avec le RN en second au regard des sondages.

A Toulon, la RN Laure Lavalette n’est pas parvenue à s’imposer, obtenant 47,65 % des suffrages face à Josée Massi (52.35%), 22 mars 2026 © Philippe Magoni/SIPA

Une primaire ouverte de la droite pour recréer la coalition gagnante 

A droite, un procès injuste est fait aux primaires car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas la présidentielle de 2017 et 2022 respectivement. Mais, une primaire ne poursuit que trois objectifs. Le premier est d’obtenir le renoncement des perdants à se présenter et non d’obtenir leur soutien plein et entier vis-à-vis du vainqueur. Sur ce point, les primaires de 2016 et 2021 ont réussi. Le second objectif consiste à donner une dynamique de lancement de campagne au vainqueur. Pour cela, il suffit de comparer les intentions de vote avant la primaire et après. Avant la primaire, le candidat Fillon est crédité d’entre 18 et 21% dans tous les sondages de l’année 2016. Or, après sa victoire, il est donné entre 31% et 24% jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017. Même chose pour Valérie Pécresse. Celle-ci pèse entre 9% et 14% courant 2021. En revanche, après sa victoire au Congrès LR du 4 décembre 2021, elle est donnée entre 16% à 20% des intentions de vote en décembre 2021 et entre 14% et 18% en janvier 2022, soit un boost électoral d’au moins cinq points.

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Le troisième objectif repose sur le débat d’idées et la promotion des idées de droite dans l’espace public. La droite est en difficulté pour imposer ses thèmes et ses solutions dans l’espace public – excepté sur le régalien. Elle est en train de perdre la bataille économique avec le dernier débat budgétaire qui a vu le retour des vieilles lubies socialistes avec la taxe Zucman. La primaire de 2016 et la victoire de François Fillon a permis de faire gagner les idées libérales qui ont servi de socle aux débuts d’Emmanuel Macron ainsi qu’à un changement d’opinion des Français sur les entreprises et sur les patrons. De même, l’ancien Premier ministre avait ancré l’idée de vaincre le totalitarisme islamique, une idée qui dépasse maintenant le champ de la droite.

Seulement, pour assurer ces trois objectifs, la primaire ne peut être qu’ouverte et la plus large possible. En effet, à la différence de l’UMP qui dominait la droite dans le cadre d’un bipartisme et organisait le pluralisme des familles de la droite à l’intérieur du parti, les droites sont désormais nettement dispersées entre les familles politiques Horizons, LR et Reconquête. Or, pour gagner, il faut parler à toutes les droites sans exclusion, et renouer avec le peuple. Une primaire ouverte à tous, obligera les candidats à ne pas parler qu’aux barons politiques et aux militants de leur parti mais à l’ensemble des Français qui veulent et qui attendent un changement. C’est selon moi la condition sine qua none pour une victoire en 2027.

Les Droites aujourd'hui

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Télescopages calendaires

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Une femme passe à côté d’une affiche de l’ayatollah Ali Khamenei, devant un bâtiment détruit, après un cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, lundi 20 avril 2026 © Hussein Malla/AP/SIPA

Notre contributeur met ici en parallèle plusieurs fêtes religieuses et commémorations d’avril, soulignant leur portée symbolique dans un contexte de tensions et de conflits impliquant Israël. Richard Prasquier évoque aussi les incidents récents ayant détérioré les relations judéo-chrétiennes, ainsi que des débats politiques franco-français autour de l’antisémitisme et de la situation au Liban.


Pessah, fête de la libération de l’esclavage en Egypte, a commencé le mercredi 1er avril et s’est terminé en Israël mercredi 8 avril. Le mercredi 15 avril fut le jour souvenir de la Shoah, placé à l’anniversaire du début de la révolte du ghetto de Varsovie. Le mercredi 22 avril fut Yom Haatzmaout, jour de l’indépendance de l’Etat d’Israël.

De plus, la commémoration des Pâques chrétiennes a presque coïncidé avec Pessah dans une synchronie assez peu fréquente. Car le concile de Nicée qui a unifié sa date en la déconnectant de la date juive, a choisi un comput qui peut placer le dimanche de Pâques entre le 22 mars et le 25 avril.

Relations judéo-chrétiennes compliquées

Cette superposition de fêtes survenant en pleine guerre contre l’Iran et le Hezbollah s’est accompagnée d’incidents qui ont entaché les relations entre Juifs et chrétiens: d’abord, le refus de la police de laisser le patriarche de Jérusalem prier le dimanche des Rameaux à l’église du Saint Sépulcre, ensuite, un prêtre tué par un tir israélien à l’occasion des opérations contre le Hezbollah dans un village du Sud Liban et tout récemment la destruction filmée d’une statue de Jésus par un soldat israélien dans le village entièrement maronite de Debel près de la frontière avec Israël. Il faut se féliciter de la réaction ferme et rapide des autorités politiques et militaires israéliennes à cet acte inexcusable de vandalisme sectaire.

Les subtilités du calendrier, qui cette année ne décalait pas les fêtes pour cause de proximité avec le Shabbat, ont donné à la continuité des mercredis d’avril une puissante signification symbolique. Esclaves en Egypte secouant le joug de leurs maitres, sous-hommes promis à l’extermination se révoltant dans un combat pour la dignité, les Juifs ont conquis par la lutte un Etat où ils ne sont plus la variable d’ajustement pour temps difficiles qu’ils ont souvent été dans l’histoire.

Ils en voient le retour dans les atermoiements politiques, dans les pays dont ils sont les citoyens, devant une détestation d’Israel galopante dont eux-mêmes sont les cibles.

La loi Yadan, considérée par beaucoup comme une mauvaise réponse à la fièvre antisémite, est retirée

Pour sa proposition de loi sur les formes nouvelles de l’antisémitisme, qui vient d’être retirée, Caroline Yadan s’était entourée de toutes les précautions juridiques. LFI a fait croire que la critique de la politique du gouvernement israélien allait être impossible et il a réussi son coup. Le gouvernement s’est engagé à présenter un projet de loi avant l’été, mais beaucoup sont sceptiques sur l’ampleur de ce texte.

A lire aussi, Gil Mihaely: Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du Liban

Ce retrait a coïncidé avec l’anniversaire de la révolte du ghetto, Même si plusieurs des héros de cette révolte n’étaient effectivement pas des sionistes, cela ne signifie en rien qu’ils auraient milité pour la destruction d’un Etat d’Israël, une fois cet Etat créé.

Comprendre ce qui se passe réellement au Liban

Les actions d’Israel au Liban visent le Hezbollah et téléscopent les rêveries de ceux qui s’acharnent à ne pas admettre ce que chacun sait, que le Liban n’est plus un pays souverain, qu’il est pris en otage par le Hezbollah, que celui-ci est une officine iranienne, que la FINUL onusienne fut un permanent échec et que seul Israël est capable de desserrer la corde terroriste qui étrangle le pays. Au lieu d’admettre cela, la France, contrairement à l’Allemagne et l’Italie, n’a pas réagi quand l’Espagne et l’Irlande proposaient de rompre les accords douaniers entre l’Union européenne et Israël en raison de ses actions au Liban.

Rarement plus que cette année le télescopage des mercredis d’avril n’a fait sens. La destruction des Juifs d’Europe n’a pas été à l’origine de la création de l’Etat d’Israël, mais elle a fait comprendre à l’immense majorité des Juifs que ce pays était désormais indispensable à leur survie spirituelle ou à leur dignité d’individus. 

Actuellement se pose la question de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz désormais bloqué par les Iraniens et les Américains; pour le coup, un vrai télescopage physique. Les suites en restent le jeudi 23 avril particulièrement nébuleuses. Si ce sujet préoccupe le monde en raison de ses conséquences économiques, c’est la lutte contre le régime iranien qui est une question existentielle pour les Israéliens, car ce régime a fait de la destruction de leur pays son obsession et son viatique d’infiltration auprès du monde musulman. Derrière le Hamas, il y a l’Iran, derrière le Hezbollah, il y a aussi l’Iran. Derrière l’attentat de l’AMIA en 1994 il y avait déjà Ahmad Vahidi, l’homme fort du régime iranien aujourd’hui.

Contre des adversaires fanatiques, tenaces et subtils, on se demande si le président américain est de taille, un maquignon vantard, menteur et velléitaire aux yeux de ses innombrables détracteurs. Il a pris l’impopulaire et pourtant nécessaire décision de commencer la guerre. J’espère qu’il saura la mener à la seule fin qui ouvre l’avenir, la destruction du régime des mollahs…

«Maroc, le defi de la puissance», l’essai pour comprendre le Royaume cherifien

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Marrakech, troisième ville du pays. DR.

Le Maroc est un vieux pays qui peut surprendre les observateurs. Proche et lointain du nôtre, il est parfois étrangement méconnu.

Dans Maroc, le défi de la puissance, l’économiste et essayiste Abdelmalek Alaoui propose sûrement la synthèse la plus aboutie sur le royaume chérifien depuis sa prise totale d’indépendance en 1955. L’auteur est respecté puisqu’il est le premier Marocain à être publié dans le Project Syndicate depuis quinze ans, le prestigieux média international s’attardant sur le « modèle économique » marocain. Nous l’avons rencontré au Cercle Interallié à l’initiative du Club Choiseul Africa, jeudi 23 avril, précédée par une conférence de lancement lundi 20 avril à la Fondation Jean Jaurès. Les deux évènements ont fait salle comble, preuve que le Maroc intéresse.

Un pays arabe à l’aise dans la mondialisation actuelle ?

Dans cet ouvrage dense revenant sur l’histoire contemporaine du Maroc et son présent, Abdelmalek Alaoui montre que le cœur des récents succès marocains repose d’abord sur une vision du temps propre à sa nature monarchique. Il fait ainsi la démonstration de la centralité de la personne du roi Mohammed VI dans le fonctionnement des institutions marocaines, puisque ce dernier est le garant de leur stabilité.

Aux yeux des Français, ces révolutionnaires nostalgiques de leurs rois de naguère, le Maroc fait figure de paradoxe. Car, c’est une monarchie traditionnelle aux mœurs plutôt conservatrices… qui a embrassé assez largement la modernité et s’est très bien adaptée à la globalisation. Et, dans le fracas des Empires de ce début du XXIème siècle, la continuité de ces politiques publiques pourrait bien faire quelques envieux. Depuis 1999, tous les Premiers ministres que le pays a connus sont allés au terme de leurs mandats. Ce pays n’avait pourtant pas tant d’atouts naturels que cela pour assurer son développement au sortir de la période du protectorat. Contrairement au voisin algérien, doté en pétrole et en gaz, le Maroc ne pouvait compter que sur son agriculture et ses gisements de phosphate. Au moment où le Maroc gagnait son indépendance, 80 % de son PIB était ainsi tiré des industries extractives.

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Lors de son intervention au Club Choiseul Africa aux côtés d’Isabelle Bébéar (BPI France) et devant un parterre de chefs d’entreprises et de diplomayes, Abdelmalek Alaoui l’a d’ailleurs rappelé: « Le Maroc, pendant des siècles, était un pays dans lequel les villes étaient ceinturées par des murailles.  La vocation commerçante du Maroc et sa vocation profonde pendant des siècles va se retrouver profondément modifiée par le protectorat. En 55, le Maroc a cette géographie économique qui est centrée autour des industries extractives. C’est un schéma qu’on trouve dans beaucoup de pays colonisés. Pis, en 1956, le Maroc, pour 11 millions d’habitants, a 1 395 personnes qui passent le baccalauréat. Et avec ça, il a fallu construire une armée, une administration, une diplomatie, des équipes de football, des associations, faire vivre un système d’éducation ! »

Il est salutaire qu’un auteur marocain raconte son pays. Les références concernant le Maroc, sa géographie comme son modèle économique, ayant été souvent le fait de spécialistes étrangers, à l’image de Charles-André Julien dont la somme Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956 reste parfaitement pertinente pour comprendre les traits saillants de l’histoire du royaume. Au fond, l’ouvrage d’Alaoui commence là où celui de Julien s’était arrêté. Il en reprend la démarche et lui emprunte l’érudition. Il traverse les règnes d’Hassan II comme de Mohammed VI, avec pour fil rouge cette continuité monarchique qui a souvent perturbé le regard français. Le Maroc c’est l’histoire de ses rois, bien plus que celui des idéologies du siècle dernier qui n’ont traversé que superficiellement ce pays qui n’a jamais pratiqué le « chantage mémoriel » à l’égard de la France et qui a pensé le siècle dernier comme celui d’une renaissance patiente et d’un retour dans le concert des nations qui comptent. Pour cela, ce pays a dû bâtir des infrastructures en misant sur l’éducation et des secteurs économiques stratégiques, tels que l’industrie automobile, sans bénéficier des rentes énergétiques.

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Comme le titre de l’ouvrage le laisse entendre, les défis sont encore nombreux. Il y a ceux, communs à toutes les nations que sont l’accroissement des tensions militaires, le réchauffement climatique, les changements de mœurs, ou encore la révolution technologique induite par l’IA. Mais il y a aussi des défis spécifiques au Maroc. L’emploi des jeunes est ainsi prioritaire, de même que l’aménagement d’un territoire où la ruralité souffre encore beaucoup par rapport aux grands ensembles urbains, ce qui avait fait dire à Mohammed VI qu’il ne fallait pas que le Maroc soit « à deux vitesses ». La dépense publique équivaut à 60 % du PIB, engendrant parfois des « éléphants blancs » et grands projets dont le financement aurait pu être injecté ailleurs.

Les élites économiques et la diaspora invitées à plus s’investir dans le pays

Abdelmalek Alaoui ne l’ignore pas et plaide pour que les grandes fortunes privées investissent et s’investissent bien plus dans la vie du pays : « le plus grand danger, c’est que ma communauté, la communauté à laquelle j’appartiens, qui est celle d’une communauté majoritairement privilégiée, on a, pour notre très grande majorité, abandonné le combat politique et abandonné l’implication dans la vie politique dans notre pays. Il faut donc recréer les voies et moyens pour qu’il y ait un réengagement des élites du secteur privé dans l’économie marocaine, dans l’employabilité des jeunes », et comprendre que ce qui est le plus essentiel n’est peut-être pas l’EBITDA, mais l’EBITDA de long terme. Les priorités sont claires : comment renverser le paradigme en matière d’investissement public et privé ?

On sent bien là les points communs qu’une monarchie anccienne a avec le gaullisme français, soit le sens d’une nation organique où les plus aisés doivent participer au bien commun. Bref, un progressisme… qui n’est pas échevelé et qui tient compte des réalités, mais aussi et surtout des plus faibles. Quand ceux qui ont moins sentent qu’ils n’ont pas de place ni d’avenir, c’est le pays qui court un grand danger, et c’est précisément à ce défi principal qu’entend répondre Abdelmalek Alaoui.

La France l’a d’ailleurs bien enregistré. Depuis deux ans, les relations se sont réchauffées et la relation particulière semble renouée : « La capacité à pouvoir instaurer cette relation d’égal à égal a d’abord été portée par une qualité exceptionnelle des hommes et des femmes qui ont vascularisé la relation des deux côtés de la Méditerranée. Se débarrasser de certains comportements de part et d’autre, peut-être un petit peu de défiance du côté marocain, peut-être parfois un peu de condescendance côté français. Surtout, 90% des accords qui ont été signés en 2024 ne sont pas de l’achat de biens sophistiqués par un pays venu du Sud, mais des coentreprises où il y a du co-investissement. Dans les relations internationales, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.»

Maroc, le défi de la puissance

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Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du Liban

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FINUL, camp Daman, exercice de la brigade cynophile, sud du Liban, Deir Kifa, le 2 novembre 2023 © Patricia CHAIRA/SIPA

La France rend hommage au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin morts au Liban. Notre pays apparaît comme très mauvais stratège pour prévenir ou surmonter les guerres imposées aux malheureux Libanais. Et toujours pressé de passer à autre chose.


Samedi, deux soldats français ont été tués au Sud-Liban, dans une attaque visant un convoi de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Cet épisode n’est pas isolé. Depuis 2006, la FINUL, dans sa nouvelle configuration, a été visée à plusieurs reprises, dont la plus grave en juin 2007, lorsqu’une voiture piégée a tué six Casques bleus, trois Espagnols et trois Colombiens. En juillet 2011, un convoi français a de nouveau été frappé près de la ville portuaire de Saïda. Plus récemment encore, des soldats italiens ont été blessés dans une attaque similaire. L’attentat le plus meurtrier, en 2007, a fait l’objet d’enquêtes libanaises et internationales, mais aucune revendication claire ni aucun procès abouti n’ont permis d’établir une responsabilité officielle. Il en va de même pour l’attaque contre le convoi français en 2011 et pour les incidents plus récents. En pratique, nombre d’analyses considèrent que ces attaques s’inscrivent dans une logique de pression exercée dans des zones contrôlées ou dominées par le Hezbollah. Mais juridiquement et officiellement, il n’existe pas d’attribution claire et reconnue.

Réaction diplomatique française mesurée

Au lendemain de l’attaque, les réactions françaises ont été rapides, mais mesurées. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé un acte grave, rappelant que « s’en prendre ainsi à des casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, c’est constitutif d’un crime de guerre ». Le président de la République a également précisé que « c’est le Hezbollah qui, en effet, a visé nos soldats (…) », tout en ajoutant que « [le Hezbollah] ne les a pas visés parce qu’ils étaient français. Il les a visés parce qu’ils tenaient la mission d’être aux côtés des populations civiles ». Quant à Jean-Noël Barrot, il a insisté sur la nécessité de préserver le Liban, affirmant que « le Liban ne doit pas être la victime expiatoire de dynamiques régionales ou de guerres qu’il n’a pas choisies » et que « détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah. Au contraire, cela le renforce ». Autrement dit, une position tellement nuancée qu’elle devient incompréhensible.

Cette ligne traduit une volonté claire : tourner la page de l’incident sans escalade, refuser l’engrenage et laisser aux autorités libanaises la responsabilité de gérer la situation. Aucune mesure concrète n’a été annoncée. Pas de changement de posture, pas de pression directe.

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Pourtant, après près d’un demi-siècle de présence dans cette région, la France dispose d’une connaissance fine du terrain. Ses militaires et ses services connaissent les villages, les familles, les équilibres locaux. Ils savent qui vit de quoi, quels réseaux structurent l’économie et le pouvoir, comment s’articulent les liens entre notables chiites, clans et diasporas installées en Afrique de l’Ouest ou en Amérique latine. Les leviers existent. Les moyens de faire passer des messages clairs aussi. Faire comprendre qu’on ne s’en prend pas impunément à des soldats français n’est pas mission impossible. C’est même le minimum.

La ministre des Armées Catherine Vautrin et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noel Barrot à l’Assemblée nationale, janvier 2026 © Stéphane Lemouton/SIPA

Cependant, la réaction française, en apparence ferme, demeure dans les faits d’une prudence de Sioux. Pour anticiper la suite, il suffit de rappeler l’incident d’Erbil, survenu le 12 mars, qui a coûté la vie au soldat Arnaud Frion. Cette attaque, attribuée à une milice irakienne proche de Téhéran, a donné lieu à une réaction française abondante dans les mots mais rapidement refermée dans les faits: hommages, condamnations, demande aux autorités irakiennes de faire toute la lumière, puis silence opérationnel. Aucune clarification publique sur les responsabilités ultimes. Comme au Liban, la France marque le coup, puis s’efforce de tourner la page au plus vite, afin d’éviter les conséquences de la clarté et la vérité.

La France refuse l’action et l’inaction

Cette prudence s’inscrit dans une histoire longue. La relation de la France au Liban est faite de proximité politique, de responsabilité morale et de traumatismes stratégiques. Le souvenir de l’attentat du Drakkar en 1983, qui avait coûté la vie à 58 parachutistes français, continue de peser. Le contingent français avait été invité par le gouvernement libanais. S’en prendre à lui ne servait pas les intérêts du Liban, y compris ceux de la communauté chiite, et profitait avant tout à l’Iran.

À cette tragédie s’ajoutent les prises d’otages des années 1980, les attentats sur le sol français et les réseaux liés à Téhéran. Et pour que nous n’oublions pas la leçon, Téhéran utilise des affaires comme celle de Jacques Paris et Cécile Kohler comme de piqure de rappel. Et ça marche. Cette stratégie mafieuse a produit une forme de retenue structurelle, une conscience aiguë du coût d’un affrontement direct avec l’Iran et ses relais.

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D’où une position française profondément ambivalente. D’un côté, Paris affirme le principe de souveraineté libanaise: il faut soutenir l’État et aider ses forces armées afin qu’il puisse exercer pleinement son autorité, notamment en imposant le monopole de la force. Le Hezbollah, dans cette perspective, doit être désarmé. Mais, de l’autre, la France se refuse à désigner clairement l’Iran comme acteur central du problème et n’explique ni comment, face à l’impuissance libanaise, le Hezbollah pourrait être désarmé, ni par qui. Elle évite toute confrontation directe et s’en tient à une diplomatie de gestion de crise, sans proposer de véritable issue, ni dire comment les Libanais, les Syriens et les Israéliens pourraient coexister avec un État affaibli dont le Hezbollah utilise le territoire comme base d’opérations.

Après des décennies d’expérience, on peut affirmer que les Forces armées libanaises, composées en partie de chiites, sous-équipées et mal rémunérées, n’ont ni la capacité ni la légitimité pour affronter le Hezbollah. Demander au Liban de « s’en occuper » revient, en réalité, à constater une impuissance sans en tirer les conséquences.

C’est là que la contradiction apparaît dans toute sa netteté. Le Liban ne peut pas désarmer le Hezbollah. Israël, lui, peut y contribuer de manière décisive. Mais toute action israélienne est immédiatement condamnée, au nom de la stabilité du Liban. La France refuse à la fois l’inaction et l’action : elle affirme un objectif sans accepter les moyens nécessaires pour l’atteindre.

Le résultat est une politique d’entre-deux. Une présence maintenue au sein de la FINUL, mais exposée et insuffisamment soutenue. Un discours de fermeté sans traduction opérationnelle. L’attaque de samedi ne fait que rappeler cette impasse. Elle montre que la France est engagée dans un théâtre où elle n’a ni les moyens de contraindre, ni la volonté d’escalader et, au fond, pas de stratégie pour transformer sa position particulière en véritable levier d’influence.

Jospin: après les roses, les épines

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Convention nationale du Parti socialiste à la Défense, le 14 octobre 1995 © HALEY/SIPA

Ce «droit d’inventaire» vis-à-vis des deux septennats de François Mitterrand que Lionel Jospin avait réclamé lors de la campagne présidentielle de 1995, désormais, c’est à lui, le temps des hommages et des couronnes de roses passé, que nous voulons l’appliquer.


Parlons tout de suite de la face nord plongée dans l’ombre de cette statue du commandeur qu’il fut. La preuve du pudding, c’est qu’on le mange, disait Friedrich Engels. Trotskiste un jour, trotskiste toujours, la vérité de ce dicton politique, c’est Lionel Jospin qui l’incarne. Ce n’est pas moi c’est mon frère, a-t-il commencé à dire, contrairement à l’agneau de la fable de La Fontaine qui n’en avait point.Quant à son père, c’était un socialiste, enfin… de la SFIO, dont il a été viré un temps, après-guerre. Il faut dire qu’en avril 1944 l’ambassadeur d’Allemagne à Paris décide de lancer un nouvel hebdo de gauche collaborationniste, Germinal portant le bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ». Robert Jospin, le père de Lionel donc, était l’une de ses plumes, heureusement pas aussi brillante que celle de Robert Brasillach qui sera fusillé ; le Général ayant refusé sa grâce sous la pression des communistes, mais pas seulement. De Gaulle écrira « le talent est un titre de responsabilité », faisant de ce talent une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain.

L’OCI, les lambertistes, l’organisation trotskiste la plus occulte conduite par Pierre Boussel dit Lambert, pratique l’entrisme. Lionel Jospin non seulement en était, mais alors jeune énarque, né dans une famille protestante de militants de gauche, lui-même athée, c’est l’Organisation Communiste Internationale qui lui demande d’infiltrer le PS à sa création en 1971. Loin d’être un cas isolé, on retrouvera au PS les trotskistes Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Luc Mélenchon, « la liste des sous-marins placés dans de nombreuses organisations politiques ou syndicales est beaucoup plus fournie qu’on ne le croit puisqu’il faut encore y ajouter quatre secrétaires généraux de la CGT-FO, dont Jean-Claude Mailly ou Marc Blondel, franc-maçon de surcroît, et puis une ribambelle d’autres figures de la vie publique, dont un grand-maître du Grand Orient de France[1].

Pourquoi Trotski a-t-il bénéficié d’une image positive ? Déjà, le peu qu’il fut au pouvoir en Russie soviétique, il aura été autant criminel que les autres. Mais ce qui nous intéresse ici pour la suite, c’est la querelle des Anciens et des Modernes, et du rapport du peuple à l’art et à l’instruction en général, parce que Lionel Jospin sera ministre de l’Éducation.

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Lors de la révolution soviétique certains voulaient créer un art nouveau pour un homme nouveau, d’autres parlaient d’art prolétarien, tandis que Lénine, puis Staline, soutenaient qu’il fallait donner au peuple tout entier un accès à l’art, à la culture, à la grande littérature, à ce qu’on appelait l’art bourgeois. En exil, Trotski continua à promouvoir cette idée de rupture, soutenu en cela par les surréalistes.

Trotskiste un jour, trotskiste toujours, Jospin ministre de l’Éducation, lance en 1989 contre les mandarins du savoir, la réforme de « l’élève au centre du système ». L’enfant devient sujet, juge, acteur. Le pédagogisme s’empare définitivement du mammouth, Claude Allègre n’y pourra rien, un certain Philippe Mérieu a été installé dans la place. Catho de gauche écolo – les pires – il s’opposera à Blanquer, évidemment. Vite remplacé par Pap Ndiaye, l’extase. Soyons honnête : la transmission du savoir de l’honnête homme est en crise dans tout l’Occident. Je vous renvoie à l’universitaire et philosophe Allan Bloom, et à son best-seller The Closing of the American Mind publié en 1987, dans lequel il déplore que les élèves de la meilleure société se détournent aussi des grands classiques de la littérature.

Jospin aux mains pures comme les kantistes qui n’ont pas de mains

S’il n’en était à l’initiative, Jospin laissait toujours s’installer le pire. Ainsi l’affaire des « foulards de Creil » à la rentrée des classes 1989, quand il était ministre de l’Éducation nationale. Il se contenta de dire qu’il fallait « respecter la laïcité de l’école. »

Mais comme Ponce Pilate il s’en lave les mains. « En cas de blocage, et en cas de refus, l’école doit accepter ces enfants. » Les trois collégiennes, Leila, Fatima et Samira refusent de retirer leur hijab. Aujourd’hui, nous récoltons les premières conseillères municipales voilées. Que voulait-il dire quand il déclara à des journalistes : « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »[2]

Rebelote en 1991, en réponse aux parlementaires de l’opposition, dont Philippe de Villiers, qui réclament le départ de l’Université de Georges Boudarel, ce maître de conférences d’histoire récemment mis en cause pour son passé d’instructeur politique dans un camp vietminh. « Le recrutement et la carrière des enseignants du supérieur relèvent exclusivement de leurs pairs, a expliqué Jospin. »[3] Sur le passé de Boudarel, condamné à mort par contumace, rentré en France en 1966 à la faveur d’une loi d’amnistie, le ministre rappelle que « le choix de l’anticolonialisme était juste. » Mais ajoute, — le « en même temps » macroniste, déjà — : « rien ne peut justifier qu’un intellectuel, qu’un professeur, devienne un kapo dans un camp de prisonniers, dans un camp de concentration (le camp 113), dans lequel les hommes qui appartenaient à son propre pays mouraient »,  mais d’ajouter qu’aujourd’hui « il existe un autre Boudarel, » et que « le mieux est de le laisser face à sa conscience. »[4] Là aussi, il s’en lave les mains. Des mains pures comme celles des kantistes qui n’ont pas de mains, disait Péguy.

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De la même manière, « le naïf », c’est lui-même qui l’avouera plus tard, évoquera le « sentiment d’insécurité » au lieu de constater et de combattre les causes de l’augmentation réelle de l’insécurité prouvée par les enquêtes de victimation.

En 1998, c’est l’affaire de la MNEF (Mutuelle Nationale des Étudiants de France) : scandale financier majeur, impliquant emplois fictifs, fausses factures, enrichissement personnel et détournements massifs au sein de la mutuelle étudiante, contrôlée depuis les années 1980 par des réseaux proches du Parti socialiste (notamment ex-militants trotskistes lambertistes de l’UNEF-ID, la bande de la MNEF). L’affaire éclabousse forcément le si probe gouvernent Jospin. Lionel a senti passer le vent du boulet.

En 2000, c’est la jeune Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, à qui, il a laissé saboter à Bruxelles la filière nucléaire française — c’est-à-dire exclure l’énergie de la liste des énergies propre — pour la plus grande Schadenfreude « joie mauvaise » des Allemands. Il faudra attendre 2025, un quart de siècle, pour que la CJUE officialise le nucléaire comme énergie propre dans la taxonomie verte.

Last but not least, Premier ministre, Jospin crée le poste de Ministre délégué à l’Enseignement professionnel pour l’ancien trotskiste de l’OCI, le camarade Jean-Luc Mélenchon, un poste qui disparaîtra comme par hasard avec l’échec à la présidentielle en 2002.

Je vais maintenant faire du gonzo journalism. Ayant subi la crise de l’emploi des cadres dans les années 1990, j’étais employé en tant que vacataire quand le bon Jospin remporta les législatives suite à la dissolution imaginée par Villepin alors Premier ministre de Chirac. Je n’avais donc pas décroché le fameux CDI au grand dam de mes parents ; j’étais peut-être exploité, précaire, mais je n’étais pas désœuvré, et suivais en parallèle une formation en marketing direct. Que pensez-vous que fit ce bon Jospin, bon comme du bon pain ? Il demanda à mon employeur de me faire un CDI. Je n’avais rien demandé. En attendant mieux, récemment logé à Paris dans le XVIe, je me disais « c’est déjà ça » en traversant le pont Mirabeau pour rejoindre ma chambre de bonne, pendant que les militants communistes tractaient pour dénoncer la situation des immigrants mal-logés. J’avais suffisamment de travail par mois pour pouvoir payer mon loyer, et aucune envie de faire un prêt pour acheter un appart en banlieue grâce au fameux CDI.

En revanche les effets pervers des mesures contraignantes du Premier ministre Jospin pour lutter contre l’emploi précaire firent que mon employeur cessa de m’octroyer de nouvelles missions. J’ai dû en chercher un autre. Et j’ai fini par jongler avec trois employeurs en même temps, vous imaginez le casse-tête. Je voulais juste du travail, pas forcément un contrat. Il voulait mon bien, le bon Jospin, comme le bon roi Henri la poule au pot, mais avoir une idée du bonheur et vouloir l’imposer, c’est le commencement de la dictature, disait André Glucksmann. À la fin de ces années 1990, j’ai eu de fait un CDI avec l’obtention du poste de directeur marketing que je convoitais. Plus tard, l’ascension sociale, ce serait directeur général, ce qui m’a permis de louer un trois-pièces haussmannien. Il faut dire que, même si j’ai toujours continué à mener en parallèle ma vie d’écrivain, j’avais renoncé à une carrière universitaire de sociologue en raison des mensonges de Bourdieu et de ses affidés, prodrome du wokisme, et préféré la vérité du résultat d’une entreprise commerciale qui se reflétait dans le P&L (les profits et pertes du bilan annuel)…

Jospin vainqueur des législatives 1997 par effraction

INA

Les Français subirent les 35h pour tous, déjà évoquées lors de la campagne présidentielle qu’il perd, bien qu’arrivé en tête au premier tour. Deux ans plus tard, vainqueur des législatives — par effraction dixit François Baroin, c’est-à-dire grâce aux triangulaires avec le FN —, le Premier ministre impose les 35h pour tous et obligatoires. La gauche a un totem : « Pour tous et obligatoire. » Avec des inspecteurs du travail qui contrôlèrent la durée de stationnement des véhicules des cadres. Heureusement Sarkozy libérera les heures supplémentaires qui seront défiscalisés. Mesure supprimée par Hollande.

Sur le plan économique, vu de l’international, l’Anglais Blair et l’Allemand Schröder lui volent la vedette en débarrassant la social-démocratie des derniers oripeaux du socialisme au profit d’une vision sociale-libérale.

Sous Jospin, il y a eu aussi le Pacs qui devait nous épargner, promis juré, le mariage pour tous. Les socialistes vont ânonnant « pour tous ! pour tous ! » alors que les Français n’aiment que les privilèges, rien pour eux.

Puis comme la guillotine humanisa la peine de mort, l’IVG médicamenteuse, moins invasive, introduite en 1989 à l’hôpital, est permise dès 2001 en cabinet de médecine de ville (gynécologues et généralistes).

A lire ensuite, Pierre Vermeren: Déracinés des villes, abandonnés des champs

Quand on a lu Alexandre Dumas, on sait ce qu’il faut penser des protestants. Que lisait donc « l’austère qui se marre », qui publia un livre de petites blagues ? Voulait-il concurrencer Monsieur Petites Blagues, le futur capitaine de pédalo ? En se rasant le matin, il demandait à son miroir : « Dis-moi mon beau miroir, suis-je le plus sympa des hommes de ce gouvernement ? — Des hommes de ce gouvernement peut-être, mais au château, il y a un mangeur de pommes bien plus sympa que toi. — Ha ! Super menteur ! — Le menteur c’est toi. — Je n’ai rien dit. — Justement, mensonge par omission, le pire des mensonges. — Quoi qu’il en soit, les médias m’aiment bien. J’ai même leur soutien depuis cinq ans. »

Le couperet est tombé en 2002. Avec Séguéla, ils se sont crus malins. Se préparer un réservoir de voix pour le second tour, 100% garanti par Taubira. Malinx, le Linx ! Elles auront simplement manqué pour y accéder…

À la question d’imaginer « une minute » qu’il ne passe pas au second tour : pour qui voterait-il alors ? Jospin le malin est pris d’un grand éclat de rire. « J’ai une imagination normale, mais tempérée par la raison quand même » dit-il, « ça me paraît assez peu vraisemblable, hein, donc on peut passer à la question suivante ». Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen faisant face au président sortant Chirac pour le second tour. Le candidat vaincu annonce : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique. » La morale en lui, le ciel étoilé au-dessus de lui, comme aurait dit Emmanuel Kant.

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[1] Trotskisme : de Lambert à Mélenchon | Le Club

[2] Eugénie Bastié : « Pourquoi l’islam des Lumières est une chimère » Figarovox le 12 février 2026

[3] Le Monde du 19 mars 1991. Merci à Philippe Chevalier pour me l’avoir rappelé.

[4] ibidem

Notre-Dame des bureaucrates

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Le président Macron prononce un discours lors de la visite du projet minier de lithium d’Échassières, sur le site d’Imerys, dans l’Allier, le mercredi 22 avril 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

En déplacement hier dans l’Allier (notre photo), le président Macron a annoncé vouloir lever les blocages administratifs de 150 projets industriels, qu’il qualifie de «150 cathédrales industrielles». Alors que le pays peine à se réindustrialiser et que «la Chine fait du dumping et nous casse», la limitation des contentieux et le raccourcissement des délais d’autorisation sont primordiaux. Mais pourquoi n’applique-t-on pas cette méthode en permanence? se demande Élisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron préconise la méthode Notre-Dame. Alléluia ! Le président de la République a été touché par la grâce. Un an avant la fin de son second mandat, il découvre que l’empilement de normes, règlements, contrôles et autres interdictions décourage l’initiative, pénalise les entrepreneurs et transforme n’importe quel projet en gymkhana administratif.

Il veut donc que 150 projets industriels soient traités avec la méthode Notre-Dame/Jeux Olympiques, autrement dit par un régime d’exception : procédures accélérées, délais d’autorisations et de permis raccourcis, limitations des contentieux. Plus une simplification du code de l’environnement qui, apprend-on, a triplé de volume depuis le début des années 2000. Bref, « tout ce qui peut renchérir le coût d’un projet industriel ou empêcher sa réalisation, doit être évité ».

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Evidemment, tout le monde applaudit. Mais si on raisonne a contrario, cela signifie donc que jusque-là, ce qui pouvait renchérir ou interdire un projet industriel avait cours et qu’on ne pouvait rien y faire. C’est tout de même désespérant : le président Macron reconnait que toutes ces contraintes ne sont absolument pas nécessaires, autrement dit que l’Etat veille au respect de règles dont la légitimité n’est nullement démontrée sinon pour faire prospérer l’armée de technocrates chargée de veiller à leur application – avec l’appareil de contrôle et de sanctions que cela suppose.

En ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’en débarrasser ? Il y a trois réponses à avancer :

  • D’abord, je le répète, ces normes justifient l’existence des fonctionnaires chargés de les faire appliquer ;
  • Ensuite, le principe de précaution interdit aux agents économiques, en particulier publics, de prendre le moindre risque – nous sommes les rois de l’usine à gaz et de l’ouverture de parapluies ;
  • Enfin, une grande partie de ces normes sont le fruit d’un lobbying intense d’ONG et de diverses associations présentées comme « expertes » et auxquelles personne n’ose jamais dire non.

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Pour en finir avec ce mal français numéro un de la surrèglementation et suradministration, il faut détricoter ou neutraliser ce que le Parlement et le gouvernement ont fait depuis tant d’années. Cela demande par ailleurs une chose inédite et assez compliquée à obtenir en France: faire confiance aux acteurs économiques au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Bref, l’exception doit devenir la règle. Mais ne vous inquiétez pas : on peut compter sur les syndicats, les associations et les ONG pour expliquer bruyamment que cette volonté de simplification est le cheval de Troie de l’ultralibéralisme ! Ce qui me fait toujours rire, dans un pays qui redistribue 54% de son PIB. Beaucoup trop de gens et d’institutions considèrent que la justice sociale consiste à emmerder les Français. Surtout quand ils sont entrepreneurs.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Deux bons élèves à 50 ans d’intervalle

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Lycée du Parc à Lyon. D.R.

Etait-ce mieux hier? À l’école, certainement: pour bien réussir, mieux vaut désormais se protéger du système scolaire, et faire l’école à la maison. C’est ce qu’a l’air de penser notre chroniqueur, bon élève d’autrefois, après s’être confronté à une bonne élève d’aujourd’hui. Il est décidément très réactionnaire, non?


Son père était flic, sa mère sténo-dactylo, comme on disait alors. Ni l’un ni l’autre n’avait le Bac. Ils vivaient dans les quartiers Nord de Marseille, dans des HLM première génération. Il eut une enfance de voyou.

Mais il s’avéra rapidement qu’il était bon élève, et qu’il aimait lire — et écrire. Et, plus encore, entendre la maîtresse lire à voix haute sa dernière rédaction. Et les copains, à la récré, qui demandaient : « Mais où vas-tu chercher tout ça ! »

Puis au lycée — ils furent huit à y aller sur deux classes de CM2 à 40 élèves chacune, où l’on entendait les mouches voler. Il s’ennuyait, il passa le Bac en candidat libre en Première, arriva en Hypokhâgne au lycée Thiers, et réussit l’ENS-Saint-Cloud du premier coup, l’année suivante.

Dans les années 1950-1960, ça se passait comme ça — pour certains.

Changement d’époque

Elle est née vers 2004, elle appartient à la Génération Z, celle qui correspond le mieux à la présente idiocratie. Sa mère est institutrice, son père prof de philo, quelque part dans une province campagnarde. 

D’un commun accord, ils ont décidé d’épargner à leur fille, Anne, l’enseignement de l’ignorance tel qu’il se pratique dans l’enseignement public (et une bonne part du privé, quoi qu’on prétende). Ils ont fait « école à la maison » — ce que l’Educ-Nat, tancée par les pédagogues qui ont infiltré le système, décourage de toutes ses forces : « Tous nuls, mais tous égaux ! »

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Puis a suivi un enseignement du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Elle a consenti à se mêler à ses pairs en Quatrième. En Seconde, elle file vers le lycée public du Forez, à Feurs (Loire) — pas à Henri-IV, pas à Louis-le-Grand. Pas à « Stan ». 

Catholique de formation et de goût, elle apprend seule le latin, pour lire enfin la Bible mieux que saint Jérôme (une initiative digne des humanistes réformés du XVIe siècle, je serais son confesseur attitré, je me méfierais, il y a du jansénisme en devenir chez cette gamine), réussit le Bac avec 19 de moyenne, 20 / 20 à toutes les épreuves écrites — dont les deux épreuves anticipées de Français en Première. 

Le lycée du Parc, à Lyon, a l’heureuse idée de l’accepter en Hypokhâgne AL : « Durant deux ans, écrit Romain Mercier dans Le Figaro, Anne reproduit le même schéma de travail. La jeune femme est en cours de 8 h à 16 h 30, puis elle s’organise deux sessions de révisions : de la fin des cours à 19 h et de 20 h à 22 h. » Et deux ans plus tard, elle est major au concours d’entrée de l’ENS, avec trois fois 20 en Lettres, Latin et Grec. Et 17,3 de moyenne générale.

J’oubliais : elle n’avait pas de portable. Pas d’accès aux réseaux sociaux. Et rétrospectivement, elle s’en félicite. Ai-je déjà dit que les parents qui offrent des smartphones à leurs gamins sont des criminels ? Qu’il faudrait leur retirer la garde de leurs marmots, pré-détruits ? Eh bien, c’est fait.

Contourner la fabrique du crétin

Que retenir de ces deux parcours ?

Le premier a bénéficié de l’enseignement public de qualité prodigué dans un quartier perdu des années 50-60 par des instits bien formés et dévoués — grâces leur soient rendues. Puis de profs de lycée compétents, tout aussi dévoués à la réussite de leurs élèves. Des profs du public.

Marseille n’est pas la ville la plus bourgeoise de France. Mais en cette année 1972, ce furent 14 élèves de CPGE littéraire qui intégrèrent les diverses ENS. 14 ! Aujourd’hui quand il y en a un, ils sabrent le champagne…

Quant à la seconde, elle a ingénieusement contourné la fabrique du crétin, qui tourne à plein régime depuis que Meirieu and Co en ont pris les commandes. Au lieu de s’égarer sur Tik-Tok ou Discord, elle a beaucoup lu, et continue à lire. Elle a quelques amis choisis, et pas une foule de connaissances anxieuses de ressembler aux influenceuses, à Dubaï ou ailleurs, dans des poses de demi-putes — ou plus, si affinités.

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Elle réussit, au lieu de parader. Bravo à ses parents. Bravo à tous les parents qui s’occupent vraiment de leurs bambins, au lieu de les confiner devant des écrans et des pizzas surgelées. 

Un dernier point. 17,3 de moyenne, cela signifie que la barre d’admissibilité est aux alentours de 14. Et aucune IA (aucune, vous, m’entendez) n’est capable de ce genre de performance. Confier vos enfants aux machines, sous prétexte qu’elles « pensent », c’est assurer leur échec. L’IA vous assure 10/20 — mais avec ça, tu n’as plus rien.

«Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

De gauche à droite: Elisabeth Lévy, Jonathan Siksou, Renaud Camus et Jean-Baptiste Roques © Hannah Assouline

Renaud Camus est lourdement attaqué dans L’homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre.


Relire la première partie

Causeur. Revenons au grand remplacement : un certain nombre d’immigrés maghrébins, souvent kabyles, se sont parfaitement acculturés. Sont-ils selon vous des colons ou des remplaçants ?

Renaud Camus. Votre exemple est très bien choisi, car mon principal allié politique, Karim Ouchikh, qui a été conseiller régional d’Île-de-France entre 2015 et 2021, est kabyle. J’ai toujours dit, et je m’y tiens, qu’il peut y avoir intégration et assimilation des individus. Mais autant nous pouvons assimiler des individus qui souhaitent être assimilés, autant il est totalement illusoire de croire que nous pouvons assimiler des peuples, qui plus est s’il s’agit de peuples qui ne veulent pas être assimilés, qui sont même souvent assez hostiles et qui eux-mêmes disent qu’ils sont les grands remplaçants.

Donc votre concept est d’abord culturel ?

Il serait très lâche de ma part de nier qu’il est également racial – je préfère dire « race » au lieu d’« ethnie », qui appartient au registre scientifique. La science n’a que fort peu à faire là-dedans. La race n’est scientifique que pour les pires racistes. Le dogme imbécile et criminel de la non-existence des races est le pivot qui permet le génocide par substitution. S’il n’y a pas de races, il n’y a pas de remplacement puisqu’il n’y a rien à remplacer.

S’il y a de plus en plus de femmes voilées dans l’espace public, on peut dire qu’il y a eu un remplacement de femmes libres par des femmes qui revendiquent leur soumission. Peu importe la couleur de leur peau.

Eh bien, c’est une différence entre nous. Je crois en l’existence des races – je suis « raciste » à cet égard : je crois aussi qu’elles ont un rôle absolument capital, décisif et plus fort que jamais aujourd’hui, dans les affaires du monde. La race est l’un des concepts les plus polysémiques qui soit. Le mot signifie mille choses qui ont un lien étroit les unes avec les autres, mais qui peuvent aussi être très éloignées. Je ne peux accepter de renoncer à ce mot, qui est omniprésent dans la littérature et la poésie françaises, en toutes sortes de sens aussi précieux les uns que les autres, « Que direz-vous, races futures (les habitants de l’avenir) ? »

C’est entendu, vous réfutez « le Dogme », celui de l’inexistence des races. Réfutez-vous aussi le dogme de l’égalité des races ?

Je ne crois en l’égalité de rien, sauf par coïncidence, et par un coup d’État quelquefois légitime de la loi. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit de souligner les inégalités de réalisation entre les races diverses : ce qui me semble irremplaçable, au contraire, c’est le caractère unique de chacune.

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Donc, vous ne postulez pas une inégalité structurelle entre les races. Ce qui n’empêche pas vos biographes de vous accuser de « suprémacisme blanc ».

Je n’ai jamais bien su ce que signifiait cette expression, qui m’est parfaitement étrangère – à moins qu’elle ne veuille dire, mais j’en doute, qu’un peuple doit pouvoir rester maître sur son territoire, n’être pas colonisé.

Le suprémacisme est une idéologie de la supériorité et de la domination raciale.

Je n’ai jamais pensé rien de tel. Au contraire, je suis passionnément attaché à la diversité du monde. Quelle merveille qu’il y ait cent couleurs d’yeux, de peaux, de cheveux, des milliers de langues et des millions de façons de penser. À bas le village universel et a fortiori le bidon-monde. Les antiremplacistes sont les ultimes défenseurs de l’altérité dans le monde.

Mais souvenez-vous de ces écrivains noirs américains qui, au xxe siècle, ont trouvé refuge en France et s’enthousiasmaient parce que le Français moyen, tel un daltonien, ignorait la couleur de leur peau, alors que la ségrégation raciale était à son apogée aux États-Unis. N’est-ce pas une merveilleuse spécificité française ? 

J’y vois au contraire un danger. Du reste il s’agit d’une spécificité très tardive et largement illusoire.

Tardive ? Dès 1789, les révolutionnaires proclament que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

1789, c’est bien tard dans l’histoire de France. D’ailleurs 1789 n’a nullement impliqué l’égalité entre les citoyens et les non-citoyens. La Révolution a proclamé français à titre honorifique un petit nombre d’étrangers fameux, mais ceux qui étaient députés ont été finalement chassés de la Convention comme étrangers. En réalité, jusqu’à la Troisième République et même au-delà, il était implicitement admis que le peuple français était blanc et d’origine française.

Concrètement, pas théoriquement. Du reste, il y avait des Noirs en France avant la Révolution.

En France métropolitaine ? Une petite centaine et on leur mettait des turbans. Je me répète : à titre individuel, l’intégration est parfaitement possible. Celle des peuples entiers est un leurre. C’est pour cela que je prône la remigration, synonyme à mes yeux de décolonisation ; et pas seulement celle des délinquants ou des criminels, comme certains le préconisent, ou des clandestins, qui devrait aller sans dire. Quand les Algériens ont pris leur indépendance, ils ne se sont pas bornés à chasser de leur pays les Français délinquants.

Vous qui prônez « l’in-nocence », comment pouvez-vous trouver légitime de chasser des personnes inoffensives de leur pays, comme l’a fait le FLN après les accords d’Évian avec les pieds-noirs ?

J’ai toujours dit que la remigration devait se faire avec la plus grande discrimination, au cas par cas, pas du tout massivement. Pas comme celle des pieds-noirs. Surtout pas comme celle des pieds-noirs. Seulement, je constate que la décolonisation de l’Algérie est une sorte de paradigme de la migration accomplie. Il faudra seulement y mettre plus de douceur.

Qui doit « remigrer » selon vous ?

L’occupant colonial, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme tel et se désignent eux-mêmes à la remigration. Tous ceux qui affirment qu’ils ne sont pas français et qui disent « les Français » pour parler des indigènes. Tous ceux qui font étalage de leurs propres langues, de leurs propres cultures, de leurs propres modes de vie, et a fortiori quand ils veulent l’imposer. Même s’ils ne sont pas agressifs ou délinquants, ceux-là se comportent en occupants, en colonisateurs, en agents de la colonisation telle qu’elle a été brillamment décrite par Frantz Fanon. Ses textes sur le sujet valent à mon avis autant pour la colonisation actuelle, Sud-Nord, que pour la colonisation du passé, Nord-Sud. Et cela surtout quand ils montrent que l’une et l’autre détruisent successivement toutes les structures de la société colonisée : la famille, l’école, l’héritage, la transmission, l’urbanisme, etc.

Donc, même s’ils n’ont pas commis de nocences, ceux qui, par exemple, disent qu’ils n’aiment pas la France devraient repartir ? Et la liberté de penser ? Il y a des tas de Français de souche qui n’aiment pas leur pays et le disent.

Votre exemple montre à quel point le dogme de l’inexistence des races était indispensable au génocide par substitution.

Comment obtenir des transferts de population sans user de la force ?

En supprimant un à un tous les avantages de la colonisation. Je ne suis même pas hostile à une compensation financière pour les citoyens français. L’immigration est tellement ruineuse pour notre pays que même y mettre fin en payant s’avérerait une économie.

File d’attente de pieds-noirs avant leur départ pour la France, Alger, juin 1962. © SIPA

Vous excluez donc que les immigrés s’en aillent dans leur totalité. Cela signifie que, malgré tout, même après la remigration que vous appelez de vos vœux, la France pourrait rester un pays multiethnique ?

Elle l’a toujours été.

Que pensez-vous de la politique de Donald Trump en la matière ?

Je suis un trumpiste extrêmement modéré, à dire le moins. Que la police ICE recherche les clandestins pour les expulser, rien n’est plus juste, qu’elle les batte ou les maltraite, je le désapprouve totalement, ce n’est pas du tout mon style. D’ailleurs je désapprouve aussi la politique anti-écologique de Trump et ses visées impérialistes.

Ah oui, c’est vrai, vous êtes également écologiste !

Certes, mais je précise que les politiques écologiques sont à mes yeux absolument absurdes tant qu’elles ne visent pas à juguler la croissance démographique, et pas seulement pour les raisons matérielles avancées par cet idiot de Malthus, qui est un penseur de cinquième zone, mais aussi pour des raisons humaines, morales, esthétiques et poétiques. Je vois même la chute de la natalité chez les Européens et les Asiatiques comme une preuve de leur sagesse.

La volonté d’avoir une descendance est pourtant aussi forte que l’espèce elle-même. Que devient l’homme sans conscience historique, c’est-à-dire sans la volonté de s’inscrire dans une généalogie ? 

Il est des généalogies de toute sorte, celles de l’esprit sont aussi précieuses que celles de la chair. Mais le remplacisme est un ennemi implacable du temps. Il instaure un présent hébété.

Et au sujet du Venezuela, que pensez-vous de la politique de Trump ?

L’intervention des États-Unis, qui était dictée par des intérêts impérialistes et commerciaux, ne suscite aucune admiration de ma part. Cela dit, si une pichenette militaire ou autre pouvait faire tomber le régime vénézuélien ou le régime iranien, j’en serais absolument ravi.

Finalement, avez-vous gardé quelque chose de votre jeunesse avant-gardiste ?

Je ne l’ai jamais quittée. Quand j’ai dédié L’Inauguration de la salle des Vents à Alain Finkielkraut, il a cru que je me moquais de lui.

Dommage, car nous étions enchantés de vous imaginer revenu de l’avant-garde…

Préparez-vous à souffrir, je prévois d’y retourner incessamment.

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Selon Dhellemmes et Faye, vous avez signé en 1997 dans L’Infini un texte assez ambigu sur la pédophilie. Un texte typique de la gauche qui pétitionnait pour Tony Duvert dans les années 1970…

Je n’ai jamais pétitionné pour Tony Duvert ni pour rien de ce genre, mais c’est ce texte, en effet, un entretien nullement sollicité par moi, qui a mis fin aux très minces relations entre Marine Le Pen et moi ; et même aux relations entre elle et mon ami Philippe Martel, qui avait été son conseiller, et qui fut sommé de choisir entre elle et moi. Elle n’en avait d’ailleurs vu que les mêmes éternelles phrases chéries des harceleurs.

Que pensez-vous de la pédophilie ?

Précisons d’abord que je ne suis en aucun cas pédophile, je n’ai jamais porté le moindre intérêt sexuel aux enfants. S’il y avait quoi que ce soit à me reprocher dans ce domaine, vous pensez bien que Faye et Dhellemmes, dont le livre est fait pour m’assassiner, n’auraient pas manqué de le monter en épingle. Je pense d’abord que la pédophilie est très mal nommée et que la plus grande part de ce que recouvre habituellement le terme relève plutôt de la pédophobie, la haine des enfants. Je pense aussi qu’elle est un des sujets, avec les classes, les races, les Juifs, le changement de peuple, qui sont les triangles des Bermudes de toute société, où tout discours et toute nuance apportée se font, on l’a bien vu, au risque de la mort sociale. Or ces angles morts de la parole sont précisément selon moi l’espace où l’écrivain a pour mission de s’aventurer à ses risques et périls. En l’occurrence, je n’ai de point de vue que celui d’avoir été un adolescent plus intéressé par les adultes que par ses camarades de classe ; et plus tard, un jeune homme à peu près présentable que des adolescents ont pu trouver intéressant (mais ce n’était guère réciproque). C’est un léger bagage pour aborder le sujet et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais je vois un grand enseignement dans le fait que la pédophilie a remplacé le parricide comme crime entre les crimes. C’est un renversement essentiel qui implique une relation très particulière à l’enfance, vue comme le lieu de l’innocence, vouée malheureusement à se perdre. J’avoue être plus intéressé par l’in-nocence, la non-nocence, la non-nuisance, la non-violence, qui est un idéal projectif que bien sûr on ne saurait atteindre tout à fait. Enfin, je pense que les frontières de la pédophilie, le crime, celui qu’il convient de condamner tout à fait, connaissent un élargissement constant qui devient un peu exagéré. Commencent à être vues d’un très mauvais œil les relations entre personnes d’un âge inégal, même tout à fait adultes, ces couples étant envisagés sous le seul angle absurde du rapport dominant/dominé. C’est une méconnaissance totale de la réalité innocente du désir.

En effet, le camp du progrès est devenu terriblement puritain.

Pour moi, c’est un retournement incroyable. Un désastre absolu. J’ai eu la chance toute ma vie d’avoir des relations sexuelles heureuses, joyeuses et amusantes. Barthes le souligne dans sa préface à mon livre Tricks. Il écrit qu’Eunoïa, la déesse de la bienveillance, préside à ces échanges. Et en effet, j’ai toujours ressenti beaucoup de gratitude envers les personnes qui avaient la gentillesse de m’offrir leur corps et leur temps. J’en ai toujours été émerveillé. Je trouve la relation sentimentale et sexuelle beaucoup plus excitante, amusante et agréable que la relation amicale. Je suis un amoureux plus qu’un ami. D’ailleurs j’ai toujours quitté mes amis pour mes amants. Vous voyez, je suis tout sauf un homme de réseau.

La Destruction des Européens d'Europe

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Deauville, place forte de la musique de chambre

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La 30ème édition du Festival de Pâques à Deauville. (C) Yannick Coupanec

Le 30e Festival de Pâques de Deauville se déroule du 18 avril au 2 mai 2026 à la Salle Elie de Brignac. Cette édition anniversaire célèbre trois décennies de musique de chambre et réunit sept générations d’artistes, sous la direction artistique d’Yves Petit de Voize.


Coup d’envoi, samedi dernier 18 avril, du Festival de Pâques. Très courue, la manifestation chambriste du printemps célèbre ses trente bougies cette année.  Edité sous les auspices de l’association Les Amis de la musique à Deauville, un ouvrage réunissant photos et témoignages dresse l’historique de ces 30 ans de musique à Deauville – c’est le titre – et de ses prémisses, en lien avec le Casino de Deauville. Un double CD exhumant près de cinquante extraits des concerts donnés de 1997 à 2025 complète non sans grâce ce dispositif mémorialiste.  

Ci-devant rédacteur en chef du magazine Diapason, directeur artistique de l’Académie-Festival des Arcs puis du festival de Montreux, sans compter nombre de saisons et autres biennales qu’il dirigea, de Lyon à Royaumont, l’émérite Yves Petit de Voize, par ailleurs conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac, de toujours partenaire et mécène de l’événement, reste l’incontournable concepteur d’une programmation dont l’éclectisme hautement exigeant, au répertoire baroque, classique ou romantique sait marier la création contemporaine. Implanté dans cette enceinte Elie de Brignac d’ordinaire dévolue au marché des pur-sang, mais pour l’heure transformée en salle de concert (acoustique impeccable !), le Festival de Pâques y  déroule, sur trois fins de semaines successives, un alléchant concours de jeunes talents, sur des partitions allant du trio à la symphonie, de Bach à Alfred Schnittke, du Stabat Mater de Pergolèse aux Sept lieder de jeunesse pour voix et orchestre d’Alban Berg – pour ne prendre que quelques exemples, puisés dans cette seule édition 2026.

© Yannick Coupanec

Sous les auspices de Renaud Capuçon, co-fondateur du festival, ou encore de Julien Chauvin, violoniste et chef du célèbre Concert de la Loge, phalange qui, comme chacun sait, joue sur instruments anciens, huit générations de jeunes artistes se seront donc succédé, se cooptant sur la base d’ affinités électives l’année durant, dans le cadre de leur résidence en l’hôtel de Polignac sis avenue Georges Mandel, à Paris, pour se retrouver enfin, l’espace de quelques jours, à l’ arrière-plan des fameuses planches de Deauville. Et c’est précisément Chauvin qui ouvrait le bal, ce samedi, avec un Stabat Mater très articulé, galopant sur un tempo singulièrement vif, délicieusement chanté par la soprano Ambroisine Bré mais plus encore par la mezzo Anouk Defontenay, leur duo final contresignant l’apothéose d’un concert ouvert de façon tout aussi sublime par le Cinquième concerto brandebourgeois , joint à ce merveilleux Concerto de Telemann aux accents rustiques et archaïsants, lequel associe si étonnamment flûte à bec et flûte traversière…

A lire du même auteur: Le jeune contrebassiste Marc André: un mirage?

La programmation dominicale réservait encore quelques jolies surprises, tout particulièrement avec ce Sextuor op.70 de Tchaïkovski, millésimé 1890 et intitulé « souvenir de Florence » – un adagio cantabile à vous faire pleurer d’émotion, au surplus interprété magistralement par sept jeunes instrumentistes d’exception, les violonistes Vassily Chmykov et Emmanuel Coppey au sommet. Bref, ce week-end inaugural invite à savourer la succession apéritive de pièces qui, en toute allégresse, font communier Schubert et Ravel, Dvorak et Martinu,  Mendelssohn et Chostakovitch,  Mozart et Schubert, Gustave Mahler et Alban Berg. Bouquet final le 2 mai. Pour autant, à Deauville les ardeurs mélomanes se donnent encore des aises dans la liesse estivale, avec une nouvelle série de concerts placée sous l’ombrelle du « 25ème Août musical » : ouverture le dernier jour de juillet, sous le signe de Schubert, Brahms et Beethoven, ces deux derniers compositeurs clôturant d’ailleurs la session 2026 le samedi 8 août prochain, dans cette même salle Elie de Brignac-Arqana, l’accueil du festival se partageant avec l’espace culturel et événementiel des Franciscaines, bien connu des Deauvillais.

Qui dira que l’opulente et mythique station normande se résume à ses planches, à son Casino, à ses villas bourgeoises et à ses légendes mondaines ?


30ème Festival de Pâques. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana. Jusqu’au 2 mai.

25ème Août Musical. Deauville, salle Elie de Brignac-Arqana / Les Franciscaines.  Du 31 juillet au 8 août.

A lire : 30 ans de musique à Deauville, 1997-2026. Textes et photos. Les amis de la Musique à Deauville, éd. Double CD Deauville 1997-2025, extraits de concerts.

Madame de Sévigné, une Parisienne du XVIIe siècle

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@ Musée Carnavalet - Paris Musées - Nicolas Borel

Pour le 400e anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, le Musée Carnavalet célèbre celle qui l’a jadis précédé dans l’hôtel de la rue des Francs-Bourgeois.


Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

« Dieu merci, nous avons l’hôtel de Carnavalet. C’est une affaire admirable : nous nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air. Comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode, mais nous aurons du moins une belle cour, un beau jardin, un beau quartier… »

Place Royale

Plutôt qu’une exposition sur Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, c’est une exposition sur Madame de Sévigné à Paris, sur ses amis, ses lieux de prédilection, que présente aujourd’hui le Musée d’Histoire de Paris.

Elle était née en 1626 non loin de là, Place Royale, dite aujourd’hui place des Vosges, dans l’hôtel de Coulanges qui était à la famille de sa mère. Elle perdit son père, Celse Bénigne de Rabutin de Chantal, de vieille noblesse bourguignonne, tué au siège de La Rochelle en 1627, alors qu’elle n’avait qu’un an. Puis sa mère, Marie de Coulanges, lorsqu’elle en avait sept. Elle sera un temps prise en charge par sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal qui n’était bien évidemment pas encore canonisée, mais qui déjà avait fondé l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec l’évêque de Genève, François de Sales. Puis elle revint vivre auprès de ses oncles Philippe et Christophe de Coulanges qui prirent grand soin à l’élever et à l’instruire… 

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En 1644, en pleine nuit, selon un usage alors en vigueur, Marie de Rabutin-Chantal se marie à l’église Saint Gervais-Saint Protais à Henri de Sévigné, gentilhomme de bonne noblesse bretonne, et qui porte, semble-t-il indûment, le titre de baron. Cela n’empêchera pas la nouvelle Madame de Sévigné, parce qu’elle estimait que le terme de baronne sentait terriblement la province, de se faire bientôt présenter à la Cour sous le nom plus flatteur de marquise de Sévigné. 

Les salons du bel air

A la mort de son peu recommandable époux, la voilà veuve et libre, avec deux enfants tout de même sur les bras.

Même courtisée bien plus tard par le deuxième duc de Luynes (alors qu’elle a près de soixante ans), elle ne commettra jamais la folie de se remarier, afin de jouir à sa guise d’une fortune qu’elle eut cependant beaucoup de mal à rétablir.

Elle passe à Paris de demeure en demeure avant de s’établir définitivement dans cet hôtel de Carnavalet dont elle sera la plus illustre locataire durant près de vingt ans.

Elle y reçoit ses amis, certes, mais elle court surtout les autres salons du bel air, de ceux qui ont préféré demeurer à Paris plutôt de suivre la Cour installée définitivement à Versailles dès 1682.

Elle est aussi assidue aux offices et aux prêches des plus brillants orateurs de son temps, à l’église Saint-Paul Saint-Louis par exemple, non loin de chez elle. Et fréquente les rares théâtres parisiens d’alors, comme celui de l’Hôtel de Bourgogne, friande de pièces de Racine ou Molière.

Elle parcourt également les environs de la capitale pour résider ici et là dans les propriétés de campagne de ses multiples relations.

Enfin, elle séjourne au château des Rochers, fief des Sévigné en Bretagne, villégiatures auxquelles s’ajoutent ses trois longues résidences au magnifique château de Grignan, en Provence, là où réside sa fille. Grignan que des voyages qui peuvent durer jusqu’à trois semaines lui permettent de rallier.  

Une vraie Parisienne

Une vraie Parisienne donc que Marie de Sévigné qui eut la prudence de ne pas trop fréquenter la Cour, à Versailles ou à Saint-Germain, mais fut assez vaine pour se rengorger au moindre mot aimable lancé par Louis XIV à la mère de cette Françoise de Sévigné, devenue comtesse de Grignan, dont il aurait bien voulu, dit-on, faire sa maîtresse.

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Deux grandes reproductions de cartes de Paris et de ses environs datant de son époque donnent à voir à l’entrée de l’exposition tous ces lieux qui virent passer Madame de Sévigné, laquelle ne se hasardait guère sur la rive gauche de la Seine et pour qui se rendre Faubourg Saint Honoré chez sa plus chère amie, Madame de La Fayette, représentait presque une aventure. Car sa vie se cantonna principalement dans le Marais où sont concentrés la plupart des hôtels aristocratiques d’alors : le lointain Faubourg Saint Germain n’est pas encore investi par la noblesse (c’est là que Madame de Maintenon éduque en toute discrétion les enfants adultérins du roi) et le Faubourg Saint-Honoré commence à peine sa carrière élégante.

Toute une galerie de portraits

Toute l’exposition regorge de portraits de Madame de Sévigné et de ses proches : Madame de La Fayette, le duc de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, Madeleine de Scudéry, Ninon de Lenclos, l’oncle Christophe… et bien sûr Madame de Grignan. Des portraits dont certains d’ailleurs sont peu connus. Mais il y a encore ceux de la Grande Mademoiselle, de la duchesse de Longueville, du cardinal de Retz…et de la reine-mère elle-même.

On eut bien voulu découvrir davantage les hôtels, les palais, tous ces hauts lieux de la vie mondaine qu’avait fréquentés Marie de Sévigné, puisque c’est sa vie de Parisienne qui est avant tout évoqué par l’exposition. Sa vie de femme indépendante au sein d’une génération qui vit d’autres figures féminines de premier plan affirmer leur intelligence supérieure. On eut aussi apprécié voir reconstituée une pièce évoquant son intérieur. Au lieu de quoi, disposés sans goût, comme dans une salle des ventes, quelques meubles et objets de son temps sont médiocrement entassés derrière un épais muret de bois aggloméré. Il est vrai qu’il ne subsiste plus grand-chose du mobilier de la spirituelle épistolière. Un beau bureau en laque de la Chine, acheté jadis aux propriétaires du château des Rochers et qu’on disait lui avoir appartenu, s’est révélé depuis inauthentique. D’ailleurs, même les restes mortels de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, déposés dans la collégiale de Grignan, au pied du château de sa fille où elle mourut en 1696, même eux ont disparu. Ils ont été misérablement profanés et dispersés par les révolutionnaires de Provence.


Madame de Sévigné, lettres parisiennes.

Exposition présentée au Musée Carnavalet
jusqu’au 23 août 2026. www.carnavalet.paris.fr